D'obscurité sont faits nos rêves
TW : Tabagisme
Aelle est totalement influencée par les paroles de Sixtine. À ne pas reproduire chez soi.
Aelle est totalement influencée par les paroles de Sixtine. À ne pas reproduire chez soi.
Je tiens précautionneusement la cigarette entre mes doigts. J'ai conscience de sa fragilité. Je lui ressemble, à ce pauvre rouleau de papier rempli de tabac. Je suis fragile, moi aussi. J'ai l'impression que le monde qui m'entoure est une poigne de géant. Il suffirait d'un mouvement un peu trop violent, d'une secousse un peu brusque, et je me briserais purement et simplement. Exactement comme je pourrais briser cette chose si je fermais le poing. C'est pour cela que je garde les doigts bien écartés, sans oser jouer avec la cigarette comme je voudrais pourtant le faire — comme j'ai déjà vu des dizaines de fois Lounis le faire. Il la fait rouler entre ses doigts, il joue avec pendant qu'il discute comme s'il savourait l'idée de l'avoir là, à portée de main, et de pouvoir choisir le moment où il l'allumera.
Je dépose mon regard sur le visage de Valerion et je ne l'en détourne plus. J'observe ses mimiques, son regard qui voyage, ses cils qui se lèvent et s'abaissent. Ses cheveux qui bougent en même temps que sa tête. Surtout, j'observe sa bouche quand le tube s'infiltre encore ses lèvres. Son nez qui frissonne quand elle inspire. Le petit bruit discret quand son geste se termine, avec sa poitrine qui se soulèvent doucement. Le moment en suspension... Qui prend fin quand elle expire, envoyant la fumée loin de mes narines sensibles. C'est hypnotisant. J'en oublie presque que je lui ai posé une question.
Je me secoue pour me concentrer. Elle ne se rend pas compte de ce qu'elle raconte, je crois. Elle ne se rend pas compte à quel point ça me parle. Je baisse un regard troublé sur la cigarette que je tiens entre les mains. Toutes les conditions sont réunis pour que je fasse ce que j'ai toujours jugé idiot de faire jusqu'ici : je suis triste, je ne me sens pas bien et je veux aller mieux. Mais ce n'est pas tant cela qui me trouble que tout ce que me promet cette toute petite chose qui n'a rien de bien impressionnant au premier abord. Je ne savais pas. Je ne savais pas en voyant Lounis faire que ça agissait comme un pansement, que ça soignait de la tristesse, que ça éloignait les ombres qui recouvrent parfois l'esprit. Je ne savais pas qu'il y avait quelque chose là-dedans qui pouvait faire du bien. Même pendant un court instant. On m'a déjà dit que c'était mauvais, que c'était dangereux ; « Lounis, éteins-moi ça ! dit parfois papa. Pas devant les enfants. Aodren, Aelle, écoutez-moi bien : c'est quelque chose qui vous fera du mal, vous entendez ? Ça rend les gens malades ». Moi, je l'ai toujours cru. J'ai toujours pensé que les cigarettes, c'était mauvais pour la santé.
Valerion ne me dit pas le contraire, absolument pas. Elle ne fait qu'ajouter des informations : c'est mal mais ça procure un sentiment de bien être. C'est mal mais ça va apaiser la tristesse qui m'alourdit le coeur. C'est mal mais pendant un instant, je vais oublier que Celle-qui-n'a-plus-de-nom me manque sans colère et que j'ai envie de le lui écrire.
« O-oui, » soufflé-je en réponse à sa question.
Ma voix est aussi fragile que du vieux papier. Aussi fragile que la cigarette que j'ai peur d'allumer. Je l'insère entre mes lèvres. Son goût m'envahit la bouche. J'essaie de respirer plutôt avec le nez. Je me sens un peu idiote avec cette chose épaisse entre les lèvres, c'est très peu naturel, je ne dois pas avoir l'air aussi sereine que Valerion quand elle fait la même chose. Mais je ne laisse pas cela m'ébranler. Je tends la main vers la professeure, un peu honteuse de ne pas pouvoir dégainer ma baguette magique pour me l'allumer toute seule. Mais je sais que le moindre sortilège risquerait de me plonger dans l'inconscience. Plutôt lui demander de l'aide que m'évanouir à ses pieds.
Elle surestime mes capacités : d'un geste fluide du poignet, elle me balance son drôle de briquet. Il rebondit sur mes genoux et le mouvement que je fais a le malheur de réveiller la douleur de mes muscles, ce qui m'arrache un petit petit bruit plaintif. Inévitablement, la cigarette glisse d'entre mes lèvres et rejoint le briquet sur mes genoux. Je me trouve bien bête, soudainement, avec le briquet dans une main, la cigarette dans l'autre, et la certitude que ma maladresse me rend ridicule.
Je recommence avec des gestes fébriles. Le tube entre mes lèvres, ne pas parler, ne pas inspirer par la bouche. Ouvrir le briquet, le tourner dans tous les sens jusqu'à trouver la façon de le faire fonctionner — aurais-je dû lui demander de me l'allumer magiquement ? Un essai, deux essais. Je persiste, comme en cours, sans frémir, sans m'agacer. Et enfin, une flamme.
La flamme me fige totalement. Je la regarder danser dans l'obscurité de cette fin de journée. Ses mouvements sont nerveux et agités. Comme mon coeur qui s'emballe un peu à l'idée de ce que je m'apprête à faire, comme ce frémissement de crainte qui me rappelle, et je l'en remercie, que je suis vivante, que mon corps m'appartient. Je me rappelle : ce sera comme un pansement. Déjà, j'ai l'impression que ma gorge est moins nouée, que sa présence est moins lourde dans mes souvenirs. C'est la preuve que ça marche, non ?
Je n'ai pas la réponse et je n'en attends pas. Exactement comme je l'ai vue faire tout à l'heure, j'inonde le bout de la cigarette de la flamme affamée. Au début, rien ne se passe d'autre qu'une odeur piquante. Que dois-je faire ? Puis je comprends qu'il me faut inspirer. Subitement, comme elle l'a fait, pendant que la flamme joue encore avec la cigarette. Alors j'inspire et une drôle de mélodie m'envahit les oreilles. Un petit crépitement amusé et profond, un crépitement doux et apaisant tandis que la fumée glisse dans ma gorge.
Je baisse la main, je coince la cigarette entre mon index et mon majeur, comme elle et...
Une vive douleur m'agrippe les poumons. Je ne contrôle pas la toux qui me plie soudainement en deux, qui m'arrache la gorge, qui remonte dans mes narines et qui jamais ne semble vouloir s'arrêter.
D'obscurité sont faits nos rêves
A la question de la professeure, l'élève répondit par l'affirmative. Sixtine haussa un sourcil, surprise par cette réponse. Elle pensait que cette jeune adulte ne répondrait pas ou s'offusquerait d'une telle proposition, mais non, elle venait d'accepter. L'ancienne Auror qui avait encore son Zippo en main le lui lança. Elle était certes, la personne qui avait donné la cigarette à la jeune fille, mais elle n'allait pas devenir la personne allumant cet outil de mort à retardement.
Lorsqu'elle s'aperçut qu'elle n'était pas à l'aise avec l'outil, elle eut presque de la peine pour... Son Zippo. Être manipulé ainsi par les mains débutante d'une gamine perdue et incapable d'avancer, ça avait le don de mettre en rogne la professeure. Fort heureusement, ce moment ne dura que quelques secondes et l'étudiante trouva le moyen d'enflammer la cigarette. Et, comme elle s'y attendait, la jeune femme cracha presque un poumon. Elle toussa encore et encore se repliant sur elle même. Elle en avait presque oublié que ça faisait ça, au début.
- Ce n'est pas le pansement le plus agréable au début. Relevez la tête et respirez, je n'ai pas envie de vous faire du bouche à bouche.
Oh, bien sûr, elle n'allait pas mourir ni même perdre de connaissance du moins d'après Sixtine. Alors, elle attendit simplement que la toux passe. Mais, profitant de ce petit moment de faiblesse chez la jeune femme, Sixtine récupéra son précieux briquet. Hors de question de le laisser entre les mains de cette étudiante. Un souvenir si précieux, il était hors de question qu'il disparaisse ainsi.
