Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé

CHAPITRE NEUF

Blablabla Le bruit de la détonation fracassa le silence qui s'était installé, et la balle siffla en fendant l'air la séparant de sa cible. Narcisse avait voulu viser pour immobiliser sa mère, mais au dernier moment, un réflexe, une faiblesse, un tremblement avait poussé le canon à se lever, et la balle fila droit sur la tête d'Honor. L'adolescent eut à peine le temps de réaliser l'horreur de son geste, l'impossible réalité de ce qu'il venait de faire. Dans son esprit, en un instant, en un éclair, il réalisa qu'il avait tué sa mère. De ses mains. Il n'avait pas pu s'y préparer. Il n'avait pas voulu s'y préparer. Ses yeux s'écarquillèrent tandis que sa bouche s'ouvrit pour la supplier de s'écarter. Il n'aurait pas le temps de prononcer le moindre mot, il le savait. Mais impossible pour lui de ne pas au moins essayer. Comme dans un rêve, une scène onirique, il voyait la balle filer, sans s'arrêter, sans se détourner, aussi lentement qu'un nuage traversant le ciel étoilé. Il aurait presque pu la toucher. Les larmes ne purent couler, tandis que le violent déchirement qu'il ressentit le terrassa sans merci.

Blablabla Ses genoux cédèrent sous lui, sa poitrine fut secouée par un sanglot.

Blablabla Puis un geste, un infime mouvement. Honor dressa soudainement sa main droite, ouverte en direction de son fils, s'interposant entre elle et la balle qui allait la tuer. Et encore plus instantanément que ce geste, une vive lumière grise jaillit de l'alliance d'Oscar. Un violent bruit métallique retentit alors, le mince bouclier magique protégeant la main d'Honor vibrant et s'éclairant brusquement, frappé par la balle arrêtée aussi rapidement qu'elle avait été tirée. Le bruit des genoux de Narcisse touchant le sol suivit de peu ce bruit irréel, l'affrontement entre le magique et le moldu. Le mélange de soulagement et d'inquiétude qui déchira son cœur finit de le faire s'accélérer, l'empêchant de réfléchir correctement. Elle était vivante. Mais elle était aussi puissante. Et en pleine possession de ses moyens. Et son regard ne laissait aucun doute.

Blablabla Ses yeux transperçaient le bouclier grisâtre transparent qui s'effaça tel un nuage de poussière soufflé par le vent, laissant la balle écrasée par sa propre vélocité ricocher sur la poussière du sol. Plus rien ne bougeait alors que la mère et le fils se jaugeaient du regard. L'une parfaitement calme, maîtresse d'elle-même, se redressant lentement en laissant ses bras tomber le long de son corps, et l'autre à bout de souffle, hyperventilant presque, hésitant à lever à nouveau son arme pour l'arrêter. Il refusait de croire qu'il avait encore échoué. Il fallait qu'il lève son arme, il fallait qu'il l'arrête, s'il pouvait l'arrêter, il pourrait lui parler, et s'il pouvait lui parler...

- Tu es pathétique, Narcisse.

Blablabla C'est étrange comme les mots prononcés de manière juste par la bonne personne peuvent faire davantage de dégâts que les pires souffrances physiques. Le cœur de Narcisse vola en éclats. Un fragment de son âme qu'il pensait à tout jamais partie de lui se détacha pour s'effacer dans la nuit noire alors qu'il cessa de respirer, sa poitrine se serrant jusqu'à l'oppresser. Le regard que lui rendait cette femme n'appartenait pas à sa mère. Tant de haine, de mépris et de colère dégagée par de si petites pupilles, c'était impossible. Et pourtant, il en faisait l'expérience. Elle pencha lentement la tête sur le côté, son visage passant de l'impassibilité absolue au dédain le plus total. Sa main gauche se leva jusqu'au niveau de sa poitrine, elle baissa le regard pour l'observer, avant de serrer le poing.

- Même après tous ces efforts, tous ces entraînements, tous les bienfaits de ta soi-disant morale, tu n'es pas foutu de sauver quiconque.

Blablabla Un nouveau coup de poignard, plus puissant, plus glacial que le précédent. L'arme qu'il tenait lui glissa des mains, sa bouche était grande ouverte, sa respiration peinant à se frayer un chemin jusqu'à ses lèvres gercées. Le sang coulant dans son dos semblait le brûler. Son corps entier se mit à trembler, et il n'eut d'autre choix que d'arrêter la chute de son corps en appuyant sa main sur le sol gelé. Les larmes n'auraient pas suffi, aucun mot n'aurait pu être utile. Il serra les dents à se faire exploser l'émail, ses molaires crissant les unes contre les autres alors qu'il refermait ses doigts sur la terre froide imbibée de son sang et de sa sueur. Sa gorge était trop serrée pour qu'il puisse espérer prononcer le moindre mot, et seul un grognement guttural s'échappa de lui alors qu'il tentait vainement de surmonter l'émoi qui le mettait à bas. Le bruit métallique du fusil d'Honor cliqueta entre ses doigts lorsqu'elle le ramassa. Elle se tourna vers lui, avançant lentement dans sa direction.

- Bla, bla, et bla... Tu parles, tu parles. Tu t'égosilles à longueur de temps, déclamant tes belles paroles et balançant tes beaux principes à la figure du monde. Mais il y a une chose, une simple chose... capitale, que tu as manqué de comprendre.

Blablabla Elle s'arrêta devant lui, ses rangers sous les yeux de Narcisse qui tremblait de tous ses membres, transpirant à grosses gouttes, traversé par une douleur encore plus acide que le sort qui l'avait torturé il y a quelques minutes. Il refusait de croire que la voix de la personne qu'il entendait était celle de sa mère. Oui, ce devait forcément être un mauvais rêve, un cauchemar. En réalité, il était mort sous le coup du sortilège de Tiffanie tout à l'heure, et ceci était son purgatoire, sans le moindre doute. Rassuré par cette réalité nouvelle, il se redressa en souriant pour regarder sa mère.

Blablabla La crosse du fusil d'assaut le frappa brutalement en plein estomac. Il se plia en deux, la bouche grande ouverte, un filet de bave s'écoulant de ses lèvres, incapable de produire le moindre son, la respiration coupée par le traumatisme qu'avait subi son diaphragme. Il toussa, se raclant douloureusement la gorge, alors qu'il sentit les doigts d'acier de sa mère saisir ses cheveux pour relever son visage. Le regard qu'il croisa aurait pu le tuer. En un éclair. Les yeux noisette de sa mère, ceux qu'il aimait tant, le fixaient. Si encore elle l'avait regardé en étant imbue d'une émotion, il aurait pu le supporter. Mais l'absence totale et absolue de la moindre émotion au fond de ces yeux manqua de le rendre fou, le portant au bord du gouffre, plus près qu'il n'y avait jamais été. Plus proche encore que dans le cachot de Georges. Les larmes coulèrent, sans sanglots, sans force, elles coulaient, simplement. Honor secoua lentement la tête, avant de lui décocher une violente gifle. La douleur de sa joue déjà coupée par sa lame faisait bien pâle figure à côté de celle que son geste provoquait à son cœur. Il s'étala sur le ventre, lourdement, toute son énergie l'ayant abandonné. Elle marcha jusqu'à côté de lui, sans un bruit, avant de s'accroupir à ses côtés, s'appuyant sur son arme.

- Et cette chose, mon cher fils, c'est que, si tu es faible, tu ne pourras sauver personne. Jamais.

Blablabla Elle saisit à nouveau son cuir chevelu pour le regarder.

- Et tu es, pitoyablement, ridiculement faible.

Blablabla Ses doigts lâchèrent les cheveux noirs de son fils, laissant sa tête retomber sur le sol froid. La vision de Narcisse était embuée de larmes et floue, il ne voyait presque plus rien, et c'était à peine si les mots de sa mère lui parvenaient. Un cadavre aurait certainement bougé davantage sous le réflexe post-mortem. Une vive douleur éclata dans son flanc lorsqu'elle enfonça à nouveau la crosse de son arme dans ses côtes, mais il ne grinça même pas des dents. Elle claqua de la langue, avant de se lever pour se retourner.

- Ne me cherche pas. Ne me trouve pas. Tiens-toi hors de ma route. Reste...

Blablabla Il n'entendit pas ses derniers mots, car elle les murmura, et ils se perdirent dans la brise qui se mit à souffler brusquement. Elle marcha durant quelques pas, vérifiant les munitions de ses chargeurs.

Blablabla Narcisse se dit qu'il aurait pu rester allongé ici. Il aurait pu simplement s'endormir, rentrer à Poudlard, et finir ses études. Il aurait pu s'arrêter là. Les mots de sa mère l'avaient pris et retourné sans la moindre pitié, le laissant à l'abandon de manière encore plus pitoyable qu'une baleine échouée au bord de la plage. S'il y avait trop pensé, il en aurait perdu la raison. Il ferma les yeux, la dernière chose qu'il voulait voir, avant de s'endormir, était le visage de sa mère, juste une dernière fois.

Blablabla Son cœur manqua un battement.

Blablabla Quelque chose n'allait pas. Quand elle avait plongé son regard dans le sien, tout à l'heure, il était dépourvu d'émotion. Mais lorsqu'il y repensa, il remarqua un détail. Un très léger détail, infime et imperceptible pour qui ne la connaissait pas. La commissure de son œil était légèrement plus humide que l'autre.

Blablabla Son poing cogna la terre dure et froide, et il souleva sa poitrine du sol en serrant les dents, le visage rougi par la colère.

- Te fous pas de moi !!

Blablabla Honor se figea, en un battement de cils. Mais elle ne se tourna pas. Tant mieux. Tant mieux, car il ne savait pas s'il aurait pu supporter un autre de ses regards. Il poussa sur ses jambes, son bras s'agrippant à son genou alors qu'il se relevait en tremblant.

