Carnets de voyage Tome 1 : Trahison
Soirée du 21 Décembre 2016
Il y'a quelques heures à peine, j'avais renvoyé un hibou à Sixtine, essayant de la rassurer au mieux sur ma nouvelle vie à Bremerhaven, auprès de ma lointaine famille paternelle. Je lui décrivais de bonnes conditions de vie, espérant de tout cœur la revoir au plus tôt. Or, en dehors de ce dernier point, tout était strictement faux, un tissu de mensonges rassurants pour lui cacher la froide vérité qui régnait ici. Depuis 5 mois, nous survivions plus que vivions dans une vieille bâtisse ayant prétendument appartenu aux parents de mon père, celui-ci m'assurant que nous aurions mieux, bien mieux, avec la stabilité financière.
De famille, pas la moindre trace, si ce n'est les affirmations de mon père : son vieil oncle l'avait assuré qu'il pourrait bientôt reprendre le travail. Mais les semaines avaient fait place aux mois et, au lieu de travail, c'est dans l'alcool et le bar sorcier le plus proche que mon père se réfugiait de plus en plus souvent. Ce soir, nous aurions dû nous affairer à terminer nos préparatifs de Yule et commencer les célébrations. Cependant, une fois encore, il était absent, Merlin seul savait où. Alors, au lieu d'un esprit festif, c'est un profond doute, sur notre situation, notre futur, qui me saisissait.
Enfin, à près de trois heures du matin, à moitié assoupi sur une chaise de la petite cuisine, je l'entendis rentrer. Titubant plus que marchant, c'était à se demander comment il avait réussi à revenir jusqu'ici. Cela n'aurait pas été d'ailleurs la première fois que j'aurais dû le ramener à la maison, complètement effondré sous le poids de la boisson. Je me précipitais pour empêcher ce qui ressemblait plus à une loque qu'à mon père de s'effondrer sur le plancher. J'essayais quelques questions, sans grands espoirs de réponses dans cet état, mais il me les fallait :
- Tu as pu parler à ton oncle ? Tu vas bientôt pouvoir reprendre ?
- Hein ? L'ongle ? Ouais..
- Et alors ?
- Pas d'oncle ! Pas de famille ! Tout seul ici, sans personne..
Je ne savais pas si l'alcool le faisait délirer ou débiter la froide vérité, mais le sang se glaça dans mes veines, et je vis rouge :
- Pardon ?! Tu plaisantes, j'espère ?
- Hein ? Ouais, c'est vrai, et quoi ?
- Tu te moques de moi ? Tu sais ce que j'ai traversé ?
Mon père bava plus qu'il ne cracha, s'appuyant sur un plan de travail :
- Pfeuh ! Cette sale anglaise t'aurais fait rester là bas, et ta Fléreur de mère aurait fini par t'avoir, tandis que j'aurais tout perdu !
La réponse de mon père était horrible, mais semblait tellement pleine de vérité après ces longs mois incompréhensibles que je ne pris même pas la peine de réfléchir. J'avais hurlé, tandis que de toute la force de mes émotions, de mes bras, je le repoussait contre le sol, ne pouvant supporter plus longtemps sa présence. Alors que de rage, je désirais en rajouter avant de filer vers ce qui me servait de chambre, j'observais que bien loin de s'en émouvoir, il s'était tout bonnement endormi..
Carnets de voyage Tome 1 : Trahison
25 Décembre 2016
Dès l'après-midi du lendemain de la révélation, lorsque j'avais fini par glisser un pied en dehors de ma chambre, j'avais retrouvé un père se levant à peine, puant l'alcool et d'autres substances que je ne voulais même pas essayer de reconnaître à l'odeur. Rien qu'avec son expression, que confirma un bref échange sans aucune chaleur de ma part, je compris qu'il ne gardait aucun souvenirs des évènements de la veille. À ce stade, encore trop énervé pour déterminer si c'était une bonne ou une mauvaise chose, je préférais claquer la porte et sortir dans les rues de Bremerhaven, laissant l'ivrogne à sa gueule de bois.