Lorsqu'elle s'aperçut qu'elle n'était pas à l'aise avec l'outil, elle eut presque de la peine pour... Son Zippo. Être manipulé ainsi par les mains débutante d'une gamine perdue et incapable d'avancer, ça avait le don de mettre en rogne la professeure. Fort heureusement, ce moment ne dura que quelques secondes et l'étudiante trouva le moyen d'enflammer la cigarette. Et, comme elle s'y attendait, la jeune femme cracha presque un poumon. Elle toussa encore et encore se repliant sur elle même. Elle en avait presque oublié que ça faisait ça, au début.
- Ce n'est pas le pansement le plus agréable au début. Relevez la tête et respirez, je n'ai pas envie de vous faire du bouche à bouche.
Oh, bien sûr, elle n'allait pas mourir ni même perdre de connaissance du moins d'après Sixtine. Alors, elle attendit simplement que la toux passe. Mais, profitant de ce petit moment de faiblesse chez la jeune femme, Sixtine récupéra son précieux briquet. Hors de question de le laisser entre les mains de cette étudiante. Un souvenir si précieux, il était hors de question qu'il disparaisse ainsi.
Arrivée inRP le 28 octobre 2046 -Départ le 14 décembre 2048
Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.
D'obscurité sont faits nos rêves
La toux me vrille le corps et me plie en deux. Une douleur tenace s'empare de mes poumons et de ma gorge et ne semble plus vouloir me lâcher. Je me replie sur moi-même, la tête dans le coude, les yeux fermés et ma main droite qui tient la cigarette abandonnée sur le côté. Je respire laborieusement quand la toux commence à s'espacer, concentrée sur mes poumons qui me brûlent et sur les courbatures qui déjà font hurler certains de mes muscles, actuellement ceux du dos et du cou qui n'ont guère appréciés que je me crispe comme je viens de le faire. D'une voix éraillée, j'articule un juron sonore qui résonne dans le couloir, suivit d'un : « Merlin... » beaucoup plus désespéré que je ne parviens pas à retenir.
Derrière mes paupières serrées se dessine une image que j'avais oubliée jusqu'ici. Un jeune femme, des cheveux coupés dans un carré bien plus court que la coupe que je lui ai toujours connu. Dans le souvenir qu'elle m'a montré d'elle, ma directrice était plus jeune et surtout, elle avait cette chose à la main, cette chose qu'elle amenait d'un geste expert à sa bouche. À l'époque, je l'avais jugée : quelle terrible habitude pour une femme si libre, si maîtresse d'elle-même ! Cela m'avait un peu déçue, mais si peu, de la voir fumer. Aujourd'hui, j'aimerais bien que ce soit elle qui me voit faire. Que me dirait-elle ? Sans doute trouverait-elle le temps, juste après m'avoir aidé à allumer cette chose qu'elle détesterait me voir fumer, de me faire la morale à propos des dangers d'une telle habitude. Je la verrai bien faire quelque chose comme ça. C'est comme la magie noire, non ? Ne fais pas ce que je fais moi-même, Aelle. Ne te laisse pas grignoter par ce grand besoin que tu as en toi, ne te sabote pas, ne repousse pas ceux qui peuvent te soutenir. Dit-elle, cette grande femme qui a blessé son fils. Dit-elle, cette grande femme qui sait à quel point ça fait du bien de céder à ce qui nous fait du mal.
Avant de relever la tête, je prends soin d'essuyer le coin de mes yeux mouillés par les larmes. Son pansement n'a pour le moment rien d'agréable, non, en effet. Je ne pensais pas que ça me ferait ça. À vrai dire, je n'avais jamais réfléchi au fait qu'envoyer de la fumée dans mes poumons pouvait être aussi douloureux. Ça avait toujours l'air agréable quand je regardais Lounis faire. Si naturel, presque doux. Un moment d'apaisement. Mais ce n'est absolument pas ce que je ressens. Pas pour le moment. Mais qui suis-je pour me faire un avis d'une chose que je ne connais pas ? Si elle dit que le pansement n'est douloureux qu'au début, c'est qu'il ne le sera qu'au début. Je l'écoute donc, je me redresse, lève la tête et me force à prendre plusieurs inspirations pour faire passer le malaise qui me noue l'estomac. Faire passer la douleur pour recommencer.
« J'vous laisserai pas m'en faire, » répliqué-je d'une voix qui aurait pu paraître bravache si seulement je n'avais pas croassé cette réponse et si je ne venais pas de m'étouffer à en crever devant elle.
Je laisse Valerion récupérer son briquet, trop occupée par la vision de ma cigarette qui fume à mes côtés, insensible à ma douleur et à la tristesse qui me vrille encore le corps. J'imagine qu'avec une seconde inspiration de cette chose, la douleur refluera encore. Vaincre le mal par le mal. Alors je lève le bras même si, que Merlin m'en soit témoin, je n'ai aucune envie de le faire.
Inspirer, doucement, avec une crainte dont je ne connais rien et qui me force à agir avec prudence et parcimonie. La seconde bouffée est moins désagréable mais sur la fin elle s'entortille dans mes poumons et voilà que je tousse une seconde fois, mais bien moins longtemps que la première. Puis j'essaie de faire comme elles, comme Sixtine Valerion, aussi inébranlable qu'une gargouille, et comme la jeune directrice que je n'ai jamais connu : recracher la fumée par la bouche en faisant comme si ça m'était naturel. Mais ça ne m'est pas naturel et je me sens ridicule.
Je baisse les yeux sur le tube de papier qui grésille entre mes doigts. L'odeur est moins agréable maintenant que mes poumons ont goûté à cette fumée. Je ne vois pas très bien en quoi ça peut me faire du bien ou en quoi ça peut panser mes plaies, mais le fait est que me concentrer pour avaler ça sans m'étouffer, ça me fait oublier pendant une poignée de secondes la raison qui me pousse à me sentir si misérable ce soir.
« La nicotine, vous dites... Ça va agir quand ? »
Quand est-ce que je vais l'oublier, dites ? Quand est-ce que je retrouverai ma légèreté habituelle ? Ce soir, demain matin ? Dois-je en fumer plusieurs pour que l'effet soit plus rapide ? Dois-je recommencer à chaque fois que son souvenir se rappellera à moi ? C'est quoi le mode d'emploi pour se débarrasser d'une tristesse dont la cause est de plus en plus floue ?
Derrière mes paupières serrées se dessine une image que j'avais oubliée jusqu'ici. Un jeune femme, des cheveux coupés dans un carré bien plus court que la coupe que je lui ai toujours connu. Dans le souvenir qu'elle m'a montré d'elle, ma directrice était plus jeune et surtout, elle avait cette chose à la main, cette chose qu'elle amenait d'un geste expert à sa bouche. À l'époque, je l'avais jugée : quelle terrible habitude pour une femme si libre, si maîtresse d'elle-même ! Cela m'avait un peu déçue, mais si peu, de la voir fumer. Aujourd'hui, j'aimerais bien que ce soit elle qui me voit faire. Que me dirait-elle ? Sans doute trouverait-elle le temps, juste après m'avoir aidé à allumer cette chose qu'elle détesterait me voir fumer, de me faire la morale à propos des dangers d'une telle habitude. Je la verrai bien faire quelque chose comme ça. C'est comme la magie noire, non ? Ne fais pas ce que je fais moi-même, Aelle. Ne te laisse pas grignoter par ce grand besoin que tu as en toi, ne te sabote pas, ne repousse pas ceux qui peuvent te soutenir. Dit-elle, cette grande femme qui a blessé son fils. Dit-elle, cette grande femme qui sait à quel point ça fait du bien de céder à ce qui nous fait du mal.
Avant de relever la tête, je prends soin d'essuyer le coin de mes yeux mouillés par les larmes. Son pansement n'a pour le moment rien d'agréable, non, en effet. Je ne pensais pas que ça me ferait ça. À vrai dire, je n'avais jamais réfléchi au fait qu'envoyer de la fumée dans mes poumons pouvait être aussi douloureux. Ça avait toujours l'air agréable quand je regardais Lounis faire. Si naturel, presque doux. Un moment d'apaisement. Mais ce n'est absolument pas ce que je ressens. Pas pour le moment. Mais qui suis-je pour me faire un avis d'une chose que je ne connais pas ? Si elle dit que le pansement n'est douloureux qu'au début, c'est qu'il ne le sera qu'au début. Je l'écoute donc, je me redresse, lève la tête et me force à prendre plusieurs inspirations pour faire passer le malaise qui me noue l'estomac. Faire passer la douleur pour recommencer.
« J'vous laisserai pas m'en faire, » répliqué-je d'une voix qui aurait pu paraître bravache si seulement je n'avais pas croassé cette réponse et si je ne venais pas de m'étouffer à en crever devant elle.