- Tu crois pas un mot de c'que tu racontes, pas vrai ? Tu... tu dis ça juste pour que j'arrête de me mettre en danger, c'est ça hein ? Mais écoute-moi, écoute-moi bien, jamais, jamais...

Blablabla Il aurait pu finir sa phrase, si sa mère lui en avait donné le temps. Mais elle ne le fit pas. Elle se tourna en un éclair vers lui, et tira sur son fils. Un éclair rouge transperça sa cuisse, le projetant au sol alors qu'il perdit totalement la capacité motrice de sa jambe droite. Quand l'avait-elle ramassée ? La douleur physique côtoyait en intensité la surprise et le sentiment de trahison qui enserraient son cœur. Le sang coula à flots alors qu'il s'écroula sur son arrière-train. Sa respiration lui fit défaut, sa poitrine s'élevant et s'abaissant aussi vite que son palpitant pompait le sang qui s'échappait désormais de sa jambe. Il se plia en deux alors que sa main vint presser sur la blessure, un cri de douleur étranglé s'échappant de sa bouche. Un bruit de course lui fit relever la tête.

Blablabla Le canon brûlant de l'arme que sa mère tenait entre ses doigts appuya sur son autre jambe. Elle lui lança un regard encore plus froid que le précédent.

- Ça fait mal, je sais.

Blablabla Elle arma le chien, Narcisse s'agrippa à sa veste, la main couverte de sang, tremblante. Elle ne broncha pas d'un iota.

- Je veux juste que tu vives, Narcisse, et j'irai au bout de ce que j'ai commencé. Mais que tu passes cette période dans un lit d'hôpital, ou sur tes deux jambes, ce n'est pas un élément auquel j'accorde de l'importance.

Blablabla Elle appuya un peu plus fort sur sa cuisse encore intacte, l'adolescent poussa un nouveau cri de douleur alors qu'il tentait vainement de repousser sa mère.

- Alors ? Qu'est-ce qu'on fait ?

Blablabla De sa main libre, elle lui prit le menton pour le regarder.

- On arrête là ? Ou tu veux encore faire le malin ?

Blablabla Narcisse avait du mal à respirer. Mais il savait. Désormais, il savait, il savait depuis que Georges l'avait torturé, qu'il était fort. Contrairement à tout ce qu'elle pouvait lui balancer, il savait qu'il ne céderait pas. Peut-être parce qu'il était fort, peut-être parce qu'il était tout simplement trop têtu ou borné pour accepter la vérité, mais il ne reculerait plus jamais. Et elle le savait aussi. Elle le savait, depuis toujours, elle qui le connaissait mieux que personne. Mais malgré tout, il fut atteint, profondément atteint. C'est cette folie naissante qui le poussa à agir comme il le fit. Il avala sa salive, avant de poser sa main sur la nuque de sa mère.

- Va... te...

Blablabla Il bascula lentement sa tête en arrière, avant de serrer les dents.

- FAIRE FOUTRE !

Blablabla Il contracta les muscles de son cou pour ramener en un éclair sa tête contre celle d'Honor. Un éclair blanc zébra leurs visions à tous les deux alors que leurs fronts entrèrent en collision. Le bruit sourd de la chair qui éclate et des os se frappant fut étouffé par le vent. Dans un mouvement réflexe, elle pressa la détente, et une nouvelle balle traversa la jambe de Narcisse. Mais il s'y était préparé, et il lui restait un bras vaillant. Dans son cri de douleur, il l'utilisa, profitant de la confusion d'Honor, au moins aussi sonnée que lui, le front ensanglanté, pour agripper sa veste.

- Tue-moi, ici, maintenant.

Blablabla Son regard était empli de flammes aussi blanches que sa magie. Son visage était dur comme la roche, sa voix tranchante et ferme, déterminée comme elle ne l'avait jamais été.

- Parce que si tu le fais pas, je n'arrêterai JAMAIS de te poursuivre. Je n'arrêterais JAMAIS d'essayer de t'arrêter pour...

Blablabla La main d'Honor, plus puissante et ferme que la sienne, s'empara de sa gorge. Il s'étouffa dans ses mots alors qu'elle se redressait en le soulevant sans effort apparent. Son visage était teinté de sang, et elle redressa la tête, la penchant sur le côté. Elle fit passer sa langue sur ses lèvres, essuyant le sang à portée. Son pouce et son index pressaient les jugulaires de son fils, et seul son bras lui permettait de résister, mais son cerveau était trop affaibli, et manquait désormais d'oxygène pour formuler un quelconque sort.

- Non, non, non...

Blablabla Elle secoua la tête, lentement.

- Certainement pas, tu vas...

Blablabla Elle fut surprise par le geste de Narcisse. Il envoya son poing en avant, visant le plexus solaire, et elle recula par réflexe, lâchant la gorge de l'adolescent. C'était davantage de temps qu'il ne lui en fallait. La magie emplissait son corps. On raconte qu'elle était liée aux émotions ? Et bien, en cet instant, il y avait fort à parier qu'aucun être humain n'avait jamais ressenti aussi puissamment quelque chose que lui. L'air semblait se fissurer autour de sa main alors qu'il prit une inspiration pour enfin remplir ses poumons. Sa vision devint claire, ses yeux virant au blanc se plongèrent dans ceux de sa mère, qui frémit en se mettant en position de combat.

- Vulnera Sanentur.

Blablabla Il n'eut même pas besoin de poser les mains sur ses blessures aux jambes. Elles ne guérirent pas, mais se fermèrent juste assez pour lui permettre d'en retrouver l'usage. Il ne prit même pas la peine de se redresser avant de se téléporter devant sa mère, armant son bras, prêt à frapper dans un mélange de magie et de muscles.

- Tu te plante grave maman !

Blablabla Le coup vola, se heurtant au bouclier gris que sa mère catalysa. Dans la lumière grisâtre de cette magie mystérieuse, leurs visages s'opposaient à nouveau diamétralement. Celui de sa mère n'était que concentration et détermination, ses yeux précis et acérés observant déjà les points faibles de son fils. Tandis que ce dernier, les yeux écarquillés, blancs striés de vaisseaux sanguins éclatés sous le flux désormais trop puissant de sa magie, avait les traits déformés par les trop nombreuses émotions qui le déchiraient. Sa lèvre supérieure retroussée, les dents découvertes, un air bestial le prenant au corps, il utilisa la magie pour propulser son bras.

- Reviens s'il te plaît ! Arrête !

Blablabla Elle le para du coude, mais la puissance magique mélangée à ses muscles projeta Honor sur plusieurs mètres. Il ne perdit pas une seconde et se précipita vers elle, infusant la magie dans ses jambes pour accélérer la cadence, aussi facilement que respirer. Il décolla du sol dans un saut en armant son poing, entouré d'une lumière blanche électrisant l'air autour.

- Dis quelque chose !!!

Blablabla Le corps d'Honor aurait été déchiqueté si elle n'avait pas fait ce pas de côté, s'accroupissant alors que le poing de Narcisse pénétra le sol en le fissurant. Il leva le visage vers elle.

- Arrête-toi ! Arrête-toi ! C'est...

Blablabla Les hanches de sa mère pivotèrent souplement, utilisant le balancier de sa jambe au sol pour propulser celle qu'elle leva contre le visage de Narcisse. Il vola contre l'arbre derrière eux, son corps heurtant le tronc à pleine puissance. Il cracha du sang, mais n'attendit même pas de toucher terre pour s'élancer à nouveau vers elle.

- Tu dis que je suis faible, mais t'es même pas fichue d'affronter dignement la mort de papa !

Blablabla Leurs poings se heurtèrent dans un éclair blanc-gris, illuminant la clairière comme en plein jour dans un tonnerre grondant. Narcisse ne revenait pas qu'elle soit ainsi capable de manipuler une magie qui était censée lui être étrangère. Alors qu'il encaissa le coup du deuxième bras d'Honor, son esprit lui souffla la solution : il fallait lui retirer l'alliance. Sans elle, elle serait privée du talisman qu'il avait lui-même créé. Il roula en arrière sous le coup qu'il venait d'encaisser, sa vision devint floue. Son corps réclamait du sang, il en avait perdu beaucoup trop. Il se sentait faible. Mais ce n'est pas ce qui l'arrêterait, et il repartit à l'assaut, brandissant sa main ouverte pour arracher la bague au doigt de sa mère.

- Tu étais mon héroïne ! J'aurais TOUT fait pour toi !! Je... Je t'aime ! Je t'aime de tout mon cœur bordel !

Blablabla Sa main ne rencontra que le vide, et son visage ruisselant de larmes le coude d'Honor qui utilisa l'énergie de sa projection contre lui-même. Il manqua de perdre connaissance, et son corps agit de lui-même, lançant des coups à l'aveugle. Aucun ne trouvèrent leur cible, contrairement à ceux de sa mère. Le bruit de ses côtes brisées sous le coup du tranchant de la main de la militaire le fit tomber à genoux. Le poing au sol, il cracha encore du sang.

Blablabla Il sentit le pied d'Honor pousser sur sa hanche, et il termina retourné sur le dos, à bout de souffle, tremblant comme une feuille, sans la moindre force. Elle le regarda, à peine essoufflée, le vent soufflant dans ses cheveux tachés de sang, son visage recouvert par une pellicule rouge de ce même liquide. La voix croassante de Narcisse retentit une dernière fois.

- M... maman... s'il te plaît... Arrête...

Blablabla Le temps d'une seconde passa, durant laquelle ils se regardèrent tous les deux, sans un mot. Puis elle se contenta de tourner les talons, sans un bruit. L'esprit de Narcisse le poussa à vouloir se relever, mais à la seconde où il voulut mettre un peu de force dans ses muscles, une douleur indescriptible le parcourut, et il s'écroula entièrement par terre. L'inconscient s'empara de lui, et il sombra dans des ténèbres abyssales, n'appartenant qu'à lui.

Blablabla Il revint à lui lorsqu'une petite paire de mains le secoua doucement, agrippant désespérément ses vêtements. Lorsqu'il rouvrit les yeux, la lueur de la lune planant au-dessus de lui l'aveugla.

