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Son regard plongé dans le mien fait se crisper mes membres. Elle me propose son aide pour chasser ma colère et ma haine des étoiles, mais je n'en veux pas moi, de son aide. En fait, je ne sais pas si j'ai envie de quitter ma colère. Elle me fait tellement peur ! Mais en même temps, elle m'apporte un certain sentiment de puissance, comme si elle pouvait m'englober pour me porter au-delà de toutes mes peurs. Et puis, que serai-je sans elle ? Certainement la même, bien sûr, mais ce ne serait pas pareil... J'ai l'impression d'avoir cette colère en moi depuis bien longtemps — peut-être trop — et que, désormais, elle est une part de moi, elle fait partie de qui je suis. Suis-je prête à la laisser me quitter ? Ai-je envie de la laisser me quitter ? Et Merlin, pourquoi voudrait-elle m'aider à la faire partir ? Cela ne la concerne pas, c'est juste moi. Veut-elle m'aider simplement par bonté ? Peut-être, peut-être... Mais je ne suis pas sûre d'avoir envie qu'elle m'aide. D'ailleurs, si j'avais voulu que ma colère me quitte, n'aurais-je pas déjà tenté de m'en débarrasser ? Je ne sais pas, douce Circé, je ne sais pas... Tout cela me met mal à l'aise, je me sens prise au piège et forcée à faire un choix que je ne veux pas faire. J'ai l'impression de me tenir dans une impasse, et de devoir réagir alors même que je ne suis pas prête à le faire. J'aimerais plus de temps, j'aimerais réfléchir... Et je suis incapable de répondre à la Bleue que j'ai besoin de son aide. Ma fierté m'en empêche, et mon courroux se dresse contre. Seule ma raison, discrète mais déterminée, se glisse dans mes pensées pour tenter de me convaincre d'accepter ; cependant, je la repousse bien loin, préférant ne pas l'écouter.

Je prends une grande respiration, m'octroyant quelques secondes supplémentaires pour réfléchir. La proposition de la Bleue était bienvenue et louable, mais je ne peux pas l'accepter, ou plutôt, je ne veux pas. Je ne sais même pas pourquoi elle m'a dit cela ! Est-ce parce qu'elle souhaitait calmer ma colère ou me permettre de voir les étoiles autrement ? *Si c'est la deuxième solution, il n'y a plus rien de bienvenue.* Et pourtant, finalement, elle ne voulait que m'aider... Malgré mes refus, mes regards brûlants et durs et la distance que j'ai prise, la Bleue est restée totalement ouverte, comme insensible à mes réactions. Peut-être me suis-je montré trop fermée et antipathique ? Je ne sais pas, j'ai du mal à réfléchir, toute mal à l'aise et partagée que je suis. Cependant, je suis certaine d'une chose : cette Bleue ne me veut pas de mal. Elle avance en hésitant, le regard fragile, mais elle ne me veut pas de mal.

« Je... Merci mais je ne veux pas d'aide. » « Je n'en ai pas besoin ! », aimerait rétorquer ma fierté. « J'ai besoin de... de réfléchir encore un peu avant. » Ou peut-être juste d'attendre jusqu'à ce que cela ne devienne plus important. Parce que c'est bien plus simple d'ignorer sa raison, ses peurs et le danger, et de voler, comme Icare, sans s'en préoccuper. « Désolée. »

Un soupir m'échappe. C'est si complexe d'agir au mieux, de trouver un équilibre entre ses envies et ses besoins, entre sa raison et ses croyances ! J'aimerais être capable d'agir au mieux, mais j'ai l'impression de n'y parvenir que trop rarement.

Mon regard glisse discrètement sur la silhouette de la Bleue. Elle semble assez pensive, abattue et... souffrante. *Est-ce de ma faute ?* Mon coeur tambourine tout à coup plus fortement. Ai-je dit quelque chose qu'il ne fallait pas ? Me suis-je montré trop distante et antipathique ? Ai-je été méchante ? Oh, Merlin ! Je ne sais plus ! J'ai peut-être été assez agressive. L'ai-je blessé ? Ma colère l'a-t-elle touché trop fort ? Oh, dis-moi, grand Merlin, suis-je une personne affreuse ? Ma tête se vide, ma poitrine se gonfle de toute sorte d'émotions qui se bousculent, et mon coeur tambourine bien fort, inquiété par des apparences et des angoisses toujours présentes.

« Je... Ça va ? Il va être temps d'remonter j'crois. Tu veux que... » *j't'accompagne ?* Mon corps reste immobile et mes pensées s'emmêlent. Je bute sur mes mots comme sur mes sensations. « Tu as besoin d'aide ? » N'est-ce pas ridicule de proposer une aide et d'en refuser une ? Toute mon âme se tord derrière ma peau. Je ne sais que faire, et je me sens bien incapable et mal à l'aise. Incapable de chasser une vieille colère qui a trouvé sa place en moi, mal à l'aise à l'idée d'être enfermée quelque part dans mes erreurs et de ne pas pouvoir sortir. Alors, les étoiles désormais loin de mes pensées, j'étouffe en silence dans mon crâne, la fumée de ma colère me montant à la tête, m'empêchant donc de réfléchir correctement.


À mon tour d'être navrée pour ce retard...

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

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TW : légère description de sang et de blessure dans le quatrième paragraphe

Il me semblait que j’avais grandi trop vite. Que j’avais dû quitter du jour au lendemain ma famille, ma maison, et les étreintes consolatrices que m’offrait Maman lorsque les larmes s’invitaient sur mes joues. Je ne pouvais nier que ses bras me manquaient terriblement ; chaque pleur que sa douce main ne venait pas écarter devenait un peu plus douloureux, chaque sanglot qu’elle n’étouffait pas dans son épaule tiède me coupait le souffle.