Je laisse Valerion récupérer son briquet, trop occupée par la vision de ma cigarette qui fume à mes côtés, insensible à ma douleur et à la tristesse qui me vrille encore le corps. J'imagine qu'avec une seconde inspiration de cette chose, la douleur refluera encore. Vaincre le mal par le mal. Alors je lève le bras même si, que Merlin m'en soit témoin, je n'ai aucune envie de le faire.
Inspirer, doucement, avec une crainte dont je ne connais rien et qui me force à agir avec prudence et parcimonie. La seconde bouffée est moins désagréable mais sur la fin elle s'entortille dans mes poumons et voilà que je tousse une seconde fois, mais bien moins longtemps que la première. Puis j'essaie de faire comme elles, comme Sixtine Valerion, aussi inébranlable qu'une gargouille, et comme la jeune directrice que je n'ai jamais connu : recracher la fumée par la bouche en faisant comme si ça m'était naturel. Mais ça ne m'est pas naturel et je me sens ridicule.
Je baisse les yeux sur le tube de papier qui grésille entre mes doigts. L'odeur est moins agréable maintenant que mes poumons ont goûté à cette fumée. Je ne vois pas très bien en quoi ça peut me faire du bien ou en quoi ça peut panser mes plaies, mais le fait est que me concentrer pour avaler ça sans m'étouffer, ça me fait oublier pendant une poignée de secondes la raison qui me pousse à me sentir si misérable ce soir.
« La nicotine, vous dites... Ça va agir quand ? »
Quand est-ce que je vais l'oublier, dites ? Quand est-ce que je retrouverai ma légèreté habituelle ? Ce soir, demain matin ? Dois-je en fumer plusieurs pour que l'effet soit plus rapide ? Dois-je recommencer à chaque fois que son souvenir se rappellera à moi ? C'est quoi le mode d'emploi pour se débarrasser d'une tristesse dont la cause est de plus en plus floue ?
D'obscurité sont faits nos rêves
La professeure croisa le regard brillant d'Aelle. Il n'était pas brillant à cause de la nicotine quoi que.. C'était bien un effet secondaire. La première bouffée n'avait rien rien d'agréable, elle brulait la gorge, elle attaquait les poumons et elle donnait le tournis. En outre, ce pansement n'avait rien d'agréable pour les débutants. La professeure, qui était à l'époque une nouvelle, avait craché ses poumons, elle avait pleuré en se sentant terriblement seule dans une demeure qui n'était pas la sienne. Elle avait cessé de s'alimenter et finalement, grâce à la mère de Suileabhan à son oncle, elle avait retrouvé peu à peu le gout de la vie, elle avait intégré l'école de ses rêves et elle avait réussi à devenir l'Auror qu'elle souhaitait. Pourtant, cette mauvaise habitude de toujours coincer une cigarette entre ses lèvres lui était restée.
En faire ? Faire quoi ?
Les pensées de Sixtine s'étaient percutées, elle était de retour dans le moment présent. Oui, faire du bouche à bouche. Elle ne laisserait pas sa professeure lui en faire. Voilà une bonne nouvelle pour l'ancienne Auror. Elle n'aurait pas à poser ses lèvres délicates sur cette toute jeune adulte à l'attitude étrange.
- Bristyle, je dois vous dire que la cigarette c'est mal, c'est mon devoir de professeur. Mais, il y a autre chose que je dois vous dire... Toute la nicotine du monde ne vous fera jamais oublier ce que vous essayer d'oublier. Pensez y, ce n'est qu'un effet placebo de quelques secondes et ensuite, vous revenez à la réalité.
Elle venait de terminer sa cigarette, elle l'écrasa sur le sol avant de la faire disparaitre grâce à la magie. Il ne fallait aucune preuve de son passage ici. Voulant se mettre plus à l'aise, elle avait défait ses cheveux et retiré ses chaussures. Sans regarder la jeune femme face à elle, la professeure avait reprit en main le zippo qu'elle avait récupéré un peu plus tôt.
- J'avais acheté ce zippo lorsque je suis devenue Auror en me disant que je serais capable d'arrêter la cigarette. Quel échec.
En faire ? Faire quoi ?
Les pensées de Sixtine s'étaient percutées, elle était de retour dans le moment présent. Oui, faire du bouche à bouche. Elle ne laisserait pas sa professeure lui en faire. Voilà une bonne nouvelle pour l'ancienne Auror. Elle n'aurait pas à poser ses lèvres délicates sur cette toute jeune adulte à l'attitude étrange.
- Bristyle, je dois vous dire que la cigarette c'est mal, c'est mon devoir de professeur. Mais, il y a autre chose que je dois vous dire... Toute la nicotine du monde ne vous fera jamais oublier ce que vous essayer d'oublier. Pensez y, ce n'est qu'un effet placebo de quelques secondes et ensuite, vous revenez à la réalité.
Elle venait de terminer sa cigarette, elle l'écrasa sur le sol avant de la faire disparaitre grâce à la magie. Il ne fallait aucune preuve de son passage ici. Voulant se mettre plus à l'aise, elle avait défait ses cheveux et retiré ses chaussures. Sans regarder la jeune femme face à elle, la professeure avait reprit en main le zippo qu'elle avait récupéré un peu plus tôt.
- J'avais acheté ce zippo lorsque je suis devenue Auror en me disant que je serais capable d'arrêter la cigarette. Quel échec.
Arrivée inRP le 28 octobre 2046 -Départ le 14 décembre 2048
Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.
D'obscurité sont faits nos rêves
Mécaniquement, ma main se lève. J'insère le tube entre mes lèvres, je sens sur ma langue le goût désagréable du tabac, j'inspire doucement, la fumée tournoie dans mon corps jusqu'à mes poumons qui se gonflent doucement et je recrache la fumée par la bouche en abaissant la cigarette. C'est absolument répugnant. Je laisse tomber ma tête contre le mur derrière moi, le regard baissé sur Sixtine Valerion qui se débarrasse de ses belles chaussures à talon au beau milieu du couloir, et de la nuit. Mes yeux papillonnent doucement. Ces nouvelles sensations, liées à celles qui m'abîmaient déjà les sens, me font tourner la tête. J'ai un poids sur le crâne, au niveau du front, et mon corps résiste vaillamment à ce que je lui inflige : ma gorge se crispe comme lorsque j'ai envie de vomir. Alors je respire très lentement et très longuement pour repousser le malaise qui essaie de m'envahir. Je ne vais pas vomir, je me le suis promis. Et je ne dois pas vomir : je dois continuer. Car le pansement finira par agir.
Je n'ai pas grandement confiance en cette professeure. Je ne la connais pas, après tout. Elle n'est rien d'autre pour moi qu'une figure d'autorité qui agit un peu plus librement que les autres. J'aime le fait qu'elle ne soit pas conventionnelle. Mais je n'apprécie pas qu'elle soit aussi différente de moi : je ne me reconnais pas dans les expressions qui traversent son visage ou dans sa façon d'être — c'est bien trop différent de ce tout ce que je connais. J'aime sa magie, son enseignement. Et après ? Après, elle est une professeure et elle est bien plus expérimentée dans le sujet qui m'intéresse aujourd'hui.
Évidemment que je la crois quand elle me dit que le pansement finira par agir. Évidemment que je la crois lorsqu'elle me dit que c'est mal. Un petit sourire qui n'a absolument rien d'heureux ou de joyeux se dessine sur mes lèvres — c'est mon devoir de professeure, dit-elle tout en sous-entendant : je ne le fais pas pour vous interdire ou vous empêcher de fumer cette chose que je vous ai moi-même proposée. Cette façon de faire me rappelle une autre femme et cette fois-ci, plus que toutes les autres fois, l'émotion qui m'étreint est si forte que mes traits se crispent : elle me manque, elle me—
Je baisse la tête lorsque ses mots se mettent à viser un peu plus juste. J'évite son regard pour ne pas affronter le fait qu'elle sache que je tente d'oublier quelque chose. Ce n'est qu'un effet placebo. Une fraction de bien être pour une éternité de douleur, songé-je en observant le petit tube coloré. Vaut-il mieux éviter la douleur du retour brutal à la réalité ou accepter les moments de plénitude, tout aussi infimes soient-ils ? J'ai déjà la réponse, c'est ce qui me pousse à aspirer une nouvelle bouffée, toujours aussi mal à l'aise dans ces gestes que je ne connais pas. Une bouffée associée à une autre vague de nausée, un peu plus forte que la précédente. Je ferme brièvement les yeux pour la laisser passer, bercée par les paroles de Valerion qui toute sa vie a essayé d'oublier je ne sais quoi sans jamais y parvenir.