5A - Médiateur
01237f

Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
CHAPITRE DIX

Il avait échoué.

Cette pensée l'obsédait. Elle l'obsédait d'une manière sale, presque crasseuse, lui collant à la peau sans espoir de pouvoir être, un jour, correctement nettoyée. Elle lui perçait le cœur, naviguant dans ses veines comme un poison insidieux, épaississant son sang, le ralentissant, envahissant progressivement ses pensées. Narcisse n'essaya même pas de se relever. Il demeura longuement allongé sur le sol, à simplement contempler le ciel étoilé, à mesurer sa propre incompétence et son immonde faiblesse. Les mots de sa mère le hantaient. Les actes de sa mère le hantaient. Il les revit, clair comme le jour, se dérouler sous ses yeux. Il la vit tirer sur Tiffanie, égorger son père, tuer des gens aux visages inconnus. Il la revit face à lui, ses paroles s'étaient gravées au fer rouge dans son âme. Ses tréfonds étaient ébranlés, fragilisés. Son assurance et ses certitudes jetées aux orties, en pâture à qui en voudrait bien. Ses pensées tournoyaient encore et encore sur le même sujet. Il était faible. Et pitoyable. Et inutile. Son visage se déforma lentement de désespoir alors qu'il sentit les larmes monter jusqu'à ses yeux.

Il n'avait sauvé personne.

Des petits bruits de pas retentirent à côté de lui, arrivant du côté de sa tête. Il n'y prêta même pas attention. Ce pourrait tout aussi bien être Georges qui viendrait prendre sa vie, il n'en aurait cure. Les pas s'arrêtèrent. Un bruissement de nombreuses feuilles tombant au sol perturba le silence de la nuit, et les pas se précipitèrent à ses côtés. Des yeux gris se plantèrent dans les siens. Ses paupières s'écarquillèrent, ses lèvres tremblèrent alors qu'il recula instinctivement la tête. Les yeux de Tiffanie le fixaient, et ils venaient pour le prendre à son tour, ils venaient pour lui faire payer sa faiblesse, son incapacité à la sauver. Il voulut parler, pour s'excuser, s'excuser de toute son âme, la supplier de lui pardonner, il voulait se rattraper, par tous les moyens possibles, mais c'était trop tard, et la boule qui grossit dans sa gorge était là pour le lui rappeler.

- Vous... vous êtes réveillé... Oh... snif, je... j'y croyais plus... vous êtes resté endormi super longtemps, j'ai eu peur... Mais, mais vous allez bien, hein ?

Il ferma lentement les yeux, expirant tout aussi lentement l'air de ses poumons en reposant sa tête sur le sol. Ella. La petite sœur de Tiffanie. Il se sentit bête, très bête. Mais il se sentit aussi immensément soulagé. Elle était vivante. Dans la fièvre du combat, il se rendit compte qu'elle s'était échappé de son esprit. Plongé dans sa folie meurtrière et son maelström d'émotions, il l'avait oublié. Il était si heureux de voir qu'elle n'avait pas l'air blessée. Les yeux fermés, il se dit qu'il pourrait bien dormir encore un peu, non ?

Elle le secoua, avec l'énergie du désespoir, alors que son petit corps était secoué par des sanglots convulsifs, elle reniflait en s'efforçant d'articuler.

- Non, non ! Vous... vous rendormez pas, me laissez pas toute seule... s'il vous plait...

Il rouvrit les yeux, et tourna la tête dans sa direction, avant de prendre une grande inspiration, avalant difficilement sa salive. Assister à cette scène lui brisait le cœur. Elle avait l'air si démunie, au comble du désespoir. Il se racla la gorge, mais autant passer de la limaille de fer dans une cheminée.

- Désolé...

En serrant les dents pour se retenir de gémir de douleur, il se tourna pour s'aider de son bras, et se relever péniblement. Elle l'assista aussitôt, sans la moindre hésitation, poussant de toutes les forces dont disposait son petit corps. La gorge de Narcisse se serra à nouveau, et il voulut refuser de faire porter un tel poids à cette petite. Mais son corps était trop faible, et il n'eut d'autre choix que de s'appuyer sur elle pour réussir à seulement s'accroupir, voûté, la respiration courte, le corps courbaturé et percé de mille douleurs. Elle se mit face à lui, agrippant ses épaules, avant de reculer en inspirant, l'air terrifiée. Ses mains se joignirent sur sa poitrine, le corps tremblant, alors que son visage se déformait de peur.

- V... votre... votre bras... Il... il...

Elle secoua la tête, respirant convulsivement. Narcisse baissa le regard jusqu'à la manche vide qui flottait dans le vent, avant de porter la main droite à l'endroit où aurait dû se trouver son bras. Il inspira et expira, avant de reporter son regard sur la petite, un sourire plus fort que lui déformant ses lèvres, sans joie.

- Ne t'inquiète pas. C'est pas nouveau.

Il secoua doucement la tête, s'accroupissant pour essayer de se mettre à son niveau, grognant de douleur. Ses plaies n'étaient pas guéries. Mais il serra les dents, portant sur Ella un regard léger, rassurant, il s'efforçait de l'envelopper dans un réconfort que lui-même savait illusoire. Comment pouvait-on rassurer une enfant qui venait de perdre sa grande sœur, et qui avait assisté à toute la scène ? Sa main tremblante quitta le spectre de son bras disparu pour se tendre vers elle, ouverte vers le haut.

- Moi, c'est Narcisse, Narcisse Brando. Je suis... j'étais, un ami de ta grande sœur. Je l'aimais beaucoup, tu sais ?

Sa gorge se serra, et un sanglot menaça de le terrasser, le forçant à s'interrompre. Il ne voulait pas s'interrompre tout de suite, il ne voulait pas laisser la petite face à cette information, face au rappel que Tiffanie était morte. Mais à sa grande surprise, elle se mit à sourire. Un sourire lumineux et radieux, qui illumina les ténèbres de la nuit et dans lesquelles son âme baignait depuis désormais trop longtemps. Son visage ne trahissait que l'incrédulité et la surprise, là où celui de la jeune Ella reflétait un espoir sans borne et une réjouissance qu'il trouvait inconcevable.

- Oh ! C'est vrai ? Vous allez pouvoir m'aider alors !

Puis elle se précipita en passant à côté de lui. Il la suivit du regard, anesthésié par la réaction inattendue de la petite fille. Durant l'espace d'un instant, son corps et son cœur furent allégés de tout fardeau, et les commissures de ses lèvres tressaillirent même dans un léger sourire. Puis il la suivit du regard, et toute la souffrance et la peine revinrent au galop. Elle courait à toute allure en direction de l'emplacement du cadavre de Tiffanie, à quelques mètres de là, recouvert de feuilles. Son sourire s'effaça, son cœur devint douloureux, il se tourna complètement dans la direction de la scène qu'il voulait pourtant de toute son âme ne pas regarder. Le dos voûté, le bras ballant, il secoua doucement la tête. Lorsqu'Ella s'arrêta enfin à côté du corps de sa sœur, elle lui fit signe de s'approcher.

- S'il vous plaît !

Puis elle repartit en courant, sans jamais apparemment se fatiguer, pour ramasser des tas de feuilles jusqu'à en avoir plein les bras. Narcisse ne comprenait pas. Il était hors de question d'enterrer Tiffanie tout de suite, c'était évident, non ? Il commença à marcher dans sa direction, il fallait absolument lui dire qu'il devait ramener le corps à sa mère et... Bon sang... Sa mère. Continuant d'avancer, tel un zombie, il fut frappé de plein fouet par la réalité nouvelle. Tiffanie était morte, et il allait devoir l'annoncer à Dianne. Il perdit conscience lors du trajet jusqu'au corps de son amie, et c'est lorsqu'il fut juste à côté d'elle qu'il récupéra l'usage de ses sens. Il n'avait pas pleuré, il avait résisté. La peine de la petite devait déjà être bien suffisante, il fallait la protéger, comme il le pouvait, il lui devait au moins ça.

Avec grande peine, il mit un genou à terre à côté du corps, et observa un instant de silence. Le visage vidé de toute émotion, il tendit la main pour commencer à déblayer les feuilles. Ella se précipita jusqu'à lui, tirant son bras de toutes les forces dont une petite fille pouvait disposer. Son visage se déforma à nouveau sous la souffrance, elle secouait frénétiquement la tête. Narcisse se laissa faire, docile, une nouvelle fracture s'ouvrant dans son cœur. Comment dire à une petite fille qui venait de perdre sa sœur que ce n'était pas ainsi qu'il fallait l'enterrer...

- Arrêtez ! Elle va avoir froid !

Narcisse se figea. Le monde autour de lui se déforma alors que ses yeux s'écarquillèrent. Un froid glacial le mordit de toute part, indicible. Il releva lentement la tête pour regarder face à lui, la bouche entrouverte. Elle ne pensait tout de même pas que...

- Je lui ai fait une couverture de feuilles... Je veux pas qu'elle ait froid. Maman me dit toujours que quand on dort, il faut bien se couvrir. Et quand elle se réveillera, je veux pas qu'elle ait froid.

Non... non, non. Narcisse tressaillit, s'effondrant en arrière, sa main le rattrapant, s'écrasant sur le sol, juste à temps pour l'empêcher de tomber plus loin que sur ses fesses. Sa tête le tournait, des coups de bélier matraquaient son cœur, l'ébranlant sans la moindre pitié. Des éclats de verre s'insinuaient dans sa tête, et chacune de ses respirations rapides et courtes raclaient sa gorge desséchée. Un coup de tonnerre fendit son crâne, manquant de le faire convulser alors qu'il laissa sa tête basculer en arrière.

Il avait réussi à ne pas pleurer en acceptant la mort de son amie, le fait que sa petite sœur la refuse le brisa. Elle lâcha son tas de feuilles pour se précipiter à ses côtés, agrippant ses vêtements.

