En cours de nifflage

J'écoute Ernest attentivement, mes yeux totalement dans ce qu'il disait ? Comment ça des ombres dans le lac, c'est quoi cette histoire ? Je me relève un peu, c'était peut-être l'heure de jouer aux détectives non.

— Des ombres dans le lac ? Mais faut qu'on aille voir Ernest ! Imagine ce que ça pourrait être ? Bon déjà on s'occupe de voir si il y a pas une tanière de Niffleur dans le coin et un soir, on essaye de se faufiler jusqu'au lac et on met ça au clair. Ca trottait dans ma tête, on tenait le plan parfait. Je regardais le petit Serpentard avec des grands yeux. On sera riche ! On aura même plus besoin de rester à Poudlard.

Je le voyais bien, on touche le jackpot grâce aux niffleurs puis après on fait un gros scoop dans le lac et ça nous rapporte des millions. Et en plus on est connus de partout. C'était vraiment le bon deal. Fallait plus qu'Ernest accepte, c'était lui le cerveau après tout. Enfin après son caca nerveux sur Miss Valerion. Il avait pas l'air de croire tout ce que je pouvais lui raconter concernant cette histoire. Et pourtant c'était vrai. Pour une fois, je mentais pas et j'avoue que j'aimais pas forcément qu'on remette ma parole en doute, surtout quand je mentais pas !

Elle a un truc contre les élèves et je suis sûr qu'il y a pas que ça, elle t'a rien fait à toi ?

Faut croire que j'avais touché une corde sensible par ce que le brun semblait vraiment sur la défensive pour quelqu'un qui parle à personne et qui a pas l'air heureux d'être à Serpentard plus que ça. Enfin, faut croire. D'ailleurs, lui parler de Gryffondor ça l'aidait pas non plus à être plus chaleureux. Fallait le détendre un peu celui-ci, il allait finir par craquer à force. Je voyais bien qu'il y avait un soucis. J'esquisse un sourire pour détendre un peu l'atmosphère.

— J'en connais un qui s'est pris la tête avec un Gryffondor non ? Tente pas de le cacher, ça se voit comme mon pif ! C'est qui le type .. ou la typesse ?

Laissez moi inventer des mots, c'est la touche Ferell. Mais ça me faisait rire, je voyais pas forcément Ernest chercher des embrouilles à quelqu'un, comme quoi je me trompais parfois sur les gens.

— Je pensais pas que t'étais du genre bagarreur ! J'découvre de plus en plus de choses que tu m'dis pas !

Je lui donne une petite tape sur l'épaule en rigolant légèrement. Faudrait que je l'appelle la prochaine fois que quelqu'un me chercherait des trucs. Après, il faisait un peu gringalet mais j'étais qui pour juger au final.
Dernière modification par Nico Ferrell le 26 juin 2023, 17:55, modifié 1 fois.

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Ernest était surpris de la réaction de Nico. Pour lui, les créatures du Lac Noir n’étaient plus une fascination depuis un certains temps. Il en voyait souvent à travers les fenêtres de la salle commune ou même encore des dortoirs qui donnaient directement sur le Lac Noir. À force, c’était devenu banal, même s’il aimait toujours s’abandonner à contempler le fond lacustre. Et puis, il n’avait pas encore vu de créatures extraordinaires. Des variétés diverses de poissons, pas mal de stangulots aussi. Mais pas de trace du calmar géant, mais le garçon ne désespérait pas. Il avait également entendu dire qu’il y vivait une colonie d’êtres de l’eau et ça le fascinait. Il envisageait d’ailleurs d’apprendre cette langue l’année suivante ou peut-être le troll.

L’esprit de Nico avait l’air de tourner à toute berzingue, ça leur faisait au moins un point en commun. Même s’il trouvait ses idées farfelues. Il n’avait probablement pas dû lire le règlement de l’école celui-là.