Je lance mon regard à la recherche du sien. Le mien est un peu flouté par la fatigue et les émotions.
« Un peu bizarre d'acheter un truc qui vous permettra d'allumer les cigarettes que vous voulez arrêter de fumer, » commenté-je d'une voix bien trop lente sans même songer que mes mots pourraient la brusquer, elle, la Professeure, l'Adulte.
Mon ton est un peu dur. Je crois que je lui en veux de m'avoir dit que la nicotine ne me permettra pas d'oublier. J'aurais aimé qu'elle me berce de belles illusions, juste ce soir. Et demain, j'aurais pu la détester de m'avoir menti et tout aurait été bien plus simple.
Je me sens mal, professeure. Dans le corps et dans la tête. Si vous saviez comme je lutte, actuellement, pour ne pas dire des choses que je regretterai plus tard. Je déteste être soumise à ma tristesse. La colère est tellement mieux protégée : la colère ne fait pas faire de bêtises, la colère ne donne pas des envies faibles. Je n'aurais jamais eu envie de lui écrire si j'avais été en colère. Elle ne m'aurait jamais manquée si j'avais été en colère.
Un nouveau geste, une nouvelle aspiration. Et la nausée, toujours plus forte.
« C'est pas l'oubli que je recherche. J'voulais juste savoir quand ça f'sait du bien. Pas encore, j'ai l'impression, » dis-je d'une voix amère.
Je la regarde comme si je voulais lui prouver que j'ai raison. Que je n'ai rien à oublier, je ne suis pas hantée de mauvais souvenirs, moi, je ne suis pas faible ! Sauf que mes yeux sont brillants et que mon mensonge est trop gros pour passer pour une vérité.
Je n'ai pas grandement confiance en cette professeure. Je ne la connais pas, après tout. Elle n'est rien d'autre pour moi qu'une figure d'autorité qui agit un peu plus librement que les autres. J'aime le fait qu'elle ne soit pas conventionnelle. Mais je n'apprécie pas qu'elle soit aussi différente de moi : je ne me reconnais pas dans les expressions qui traversent son visage ou dans sa façon d'être — c'est bien trop différent de ce tout ce que je connais. J'aime sa magie, son enseignement. Et après ? Après, elle est une professeure et elle est bien plus expérimentée dans le sujet qui m'intéresse aujourd'hui.
Évidemment que je la crois quand elle me dit que le pansement finira par agir. Évidemment que je la crois lorsqu'elle me dit que c'est mal. Un petit sourire qui n'a absolument rien d'heureux ou de joyeux se dessine sur mes lèvres — c'est mon devoir de professeure, dit-elle tout en sous-entendant : je ne le fais pas pour vous interdire ou vous empêcher de fumer cette chose que je vous ai moi-même proposée. Cette façon de faire me rappelle une autre femme et cette fois-ci, plus que toutes les autres fois, l'émotion qui m'étreint est si forte que mes traits se crispent : elle me manque, elle me—
Je baisse la tête lorsque ses mots se mettent à viser un peu plus juste. J'évite son regard pour ne pas affronter le fait qu'elle sache que je tente d'oublier quelque chose. Ce n'est qu'un effet placebo. Une fraction de bien être pour une éternité de douleur, songé-je en observant le petit tube coloré. Vaut-il mieux éviter la douleur du retour brutal à la réalité ou accepter les moments de plénitude, tout aussi infimes soient-ils ? J'ai déjà la réponse, c'est ce qui me pousse à aspirer une nouvelle bouffée, toujours aussi mal à l'aise dans ces gestes que je ne connais pas. Une bouffée associée à une autre vague de nausée, un peu plus forte que la précédente. Je ferme brièvement les yeux pour la laisser passer, bercée par les paroles de Valerion qui toute sa vie a essayé d'oublier je ne sais quoi sans jamais y parvenir.
Je lance mon regard à la recherche du sien. Le mien est un peu flouté par la fatigue et les émotions.
« Un peu bizarre d'acheter un truc qui vous permettra d'allumer les cigarettes que vous voulez arrêter de fumer, » commenté-je d'une voix bien trop lente sans même songer que mes mots pourraient la brusquer, elle, la Professeure, l'Adulte.
Mon ton est un peu dur. Je crois que je lui en veux de m'avoir dit que la nicotine ne me permettra pas d'oublier. J'aurais aimé qu'elle me berce de belles illusions, juste ce soir. Et demain, j'aurais pu la détester de m'avoir menti et tout aurait été bien plus simple.
Je me sens mal, professeure. Dans le corps et dans la tête. Si vous saviez comme je lutte, actuellement, pour ne pas dire des choses que je regretterai plus tard. Je déteste être soumise à ma tristesse. La colère est tellement mieux protégée : la colère ne fait pas faire de bêtises, la colère ne donne pas des envies faibles. Je n'aurais jamais eu envie de lui écrire si j'avais été en colère. Elle ne m'aurait jamais manquée si j'avais été en colère.
Un nouveau geste, une nouvelle aspiration. Et la nausée, toujours plus forte.
« C'est pas l'oubli que je recherche. J'voulais juste savoir quand ça f'sait du bien. Pas encore, j'ai l'impression, » dis-je d'une voix amère.
Je la regarde comme si je voulais lui prouver que j'ai raison. Que je n'ai rien à oublier, je ne suis pas hantée de mauvais souvenirs, moi, je ne suis pas faible ! Sauf que mes yeux sont brillants et que mon mensonge est trop gros pour passer pour une vérité.
D'obscurité sont faits nos rêves
Sixtine voit Aelle. Bien sur, elle voit son enveloppe corporelle, mais surtout, elle voit les sentiments qu'elle éprouve, elle peut voir sa tristesse qu'elle essaye de dissimuler. Cette jeune adulte lui rappelle forcément son propre reflet. Il y a quelques années, elle était elle-même cette jeune fille un peu perdue qui avait l'impression de n'avoir aucune bouée à laquelle se raccrocher.
La professeure ne répondit pas à l'interrogation d'Aelle, car elle savait bien qu'il ne s'agissait pas d'une vraie question. Pourquoi acheter un briquet pour arrêter de fumer ? La réponse était simple, pour pouvoir le garder comme trophée. Son ego avait parlé en achetant ce zippo, mais sa faiblesse lui avait rappelé que l'ego ne suffisait pas toujours. Aujourd'hui, ce zippo n'était là que pour lui rappeler son échec. L'ancienne Auror se mit alors à réfléchir, fouillant dans sa bibliothèque mentale à la recherche de sa première cigarette. Qui lui avait tendu cet interdit ? Cette impression d'avoir déjà vécu cette scène... Bien sur. Elle l'avait déjà vécu sauf qu'à l'époque, elle était à la place d'Aelle, et c'était la mère de Suileabhan qui jouait son propre elle. Car oui, c'était bien la mère de son compagnon qui lui avait tendu sa première cigarette en lui affirmant qu'elle irait mieux après ça... Mensonge, elle n'allait pas mieux. Sixtine se demanda alors : Qu'est ce qu'elle aurait pu faire pour me soulager ? Et la réponse apparut sous ses yeux comme une évidence.
Elle se releva lentement, fit un pas en direction de la jeune adulte puis, elle posa un premier genou à terre. La seconde d'après, la cigarette d'Aelle se retrouva sur le sol et Sixtine enroula ses bras autour du corps de la jeune fille. De peur que cette dernière se débatte et tente de s'enfuir, Sixtine serra un peu plus fort son étreinte.
La professeure ne répondit pas à l'interrogation d'Aelle, car elle savait bien qu'il ne s'agissait pas d'une vraie question. Pourquoi acheter un briquet pour arrêter de fumer ? La réponse était simple, pour pouvoir le garder comme trophée. Son ego avait parlé en achetant ce zippo, mais sa faiblesse lui avait rappelé que l'ego ne suffisait pas toujours. Aujourd'hui, ce zippo n'était là que pour lui rappeler son échec. L'ancienne Auror se mit alors à réfléchir, fouillant dans sa bibliothèque mentale à la recherche de sa première cigarette. Qui lui avait tendu cet interdit ? Cette impression d'avoir déjà vécu cette scène... Bien sur. Elle l'avait déjà vécu sauf qu'à l'époque, elle était à la place d'Aelle, et c'était la mère de Suileabhan qui jouait son propre elle. Car oui, c'était bien la mère de son compagnon qui lui avait tendu sa première cigarette en lui affirmant qu'elle irait mieux après ça... Mensonge, elle n'allait pas mieux. Sixtine se demanda alors : Qu'est ce qu'elle aurait pu faire pour me soulager ? Et la réponse apparut sous ses yeux comme une évidence.
