Des nouvelles ?

28 Décembre 2047, dans la soirée
35 ans
Chaudron Baveur
@Stéphanie Lilith


L'expression de Lilith change subitement, avant de disparaître rapidement. Je voulais savoir ce qui l'avait amener à devenir barmaid, j'avais eu un bout de réponse sans même demander. Ma curiosité était piqué, mais je ne pose pas plus de question. J'ai bien compris que cet ''accident regrettable'' n'est pas un sujet qu'elle a envie d'aborder, ce que je comprends tout à fait. Alors il n'est pas question de l'y forcer.

Je me concentre sur le reste de sa réponse. En tant que chercheuse animalière, elle a dû voyager un peu partout et rencontrer de nombreuses espèces ! A cette idée, mon regard pétille. J'aurais adoré pouvoir faire ça, mais la vie a fait que... Je n'ai pas pu. Quelques secondes plus tard, Lilith me confirme qu'elle a eu l'occasion de voyager.

- Les humain et les créatures sont tous les deux des êtres complexes. Seulement, au sein de ces deux groupes là, certaines compagnies sont plus appréciables que d'autres. Je m'arrête quelques secondes, avant de relancer sur ses voyages. Vous avez dû voir de belles choses en voyageant ! Mon jumeau est très, très souvent en vadrouille à différents coins du monde. Aux dernières nouvelles, il est revenu au Royaume-Uni et s'est posé à Édimbourg. Mais cela fait presque trois semaines qu'il ne donne plus signe de vie, alors je ne serais pas étonnée qu'il ait pris le large à nouveau.

Cela est devenu normal, pour moi. Cependant, ça ne m'empêche pas de m'inquiéter pour lui. Mais mon frère est un électron libre, il n'arrive pas à rester quelque part trop longtemps. Il passe de temps en temps me voir, bien sûr, mais je ne serais pas contre l'idée de le voir plus souvent... Je sais que le reste de ma famille en rêve aussi, mais Sean reste Sean. Tous les sermons du monde ne l'empêcheront pas de vagabonder à droite à gauche.

Je me force à sortir le sujet de ma tête pour me concentrer sur Lilith, qui a poursuivi. J'ai loupé ses premiers mots, mais, et heureusement pour moi, le reste est compréhensible.

- Effectivement, vu comme ça, c'est le job idéal.


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Quelques étoiles dans ses yeux, puis elles disparurent, on dirait qu'elle avait vécu un petit ascenseur émotionnel. Rien de trop grave, j'espérais au fond de moi. Je ne pus empêcher mon sourire de s'élargir quand elle me parla de son frère, j'avais l'impression qu'elle parlait de moi. Toujours en mouvement, constamment, heureusement que mes parents avaient plusieurs chambres libres, je me souviens que j'alternais presque tous les soirs de lit. Et puis j'avais probablement exploré chaque mètre carré de la propriété. Quant à Poudlard, j'en avais certainement exploré chaque couloir, chaque pièce. Combien de fois avais-je été punie pour être allée à un endroit où je n'avais pas le droit d'aller ? Mais en même temps, les salles communes des autres maisons m'intriguaient tellement, il fallait que je les vois toutes au moins une fois.

Je bus une autre gorgée avant de poser mon verre pour le faire glisser quelques centimètres sur le côté, avant de me pencher vers Layana.

- J'étais comme votre jumeau il y a quelques mois. Incapable de me poser, jamais. Mais... Je suppose qu'il y a bien un moment où notre chez-soi nous rappelle.

Je croisais mes mains sur le comptoir, je me rappelais avec quelle pénibilité j'étais revenue chez moi, et ce que j'y avais découvert. M'étais-je servi trop d'alcool ? Non. Aucune chance, je n'aimais simplement pas y repenser. Mais je n'étais plus une gamine, et je ne pouvais pas faire éternellement ce que j'avais fait toute ma vie : fuir. Je repris mon sourire, regardant mon interlocutrice sans vraiment la regarder.

- J'ai effectivement vu des choses magnifiques, transcendantes. Mais ça ne me suffisait jamais. Je voulais tout voir, le plus vite possible. Mais vous avez raison de penser que c'est une drôle de reconversion professionnelle, savez-vous qu'il y a un peu plus d'un an, les gens ne m'intéressaient pas ?

