Oiseau de nuit

Aliénor baissa les yeux sur son sac à moitié éventré sur le sol. Ouais… Elle était observatrice quoi ! Bon c’était une capacité qu’Aliénor n’avait pas le moins du monde sauf si elle ce concentrait vraiment mais c’était à la porté du monde. Donc cette femme n’était pas une puissante mage noire. Bon point. Mais quand elle aborda les cicatrices sur les mains d’Aliénor, celle-ci se les couvrit immédiatement, tirant sur son sweat et elle se mordit la lèvre. Si à l’école elle avait pris l’habitude de les dissimuler derrière ces bandes noirs de boxe, en dehors elle ne faisait pas tant d’efforts. Non pas qu’elle ait honte de ces cicatrices, mais elle n’aimait pas trop en dire sur elle et cette femme lisait en elle comme dans un livre ouvert.

-Eh ouais… Le bras droit plus musclé que l’autre.

Dit-elle en riant légèrement comme gênée. Elle essayait de distraire l’attention de l’adulte de ces mains, mais elle n’était pas vraiment très douée pour ça. Surtout en ce souvenant de ce qu’elle avait été capable de faire avec ces mêmes poings. Aliénor pris une grande inspiration avant de relever les yeux vers la barmaid.

-Karaté et boxe. Episkey efface plus les cicatrices à force. Mais je veux plus me battre.

Ben nickel. Aliénor qui ne savait pas se taire… Non elle ne voulait plus se battre, elle ne voulait plus porter de coup à personne de physique. Pas depuis ce qu’elle avait pu faire à Aelle. Elle reprit une gorgée de thé pour calmer son cerveau qui repartait dans tous les sens. Ressassant des erreurs du passé. La boxe réveillait beaucoup de blessures chez Aliénor, Grégoire, Aelle, Elfie… Bref. Mais ça lui faisait également beaucoup de bien, elle avait besoin de s’exprimer de cette façon, elle qui retenait toujours tous ces sentiments en elle. Mais heureusement l’adulte rebondit sur le quidditch, sujet beaucoup moins épineux.

-On peut pas tout le temps gagner. On sort d’une série de défaite nous… Les bons joueurs vont et vienne ce n’est pas évident.

Elle haussa les épaules. C’était un fait, quand Ambre et Elina faisaient parties de l’équipe, ils avaient gagné la coupe, avec la dream team aussi, Jeff, Kévin, Erwan, Eileen et Rey bien entendu. C’était une belle époque et puis beaucoup sont partis, on fait d’autres choses et maintenant l’équipe doit se reconstruire autour d’un noyau fort. Noyau qui n’était pas facile à créer et ça doit être le cas pour toutes les équipes.

-Et puis je suis la meilleure batteuse de Poudlard, pas facile de faire le poids.

Ajouta-t-elle sur un ton léger tout en accordant un grand sourire à la femme qui buvaient maintenant de l’eau. Décidément, elle ne s’arrêtait jamais ! C’est ça d’être barmaid ? C’est un effet secondaire du métier ? Peut-être. Il y avait pire comme effet secondaire.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

Oiseau de nuit
Et bien. La pauvre petite eut une réaction encore plus extrême que je n'aurais pu l'anticiper. J'eus un élan de pitié pour la jeune fille qui semblait plus qu'embarrassée par la présence de ses cicatrices, mais je m'efforçais de le chasser immédiatement. Elle n'avait pas l'air d'être le genre de personne pour qui la pitié faisait du bien. Je levai le regard pour plonger mes yeux dans les siens, un doux sourire aux lèvres, après tout, je ne la comprenais que trop bien. Par réflexe, je vins frotter ma cuisse gauche, à l'endroit de ma cicatrice. Je me retins juste à temps de venir frotter également mon dos, mais elles ne m'en démangeaient pas moins pour autant. Mon regard se perdit quelque instants, puis je pris une grande inspiration.