Elle se releva lentement, fit un pas en direction de la jeune adulte puis, elle posa un premier genou à terre. La seconde d'après, la cigarette d'Aelle se retrouva sur le sol et Sixtine enroula ses bras autour du corps de la jeune fille. De peur que cette dernière se débatte et tente de s'enfuir, Sixtine serra un peu plus fort son étreinte.
Arrivée inRP le 28 octobre 2046 -Départ le 14 décembre 2048
Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.
D'obscurité sont faits nos rêves
Sixtine Valerion se lève et je suis persuadée qu'elle va s'en aller avec un haussement d'épaules. Continuez de fumer et vous découvrirez quand est-ce que ça agira, me dira-t-elle avant de partir sans un regard en arrière. M'abandonner dans un couloir alors que je suis au bord de la nausée et de l'évanouissement, ce n'est pas bien différent que de m'abandonner aux portes du château alors que je suis épuisée magiquement et que j'ai perdu conscience pendant quelques temps, n'est-ce pas ? La seule chose qui diffère, c'est que cette femme ne compte pas pour moi et que son départ n'approfondira pas ma tristesse : celle-ci est déjà bien trop ancrée pour qu'un événement extérieur puisse la troubler. Alors allez-y, partez. Laissez-moi avec ce poison fumant qui est censé apaiser brièvement mes douleurs les plus profondes.
Mais elle ne part pas, elle s'approche et plie un genou devant moi. Ma réaction est instantanée malgré mes muscles affaiblis et mon corps qui souffre. Tout mon être se tend en arrière. C'est un geste infime qu'appuie une légère torsion des lèvres vers le vas. Ne m'approchez ! crie tout mon corps. Je sais qu'elle va me brusquer. Elle va me secouer : cessez de vous apitoyer ! Elle va agir avec violence, car c'est comme ça que l'on fait, elle va me dire des choses qui blessent, qui font mal, qui vont s'incruster, et je veux qu'elle le fasse pour pouvoir agir de la même façon avec elle, pour pouvoir crier un peu et faire sortir toute cette peine qui me noue les tripes. C'est comme cela que ça fonctionne. La tension monte, les cris fusent des deux côtés. Puis une parole me fait craquer, j'avoue des choses qui me font mal et sur le chemin, je la blesse autant que possible.
Ce n'est pas ce qui arrive. Elle s'approche de moi, cette femme que je ne connais pas, et elle glisse ses bras autour de mes épaules. Ma respiration se bloque dans ma gorge, je ne peux pas réagir. Je ne peux rien faire en sentant sa peau rentrer en contact avec la mienne ou lorsque les mèches de ses cheveux détachés me caressent le visage et que son odeur m'emplit les narines. Je ne peux rien faire car je ne comprends pas ce qui est en train de se passer. Ce n'est pas possible, ce n'est pas en train d'arriver ! Une professeure ! Qui donne une étreinte à une élève ! Puis la vérité s'engouffre dans mon esprit comme un hurlement. C'est soudain et brutal. Ses bras autour de moi. Sa peau contre la mienne. Ses cheveux qui caressent. Son odeur. Son étreinte.
Je refuse que qui que ce soit m'approche de cette façon. Personne, personne ne peut faire ça. Une panique teintée de colère me brouille les sens : lâchez-moi ! lâchez-moi ! Je me débats pour m'extirper de sa poigne, mes bras remuent, mes épaules se replient. Je n'ai pas besoin de ça, je n'ai plus besoin de câlin depuis des années, je ne suis pas une enfant, je suis une adulte, je peux me passer de votre aide, j'en ai pas besoin, je gère toute seule, je gère, vous entendez ? Je pensais qu'elle me lâcherait aussitôt mais c'est le contraire qui arrive. Autour de moi ses bras se resserrent, son étreinte m'enferme, mes mouvements agités n'y peuvent rien, mon souffle s'emballe et
sans que je ne puisse faire quoi que ce soit, sans que je le décide, une vague de tristesse me fait perdre tout mes repaires. Ça explose dans mon coeur. Ça foudroie toutes mes pensées. Mes coups d'épaule sont remplacés par un mouvement vers l'avant ; mes jambes qui remuaient se plient contre moi ; mes mains qui repoussaient s'accrochent. J'éclate en sanglots. Comme cette fois-là dans le bureau de Priddy. Un monstre prend possession de mon corps. Je ne peux pas arrêter de pleurer, je ne peux pas empêcher mon visage de se déformer, mes lèvres de se retrousser, mes yeux de couler, et mes sanglots sont de plus en plus gros, plus déchirants, plus violents dans les bras de cette femme qui me serre dans ses bras comme on ne l'a pas fait depuis, peut-être, trois ou quatre ans.
Je déteste ce que je suis, je déteste cette faiblesse qui me cloue contre ses bras, je déteste mes yeux qui pleurent je déteste mes sanglots qui me secouent les épaules. Surtout je vous déteste vous d'être restée dans un coin de ma tête, je vous déteste d'avoir envahi mon coeur, je vous déteste d'être encore là malgré votre départ, je vous déteste pour les pensées que vous m'arrachez constamment. Savez-vous combien de temps, combien d'heure j'ai passé à vous haïr ? Avez-vous seulement idée d'à quel point j'ai besoin de vous ? Pas tout le temps, pas constamment. Je vous le jure. Juste une fois par semaine, le dimanche pour prendre le thé. Je vous jure que je n'aurais jamais empêché vos passions de prendre toute la place, j'aurais accepté vos enseignements, j'aurais été une bonne élève, vous n'auriez pas eu à vous plaindre. Je vous le jure, malgré mes cris, malgré ma colère, malgré mon comportement, je vous jure que vous n'auriez pas eu envie de vous enfuir. Alors pourquoi vous l'avez fait avant de savoir tout ça ?
Ce n'est pas censé se passer comme ça. Mes doigts qui agrippent son vêtement, mes sanglots qui résonnent dans le couloir et mes larmes qui mouillent mon visage. Elle aurait dû crier ! Et se contenter de poser une main sur mon épaule si jamais j'avais pleuré. Pas faire ça. Pas m'emprisonner contre elle. Parce qu'en faisant ça elle me fait me dire, là, tout au fond de mon esprit, comme une litanie : ne me lâchez pas, jamais, s'il-vous-plait, ne me lâchez pas. Même si vous n'êtes pas elle.
En réponse à ma supplique silencieuse mon corps se contracte brusquement. Aussi vite que mes sanglots m'ont poussée dans ses bras, l'espoir qu'elle ne me lâche jamais me fait la repousser de toutes mes forces, comme ça, sans prévenir, avec une violence salvatrice dans laquelle je me plonge à coeur perdu.
Mais elle ne part pas, elle s'approche et plie un genou devant moi. Ma réaction est instantanée malgré mes muscles affaiblis et mon corps qui souffre. Tout mon être se tend en arrière. C'est un geste infime qu'appuie une légère torsion des lèvres vers le vas. Ne m'approchez ! crie tout mon corps. Je sais qu'elle va me brusquer. Elle va me secouer : cessez de vous apitoyer ! Elle va agir avec violence, car c'est comme ça que l'on fait, elle va me dire des choses qui blessent, qui font mal, qui vont s'incruster, et je veux qu'elle le fasse pour pouvoir agir de la même façon avec elle, pour pouvoir crier un peu et faire sortir toute cette peine qui me noue les tripes. C'est comme cela que ça fonctionne. La tension monte, les cris fusent des deux côtés. Puis une parole me fait craquer, j'avoue des choses qui me font mal et sur le chemin, je la blesse autant que possible.
Ce n'est pas ce qui arrive. Elle s'approche de moi, cette femme que je ne connais pas, et elle glisse ses bras autour de mes épaules. Ma respiration se bloque dans ma gorge, je ne peux pas réagir. Je ne peux rien faire en sentant sa peau rentrer en contact avec la mienne ou lorsque les mèches de ses cheveux détachés me caressent le visage et que son odeur m'emplit les narines. Je ne peux rien faire car je ne comprends pas ce qui est en train de se passer. Ce n'est pas possible, ce n'est pas en train d'arriver ! Une professeure ! Qui donne une étreinte à une élève ! Puis la vérité s'engouffre dans mon esprit comme un hurlement. C'est soudain et brutal. Ses bras autour de moi. Sa peau contre la mienne. Ses cheveux qui caressent. Son odeur. Son étreinte.
