Un soir d'été sur la glace
J'aurais voulu rester allongé sur cette océan de froid. La glace contre les cheveux, la fainéantise semblait coller mon dos à l'iceberg. Et puis il y avait le bruit des patins qui crissaient la patinoire autour de nous. Un bruit des plus inquiétants lorsqu'on était au sol, presque incapable de se relever. Ce poids féminin sur moi dont les pupilles étaient posés sur mon visage de koala en était pour sûr la cause. Et moi, immobile, je les vois alors. Ces secondes qui passent. Peut-être des minutes. La notion du temps est devenu quelques choses d'abstrait dont la seule mention m’extirperai de cet océan aux profondeurs abyssales. Finalement elle décide elle même de prendre les voiles et se redressant je la voie me tendre une bouée de secoure.
« Non c'est bon. Je vais bien. »
Petit mensonge au vu de la douleur que je ressens au bas du dos mais est-ce la peur de voir cette session de patinage s'interrompre précocement qui me force à cacher la vérité ? Peu importe, mon cerveau est bien trop embrumé pour y chercher quelconque réponse et de toute manière je suis bien trop occupé à essayer de me remettre debout.
“Fort est qui abat, plus fort est qui se relève.”
Le patin faisait bien exception à la règle et il ne me fallut pas moins de 3 tentatives infructueuses pour réussir à regagner le peu de dignité que j'avais laissé au sol. Manquant de tomber une nouvelle fois, je m'agrippais d'une main au bras de Shawna avec l'intention, cette fois-ci de ne pas l'entraîner avec moi.
« Allons faire des tours. »
Ce n'était pas une question. Et rejoignant avec cette aisance si maladroite la fourmilière qui tournait en rond, la reine des glaces à mes côtés, je demandais à cette dernière, presque sans le vouloir.
« Qu'est ce que t'évoques le patin... pour toi ? »
@Shawna Banks
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Un soir d'été sur la glace
Il me répondit qu’il allait bien, à mon grand soulagement. Au bout de trois tentatives infructueuses je me demanda tout de même si je ne devrais pas l’aider quand même, mais il réussit finalement à se relever et à s’agripper à mon bras. Il me proposa d’aller faire des tours, mais après réflexion cela sonnait plus comme une affirmation qu’une proposition.
Puis il me posa une question pour le moins étrange. Il me demandait ce que m’évoquait le patin. La réponse vint toute seule, et spontanément, je lui répondis :
- Pour moi le patin c’est la liberté. Quand je patine je ne pense plus à rien. C’est juste…La liberté en fait. Je patine et il n’y a rien d’autres au monde que moi, la glace et éventuellement un partenaire si je suis en duo. Même pendant les compétitions. La foule, les juges disparaissent. Je ne suis aussi libre qu’en patinant.
Les mots m’étaient venus ainsi, naturellement, c’était juste le fond de ma pensée. Mais je n’allais pas en rester là.
- Pourquoi cette question ?
C’était assez bizarre tout de même. Il y a une heure je ne le connaissais pas et là nous patinions côte à côte, lui agrippé à mon bras à me poser une question assez personnelle. Mais ça ne me gênait pas vraiment en réalité, j’étais bien à patiner avec lui, dont je ne connaissais même pas le nom, même sa main glacée sur mon bras ne me dérangeait pas.
@Nowan James, vraiment navrée pour ce retard
Un soir d'été sur la glace
@Shawna BanksTournant en rond, les gestes machinaux se répétant sur la glace, je commençais peu à peu à prendre mon aise... ou mon patin si nous étions d'humeur à faire des jeux de mots. Au point que je m'accordais même quelques mouvements de tête à droite ou à gauche, les yeux se décollant de ce sol glacé pour rejoindre le visage de la princesse des neiges. Car cette dernière, dont la réponse à mon interrogation trahissait une certaine perspicacité et imagination, semblait tenir le patin dans son cœur.
« Je... Je ne me suis jamais intéressé à la moindre chose et je n'ai aucune... euh... passion dans la vie. Alors j'essaie de comprendre... Ce que c'est... D'en avoir une. »
Tel un chien battu, je baissais la tête. Presque légèrement honteux d'avouer publiquement que ma vie ne se résumait qu'à un oreiller. Pourtant, il y avait bien des choses où je développais un certain talent, c'était le cas des échecs par exemple, papa et Lili ne cessait de me répéter que j'avais une logique en ce jeu implacable, comme si le fait de bouger ses petits pions blancs ou noir faisaient de moi un génie... Toutefois, mon intéressement envers ce jeu médiéval n'était que des plus éphémères et chaque jour n'était que pâle copie de la précédente. Sur cette glace, je prenais peu à peu conscience de cela. Il était certes un peu tard pour s'en faire la réflexion et de toute manière, je savais que cet éclair de lucidité ne serait qu'une fois de plus que balayé par le souffle de la fainéantise. Alors soupirant, je m'arrêtais à l'aide de grand mouvement de bras et d'une lame bien maladroite près de la balustrade de sortie.