Je plongeais mon regard dans celui d'Alienor, et j'y reconnus clairement les séquelles de celle qui n'est pas blessée que physiquement. Je déposai mon verre sur la table, après avoir hoché la tête dans un sourire à sa remarque sur la musculature de son bras. Ses réactions étaient à croquer, je me délectais de l'empressement qu'elle mettait pour court-circuiter mes observations. Inutile de parler des sujets qui fâchent pour le moment, j'avais l'impression qu'elle ne ferait que se renfermer si je pressais trop les choses. Je me levai avant de me diriger vers le comptoir.

- C'est un lourd fardeau à porter que d'être la meilleure batteuse de Poudlard. Mais espérons que vous inversiez la tendance de votre série.

Je commençais à me préparer quelque chose à manger, rien de pire que l'alcool le ventre vide.

- Vous voulez quelque chose ? Ne vous inquiétez pas, c'est sur la maison.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

Oiseau de nuit
Lourd fardeau ? Aliénor haussa les épaules. C’était quelque chose qu’elle aimait bien dire au combien ce n’était pas forcément vrai. Mais c’était son but dans tous les cas, si elle devenait la meilleure batteuse de Poudlard elle aurait la chance d’être correcte parmi les futurs joueurs professionnels. Mais est-ce qu’elle se mettait la pression à ce niveau-là ? Oui certainement, du moins inconsciemment. Mais pouvait-elle seulement imaginer devenir joueuse de quidditch professionnelle sans mettre la barre aussi haut ? Pas pour elle.

-J’espère oui.

Elle voulait gagner oui, mener son équipe pour soulever la coupe ensemble. Sinon pourquoi jouer ? S’ils jouaient sans vouloir gagner, ils ne se donneraient pas autant, ils ne s’entraineraient pas autant enfin bref une partie de leur scolarité ne tournerait pas autour de ce sport qui tenait tant à cœur à la jeune Delphillia.

Elle détailla le visage de la jeune femme lorsque celle-ci lui proposa à manger et ce de surcroît gratuitement ? La jeune fille leva les sourcils avant de profiter tout simplement de l’offrande qui lui était faite.

-Euh... Un truc chaud, genre du ragoût ou des restes de ce midi je voudrais pas vous faire travailler encore. Et une bieraubeurre s’il vous plait.

Certes, elle avait préféré prendre un thé juste avant, thé qu’elle termina rapidement par la suite. Mais une bonne bièraubeurre faisait toujours du bien. Rafraichissant, légèrement alcoolisé, ça ne faisait pas de mal. Et puis ça accompagnerait bien un plat par ce temps froid à l'extérieur.

-Merci.

Ajouta-t-elle par la suite, juste par politesse et parce qu’elle devait déjà faire perdre beaucoup de temps à la femme face à elle. La jeune fille rassembla ces mains devant elle et commença à se triturer les doigts faisant rouler sa bague en acier autour de son indexe. Par gêne. Après tout que faisait-elle là ? A commander des boissons alcoolisés ? Le regard de la jeune fille fila vers la fenêtre où elle regarda la neige tomber en se faisant balayer par le vent. C’était un peu comme elle, elle se faisait balayer par tout ce qu’il se passait dans sa vie.

-Vous habitez ici ?

La question était sortie seule alors qu’elle ne détachait pas son regard de la fenêtre. C’était posé, tant pis, au pire elle la trouverait encore étrange. Mais la jeune fille voulait savoir à quel point elle retenait la serveuse.

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Oiseau de nuit
Je rigolais doucement en servant une bièraubeurre, j'hésitais à la faire virgin quelques instants, mais vu ce qu'elle avait bu avant, elle ne risquait rien. En exécutant quelques fluides mouvements du poignet, voici deux assiettes prêtes. Les deux tenant en équilibre dans ma main à la force de mes doigts et un peu d'équilibre. De ma main libre, ma baguette s'occupa de ranger et de nettoyer efficacement tous les ustensiles, puis j'attrapai la bièraubeurre. Je déposai le tout en face de la jeune Alienor, en posant ma main sur son épaule avant de me rassoir.

- Bon appétit mademoiselle.