Je refuse que qui que ce soit m'approche de cette façon. Personne, personne ne peut faire ça. Une panique teintée de colère me brouille les sens : lâchez-moi ! lâchez-moi ! Je me débats pour m'extirper de sa poigne, mes bras remuent, mes épaules se replient. Je n'ai pas besoin de ça, je n'ai plus besoin de câlin depuis des années, je ne suis pas une enfant, je suis une adulte, je peux me passer de votre aide, j'en ai pas besoin, je gère toute seule, je gère, vous entendez ? Je pensais qu'elle me lâcherait aussitôt mais c'est le contraire qui arrive. Autour de moi ses bras se resserrent, son étreinte m'enferme, mes mouvements agités n'y peuvent rien, mon souffle s'emballe et
sans que je ne puisse faire quoi que ce soit, sans que je le décide, une vague de tristesse me fait perdre tout mes repaires. Ça explose dans mon coeur. Ça foudroie toutes mes pensées. Mes coups d'épaule sont remplacés par un mouvement vers l'avant ; mes jambes qui remuaient se plient contre moi ; mes mains qui repoussaient s'accrochent. J'éclate en sanglots. Comme cette fois-là dans le bureau de Priddy. Un monstre prend possession de mon corps. Je ne peux pas arrêter de pleurer, je ne peux pas empêcher mon visage de se déformer, mes lèvres de se retrousser, mes yeux de couler, et mes sanglots sont de plus en plus gros, plus déchirants, plus violents dans les bras de cette femme qui me serre dans ses bras comme on ne l'a pas fait depuis, peut-être, trois ou quatre ans.
Je déteste ce que je suis, je déteste cette faiblesse qui me cloue contre ses bras, je déteste mes yeux qui pleurent je déteste mes sanglots qui me secouent les épaules. Surtout je vous déteste vous d'être restée dans un coin de ma tête, je vous déteste d'avoir envahi mon coeur, je vous déteste d'être encore là malgré votre départ, je vous déteste pour les pensées que vous m'arrachez constamment. Savez-vous combien de temps, combien d'heure j'ai passé à vous haïr ? Avez-vous seulement idée d'à quel point j'ai besoin de vous ? Pas tout le temps, pas constamment. Je vous le jure. Juste une fois par semaine, le dimanche pour prendre le thé. Je vous jure que je n'aurais jamais empêché vos passions de prendre toute la place, j'aurais accepté vos enseignements, j'aurais été une bonne élève, vous n'auriez pas eu à vous plaindre. Je vous le jure, malgré mes cris, malgré ma colère, malgré mon comportement, je vous jure que vous n'auriez pas eu envie de vous enfuir. Alors pourquoi vous l'avez fait avant de savoir tout ça ?
Ce n'est pas censé se passer comme ça. Mes doigts qui agrippent son vêtement, mes sanglots qui résonnent dans le couloir et mes larmes qui mouillent mon visage. Elle aurait dû crier ! Et se contenter de poser une main sur mon épaule si jamais j'avais pleuré. Pas faire ça. Pas m'emprisonner contre elle. Parce qu'en faisant ça elle me fait me dire, là, tout au fond de mon esprit, comme une litanie : ne me lâchez pas, jamais, s'il-vous-plait, ne me lâchez pas. Même si vous n'êtes pas elle.
En réponse à ma supplique silencieuse mon corps se contracte brusquement. Aussi vite que mes sanglots m'ont poussée dans ses bras, l'espoir qu'elle ne me lâche jamais me fait la repousser de toutes mes forces, comme ça, sans prévenir, avec une violence salvatrice dans laquelle je me plonge à coeur perdu.
D'obscurité sont faits nos rêves
Le corps de la poufsouffle se raidit, elle se débat et refuse pendant plusieurs minutes ce que Sixtine lui offre. Mais, voyant que cette dernière n'allait pas la lâcher, elle se laissa aller. Son coeur s'ouvrit enfin, les larmes coulèrent en torrent sur ses joues roses d'émotion. Ses lèvres tremblèrent tout comme le reste de son corps. Sixtine avait senti les larmes couler sur son épaule. La voir ainsi, se dire qu'elle aurait pu, elle aussi, être aimé lui transperce le coeur. Elle qui n'arrive plus à retenir ses larmes. Ses sanglots sont silencieux, les larmes coulent lentement en retirant au passage le maquillage de ses yeux. Sans le vouloir, sans l'avoir calculé et sans l'avoir compris, ce câlin, cette étreinte fit du bien à celle qui la donnait.
Aelle agrippe les vêtements de la professeure. Elle sait, Sixtine sait ce qui va se passer. Aelle va la repousser, elle s'y prépare et lorsque le choc arrive et qu'elle la pousse violemment, Sixtine ne lui cache pas ses larmes. Elle la regarde droit dans les yeux, lui montre qu'elle est faible, elle aussi. Malgré cette violence, malgré ce rejet, Sixtine y retourne. Aelle n'a pas fini de pleurer, Sixtine non plus.
Elle sert le corps de la jeune femme dans ses bras avec l'un de ses bras et utilise son autre bras pour coincer la tête de la septième année dans le creux de son cou. La respiration de la directrice de maison est plus forte, les battements de son cœur sont plus fort et irrégulier à tel point que sa cage thoracique lui fait mal. Si seulement elle avait eu une mère pour lui montrer comment faire. Si seulement elle avait eu une mère pour l'aimer. Si seulement elle avait eu une mère pour la guide, la consoler et la rassurer. Elle n'avait pas eu de mère et, elle-même ne sera jamais la mère de quelqu'un.
Aelle agrippe les vêtements de la professeure. Elle sait, Sixtine sait ce qui va se passer. Aelle va la repousser, elle s'y prépare et lorsque le choc arrive et qu'elle la pousse violemment, Sixtine ne lui cache pas ses larmes. Elle la regarde droit dans les yeux, lui montre qu'elle est faible, elle aussi. Malgré cette violence, malgré ce rejet, Sixtine y retourne. Aelle n'a pas fini de pleurer, Sixtine non plus.
Elle sert le corps de la jeune femme dans ses bras avec l'un de ses bras et utilise son autre bras pour coincer la tête de la septième année dans le creux de son cou. La respiration de la directrice de maison est plus forte, les battements de son cœur sont plus fort et irrégulier à tel point que sa cage thoracique lui fait mal. Si seulement elle avait eu une mère pour lui montrer comment faire. Si seulement elle avait eu une mère pour l'aimer. Si seulement elle avait eu une mère pour la guide, la consoler et la rassurer. Elle n'avait pas eu de mère et, elle-même ne sera jamais la mère de quelqu'un.
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D'obscurité sont faits nos rêves
Ma brusque violence fait mouche. Pendant un instant, je retrouve l'air libre et ma vision s'agrandit sur le couloir obscur. Surtout, sur le visage de la femme qui m'offre ses traits sans chercher à cacher la chose qui les froisse. Je crois que c'est la surprise de découvrir les larmes dans ses yeux, sur ses joues striées de traces de maquillage qui aspire la force que je mettais dans mes bras pour la repousser. L'horreur de me sentir si près d'elle, l'horreur de ce qui est véritablement en train de se passer se transforme en étonnement : elle aussi, elle pleure. Elle aussi, elle a mal. Pourquoi ? Je ne comprends pas. Elle profite de cet instant suspendu pour m'attraper de nouveau et m'emprisonner dans une nouvelle étreinte.
Son odeur m'envahit totalement. Une odeur inconnue que je ne parviens pas à aimer ou détester. C'est une odeur comme j'ai pu en sentir parfois, un parfum affirmé de femme adulte, très différent des fragrances que je ne peux fatalement que rencontrer dans mon dortoir plein de jeunes filles. Son odeur à elle est plus puissante et je me rappelle d'un souvenir que j'avais complètement mis de côté : moi, sur le Plateau, accrochée à sa cape, le nez enfoui dans son vêtement. Ce n'était pas une étreinte. C'était un transplanage, c'était un bras pour me soutenir, pour m'aider à me relever — il n'y a jamais eu plus que cela, un bras pour me soutenir, une main sur mon épaule et des paroles qui s'incrustent. Valerion ne se contente pas de ce genre de choses. Le bras, il est autour de mon épaule et me bloque contre elle ; sa main est dans mes cheveux et m'empêche de partir.