Je pouvais passer des nuits entières à me remémorer les journées grisâtres d’hiver que Papa égayait en nous racontant des histoires qu’il disait tenir de sa mère. Je me demandais alors si je leur manquais, s’ils pensaient quelquefois à moi. Maman m’avait écrit dans sa dernière lettre qu’il lui tardait de me revoir, et un sourire m’avait échappé. Derrière lui, l’ombre de la tristesse – qui s’était manifestée par un pincement au cœur – s’installa. J’aurais voulu que ces mots fussent ceux de mon frère.

La grande rousse ne voulait pas de mon aide. Je tentai de garder une expression neutre, mais je ne pus retenir un mordillement de lèvre nerveux. Par ces paroles, la Bleue souhaitait-elle que je la laisse en paix ? Devais-je m’en retourner auprès de mes camarades de dortoir et ne plus penser à cet échange ? Mais, comment ?

Comment étais-je censée recroiser son regard après l’avoir vue dans un tel état ? Comment étais-je censée répondre aux hiboux de Maman sans lui dévoiler la plaie béante de mon cœur ? Comment étais-je censée interpréter le silence de mon père ? Et celui de mon frère ? Le goût amer du sang emplit ma bouche : mes dents avaient eu raison de ma lèvre inférieure. Je passai ma langue sur la blessure, espérant que ça suffirait à stopper l’hémorragie.

La vie aurait été tellement plus simple à vivre et à comprendre si on m’avait mis un manuel du fonctionnement de l’esprit humain dans les bras. Je haussai les sourcils lorsque la grande me proposa son aide. Son aide pour quoi, au juste ? Ne venait-elle pas de me rejeter, il y avait à peine quelques instants ? J’étais perdue ; le fil de pensée de cette Bleue s’entortillait, et je n’arrivais pas à en saisir les bouts.

J’veux bien, dis-je sans savoir dans quoi je me lançais.

Et voilà que je me perdais également dans mon propre lacet. Peut-être devrais-je arrêter d’essayer de comprendre, et de simplement me laisser aller. Simplement pour voir où mes jambes me mèneraient. Ce fut donc dans cet état de pensée que je m’approchai de la grande et l’enserrai dans mes bras. Il n’y avait plus une seule pensée nette dans mon esprit : toutes affluaient en un seul et même torrent auquel je ne prêtais pas garde.

Je vivais sans écouter ma tête. Peut-être étais-je en train de faire une énorme erreur que j’allais regretter sous peu. Peut-être même que j’allais passer par-dessus cette misérable petite rambarde pour rejoindre le sol des centaines de mètres plus bas. Mais je n’écoutais pas, je sentais juste mon cœur marteler douloureusement ma poitrine, comme les battements d’ailes d’un papillon. Je sentais le lépidoptère s’envoler vers les cieux que je ne pouvais atteindre, rejoindre les astres que j’essayais d’aider.

Ne parlons donc pas du mien :wry:

#457898 · 4ème année RP

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C'est étrange, n'est-ce pas ? Avoir tous ces sentiments à l'intérieur de moi, toutes ces couleurs différentes, emmêlées, mélangées, parfois indistinctes, floues ou même indiscernables. C'est comme si un peintre s'amusait à lancer avec son pinceau des couleurs-émotions sur mon corps, faisant apparaître des éclaboussures diverses sur celui-ci. Je les ressens presque sur mon corps, dans mon corps. Il y a la fatigue qui pèse sur mes frêles épaules, l'inquiétude qui me noue le ventre, la colère qui me fait mal à la tête et tout le reste qui fait battre mon cœur un peu plus fort, un peu plus douloureusement. Je ne parviens plus à distinguer toutes ces couleurs les unes des autres ; elles se mélangent, se superposent et forment une œuvre étrange sur laquelle mon regard se perd, attiré, repoussé et rendu confus par ces éclats bien trop nombreux. Je m'égare parmi mes propres émotions. Je ne sais pas ce que je ressens ; dois-je considérer l'œuvre dans son entièreté ou seulement m'intéresser aux couleurs les plus présentes ? Dois-je tout séparer, tout analyser, tout comprendre ? Dois-je les laisser m'engloutir, recouvrir l'entièreté de mon corps et me submerger ? Dois-je les effacer de toutes mes forces, attraper la froideur de l'hiver qui coule dans mes veines et me l'étaler sur le visage pour tout cacher, ne rien montrer, rester impassible comme Maman ? Ou, au contraire, dois-je me laisser tomber dans cet arc-en-ciel douloureux, sans retenue ?
J'attrape le bord de ma cape pour le serrer fortement. Mon regard tombe sur mes pieds en dégringolant. Où ira-t-il s'échouer ensuite ?

Je me regarde et je m'en veux. Quand je veux donner, je transperce ; quand je veux aider, je fais mal ; quand je veux agir, je ne fais rien ; quand je veux être forte, je m'écroule ; quand je veux être au calme, je laisse la colère de mon cœur revenir. Je m'en veux parce que je ne fais rien comme il le faut, ou plutôt comme je veux le faire. J'essaye mais j'échoue, ou, pire, j'aggrave la situation. Ce que je fais ne mène à rien. Mais pourquoi ? Doux Merlin, si tu m'écoutes, pourquoi ? Le problème vient-il de moi ? Le problème vient-il de la situation ? Le problème vient-il des autres ? Je n'en peux plus de tout cela. Je veux pouvoir faire les choses bien, comme il le faut, comme je le veux. Je veux avoir assez de force pour faire ce qui doit être fait et retenir ce qui doit l'être. Je veux arrêter d'être passive, ou agressive, ou maladroite. Je veux pouvoir donner un sens à ce que je fais, une utilité. Mais je n'y arrive pas. Ne suis-je donc pas à la hauteur de mes propres exigences ? Incapable de réussir ce qui me tient à cœur, n'est-ce pas ? Alors parfois, je me regarde et je m'en veux, la poitrine serrée et le visage désemparé.

Et puis elle m'attrape par le cœur, détache mon regard scrutateur et empli de jugement de l'intérieur de moi, le fixe sur elle, sur sa peau pâle, ses cheveux bruns, ses yeux châtains.