Déposant ma propre assiette en face de moi, je me mis à manger rapidement, avant de me resservir un verre de rhum. J'avais préparé un simple réchauffé du soir : du ragoût d'agneau avec quelques pommes de terre et des navets, mais succulent. Et c'était meilleur réchauffé. Tout en mangeant, je surveillai du regard la jeune fille, de toute évidence préoccupée, et peu à l'aise, triturant ses doigts et son anneau. Je lui souris doucement en buvant une gorgée, comprenant que sa question avait du jaillir de ses lèvres.

- Je loge ici presque toutes les nuits oui, c'est plus commode. Mais sinon, j'habite à Édimbourg, mais j'évite d'y passer autant que faire se peut.

Mon esprit vagabonda rapidement en direction de mes parents. Et de mon père, son regard de pierre, quand j'étais rentrée. Et je pensais à ma mère, au fait que je n'avais pas été là pour elle quand elle est morte. Je pris une inspiration à peine plus longue que les autres, avant de boire une autre petite gorgée. Mais il fallait trouver un moyen pour réconforter la jeune Alienor, et je me dis qu'un peu de similarité devrait l'aider à relâcher sa tension.

- Vous savez... Il ne faut pas avoir honte de vos cicatrices.

Je posai ma main sur ma cuisse, à un endroit bien précis.

- J'ai moi-même les miennes, j'ai simplement la chance de les avoir reçues à des endroits moins visibles. Mais elles n'en demeurent pas moins là.

Ma main trouva inconsciemment le chemin de mon coeur, pour serrer ma chemise.

- Mais les pires cicatrices ne sont pas celles du corps, vous ne trouvez pas ?

Mon regard se voulait aussi doux que possible, ainsi que mon sourire. J'avais peut-être une seule et unique chance de me rapprocher d'Alienor, et j'avais l'impression que la seule chose qui pourrait la faire se sentir un peu mieux, c'est de savoir qu'elle était comprise, et qu'elle n'était pas seule.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

Oiseau de nuit
Le tout arrive sur la table avec une légèreté impressionnante. Aliénor regarde l’acte de magie avec intérêt avant de sourire à la femme et de lui répondre la même phrase de politesse. Mais l’odeur de ce repas était tout particulièrement bonne et finalement, les yeux posés sur le plat, l’estomac de la jeune fille gargouilla pour montrer son intérêt à avaler le contenu de cette assiette. Attrapant couteau et fourchette, Aliénor commence son repas qui est extrêmement bon. Pas un repas gastronomique non, quelque chose de simple et chaud qui rappelle la maison. Elle écoute en même temps l’adulte qui poursuit la discussion. La jeune Delphillia hoche la tête Edinbourg, elle n’y était jamais allée. En même temps pour elle, de Bristol, c’était à l’autre bout du pays et la jeune fille ne voyageait que peu. En y pensant son premier voyage sera au Mexique avec l’échange de l’école. Décidément son tempérament tout ou rien se reflétait vraiment dans toute sa vie.

Toujours en mangeant, la barmaid revint sur ces cicatrices. Aliénor ne put s’empêcher de baisser les yeux sur ces mains et de les regarder un instant. Elles étaient bénignes pour la plupart, certaines un peu plus épaisses mais aucune n’étaient vraiment dû à une grosse blessure. Cependant elles faisaient mal à Aliénor, non pas physiquement, mais par le souvenir de ce que cet entrainement et cette qualité de boxeuse lui avait fait faire.

Aliénor releva les yeux vers la femme, abandonnant sa fourchette un instant dans son assiette. Un œil avisé pourrait lire la honte dans son regard, ou le dégout peut-être ? Du moins une amertume, des regrets d’être ce qu’elle était et d’avoir pu aller aussi loin dans ces actes.

-Vous aussi ? Je veux dire… Les cicatrices ont toutes une histoire et honnêtement… Certains sont fiers de leurs cicatrices alors que moi, je n’ai vraiment pas de quoi être fière. Elles font toutes échos à des moments que je ne veux plus vivre.