« Je stop ici. Tout cela m'a bien fatigué. »
Demi-mensonge qui cachait un soupçon de vérité puisque je n'avais jamais fait autant de sport dans ma vie. Et les lourdes plaintes de mes jambes se faisaient d'or entendre, plus particulièrement lorsque je dus enjamber le petit rebord pour sortir de la patinoire et regagner la terre ferme. Jetant un coup d'œil derrière moi vers celle qui avait fait l'effort de traîner le boulet que j'étais, je demandais plus par politesse que pour le côté sociable.
« Tu veux prendre un chocolat chaud ? Je te l'offre si tu veux. »
Ponctuais-je en montrant du doigt le petit café restaurant qui surplombait de haut la patinoire. Ces vitres donnaient depuis la terrasse une vue imprenable sur la mer de glace et sa lumière chaude, à la manière de l'arche de Noé, semblait recueillir un à un les âmes frigorifiées. La pensée d'un bon chocolat chaud m'en fit presque d'ailleur saliver...
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Un soir d'été sur la glace
@Nowan James désolée pour le retardSuite à ma question, il baissa la tête et m’avoua qu’il n’avait jamais eu de passion et tentait de savoir ce que c’était d’en avoir une. Oh. C’était terriblement triste ! Je me voyais mal vivre sans une passion, mais sans doute avait il des loisirs sans que ce soit une passion. Devant son air un peu honteux, je tenta de le rassurer.
- Il n’y a pas à avoir honte ! Tout le monde n’a pas de passion à cet âge là ! Je suis sûr que tu finiras par en trouver une !
Il m’annonça qu’il s’arrêtait ici, car il était fatigué. Je fus surprise. Déjà fatigué ? Soit il n’était pas bien résistant, soit le temps était passé plus vite que je ne l’imaginais, soit sa chute de tout à l’heure l’avait fatigué. Un mélange des trois peut-être ?
J’étais déçu de le quitter déjà, j’aurais aimé faire plus connaissance. Mais il me proposa d’aller prendre un chocolat chaud, et proposa même de me l’offrir. Je jeta un coup d’œil à la glace derrière moi. J’aurais aimé en faire plus, mais j’en ferai beaucoup chez moi, alors autant accepter !
- Avec plaisir !
Je quitta la glace et le rejoint, avant d’adresser un signe à mes parents, pour leur indiquer où j’allais. Quand ils me virent en compagnie du garçon, dont je ne connaissais d’ailleurs toujours pas le nom, ils m’adressèrent un sourire niais et je leva les yeux au ciel. Insupportables.
Un soir d'été sur la glace
@Shawna BanksJ'aurais préféré qu'elle refuse cette invitation si peu commune venant de ma part. On se serait alors tenu à un au revoir et je serais reparti me déchausser avec le sentiment factice d'être un enfant sociable et normal. Mais voilà qu'elle et le sourire de ses parents (si peu discret au passage) m'avaient poursuivie jusqu'au petit café restaurant situé à l'étage de la patinoire.
« Après toi. »
Disais-je mollement en lui tenant la porte battante sur lequel on pouvait y lire en grosse lettre rouge " Le Surplomb de la Patinoire". Le café restaurant avait un décor intérieur qui invitait à la détente et à la convivialité. Les murs étaient peints dans une teinte chaude et accueillante, qui se mariait parfaitement avec les grandes baies vitrées donnant sur la patinoire. Le sol était recouvert de larges dalles en pierre grise, ce qui lui donnait une allure rustique et confortable à la fois. Des plantes en pot étaient disposées çà et là, apportant une touche de verdure et de fraîcheur à l'ensemble.
Au centre de la pièce, se trouvait un grand comptoir en marbre, où l'on pouvait voir le charmant gérant à la moustache grise s'affairer derrière. Des odeurs de café fraîchement moulu et de croissants chauds emplissaient l'air suivit de la bonne humeur du bienveillant gérant.
« Bienvenue au Surplomb de la Patinoire ! Allez y, installez vous ! Je vous amène la carte ! »
S'exclama le vieil homme au crâne dégarni en faisant virevolter à la manière d'un artiste deux plateaux garnis de boissons chaudes. Et bien que j'aurai pu rester là indéfiniment à admirer son adresse et sa dextérité, je regagnais une des tables en bois sombre alors tout près de la baie vitrée, qui au passage offrait une vue splendide sur la masse de point de noir infatigable qui patinait sur la glace éternelle.
« Ça te convient ou tu veux changer de place ? »
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Un soir d'été sur la glace
@Nowan JamesJe ne pus m’empêcher de froncer légèrement les sourcils devant le peu d’enthousiasme du garçon devant moi. C’était pourtant lui qui m’avait proposé d’aller prendre un chocolat chaud, il pourrait faire un minimum d’effort ! Bah, il devait être fatigué des tours de patinoire, il sera plus réactif après un chocolat chaud !