“À Serpentard, on a des fenêtres qui donnent sur le Lac Noir… Pas vraiment besoin de partir en exploration pour découvrir qu’il est principalement rempli d’algues et de fiente de poissons… T’aurais du bol si t’apercevait le calmar géant… ou peut-être pas… enfin je prendrais pas le risque de me faire bouffer par un céphalopode…”

Les risques, Ernest en prenait rarement, ou alors ils étaient très mesurés. Son sourcil se leva en entendant Nico parler d’être riche et de ne plus aller en cours. Ça l’avancerait pas vraiment lui, il avait encore tellement de trucs à apprendre.

“L’argent, ça fait pas de toi un sorcier puissant… Un jour, je s’rai aussi bon que Miss Priddy… Et j’crois pas qu’elle soit riche…”

À nouveau l’adolescent fronça les sourcils. Le témoignage de Nico semblait abracadabrantesque mais quelle raison aurait-il de mentir ? Et plus il étayait son récit et plus les doutes s’insinuaient en lui. En entendant la description du potentiel témoin de la scène, Ernest pensa à Edwin, ce grand brun qu’il avait rencontré dans les toilettes. C’est vrai qu’il trainait souvent dans le sillon de Miss Valerion. Et d’un coup les paroles du Serdaigle gagnaient un peu plus en crédibilité. Sauf que non…

“Mouai, j’penserais à lui demander la prochaine fois que je le croise… Mais tu ferais quand même mieux de te méfier et de te tenir ta langue… parce que si ce que tu dis est vrai, elle risque bien de te la couper juste pour le fun…”

Ernest lança à Nico un regard malicieux et un léger sourire étira l’un des coins de ses lèvres. Si le Serdaigle voulait jouer à ça, autant en rajouter une couche. Son sourire s’élargit un peu plus en imaginant le p’tit blond chauve comme un bébé. Étant donné la tignasse qu’il se coltinait, ça avait dû être quelque chose. Bon d’accord, il aurait probablement pas aimé que ça lui arrive.

“T’as retrouvé tous tes cheveux, cela dit… C’est qu’elle est pas si terrible que ça. Elle aurait pu te laisser chauve… Et t’avais probablement dû faire un truc…”

Miss Valerion était du genre à donner des leçons, à faire des exemples. Est-ce qu’elle s’amuserait à traumatiser les élèves juste pour son plaisir personnel ? Argh… la réponse ne lui venait pas de manière innée mais il préféra garder cette pensée pour lui.

“Nan… elle m’a jamais rien fait…”

Était-ce une pointe de déception perceptible dans le fond de sa voix ? Il pouvait compter sur les doigts d’une main le nombre de fois où elle lui avait adressé la parole. Et encore, ce n’était même pas forcément à lui en particulier. Mais les directeurs de maison, ils étaient pas là pour être les copains des élèves, ils étaient là pour les faire marcher droit.

Le sujet biffurqua sur une toute autre thématique. L’aversion d’Ernest pour les Gryffondor. Enfin pour certains d’entre eux. Depuis qu’il avait fait la connaissance de Marine, il devait bien admettre qu’ils n’étaient pas tous teigneux et arrogant. Elle, elle était la douceur même. Et il avait l’impression qu’il pouvait lui faire confiance, même s’il n’était pas prêt à franchir ce cap-là.

“Des premières années avec qui ont partagent le cours de vol… des idiots… ils se foutent de moi à chaque cours… Et y en a un qui a pris pour tous les autres…”

Sauf que la situation n’avait pas tourné à l’avantage d’Ernest. Il avait finit au sol, Thom à cheval sur lui lui avait fait bouffer le gazon. Enfin la neige. Il s’était retrouvé le crâne en sang à l’infirmerie et quelques points de suture plus tard, il avait regagné sa Salle Commune la queue entre les jambes. Sa main glissa sur son crâne, à l’endroit où il avait désormais une petite cicatrice.