- Monsieur Narcisse ! Vous avez mal ? Respirez ! Maman me dit qu'il faut toujours respirer quand on a mal !

Les portes solidement fermées du cœur de Narcisse furent défoncées dans un grand fracas. Les vannes retenant ses larmes suivirent dans la foulée, et elles coulèrent sans retenue sur ses joues, alors qu'il redressait la tête pour regarder Ella. Cette dernière baissa les yeux, et commença à donner des petits coups de poings sur son torse, résistant aux sanglots qui se mirent à la secouer à son tour.

- Non... Non... pleurez pas... faut pas pleurer... elle dort, c'est tout, elle va se réveiller bientôt...

Le regard embué de larmes, le bras de Narcisse passa autour de la petite fille et il ne put rien faire d'autre que simplement l'étreindre contre lui en se redressant, les genoux à terre. Elle se débattit, continuant de le matraquer de petits coups de poing faibles, sans force, avec l'énergie du désespoir. Ces petits coups de poing firent plus mal à Narcisse que toutes les blessures dont il souffrait. Elle le frappa longuement, sans s'arrêter de pleurer. Mais plus les sanglots l'envahissaient, plus elle cessa de se débattre. Et finalement, ses poings s'ouvrirent, se posèrent sur la poitrine de Narcisse, avant d'agripper de toutes leurs forces ses vêtements déchirés. Elle plongea sa tête dans le creux de son épaule et de son cou, et elle hurla toute sa douleur, sa voix se perdant dans la nuit après s'être brisée. L'adolescent ne dit pas un mot, berçant lentement et par réflexe Ella, sanglotant avec elle, sans se retenir, le visage déformé par la douleur et la peine, les lèvres tremblantes. La tristesse de la petite avait permis à Narcisse d'ouvrir les écluses de son cœur, et tout ce qu'il avait emmagasiné s'écoulait désormais sans pouvoir s'arrêter.

La peur de mourir, la haine qui le dévorait, la déception, la peine, la vengeance, la tristesse, la colère, l'angoisse, l'impuissance, la faiblesse, les souvenirs... Tout se mélangea, il fut déchiré de toutes parts, son âme lacérée de coups de serres acérées.

- Elle est morte, Ella.

- Non... non... non, non, non... NON !

- Je suis désolé.

Narcisse chuchotait à côté de l'oreille de la petite fille, davantage parce qu'il était incapable de parler plus fort que parce qu'il voulait être tendre avec elle. Aucune manière d'annoncer la mort d'un être aimé n'était la bonne. Narcisse sentit bien qu'elle le savait. Il savait qu'elle savait. La seule chose qu'il put lui offrir, c'était du temps, un peu de temps, durant lequel elle pourrait se sentir en sécurité, au moins un peu. Il fallait qu'elle accepte la mort de Tiffanie, elle n'avait pas d'autre choix, et Narcisse refusa de la lâcher tant qu'elle n'y arriverait pas.

Elle pleura longuement, beaucoup plus que Narcisse, dont les larmes cessèrent de couler au bout de quelques minutes. Il ne compta pas le temps. Il regardait le corps de Tiffanie, recouvert de feuilles. Avec assez de volonté, on pouvait imaginer qu'elle dormait, sans le moindre doute. Il ferma les yeux, et continua de bercer Ella dans son bras, la laissant tremper ce qu'il restait de ses vêtements.

Les sanglots d'Ella cessèrent enfin. Elle tremblait de tout son corps, mais plus elle respirait, plus elle reprenait contenance à son tour, reniflant bruyamment, sans la moindre retenue, ce qui ne put qu'arracher un sourire à Narcisse. Elle se recula, il relâcha son étreinte. Elle s'essuya le visage avec ses manches, les joues rouges, les yeux gonflés et le nez dégoulinant. D'un air triste et inquiet, elle regarda la poitrine de Narcisse, avant de commencer à l'essuyer faiblement.

- Pardon... pardon, j'ai sali ta chemise.

Narcisse pouffa de rire. Il fut incapable de s'en empêcher, et renifla à son tour en s'essuyant aussi le visage avec sa manche, avant de la regarder dans un sourire. Il saisit ses mains et la fit reculer. Elle s'agrippa encore une fois, mais elle entraîna avec elle la chemise de Narcisse dans un déchirement de tissu. Un air paniqué s'empara de son visage alors qu'elle tenait les lambeaux de ses vêtements tachés de sang. Il secoua la tête.

- C'est rien, il n'en restait pas grand-chose de toute manière.

Il baissa les yeux pour regarder ce qui lui restait comme vêtements. Le vent soufflait et rendait son dos strié de plaies hypersensible, des bleus violacés parsemaient sa poitrine. Le peu de tissu qui restait lui collait à la peau douloureusement, et deux énormes trous dans son pantalon laissaient apparaître des plaies sanguinolentes. Il soupira avant de saisir sa veste et sa chemise, et tira pour les déchirer, soupirant de douleur alors que son visage se crispait. Mais une fois ceci fait, il se sentit un peu plus léger, et un peu plus propre, le vent froid aggravait certaines de ses plaies, mais en soulageait d'autres. Le regard d'Ella se porta par réflexe sur son moignon, le bas de son visage se réfugiant derrière le lambeau de tissu qu'elle venait d'arracher.

L'adolescent se redressa en grognant, avant de revenir à côté du corps de Tiffanie. Il regarda Ella.

- Tu viens ?

Elle hésita un instant, puis le rejoignit. Narcisse récupéra délicatement le morceau de tissu qu'elle tenait.

- Tergeo.

Il essuya ensuite le visage de Tiffanie, le débarrassant du sang et de la boue qui l'en recouvrait. Ella sanglota à nouveau, et s'appuya contre Narcisse, tremblante de froid. Il la regarda, avant de changer sa prise sur le morceau de tissu qu'il tenait.

- Reparo.

Quelques morceaux de vêtements s'agglutinèrent sur celui qu'il tenait, et une partie de sa chemise fut reformée. Mais le reste était irrémédiablement détruit. C'était mieux que rien. En glissant ses pieds sur le sol pour s'écarter rapidement, il passa cette ébauche de vêtement sur les épaules de la petite, qui leva les yeux vers lui. Il la regardait d'un air profondément désolé, incapable de trouver les mots. Après un petit instant, elle agrippa le vêtement pour s'en entourer, et après encore un peu de temps, elle cessa de trembler de froid. Mais pas d'émotion, elle était vidée. Il posa sa main sur son front, elle était brûlante et glacée à la fois, il fallait vite la ramener.

Il posa un genou à terre, se tournant vers elle, le coude sur sa jambe.

- Où tu habites ?

Elle hésita un instant, son regard était un peu fuyant. Il comprenait. Après ce qui s'était passé, elle avait certainement peur de lui révéler où...

- Chez ma mère.

Il tiqua, écarquillant les yeux, sa bouche s'entrouvrant sous la surprise. Puis il sourit, lentement. Un sourire triste, mais pur. Il fut profondément touché par cette innocence et cette simplicité qui n'était pas sans lui rappeler la sienne à son âge. Il secoua la tête en pouffant de rire, avant de tourner son regard vers le corps de Tiffanie. Il lui prit doucement la main, avant de la lever vers Ella. Sa peau était froide, il frémit.

- S'il te plaît, tu peux prendre sa main ?

Elle eut un mouvement de recul instinctif, faisant frotter le tissu de la chemise de fortune sur le sol. Il n'insista pas, ne bougea pas, se contentant de maintenir la main de Tiffanie au niveau de ses yeux, sans l'avancer. Après un moment, elle s'avança doucement, les yeux imbibés de larmes, sa lèvre inférieure tremblante. Elle regarda Narcisse, puis la main de sa sœur. Ses deux mains s'en emparèrent, et elle colla son front contre le dos de cette main. L'adolescent lui laissa un instant de répit avant de délicatement refermer les doigts autour des mains d'Ella et de celle de Tiffanie. Elle ne broncha pas, mais leva un regard curieux vers lui. Il prit une grande inspiration, plongeant ses yeux dans les siens.

- Je dois ramener le corps de ta sœur chez elle. Mais j'ai besoin de ton aide.

La lèvre supérieure d'Ella se releva, ses sourcils fléchirent de tristesse, puis elle baissa la tête dans un sanglot. Il sentit que ses genoux allaient lâcher, il serra ses mains, la laissant tomber doucement au sol, dans un bruit de tissu. Elle reniflait bruyamment.

- J'ai besoin que tu imagines précisément l'endroit où tu vis. Visualise aussi précisément que tu le peux. Tu peux imaginer un endroit juste à côté de chez toi que tu aimes beaucoup, si tu veux. Un endroit où tu aimes jouer, que tu peux te représenter facilement, tu peux faire ça pour moi ?

Elle ne répondit pas, elle ne bougea même pas, durant plusieurs longues secondes. Puis elle releva la tête, le visage recouvert de larmes, mais une lueur de détermination naissante au fond de ses pupilles. Narcisse en fut surpris, mais touché. Elle hocha la tête, avant de fermer les yeux.

- Respire profondément... Prends ton temps. Imagine le maximum de détails que tu peux imaginer. Les odeurs, les sons, les images. Accroche-toi à ces pensées, et ne les laisse surtout pas t'échapper.

Elle ne réagissait plus. Et pourtant, Narcisse ressentait toute la concentration qui occupait le petit corps d'Ella. Il lui laissa plusieurs longues secondes.

- Prête ?

Elle hocha la tête, et un claquement de fouet retentit pour la dernière fois dans la clairière obscure, le son résonnant à l'infini dans la forêt noire.