« J'veux bien. » *d'mon aide ?* Je m'étonne, muette.
Pourquoi ? Pourquoi accepter mon aide quand je refuse la tienne ? Pourquoi en as-tu besoin, petite Bleue ? *Qu'est-ce qui te pose problème ?* Caches-tu une douleur particulière derrière tes yeux curieux ? Comment puis-je t'aider ? Ses paroles me remplissent de désarroi et de surprise. Elle a besoin de moi, moi (!), quand bien même je lui refuse l'aide qu'elle me propose et l'accès à une quelconque compréhension de ce qui occupe mon cœur depuis le début de ses questionnements. Elle accepte mon aide alors qu'elle semblait aller bien. Cela me fait peur parce que cela m'invite à m'interroger. Si elle peut cacher des douleurs derrière une envie de donner et de comprendre, tout le monde peut cacher ses problèmes, ses souffrances. Alors, les autres ont mal et je ne vois rien ? et je n'agis pas ? et je ne fais rien pour leur tendre la main ? Mais qui suis-je pour ne rien voir, pour ne rien sentir, pour ne rien percevoir ? N'est-ce pas mon rôle, de distinguer correctement pour agir en conséquence par la suite ?

Ses bras m'entourent brutalement, et quelque chose en moi tombe sur le sol en même temps. Dans un silence terrifiant, je sens une résistance qui m'appartenait se briser et éclater en mille petits morceaux de verre. J'éclate doucement en sanglots, mes bras passés autour du corps blotti contre le mien.

Certaines choses dépassent toute compréhension. Pourquoi j'ai soudainement craqué devant cette Bleue bien plus jeune que moi, libérant des sentiments emmêlés qui sommeillaient en moi depuis bien trop longtemps ; personne ne pourra jamais l'expliquer, ni moi, ni elle. Certains événements se passent ainsi : brutalement. La logique et la raison disparaissent quand le cœur se laisse toucher.

« Pardon... » Je crois que je pleure. Mes sanglots roulent et tonnent comme une tempête dans ma gorge. Je ne comprends rien, je ne comprends plus rien. Qui a besoin d'aide, au final ? Elle ? Moi ? Nous ? Le monde est trop complexe, trop douloureux, trop affolant. Il emmêle mes sentiments et mes émotions sans s'en soucier, il forme des nœuds impossibles à enlever avant de nous abandonner. Je suis aveugle, je ne sais pas me diriger dans mon cœur, trouver la sortie pour quitter cet édifice qui se croit de marbre mais que la vie serre, serre et serre, sans pitié, sans s'en inquiéter. Je me noie en moi-même. Qui l'eut cru ?

J'essaye de calmer mon souffle qui, grand fou, grimpe et descend bruyamment dans mes poumons. Il tremble, s'agite, se fait incertain. Comme si ce qui sortait lui faisait peur et qu'il avait besoin d'en retenir une partie.

Je ne parviens que difficilement à contenir le débordement qui s'est échappé de mon cœur. Tout est encore trop flou et indistinct. Je m'en veux, et j'ai peur, et je suis en colère, et je lui en veux, et je ne me comprends pas, et je me sens mal. Rien ne va, les pièces ne s'emboîtent pas ; rien n'est dans le bon ordre, à la bonne place.

« Pardon... »

N'était-ce pas mon aide que tu réclamais ? Tu voulais mon aide et je t'ai offert dans un sanglot mes tracas, mes problèmes, mes failles.
Décidément, je suis bien incapable. Je ne suis pas à la hauteur de mes propres exigences, alors comment être à la hauteur de celles des autres ? Quelle idiote je fais.

Je respire doucement et longuement, tentant de tarir le fleuve de mes larmes qui déborde sur mes joues. *Ne pas pleurer, ne pas pleurer, ne pas pleurer.* J'inspire calmement, les yeux fermés. L'odeur de la Bleue emplit mes narines. *Pleurer c'est pour les faibles. On ne pleure pas devant les autres.* Et j'expire, une nouvelle fois. Je referme en silence les portes de mon cœur, effaçant les traces de leur ouverture, enfermant ma colère, ma peur, mes incertitudes, mes incompréhensions, mes doutes et mes sentiments trop forts.

Mes bras sont toujours autour du corps de la Bleue. J'ai son odeur plein la tête, comme pour me rappeler sa présence, son besoin d'aide. Cette fois-ci, n'est-ce pas le bon moment pour agir correctement et rattraper tous mes honteux échecs précédents ? Elle a besoin de moi, n'est-ce pas ? Alors, qu'attends-je de plus ?

« Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu as besoin de moi, p'tit oiseau ? »



Plume aux Mots de velours, j'ai attendu d'avoir rattrapé une partie de mon retard RP pour pouvoir enfin te répondre. Et vois-tu, je crois que j'ai bien fait. Écrire ces Mots m'a fait passer par bien des émotions. Merci pour cela.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

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« Pardon...
Mais... » murmurai-je bêtement pour toute réponse.

Pourquoi la grande rousse se brisait-elle ? Pourquoi s’excusait-elle ? Avait-elle tué quelques étoiles pour implorer ainsi un pardon ? Je jetai un regard inquiet au ciel et fus rassurée de pouvoir y compter deux ou trois points lumineux, aucune perte n’était à déplorer. Je resserrai mes bras autour de la Bleue d’un mouvement qui se voulait réconfortant.

« T’as fait du mal à personne, » dis-je en essayant d’utiliser le ton que prenait la voix de Maman quand elle me consolait. « Les étoiles t’en veulent pas, elles sont pas méchantes. Juste un peu colériques. »

Je me dis que si les étoiles en voulaient à une personne si triste, c’était qu’elles n’étaient pas aussi gentilles que ça. Je me promis d’un jour aller leur rendre visite pour leur dire de laisser tranquille cette grande Bleue aux cheveux roux. Aucun astre ne pouvait décemment en vouloir à cette Grande.