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Autant Ernest avait été plutôt marrant au début, autant maintenant que je lui exposais mes plans, il avait pas l'air de kiffer de ouf mes idées. C'est là où je voyais son coté Serdaigle, je lui parlais d'aller explorer le lac, il faisait son rabat joie en me disant que j'allais rien y trouver. Ou encore quand je lui parlais de sous, il me disait que c'est pas ça qui ferait de moi quelqu'un d'important. Je souffle un coup, un peu gentiment agacé par l'attitude si familière qu'il adopte. Il y avait personne de fun dans ce château ? Pourquoi tous les élèves veulent des robots bien sages qui se contentent de suivre ce qu'on leur dit et de se comporter comme s'ils avaient 70 ans ? Dans quoi j'étais tombé ? Surtout que lui, c'était un Serpentard quoi, j'aurais pensé qu'il était un peu plus fun !

— Qui te dit qu'il y a rien d'ailleurs ? C'est grand le lac noir, je suis sûr qu'il y a plein de trucs que tu vois pas. En plus, toi même tu me dis qu'il y a un calamar géant, ça doit être énorme ! A moins que ... J'esquisse un sourire amusé pour le taquiner en pointant du doigt amicalement son petit torse .. tu sois une poule mouillée qui ait trop peur de sortir du château le soir.

Ouais c'était sûrement ça. Il était peut-être sûrement trop peureux pour se dire qu'il pouvait rester à moins de deux cents mètres d'un prof. Bon, c'était pas méchant honnêtement, je voulais juste le secouer un peu, lui montrer qu'il y a autre chose au delà de sa route toute tracée.

— Puis comment tu vas devenir un sorcier aussi bon que Miss Priddy si tu vas pas voir autre chose que ce qui est autorisé ? Je suis sûr qu'elle a du en faire des trucs quand elle était jeune Miss Priddy, tu peux me croire sur parole.

En revenant sur Miss Valerion, il fit le jeu de prendre un peu son parti en me menaçant un coup. Là je retrouvais un Serpentard. J'avoue que ça me fait rire un coup mais bon, entre première année fallait se serrer les coudes. Autant elle même me faisait peur, autant j'avoue qu'Ernest ratait un peu son coup.

— Eh ! T'es avec elle ou t'es avec moi Ernest ? Je lui donne un petit coup de coude amical. Je disais juste ça pour toi, imagine que t'es sa prochaine victime ? Faudra pas t'étonner quand elle t'emmènera dans les cachots hein.

J'hausse les épaules, un petit regard malicieux de réponse au sien, grand sourire sur mon visage. Oh oui, on allait jouer à ça. Mais au moins il était un peu marrant. Quoi comme les serpents ont un peu d'humour. Par contre, j'avoue que je m'attendais pas à la dernière facette du petit brun qui avait réussit à remettre en place les Gryffondors qui s'en prenait à lui, je lui tape l'épaule en mode : bien joué champion, puis je fronce quand même les sourcils.

— Ils ont eu que ce qu'ils méritent, mais la prochaine fois, tu m'appelles et on s'occupe d'eux tous les deux comme ça ils s'y reprendront pas à trois fois.

Je lui envoie un clin d'oeil, avec un grand sourire. En même temps, j'allais pas laisser mon compagnon de découverte se laisser marcher dessus par des petits Gryffondor. En plus, autant j'aimais bien embêter un peu tout le monde, autant se moquer méchamment et gratuitement de quelqu'un, c'était pas trop mon genre.

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Ernest était un gamin bien trop sérieux pour son âge et ça se ressentait dans ses échanges avec les autres gosses. Au lieu de partager l’enthousiasme de Nico pour les aventures, son esprit se tournait instinctivement vers le règlement et vers une vision très traditionnelle des choses. Il était pourtant loin de manquer d’imagination. Seulement il gardait ses rêveries pour lui. Il aurait bien admis qu’il s’oubliait régulièrement à la contemplation des fonds du Lac Noir, s’imaginant nouer des liens extraordinaires avec le peuple de l’eau ou apprivoiser une créature lacustre légendaire à l’image du monstre du Loch Ness. Des amitiés fantastiques et prodigieuses. L’adolescent adressa un regard noir à Nico en poussant le doigt que celui-ci pointait sur lui. Il rétorqua sur un ton un peu sec.

“La peur, c’est ton instinct de survie qui t’envoie un message… ma mère dit que c’est une preuve d’intelligence…”

Et elle savait ce qu’elle disait. Elle avait été tireur de baguette d’élite, sa mère.

