11 févr. 2023, 11:54
 solo   ++  Âme sœur
Kalev respirait profondément quand ses yeux se posèrent sur la devanture emblématique d'Ollivander. C'était un passage obligatoire pour tout sorcier du Royaume-Uni. Un moment important qui marquait un tournant dans la vie des enfants. Pour Kalev, cet instant n'inspirait que de l'appréhension et de l'inquiétude. Et si à cause de sa magie si faible, aucune baguette ne voulait de lui ? Était-ce possible ? Qu'en dira sa mère, elle qui était déjà si déçue de lui ? Matthew, son père, posa ses mains sur ses frêles épaules. Il voulait le rassurer, lui faire comprendre qu'il était là, mais Kalev avait l'impression qu'un poids en plus encombrait ses épaules.

— Aller, tout ira bien.

Kalev déglutit. Il aimerait secouer la tête, affirmer haut et fort que non, ça n'ira pas et qu'il ne comprenait même pourquoi il était là. Que ferait-on d'un sorcier dont l'essence magique est plus proche de celle d'un cracmol ? C'est ce que sa mère n'arrêtait pas de répéter, désespéré, en grande partie car elle se croyait coupable de la situation de son fils. Kalev se souvint d'une nuit agitée. Il était descendu pour prendre un verre d'eau et c'est là qu'il avait entendu ses parents dans le petit salon. Alors, derrière la porte, le garçon avait tendu l'oreille, inquiet d'entendre sa mère pleurer. "J'aurais dû savoir qu'il était là" avait-elle dit entre deux sanglots "c'est de ma faute s'il n'est pas arrivé à terme, s'il est si faible". La boule au ventre, Kalev passe le seuil de la boutique, son père à ses talons. Aussitôt, le garçon se sentait oppressé, piégé, aucune issue ne s'offrait à lui. L'endroit était étroit, il faisait légèrement sombre et la poussière stagnait dans l'air, soutirant une toux à Matthew.

Un vieil homme s'approche d'eux, la barbe longue, les cheveux blancs, la mine austère. Kalev se recule d'un pas, impressionné. Quelques mots sont échangés entre le gérant du lieu et Matthew. Un échange des plus courtois et direct. Ollivander disparaît derrière les nombreuses étagères où les baguettes étaient entreposées. Il prend le temps de faire le tour, avant de revenir auprès d'eux avec trois boites qu'il présenta au garçon. Il hésite, interdit, mais finit par prendre une première baguette en main qu'Ollivander présenta aussitôt d'une voix bourrue qui allait avec son âge : "23,0 cm, Bois de châtaignier, crin de licorne." Kalev l'essai, mais rien. Alors il tente la seconde baguette, mais rien, tout comme la troisième. Ollivander apporta trois autres boites, mais sans succès, tout comme les deux autres qui suivent rapidement.

Le garçon ravale péniblement ses larmes. Il se sentait humilié. Kalev avait essayer pas moins d'une quinzaine de baguettes, mais aucune ne voulait de lui. Il n'osait pas rencontrer le regard de son père, il ne voulait pas y lire la déception. Etait-ce pour ça qu'Ilana avait refusé de l'accompagner ? Est-ce qu'elle savait que tout ceci n'allait l'emmener nul part ? Ollivander lui tendait une nouvelle baguette que Kalev refuse catégoriquement de toucher. À quoi bon forcer ? Il n'est qu'un moins-que-rien et ce n'est pas une énième baguette qui allait changer quoi que ce soit. Matthew s'avance et s'agenouille juste devant lui. Il pose de nouveau ses mains contre ses épaules et les empoignes d'une force tranquille.

— Mon garçon, chuchota-t-il. Ne baisse pas les bras au premier obstacle que tu rencontres.
— Cela ne sert à rien, répondit Kalev avec honte.
— Tu sais, mon arrière-arrière-grand-père a essayé une vingtaine de baguettes avant d'en trouver une qui serait prête à supporter son mauvais caractère.

Le petit garçon renifle, avant d'essuyer ses larmes avec le revers de sa manche.

— C'est vrai ?
— Oui.

Du bout de ses doigts, il vient relever le menton de son fils.

— S'il faut, nous allons essayer chacune des baguettes qui se trouvent ici, jusqu'à que tu trouves ta paire, mais pour ça, il faut persister. Aller, fils.

Il se redresse et Kalev avise la baguette qui lui était présentée. Elle avait une forme particulière, biscornue, ça lui donnait un certain charme et surtout du caractère. Il l'empoigne, la retire de son étui et donne un coup de baguette avec appréhension. Au début, il ne se passe rien et alors qu'il s'apprête à remettre la baguette à sa place, une douce chaleur se diffuse dans son bras, puis dans son corps. Il y avait l'impression que quelque chose se tramait en lui, c'était étrange et trop léger pour être parfaitement définissable, mais s'était là. Il regarde son père avec de grands yeux. Était-ce la bonne ?

— Agitez-la de nouveau, demanda Ollivander.

Kalev s'exécute et cette fois, un filet blanc se dégagea de la baguette et s'éleva doucement jusqu'au plafond.

— Félicitations, monsieur Cohn, une baguette vient de vous choisir. 35,5 cm en bois de noyer et ventricule de dragon, une baguette assez flexible, très efficace pour les sortilèges de défense, destinée aux sorciers perspicaces et ayant un instinct sûr.

La garçon l'avise avec perplexité. Il était très loin d'être perspicace et encore moins d'avoir un instinct sûr.

— Vous êtes encore jeune, ce sont des choses qui viennent avec le temps, l'âge et l'expérience, indique Ollivander qui emballait la baguette dans son étui. Est-ce que vous connaissez les nouvelles directives ?
— En effet, répondit Matthew. Le conseil garde les baguettes et les redonne uniquement des mains des agents du Conseil des Sorciers sur le Quai de Pré-Au-Lard après la descente du train.
— C'est bien ça.

Matthew paya la baguette et après une dernière salutation, père et fils quittèrent la boutique pour continuer leur chemin. Ils étaient loin d'avoir complété la liste que Matthew tenait fermement entre ses doigts.

— Dit, tu crois que maman sera contente ?
— Contente de savoir que tu as trouvé une baguette ?

Kalev acquiesce.

— Oui, elle le sera, répondit alors son père. Elle sera même fière de toi.

Et sur ses mots, Matthew l'entraîne dans une autre boutique, puis une autre et ainsi de suite, jusqu'à que la liste soit entièrement barré.

"Les fleurs sécher sur le tombeau
La peur gagner, une fois de trop"
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