Complètement bloquée contre elle, ma grande colère violente bat de l'aile. Elle vacille et la peine en profite pour s'affirmer, encore. Je sens mes épaules trembler, les larmes qui continuent de monter dans mes yeux brûlants. L'immense monstre que j'ai à l'intérieur du corps veut s'exprimer, il veut crier, hurler. Cela fait des mois, des mois, des mois que je le muselle ; il n'en peut plus. J'ai les larmes qui chavirent. Mais je ne veux pas. Je ne veux pas. Personne ne fait ça. Personne ne pleure dans les bras de sa professeure de Défense. Comme personne ne hurle et ne fait une crise dans le bureau de sa professeure de Sortilège.
Je lutte de toutes mes forces contre mon envie de m'oublier, juste quelques secondes, m'oublier dans ces bras inconnus ; si je ferme les yeux, si je me concentre, il serait aisé de croire qu'ils viennent d'une autre personne. Je ne sais plus très bien lesquels j'espère, quelle femme appelle désespérément mon esprit, mais je sais que je pourrais juste oublier pendant quelques secondes et m'effondrer en larmes dans cette étreinte qui me protège du monde extérieur. Un moment dont on ne reparlera jamais. Juste un instant, s'il-vous-plait. Laissez-moi oublier qui je suis l'espace de quelques secondes.
Mais je suis bien trop habituée à lutter contre ma propre nature. Je dois faire marche arrière, maintenant. Remonter le fil de ma tristesse, trouver la colère à laquelle elle est rattachée. C'est tellement facile que ça parait instinctif : la colère m'est familière. Mes traits affligés se transforment en une grimace haineuse. Lâchez-moi !
« Lâchez-moi ! »
Ma voix est étouffée par ses cheveux. Je recommence à me débattre, plus franchement cette fois-ci, ma main s'engouffre contre son corps et la repousse avec une force toute relative mais qui tire son pouvoir de mon désespoir et de mon horreur de sentir ce corps inconnu tout contre moi qui veut me faire avouer des larmes trop salées. Ça ne fonctionne pas. Elle ne me lâche pas et le poids sur mon coeur s'alourdit encore, encore, et j'ai l'impression de m'enfoncer dans le sol tellement il me pèse. « Lâchez-moi... ». Ma main aplatie contre son ventre, l'autre qui essaie de s'enrouler autour des doigts qui appuient sur ma tête pour les retirer. Ma respiration qui s'accélère, les larmes qui m'étouffent, la colère qui tremble, la tristesse qui se transforme en panique. « Lâchez-moi... ». Les sanglots reviennent presque à contre coeur, des sanglots amers, honteux, forcés. « Lâchez-moi... ». En même que je pense : restez, restez, des mots qui s'adressent à une autre femme, partie depuis longtemps.
Les bras me maintiennent et empêchent ma fuite, ils m'empêchent de m'éparpiller en mille pensées disparates douloureuses teintées de souvenirs et d'espoirs vains, l'espoir qu'elle reviendra, qu'elle m'ait véritablement laissé une énigme à résoudre, l'espoir qu'elle pense à moi, qu'elle ne m'ait pas réellement abandonnée. Les bras me maintiennent à flot et m'empêchent de sombrer dans un gouffre de désespoir. Ils m'emprisonnent dans une peine véritable, me nouent à la réalité, m'empêche de hurler, de crier de frapper — oh, j'aimerais tellement pouvoir frapper de toute mes forces, me faire mal, vous faire mal, pour ne pas ressentir toutes ces choses. Je ne peux pas, car j'ai a tête enfoncée dans mes propres larmes.
Je ne cesse à aucun moment de me débattre et de chuchoter des « Lâchez-moi, lâchez-moi... ». Même si je sais que ça signifie le contraire de ce que ça dit. Même si je me débats avec une force aussi grande que l'est mon espoir qu'elle me retienne contre elle. Je lutte encore, et encore, avec des gestes faibles car je suis épuisée et parce que j'ai conscience que c'est ce que je suis. Je suis faible. Je ne vaux rien. C'est tout ce que je mérite : que l'on me considère comme une enfant en me prenant dans ses bras. Je ne mérite pas que l'on m'annonce autrement que par une lettre un départ. Je ne mérite aucune énigme. Je ne mérite pas qu'on fasse l'effort de rester pour moi. Je ne mérite rien de tout cela car je suis quelqu'un de faible, soumis à ses émotions, incapable de ne pas pleurer, de ne pas souffrir.
« Lâchez-moi..., » je sanglote contre son cou.
Je ne sais pas si elle ouvre ses bras ou si je parviens à m'échapper mais le résultat est le même : je retrouve l'air libre et vacille en arrière. Je suis surprise de cette soudaine liberté, de retrouver le choix de mes mouvements ; que faire de bras, de mes mains, dois-je me lever, l'insulter, puis-je frapper quelque chose, en ai-je seulement la force ? Je m'éloigne précipitamment en essuyant mes joues, le regard baissé vers le sol, les fesses glissant sur la pierre.. Ma poitrine me fait terriblement mal, là au niveau du plexus, comme si l'air ne pouvait plus passer. Je respire difficilement et rapidement, la vision réduite à pas grand chose.
« Vous avez pas... »
Ma gorge se bloque, je suffoque. Je vois sa silhouette, si petite alors que la sienne était si grande. Ses longs cheveux, alors que les siens étaient courts. Elle est tout ce que je ne veux pas voir. Surtout, il y a ce regard, ce regard brouillé de larmes qui ont coulé, et je la déteste, je la déteste de m'avoir fait ça, je la déteste de m'avoir fait pleurer, je la déteste de m'avoir emprisonnée, je la déteste de m'avoir forcé à être comme ça devant elle, je la déteste pour cette vulnérabilité que je ressens.
Tremblante de la tête aux pieds, j'essaie de me relever. Ma tête me tourne, ma grande émotion ressemble à une maladie qui grignote toutes mes forces. Mes yeux scannent les alentours et quand ils se posent sur les murs des visions qui me font terriblement envie viennent me hanter : je me vois resserrer le poing et le balancer de toutes mes forces dans la pierre. Encore et encore. Pour sentir la douleur remonter le long de mon bras, m'immobiliser l'épaule et faire du bien à mon coeur. Frapper, n'importe quoi, pour remplacer les larmes par la violence, pour qu'elle garde une image de moi sauvage plutôt que désespérée.
Son odeur m'envahit totalement. Une odeur inconnue que je ne parviens pas à aimer ou détester. C'est une odeur comme j'ai pu en sentir parfois, un parfum affirmé de femme adulte, très différent des fragrances que je ne peux fatalement que rencontrer dans mon dortoir plein de jeunes filles. Son odeur à elle est plus puissante et je me rappelle d'un souvenir que j'avais complètement mis de côté : moi, sur le Plateau, accrochée à sa cape, le nez enfoui dans son vêtement. Ce n'était pas une étreinte. C'était un transplanage, c'était un bras pour me soutenir, pour m'aider à me relever — il n'y a jamais eu plus que cela, un bras pour me soutenir, une main sur mon épaule et des paroles qui s'incrustent. Valerion ne se contente pas de ce genre de choses. Le bras, il est autour de mon épaule et me bloque contre elle ; sa main est dans mes cheveux et m'empêche de partir.
Complètement bloquée contre elle, ma grande colère violente bat de l'aile. Elle vacille et la peine en profite pour s'affirmer, encore. Je sens mes épaules trembler, les larmes qui continuent de monter dans mes yeux brûlants. L'immense monstre que j'ai à l'intérieur du corps veut s'exprimer, il veut crier, hurler. Cela fait des mois, des mois, des mois que je le muselle ; il n'en peut plus. J'ai les larmes qui chavirent. Mais je ne veux pas. Je ne veux pas. Personne ne fait ça. Personne ne pleure dans les bras de sa professeure de Défense. Comme personne ne hurle et ne fait une crise dans le bureau de sa professeure de Sortilège.