Je fis doucement tourner mon verre entre mes doigts. Je souriais toujours.

- Et puis... Figurez-vous que je suis tombée amoureuse. Ça ne m'était jamais arrivé. Une responsable moldue du site en Iran. Je vous passe les détails pour les moments, vous pourrez me les demander si cela vous intéresse, mais en résumé, me voilà rentrée.

Je levais mon verre, comme pour dire "santé". Je n'avais pas eu le temps de bien laisser décanter les choses encore, peut-être que mon inconsciente me criait de toutes ses forces qu'il valait mieux que j'en parle à quelqu'un. Mais je n'allais pas m'étendre dessus et me mettre à débiter les choses sans arrêt n'est-ce pas ? Je raconterai ce qui me chantait, quand il me plairait.

- Mais je parle, je parle... Regardez-moi, une vraie pipelette. Pardonnez-moi. Et vous ? Vous aimez voyager ?

Quelque part, perdue avec Sixtine.

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28 Décembre 2047, dans la soirée
35 ans
Chaudron Baveur
@Stéphanie Lilith


Savoir que Sean lui fait penser à elle me rassure. Elle a fini par se poser quelque part, alors Sean finirait par le faire. Non ? Si seulement cela pouvait arriver vite...

- J'espère que vous avez raison, et que son chez-lui le rappellera avant qu'un malheureux évènement ne survienne...

Les secondes suivantes, c'est Lilith qui semble ailleurs. Son sourire finit par revenir et ses yeux se tourner vers moi. J'imagine toutes les belles choses qu'elle a dû voir au cours de ses voyages, et je me met à l'envier. J'aurais aimer pouvoir prendre le large, découvrir le monde.

- Et maintenant, ils vous intéressent ?

Être barmaid si les gens ne vous intéressent pas, c'est compliqué. Difficilement compatible étant donné qu'avec ce poste elle est en contact quasi permanent avec les autres. Son verre tourne entre ses doigts, tandis qu'elle poursuit. Elle est tombée amoureuse. Est-ce cela qui l'a fait rentré chez elle ? Son histoire se serait mal terminée ? Ayant grandi dans le monde moldu, je sais que certaines orientations ne sont pas acceptées dans certains pays, plus qu'on ne l'imagine. Beaucoup trop à mon goût. Sauf erreur de ma part, l'Iran en fait partie.

- Est-ce ça, l'accident regrettable dont vous parliez tout à l'heure ? Repensant à ma propre dernière relation amoureuse - bien qu'ancienne de plusieurs années - j'ajoute : Je suis tombée amoureuse, moi aussi. Comme tout le monde au moins une fois, j'imagine. Ça ne s'est pas bien terminé non plus. Ceux qui vivent heureux en amour sont bien chanceux.

J'observe son verre se lever dans ma direction, tandis qu'elle ramène la conversation à moi.

- Pour savoir si on aime quelque chose, il faut l'avoir essayer au moins une fois. Ce qui n'est pas mon cas. J'ai grandi en Écosse avec mes frères, mais nous n'avons jamais pu aller en vacances à l'étranger. Mes parents ne pouvaient pas se le permettre financièrement. Après sont arrivées mes années à Poudlard, toujours en Écosse. Puis j'ai poursuivi mes études en Irlande. Suite à ça, j'y ai habité. J'ai déménagé plusieurs fois, mais je suis toujours restée en Irlande. Quand ma mère est tombée malade, je suis revenue en Écosse. Et maintenant, me voilà ici, à Londres. Alors je ne peux pas vraiment vous répondre. En revanche, je sais que j'en ai toujours eu envie.


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J'hochai la tête quand elle parla de son frère et de son souhait qu'il finisse pas rentrer.

- Je vous le souhaite également, et sur une touche personnelle, je vous souhaite qu'il revienne dans de meilleures conditions que les miennes.

Puis je bus une gorgée en ayant une pensée pour ce parfait inconnu que je ne croiserais probablement jamais, et je réfléchis à la question qu'elle m'avais posé. C'était assez délicat. Je n'étais pas certaine de moi-même connaître la réponse. Au début, j'avais simplement accepté ce job pour éviter d'avoir à rester chez mes parents, et pour gagner ma vie. Et aussi pour mettre en application le petit talent que je m'étais forgé durant mon ancien métier. Mais avais-je pour autant changé ? Je pris probablement plusieurs longues secondes pour réfléchir, en espérant ne pas installer un silence trop gênant entre nous.

