Accords perdus PV : Aelle Bristyle

Foutu règlement… Il s’en fallut de peu pour obtenir des réponses immédiates à ses questions. Il en était persuadé, rien ne le ferai changer d’avis sur ce sujet, pas même Aelle : Ce bracelet regorgeait d’une étrange magie.

- On verra si ce bracelet est enchanté ou s'il y a quoi que ce soit d'étrange avec lui. En attendant, vaut peut-être mieux que tu le portes plus, oui…

Dans un pincement au coeur, il observa sa camarade disposer avec précaution son précieux bien au fond de sa poche. Il se sentit comme démuni, comme abandonné.

- Pour la voix, tu me racontes ? Vous l'avez entendue tous les deux ? Avec O'Belt ?

L’Écossais fouilla au plus profond de sa mémoire, afin d’en extraire le moindre détail de l’événement en question. Les yeux d’Aelle, fixés aux siens, réchauffèrent un instant sa carcasse fébrile. Toute l’attention de la Poufsouffle était focalisée sur son histoire. Elle semblait réellement vouloir comprendre, et l’aider.

- C’était mi-février, un dddimanche après-midi. « Il » n’avait plus donné aucun ssssigne de vie depuis quinze jours. Je me suis rendu jusqu’à son bureau, mais j’ai trouvé pppporte close, une fois de plus.

En réalité, le jeune Gryffon était chaque jour venu frapper à cette porte, sans résultat. L’homme lui avait promis qu’il serait de retour après les fêtes de Noël. Quelque chose de grave s’était forcément passé. Tandis que les souvenirs défilaient dans son esprit, le Rouge et Or se frotta la nuque.

- Et puis j’ai croisé Ennis. Je lui ai posé des questions. Après tout, elle était ppppréfète, sûrement était-elle au courant. Elle m’a répondu un truc du genre « Avec toutes les disparitions de sorciers qu’il y a en ce moment… ».

Une sorte de nausée rappela instantanément à l’adolescent l’effet qu’avait eu sur lui cette phrase. Il sembla un peu gêné.

- J’avoue, Aelle… Là j’ai… vrillé. Je l’ai un peu secouée avec mon bras. J’étais sûr qu’elle me cachait un truc. Elle n’a pas apprécié… C’est un peu normal.

Il faut dire qu’Ennis O’Belt en imposait par son charisme. Elle prenait très au sérieux la fonction qui lui avait été confiée à Poudlard. Elle n’était pas de ces camardes dont on tape amicalement dans le dos pour lui dire bonjour.

- Elle m’a remis à ma pppplace.

Il se tut. Ses pupilles, pourtant pointées dans celles de l’Irlandaise, signifiaient son absence, en ce lieu, et à cet instant. Il se trouvait à nouveau dans le couloir, ce jour-là.

- Et c’est là que j’ai entendu… Ou plutôt ressenti une sorte de message.

Machinalement, il caressa son poignet, maintenant dépossédé de sa lanière de cuir.

- Tu sais, c’est comme quand on lance un sort, une sssssorte de… courant électrique. Il a parcouru mes doigts, jusqu’à mon cerveau. (Silence) « Je suis avec toi… Jamais loin ».

Des éclats de rires provenant de la salle de bal le rappela au présent. Ses iris reprirent une taille normale.

- Ce n’était pas une voix, c’était une… chaleur. C’est ça, une chaleur qui s’exprimait… rien qu’à moi.

Il baissa les yeux vers le sol. Son explication était ridicule.

- Non, Ennis ne l’a pas entendue. Et j’ai eu beau être attentif, et me ffffocaliser dessus ces derniers mois, ça ne s’est plus reproduit. (Silence) Je ne suis pas dingue, Aelle.

Les deux élèves qui avaient bousculé Gabryel repassèrent devant eux. En rentrant dans la salle, ils jetèrent aux deux amis des regards appuyés, un sourire narquois aux lèvres.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Accords perdus PV : Aelle Bristyle
En quelques phrases, l'histoire de Gabryel me ramène plusieurs mois en arrière. Quand la guerre sévissait, quand les deux mondes s'entrechoquaient, quand la crainte alourdissait le coeur de chacun — même le mien. Je me rappelle de mon inquiétude pour mes parents et mes frères qui étaient là, dehors, dans le grand monde. L'angoisse et l'impossibilité de faire quoi que ce soit. Je me souviens de cette époque comme d'une période sombre.

