Solo Au revoir, Szirhagna

10 juin 2048


J'aurais dû m'en douter plus tôt.

Cela faisait plusieurs mois que je constatais une fatigue chez Szirhagna, ma fidèle araignée. Je pensais qu'elle avait du mal à s'accoutumer au nouveau lieu : le bureau du sous-directeur était moins garni d'insectes, moins éclairé et n'offrait pas le même terrain de jeu que les serres. Pourtant, il m'arrivait de l'y emmener de nouveau, pour qu'elle puisse chasser comme avant. Je me demandais si une arachnide pouvait se souvenir des lieux qu'elle avait habités précédemment. Hélas, Szirhagna ne me permit pas de répondre à cette question : elle marchait à travers les plantes de la serre tropicale comme elle marchait dans le bureau du sous-directeur : à pattes lentes, fatiguée, comme un animal malade.

Le printemps était presque fini, et chaque jour je prenais soin de nourrir la petite bestiole : la pauvre chasseuse était devenue bien trop faiblarde pour chasser elle-même, et je lui apportais quelques insectes déjà morts pour qu'elle puisse se substanter. Ce n'est pas ça qui manque à Poudlard, les insectes morts : entre les serres de botanique qui sont des nids à insectes et ceux de la réserve de potions que l'on utilise comme ingrédients. J'avais essayé à plusieurs reprises de lui donner quelques gouttes de philtre revigorant, en espérant qu'elle se remette sur pattes. Cela lui redonnait un peu d'énergie, qui s'éteignait très vite comme le feu d'une bougie en fin de consumation.

Bien que je n'avais guère l'habitude de m'attacher aux animaux, j'avais commencé à éprouver une certaine affection envers cet animal qui me suivait depuis bientôt trois ans. Les araignées ne sont pas du style à donner une réciprocité aux sentiments de l'humain, mais cela ne ménageait pas les efforts et l'intérêt que je portais envers ma protégée. Durant un weekend de mai, j'entrai dans la bibliothèque de l'école et récoltai l'ensemble des livres qui portaient sur les araignées, et les Heteropodas en particulier. J'espérais y trouver des méthodes de soin. Mais ce que j'y trouvai ne me permit pas de la sauver, au contraire : je devais m'y résoudre, Szirhagna était une vieille araignée. Bientôt trois années pour une bête qui n'en vit à peine que deux... Cela était déjà un bien bel exploit. Dans les serres, la petite araignée avait eu tout le loisir d'une vie sans souci, uniquement dérangée par les bruits de pas éléphantesques des élèves. Ces conditions de vie lui avait donné une belle longévité.

C'était donc sans surprise qu'en ce matin du 10 juin, je retrouvai Szirhagna immobile. L'octopède avait rendu son dernier souffle. Je sentis tout de même un pincement au cœur. Ma fidèle compagnonne s'en était allée, et je réalisais peu à peu le calme qu'elle allait laisser derrière elle. J'avais l'habitude de l'observer grimper sur les murs, les livres de mes bibliothèques, et sauter sur les insectes qu'elle pouvait trouver. Chaque jour avait son petit spectacle.

Je pris donc un panier d'osier, assez grand pour qu'elle puisse y reposer. Je le tapis de feuilles, comme pour lui créer un matelas confortable. Je saisis ensuite l'araignée et la glissai doucement dans le panier, son ultime réceptacle. Au bord du lac, je déposai l'embarcation sur l'eau. D'un petit coup de baguette, je fis germer de belles fleurs le long de l'anse. Puis d'un petit Incendio, j'enflammai le panier en le poussant légèrement pour qu'il prenne le large. Le petit navire enflammé emmenait Szirhagna pour ce dernier voyage. Quand le feu eut consommé la majorité de la barque, l'eau vint l'emporter, éteignant les flammes qui ne laissèrent derrière elles qu'une traînée de fumée. Szirhagna avait disparu.

RIP petite araignée, même hors RP je m'y étais attachée :cryhappy:

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