Énervé mais lucide, j'avais gardé souvenir de mes vieux cours d'Étude des Moldus et, même si mon style restait légèrement vieillot pour les rues de Belfast, je savais pouvoir me fondre ici sans mal dans la masse, aidé de mon visage et de ma maîtrise de l'allemand. Très vite, mes jambes me porterent d'elles-mêmes, tandis que mon esprit était ailleurs. J'y avais réfléchi toute la nuit, mais je ne voyais qu'une seule possibilité : partir. C'était une certitude, une nécessité. Mais pour aller où ? Retrouver Sixtine, la queue entre les jambes alors que je n'avais même pas de quoi subvenir à mes propres besoins, ne possédait même pas de quoi faire le voyage retour et ne lui avait pas raconté ce qui était mon véritable quotidien depuis mon arrivée ici ? Pardonner à ma mère, et la supplier de m'aider ? Fuir en abandonnant tout, prendre le premier transport moldu pour demeurer loin de cette énième trahison ? Toutes ces solutions n'en étaient pas, plus irréalisables les unes que les autres. D'autant que la dernière était carrément impossible : dans ces rues moldues, seuls les Euros étaient acceptés, et ce n'était pas avec mes quelques papiers de monnaie anglaise que j'allais pouvoir parvenir à mes fins.
Alors que ce qui apparaissait comme la seule solution possible se dessinait dans mon esprit, mes pensées s'interrompirent soudainement. Mes yeux s'étaient posés sur la silhouette d'un objet massif et inconnu flottant dans un canal. Après quelques minutes de lecture plus ou moins laborieuse de l'allemand, je réussis à comprendre qu'il s'agissait d'une sorte de bateau métallique datant de la dernière guerre moldue et pouvant rester totalement immergée. Décidément, le monde autour de nous était bien étrange. Étrange, mais fascinant. La colère était toujours là, bien ancrée en moi, mais je ressentais à nouveau ce qui m'avait fait aimer l'Histoire de la Magie et les Runes. C'était la soif d'apprendre, de connaître le passé et le présent de ce qui m'entourait, et ce même chez nos voisins moldus. Alors, c'était décidé. Je ferais contre mauvaise fortune bon cœur, et profiterait de cette situation intenable pour m'enrichir tant financièrement que spirituellement.
Carnets de voyage Tome 1 : Trahison
28 Décembre 2016
C'est drôle, les tournants que peuvent prendre la vie. Après avoir passé d'innombrables heures de ma scolarité à étudier, m'abreuver de la vie des autres, des biographies et événements ayant touchés ces grands noms de l'Histoire sorcière, je n'aurais jamais cru découvrir un jour que le plus dur, c'était de déterrer sa propre histoire. Naïvement, comme sur beaucoup d'autres sujets, et il était temps de m'en rendre compte, j'avais cru connaître mon ascendance, connaître mon sang. Un grand-père, sorcier allemand de bonne famille, qui était simplement venu séjourner en Angleterre et s'était pris d'affection pour une autre sorcière anglaise. Mon père, enfant unique né de cette union, avant de naître à mon tour. Ça, c'était ce qu'il m'avait raconté. Je n'avais jamais pu connaître mon grand-père, mort en 1997 dans les heures les plus sombres du Royaume-Uni, et je me demandais aujourd'hui si cela aurait pu changer quelque chose.
Peut-être. Ou peut-être pas. Après tout, les flereurs ne font pas des niffleurs. Et donc, en fouillant dans de vieux cartons de mon père, pendant qu'il était à nouveau fourré Merlin seul savait où, j'avais en quelques journées de recherche pu en découvrir davantage sur mon histoire familiale qu'en plus de 18 ans. Agamund Kohler, mon grand-père, avait quitté l'Allemagne jeune, en 1967, sous fond de conflits familiaux qui n'étaient que brièvement évoqués. Querelles qui devaient être financières, si l'on en croyait les archives magiques que j'étais allé consulter hier. Loin d'avoir été ruinés, la fortune des Kholer semblait plutôt avoir prospéré en l'absence de ma branche familiale. Mieux, j'avais pu découvrir que si mon père n'avait aucun moyen de le connaître, Agamund avait effectivement un petit frère encore vivant dans la région !