Comprenant de quoi il parle, je hoche vaguement la tête durant son récit. Jusqu'au moment où il m'avoue du bout des lèvres avoir vrillé. L'amusement traverse brièvement mes traits. Gabryel, quand il vrille, il secoue un peu avec son bras. Gabryel quand il vrille il bégaie en se mettant en colère, ses yeux s'éclairent follement, ce qui les rend plus brillants que jamais, et il secoue du bras, car il ne sera jamais capable de faire autre chose que de secouer quelqu'un. Moi, quand je vrille, je m'accroche de toutes mes forces à ma baguette magique. Je lance des Reducto, des Confringo. Je pousse des hurlements, j'insulte. Je frappe. Je me laisse frapper. Quand je vrille, ça grouille à l'intérieur de moi. Et quand j'implose, ça me fait un bien fou. Alors oui, permets-moi de sourire doucement quand tu m'expliques de quelle façon tu vrilles, Gabryel.

Insensible à mes humeurs, le Gryffondor poursuit son récit et lorsqu'il en vient enfin au coeur du problème, je me penche en avant, intéressée par cette drôle de manifestation dont il me parle. Une voix ! Je fouille dans mes souvenirs comme je feuilleterais un livre : je commence à faire plusieurs hypothèses pour expliquer un tel phénomène. Mon intérêt efface mes autres préoccupations, j'excuse même Gabryel de vriller de façon si douce alors que je vrille de façon violente. Je fouille son regard et me perds dans l'océan que j'y trouve, tout à fait excitée à l'idée de rechercher avec lui des réponses à ce grand mystère — qui pour moi n'est que cela, un mystère, alors que pour lui c'est le secret de sa vie.

Puis tout à coup...

« Ce n’était pas une voix, c’était une… chaleur. C’est ça, une chaleur qui s’exprimait… rien qu’à moi. »

Qu'est-ce que... Et O'Belt ne l'a même pas entendue, elle était seulement présente ? Mon intérêt se disloque, je retiens tant bien que mal un soupir. Si je le retiens, c'est parce que Gabryel me répète encore une fois qu'il n'est pas dingue et que lorsqu'une personne insiste en disant qu'elle n'est pas dingue, la meilleure des choses à faire c'est de ne pas soupirer. Je ne le pense pas dingue non plus, ce n'est pas ça ! Mais... Un bracelet qui parle... Mais en fait ce n'est pas une voix, juste une chaleur... Une chaleur qui s'exprime ? Par le saint caleçon de Merlin, Fleurdelys, comment veux-tu que j'acquiesce à ce que tu dis alors que ça n'a absolument rien de rationnel ?!

« Je vois... »

Je ne doute pas du fait qu'il ait ressenti cette chaleur. Évidemment qu'il l'a ressentie. Mais à quel point son esprit et ses espoirs lui ont-ils joué des tours ? À quel point puis-je fais confiance au raisonnement d'un garçon qui a tellement envie de croire en son histoire ? Enfin, résonné-je en détachant mon regard de son océan pour regarder revenir les deux gars passés un peu plus tôt, le problème n'est pas de résoudre ses espoirs mal placés mais d'écarter des hypothèses afin de s'approcher au plus près de la vérité. Je dois absolument étudier ce bracelet.

Je suis des yeux les deux élèves, remarquant leurs coups d’œil insistants et leur sourire moqueur. Je suis habituée aux œillades moqueuses mais elles ne me plaisent pas plus aujourd'hui qu'elles ne me plairont demain. Je les fusille du regard avant d'en revenir à Gabryel.

« Pour l'instant la seule personne qui doute de ta santé mentale, Fleurdelys, c'est toi, » articulé-je d'une vois dure, le regard toujours froncé.

Le nom de famille m'a échappé — il faut dire que cela me déplaît de le savoir embourber dans cette drôle d'affaire. Et que je déteste me répéter : la prochaine fois qu'il me répète qu'il n'est pas fou, je serais certainement moins gentille.