Que ce soit celles de ces mains ou celle qu’elle a à la tempe ou même les bleus qui jonchent son corps. Ils font échos à la boxe, au karaté au quidditch. Alors oui elle est douée au quidditch, mais elle est brutale, agressive, presque violente comme elle avait pu l’être face à Aelle. Elle ne voulait plus de ça, plus de violence gratuite. Alors oui, tous les joueurs de quidditch avaient des bleus, son rôle de batteuse faisait qu’elle en infligeait aux autres elle n’arrêterait pas, elle aimait trop ce sport. Mais quand elle en recevait elle, c’était un échec, les bleus sur ces coéquipiers étaient ces échecs. Chaque cicatrice sur son propre corps était une marque d’échec.
Mais oui il y avait d’autres douleurs, invisibles, comme quand Grégoire avait piétiné sa fierté et son cœur et quand Eider l’avait humilié.

-Mais oui, certains moments font bien plus mal qu’un os qui se brise.

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Oiseau de nuit
On pouvait lire bien des choses en observant les yeux des gens. J'excellais particulièrement à ce petit jeu, mais à certains moments, j'aurais souhaité faire partie de ceux étant incapable de lire la méta-communication. Mais ses yeux ne renvoyaient que tristesse et angoisse, honte ? Et... du reproche ? Non... Plus que ça, je dirais... De la révulsion ? Contre qui ? Elle-même ? Par Merlin. Quel âge pouvait bien avoir cette demoiselle ? 16 ans tout au plus ? Je ne pense pas avoir vécu un tiers de ce qu'elle a dû vivre quand j'avais son âge pour qu'elle ait un tel regard. Je hochai la tête à sa question.

- Oui. J'ai également les miennes. Et de sacrés belles, si je puis m'exprimer ainsi. Mais il est probablement un peu tôt pour comparer nos cicatrices, une autre fois ?

Je rigolai doucement à la fin de ma phrase, essayant de garder un ton léger, sans trop penser à la cicatrice de ma cuisse. Pourtant la plus petite, il s'agissait probablement de celle qui me lançait le plus. Puis je me frottais le nez avant de répondre à sa dernière phrase.

- Il ne s'agit pas d'être fière de les avoir, Alienor. Mais simplement... Être fière d'y avoir survécu. D'en être ressortie plus forte, et d'avoir appris quelque chose. Et si elles peuvent être de bien mauvaises compagnes par moment, certaines peuvent nous donner de la force. Si jamais cela te rassure un tant soit peu, tu n'auras jamais à cacher tes cicatrices en ma présence.

Je l'observais alors que ses souvenirs semblaient l'envahir. Probablement qu'elle avait dû subir autant de traumatisme que moi sur le plan émotionnel. Probablement davantage même, puisque je n'en avais connu qu'un. Mais il ne s'agissait pas d'une discussion à avoir lors de sa première interaction avec une adolescente blessée. Une autre fois, probablement. Je soupirai, avec une envie soudaine de sortir, d'aller faire autre chose, et je me mis à sourire, avec un regard joueur, puis je dégainai l'étage du pouce.

- Tu sais... J'ai mon balai à l'étage, et il y en a quelques autres qui ont été oubliés, égarés, retrouvés... Que dirais-tu d'une petite sortie à balais ? Pour se changer les idées ? On peut même faire un pari : une petite course, et si tu gagnes, tu auras le droit de me poser une question, n'importe laquelle. Si je gagne, j'aurais le même droit. Alors ?

J'inclinai ma chaise en arrière, avant de poser à nouveau mes cuisses sur la table, en buvant un autre verre, le regard plongé dans celui d'Alienor.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

Oiseau de nuit
Au combien le sujet abordé pouvait-être sensible, la conversation restait fluide et c’était d’autant plus agréable. La femme était d’une bienveillance extrême et surtout, elle laissait à la jeune fille sa part de secret, ne forçant pas pour avoir des réponses aux questions qu’elle semblait se poser.

Cependant, quand elle évoqua de faire une vire en balais, Aliénor manqua de recracher le ragout qu’elle dévorait depuis tout à l’heure. Elle releva les yeux vers la serveuse surprise avant de regarder par la fenêtre. Le vent et la neige ne cessaient pas et la nuit était déjà tombée sur Londes. Cela leur permettrait d’être discrètes certes, mais elle avait vraiment le droit ? Sa bouche se tordit en une grimace étrange traduisant de sa réflexion interne. Elle avala une gorgée de bieraubeurre avant de reposer son regard sur l’adulte.