Et là, en bas d'une page d'un certificat de naissance d'un lointain cousin, j'avais découvert une adresse. C'est dans cette direction que je me dirigeais, sans savoir ce que j'allais pouvoir trouver ou même ce que cela allait bien pouvoir m'apporter. Je tournais encore une fois, marchais quelques mètres, et me retrouvais enfin devant le bon numéro. Devant moi se dressait une lourde porte boisée, dont la taille conséquente n'avait rien à envier à celle de la bâtisse. Trois étages, en pur style gothique, et me rappelant étrangement ce qu'aurait pu être le taudis dans lequel nous crechions s'il avait été plus grand et mieux entretenu. C'était ici, sans aucun doute possible. Encore deux ou trois pas, et je faisais cogner mon poing contre la porte, raclais ma gorge.
- Ist hier jemand ? Mein name ist Suileabhan Köhler und ich suche Herr Julian Köhl... Il y'a quelqu'un ? Je suis Suileabhan Kohler et je cherche Herr Julian Kohl...
La porte s'ouvrit avant même que je puisse finir ma médiocre introduction improvisée. Je n'aurais su dire qui semblait le plus surpris entre la femme relativement âgée qui se tenait derrière la porte, et moi-même, surpris de son étonnement.
- Oh mon.. Agamund ?! Mais non, tu es beaucoup trop jeune.. comment as-tu dit que tu t'appelais ?*
- Suileabhan, madame. Vous connaissez mon grand-père ?
L'inconnue hocha la tête, aussi bien pour moi que pour elle-même. Elle m'invita aussitôt à rentrer et me fit attendre dans un grand séjour, tandis qu'elle criait le nom de Julian. C'était visiblement sa femme, ce qui faisait d'elle ma.. grande tante ? Enfin, un soixantenaire à la barbe grise débarqua en bougonnant qu'il l'avait prévenue d'arrêter de le déranger inutilement. Et puis, il croisa mon regard. Le silence devint si long que je commençais à me demander sur le vieil homme n'avait pas eut une attaque, et visiblement, je n'étais pas le seul à le craindre.
- Julian !
- ... C'est.. oh.
Sans plus réussir à trouver ses mots, mon grand-oncle se laissa tomber dans un fauteuil ouvragé, saisissant d'une main tremblante un cadre posé non loin, qu'il retint contre lui. Je n'osais pas dire un mot, pas plus que sa femme qui m'accorda cependant un sourire fatigué, tandis qu'elle posait sa main sur celle de son mari. Enfin, il reprit sa contenance, et je me fis soudain la remarque de sa ressemblance avec mon père. Après un échange de regard silencieux avec son épouse, Julian Kohler prit un air sérieux, avant de laisser pointer sa baguette. D'instinct, je compris, et sortit la mienne pour la déposer à mes côtés, alors que le soulagement se lisait dans leurs yeux.
- Excuse-nous, mon garçon. Il faut nous comprendre, nous avons déjà eu un non-magique dans la famille et...
Sans finir sa phrase, il secoua la tête, les yeux un instant froids et chargés de colère, sans que je sache si celle-ci était dirigée vers le cracmols en question ou vers ce qui lui était arrivé. Il se reprit rapidement et fit leviter le petit cadre en bois vers moi pour que je puisse m'en saisir. Intrigué, je découvrit alors la photographie animée d'une fratrie souriante, dont celui du milieu était mon portrait craché.
- Lorsque Agamund est devenu adulte, il s'est rendu compte, ou plutôt persuadé, qu'il n'y avait rien pour lui ici. Je me souviens encore de ce qu'il nous a dit. Que si père ne comptait rien lui laisser face à Celian, notre frère, et que si mère n'était déterminée à ne supporter que ma seule présence, il n'avait plus rien à faire ici. À ma grande honte, je fus le seul à essayer de le retenir. J'ai perdu mon grand frère, ce jour-là. Pendant des années, j'ai espéré le voir revenir. C'est même la première chose à laquelle j'ai pensé à la mort de Celian, puis de père. Et puis, un matin.. j'ai senti. J'ai senti que peu importe où il avait trouvé refuge, il n'était plus. Comment est-il mort ?
