Un oiseau sous la neige J.H

Surtout, ne pas bouger. Un mouvement, un seul, et Jeffrey la ferait tomber. C’était une évidence. Alice eu grand peine à demeurer immobile alors que Jeffrey avançait. La neige craquait sous ses pas, Alice l’entendait. Et si de la glace s’était formée ? Jeffrey glisserait, tomberait, et emporterait Alice dans sa chute. Dans leur position, l’un comme l’autre se blesserait. Ne songe pas à cela, s’ordonna Alice en pensée. Tu y es presque.

La branche était au dessus de sa tête. Si Alice tendait suffisamment le bras, elle pourrait s’en saisir.

« C’est… c’est bien, oui. Nous sommes juste en dessous. »

Jeffrey peinait à la porter. Sa respiration était saccadée. Il soufflait. Sa voix était hachée. Combien de temps assurerait-il encore la sécurité d’Alice ?
La sorcière écarquilla les yeux en entendant Jeffrey. Se hisser là haut ? Grimper sur ses épaules ? Alice leva à nouveau la tête sur la branche au dessus d’elle. Althéa était là, encore trop loin pour qu’Alice ne puisse là toucher. La friponne regardait sa jeune maîtresse sans faire le moindre geste. Elle était belle et bien coincée. Maudite petite chouette.

« Je vais y arriver » dit-elle avec ardeur, tant à Jeffrey qu’à elle même. Si il pensait qu’Alice allait abandonner après s’être tant faite humilier, Jeffrey se mettait le doigt dans l’œil jusqu'au coude.

Alice prit une grande inspiration, et lâcha Jeffrey d’une main. Elle se grandissait, tendait le bras au dessus de sa tête. Encore quelques millimètres. Ses fesses se soulevèrent un peu, ses cuisses serrant un peu Jeffrey pour se faire. Là ! Ses doigts gantés s’accrochèrent à la branche glacée. Alice la serra avec force, avant de se hisser un peu, toujours aidée par ses cuisses. Tante Élise avait raison, finalement : prendre soin de soi passait également par l’entretien de son corps. Alice aurait dû l’écouter, et ne pas se contenter de l’équitation. Cet exercice ci était difficile, et demandait plus de force qu’Alice n’en avait. Mais il était hors de question d’abandonner.
Alice se hissa encore un peu, forçant sur les muscles de son bras pour se faire. L’effort lui faisait serrer les dents. Quand enfin elle se sentit suffisamment haute, d’à peine quelques centimètres, elle relâcha la dernière main qui tenait Jeffrey et s’accrocha à la branche. Le froid irradiait sa peau nue, mais enfin, elle était accrochée !
Accrochée, et à bout de souffle. Alice forçait sur ses bras pour permettre à Jeffrey de se reposer un peu. Si il venait à la lâcher, ou à tomber, Alice serait dans de beaux draps.

Althéa juste là, à quelques dizaines de centimètres de ses mains. L’oiseau la regardait, poussant l’un de ces petits cris.

« Maintenant que je suis à ta hauteur, viens. S’il te plaît. »

La chouette poussa un nouveau cri, mais n’amorça aucun geste vers sa maîtresse. Pour une curieuse raison, Alice avait comme l’impression qu’Althéa ne croyait aucunement en ce sauvetage. La sorcière ne pouvait pas lui en vouloir. Néanmoins, dans cette position inconfortable, ses muscles tiraillés par l’effort, Alice espérait que sa chouette mette de côté son inquiétude pour la rejoindre.
Alice poussa un râle d’agacement. Elle usa un peu plus sur ses bras pour grimper encore un peu. Sans succès.

« Jeffrey… je vais grimper sur tes épaules… mais il faut que tu m’aides… »

Alice souffla, ne cherchant plus à cacher son essoufflement. Elle n’avait pas la condition physique de Jeffrey, ni celle de tante Élise. Il était nécessaire, pour le bien des deux sorciers, que ce sauvetage prenne fin… et vite.

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

Un oiseau sous la neige J.H
Tandis qu'Alice faisait tout son possible pour se grandir Jeffrey tentait de garder son équilibre. Heureusement le manteau neigeux était tel qu'il risquait moins de glisser. Ses jambes semblaient presque embourbées dans l'épaisse pellicule de neige. Malgré tout l'équilibre était précaire, encore plus à chaque mouvement de la pensionnaire de Beauxbâtons.