-Euh… Je sais pas trop, si mes parents apprennent ça ils vont me tuer je pense, même si vous êtes là. Même si c’est très tentant j’avoue.

Ca faisait longtemps qu’elle n’avait pas volé dans des conditions météos pareilles et elle n’avait jamais eu l’occasion de voler au-dessus de Londres. Ça devait-être incroyable. La ville est déjà belle d’en bas alors qu’en haut ! Ça devait être quelque chose !

-Et puis avec les moldus et tout… C’est pas interdit ?

Non pas que les interdits l’avait souvent arrêté. Mais enfreindre les règles de l’école était une chose, enfreindre la loi en était une autre. Déjà qu’elle avait compris l’année dernière que les punitions pouvaient être très rudes pour des erreurs à l’école, alors elle n’imaginait pas la vraie justice… Les aurors devaient être impitoyables avec ce genre d’écarts.

-Mais on peut quand même faire ça. Une question pour une question. Je pose une questions, vous y répondez et ensuite vous pouvez poser une question.

Un jeu pas si évident en soit, parce qu’on ne pouvait pas réagir par une affirmation, on devait obligatoirement poser une autre question alors que parfois, on voudrait juste s’exprimer sur ce qui est dit, rassurer ou engueuler, mais là, impossible. Et on ne peut pas se défiler.

-Par exemple, Comment vous-vous êtes fait votre cicatrice qui vous a fait le plus souffrir ?

Très intrusif comme question. Elles se connaissaient à peine. Mais là était tout le principe, el jeu faisait passer au-dessus des barrières sociales.

-Mais je ne veux pas vous forcer…

Un petit air de défi dans sa voix, ton qu’elle n’aurait jamais employé habituellement avec une personne plus âgée qu’elle. Mais cette femme la mettait vraiment à l’aise et elle en oubliait presque les règles de savoir vivre de sa maman.

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Oiseau de nuit
TW : Description de cicatrices
Je manquai d'éclater de rire en observant la réaction de la jeune Alienor. Elle était à croquer, tout simplement. Mais j'appris également qu'elle n'était pas totalement inconsciente, ou tout du moins, qu'elle n'aimait pas défier l'autorité simplement par plaisir de mépriser les règles. Ce qui me conforta dans l'idée que peu importe l'origine de ses cicatrices, elle n'aimait pas se battre. Mais je ne pus décidément retenir un petit gloussement derrière ma main quand elle mentionna son inquiétude par rapport à ses parents. Un petit trait de tristesse me perça le cœur en repensant à ma mère, puis s'évapora aussitôt.

- Oh, voyez-vous cela ? La belle et farouche batteuse de l'équipe de Poufsouffle, la meilleure de tout Poudlard, tremble face à l'idée de défier les cieux et les moldus ?

Bien évidemment que je ne faisais que la taquiner, mon regard et mon sourire ne laissaient aucun doute là-dessus, tandis que je reprenais une gorgée d'alcool. Et enfin, je commençai à ressentir les douces sensations de cette boisson, avec un léger picotement au bout des doigts et sur les joues, le soulagement de réussir à lâcher prise, enfin. Je sortis habilement une cigarette de la poche de ma chemise, avant de l'introduire entre mes lèvres et de l'allumer avec la pointe de ma baguette. Je veillai à ne pas souffler la fumée en direction de la jeune fille, bien au contraire. J'utilisais ma baguette pour doucement jouer avec la fumée, lui faisant prendre quelques formes abstraites, en m'assurant qu'aucune volute de fumée ne s'approche d'Alienor. J'écoutais avec attention sa première question, ma cigarette entre les doigts, le regard perdu dans le vide, avant d'esquisser un sourire joueur.

- Et bien, je te répondrais que tu as oublié de préciser quel type de douleur, ma très chère. La plus douloureuse physiquement ou psychologiquement ?

Je tirai à nouveau sur ma cigarette, laissant ma tête partir en arrière en soupirant longuement.

- Mais, commençons par la plus simple.