- Je ne sais pas vraiment. En 97, le Royaume-Uni n'était pas sûr, et tout ce que je sais c'est qu'il ne fut que l'un des nombreux sorciers à périr cette année là.
- C'était donc là qu'il s'était retrouvé. Et tu es son fils.. non, son petit-fils, c'est ça ?
J'aquiescais, et nous fûmes partis pour une discussion qui dira jusqu'à la tombée de la nuit. D'échanges timides et gênés, nos paroles s'étaient faites plus assurées, et je renouais avec l'impression d'être en famille pour la première fois depuis de nombreux mois. Un dîner fini par être partagé avant que je ne me décide à rentrer, en évoquant mon père. Mon grand-oncle s'emporta plusieurs fois tandis que j'évoquais l'histoire de mes parents, mais il me promit de le remettre en selle, me faisant promettre également de revenir les voir sans tarder. En partant, mon cœur manqua un battement lorsque ma grande tante me fit discrètement glisser une bourse que ne pu refuser, assortie d'un sourire aimant m'evoquant une personne que je ne désirais plus garder dans ma vie. Lorsque mes remerciements se firent gênant, je m'eclipsais finalement en direction de la bâtisse dans laquelle mon père ne m'attendais sûrement même pas.
*Les dialogues suivants restent en allemand mais sont traduits par facilité.
Carnets de voyage Tome 1 : Trahison
31 Décembre 2016
TW : Violence physique et verbale
La connaissance est le fardeau des sages qui épargne les simples d'esprits. La vérité la plus sale est toujours préférable au mensonge les plus purs. D'aussi loin que je m'en souvenais, j'avais toujours entendu d'innombrables adages, conseils ou avis sur ce que représentait la connaissance de la vérité. Et j'expérimentais depuis peu ce qui était ma vérité à ce sujet : voir au delà des ultimes mensonges de mon père m'emplissait d'une rage folle, d'une colère difficile à réprimer. Et cette fureur, pour la première fois de ma vie, ne faisait que s'accumuler, sans personne vers qui la déverser. Pas non plus d'amis, de Sixtine à qui me confier. Rien d'autre que le silence d'une maison trop vieille pour acceuillir dignement un sorcier attendant le retour de son ivrogne de père.
La soirée était déjà bien entamée quand la porte finit par s'ouvrir en grinçant, funeste annonciatrice d'un retour moins tardif qu'à l'accoutumée de Jacob Kohler. Et alors qu'une terrible colère grondait, un flot de nostalgie incontrôlé envahit mon esprit. Se pourrait-il qu'il se soit souvenu ? Nous avions beau suivre les traditions celtiques, d'aussi loin que je me souvienne, nous faisions une exception pour le nouvel an. Sans même avoir à fermer les yeux, je pouvais me rappeller de ces folles soirées d'enfances, plus tard d'adolescence, où après avoir partagé un repas fabuleux, mes parents m'emportaient à l'extérieur. Là, m'attendait toujours un incroyable spectacle magique de sons et lumières qui, je le savais que fond de moi, valait plus que tout ce qu'ils auraient pu avoir dans la capitale. Je me souvenais de ces rires, de ce bonheur palpable. Et désormais définitivement hors d'atteinte.
Aussi brusquement qu'elle était apparue, la nostalgie s'effondra devant le pitoyable spectacle qu'offrait mon père à mes yeux.
Et devant l'évidente et cruelle vérité d'un énième oubli, bien que ridicule face au poids de ses erreurs cumulées, je relachais tout. Ma colère. Mon contrôle. La porte avait à peine eu le temps de se refermer que je fonçais sur lui, le saisissant par le col de sa veste puant l'alcool et la sueur pour le plaquer violemment contre le mur. L'incompréhension que je lisais dans ses yeux ne fit rien pour m'arrêter. Et je pris la parole, hurlant presque, de ma voix chargée d'un accent si terrible que je ne crois pas que quelqu'un d'autre que lui aurait pu comprendre ces mots.
- Écoute moi bien. Et cette fois, tu vas le retenir. Je sais. Je sais tout. Tes mensonges, ta lâcheté. Tu me répugne. Ta vie est tombée en morceaux, alors tu t'es assuré de faire de même pour celles de ton entourage. Et bien, je ne te laisserais pas gagner. Je pars, et tu restes ici.