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Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
CHAPITRE ONZE

Le claquement de fouet résonna dans le silence de l'immense hall d'entrée du manoir Tuséki. Suivi par le bruit d'un corps s'effondrant lourdement à genoux, grognant de douleur et de rage. Georges s'accrochait avec l'énergie du désespoir à l'une de ses statues, sans se préoccuper du sang qu'il répandait dessus. Il tremblait de tous ses membres, son visage était déformé par la colère, la rage et le dégoût, chaque fibre de son organisme criait sa révolte et sa soif de vengeance. Fumant encore de la décharge de magie qu'il avait encaissé de la part de cet immonde sang-pourri, ayant déchiré une partie de son pantalon, il prit une profonde inspiration avant de poser son autre main sur la statue, respirant péniblement. Son regard était entaché de sang, il l'essuya d'un geste tremblant, avant de s'acharner à essayer de claquer des doigts. Les coups que lui avait asséné cette maudite moldue commençaient à se faire sentir, et il cracha du sang. Il aurait tout aussi bien pu s'être heurté à une pierre pour ce qu'il en savait. Son corps glissa au sol, le visage tourné vers le plafond, incapable de claquer des doigts ni de crier pour appeler ses elfes. La panique l'envahissait alors que le sang s'écoulait de sa jambe et de son flanc. Comment avaient-ils osé !? Comment avaient-ils pu blesser ainsi le grand Georges Tuséki ?! Il les maudit, alors qu'une envie de vomir le fit convulser rien qu'à l'idée que des formes de vie inférieures aient pu ainsi poser leurs mains sur un descendant d'une des familles les plus anciennes et nobles de sang-pur. Sa voix croassa finalement.

- EEEEELFES !!

Le sang gicla à nouveau alors qu'il fut secoué d'une violente quinte de toux, et les bordures de sa vision s'assombrirent, tandis que la douleur le gagnait de plus en plus. Si seulement il avait encore sa baguette... Mais non ! Non, évidemment ! Le sang-pourri l'avait détruite avec son outil maudit ! Maudit, maudit !! Plusieurs claquements retentirent à proximité, suivis par des exclamations de panique, de peur, et des ordres criés. Il les entendit à peine. Mais ce qu'il perçut parfaitement furent les petites mains qui s'apposèrent sur son corps, et il sentit leurs pitoyables tentatives magiques pour guérir ses plaies. Il s'agita, frappant un elfe au hasard, poussant les autres à reculer.

- Non... non ! Po... potions... chambre... coffre... sous le lit !

Un moment de silence suivit, durant lequel les elfes se regardèrent, confus et peinés. Georges grondait intérieurement, serrant les dents. Puis enfin, les claquements de fouet retentirent à nouveau. L'homme fut soulagé.

Il avait passé sa vie entière à s'immuniser contre toute forme de magie, pour se forger un corps invincible qu'aucun sorcier ne pourrait défaire. Les effets obtenus dépassaient ses espérances, et depuis des années, il n'avait pas subi la moindre blessure due à la magie. Mais il avait aussi rapidement découvert que cette propriété venait avec son contrecoup... Il s'était insensibilisé pour se protéger de la magie offensive, certes, mais son corps était désormais immunisé à toute forme de magie ! Impossible pour lui de se soigner d'un simple mouvement de baguette, ni même d'espérer recevoir des soins extérieurs sous cette forme. Non, non, le seul moyen qu'il lui restait pour espérer survivre en cet instant était son stock de potions. Sa seule parade, ses armes secrètes. Mais il redoutait que ces elfes stupides se trompent. Il se jure de tous les tuer le cas échéant.

Lorsqu'ils revinrent, il entrouvrit les yeux, observant avec une satisfaction presque triomphante la vision de l'elfe majordome tenant son coffret. Il laissa échapper un grognement victorieux, se retournant sur le ventre pour s'en emparer sans ménagement, poussant au sol l'elfe tenant le précieux objet. Il n'en avait cure, et ouvrit précipitamment le couvercle, sa vision se brouillant de plus en plus alors qu'il se vidait de son sang. Les fioles tintèrent les unes contre les autres, il cherchait la bonne.

- Merde, merde, merde...

Il craignait de ne plus voir suffisamment bien pour la trouver, et il frémit à l'idée de... Victoire ! La petite fiole bleue lui tomba sous les doigts, il l'ouvrit et la bu d'un trait.

Son corps fut soudainement pris de convulsions violentes, et il laissa échapper un hurlement qui fit trembler l'air du hall, repoussant les petits elfes tremblants. Ses côtes cassées craquèrent en se ressoudant, sa peau brûla en se refermant, ses veines contenaient de la lave en fusion alors que sa moelle osseuse forçait l'organisme à produire de nouveau globules rouges. Il retrouva la vue, et dans une dernière secousse, ses muscles se remirent à fonctionner correctement. Sa respiration était pénible, il était couvert de sueur et de sang, mais il allait vivre ! Un sourire carnassier se dessina sur ses lèvres, et sans attendre, il se tourna pour s'appuyer sa jambe anciennement blessée, voulant provoquer son corps, lui montrer qu'encore une fois, il avait triomphé.

- AH !

Sa jambe céda sous lui, une décharge électrique lui fit pousser un cri de douleur, il avait l'impression qu'on lui avait enfoncé un tisonnier brûlant dans la cuisse. Quelque chose était sous sa peau. Il demeura un long moment, ignorant les elfes qui s'agitaient autour de lui, pour essayer de comprendre ce qui se passait. Il fit pivoter son torse, et poussa un autre cri de douleur, son corps se pliant en deux sous la nouvelle décharge qui lui transperça les poumons.

Les balles.

- Non....

Ses ongles crissèrent sur le sol marbré de son hall, puis il posa délicatement l'une de ses mains sur son flanc taché de sang. Les balles n'étaient pas ressorties. Il s'en souvenait maintenant. Il avait soigneusement parcouru toutes les pièces que la brigade magique avait constituées, et il se souvenait du corps étranger qui avait été retiré de la tête de William Shell. Un bout de métal. Son poing frappa lourdement le sol, laissant éclater toute sa rage et sa frustration à l'idée de se retrouver infirme, à cause d'une moldue et d'un sang-pourri !! Comment osaient-ils !? Son cerveau chercha avec toute l'énergie qu'il pouvait mobiliser une solution, une parade, un moyen de retirer ces foutus objets. Mais plutôt mourir que d'avoir recours à la médecine moldue, plutôt crever !

- Allez tous crever... Tous... Garce, pourri, fumiers...

Il se traîna lourdement en direction des escaliers, sa main pressant sa jambe blessée de toutes ses forces, s'efforçant de paraître digne. La voix d'un elfe retentit derrière lui.

- Maître, maître ! Qu'est-ce... qu'est-ce qui s'est passé ?

Georges s'immobilisa, ses cheveux se dressant sur sa nuque, alors qu'il se tourna lentement vers l'elfe majordome. Bizarrement, aucun ne s'était précipité pour décrocher ce poste, c'était à se demander depuis quand ces créatures avaient pris conscience du traitement qu'il leur infligeait. Son regard gris méprisant transperça la petite créature, comme si elle n'était qu'une vulgaire fiente de croup posée sur son chemin. Il blêmit, baissa les yeux, mais ne se détourna pas.

- Maître ! D... Voulez-vous envoyer quelqu'un dans la forêt ?.. N... nous avons vu des lumières... et...

Le pied de Georges vola sans pitié, heurtant l'elfe en plein dans la bouche, un craquement sinistre retentissant avant même que son petit corps ne cogne violemment le mur non loin de là. Il s'effondra pitoyablement, aucun elfe n'osa lever le petit doigt, jetant des regards désespérés à quiconque oserait en faire de même. L'homme les pointa d'un doigt odieux et rageur.

- PERSONNE n'ira dans cette forêt ! PERSONNE, c'est bien clair ! Et si l'un d'entre vous OSE colporter la moindre chose qu'il a vu ou entendu à une oreille que la mienne, vous regretterez d'avoir jamais été doté d'un système nerveux !

Les petits êtres gémirent de terreur en baissant le regard, se protégeant leur tête de leurs mains, certains s'accroupirent derrière une statue, plaintifs. Aucun n'osa répondre d'une autre manière que par un hochement imperceptible de la tête, tremblant comme des feuilles. Georges aussi tremblait. Ils pensèrent que c'était de fureur, ce qui ne fit qu'accroître leur frayeur. Mais l'homme baissa le regard, le posant sur sa main tremblante. Il... tremblait ? Lui ? Trembler ? Impensable. Ce devait être l'adrénaline, sans le moindre doute. Mais oui... il allait simplement retourner là-bas après avoir récupéré une baguette et... La peur. Un battement de son cœur, plus puissant que les autres, résonna à ses oreilles.

Une poussée de sueur trempa son dos, tandis qu'il s'accouda à la rambarde de son escalier, le souffle court, cherchant à se dérober aux yeux de ses elfes. Il tremblait de tout son corps, et les battements de cœur à ses oreilles furent remplacés par les détonations de l'arme maudite qu'il l'avait blessé. Des flashes l'aveuglèrent, il vit Honor dégainer son couteau, il la vit le matraquer de coup. Et surtout, il vit le sang-pourri, il vit son regard blanc, l'électricité qui s'en dégageait. Son corps fut pris d'une convulsion alors qu'il se crut à nouveau frappé par la vague de magie qui l'avait blessé. Pris de panique, n'entendant plus rien d'autre que le bruit de sa respiration pénible, il poussa sur sa jambe blessée pour se précipiter jusqu'à sa chambre, aboyant un denier ordre.

- Trouvez-moi une nouvelle baguette !!

Il franchit la porte de sa porte dans un grand fracas, la refermant précipitamment derrière lui. Il s'y adossa, et se laissa glisser jusque sur le sol, se prenant la tête dans les mains.

- Garce, garce, garce... vous n'êtes rien, rien, rien !

Il ferma les yeux, son corps lui faisait mal, les balles sous sa peau semblaient chauffées au rouge, lui retournant les entrailles et lui déchirant les muscles de la cuisse. Ses ongles griffèrent la peau de ses joues, ses yeux écarquillés, striés de rouge, fixaient le vide sa chambre. L'une de ses mains vint chercher sa baguette, l'emplacement sur sa poitrine où elle aurait dû se trouver. Il manqua une respiration.