Je me redressai souplement avant de me lever, ma cigarette entre les lèvres, avant de me tourner dos à Alienor. Puis je soulevai l'arrière de ma chemise pour laisser apparaître les cicatrices de mon dos. De grandes traces de griffures zébrant quasiment la totalité de sa surface. Certaines s'entrecroisaient, faisant ressortir le tissu cicatriciel blanc et en relief, formant des schémas complexes à certains endroits, et d'autres suivaient des lignes bien définies. Semblant dotées d'une volonté propre, elles suivaient le rythme de ma respiration, et j'avais perdu la notion du temps plus d'une fois en les observant dans le miroir. Je remis ma chemise dans sa position originelle, avant de souffler une nouvelle bouffée de fumée, puis je regardai Alienor sans me tourner vers elle, me sentant étrangement vulnérable.

- Physiquement, il s'agit de celle-ci. Une manticore. Voilà ce que j'entendais par fierté d'avoir survécu à ses cicatrices...

Je tirai sur ma cigarette, mon bras libre serré autour de ma poitrine tandis que ma main serrait mon bras tenant la cigarette. Une sensation de froid s'engouffrait profondément en moi, un froid qu'aucun vent glacial n'aurait pu reproduire.

- J'ai eu beaucoup de chance. Elle ne faisait que défendre son territoire. Si elle m'avait piqué, je serais morte sur le coup. Au lieu de ça, elle a eu la gentillesse de poliment lacérer mon dos, sans parler de ma chemise préférée.

Je rigolai doucement, un rire jaune.

- Tu savais que presque aucun sort n'est efficace contre ces sales bestioles ? Heureusement que le transplanage et moi, c'est une grande histoire d'amour, sinon tu n'aurais pas eu la chance de connaître l'incroyable Lilith. J'avais ma baguette en main, j'ai transplané, aussi vite que j'ai pu, peu importe où. Mais soigner ces blessures s'est révélé un travail au-delà de mes capacités, ce qui m'a laissé ces jolies cicatrices, qui me tirent et me lancent presque constamment.

Je laissais ma cigarette se consumer quelques secondes entre mes lèvres, sentant des frissons probablement imaginaire le long de ma colonne vertébrale. Impossible d'oublier l'indicible douleur qui m'avait terrassé ce jour-là et les semaines qui suivirent. Je pris ma cigarette entre mes doigts, me tournant vers Alienor, avant de m'assoir.

- Voilà pour la première moitié de la réponse, la psychologique est plus... complexe. Plus dure. Libre à toi de poser la question, mais ce sera à tes risques et périls.

Je tirai une nouvelle bouffée.

- À mon tour jeune fille...

Je réfléchis quelques secondes.

- Que dirais-tu de répondre à la même question ? Quelle cicatrice te fait le plus souffrir ? Physiquement.

Je lui souris doucement en précisant le dernier adverbe. Il me paraissait totalement injuste de lui demander sa pire cicatrice mentale, étant donné que j'avais joué de sa question à mon avantage.

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Oiseau de nuit
Aliénor termina rapidement son assiette avec un petit sourire. Les taquineries de l’adulte étaient très appréciées de la jeune Delphillia qui rétorquait par un tirage de langue dont elle a le secret. Mais elle écouta avec attention la serveuse. Quand celle-ci se leva, Aliénor la suivi du regard et quand elle lui dévoila une partie de son dos, la jeune fille laissa tomber sa fourchette dans son assiette. Cette cicatrice qui parcourait le dos de la felle, elle n’en avait jamais vu de similaire auparavant. Elle lui barrait tout le dos. Les blessures devaient être profondes et la batteuse eut l’envie soudaine de poser les doigts sur ces cicatrices mais la chemise retomba aussi vite que cette idée s’évapora et Aliénor écouta l’histoire de la femme. Une créature qu’elle ne connaissait que peu, elle l’avait un peu étudié, mais ces souvenirs lui faisaient défaut. Mais elle nota qu’elle n’avait pas vraiment envie de rencontrer une mantricore. Mais les cicatrices d’Aliénor étaient bin différentes. Déjà bien moins impressionnantes et puis elle n’avait jamais risqué sa vie. Les cicatrices sur ces mains lui paraissaient si bénignes, même celle qu’elle avait à la tempe, rien n’était comparable à ce qu’elle avait vécu. La bouche de la jeune fille se tordit en une grimace avant que sa vis-à-vis ne pose la même question qu’elle.