Les cervicales accueillirent avec soulagement le départ du postérieur d'Alice lorsqu'elle essaya de se redresser mais cette situation tendancieuse fut rapidement remplacée par une autre au moins aussi affreusement gênante lorsque par effet mécanique à son mouvement, les cuisses de Sangblanc se resserrèrent davantage de chaque côté du cou du garçon. "Merlin... Penses à autre chose." se dit l'anglais intérieurement pour combattre la gêne de la situation.

L'anglais entendit vaguement sa voisine du dessus parler à sa chouette. Visiblement son oiseau était un peu sadique et devait s'amuser de voir des humains dans cette posture. Jeffrey pesta intérieurement contre l'animal mais surtout contre lui-même. Il aurait plutôt dû écouter son instinct au lieu d'écouter Sangblanc. Non, voler n'était pas dangereux, du moins pas autant que lorsqu'il avait joué des matchs de Quidditch ou fait des courses de balais dans des conditions météorologiques exécrables. Pour il ne savait quelle raison - quoi qu'il en avait une vague idée - il s'était laissé amadouer et influencer par l'inquiétude de l'ancienne Serpentard. Et voilà le résultat désormais avec ce tableau sans doute grotesque vu de l'extérieur et tout aussi dangereux sinon plus. Heureusement vu la météo presque personne n'était dehors et la visibilité était réduite.

« Euh OK... » dit l'ancien Hel's d'une voix encore saccadée à cause de l'effort. « Désolé d'avance Alice mais j'vois que ça à faire. »

Le britannique lâcha ses mains des genoux d'Alice en douceur afin de vérifier que cela ne viendrait pas compromettre leur équilibre. Puis il les plaça au dessus de sa tête, sur les hanches d'Alice pour accompagner son ascension autant que possible. Puis vint le moment de gênance ultime et qu'il redoutait, malgré tout nécessaire pour impulser suffisamment d'élan à la pensionnaire de Beauxbâtons pour qu'elle hisse un pied sur son épaule. Jeffrey fit glisser ses mains sur le postérieur d'Alice et la poussa vers le haut.

« Maitenant, vas y grouilles ! » commença par dire l'anglais avant de sentir leur équilibre tanguer trop dangereusement. « Non attention ! »

SsssSSSSppplllaaAAAAaaffFF !

L'action était risquée et visiblement vouée à l'échec. Trop concentré sur ses mains posées sur Alice ce furent finalement les jambes de l'anglais qui compromirent l'équilibre et lui firent perdre une seconde sa force dans ses bras. Alice lui avait glissé des mains et était tombée sur lui, l'entrainant au sol. Heureusement l'épais manteau neigeux avait amorti l'essentiel de leur chute et Jeffrey avait amorti celle d'Alice, désormais affalée sur lui. Le Poufsouffle avait mal partout mais ne semblait pas blessé, du moins il n'en avait pas l'impression. Le regard fixé sur la branche d'où la chouette n'avait pas bougé, Jeffrey ferma les yeux un instant en tachant de reprendre son souffle.

« Ca... Ca va ? » s'enquit l'anglais auprès d'Alice, à qui il faisait office de matelas. « Désolé... » poursuivit l'anglais avant que le sourire ne revienne un peu sur son visage.

« J'suis si confortable que ça pour que tu restes sur moi ? » taquina l'anglais. C'était dit sur le ton de l'humour mais cela servait aussi à masquer la gêne de la situation tandis qu'Alice le surplombait.

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Le secret du succès, c’était - comme dans de nombreuses situations - la concentration. Si Alice restait concentrée sur son objectif sans penser à cette situation humiliante, ni à sa peur du vide, ni aux risques de chute, ni au froid, ni à la présence de Jeffrey sous elle, Alice réussirait.

Malheureusement, Alice ne s’était pas attendu à ce que les mains du Poufsouffle se posent sur ses fesses.
La jeune fille se crispa immédiatement, avant que son corps ne se cambre de surprise et d’inconfort.
Et tout s’enchaîna a une vitesse ahurissante.
Jeffrey perdit son équilibre, lâcha Alice qui, dans un cri terrifié, sentit ses doigts se décrocher de la branche alors que son corps tomba dans le vide. La chute sembla durer une éternité.
Alice retomba lourdement sur Jeffrey, son dos plaqué sur lui. Le temps semblait s’être arrêté. Un temps durant lequel Alice peinait à retrouver ses esprits. Elle papillonnait des yeux, ses boucles couvrant une partie de son visage et chatouillant son nez. Son corps lui était un peu douloureux. Alice sentait son dos la lancer mais plus encore ses doigts, abîmés par la banche.

