CLOS Le silence des blessures

Ernest écoutait Ezra avec attention. Est-ce que la réponse du brun faisait plus sens ? C’est vrai que l’adolescent avait pu observer que son camarade de chambre avait des habitudes singulières. Mais n’était-ce pas le cas de tous les gamins de Poudlard finalement ? Les élèves venaient de milieux aussi divers que variés. D’une certaine manière, ça le rassurait. L’idée que la magie ne choisissait pas. Ou en tout cas il essayait de se convaincre que chaque enfant présent avait démarré avec les mêmes chances. Mais le contexte n’était tout de même pas anodin.

“Tu parles le gitan ?”

Ernest ne parlait que l’anglais. L’anglais de la ville. Et il oubliait parfois que si le langage des sorciers et le langage des moldus se superposaient souvent, ils appartenaient néanmoins à des communautés bel et bien séparées.

“Tu crois que t’as reçu un mauvais présage ?”

Ernest était un peu partagé entre la déception de ne pas avoir vu ce fameux oiseau et le soulagement qu’aucune calamité ne plane au-dessus de sa tête. La vie dans un internat, c’était déjà assez compliqué comme ça. Il tentait de graviter comme il pouvait dans cet univers dont il ne maîtrisait pas encore les codes. Ce qui ne l’empêchait pas de laisser sa curiosité prendre le dessus sur son côté prévoyant de temps à autre. Il sentait chez Ezra cette pointe de loyauté à laquelle il pouvait s’identifier. À laquelle il s’accrochait. Ernest voulait appartenir à une communauté même s’il n’avait pas encore trouvé le moyen de mettre la méfiance de côté. Il espérait inconsciemment que Serpentard serait la réponse à ce besoin.

“Ezra… Pour avant…et… ‘fin…. Merci…”

4ème année RP 50-51 - P&O / 15 ans
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CLOS Le silence des blessures
"Mour daÿe tchavé siklãn mãn rakès roménès... Ca veut dire : "Ma mère m’a appris à parler romani". Elle m'a également appris à voir les présages."

Dans la famille de ma mère, l'interprétation des présages était l'affaire des femmes mais tout le monde prenait cela très au sérieux. Cela n'avait rien à voir avec de simples superstitions. Les chats noirs, le chiffre treize, les miroirs brisés... tout cela n'était que des idioties moldues. Les présages étaient des signes bien plus subtils, des croyances plus sérieuses. Aucun membre de ma famille, hormis mon père qui n'était pas tzigane, ne prenait cela à la légère.

"Les oiseaux sont des messagers. L'aigle volant annonce fortune et triomphe, l'hirondelle est porteuse de bonnes nouvelles, la corneille sur le rebord d'une fenêtre... est un signe de mort prochaine."

Ce n'était peut être pas anodin si le présage s'était présenté à moi en un tel moment. Ernest et moi nous tenions dans la salle d'attente de l'infirmerie. Quelqu'un devait être tombé malade ou allait bientôt le devenir ? Cela pouvait être un proche, une connaissance ou bien moi. Je me levais.

"Ecoute Ernest, Mr. O'Belt ne devrait plus tarder maintenant et ta blessure ne saigne plus. Ne te tracasse pas pour cette histoire de présage, tu n'es pas concerné et ce n'est surement rien. On se retrouve plus tard. Au diner."

14 ans / Promo 47 / 4ème année RP 2050-2051 / Fiche PR
"“Toutes choses sont bonnes ou mauvaises par comparaison.” Edgar Allan POE
CLOS Le silence des blessures
Alors qu’Ezra lui faisait une petite démonstration de la langue romani, les lèvres d’Ernest répétèrent le mouvement des paroles du garçon en silence, par mimétisme. Le petit brun était curieux, observateur et tout ce qui sortait de son ordinaire attirait son attention. Il était assez impressionné par les capacités du garçon qui se tenait à côté de lui. Depuis le début de l’année, son camarade de chambrée piquait son intérêt même s’il n’avait jamais réellement osé échanger plus que des banalités avec lui. À vrai dire, Ezra l’intimidait beaucoup. Il avait l’air sûr de lui et possédait une répartie certaine.

Il l’écouta avec attention lui expliquer ses coutumes avant de froncer les sourcils. Un présage de mort ? Un frisson lui parcouru l’échine. Mais l’autre semblait toujours aussi stoïque. Est-ce qu’Ezra prenait vraiment cette apparition au sérieux ? Est-ce que l’oiseau était réellement apparu ? Est-ce que ce nouveau compagnon insolite était en danger ? Quelque chose au creux de son estomac se noua. De l’inquiétude peut-être ? Pourtant il ne connaissait pas si bien le brun que ça. Ça ne l’empêchait pas de s’en préoccuper. Mais quoi répondre à ça ? Lui, il n’y connaissait rien en présage. Et comme d’habitude, il avait peur de dire une bêtise. Il se contenta de hocher la tête en silence.

L’adolescent en avait presque oublié la raison qui les avait mené ici et le sang qui maculait ses cheveux mouillés par la neige. Oublié Thom Wright et ces fichus Gryffondors. Une moue désolée pour toute réponse, il se contenta d'acquiescer et observant le Serpentard se lever. Il avait le sentiment que ce n’était pas le moment d’insister. Et c’était un instinct plutôt facile à suivre.

“Plus tard, oui…”

En réalité, Ernest espérait bien que l’infirmier le fasse encore un peu patienter. Que cette attente traîne encore un peu. Assis ici, il était au calme. À l’abri des regards. Il n’avait aucune envie de retourner dans la Grande Salle et de se sentir dévisagé par les élèves qui étaient présents lors de l’altercation. Il devrait probablement y faire face. Mais pas ce soir.

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