Son regard tomba sur ces mains et elle haussa les épaules avant de relever les yeux vers la barmaid.

-Je… Je n’ai aucune cicatrice aussi impressionnante que la vôtre. La plus grande douleur que j’ai connu c’est de me casser les doigts. Mais je les répare toujours. Je n’ai pas de douleur plus grande qui me vient. Je me prends des cognards mais rien de plus.

Elle offrit une moue désolée à l’adulte avant de prendre une gorgée de bieraubeurre et de poursuivre ce petit jeu.

-Quel était votre voyage le plus marquant ? Je crois pas qu’il n’y ait de mantricore en Grande-Bretagne, alors vous avez forcément voyagé.

C’était marrant d’apprendre à connaitre les gens de cette façon, ce n’était pas des questions qu’elle posait à tout le monde, mais là, il n’y avait pas besoin d’un contexte, d’une discution construite, il fallait juste répondre et demander ce qu’on voulait savoir.

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Je grinçai des dents en l'écoutant raconter l'histoire rapide de ses doigts brisés. Se briser quelque chose, c'était toujours sale expérience. J'avais eu la chance de ne pas ou peu connaître une telle douleur, on pouvait dire que j'avais eu de la chance dans mon malheur je suppose. Je tirai une dernière fois sur ma cigarette avant de l'écraser dans le cendrier sur la table en face de moi. Je retins la fumée quelques secondes dans mes poumons, avant de la souffler par le nez pour l'aspirer à nouveau entre mes lèvres, pour finalement faire quelques ronds de fumée, le regard dans le vide. Je redirigeai ensuite mes yeux vers la jeune fille.

- Ce n'est pas la taille qui compte Alienor, crois-moi.

Je ne pus m'empêcher à la fois de frotter le cicatrice sur ma cuisse et rire doucement à ma petite blague. Ma phrase recelait évidemment un conseil de vie que je trouvais plus que précieux, mais libre à elle d'en saisir davantage, et si elle le faisait, j'avais hâte de voir sa réaction.

- Au moins, tu vas probablement devenir une experte en sortilèges de soin. Mais ne tire pas trop sur la corde. Tu dis que "tu" les répare toujours, Poudlard n'a plus d'infirmier ? Prends soin de ton corps, on ne peut en avoir qu'un seul, et ne suis pas mon exemple.

Je lâchai ma dernière phrase en tirant une nouvelle cigarette de ma poche, un sourire taquin aux lèvres. Je me limitai à deux par jour, maximum. C'était ma deuxième. Je pouvais passer plusieurs jours voire plusieurs semaines sans une seule, mais la conversation me ramenait de mauvais souvenirs, et l'alcool n'était pas suffisant pour me calmer entièrement. Je soufflai une nouvelle bouffée de fumée en m'inclinant sur le dossier de ma chaise, un sourire triste aux lèvres. Elle savait quelles questions poser pour toucher là où c'était sensible la petite.

- J'ai passé chaque jour de ma vie après mes études à voyager. Partout dans le monde. Je détestais rester au même endroit longtemps. Même dormir deux nuits d'affilés dans le même lit me donnait de l'urticaire. Je ne te raconte pas l'ennui que j'ai ressenti à Poudlard.

Je tirai ma cigarette de mes lèvres entre mes doigts avant de me frotter le front du pouce.

- Alternons avec un peu de positif, je me souviendrais toute ma vie de mon voyage en Antarctique. C'était... magnifique. Parfait. Une solitude absolue, rien que moi et une étendue infinie de paysages déserts, avec des créatures... surprenantes.

Je souriais en repensant à ce long, très long voyage. Une autre bouffée.

- Voilà pour le voyage le plus marquant, dans le bon sens du terme. A mon tour...

Je réfléchis durant quelques secondes.

- Quidditch ou amour ?

Quelque part, perdue avec Sixtine.