Il me sembla que ses pleurs s’étaient faits plus rares lorsque sa respiration devint plus régulière et que cette sensation de tristesse qui émanait d’elle se fit moins perceptible. Elle prit la parole, hésitante, et sa question effleura mon visage, cherchant un moyen de se frayer un chemin jusqu’à moi.

P’tit oiseau. Pourquoi. Je ne savais quelle partie de ses dires obnubilait autant ma pensée. Je remuais ces mots, modifiant leur place, j’en ajoutais d’autres dans l’espoir de comprendre. Je m’étais égarée quelque part sur la route qui liait nos deux cœurs. Ainsi tout contre elle, je sentais chacune de ses respirations contre ma poitrine. Je pouvais entendre son cœur marcher d’un pas peu sûr, comme s’il doutait de sa destinée.

Et puis soudain je saisis le sens des mots. Il arriva, tel une bourrasque, secouer tout mon être de sa puissance. J’étais en plein vol : j’étais contemplatrice du ciel. Zéphyr jouait puérilement avec mon plumage sombre qui se mêlait à l’encre recouvrant la gigantesque toile au-dessus de ma tête. Je sentais l’oiseau dominer les terres au creux de ma poitrine : il grandissait, ses ailes battaient dans mes veines. Sa force m’engloutissait. Plus aucune limite ne pouvait me barrer le passage.

« J’ai besoin d’apprendre à voler, » dis-je, assurée. « Tu peux m’apprendre, hein ? »

Une once de chaleur avait pris place dans mon cœur : j’avais soif de savoir, soif de liberté. Quelle délivrance devait être l’envol ! Je ne pouvais cesser de m’imaginer planer au-dessus de ce monde terrestre où se tapissaient des milliers de cauchemars ; tout devait être si apaisant dans les airs, tout devait y être doux. Peut-être que si je m’envolais assez haut, je pourrais effleurer les astres du bout de mon bec. Peut-être que je pourrais enrouler mes ailes autour de la Lune et l’éteindre comme je serrais actuellement la rousse dans mes bras ?
Toutes mes excuses pour ce retard :unsure:
Merci à toi, douce Plume, pour tes Mots magnifiques !

#457898 · 4ème année RP

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« T’as fait du mal à personne. »

Qu'en sais-tu ? Ne t'ai-je pas fait du mal à toi ? Et quand j'ai frappé Hannah avec mes vagues de colère trop fortes ? Et quand j'ai mis mon nom dans cette urne et qu'Alison m'en a voulu ? Comment peux-tu affirmer que je n'ai fait de mal à personne ? Et si je n'en ai pas fait aujourd'hui, cela veut-il dire que je n'en ai pas fait avant, et que je n'en ferai plus après ? Je fais du mal aux gens. Je ne suis probablement pas seule à blesser d'autres personnes, mais le fait est que c'est trop douloureux d'y penser, trop douloureux de le savoir, trop douloureux d'y faire face. Je ne veux pas faire du mal aux autres. Mais qui le veut ? Je n'en sais rien. Je préfère ne pas savoir. Blesser des personnes, inconsciemment, cela me donne l'impression d'avoir des étoiles dans le corps, ou les pensées imbibées d'une eau sombre et funeste. J'ai peur de faire mal trop régulièrement, ou de manière trop forte. Trop ; trop ; trop. Cela manque de déborder. Les pensées, les regrets, la souffrance, tout est nombreux à l'excès. Il n'y a que de l'excès dans la douleur qu'on peut produire. Je ne devrai pas faire du mal, mais je le fais ; sans le vouloir, certes, mais je le fais. Et tes mots, petite Bleue, tes mots brillants de réconfort, ils sont avalés par l'océan sombre de mes pensées.

J'ai piétiné mon propre coeur. Faire du mal aux autres, cela me fait du mal à moi.

Je trébuche sur ses mots. *Les étoiles.* Elles sont revenues. Alors, petite Bleue, petit oiseau, tu leur seras toujours fidèle, n'est-ce pas ? Tu affirmes que les étoiles ne m'en veulent pas et qu'elles ne sont pas méchantes, c'est cela ? Mais quand bien même, cela m'importe peu si elles m'en veulent, ou si elles ne m'en veulent pas ! C'est moi qui leur en veux, moi qui les déteste. Et si elles sont plus colériques que méchantes, alors comment expliquer la douleur qu'elles ont imprimé sur mon âme ? Je ferme les yeux et respire longuement. Doux Merlin. Ma poitrine se serre, comme si la Bleue avait resserré ses bras autour de moi. Elles me font terriblement mal, toutes ces étoiles. Elles m'éblouissent de leur noirceur profonde et me frappent de leur regard perçant. Pourquoi continuer à penser à elles ? Pourquoi glisser leur nom dans tes mots lumineux, petite Bleue ? Pourquoi tout doit toujours tourner et être ramené à elles ?

Parfois, j'ai peur de me tromper à leur sujet. Ne sont-elles pas les seules à percer l'obscurité ? Toutes les personnes que je rencontre ont cette fascination étrange pour les étoiles. Et moi, je les déteste de tout mon cœur. Ai-je tort ? Et si je me trompais ? Cela me fait foutrement peur d'y penser. J'ai mal au crâne, et au ventre, et l'impression que mes jambes vont me lâcher. Je fais mal, et elles me font mal. N'avons-nous pas là un point commun ?
Oh Circé ! Je n'en peux plus de mes pensées. Elles me font douter et ébranlent mes certitudes. Peut-être que j'ai tort, peut-être que j'ai raison, mais personne ne pourra trancher tout cela.

Je prends une grande inspiration pour stabiliser mon petit bateau dans les remous de cet océan. Quelques fois, il me semble que les étoiles parviennent à faire plus de bien à ce monde que moi. On leur fait confiance, on les prend pour guides. Moi, je blesse et je trahis ; je tente et j'échoue.

Fragile et incertaine, je me raccroche à ce corps si frêle tout près du mien. Ses bras, sa chaleur, son cœur, sa présence. Je ferme les yeux, dans l'espoir de ne me concentrer que sur cela. Adieu étoiles, adieu pensées de malheur. Je flotte entre elle et moi-même. J'ai jeté l'ancre et je glisse vers mes sensations, ces points d'ancrage qui m'offrent quelques souffles de douceur.