Tiens... Mais depuis quand prêtais-je de l'importance à cela ? Un sourire déforma lentement mes lèvres. Il y a quelques années, tout ce qui m'intéressait, c'était de voyager. Peu importe à qui je parlais. La seule chose que j'appréciais était de les taquiner pour qu'ils se révèlent rapidement à moi. Et une fois que c'était fait, je passais à autre chose. J'avais peur de me lasser ? Je pris une grande inspiration, je n'allais pas lui confier l'ensemble de mes réflexions personnelles, mais il était plus qu'évident que j'avais changé. Au moins un peu. Mais je m'en sentais agréablement surprise.

- Je... Je dirais, peut-être ? Vous en tout cas, vous êtes intéressante. Mais il est vrai que j'ai l'impression d'avoir quelque peu changé désormais, il ne tient qu'à moi de voir à quel point.

Puis je hochais à nouveau la tête quand elle me demanda s'il s'agissait de l'accident dont je parlais. Ma gorge se serra involontairement, et je bus une gorgée pour tenter de la délier.

- Oui. Mais je ne vous en parlerais pas si vous ne désirez pas entendre l'histoire, c'est... Disons que ce n'est pas quelque chose que j'imposerais à n'importe qui sans son consentement.

Puis je lui souris doucement quand elle me parla de ses propres peines de cœur, compatissante, de la manière la plus franche et honnête dont je pouvais faire preuve.

- À ceux et celles qui sont heureux en amour... Je vous le souhaite. Vous pouvez m'en parler si vous le voulez.

Puis je l'écoutai attentivement me parler de sa passion contrariée. Et j'eus un élan d'affection pour Layana absolument démentiel. J'eus tellement de peine pour elle, je m'imaginais à sa place, que serais-je devenue si mes plans et mes rêves de voyages s'étaient retrouvé contrariés comme les siens ? Je l'ignorais totalement, mais Merlin sait que j'aurais certainement mal tourné.

- Vous me voyez sincèrement navrée d'apprendre que vos projets de voyage n'ont pas pu se concrétiser... Et je vous souhaite de tout mon cœur que vous puissiez un jour voyager comme moi je l'ai fait. Sans dénouement similaire évidemment hohoho...

Je rigolai doucement avant de mettre ma main devant ma bouche. Par Merlin. Quelle haleine de dragon, le Whisky Pur Feu sans aucun doute. Je pris un autre verre pour y mettre un jus de pomme avec quelques feuilles de menthe, c'était diablement efficace contre la mauvaise haleine.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

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28 Décembre 2047, dans la soirée
35 ans
Chaudron Baveur
@Stéphanie Lilith


Sa touche personnelle attire une fois de plus ma curiosité. Que peut-elle bien vouloir dire par là ?

- Si je peux me permettre... Qu'elles étaient vos conditions, à vous ?

J'espère que Lilith ne se braquera pas. Je ne souhaite pas la forcer à dire quoique ce soit, mais cette fois je n'ai pas pu faire taire ma curiosité. La barmaid prend à nouveau du temps pour réfléchir à ma question. Comme souvent, j'ai l'impression. Lorsqu'elle y répond, mes joues chauffent à nouveau.

- Je vous le souhaite. L'espèce humaine a des choses à offrir aussi, parfois. Vous pourriez être surprise.

La brune me confirme alors que son amour en Iran est bien l'accident qu'il l'a fait revenir ici. Mon cœur se serre. Je n'ose même pas imaginer combien cela a dû être difficile.

- Vous avez mon consentement. Mais il faut également que vous soyez d'accord pour en parler.

Son sourire s'adoucit à l'évocation de mes peines de cœur. Cette fois, c'est à mon tour de réfléchir à la meilleure manière d'aborder le sujet. Je n'ai pas l'habitude de m'étaler sur ma vie amoureuse - peut-être parce qu'elle est assez vide si on omet cette épisode de ma jeunesse.