La voix de Jeffrey ne suffit pas à ramener Alice sur terre, quand bien même son souffle n’était qu’à quelques centimètres de son oreille. « Tout va bien… » répondit elle, encore essoufflée.

Alice bascula un peu la tête en arrière pour regarder Jeffrey. Quelques picotements douloureux irradiaient sa nuque.
Les mots de Jeffrey mirent aussitôt fin au brouillard dans lequel Alice s’était trouvé. Ses yeux se firent rond, son visage s’empourpra. Elle roula aussitôt sur le côté pour s’écarter aussi vite que possible de Jeffrey, puis se réceptionna sur les genoux.

« Je… non ! Tu… » Alice secoua la tête pour replacer ses boucles, cherchant à retrouver un semblant de contenance. C’était inutile, et elle le savait. Couverte de neige, rouge comme une pivoine, les cheveux en bataille, les ongles tout écorchés… difficile de reprendre ses grands airs après ce qui venait de se passer.

Mais malgré tout, l’inconfort fut chassé au galop par un sentiment tout autre : l’inquiétude.

« Tu n’es pas blessé ? Tu as mal quelque part ? » Le regard d’Alice parcouru le corps de Jeffrey, puis la neige autour de lui, à la recherche de sang. Elle se pencha au dessus de Jeffrey pour fixer ses yeux dans le sien. « Me vois-tu correctement ? Ne suis-je pas flou ? En doublon ? »

Fallait-il aller chercher un infirmier ? Et expliquer la situation ? Non, surtout pas. Prévenir Aliosus ? Non, il serait particulièrement inquiet de savoir que sa cousine s’était donnée en spectacle avec Jeffrey.
Tout ce qu’Alice pouvait faire, c’était prier les astres pour que Jeffrey n’ai rien.
Quoi que. Peut-être que si il s’était cogné la tête suffisamment fort pour oublier cet événement humiliant…

Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 2 ème année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050

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La boutade de Jeffrey fit l'effet d'un Enervatum sur Alice qui sembla soudainement prendre conscience de sa position. Elle roula sur le côté comme si l'anglais avait été un veracrasse. L'image fit sourire intérieurement le sixième année, qui constata au passage les pommettes particulièrement rouges de la pensionnaire de Beauxbâtons qui possédait d'ordinaire un teint plutôt pâle. Il se demanda si c'était causé par la gêne mais préféra se dire qu'il s'agissait surtout du froid et de l'effort physique qu'elle venait de produire. Oui c'était sûrement ça. Une fille comme Alice ne s'intéresserait probablement pas à quelqu'un comme lui de toute façon.

Alice sembla cependant s'enquérir avec sincérité de son état et l'anglais en fut reconnaissant intérieurement. Le contraire aurait été ingrat cela dit vu le mal qu'il s'était donné pour tenter de l'aider. Le coureur sur balais fit donc un rapide check-up en bougeant légèrement. Malgré un dos endolori il semblait plutôt épargné par la chute, grâce sans doute à la neige en poudreuse.

« Ça a l'air d'aller, merci. » répondit l'anglais sans retourner la question vu qu'Alice avait été rassurante quelques secondes plus tôt.

Il songea à se redresser mais à sa grande surprise Jeffrey vit finalement Alice se rapprocher dangereusement de lui. A quoi jouait elle ? Elle se trouvait au-dessus de lui de nouveau, penchée proche de son visage. Il pouvait nettement voir les reflets presque argentés dans les yeux gris de Sangblanc. En revanche ses mots firent sourire l'anglais, ce qui eut le mérite de stopper les pensées naissantes dans la tête du garçon.

« Euh non ça va... Une bouche, deux oreilles, deux jolis yeux et quatre nez. Non, vraiment, tout est normal tu peux être pleinement rassurée. » dit Jeffrey d'un ton espiègle qui devrait la rassurer.