“Mais nan… j’ai pas peur. Je sors quand je veux la nuit, si j’ai envie… J’ai juste pas envie.”

Mensonge éhonté. Il ne prendrait probablement pas le risque de se faire pincer. Cela dit, l’argument de Nico fit mouche. S’il avait touché un point sensible en abordant Miss Valerion, prendre Miss Priddy comme exemple avait également son petit effet. C’est vrai qu’elle avait plus l’air d’une aventurière que d’une casanière. Un instant, il pensa à ces petites mèches de cheveux volages qui lui couraient parfois dans la nuque et il fut parcouru d’un frisson.

“Hum…”

Ernest se racla la gorge, sentant le rose lui monter légèrement aux joues. Mieux valait changer de sujet. Malgré les réticences du petit brun à entrer dans le jeu du blondinet, Nico était tenace. N’importe quel autre gamin aurait lâché l’affaire et serait passé à autre chose, laissant Ernest avec sa solitude et ses pensées trop graves pour être prises au sérieux. Mais lui ne se démontait pas. Le petit brun finit par lâcher une bribe de sourire alors que l’autre lui décochait un petit coup amical. L’adolescent n’avait pas l’habitude de ce genre de marque de complicité. Mais ce n’était pas pour lui déplaire. Ça avait l’air tellement simple pour Nico, il l’enviait un peu.

“T’as bien conscience que je vis littéralement dans les cachots, hein ?”

Nouveau sourire en coin. Cette proximité qu’il avait avec Nico était inhabituelle. Mais plutôt dans le bon sens. Même s’il n’était pas très loquace, sa répartie se faisait plus fluide. Plus naturelle. Comme s’il avait l’intuition au fond de lui qu’il n’avait pas besoin de tricher. Ou de se préoccuper du jugement des autres. Il éprouva tout de même une pointe de culpabilité à laisser croire le garçon qu’il avait joué les gros durs face aux Gryffondor. La vérité était plus pathétique. Thom lui avait mis la pâtée et il l’avait probablement mérité. Mais l’empathie que manifestait Nico à son égard était réconfortante. Et puis c’était déjà le deuxième qui se proposait de lui prêter main forte en cas de représailles. Il ne pouvait pas nier que ça lui faisait un tout petit peu plaisir.

“Ils valent pas le coup qu’on perde du temps avec eux… J’crois qu’on a largement mieux à faire, nan ?”

C’était une question à double sens, une manière pour Ernest de tâter le terrain et de voir si cet échange évoluerait vers quelque chose d’autre ou si, comme la plupart des fois où on lui adressait la parole, ce ne serait qu’une parenthèse sur un chemin tout tracé, comme le disait Nico.

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De ce que Ernest me racontait, sa mère l'avait élevé un peu trop mollement. Comment tu peux découvrir si t'as peur ? La peur c'est p'têtre une preuve d'intelligence, mais si t'arrives pas à la surmonter, c'est là que tu finis par plus rien faire.

— Même ta mère, je suis sûr qu'elle est sorti de Poudlard un soir ! Fais moi confiance Erny, ça va valoir le coup.

J'avais beau essayé de le pousser un peu à faire autre chose que tous les robots fayots de l'école, il voulait pas m'écouter. Et il osait quand même me dire qu'il était pas peureux alors que le contraire se voyait comme le nez au milieu de la figure. Fallait que je le titille un peu, peut-être qu'un petit défi ça le décoincerait un peu ? J'esquisse un sourire qui se veut beaucoup plus mutin, à force peut-être qu'Ernest allait finir par le connaitre un peu.

— Ah ouaiiiis ? T'es sûr de ça ? 5 cartes argent de ma collection de chocogrenouilles que tu mets pas un pied dehors après le couvre feu.

D'ailleurs, le voilà qui devenait tout rouge en à la mention de Miss Priddy, j'en connais un qui a un petit faible pour sa professeur. Je le taquine légèrement en rigolant, venant approcher ma main vers sa joue dans un geste pour le taquiner.