- Merci, je vous le souhaite aussi. Je marque une pause avant de me lancer. J'étais apprenti garde-chasse à Dublin depuis quelques mois au moment où j'ai rencontré ce moldu, Malone. Nous nous voyions souvent, et au fil des mois nous avons fini par se mettre ensemble. C'était la première fois que je tombais amoureuse. Deux ans plus tard, son père a quitté ce monde et Malone a voulu reprendre la librairie de son père pour se rapprocher de sa mère, qui s'est retrouvée seule. Le travail de garde-chasse ne me plaisait pas autant que je l'aurais espéré, alors j'ai suivi l'homme dont j'étais amoureux jusqu'à Dingle. J'y suis restée presque plus de six ans. J'étais fiancée, on avait des projets. Puis un soir, je l'ai vu au bras d'une autre alors qu'il devait être en dîner d'affaire. Il était... Plutôt évident qu'ils ne faisaient pas que discuter. Quand il est rentré, on s'est disputé. Sa mère m'a accueilli quelques temps, et je suis rentrée à Dublin dès que j'ai pu y trouver un logement et un travail. Et je vous épargne le reste.

Compatissant à mon impossibilité de voyager, la barmaid me souhaite de pouvoir un jour le faire. Je lui souris, sourire qui se transforme en léger rire à la fin de sa phrase.

- Merci, je l'espère aussi.


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TW : Homophobie, sang

Je la regardai toujours avec un doux sourire en écoutant son histoire, en étant toutefois incapable de comprendre entièrement ce qu'elle ressentait. Je ne m'étais-moi même pas attachée suffisamment longtemps à cette personne en Iran pouvoir comparer mes sentiments. Mais par réflexe, je posai ma main sur la sienne.

- Je suis sincèrement navrée d'apprendre cela... Il ne vous méritait pas, ce goujat, laissez-moi vous dire cela.

Je rigolai doucement avant de récupérer mon sérieux, puis je lâchai sa main, je ne voulais pas qu'elle subisse un contact physique trop appuyé, pas trop longtemps du moins. Moi-même je connaissais le sentiment désagréable de quelqu'un qui vous touche de manière trop appuyée inopinément, et pourtant, j'étais très tactile. Quand elle me donna son consentement pour lui raconter mon histoire, j'hésitais quelques secondes. Puis je pris mon verre d'alcool que je vidai d'une traite. Je ne ressentais toujours pas les effets de l'alcool. Il m'arrivait parfois de maudire ma résistance à cette boisson, cela m'empêchait d'aisément plonger mes souvenirs dans l'oubli.

- Par où commencer...

Je me frottai le front à l'aide de mon index et mon majeur tandis que mon pouce frottait ma tempe. Je n'avais jamais vraiment raconté cette histoire à quelqu'un, du moins, pas vraiment en y mettant du cœur. J'écourtais, j'occultais certains passages, mais cette fois-ci, j'allais essayer d'être concise tout en étant exhaustive. Je pris une grande inspiration.

- En avril 2046, j'ai reçu pour mission d'observer la réserve ranienne de Bahramgor. J'étais au sommet de ma forme à cette époque, je ressortais de ma convalescence suite à mon incident avec ce fichu Manticore, mon dos avait été lacéré, et c'était ma première mission depuis longtemps. Inutile de vous dire que j'étais particulièrement enjouée.

Je faisais doucement tourner mon verre vide entre mes doigts, mon regard plongé dans les reflets de ce dernier, sans fixer réellement un point.

- Tout se passait très bien. Les gens étaient sympathiques, y compris les moldus. Je n'étais jamais tombée amoureuse. De toute ma vie. Pour tout vous avouer, je n'ai même jamais embrassé quelqu'un, ni même tenu la main de quelqu'un. Ni aucun autre... type d'expérience.

Je rougis légèrement en confessant cela, j'avais 37 ans, mais je ne m'étais jamais intéressé suffisamment aux êtres humains pour avoir pu développer quelconque sentiment amoureux.

- Donc autant vous dire que quand j'ai rencontré la responsable du site, je me suis retrouvée totalement prise au dépourvu. Moi qui étais si confiante d'habitude, je bégayais face à elle, rougissant chaque instant, mon cœur s'emballait. Elle s'appelait Jila, et elle avait une langue acérée, un sens de la répartie brillant et une légèreté de tous les instants. Ça me plaisait, énormément. Son esprit était d'une agilité sans pareil, et elle avait des yeux d'un bleu océan... J'ai eu le courage de lui dire ce que je ressentais un soir, et elle m'a dit qu'elle avait besoin d'y réfléchir.