Et soudain, de nouvelles vagues viennent me secouer toute entière.

« J’ai besoin d’apprendre à voler. »

*Comme un oiseau.* S'allonger sur les nuages, caresser le bleu du ciel, danser avec ces marins des hauteurs.
Se laisser noyer par ses rêves.

« Tu peux m’apprendre, hein ? »

Je chute et m'écrase dans la mer. Icare aux ailes du désir, tu brûles d'inconscience.

*Apprendre...* Ma bouche est brutalement sèche. Les mots m'échappent et se laissent engloutir. Je passe de rêves aux cauchemars, de cauchemars aux rêves. Je me sens emportée dans un de ces tourbillons qui m'emmène et me traîne vers tous les extrêmes de mes pensées. Je ne suis même pas sûre de contrôler quoi que ce soit, de maîtriser un tant soit peu ce qui m'arrive. J'ai mal au ventre, et au crâne, et au coeur. Il y a une tempête dans mes pensées qui rend mes vagues immenses. Oh Merlin, je crois que j'ai le mal de mer.

*Apprendre à voler.* Réfléchir me donne le tournis. *Apprendre à voler...* Rêver, rêver, rêver ; se bercer d'illusions jusqu'à en avoir la nausée. *Comme un oiseau !* Je perce les frontières qui maintiennent séparés les rêves et la réalité.

Mes souvenirs sont de jeunes pousses dans mes pensées. Je me revois, une après-midi de juillet, mes pieds nus dans l'herbe haute. Mes parents travaillent à l'intérieur de la maison. Anaë est repartie il y a deux jours chez elle. Mes grands-mères sont loin d'ici. Il n'y a que moi, l'herbe, les fleurs, le ciel bleu et les oiseaux. Ils tournent dans le ciel tous ensemble. Moi je suis seule et eux, ils sont nombreux et unis. Je me vois courir vers eux, dans l'espoir de me joindre à leur groupe, de m'envoler à leurs côtés. Je sautille, je bondis, j'ai un sourire sur les lèvres qui me dévore le visage. Et je m'imagine les rejoindre, eux qui sont si hauts, si lointains, eux qui ne font qu'un avec cet azur immense au-dessus de mon crâne. Je saute, les bras tendus vers le ciel. Je me sais essoufflée, mais ma détermination et inépuisable. Un bond, les doigts caressant le soleil. Un saut ; je me sens presque pousser des ailes. J'y suis presque, n'est-ce pas ? Ils vont vite, mais je me rapproche. Oh Merlin, et cette excitation qui m'emmène toujours plus haut ! Et soudain, je retombe et mon pied glisse, ma cheville se tord. La douleur m'inonde brutalement.

Je cligne des yeux, le souvenir s'évapore. Mon coeur est une éponge qu'on a trop gorgée de sentiments.

Mes bras entourent le corps frêle de la Bleue. Je pose une main sur ses cheveux, tente de l'envelopper de réconfort. Mon regard est tourné vers l'horizon. Mon visage est façonné de calme et de gravité.

« Je ne peux pas. Je ne sais pas. » Je fais une pause. Ma gorge est trop serrée. Je déglutis et respire calmement. « Pardon. »

J'aimerais partir là où mes rêves et mes cauchemars ne me poursuivront plus.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

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Elle emmenait mon cœur en Enfer. Comment ? Comment pouvait-elle briser si facilement mes rêves ? De ses simples mots ― de deux simples phrases ― elle avait rompu mes assurances. Elle avait éteint la lumière, déchiré la voile de mon petit radeau. Elle m’avait perdue.

J’aurais voulu crier ; j’aurais voulu pleurer ― mes rêves ! mes rêves ! Un tourbillon secoua ma poitrine. Était-ce donc cela ‘grandir’ ? Briser ses rêves un à un ? Détruire l’idéal ? Saccager l’ambition ? Je fixai le bois sous mes pieds, mes lèvres entrouvertes sur une parole informulée.

Mon monde avait basculé, le nord pointait son dard vers l’Antarctique, les vents avaient brusquement tourné, Soleil s’était effacé pour laisser Lune monter sur scène ; la Saison des Ombres avait commencé. Soulever mes paupières sous cette nouvelle réalité me semblait impensable, irréalisable. Je voulais rester dans le monde onirique, dans ce refuge, cette prison aux barreaux diaphanes. Je pris mon cœur entre mes paumes : Il nous reste un long chemin à parcourir, lui dis-je. Si la rousse ne pouvait m’apprendre à voler, je demanderais aux oiseaux, à ces astres colériques qui faisaient pleurer la si grande Bleue ― j’apprendrais.

Nature vint à moi : Tu ne peux défier la gravité, enfant, me dit-elle et je serrai les dents.
Corps vint à moi : Tu ne peux te faire pousser des ailes, grande rêveuse, me dit-il et je fermai les yeux.
Oiseaux vinrent à moi : Tu ne peux imiter notre vol, contemplatrice, chantèrent-ils et je me bouchai les oreilles.
Laissez-moi ! Laissez-moi tous ! leur criai-je.

Je fuis la réalité qui, de ses doigts fins et habiles, morcelait mes espoirs. Ah ! Voilà que déjà mes rêves n’étaient plus que de simples espoirs ! Si mes rêves pouvaient me faire pousser des ailes, alors pourquoi donc me réveillerais-je ? Pouvais-je, telle une princesse de contes merveilleux, m’endormir et rêver jusqu’à en perdre la tête ? Au fond, n’était pas cauchemardesque cette réalité où les rêves n’étaient qu’espoirs superflus, denrée aussi inaccessible qu’irrésistible ?

« Pourquoi ça fait mal ? » murmurai-je, des larmes perlant au creux de mes yeux.