— Bah alors qu'est-ce qui t'arrives ? Pourquoi t'es tout rouge comme ça ? Me dit pas que tu nous fait une Brandoooo !

Oui, Narcisse qui était dans tout Poudlard connu pour son attirance pour la jeune professeure de sortilèges. C'est vrai qu'elle était cool, mais de là à tomber amoureux euh .. fallait pas pousser non plus. Je comprenais pas les gens de mon âge qui pensait à ça, c'est des adultes .. berk rien que d'y penser. L'idée des cachots ne lui faisait d'ailleurs pas peur, c'est vrai que j'avais oublié que les Serpentards avaient leur salle commune dedans.

— Mais là, je parle pas des cachots sympa de ta salle commune Erny, je te parle des coins sombres où personne t'entendra crier quand elle testera ses sorts sur toi ..

J'esquisse un nouveau sourire un petit sourire malicieux à nouveau histoire de l'effrayer un peu. C'est sûr qu'elle en était capable vu ce qu'elle faisait déjà. Au final, si je l'avais senti se braquer un peu juste avant, je le sentais beaucoup plus agréable là. Ça veut dire que j'avais réussi à au moins le détendre un peu. On allait peut-être finir amis qui sait ? Déjà, faudrait déjà qu'il m'accompagne au lac, avec ce qu'il connait, ça pourrait m'être utile.

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Ernest afficha une moue à la remarque de Nico. Il était fort probable que sa mère ait fait le mur. Elianor Stevens avait toujours fait ce que bon lui semblait, ce qui n’excluait pas ses années d’études à Poudlard. Elle avait un caractère fort et un tempérament de feu. Elle n’avait peur de rien, sa mère. Lui ne possédait pas ce genre de confiance en lui. Nouvelle grimace quand il entendit Nico l’affubler d’un surnom. Il détestait les surnoms mais il se priva bien de le lui dire. Il ne voulait pas, encore, passer pour un rabat-joie.

“Les cartes argents, ça vaut rien… Tout au plus si t’avais parlé de cartes Or…”

C’était une parade, évidemment. Quoique… Ernest affectionnait particulièrement sa collection de cartes chocogrenouille. Et puis les Or… il n’en avait eu que trois jusqu’à présent. Dont l’une d’elle était passée à la machine à laver… Ça avait été un drame. Malgré tout, Nico avait réussit à titiller sa curiosité. S’il y avait bien quelque chose qui intéressait le garçon plus que tout, c’était les mystères magiques. Et son visage s'était légèrement illuminé.

“Mais tu t’y prendrais comment pour sortir ? Y’a un sortilège pour empêcher la porte d’entrée de s’ouvrir… Et c’est pas avec un Alohomora que t’arriveras à en venir à bout…”

La question était très sérieuse. Quel était le sortilège qui bloquait l’accès à l’extérieur pendant la nuit et comment était-il possible de le contrecarrer ? Maintenant que l’idée avait germé dans son esprit, elle risquait de prendre racine… Jusqu’à ce qu’il arrive à répondre à cette question.

“Hein ?! Quoi ?! C’est pas du tout vrai ! Je suis pas rouge… j'ai rien du tout ! Et c’est quoi ce truc, une Brando ? Une sorte de M… MST ?”

Une expression qu’il avait entendu dans la bouche des grands et même s’il comprenait les différentes lettres de l’anagramme, il était évident qu'il était bien trop naïf pour en saisir réellement les implications. Il n’était pas non plus capable de comprendre la référence. Ernest ne sortait des cachots que pour traîner dans les serres de botanique ou à la bibliothèque. Les bruits de couloir ne l’atteignait jamais. Pas qu’il fasse beaucoup d'efforts pour s’y intéresser.

“Je pense pas qu’elle s’en prendrait à un Serpentard… un Poufsouffle ou un Serdaigle par contre…”

Ernest adressa un regard malicieux à Nico. Il ne mangeait pas du tout de son histoire avec Miss Valérion. Mais si le garçon s'entêtait à raconter le contraire. Ma foi… le résultat serait peut-être intéressant à voir.