- Merde !

Il se redressa brusquement, ignorant la douleur. Évidemment qu'elle n'était pas là, évidemment ! Il le savait déjà, qu'est-ce qui lui prenait !? Il fallait qu'il se calme, il se força à sourire, passant sa main dans ses cheveux poivre et sel, trempés de sueur, emplissant ses poumons d'oxygène. Son regard passa sur sa table de nuit, et il s'y dirigea, boitant péniblement, avant de s'asseoir sur son lit. Le cœur toujours au bord de l'explosion, sa main tremblante se leva pour ouvrir le tiroir. Une petite fiole contenant un liquide violent strié de rouge roula jusqu'à la planche de bois. Georges la contempla un instant, et un rire le secoua. Doucement au début, il s'amplifia de seconde en seconde. Ses doigts gourds s'en emparèrent, et il la déboucha. Tant qu'il aurait cette potion, son petit breuvage secret, rien ne pourrait lui résister.

Des décennies qu'il avait passé pour perfectionner ce mélange de potion de force et d'aiguise-méninges. Mais il ne s'était pas arrêté là. Il avait réussi à accroître ses pouvoirs magiques, grâce à un nouveau mélange récemment développé, et le prix à payer était... dérisoire à ses yeux. Cette potion le rendait plus fort, mais le privait de tout espoir d'un jour pouvoir renforcer son esprit. Jamais il ne pourrait devenir légilimens. Mais, d'un autre côté, il n'avait pas besoin d'apprendre l'occlumancie, puisque cette potion bloquait absolument tout. Rien ne sortait, certes, mais rien ne pouvait rentrer non plus. Sa plus belle réussite. La vapeur violette s'éleva lorsque le bouchon de liège libéra le goulot, il huma ces vapeurs, un frisson de plaisir le parcourant avant même d'y avoir porté les lèvres.

En une seconde, la fiole fut vidée, et projetée contre le mur, se brisant en mille morceaux.

- Aaaah...

Des veines violettes apparurent sur son cou, semblant se mouvoir sous sa peau. Sa tête bascula en arrière, ses yeux se fermèrent sous l'euphorie de l'impression de puissance qui l'envahissait à nouveau. Il n'en avait pas pris depuis plusieurs semaines, il n'en avait pas ressenti le besoin. Son âme s'égara durant plusieurs heures dans la béatitude qui anesthésiait son corps. Une seconde avant de sombrer dans un délire illusoire et onirique, il se demanda s'il ne pourrait pas retourner immédiatement à la clairière, et achever Honor et Narcisse. Un sourire déforma ses lèvres.

Inutile. Ils s'entretueraient bien tous les deux, vus comment ils étaient partis. Et si cela n'arrivait pas, sa nouvelle position de Président du conseil lui permettrait d'exercer sa vengeance d'une façon encore plus cruelle et satisfaisante. Dans une dernière expiration, il en vint presque à souhaiter qu'aucun des deux ne meure.

Il n'eut pas une pensée ni pour Tiffanie, ni pour son enfant qui n'avait jamais eu la chance de voir le jour. Il les avait balayés d'un revers de la main à l'instant où il avait vidé sa potion. Il en trouverait bien une autre, plus jeune et plus fertile, qu'il n'aurait aucune peine à engrosser. Demain, son emploi du temps serait chargé. Après tout, Poudlard avait failli à son devoir de surveillance, et à cause de cette négligence, sa noble personne avait été grièvement blessée.

Il était temps de reprendre ce lieu de débauche en main.

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Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
CHAPITRE DOUZE

Dans le silence de la nuit, la pénombre de la lune envahissait jusqu'aux tréfonds le cœur de Dianne Shell. Une nouvelle insomnie la frappait de plein fouet. Et une nouvelle fois, son réveil fut ponctué par le silence absolu de sa chambre, et le vide de son lit. Le creux dans le matelas à côté d'elle, dessiné par des années de vie commune avec William, ne serait plus jamais occupé. Elle le savait, désormais. Elle l'avait accepté, mais l'accepter n'empêchait pas les larmes de régulièrement couler et les coups de poignard de régulièrement fracturer son cœur. Mais cette nuit-là, ce qui la réveilla, ce ne fut pas la tristesse. Ce fut l'inquiétude. Une angoisse sourde et lancinante, s'immisçant dans ses veines telle de la mélasse. Elle pensa à Ella, alors qu'elle se redressa dans son lit, le grincement du bois brisant le silence de la pièce. Son regard s'adaptant à l'obscurité, elle pensa à elle, et à ce qu'elle lui avait dit juste avant d'aller dormir.

"Je vais jouer dans ma cabane maman, ne t'inquiète pas si je rentre tard, j'ai envie de regarder les étoiles ce soir ! Je prends aussi une couverture et un oreiller si jamais j'veux dormir dans la cabane ! Bisous, je t'aime fort !"

- Je t'aime aussi mon cœur...

Les mots sortirent en chuchotis de la gorge de Dianne, sifflant à peine plus puissamment que le vent dans les arbres non loin de là. Elle voulait aller la voir. Elle ne voulait pas cesser de voir sa dernière fille, la dernière famille qui lui restait. Son mari était mort, et son aînée était partie... La sorcière soupira, jetant doucement les couvertures sur le côté, déposant ses pieds nus sur le sol froid de sa chambre. Elle frissonna, avant de se lever, plaçant sa baguette face à elle pour s'éclairer. Et lentement, très lentement, comme si son mari dormait encore dans son lit, elle quitta la chambre, et jeta un regard attristé en direction de l'intérieur en fermant la porte derrière elle. Sa robe de chambre n'était pas suffisamment épaisse pour la protéger du froid ambiant ni même pour dissimuler sa silhouette de la lumière de la lune, mais elle avait besoin de ressentir ce qu'elle pouvait. Depuis des mois, elle errait, telle une coquille vide, se raccrochant à la seule chose au monde lui prodiguant un peu de bonheur : Ella. Et elle allait pouvoir la voir simplement parce qu'elle en avait besoin. Cette sensation la réchauffa de l'intérieur.

De l'index, elle toqua doucement contre la porte en chêne.

- Mon cœur ? C'est maman.

Elle laissa un court silence flotter, refermant le haut du col de sa chemise de nuit en frissonnant une nouvelle fois. Ses doigts se déposèrent sur la poignée, et elle attendit encore un peu. Le cliquetis délicat de l'ouverture prudente retentit après quelques secondes, et la porte s'ouvrir sans grincer. Dianne jeta un regard, éclairant doucement la pièce pour ne pas réveiller sa fille. Son cœur manqua un battement, le lit était vide. Puis elle pouffa d'un rire nerveux en expirant. Ella avant donc bien décidée de dormir dans sa cabane cette nuit-là. Plus qu'à sortir dans les bois pour la rejoindre. Maintenant qu'elle était levée, il était hors de question pour elle de se recoucher avant d'avoir au moins pu embrasser sa petite sur la joue.

En moins de temps qu'il ne fallut pour que son cerveau en prenne conscience, elle se retrouva dans la cuisine, à préparer un panier repas pour elle et sa fille. Ce n'était pas raisonnable, elle le savait, mais s'en fichait. Elle secoua la tête pour dégager son visage de ses cheveux roux, en terminant de préparer le panier d'un geste fluide de sa baguette. Un sourire réussit enfin à se dessiner sur son visage, appréhendant avec impatience le moment de complicité qu'elles allaient toutes les deux passer. Le haut de ses joues lui fit mal un court instant, comme si les muscles à cet endroit-là s'étaient atrophiés à force de ne plus être utilisés. Puis elle se dirigea vers le portemanteau de l'entrée, s'apprêtant à récupérer deux vestes chaudes.

Un claquement de fouet retentit devant l'entrée.

*

Narcisse accusa le coup du transplanage en tremblant, sentant l'intérieur de son ventre vouloir s'échapper à tout prix. Il était incapable de faire le moindre mouvement, et malgré toute sa bonne volonté, il ne put empêcher la petite Ella de vomir tripes et boyaux juste devant lui, sans égard pour ce qui restait de son pantalon. Cela aurait pu le faire sourire, mais bizarrement, la vue et le toucher froid du corps de Tiffanie Shell, dont il tenait la main avec celle de sa petite sœur, était la seule chose qui hantait ses pensées. Il leva la tête, pour contempler les alentours, jusqu'à finalement tomber sur la maison des Shell. Il la reconnut, il y avait déjà été, il y a longtemps. Sa mémoire en gardait de bons souvenirs, même si à cette époque, la petite Ella tenait presque dans la paume des mains de ses parents. Durant un bref instant, il souhaita de toutes ses forces pouvoir retourner à cette époque, revivre ces instants qu'il avait laissé passer comme s'ils étaient acquis. Il baissa le regard sur la petite, qui se remettait en tremblant, essuyant sans grand raffinement le vomi de ses lèvres avec les lambeaux de la chemise de l'adolescent.

Une porte s'ouvrit brusquement, brisant cet instant de flottement, presque apaisant, que partageait les deux âmes, à genoux à côtés du corps de Tiffanie. Narcisse ferma les yeux en les sentant s'humidifier. Pas encore, il n'était pas prêt, s'il vous plaît, il ne pouvait pas l'affronter maintenant...

- Qui va là ?!

Mais la voix intransigeante de Dianne suivit dans la seconde, faisant trembler le cœur de Narcisse. Son visage se déforma sous la douleur alors qu'il serra les mains de Tiffanie et d'Ella, incapable de relever la tête. Des bruits de pas s'approchèrent, les environs s'éclairèrent sous le Lumos puissant de la maîtresse des lieux. La petite fut la première à retrouver contenance, elle semblait presque soulagée et heureuse, durant un court instant.

- Maman ! C'est moi ! J'suis venu avec Narcisse Brando, et Tiffanie !