« Vu que les bracelets ne parlent pas plus que la chaleur est capable de s'exprimer, on va attendre avant de faire la moindre hypothèse. » Mon menton se dresse dans un angle autoritaire. « D'accord ? »

Un nouveau regard jeté à la foule. Serait-ce Peers que j'aperçois là-bas, dans les mains papillonnantes de l'exubérant Kernac'h ? Et Araya, où est-elle ? Je ne la vois pas. Mais j'ai désormais encore moins envie de retrouver nos silences gênés. Et ce mystère que le Gryffondor me propose m'alpague suffisamment pour que la soirée trouve un nouvel intérêt. J'avoue que je ne serais pas contre m'éloigner de ce bruit et de cette joie débordante des soirées mondaines que je suis loin de partager. Nous pourrions rapidement quitter la pièce pour que je lance mon sortilège mais quelque chose me dit que ça prendra plus de temps que cela.

« Une demi-heure, lui imposé-je alors. Dans une demi-heure, je fais ça. En attendant... »

Je me tourne de nouveau vers la foule, soucieuse de trouver une trace de ma future cavalière. Elle a quitté si précipitamment la table, tout à l'heure. Peut-être a-t-elle même oublié qu'elle m'a proposée de danser ? Qu'importe. Si je veux danser avec elle, elle dansera avec moi.

« Je vais danser avec Herminie Peers. »

Accords perdus PV : Aelle Bristyle
Elle n’avait pas tort. La chaleur ne s’exprime pas. Il n’avait pas utilisé les bons mots. Cette sensation d’élan positif s’était en réalité installée en lui, comme lorsqu’une personne vous partageait une information agréable. Son corps n’avait pas interprété un événement visuel ou auditif par une réaction de bien-être dans tous ses membres. C’était le contraire. Un soulagement inexpliqué, une forme d’allégresse, avaient envahi sa carcasse, à partir de son poignet. C’est alors que la phrase se grava dans son cerveau. Il y avait sur le moment une forme de cohérence dans ses sensations.

Comment parvenir à partager ce puissant souvenir à son amie ? La seule personne en capacité de le croire, et d’étudier le bracelet, s’interrogeait tout naturellement de la véracité de ses propos alambiqués. Pourtant, il ne douta à aucun moment qu’Aelle fasse tout son possible afin de comprendre ce mystère.

- Une demi-heure, dans une demi-heure, je fais ça. En attendant, je vais danser avec Herminie Peers…

Le bal… l’Ecossais prit conscience d’avoir accaparé la Poufsouffle durant plusieurs minutes, l’empêchant de profiter de sa soirée. Évidemment qu’elle était attendue pour danser. La terre entière aurait souhaité la tenir entre ses bras, sentir la douceur de ses doigts, voler son regard le temps d’une danse, et être la personne la plus chanceuse au monde. Gabryel plongea ses yeux dans les siens.

- Merci Aelle. Prends tout ton temps. Je serai à la volière.

🎻

Des notes de piano envahirent tout l’espace. Il lui sembla que les éclats de voix s’étaient soudainement éteints. Il jeta un regard vers la salle. Des couples se composaient sur la piste. Le Gryffon s’ébouriffa la tignasse. D’un air triste, il sourit à la demoiselle de longues secondes. Son coeur tambourinait dans son torse au rythme du violon nostalgique.

- Va profiter de ta soirée…

Il baissa la tête vers le sol.

- J’éspère qu’Herminie se rend ccccompte de sa chance.

Fleurdelys se retourna, puis arpenta le couloir d’une démarche fébrile, avant disparaître.

Terminé pour moi.
Encore et encore merci, tu sais déjà.

Gabryel Fleurdelys
Sorcier diplômé
Médiateur PFR

Accords perdus PV : Aelle Bristyle
Je ne vois pas très bien en quoi Peers devrait se sentir chanceuse. De danser avec moi ? me questionné-je en suivant le garçon du regard alors qu'il quitte et libère l'entrée de la salle de bal. Ce n'est qu'une danse, comme celle de tout à l'heure. Un moment tout aussi banal que les discussions que nous pouvons avoir quand le temps nous le permet. Je doute que la jeune fille pense à un seul instant que danser avec moi puisse être une chance. Tout comme je doute qu'elle se dise ça de moi lorsque nous discutons dans les couloirs ou la salle commune. Pour elle comme pour moi, ce ne sont que des moments sans grande importance.