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Ernest qui pinaillait sur les cartes. Je savais c'était quoi le problème surtout, il osait pas le faire et il trouvait tous les moyens pour éviter d'accepter. J'esquisse un sourire, il était plutôt malin mais il savait pas mentir. Fallait que j'appuie un peu sur sa fierté, je suis sûr que ça jouerais à le faire accepter.

— T'as les chocoooootttes, avoue !

Je lui donne un gentil coup de coude en rigolant légèrement. Allez Erny, accepte, ça sera plus fun à deux. Puis au moins si on se fait prendre, on pourra prétexter qu'on s'est perdu, ou qu'on a trainé. Car sa question semblait quand même déjà bien répondu pour moi.

— Qui t'a parlé de sortir ? Si on peut pas sortir, autant être déjà dehors au moment où les portes se ferment, comme ça plus de soucis !

J'avais déjà bien réfléchi, et ouais il y en avait là dedans. Le temps qu'ils remarquent qu'on est pas là et qu'ils nous trouvent, on aura déjà eu le temps de fouiller le lac 5 fois. Donc c'était tout benef. Mais encore fallait-il que le Serpentard fasse preuve d'un peu de courage. Une raison de plus de pourquoi il avait pas fini à Gryffondor. J'esquisse un sourire quand il essaye de se justifier en me parlant de Messthé

— Si t'es tout rouge Eeerny ! T'as un truc pour Priddy comme Narcisse Brando, ç'est ça ? Mon regard se voulait plus malicieux tandis que j'accentue mon sourire. Puis c'est quoi un nemesté ?

Par contre, il avait raison sur le fait que Valerion avantageait surtout sa maison et que lui était plutôt safe. Mais qui sait quand ça changerait ? Peut-être qu'elle aura plus besoin d'eux un jour et elle décidera de s'occuper de tous les élèves.

— Fais comme tu veux, je t'aurais prévenu !

Au moins ça sera pas de ma faute si on le retrouve là-bas.

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Le visage d’Ernest s’assombrit alors que Nico continuait à le traiter de poule mouillée. Malgré ses sourires espiègles et le fait que ses moqueries n’étaient pas foncièrement méchantes, le petit blond appuyait sur un point sensible. Ernest se rongeait les sangs pour tout et n’importe quoi. Il n’avait pas toujours été comme ça. Plus jeune, il avait été plutôt aventureux et plus enjoué. Mais les silences qui avaient commencé à s’installer dans sa maison après le coup d’état l'avaient rendu plus réticent. Les non-dits avaient aiguisé sa méfiance. Il sentait bien que quelque chose planait sur son foyer mais il n’avait jamais réussi à dire quoi.

“C’est n’importe quoi ce que tu dis… Pourquoi j’aurais les chocottes de sortir la nuit… Et puis je suis sûr que t’as même pas un vrai plan… tu ferais quoi une fois dehors ?”

Une nouvelle fois, il s’agissait de bluff. Mais il ne pourrait évidemment pas donner raison à Nico et avouer qu’il ne voulait pas se faire pincer et qu’il aurait effectivement peur des conséquences si ça arrivait. Ernest ne se faisait jamais remarquer et il avait bien l’intention que les choses durent ainsi. Au moins on lui fichait la paix. Tout ce qui lui importait au final, c’était d’apprendre des sortilèges. Les plus durs, les plus complexes. Pour que jamais plus personne ne puisse le regarder de haut. Et pour LEUR prouver qu’il n’était pas qu’un simple bâtard. Pour ne plus avoir peur, comme aujourd’hui. Plus jamais.

Cela dit, l’idée que lui présentait à présent Nico n’était pas dénuée de sens. C’est qu’il y avait réfléchi en fait. Ernest l’observa d’un œil un peu plus attentif pour tenter de jauger son degré de sérieux. Il restait intrigué. Il y avait toujours cette petite pointe de curiosité qui l’empêchait de mettre complètement un terme à ces inepties.