L'adolescent réprima un sanglot en convulsant une unique fois, sa tête lourdement attirée vers le sol. Ella lâcha sa main pour se précipiter aux côtés de sa mère qui s'était arrêtée, la main sur la bouche, incapable de retrouver sa respiration. Narcisse écouta le bruit des deux corps qui s'enlacèrent brusquement, et de celui correspondant probablement à des genoux touchant le sol. La voilà qui le rejoignait. Relever la tête lui demanda plus de force et de détermination que tout ce qu'il avait pu accomplir de difficile dans sa vie. Il vit Ella dans les bras de sa mère, recommençant à sangloter bruyamment. Puis il vit Dianne, qui ne voyait que lui.

Il fut transpercé par son regard. Un regard de pure crainte, de pure colère et d'agressivité. Et aussi étrange que cela puisse paraître, il en fut soulagé. Il ne voulait pas que le premier échange de regard entre elle et lui soit teinté de tristesse et d'abattement, malgré l'inéluctabilité de ce qui allait arriver. Il fut incapable de prononcer le moindre mot, et il s'en fichait qu'elle puisse penser qu'il représentait un danger pour Ella, il n'était juste pas capable. De rien. Rien, il ne put rien faire, si ce ne fut les observer, le visage sculpté dans la pierre.

- Mon cœur... où tu étais, qu'est-ce qui s'est passé ?

- J... on... j'allais à la cabane, et... et, et un homme est arrivé à côté de moi, il... il m'a dit... il m'a dit que Fanny, que Fanny avait, qu'elle avait, un truc, il fallait qu'elle me dise quelque chose...

Sa voix criblée de sanglots matraquait le cœur de Narcisse aussi durement que celui de sa mère, l'adolescent observa sans la moindre difficulté l'expression d'horreur passer à de nombreuses reprises sur ses traits. L'horreur, l'indicible horreur de réaliser qu'elle aurait pu perdre une autre fille devait lui... Il manqua un battement de cœur, elle ne savait même pas pour Tiffanie... Il devait lui dire, il devait lui dire, vite, il ne fallait pas trop attendre. Mais sa gorge était aussi serrée que si un étau de fer l'entourait, il ne pouvait même pas ouvrir la bouche, peinant déjà à respirer. Sa main refusait de lâcher celle de Tiffanie.

- Et... et, j'me... j'suis arrivé dans une clairière, et, et, et Fanny était là, et Narcisse aussi, il... il a dit qu'il... qu'il connaissait Fanny... Et... Oh, maman, j'ai eu si peur ! Ils se sont battus, et l'homme a demandé à Fanny de faire quelque chose, et Narcisse a dit qu'elle était enceinte, et puis elle est tombée et je... et je... et je sais plus ! Pardon, pardon... Aaha...

Le visage de Narcisse était déformé par les sanglots silencieux qui désormais s'échappaient de lui. Ses dents saillaient sous la lumière de la lune, sa lèvre inférieure recourbée, les veines de son cou distendues. Il tremblait comme une feuille, le cœur piétiné et foulé au pied par les mots de la petite Ella. Mais ce qui acheva véritablement de le consumer de désespoir, ce fut l'expression de Dianne.

Vide. Sans âme, un masque de pierre s'était déposé sur ses traits tandis qu'elle s'était levée en s'approchant de Narcisse et du corps de Tiffanie, tenant dans ses bras la petite Ella qui s'accrochait avec l'énergie du désespoir. L'adolescent secoua doucement la tête en refermant les lèvres, débordé par les reniflements et les tremblements. Il voulait s'excuser, il voulait s'excuser, demander pardon, c'était de sa faute si tout cela était arrivé. Elle s'approcha encore.

Arrêtez.

Narcisse secouait la tête sans pouvoir s'arrêter, son regard alternant entre le corps de Tiffanie et sa mère qui s'approchait lentement.

N'allez pas plus loin.

Mais aucun mot ne franchit ses lèvres, et Dianne se retrouva enfin aux côtés de sa fille et de Narcisse qui refusait de lui lâcher la main. Comment décrire ce moment sans trahir ce que l'adolescent et l'adulte ressentirent ? Leurs yeux se croisèrent, longuement, mais seul un bref échange s'accomplit. En un clignement d'yeux, un battement de cœur, elle sut. Il le vit, elle savait, il le voyait aussi clairement que si le soleil avait soudainement décidé de remplacer la lune.

- Bonsoir Narcisse, ça faisait longtemps.

Comment pouvait-elle le saluer aussi simplement, aussi sobrement ? Comment pouvait-elle ne pas hurler toute sa douleur comme Narcisse et Ella l'avaient fait quelques minutes plus tôt ? Il ne put lui répondre, le regard presque implorant. Elle posa un genou à terre, sans mot dire, avant de finalement baisser le regard pour regarder sa fille. Une larme coula du coin de son œil. Pas le moindre sanglot, pas la moindre réaction autre que ses yeux marron s'emplissant de larmes, trahissant le calme apparent de la mère de Tiffanie. Elle releva les yeux, un sourire déplacé aux lèvres, Narcisse secoua encore la tête.

- Elle...

Sa voix se brisa, Narcisse ferma les yeux, incapable de contempler à la fois son reflet dans les pupilles marron de Dianne et le chagrin qui s'en émanait. Elle se mit à trembler à son tour en tendant un bras sous la nuque du corps de Tiffanie. Avec une force insoupçonnée chez une femme de cette taille, elle souleva le haut du corps de sa fille jusqu'à l'accoler à sa poitrine, l'enserrant de toutes ses forces avec son bras. Narcisse lâcha finalement la main de Tiffanie, incapable de détourner le regard. L'apparent calme de Dianne lui redonnait de la force, forçait son propre calme à revenir. Mais la voix brisée de l'adulte agit comme si on raclait des bouts de verre dans les oreilles de l'adolescent.

- C'est ma fille... Fanny...

Elle leva les yeux pour le regarder.

- Merci... Tu l'as ramené... Tu as bien reçu ma lettre au final... Je suis si heureuse, si... Aah... Hg...

La main de Narcisse vint se poser en tremblant sur le bas de son visage. Tout ce qui tournait autour de lui prenait trop d'importance. Le destin d'une petite fille, la mort de son amie, le deuil d'une veuve et d'une mère, la mort, la mort, la mort. La mort et le chagrin, la tristesse, le déchirement, le désespoir, la guerre, les morts, les blessés, la peur. Son genou glissa péniblement sur le sol, il posa son pied solidement sur la terre froide. Il se leva ensuite péniblement, fermant son visage, fermant son cœur, refermant les barrières, enfermant tout à double tour derrière les portes blindées de son myocarde. Son pied blessé traînant au sol, il s'approcha en tendant doucement sa main.

- Je peux prendre Ella, si vous le voulez.

Son regard était doux, malgré l'absence d'expression sur son visage. Sa voix était douce, emplie de bienveillance, de bonté, comme il avait toujours parlé dans sa vie. Il ne voulait que le bien, et depuis trop longtemps, plus rien de bien n'arrivait autour de lui. La moindre chose qu'il pouvait faire, c'était de permettre à une mère de porter le corps de sa fille décédée.

Dianne leva les yeux jusqu'à lui, sans réagir. Il craignit un instant une réaction à laquelle il ne s'attendait pas, et il en vint presque à souhaiter qu'elle se défoule sur lui. Qu'elle se lève, qu'elle lui hurle dessus, qu'elle le frappe, qu'elle lui lance un sort, qu'elle le gifle, le traite de tous les noms, lui reproche la mort de Tiffanie. Après tout, c'était à cause de lui si tout ça était arrivé non ? Même la mort de William. Comment avait-il pu l'oublier ? Mais elle ne fit rien de tout ça. Elle serra encore longuement ses filles, avant de tourner le visage vers Ella, sa main caressant sa joue couverte de larmes.

- Mon cœur ? L'homme qui a ramené ta sœur, c'est lui qui l'a empêché de nous quitter, il y a des années. Il... Il a... Tu, tu peux lui faire confiance. Tu peux aller avec lui le temps que je porte Fanny jusqu'à chez nous ?

Ella ne réagit pas. Narcisse redouta un instant la réaction de la petite. Elle devait probablement ignorer qu'autrefois, l'adolescent avait empêché Tiffanie de commettre l'irréparable, et l'avait convaincu de ne pas se suicider. Il n'aimait pas repenser à cette époque, à sa deuxième année, où la pauvre fille était tiraillée entre les membres de sa famille et ses valeurs, perdue autant qu'on pouvait l'être, incapable de retrouver ses repères. Mais il était incapable de retrouver le bonheur simple qu'il pouvait ressentir autrefois lorsqu'il y repensait. Tout ce qu'il pensait en cet instant, c'est qu'il n'avait pas réussi à la sauver, pas cette fois-là. Il jeta un regard en arrière, il avait cru entendre un craquement, il fallait rentrer, vite.

- S'il te plaît, elle va avoir froid si elle reste trop longtemps dehors.

Il se dégoûtait, mais il était plus que temps qu'il ne commence à s'imposer. Sa passivité, c'est ce qu'il blâmait désormais. Le visage de Dianne se déforma sous la souffrance et la surprise, son bras enserrant Tiffanie appuyant plus fort sur elle, comme si elle craignait qu'on ne la lui prenne à nouveau. Ella renifla une dernière fois, avant de hocher timidement la tête. Elle se tourna doucement vers lui, s'agrippant encore à sa mère, jusqu'à ce que Narcisse n'agrippe délicatement sa main. Elle vint se mettre à côté de lui, et ils demeurèrent immobiles, la petite s'accrochant à sa jambe comme à un phare en pleine tempête.

Dianne reprit sa respiration, plusieurs fois, son deuxième bras rejoignant le premier pour serrer sa fille contre elle, malgré les regards insistants de Narcisse. Il fallait bouger. Désormais, son esprit était obnubilé par une chose : Georges n'allait pas s'arrêter là, et il fallait impérativement mettre Ella et Dianne en sûreté. Mais malgré tous ses efforts, toute sa volonté, il se sentit incapable de la brusquer. Il préférerait affronter une armée entière plutôt que de lui demander de bouger. Alors il attendit, patiemment, laissant la mère faire le deuil de sa fille.