Je lutte de toutes mes forces contre mon envie de m'oublier, juste quelques secondes, m'oublier dans ces bras inconnus ; si je ferme les yeux, si je me concentre, il serait aisé de croire qu'ils viennent d'une autre personne. Je ne sais plus très bien lesquels j'espère, quelle femme appelle désespérément mon esprit, mais je sais que je pourrais juste oublier pendant quelques secondes et m'effondrer en larmes dans cette étreinte qui me protège du monde extérieur. Un moment dont on ne reparlera jamais. Juste un instant, s'il-vous-plait. Laissez-moi oublier qui je suis l'espace de quelques secondes.
Mais je suis bien trop habituée à lutter contre ma propre nature. Je dois faire marche arrière, maintenant. Remonter le fil de ma tristesse, trouver la colère à laquelle elle est rattachée. C'est tellement facile que ça parait instinctif : la colère m'est familière. Mes traits affligés se transforment en une grimace haineuse. Lâchez-moi !
« Lâchez-moi ! »
Ma voix est étouffée par ses cheveux. Je recommence à me débattre, plus franchement cette fois-ci, ma main s'engouffre contre son corps et la repousse avec une force toute relative mais qui tire son pouvoir de mon désespoir et de mon horreur de sentir ce corps inconnu tout contre moi qui veut me faire avouer des larmes trop salées. Ça ne fonctionne pas. Elle ne me lâche pas et le poids sur mon coeur s'alourdit encore, encore, et j'ai l'impression de m'enfoncer dans le sol tellement il me pèse. « Lâchez-moi... ». Ma main aplatie contre son ventre, l'autre qui essaie de s'enrouler autour des doigts qui appuient sur ma tête pour les retirer. Ma respiration qui s'accélère, les larmes qui m'étouffent, la colère qui tremble, la tristesse qui se transforme en panique. « Lâchez-moi... ». Les sanglots reviennent presque à contre coeur, des sanglots amers, honteux, forcés. « Lâchez-moi... ». En même que je pense : restez, restez, des mots qui s'adressent à une autre femme, partie depuis longtemps.
Les bras me maintiennent et empêchent ma fuite, ils m'empêchent de m'éparpiller en mille pensées disparates douloureuses teintées de souvenirs et d'espoirs vains, l'espoir qu'elle reviendra, qu'elle m'ait véritablement laissé une énigme à résoudre, l'espoir qu'elle pense à moi, qu'elle ne m'ait pas réellement abandonnée. Les bras me maintiennent à flot et m'empêchent de sombrer dans un gouffre de désespoir. Ils m'emprisonnent dans une peine véritable, me nouent à la réalité, m'empêche de hurler, de crier de frapper — oh, j'aimerais tellement pouvoir frapper de toute mes forces, me faire mal, vous faire mal, pour ne pas ressentir toutes ces choses. Je ne peux pas, car j'ai a tête enfoncée dans mes propres larmes.
Je ne cesse à aucun moment de me débattre et de chuchoter des « Lâchez-moi, lâchez-moi... ». Même si je sais que ça signifie le contraire de ce que ça dit. Même si je me débats avec une force aussi grande que l'est mon espoir qu'elle me retienne contre elle. Je lutte encore, et encore, avec des gestes faibles car je suis épuisée et parce que j'ai conscience que c'est ce que je suis. Je suis faible. Je ne vaux rien. C'est tout ce que je mérite : que l'on me considère comme une enfant en me prenant dans ses bras. Je ne mérite pas que l'on m'annonce autrement que par une lettre un départ. Je ne mérite aucune énigme. Je ne mérite pas qu'on fasse l'effort de rester pour moi. Je ne mérite rien de tout cela car je suis quelqu'un de faible, soumis à ses émotions, incapable de ne pas pleurer, de ne pas souffrir.
« Lâchez-moi..., » je sanglote contre son cou.
Je ne sais pas si elle ouvre ses bras ou si je parviens à m'échapper mais le résultat est le même : je retrouve l'air libre et vacille en arrière. Je suis surprise de cette soudaine liberté, de retrouver le choix de mes mouvements ; que faire de bras, de mes mains, dois-je me lever, l'insulter, puis-je frapper quelque chose, en ai-je seulement la force ? Je m'éloigne précipitamment en essuyant mes joues, le regard baissé vers le sol, les fesses glissant sur la pierre.. Ma poitrine me fait terriblement mal, là au niveau du plexus, comme si l'air ne pouvait plus passer. Je respire difficilement et rapidement, la vision réduite à pas grand chose.
« Vous avez pas... »
Ma gorge se bloque, je suffoque. Je vois sa silhouette, si petite alors que la sienne était si grande. Ses longs cheveux, alors que les siens étaient courts. Elle est tout ce que je ne veux pas voir. Surtout, il y a ce regard, ce regard brouillé de larmes qui ont coulé, et je la déteste, je la déteste de m'avoir fait ça, je la déteste de m'avoir fait pleurer, je la déteste de m'avoir emprisonnée, je la déteste de m'avoir forcé à être comme ça devant elle, je la déteste pour cette vulnérabilité que je ressens.
Tremblante de la tête aux pieds, j'essaie de me relever. Ma tête me tourne, ma grande émotion ressemble à une maladie qui grignote toutes mes forces. Mes yeux scannent les alentours et quand ils se posent sur les murs des visions qui me font terriblement envie viennent me hanter : je me vois resserrer le poing et le balancer de toutes mes forces dans la pierre. Encore et encore. Pour sentir la douleur remonter le long de mon bras, m'immobiliser l'épaule et faire du bien à mon coeur. Frapper, n'importe quoi, pour remplacer les larmes par la violence, pour qu'elle garde une image de moi sauvage plutôt que désespérée.
D'obscurité sont faits nos rêves
La professeure de défense contre les forces du mal ne lâchait pas sa prise, elle sera un peu plus fort le corps de la jeune adulte entre ses bras. Le corps de la Poufsouffle se débattait plus violemment que la fois d'avant et plus les secondes passaient plus les coups étaient violents. Bientôt, Sixtine ne serait plus capable de la tenir, de la retenir. Elle avait pourtant l'impression qu'en se débattant et en demandant à être relâchée, c'était tout le contraire qu'elle attendait. Comme si, son coeur et son cerveau étaient constamment en désaccord. Comme si, une guerre interne se livrait dans le corps de l'étudiante.
Finalement, après quelques instants, l'ancienne Auror n'était plus parvenue à contenir cette boule de nerfs. Elle avait légèrement défait sa prise et voilà qu'Aelle en avait profité pour fuir. Le corps de la jeune femme tremblant de toute part, elle s'était relevée puis, elle avait frappé un mur comme s'il était devenu son pire ennemi.
La patience de la professeure avait atteint sa limite, elle n'avait plus l'intention de la dorloter comme une gamine pourrie gâtée n'ayant pas eu l'attention réclamée. Elle se releva, enfila ses chaussures, fit disparaître la cigarette qu'elle avait retirée de la bouche d'Aelle et, elle adressa un dernier regard et une dernière parole pour celle qui se croyait adulte mais qui n'était finalement pas plus adulte qu'un bébé.
- Vous êtes bien plus pathétique que moi.
Elle prit ensuite la direction de ses quartiers. Les couloirs étaient déserts et le couvre-feu était déjà bien entamé. L'enfant Bristyle allait devoir se débrouiller pour rentrer jusqu'à sa salle commune sans se faire pincer.
Sauf si Aelle fait une dernière "dinguerie" c'est la fin du rp pour moi, merci
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Finalement, après quelques instants, l'ancienne Auror n'était plus parvenue à contenir cette boule de nerfs. Elle avait légèrement défait sa prise et voilà qu'Aelle en avait profité pour fuir. Le corps de la jeune femme tremblant de toute part, elle s'était relevée puis, elle avait frappé un mur comme s'il était devenu son pire ennemi.
La patience de la professeure avait atteint sa limite, elle n'avait plus l'intention de la dorloter comme une gamine pourrie gâtée n'ayant pas eu l'attention réclamée. Elle se releva, enfila ses chaussures, fit disparaître la cigarette qu'elle avait retirée de la bouche d'Aelle et, elle adressa un dernier regard et une dernière parole pour celle qui se croyait adulte mais qui n'était finalement pas plus adulte qu'un bébé.
- Vous êtes bien plus pathétique que moi.
Elle prit ensuite la direction de ses quartiers. Les couloirs étaient déserts et le couvre-feu était déjà bien entamé. L'enfant Bristyle allait devoir se débrouiller pour rentrer jusqu'à sa salle commune sans se faire pincer.
Sauf si Aelle fait une dernière "dinguerie" c'est la fin du rp pour moi, merci
Arrivée inRP le 28 octobre 2046 -Départ le 14 décembre 2048
Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.