“C’est pas complètement idiot ce que tu dis… mais tu ferais quoi une fois dehors ? Enfin je veux dire… Tu peux très bien aller au lac la journée… la nuit c’est quoi l’intérêt… et puis si t’allumes un Lumos, c’est cramé direct…”

Ça y est. Ernest était déjà en train de se projeter mentalement à l’extérieur du château au beau milieu de la nuit et dans sa tête commençaient à se jouer une multitude de scénarios. Depuis la tour d’Astronomie, il n’était pas rare qu’il se penche sur l’immensité du parc et laisse son esprit vagabonder là-bas, dans la nuit noire. Et son regard déviait invariablement vers le même endroit, le Forêt Interdite et toutes les créatures magiques qu’elle accueillait.

“Arrête ça, j’te dis !”

Ouhh, Nico avait le chic pour taper dans le mille. Ernest était à présent cramoisi et sentait la chaleur grimper jusqu’à la pointe de ses oreilles. Il y avait des sujets sensibles sur lesquels il ne valait mieux pas s’aventurer avec l’adolescent. L’éclosion de ses sentiments, qu’il ne comprenait pas et sur lesquels il n’avait aucun contrôle, était un terrain miné. Et puis de toute façon, ça n’avait rien à voir. L’admiration qu’il éprouvait pour sa professeur de sortilèges n’avait aucun rapport avec de quelconques sentiments. C’est juste que… bin elle était quand même super calée comme sorcière. Et en plus elle était née moldue. Ça voulait bien dire que c’était possible. Sûr qu’un jour elle finirait sur une charte chocogrenouille. Ernest lui attribuerait une or directe, lui. Il releva la tête vers Nico, l’air un peu renfrogné. Pas si malin que ça le Serdaigle apparemment.

“Une M-S-T… C’est une maladie ou… enfin un truc que tu te transmet… par la magie tu vois. Euhm… “maladie sorcièrement transmissible”... c’est quand tu fais trop de magie avec quelqu’un… et… bin… tu choppes des trucs… enfin… je crois…”

Voilà qui était pris qui croyait prendre. Ernest n’avait aucune idée de ce dont il parlait. Mentalement, il se promit d’éclaircir ce point quand il aurait un peu de temps. Il n’aimait pas les questions sans réponses ou les zones de flou. À l’avertissement de Nico, il se contenta de hausser les épaules. De toute manière, il était toujours un peu sur ses gardes quand sa Directrice de maison était dans les parages.

“Je surveillerai mes arrières… Tu ferais bien d’en faire autant…”

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Toujours à remettre en question mes plans. Au final, il avait les chocottes, c'est tout ce que je voyais, le trouillomètre à zéro. En plus il dit des bétises, pourquoi on ferait ça la journée ? Il se passe rien la journée, tout le monde sait que les calamars ça chasse la nuit et ça se repose le jour enfin.

— Ça se voit que tu regardais pas les documentaires sur la 5 toi, tu verras jamais un calamar en journée, ils se reposent, ils ont dit ça a la télé. Par contre ça chasse la nuit et là tu peux les voir près de la rive.

Il avait qu'à me faire confiance, mais comme il était peureux comme chez pas quoi, il osait pas. J'avoue que je commençais un peu à perdre patience. Je savais pas trop comment le faire changer d'avis maintenant. Je souffle, esquissant un sourire en me reposant contre la barrière, un sourire toujours espiègle.

— C'est pas grave, tu rates l'aventure de ta vie Erny ! Après peut-être que je peux aller demander à ta copine blonde de Serpentard .. peut-être qu'elle voudra elle.

Je le regarde, complètement taquin. Ouais, celle avec qui il se chamaillait tout le temps dans la grande salle. Ils avaient l'air comme chien et chat ces deux là à chaque fois. S'il était peureux, je sentais le brun quand même un peu fier, et je suis sûr qu'en titillant un peu ça, il allait finir par se laisser avoir. D'ailleurs, ça marchait plutôt bien quand on abordait le cas de Miss Priddy fallait croire, vu qu'il réagissait au quart de tour. D'ailleurs, sa réaction m'avait fait lâché un petit rire taquin alors que je voyais la tête du Serpentard complètement rouge.