Jeffrey amorça un mouvement pour se redresser partiellement, prenant appui comme il pouvait sur ses coudes qui s'enfonçaient dans le restant de neige qui ne s'était pas affaissé dans leur chute. Détachant son regard de celui d'Alice après un échange silencieux, Jeffrey rejetta sa tête en arrière pour constater que la chouette était toujours figée sur la branche. Elle hululait faiblement et ce fut ce signal qui fit agit comme un tonique pour Jeffrey.

« On reprend notre mission sauvetage ? Je crois que j'vais prendre le balai. On aurait du faire ça dès le début, ça aurait évité une sacrée gamelle. » dit l'anglais avec une moue désolée envers Alice, tandis qu'il se saisissait de son Nimbus 2001 une fois debout.

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Alice poussa un soupir de soulagement, son corps se détendant immédiatement. Jeffrey allait bien, suffisamment bien pour continuer à faire des boutades. Alice se releva lorsque Jeffrey en fit de même. Elle extirpa sa ceinture de sa ceinture et se lança un sortilège de Récurvite pour se nettoyer, espèrent que cela suffise. Et cela suffirait, jusqu’à ce qu’elle aille se changer. Hors de question d’être trempée et frigorifiée.

« Par Circée, je suis terriblement navrée de te faire perdre du temps. » dit Alice en se tournant vers Jeffrey. « C’est seulement que… » Elle ne lui dirait pas qu’elle avait voulu lui prouver que l’utilisation des balais n’était pas la solution à tout. Qu’il existait des manières bien plus élégantes de s’élever dans les airs. Et pourtant, rien n’avait été moins élégant que de grimper sur les épaules d’un garçon, pour ensuite s’affaler sur lui. « Voler par ce temps… enfin, de toute évidence, ce sera moins dangereux que de se grimper dessus. »

Alice observa sa main aux doigts écorchés. Voilà ce que l’on récoltait en ne réfléchissant pas longuement. Alice aurait dû faire confiance à Jeffrey. Après tout, c’était lui le joueur de Quidditch, lui qui connaissait les dangers du vol par temps maussade. Non, bien sûr, Alice avait décidé d’être plus maline et de prouver que ses choix étaient bien meilleurs que les siens. Une erreur qui aurait pu leur causer bien des torts.

Du haut de sa branche, Althéa observait les deux sorciers. Elle était agitée, sans doute à cause de leur chute monumentale. S’était-elle inquiétée pour le sort des deux sorciers ? Althéa était une gentille petite chouette et était très attachée à sa jeune maîtresse. Oui, elle avait dû être inquiète.

« Jeffrey va venir te chercher, d’accord ? » lança t-elle a l’attention d’Althéa. « Il faut à tout prix que tu te laisses faire. C’est un gentil garçon, et il va tout mettre en œuvre pour t’aider. Je lui fais confiance. »

Alice offrit un doux sourire à Jeffrey, avant d’opiner du chef pour lui signifier qu’il pouvait désormais aller aider sa chouette. En priant les astres pour qu’il ne tombe pas une seconde fois.

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Jeffrey ne considérait pas ce moment comme une perte de temps à proprement parler. Aider quelqu'un transis de froid à venir secourir son animal correspondait aux yeux de l'anglais à du temps bien investi. En revanche il n'avait en effet pas envie de s'éterniser sur place au milieu des bourrasques glacées. Et tant pis pour son entraînement aux courses de balais, il ferait sauter la séance qu'il avait prévu initialement pour aller se réchauffer après ça. Quant aux inquiétudes exposées par Alice concernant le vol par cette météo elles furent de leur côté balayées par un revers de la main de l'anglais.

« J'ai connu bien pire pendant des matchs ou des courses, t'inquiètes. » répondit l'ainé des Hunter en enfourchant son balai.

C'était vrai bien sûr. Malgré les bourrasques glacées un peu violentes cela ne restait qu'un vol stationnaire. Ca ne pouvait décemment pas être plus dangereux que de se faire percuter par un cognard ou de traverser un Ventus pendant une course de balais par une météo capricieuse. Le point délicat serait plutôt de ne pas être déstabilisé par un mouvement de panique de la chouette une fois récupérée. Si toutefois l'oiseau y consentait.

Tandis qu'il s'élevait doucement dans les airs, le temps d'apprivoiser les bourrasques et ainsi de se stabiliser, Jeffrey entendit Alice susurrer des mots destinés à calmer son animal de compagnie. Le Poufsouffle se doutait que c'était surtout pour apaiser Althéa mais il se demandait toutefois si la pensionnaire de Beauxbâtons ne pensait pas un peu ce qu'elle disait à propos de lui.