Quelque chose saignait dans ma poitrine. Cette sensation désagréable se propagea dans mes bras, dans mon ventre, le long de ma colonne. C’était ma soif. Il me fallait songer plus, dévorer férocement mon imaginaire, engloutir autant d’illusions que mon appétit me le permettrait.

Je voulais devenir oiseau ― les Mots ne me guériraient pas. Ils ne parviendraient pas à stopper cette faim irrassasiable qui rongeait rapidement mon cœur, ils ne parviendraient pas à consoler ma peine. Cette même peine qui faisait couler des flots sur mes joues était ma force, mon carburant dans ma lutte contre le monde réel. Mes larmes devenaient alors flammes et s’emparaient sauvagement de mes rêves pour n’en faire qu’une bouchée.

Je m’écartai de la rousse, les sourcils froncés. J’allongeai férocement les bras et me mis à courir du plus vite que je pouvais. Je volerai, me répétai-je. Je courus le long du pont couvert, mes pieds battant désespérément le sol que je voulais tant quitter. Mon corps l’emporta sur mes rêves ; je m’arrêtai, à bout de souffle. Les joues rougies ― les yeux aussi ―, je jurai :

« Zut ! »

Car je n’avais pas encore appris les mots durs, difficiles à entendre.

Oups.
Ton pas m’a emporté·e, Plume !

#457898 · 4ème année RP

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Je ne peux pas. Je ne sais pas. Tu vois, petite Bleue, je ne peux rien t'apporter. Je suis plus grande, j'ai plus d'expérience, mais je ne peux pas te laisser rêver. Tu vois, je peux faire mal, et je fais mal. Je suis parfaitement incapable de quoi que ce soit d'autre. Je rêve, je rêve, je rêve, mais c'est pour mieux me briser contre la réalité. Ne rêve pas trop, toi aussi. Écoute-moi, regarde-moi : ce n'est pas bon de trop rêver. Cela pousse trop loin, cela pousse trop haut ; on se sent brûler, on se sent dépasser les limites ; puis on tombe. Ne fais pas cette erreur, petite Bleue, ne va pas jusqu'à la chute. Apprends à recevoir les coups, ceux qui font mal et qui restent, qui forment un bleu à l'âme, une cicatrice au cœur. Apprends à être déçue, à voir tes espoirs déchirés, tes songes brisés, tes désirs piétinés. C'est la vie ; elle fait mal. Un jour, un autre. On tombe, on se relève. Mais il ne faut pas subir une chute trop dure ! Se relever devient alors fort complexe, et le courage n'est pas aussi infini qu'il semble l'être. Apprends à laisser tomber. Pas par lâcheté, non ! Par réalisme. Pour l'avenir, pour aller mieux, pour ne pas trop souffrir. Mais surtout, oui surtout, n'abandonne pas tout. Comment grimper au sommet d'une montagne sans espoir, sans songe, sans désir ? Tous les sommets ne sont pas inatteignables. Tous les rêves ne se brisent pas. Celui-ci, oui, il faut y renoncer. Mais d'autres viendront, ils t'emporteront avec eux, tu douteras, tu auras peur de les réaliser, mais ils seront beaux, je te le promets, ils seront beaux comme l'aurore. Ne perds pas tout ton espoir, n'abandonne pas tout. Apprends à renoncer, pour toi, pour moi, pour le monde. C'est bien plus compliqué que de courir vers le Soleil en espérant l'atteindre, que d'essayer de se faire pousser des ailes pour voler. C'est bien plus compliqué, mais c'est nécessaire. Et ce qui est nécessaire est souvent douloureux, mais cela ne veut pas dire que la suite le sera aussi.
Je te le promets : d'autres rêves viendront, et ils seront beaux.

Je ne sais pas quoi faire. Je la sens s'effondrer près de moi. Et je crois que je pleure ; peut-être parce que je sais ce que c'est, de voir ses rêves se transformer en illusions. J'aimerais la soutenir, la retenir, la réconforter, mais je ne sais pas comment l'y prendre. Comment aurais-je aimé être réconfortée, moi ? Et si elle préférait que je la laisse seule se relever, seule pour accepter cette désillusion ?

Son murmure est une lame bien fine qui s'enfonce dans mon corps. Cela fait mal, et c'est de ma faute. J'aurais dû me douter que cela finirait ainsi, que je la ferai souffrir, d'une manière ou d'une autre. Parfois je me demande presque si les étoiles et moi ne sommes pas que des reflets incapables de se regarder. Je déteste me retrouver en elles, parce que ce sont elles que je déteste — et peut-être un peu moi, aussi.

« C'est normal d'avoir mal... » Mes mots sont doux comme une ombre noire qui viendrait cacher le soleil. « Mais ce n'est pas parce que tu as mal que c'est terminé. Il y aura d'autres rêves d'autres esp... »

Elle s'écarte brusquement.

Je me sens triste comme Déméter, capable de laisser place à l'hiver.

C'est moi qui lui ai fait mal. Moi, et juste moi. Merlin. Je fais souffrir. J'écrase des rêves, alors que j'ai vu les miens se faire déchirer. Comment puis-je faire cela ? N'ai-je pas souffert de la même chose ? J'essaye de me convaincre, de me dire que c'était nécessaire, que ce n'était que la vérité, mais je n'y arrive pas. Maintenant, elle pleure. Et les étoiles sont plus douces que n'importe lequel de mes mots.

Mais je ne veux pas penser à ces points lumineux ! Et je ne veux pas la voir souffrir, la voir contempler ses rêves disparaître comme des ballons qui s'envolent ! Mais que faire, que dire ? Comment lui promettre des rêves quand elle vient d'en perdre un ? Quelle légitimité aurais-je à la rattraper, à lui dire que cela ira mieux, à la raccompagner chez les Bleus comme si de rien n'était ! Elle a besoin de temps, mais elle a aussi besoin que je reste là. Et qu'importe combien de temps ! Je lui ai fait mal, mais je dois rester là. Elle tombe, mais je suis avec elle. Je ne peux pas la laisser se penser seule, je dois rester sur ce pont, même si c'est dur, même si cela m'est douloureux à moi aussi, même si en la voyant je pense à celle que j'étais.