Un vieil homme nous accueillit et nous proposa de nous installer, promettant de nous amener la carte. Le garçon dont je ne connaissais toujours pas le nom au passage, s’installa à une table et me demanda si ça m’allait. La table offrait une vue magnifique sur la patinoire, et je confirma donc avec un grand sourire que ça m’allait.
- C’est parfait !
Je cherchais désespérément un sujet de conversation dans ma tête, mais n’en trouvait aucun. Il fallait croire que j’avais perdu l’habitude de parler avec des moldus. Pourtant rien n’était différent d’à Poudlard, seulement, là bas, je connaissais tout le monde de près ou de loin, alors la dernière fois que j’avais vraiment parlé avec un inconnu remontait à un bout de temps… Dans un effort désespéré pour ne pas laisser un blanc, je tenta :
- C’était la première fois que tu faisais du patin ?
Sur ce, le vieil homme revint avec les cartes, et après un rapide coup d’œil aux boissons, je commanda un chocolat chaud, avant de laisser le rouquin choisir.
Un soir d'été sur la glace
Le regard perdu dans la contemplation de la baie vitrée, je restais silencieusement immergé dans mes pensées, peu troublé par le pesant mutisme qui régnait entre nous. Après un moment de réflexion, je finis tout de même par répondre d'une voix monocorde :
« Oui... »
Je reposai alors mon regard sur la piste glacée, où les éclats de rire de mes chers parents se faisaient entendre à distance. Il était amusant de constater à quel point leur comportement jovial et enfantin contrastait avec celui de leur fils, c'est-à-dire moi, dont l'existence était ternie par la paresse et la nonchalance.
Parfois, lorsque mes pensées s'enfonçaient dans les tréfonds de la réflexion, je me posais des questions sur une éventuelle adoption. Et bien que Lili ne cessa de le répéter lors de nos inévitables querelles, il me suffisait de contempler la crinière flamboyante de mes géniteurs pour affirmer le fait que le sang qui coulait en moi était bien le leur.
L'arrivée du serveur interrompit ma méditation, et après un rapide coup d'œil sur la carte posée sur la table, je décidai de commander un chocolat chaud au caramel, préférant ne pas prendre le risque d'essayer des boissons moldues aux noms des plus mystérieux.
« C'est noté ! »
S'exclama alors le serveur à la belle moustache soigneusement taillée en repartant d'où il était venu, carte en main, avec une promptitude surprenante. Poussant un petit soupire, je reportais mon attention sur le visage de la jeune fille dont les joyaux bleus semblait trahir une certaine gêne face à la barrière de silence.
Désireux de casser la glace et je ne parlai pas de celle sur laquelle mes parents s'amusaient, ni de celle que le serveur s'affairait à mettre dans une coupe, je me forçais d'un bâillement à parler :
« Tu ne m'as toujours pas dit ton nom au fait... Moi c'est Nowan. J'habite euh... dans la campagne sud mais mes parents ont décidé de venir passer les vacances à Londres... »
En vérité, la réelle raison de ce déplacement était l'achat de mes fournitures scolaires mais avouez ceci aurait porteur de beaucoup de questions qui ne devraient pas voir le jour. Surtout lorsqu'on était sorcier...
@Shawna Banks
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Un soir d'été sur la glace
@Nowan JamesLe blanc continuait, mais cela ne semblait pas déranger le moins du monde le rouquin. Comme d’habitude dans les moments de ce type, je dus me retenir de toutes mes forces pour ne pas lâcher un rire nerveux. Heureusement, après de longues secondes, il répondit enfin à ma question… Par un simple « oui ». Bon. J’attendais un peu plus, mais c’était déjà ça !
Il commanda un chocolat chaud au caramel, et le serveur repartit. Je me demandais quand quelqu’un allait enfin se décider à briser la glace, et je commençais à me dire que ce serait moi, quand, à ma grande surprise, le rouquin prit la parole.
Nowan ? Jamais entendu de prénom comme celui ci ! Bon, je m’appelais bien Shawna… Ravie qu’il sorte enfin de son mutisme, je m’empressai de lui dire mon prénom.
- Moi c’est Shawna ! Et j’habite à Heswall… Mais je vais assez souvent à Londres, vu que j’ai une grand mère qui y habite… Je trouve cette ville magnifique ! Ty as passé toutes tes vacances ici ? Tu y viens souvent ?
Lorsque je mentionnai ma grand mère, je tentai désespérément de faire disparaître de mon visage toute trace de mépris ou de colère, mais vu la haine que je lui portais, cela semblait mission impossible… À peine eus je débité mes quelques questions, je jetai un coup d’œil à mes parents, sur le banc de la patinoire, en pleine conversation. Je reportai vite mon attention sur le dénommé Nowan, en espérant de toutes mes forces qu’il n’y ait pas un autre long silence dans cette conversation.
Une nouvelle fois, désolée pour la longue attente…