Cette pensée vite chassée de son esprit et concentré sur sa tâche le britannique approcha lentement de l'arbre où le volatile était perché. Il ne voulait pas l'effrayer en approchant trop brutalement et se méfiait d'un envol brusque de sa part qui pourrait compromettre son équilibre sur son Nimbus. L'ainé des Hunter en profita pour essayer de voir si elle n'avait pas une aile froissée mais ce n'était pas évident à voir sans s'approcher davantage.

« Bonjour Althéa, je m'appelle Jeffrey. Je viens juste regarder et voir si tu as besoin d'aide. Je m'approche, d'accord ? » dit l'anglais en approchant vraiment doucement et en restant sur ses gardes. L'attitude de la chouette à son égard influencerait certainement sa façon de la secourir.

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Jeffrey s’éleva du sol et, aussitôt, Alice sentir son ventre se nouer. Quand bien même il disait avoir connu des temps bien pire que celui ci, elle s’inquiétait. A tout moment, Alice s’attendait à le voir emporter par une bourrasque. « Fais attention, je t’en conjure » dit-elle d’une voix mal assurée. Si il venait à se tomber, l’un comme l’autre auraient de gros ennuis. Il était interdit de voler dans le parc, cela Alice ne l’avait pas oublié. Quel mensonge pourraient-ils inventer, si ils devaient justifier les blessures de Jeffrey ? Une glissade sur le chemin verglacé ? Une chute dans les escaliers ?

Le Poufsouffle se rapprochait d’Althéa. La chouette lâchait quelques hululements peu rassuré en voyant un sorcier capable de voler. Alice ne l’avait jamais habitué à voir des balais volants, peut-être même lui avait-elle transmis sa révulsion pour tout ce qui se rapprochait de près ou de loin au vol. Sur les hippogriffes, c’était différent. Althéa avait vu de nombreuses fois les membres de la famille Sangblanc chevaucher leurs hippogriffes, que ce soit à terre ou dans les cieux. Parfois, il lui arrivait même de voler avec eux.

Les mots de Jeffrey à son attention firent taire l’oiseau. Alice la vit s’écarter un peu. Elle décida d’intervenir pour aider Jeffrey. « Doucement » dit-elle d’une voix douce dans un français teinté d’accent anglais, consciente qu’Althéa pourrait plus facilement la comprendre. « Jeffrey veut t’aider. C’est un ami. »

L’oiseau coula un regard vers sa jeune maîtresse, avant de s’intéresser à Jeffrey. Elle s’avança à nouveau vers lui, tendant sa petite tête ronde avec prudence.

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Les inquiétudes d'Alice envers sa santé pouvaient paraître surprenantes ou touchantes mais Jeffrey aurait presque pu s'en agacer. Après tout l'ancienne Serpentard avait du le voir à l'oeuvre sur un balai et devait se douter qu'il n'était pas trop manche* en la matière. Après tout il ne prenait pas non plus le départ de la course annuelle de Kopparberg mais faisait seulement un petit vol stationnaire à quelques mètres du sol. Et même en cas de chute, la neige viendrait peut-être encore lui sauver la mise. Toutefois le britannique ne montra pas la moindre réaction car il était surtout focalisé sur son approche du volatile. D'une part pour lui porter secours et d'autre part car il voulait vite en finir, histoire de se mettre au chaud ensuite.

Car malgré son approche prudente et douce, Althéa s'était légèrement décalée comme si elle était inquiète. La méfiance du volatile n'était pas étonnante, d'autant plus si elle n'était pas en pleine possession de ses moyens. Heureusement Alice eut la bonne idée d'intervenir à ce moment-là pour apaiser sa chouette en lui parlant en français, lui semblait-il. Si le Poufsouffle connaissait une dizaine de mots dans cette langue c'était le bout du monde mais il devait bien avouer que cette langue ne manquait pas de charme, surtout parlée avec douceur comme venait de le faire la pensionnaire de Beauxbâtons.

Ses maigres connaissances en français, réminiscences de ses études en école moldue, lui permirent cependant de discerner le mot "ami" dans ce qu'avait dit Alice. Malgré lui, Jeffrey ne put s'empêcher de sourire en entendant cela, bien qu'il se doutait que ce mot avait plutôt été prononcé dans le but de calmer la chouette qu'autre chose. Et cela fonctionna d'ailleurs très bien puisque la chouette tendit sa petite tête vers le Poufsouffle.