Je ne sais plus exactement depuis combien de temps j'ai arrêté d'espérer qu'un jour des ailes pousseraient sur mon dos et que je pourrai me rapprocher des oiseaux les plus hauts. Je ne sais plus exactement, mais la brutalité de cette révélation a fait naître une plaie qui ne s'est pas encore cicatrisée. J'aimerais espérer, comme elle. J'aimerais pouvoir rêver encore, sans avoir peur de la réalité parfois décevante. J'aimerais avoir sa jeunesse, sa douceur, sa naïveté. Depuis quand ai-je tout perdu ? Alors grandir, c'est perdre ce à quoi on tient et continuer à vivre ?

La petite Bleue se met à courir comme si elle allait s'envoler. Ses bras sont allongés, ses foulées sont rapides.
Et je ne fais rien. Une larme glisse en silence sur ma joue. Était-ce donc si douloureux, perdre ses illusions ?

Puis soudainement, elle s'arrête, bien loin de moi. Je ne sais pas quoi faire, je ne sais pas quoi dire. Je me sens dépassée. Je me reconnais tellement en elle, dans ce qu'elle traverse, dans ce qu'elle ressent ! Mais tout le problème est là : qu'aurais-je aimé dire, à cette moi-d'avant ? Et qu'aimerait-elle que je lui dise, elle qui n'est pas comme moi.

Alors, j'agis comme je le fais à chaque fois que mon cœur est touché et les pensées dans une impasse : j'agis par instinct.

Je marche, j'avance, je me rapproche. Mes foulées sont grandes, ma poitrine serrée.
Je ne pars pas, je te le promets. Je reste là petite Bleue.

Et brusquement, je suis près d'elle. Je passe mes bras autour de son corps, la serre tout contre moi.

« Ne pas pouvoir voler n'empêche pas de poursuivre d'autres rêves et de les atteindre. Le monde peut être douloureux mais au fond il est beau, je te le promets. »

Mes larmes brillent sur mes joues comme des étoiles.


Merci pour tout, j'aime beaucoup cet écrit.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht

Dernières lueurs +
Je sentis des bras m’enserrer. Sortaient-ils d’un rêve, eux aussi ? Je me laissai emporter par l’étreinte et ouvris mon cœur à ma peine. Un sentiment vif traversa douloureusement ma poitrine. Mes joues rougirent et se couvrirent de larmes chaudes.

Je fermai férocement les paupières, tentant de retenir du bout des doigts mon rêve trop peu réel, trop peu possible. À quoi servait la magie, si pas à redessiner le monde de ses propres crayons ? Ne pouvais-je donc pas agiter ma baguette et rêver éternellement ?

Une envie farouche de crier gonflait en moi. *Tu mens !* Elle prit tant de place que je n’entendis presque pas la voix de la grande rousse. Je ne saisis pas ses mots. Que pouvait-elle bien savoir sur les rêves ? Elle ne savait pas la tempête qui rugissant en moi, les émotions tourbillonnantes qui battaient dans mon cœur. Elle ne pouvait pas savoir.

Et pourtant, son étreinte semblait si honnête, ses paroles si vraies. J’avais envie de croire en l’avenir. Je me laissai aller. Je déliai mes muscles et mes jambes flanchèrent brusquement. Une méchante boule se réfugia au creux de ma gorge, m’interdisant toute parole.

Je passai une main sur mes yeux rougis et écartai quelques unes de ces larmes que tant s’efforcent de cacher. J’inspirai une bouffée de l’air frais de fin de journée.

« J’veux rentrer à la maison, » soufflai-je avec peine.

Maison, maison, où était-ce donc ? Le château offrait des lits aux matelas moelleux et des toits presque féeriques, mais était-ce cela ‘maison’ ? Mon chez-moi à Borth — qu’est-ce que cela semblait loin, vu d’ici ! — me manquait terriblement. Les bras pleins de tendresse de Papa, les comptines apaisantes de Maman, cette joie immense quand nous étions tous ensemble, à table, riant aux larmes.

La douceur des souvenirs écarta mes derniers sanglots, fit fuir la boule de tristesse de ma gorge. Mon corps tremblotant s’était épuisé de ses forces. Je serrai mes paumes froides contre ma poitrine et jetai un regard hargneux à ce ciel si beau, si avenant, et pourtant si lointain.

« Désolée, » dis-je à la Bleue, prenant soudain conscience de ce à quoi elle avait dû assister. « J’veux vraiment plus rester ici. On peut rentrer ? S’il te plaît ? »

Je me relevai tant bien que mal et croisai le regard de la rousse. Où étaient donc ses rêves, à elle ? Songeait-elle d’étoiles et d’étreintes, comme je le croyais ? Je n’osai lui demander. Elle semblait perdue dans son monde, à mener une guerre interminable à ces astres que j’enviais douloureusement.

Sur le chemin du retour, je me promis d’écrire, une fois seule, une histoire où j’aurais des ailes et où le ciel ne serait plus un secret pour moi.

*

Je déplie mes ailes immenses et plonge. Le vent siffle dans mes oreilles, mais je ne l’entends pas. Un sourire éclaire mon visage et je ne peux retenir un cri de joie, de victoire, de soulagement. Mes plumes, chatouillées par les doigts joueurs de Zéphyr, chantent un rire enfantin. Je monte de plus en plus haut, caresse un nuage et m’invite dans une valse d’aigles. Je suis arrivée, ça y est. Je suis à la maison.