— T'inquiète pas, je vais rien dire de ton petit secret, parole de Ferrell.

Je lui envoie un clin d'oeil avec un petit sourire complice. Puis on avait déjà assez d'une seule rumeur sur elle avec de celle de Narcisse dans le coin pour ça. Ce qu'il ma raconta sur cette histoire de MST, ça foutait la flippe quand même, je voulais pas qu'il m'arrive ça moi. On pouvait chopper des trucs par ce qu'on faisait trop de magie ? Et personne avait rien dis ? Je voulais pas tomber malade.

— Ca veut dire que ... faut pas faire trop de magie avec les autres ? Sinon on choppe une M .. S-T ? Mais on risque pas d'en avoir une à chaque fois qu'on est en classe ?

Mon sourcil se lève. Fallait que j'en parle à l'infirmier, peut-être il pourrait me dire comment éviter ça mais pour l'instant du coup, fallait que je me méfie.

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Ernest afficha une grimace quand Nico lui parla de télévision. Il n’avait jamais eu le droit de trop la regarder ce qu’il n’avait jamais vraiment compris. Si déjà il devait se partager entre la culture sorcière et la culture moldue, elles auraient au moins pu lui laisser ça. Bien sûr, ils allaient régulièrement au cinéma et c’était chouette. Mais la plupart de ses camarades de l’école moldue avaient tous une télé chez eux et la regardaient allègrement.

“Ma mère, elle voulait pas trop que je regarde la télé… Mais j’ai déjà vu quelques documentaires. Mais pas sur les calamars…”

Nico avait l’air de savoir de quoi il parlait. Est-ce que les calamars moldus étaient les mêmes que les calamars sorciers, ça il n’en savait rien. La question piquait une nouvelle fois sa curiosité. Malgré tout, il ne se sentait pas tout à fait à l’aise avec l’idée de faire le mur.

“Mais toi, t’as pas peur de te faire pincer ?”

Il fronça une nouvelle fois les sourcils à l’insinuation du petit blond. Apparemment, ses altercations avec Lavinia n’étaient pas passées inaperçues. Pourtant ni l’un ni l’autre n’avait fait de vent depuis qu’ils s’étaient fait reprendre par Miss Valerion dans la Grande Salle. Il s’agissait plutôt de se lancer des regards noirs ou faire mine d’indifférence lorsqu’ils se bousculaient. Tout ça à cause d’une histoire de statut.

“Ce serait mal la connaître si tu penses qu’elle ferait quoi que ce soit avec quelqu’un qui a des origines moldues…”

De leur discussion, Ernest en avait déduit qu’il devait avoir quelques ascendances non sorcière. Les gamins nés dans les familles de sorcier ne savaient généralement pas ce qu’était la télévision et Nico avait laissé glisser d’autres indices au fil de leur dialogue.

“Faudrait y aller le week-end… y a moins d’adultes le week-end… et puis y a pas cours le lendemain…”

Évidemment, tout ceci n’était qu’hypothétique. Mais tout de même. Voir un calamar. Un vrai, en chair et en ventouses, ça avait quelque chose d’assez fascinant. Et puis ce n’était pas une vraie bêtise. Ils ne comptaient faire de mal à personne. Ils étaient assez petits et peut-être que personne ne remarquerait leur absence…

“Y a personne qui nous compte dans les dortoirs…”

Ernest croisa les bras contre la poitrine en signe de protestation. Il n’allait pas donner à Nico la satisfaction de lui donner raison. Il aimait bien les cours de sortilèges, voilà tout.

“J’ai pas de secrets…”

Qu’il maugréa dans sa barbe. La conversation prit une toute autre tournure. Ernest n’avait pas vraiment réfléchi à la question et à présent il se trouvait devant une colle. Difficile de savoir de quoi il en retournait exactement. Après tout, il n’avait qu’une mère sur deux qui pratiquait la magie.

“Bin… techniquement en cours, on fait toujours de la magie seul… même si les autres sont autour… c'est chacun de son côté... enfin… Je… Je sais pas trop comment on fait de la magie à deux… c’était pas écrit dans le manuel…”

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