« Tu ne crains rien avec moi. » dit l'anglais avec douceur.

Il laissait venir à lui Althéa, évitant de trop avancer sa main pour recevoir un coup de bec craintif en remerciement. Au moins il était assez près du volatile pour l'observer et ne décela pas de blessure grave aux premiers abords. Juste un petit quelque chose. D'une voix peu forte, Jeffrey s'adressa à Alice située en contrebas.

« J'ai pas vu de grosses blessures. Juste une aile un peu froissée. Si ça se trouve un hibou l'a prise en grippe à la volière et elle s'est fait un peu brassée. Elle a du fuir et se faire surprendre par le changement de météo. »

Jeffrey ne savait pas si c'était ce qu'il s'était passé mais à son sens sa théorie tenait la route. Les animaux n'étaient en général pas du genre à se faire piéger par la météo, du moins lui semblait-il. Mais le fait de ne pas trouver de refuge abrité en ayant fui la volière, conjugué à une blessure qui devenait douloureuse à froid et gênait le vol, c'était suffisant pour que la chouette se soit trouvée sans solution.

L'anglais remonta alors au maximum le col de sa robe et ôta son écharpe douillette aux couleurs de Poufsouffle. Le vent semblait n'avoir attendu que ça pour s’engouffrer parmi les vêtements de l'adolescent, qui frissonna légèrement.

« Althéa. Tu viendrais dans l'écharpe ? Que je puisse te ramener à ta maitresse. » proposa l'anglais en essayant de former une sorte de coussinet avec son écharpe, ses gestes rendus maladroits par le fait de tenir le balai d'une main et de commencer à être transis de froid.

*badaaam tssss

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Encore navrée pour ce retard !

Les doigts griffées et frigorifiées d’Alice s’agitaient alors qu’elle s’enlaçaient pour les protéger du froid. Elle craignait ce qui pourrait arriver. Jeffrey pouvait tomber. Althéa pouvait s’agiter et se blesser. Ils pouvaient mutuellement se faire du tort. Alice priait les astres que tout se déroule sans encombre.

Les mots de Jeffrey sur l’état d’Althéa rassurèrent Alice qui s’entendît pousser un soupir de soulagement. Si son bel oiseau avait été blessée, Alice ne le se serait pas pardonné. C’est qu’elle y tenait, à sa chouette. Elle incarnait une période sombre de son existence, mais également la douceur : celle d’oncle Kenneth et Imogen.

« Ce peut être cela, ou bien son vol depuis la France qu’elle n’a pas supporté » répondit Alice. « Je lui avais commandé de rester à Beauxbâtons, mais elle m’a suivie. C’est une chouette obéissante mais ô combien trop attachée à ma personne. »

Alice souffla rageusement, en proie à sa propre colère.

« Quelle idiote je fais. J’aurais dû prévoir qu’elle ne resterait pas sagement en France. Et voilà dans quelle situation nous nous trouvons à cause de mon inconscience. »

Althéa était bien loin d’imaginer à quel point Alice s’en voulait. Elle était trop occupée par son évaluation de Jeffrey pour prêter attention à ce qui se déroulait juste en dessous d’elle. En deux petits sauts, Althéa s’approcha de Jeffrey, sa tête ronde se glissant vers le nid qu’il employait à créer pour elle.

« J’aurais dû la laisser au domaine » poursuivait une Alice renfrognée. « La confier à Père qui, lui, se serait employé à la faire obéir. »

Althéa fit un nouveau petit saut pour se rapprocher de Jeffrey. Elle tendit une patte pour essayer d’accrocher l’écharpe. Ses serres se prirent dans le tissu. En un battement d’ailes, elle se propulsa dans son moelleux nouveau nid. Un nouveau battement d’ailes, frôlant le visage de l’humain, et elle s’installa confortablement.