Je serrai machinalement mon verre entre mes doigts, sentant les émotions monter.

- Deux jours plus tard, nous nous étions donné rendez-vous au milieu de la réserve, un endroit dangereux, mais je lui faisais confiance. Et... Au moment où je pensais que nous allions nous rapprocher physiquement, elle m'a poignardé la cuisse, juste là.

Je désignai de l'index le milieu de ma cuisse gauche, sans vraiment y penser.

- Et elle m'a laissé là, en m'insultant de tous les noms et en appelant son dieu, tandis que d'autres personnes embusquées n'attendaient que cela pour me tomber dessus. Ils psalmodiaient leurs fichues paroles soi-disant sacrées. J'ai du transplaner en toute urgence, plusieurs fois, jusqu'à me retrouver dans un endroit totalement isolé et inconnu, où je suis resté plusieurs heures, l'esprit embrumé. Et puis je suis retourné chez moi.

J'entendis un bruit provenant de mon verre, un bruit de verre brisé. Ma main avait serré ce dernier compulsivement, et trop puissamment, je l'avais éclaté. Je poussais un long soupir, le visage vide de toute émotion. Je sortis ma baguette de sa gaine sous ma cuissarde pour soigner ma main et réparer le verre distraitement en plongeant mon regard dans celui de Layana.

- Voilà toute l'histoire. Je suis sincèrement navrée pour... ça.

Je lui désignai ma main désormais soignée.

- Mais je pense n'être pas encore tout à fait en paix avec moi-même...

Quelque part, perdue avec Sixtine.

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28 Décembre 2047, dans la soirée
35 ans
Chaudron Baveur
@Stéphanie Lilith


La main de la barmaid saisit la mienne. Je lui adresse un petit sourire, tandis qu'elle lâche ma main en reprenant son sérieux. Je la laisse prendre tout son temps. Ça n'a pas l'air très simple à raconter, il est inutile de la presser. Lorsque les mots sortent enfin, je l'écoute attentivement tout en observant ses propres réactions. Son verre qui tourne entre ses doigts et son regard qui s'y perd, ses joues qui chauffent, son doigt qui désigne sa cuisse gauche. Je suis du regard son index et regarde sa jambe couverte en continuant de l'écouter. Lorsqu'un bruit de verre éclate, je décroche vivement mon regard de sa jambe pour le poser sur le verre désormais brisé que Lilith tient dans sa main. D'un coup de baguette, elle répare les dégâts et repose ses yeux dans les miens. Cette fois-ci, c'est moi qui saisis sa main.

- Je suis sincèrement navrée, Lilith. Personne ne mérite ça, c'est... Terrible.

Je lâche sa main et repose la mienne sur le comptoir. Je reste silencieuse un petit moment, secouée par ce récit, ce qui doit se lire aisément sur mon visage. On est bien loin d'une simple histoire de tromperie. Ça a dû être un sacré choc. Je n'ose même pas imaginer combien cela a dû être difficile.

- Être capable d'en parler, c'est déjà un sacré pas. Même si ça n'a pas été... Simple. Dis-je en jetant un coup d’œil au verre qui était brisé quelques minutes plus tôt. C'est vraiment courageux de votre part d'en avoir parlé à une inconnue. Ça me touche.


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Pendant une petite seconde, j'ai envie que sa main reste dans la mienne, je ne m'étais jamais rendu compte à quel point j'avais manqué de contact physique au cours de ma vie. Puis je revins à la réalité, prenant une grande inspiration, avant de sortir une cigarette de la poche de ma chemise que je glissai entre mes lèvres. Une seule pour ce soir. Je l'allumai avec ma baguette en tirant une grande bouffée, pour me changer les idées.

- Merci Layana... Désolée.

Je regardais le comptoir, ma cigarette entre les lèvres. Etrangement, je ne ressentais rien. Vraiment rien du tout, le vide absolu dans mon cœur, le néant même. J'eus un petit rire nerveux avant de la regarder dans un sourire.

- Merci. Mais je n'ai aucun mérite. Je me dissocie encore beaucoup de ces événements. Et je ne sais pas quand je serais réellement prête à les affronter, ni si je le serais un jour.

Je tapotais ma cigarette pour faire tomber quelques cendres.

- Et puis, tu n'es plus vraiment une étrangère si ?