Je m'enfonce dans la salle bruyante, un soupir soucieux sur les lèvres. C'est la première fois que discuter avec Gabryel m'alourdit de cette manière. Ce n'est pas tant un sentiment négatif. J'aime mes pensées qui tournicotent dans mon esprit à la recherche de la solution à la grande énigme que me pose son histoire à dormir debout. J'aime aussi cette discussion que nous avons eu, son regard sur moi, ses sourires, même s'il leur manque leur éclat d'autant. Mais pour une fois, je n'ai pas retrouvé dans cette conversation la légèreté à laquelle il m'a habituée. Nous sommes bien loin de nos moments passés au Petit Chalet et je ne sais pas très bien ce que cela signifie.

La vision d'une Araya éloigne un instant Gabryel de mes pensées. Je retrouve mon déguisement de correspondante et tous les désagréments qui vont avec. Je me glisse près de la jeune fille, facilement reconnaissable avec sa tenue traditionnelle et ses tatouages. Elle est en compagnie d'un garçon dont j'ai sans doute su le nom à un moment ou un autre. C'est à peine si je le regarde. Je me concentre sur l'Éthiopienne que je parviens à amener à l'écart d'un simple geste du menton.

« Ton ami est parti ? »

Le mot "ami" prend une drôle de teinte dans sa voix aux accents chantants. Je lui lance un regard acéré et si je ne lui dis pas : « Garde tes questions pour toi », elle doit deviner à l'éclat de mon œillade qu'il ne vaut mieux pas qu'elle insiste.

« Je vais le rejoindre bientôt, après avoir dansé. »

Nous échangeons un regard. Je ne lui demande pas si mon départ prochain la dérange et elle ne me dit rien qui pourrait me mettre sur la voie d'une quelconque rancœur qu'elle pourrait ressentir à mon égard — et dont je n'aurais pas grand chose à faire, je l'avoue.

« Là-bas, » me dit-elle à la place en me désignant la jeune fille blonde qui lâche au moment où je dépose mes yeux sur elle les mains de la personne avec qui elle dansait.

Le moment est tout désigné. Araya m'accompagne comme si je lui avais proposé de le faire et elle trouve plutôt naturellement les mains de la correspondante japonaise à laquelle elle ne pourra pas dire le moindre mot — à moins qu'elle ait une connaissance de la langue nippone mais je ne pense pas que ce soit le cas.

Je me glisse entre les mains de Peers. Je trouve dans son contact drôlement familier et dans ses yeux un réconfort auquel je ne m'attendais pas. Après avoir côtoyé un Fleurdelys qui n'a plus grand chose de familier après ces longs mois passés loin de lui, être à côté d'elle me donnerait presque l'impression de retrouver une amie. Je ne perds pas trop de temps à me questionner : si elle m'est aussi familière et si j'aime la danse que nous partageons, c'est seulement parce que nous venons de dîner ensemble et de discuter, que nous sommes déjà habituées l'une à l'autre pour la soirée.

Mes mains ne restent dans les siennes que le temps nécessaire imposé par le rythme de la musique et nos pas. Je l'accompagne comme elle m'accompagne et si mon regard souvent la frôle, nous n'échangeons pour autant pas la moindre parole. Son silence ne me dérange pas, pas comme celui d'Araya. Il est naturel. Et quand la musique prend fin et que vient le moment de nous séparer, je lui offre un sourire tout ce qui a de plus sincère sans pour autant lui avouer que j'ai apprécié ce moment à ces côtés. Avouer ce genre de chose n'apporte jamais rien, autant tout garder pour soi.

La musique nous sépare tout naturellement sans que ce soit étrange. Araya et moi nous échangeons un regard de plus avant que je me détourne pour quitter la pièce. Aussitôt, mes pensées filent à sa recherche : Gabryel est parti en direction de la volière, je ne doute pas le trouver là où il me l'a promis.

— Fin —


Toi aussi, tu sais déjà ; merci pour les sourires.
Rendez-vous à la volière.

@Herminie Peers : Herminie fait ressortir les belles choses qui existent en Aelle.


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