« Avec les humains, je sais y faire » dit Alice, replaçant une mèche derrière son oreille, pour finalement la remettre en place.  « Avec les animaux, c’est différent. Je les apprécie trop pour hausser la voix. J’ai trop peur de m’attirer leur haine. Et c’est pourquoi ils ne me respectent pas. Dire que je souhaite plus tard travailler auprès des dragons… une semaine suffira pour que je me fasse dévorer, c’est certain. »

Althéa hulula joyeusement vers Jeffrey, avant de jeter un œil à sa jeune maîtresse rendue bavarde par son besoin de se justifier. Elle continuait à marmonner, soucieuse de ne pas se faire passer pour une incapable, tant à son propre regard qu’à celui de Jeffrey.
Ce qu’elle pouvait l’apprécier lorsqu’elle laissait tomber le masque. Peut-être Alice ne réalisait-elle pas que de là où Althéa se trouvait, elle pouvait l’entendre se plaindre d’elle-même. Peut-être comptait-elle sur le souffle du vent pour camoufler son ire. Ou bien s’adressait-elle réellement à Jeffrey.
Quoi qu’il en soit, la chouette était ravie d’entendre l’agacement d’Alice.

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Un peu trop concentré sur les réactions de la chouette, Jeffrey n'entendait qu'à moitié les justifications d'Alice. Et puis il semblait de toute façon évident qu'elle tenait à son animal et que la voir ainsi était une torture pour elle. Mais bien que distrait, l'anglais tiqua un peu sur certaines formules de Sangblanc, indiquant qu'ils n'étaient sans doute pas tout à fait issus du même monde. Attachée à ma personne, Père... Sans cette chouette il était probable que peu d'autres choses aient pu réunir les deux adolescents.

Pourtant l'anglais ne pipa mot, trop focalisé sur l'approche du volatile. Un sourire attendri s'invita sur le visage du sixième année lorsque Althéa décida de lui faire confiance en approchant sa petite tête ronde de son écharpe transformée en nid de fortune. Les serres de l'animal se prirent fugacement dans le lainage mais deux puissants et vifs mouvements d'ailes de la chouette lui permirent de s'en extirper pour venir se placer dans l'écharpe. Le dernier coup d'aile frôla d'ailleurs le visage de l'ainé des Hunter qui eut un léger mouvement de recul par réflexe, faisant tanguer brièvement sa position sur son Nimbus 2001.

Heureusement ce léger mouvement ne sembla pas entamer la confiance du volatile. En fait la petite chouette semblait soulagée d'avoir quittée cette branche. A bien y regarder elle semblait même plutôt vive et l'aile était à peine froissée... Jeffrey fronça les sourcils en regardant Althéa. Se pouvait il que la créature soit aussi espiègle qu'il commençait à le supposer ? On aurait vraiment dit qu'elle prenait plaisir à faire enrager sa maîtresse. L'anglais amorça donc une descente prudente et quelques secondes plus tard il avait rejoint le sol, tant l'altitude n'était pas importante.

Le Poufsouffle s'était alors apprêté à rendre la petite chouette à la pensionnaire de Beauxbâtons. Mais les derniers mots de l'adolescente avaient fait mouche et temporairement fait buguer le cerveau de l'anglais. Avait il bien entendu ?

« Je vois ce que tu veux dire pour les humains... » dit d'abord l'anglais sans rien ajouter d'autre. Lui même avait tendance à donner plus de crédit aux animaux qu'aux humains. Pour autant Jeffrey restait quelqu'un d'avenant et sociable. Alice avait de son côté beaucoup plus de raisons de se méfier des humains. Malgré lui Jeffrey porta son regard une demie-seconde sur la joue de l'ancienne Serpentard, autrefois sacrément balafrée et dont il ne décelait pas de vestiges. Puis, soucieux de ne pas rendre le moment qu'il partageait malaisant, le grand brun rebondit sur ce qu'elle avait dit ensuite et qui l'avait tant surpris.

« T'es sérieuse ? Toi aussi tu veux devenir Dragonologiste ? » dit l'anglais dans un sourire. Il n'y avait nulle moquerie ou perplexité dans sa réaction. Juste une surprise non dissimulée. Alice et lui semblaient si différents aux premiers abords... Pourtant la dureté avec laquelle elle se traitait elle-même et son manque de confiance en elle dissimulé derrière un masque d'assurance et de confiance, c'était clairement deux traits de caractère qu'ils partageaient. En plus de ce projet fou de vouloir plus tard travailler avec des dragons.

« C'est génial ça ! » s'enthousiasma le britannique, la chouette toujours dans ses bras. « Moi aussi c'est ce que je veux faire plus tard. » confessa alors l'anglais tout en portant un regard nouveau sur la pensionnaire de Beauxbâtons.