Je n'avais jamais été encline à me lier à quiconque, et malgré quelques rencontres çà et là qui ont éventuellement pu me marquer, je gardais toujours mes distances. Les gens changent, beaucoup, de manière imprévisible. Et je sais, j'étais certaine, que si je me prenais d'affection pour quelqu'un, je perdrais ma capacité à l'analyser. Je me retrouverais vulnérable. J'avais fais l'erreur une fois avec Jila, j'étais terrorisée à l'idée de la refaire. Et malgré toutes les belles impressions que j'avais de Layana, l'idée d'être à nouveau trahie me hantait.

- Moi qui n'aimait pas les gens avant... J'aurais sûrement dû rester seule avec mes voyages et mes créatures.

Bon sang et voilà que je m'apitoyais ? Je tirai une autre bouffée avant de me redresser, un sourire aux lèvres.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

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28 Décembre 2047, dans la soirée
35 ans
Chaudron Baveur
@Stéphanie Lilith


J'observe la barmaid sortir une cigarette pour fumer. Son regard se perd sur le comptoir, et le mien se perd dans la salle. Il règne une ambiance étrange, mais pas désagréable. Le bar si inhabituellement peu rempli et nos confessions y sont pour beaucoup.

- Il n'y a que le temps qui pourra le dire.

Le passage au tutoiement de Lilith me fait reposer les yeux sur elle. C'est bien vrai que nous ne sommes plus des étrangères l'une pour l'autre.

- Effectivement, on a dépassé le stade des inconnues. Dis-je en riant, avant d'ajouter rapidement : Mais ça n'enlève rien, c'est touchant quand même.

Mon regard divague de nouveau dans la pièce, la tête pleine des souvenirs que cette soirée fait remonter pour nous deux. En ce qui me concerne, cette histoire avec Malone est loin. J'ai tourné la page, même si en reparler comme cela fait remonter quelques douleurs que je préfèrerais voir disparaître définitivement. Mais ce n'est plus aussi vif que cela l'était il y a quelques années. J'ai réussi à avancer, même si ça n'a pas été simple.

- C'est sans doute très idéaliste, mais je suis de ceux qui pensent que les choses arrivent pour une bonne raison. Même si au début, c'est compliqué de voir ce que de si mauvaises choses peuvent nous apporter. Voire même impossible.


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J'hoche distraitement la tête à sa remarque. Le temps. Le mien avait filé comme du coton ces dernières années. Et pour la première fois de ma vie, j'eusse souhaité qu'il s'écoule plus vite pour guérir plus rapidement. Je relève mes yeux pour regarder Layana, et je réponds à son léger rire par un sourire. J'inspire une bouffée de fumée, avant de sortir ma baguette. J'expire la fumée, et avec ma baguette, m'amuser à la changer en quelques formes abstraites. Un psychomage y aurait certainement vu des explications rationnelles et profondes, cherchant à observer mon subconscient, mais pour moi, il ne s'agissait que de formes.

En temps normal, le discours de Layana m'aurait excédé. Quelle âge mental fallait-il pour penser cela ? Les choses arrivaient pour une raison... Crotte de boursouflet oui. Mais venant d'elle, je ne m'en formalisais étonnamment pas. Je trouvai même cela touchant, qu'après ce qu'elle ait vécu, elle puisse encore chercher des explications. Mais pour ma part, mon opinion était tranché à ce sujet.

- Si tu avais eu le malheur d'être plus jeune, je t'aurais sans aucun doute moqué pour penser de cette manière.

Je ris doucement, avant de déposer ma cigarette dans le cendrier, les volutes de fumée laissant place à une petite bande blanche quasi-immobile.

- Mais venant de toi, je me dis que tu as de bonnes raisons pour penser de cette manière. Ce n'est pas mon cas, je serai honnête. Je dirais que la seule raison pour laquelle j'ai vécu cela est parce que j'ai été trop stupide et aveugle pour le voir venir.

J'étais persuadée que si je ne m'étais entichée de cette fichue moldue, je serais en Asie à l'heure qu'il est. C'était donc de ma faute, et entièrement la mienne. Moi qui avait basée toute ma vie sur l'analyse précise et efficace des gens, il m'était insupportable de me dire que le pire accident de ma vie était due à ma propre faute.

Quelque part, perdue avec Sixtine.