Mon père essaya de parler, les yeux écarquillés, mais je n'avais pas terminé.
- Demain, tu iras voir ton oncle. Tu vas écouter tout ce qu'il te dit, le faire, et redevenir un.. un être humain. Et si par malheur j'apprends que tu essaies de te servir de lui..
Des relents d'alcool me chatouillerent à nouveau les narines, accentuant à nouveau ma colère qui continuait de jaillir inlassablement au travers de mes mots.
- ..ou que tu as ne serait-ce que posé les yeux sur un verre de vin, je reviendrais. Et je te jure que tu regretteras d'avoir un jour eu un fils.
D'un coup, je relachais mon emprise, laissant mon père tomber au sol. En quelques secondes, je m'étais saisi de mes maigres possessions déjà prêtes depuis longtemps. Et en quelques minutes, j'étais dehors, bien décidé à m'éloigner au plus vite de cet endroit.
Carnets de voyage Tome 1 : Trahison
31 Décembre 2016
23:57
Je marchais seul et d'un pas rapide dans les rues de Bremerhaven, nullement atteint par les relents d'un hiver rigoureux. Non, la colère brûlait d'un feu ardent dans mon cœur, bien trop pour que je puisse sentir la morsure du froid. Dans cette colère mêlée de détermination, j'avais un objectif, une destination. Et pourtant, je ne me leurrais pas. Ce n'était pas moi qui dirigeait mais pas, mais cette inconscient proche de l'automatisme routinier. Pourtant, parcourir les rues de cette ville ce n'était pas habituel. Ce n'était pas ma ville natale. Ce n'était pas ma ville, et encore moins mon pays. Et mon esprit comme mon cœur était ailleurs, parfois à quelques centaines de mètres de là, hurlant contre mon père. Et parfois, à des milliers de kilomètres d'ici. Sixtine.
C'est dans cette tempête d'émotions et d'éléments que je finis par atteindre la sie de transport magique de la région. Et alors qu'à l'intérieur de chez eux, bien au chaud, tous s'embrassaient pour la bonne année, mon âme continuait de s'embraser de toute cette colère, de tous ces désirs définitivement allumés. Je passais la porte. C'était étrange. Je savais où aller, j'avais voulu venir ici. Mais je ne savais pas où aller.. ensuite. Machinalement, je vérifiais mes maigres possessions financières. J'avais quelques économies, et la bourse confiée par ma grande tante. Et alors que je vérifiais mes options, je me rendis à l'évidence : il n'en existait en réalité qu'une seule. Je n'allais pas pouvoir rentrer au Royaume-Uni.
Étrangement, mon cœur ne se serra pas davantage. Était-ce l'effet de tant d'émotions, ou bien, quelque part, avais-je toujours su que je n'allais pas pouvoir rentrer auprès d'elle ? C'est vrai que je n'aurais pas supporté de rentrer ainsi. Et déjà, j'avançais vers le comptoir. J'y déposais la moitié de mes Gallions, grimaçant presque devant le prix à payer.
- Pour l'Autriche, s'il vous plaît.
Ma voix fit sursauter la sorcière à moitié endormie qui se reprit très vite, même si je ne manquais pas de remarquer son sourcil dressé. Mais je la comprenais. Qui voyageait à cette heure, un 31 Décembre ? Ou plutôt, un 1er Janvier. C'est là que ma situation m'assoma presque. Et puis, je me repris.
- Vous pouvez transmettre les hiboux, d'ici ?
À peine l'employée avait-elle aquiescé que je sortais rapidement de mon paquetage de l'encre et du parchemin. Là, à quelques pas à peine du portoloin qui allait m'éloigner encore plus de celle que j'aimais, et surtout, de ce lien familial que je ne pouvais plus supporter, j'essayais de trouver les mots. Que lui dire ? Et surtout, que ne pas lui dire ? Mais je devais lui annoncer mon départ. Car cette fois, ce départ, c'est moi qui le choisissait. Et ma main commença à écrire. Chère Sixtine..
@Sixtine Valerion
Fin du Tome 1