Plume, quelle aventure !
Merci infiniment pour cet écrit <3
C'était un immense plaisir,
je te laisse clore cette valse.
Encore mille mercis pour tes Mots
écrire avec toi a été un délice :love:

#457898 · 4ème année RP

Dernières lueurs +
(Parce que c'est en écoutant cette chanson que j'ai écrit. Et parce qu'elle leur va bien, non ?)
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Je suis une idiote. Une enfant stupide et trop sensible. À fleur de peau, qu'ils disent. Ma chair est constituée de pétales. Roses, jaunes, blancs ? Mes pétales n'ont pas de mots à eux, ils ne peuvent pas être saisis par le regard, le toucher, les images qui se cachent derrière les syllabes. Ils sont colorés comme les dernières lueurs du jour. Avec des nuances à faire rougir les grands peintres. Et qui fanent, et tombent, un à un. Des pétales qui s'écrasent sur le sol, sur cette terre qui halète, qui s'essouffle, qui gémit. Ils se fanent et se craquellent, et s'effritent, se rident, tombent en poussière. Mes larmes se mêlent à ces poussières trop vivantes ; mes larmes ternes, qui flamboient sous les regards, qui portent mes couleurs. Ce sont mes rêves qui glissent, sur ma peau et sur le sol. La terre qui recouvre mes épaules s'assèche vite. D'autres fleurs viendront-elles y jeter leur avenir et leurs racines ? Mon corps est un jardin dont je dois prendre soin. Pour que certaines graines y poussent, il faut savoir arracher les mauvaises herbes. À fleur de peau, je retire ces promesses de bouquets qui n'écloront jamais, priant pour que l'hiver ne vienne pas trop vite. Le soleil brûle ces cicatrices qui parsèment mon épiderme, les soignant de ses lèvres chaudes.
Même les rêves sont incapables de s'envoler, puisqu'ils tombent sur le sol, se craquellent et s'effritent, et deviennent poussières. Mais si j'apprends à entretenir ce jardin qu'est mon corps, peut-être certains rêves deviendront-ils des promesses.

Dans les bras de la Bleue (de nous deux, je ne saurai dire qui a à cet instant le plus besoin de l'autre), je sens mes pétales reprendre des couleurs, malgré mes larmes qui glissent sur leur peau de velours. À croire que le soleil de son coeur a posé ses rayons sur mon corps. Alors, quelque chose change, évolue. Grandit, peut-être. Mais j'ai parfois l'impression qu'on peut être grand et fragile aussi bien que jeune et fort. Moi, je me sens devenir plus solide, ou plus stable. On a glissé de nouvelles graines dans le terreau de mes pensées. De nouveaux espoirs. Alors, j'arracherai tous les peut-être, ces maladies qui ne font pas de bruit. Ainsi, mes rêves deviendront des promesses.

Je respire plus doucement, à un rythme moins entrecoupé. Sur cette musique, les mouvements semblent plus fluides. Mes pensées ne trébuchent plus. Elles s'élancent, vers l'avant. En arrière, les couleurs s'estompent déjà. Je m'en veux encore pour tout ce qui a lieu, pour ma colère, pour sa tristesse, pour ce vide qui comble plus facilement nos pensées qu'il ne s'étend sous nos pieds. Je m'en veux, mais je suis parvenue à réduire cette culpabilité en cendres. Encore chaudes et rougeoyantes, oui, mais plus ternes. Bientôt, je pourrai les prendre dans mes mains, souffler dessus, et les voir s'égarer, ailleurs. Où ? Loin de la maison, peut-être. Cette maison qui l'appelle. A-t-elle des murs doux comme des plumes ? Une façade aussi moelleuse que les nuages ? Tout en étant dure comme la réalité, la vie ? Qu'importe. Un regard peut tout transformer, et peut-être même aussi bien que n'importe quelle métamorphose. Nos iris ont bien plus de pouvoir qu'on ne le croit.

Pourtant, c'est d'eux que tombent nos larmes. De ces hautes falaises qui semblent inatteignables, de petites perles terrifiantes jaillissent si vite. Sur les joues de la Bleue, elles ont tracé des sillages douloureux. Cependant, elles semblent s'effacer doucement. Alors, il ne pleut plus. Mais qui dit qu'après ces nuages gris, le soleil reviendra ? Ne s'est-il pas enfui de l'autre côté de l'horizon ? Je n'aime pas le croire lâche. C'est une idée qui me déplaît, m'est inconfortable, tout en restant différente d'une vérité blessante. Si le soleil s'en est allé, c'est peut-être pour me laisser avec mes responsabilités. N'est-ce pas à moi désormais de guider, de réparer, de chasser les nuages grisâtres ? En suis-je capable ? Je ne suis pas sûre que c'est une question de capacité. Je n'ai pas le choix. C'est mon devoir. Qu'importe où se trouve cette maison aux murs changeants, j'y conduirai la Bleue.

Pourtant, alors qu'elle s'excuse, elle bouscule aussi l'équilibre précaire de mes certitudes. Pourquoi est-elle désolée alors que je suis seule à l'avoir mise dans cet état ? N'est-ce pas ma responsabilité ? Heureusement, ma perte d'équilibre est de courte durée. Le vent peut souffler, je tiendrai. Si je me vois forte, je peux l'être. Alors, je le serai. Et ces pétales de velours qui me recouvrent deviendront les écailles d'une armure lourde de devoirs. Je suis hésitante, fragile comme une structure de verre, mais face à l'avenir je serai une de ces colonnes de marbre que le temps ne peut qu'ébranler.

« Viens, » l'encourageai-je d'un sourire.

Mes mouvements deviennent simples, fluides, gracieux par leur évidence. Le bois du pont ne craque pas sous mes pas. Nous ne faisons aucun bruit, elle et moi. Le silence forme une bulle autour de nos pensées. Fragilisées, nous ne tremblons pourtant pas. Les pétales que nous avons perdus brillent derrière nous. À l'horizon, le château souffle un brouillard apaisant, comme une brume capable d'effacer nos peines. La fatigue nous offre une auréole colorée. Et les étoiles me paraissent si lointaines, à mesure que nous avançons.

Il est tard. Nous partons. Cette nuit, nos rêves auront un goût amer. Mais ils seront beaux.

f i n


Je te l'ai déjà dit, mais merci encore pour ce joli voyage.
C'était un immense plaisir partagé ! Merci.

#466962Botaniste au Jardin de Draíocht