Les feuilles craquèrent sous les pieds de Dianne lorsqu'elle se redressa en portant le corps de Tiffanie dans les bras, son regard se plongeait dans celui de Narcisse, qui baissait les yeux pour la regarder, leurs visages éclairés par la timide lumière de l'aube. Combien de temps s'était écoulé ? Ils l'ignoraient, et en cet instant, alors qu'ils prirent tous trois le chemin de la maison dans le plus grand silence, il aurait difficile pour eux de s'en ficher davantage.

La tête de Tiffanie pendait dans le vide, et Narcisse lâcha la main d'Ella pour la redresser délicatement, soulageant très légèrement la douleur sans fin qui faisait rage derrière les portes de son cœur. À la lumière des premiers rayons de soleil, l'adolescent prit conscience que plus jamais ces yeux gris autrefois si plein de vie ne le regarderaient. Il aurait tout donné pour qu'elle lui fasse la morale et le juge comme elle le faisait si bien autrefois.

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Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
CHAPITRE TREIZE

- O'Belt, vous êtes certain que ça peut marcher ?

La voix d'Elina Montmort vibra au rythme de ses pas, résonnant dans son bureau. Elle faisait les cent pas devant les membres du personnel de son école, tous rassemblés en cet instant, et devait lutter pour ne pas s'arracher les cheveux. Elle s'immobilisa suite à ses mots, son regard se portant sur l'infirmier de l'école, droit comme un I, bras derrière le dos, l'air visiblement inconfortable. Il regardait la directrice, mais cherchait régulièrement à baisser les yeux pour soulager la pression intense qu'elle dégageait, ne serait-ce qu'un instant. Il déglutit bruyamment, ramenant ses mains devant lui pour se frotter le pouce entre les doigts, avant de se racler la gorge. L'infirmier regarda discrètement les autres adultes présents avec lui.

- Et bien... En théorie... Oui, ça devrait marcher. Mais en pratique...

Elina claqua des doigts en brandissant le poing, se tournant de trois-quarts, sa voix claquant comme le son d'un fouet.

- O'Belt ! Nous n'avons ni le temps pour les hésitations, ni pour les approximations, alors explicitez en vitesse !

Le jeune homme se raidit, et si la situation aurait pu potentiellement plaire à certains adultes ici présents de voir leur collègue se faire rabrouer méchamment par la directrice, en cet instant, il n'en fut rien. Chacun et chacune était visiblement mal à l'aise, tendu, voire apeuré pour les plus vulnérables. Archibald Featherstone lança un regard compatissant à l'infirmier, tandis que la professeure de défense contre les forces du mal observant la scène, s'adossa à une colonne, dans un silence grave, croisant les bras sur sa poitrine. Les autres demeurèrent aussi immobiles que des statues. Diarmuid inspira profondément, ne se laissant pas décontenancer, avant de reprendre.

- Comme je vous ai expliqué tout à l'heure, il y a quelques années, j'ai examiné dans un contexte médical Honor Brando, sur la demande de Narcisse. Et lorsque j'ai... procédé à l'examen, elle m'a laissé insuffler ma magie au sein de son organisme.

Il tourna son regard pour observer les autres, un mélange d'anxiété et de culpabilité se lisait sur son visage, nuancé cependant par un discret, mais bien présent, brin de fierté. Il se redressa, reprenant peu à peu son assurance habituelle.

- Et lors de l'examen, il semblerait que mon esprit ait... marqué le sien.

Elina croisa les bras sur sa poitrine, s'asseyant sur son bureau, arquant un sourcil. Archibald se redressa sur son fauteuil, entrouvrant les lèvres, Sixtine se décolla du mur en fronçant les sourcils, et tous réagirent avec plus ou moins de visibilité à cette infirmation pour le moins déconcertante. La tension présente dans la pièce venait de s'accroître d'un cran, Diarmuid osait à peine respirer. Si tous l'écoutaient auparavant, désormais, tous les regards étaient rivés sur lui. La directrice fut la première à reprendre la parole, s'approchant de l'infirmier, plongeant son regard dans le sien, la voix froide et cassante.

- Qu'est-ce à dire ? Qu'entendez-vous par "marquer" ? Et surtout, en quoi cela pourrait nous être utile ?

Malgré l'évidente envie de faire un pas en arrière qui s'imposa chez Diarmuid, il résista, fermant les yeux un court instant en détournant le visage, avant de ramener son regard sur Elina.

- Pour faire simple, lorsque j'ai insufflé ma magie en elle, mon esprit a infiltré le sien, un très court instant, et y a déposé une balise, un marqueur en quelques sortes.

Plus il parlait, plus les autres se redressèrent, et plus les visages devenaient graves.

- Ce qui veut dire que... Je puis, en tout instant, si je le souhaite, connaître son emplacement, et surtout... y transplaner, aussi près que je le souhaite, sans risquer une fusion de corps.

Une clameur de rumeurs et de chuchotements plus ou moins forts explosa soudainement. Certains se regardèrent en se cachant la bouche, d'autres ne cachaient pas leur révolte, et Sixtine vint carrément l'attraper par l'épaule pour le forcer à la regarder.

- Et c'est maintenant que vous jugez bon de nous révéler cette information ?!

Il n'eut même pas le temps de répondre que Mia s'insurgea en se levant.

- Vous avez violé son esprit ?? Mais qu'est-ce qui vous a pris ?! Combien d'autres portent cette marque sans être au courant ?

- Assez !

Elina accompagna sa voix d'un brin de magie sans baguette, et même les murs de la pièce vibrèrent sous le choc. Tous se turent et tournèrent les yeux vers elle, plus un bruit ne se fit entendre, même les mouches et les tableaux jugèrent bon de faire profil bas. La directrice se frotta les paupières du pouce et de l'index, le visage légèrement baissé. Archibald se leva pour venir se placer à ses côtés et regarder l'infirmier, son expression trahissant son incrédulité, il semblait déçu.

- Mais... O'Belt, qu'est-ce que cela signifie ? Par Merlin, expliquez-vous.

- Je... Si vous me laissiez une seconde, je vous en prie !

Diarmuid leva la main au niveau de sa poitrine, se dégageant de la prise de Sixtine, s'éloignant d'un pas. Il rajusta ses vêtements.

- Je ne m'en étais pas rendu compte à l'époque, ce n'était pas quelque chose de volontaire de ma part. Mais je soupçonne que même alors, mon esprit avait identifié cette femme comme une menace potentielle, chose à laquelle je refusais de me résoudre. Mais ce qui est certain, c'est qu'il l'a fait. Et pourquoi ne vous en ai-je pas parlé auparavant, c'est tout simplement car je l'ignorais moi-même, jusqu'à récemment.

Il regardait doucement chacun des adultes présents dans la pièce, avant de déglutir.

- C'est en discutant avec Miss LeFer que j'ai envisagé cette possibilité, et, après quelques tâtonnements, il s'est avéré qu'effectivement, je sens où elle est. Là, tout de suite, je le sais. Et non, Miss Vermillon, rassurez-vous, j'ai cherché, mais je n'ai implanté aucun autre marqueur.

Un silence lourd laissa place à son discours, les visages étaient marqués par la désapprobation, le choc, mais d'autres trahissaient déjà la réflexion intense qui se déroulait dans leur esprit. Elina faisait partie de ces visages. Elle tourna le dos pour marcher vers son bureau, le menton entre le pouce et l'index. Son visage se tourna à moitié vers Diarmuid, ne laissant apparaître qu'un œil.

- Je suppose que le jeune Brando n'est pas marqué...

Il secoua doucement la tête, répondant par la négative, et elle replongea son visage dans sa main en fermant les yeux. Plusieurs longues secondes de silence s'écoulèrent, la pièce éclairée uniquement à la lueur de la lune et des bougies.

- Vous êtes certain de son emplacement ?

Il hocha la tête cette fois-ci.

- Et si je vous le demandais, vous pourriez vous y rendre ?

- Oui madame.

- Combien de personnes pensez-vous pouvoir emmener avec vous ?

Elle sortit son visage de sa main, se tournant entièrement vers lui, croisant de nouveau les bras sur son torse. Interloqué un bref instant, il finit par baisser le visage, réfléchissant rapidement, des mots se lurent sur ses lèvres alors que son cerveau fonctionnait à plein régime. Lorsqu'il redressa la tête, son regard était assuré.

- En me comptant, cinq personnes, pas plus.

- Elina, à quoi pensez-vous ?..

Archibald fit un pas vers la directrice, l'air inquiet, avant qu'elle ne replonge dans sa réflexion, contournant son bureau pour s'y asseoir. Elle prit une grande inspiration qu'elle bloqua un instant, avant d'expirer tout aussi longuement. Ses mains se croisèrent devant le bas de son visage, ses coudes se posèrent sur le bois.

- O'Belt. Vous allez prendre en embuscade Honor Brando. Vous, Mister Featherstone, Miss Valerion, Priddy et moi-même vous accompagnerons.

Elle leva les yeux vers Suileabhan Kohler, le concierge, discrètement adossé à un coin de mur, elle leva un index inquisiteur.

- Pendant ce temps, Mister Kohler, vous préparerez un endroit pour la conserver captive lorsque nous reviendrons. N'en parlez à personne, pas même à moi, je veux qu'il soit impossible d'y entrer ou d'en sortir sans votre consentement !

De nouveaux éclats de voix se levèrent, et une fois n'était pas coutume, ce fut Sixtine Valerion qui manifesta le plus clairement sa désapprobation.

- Vous comptez la ramener ici ?!

Elle avança vers le bureau, poussant sans ménagement ceux se trouvant en travers de sa route, ses mains claquèrent presque sur le bureau lorsqu'elle fit face à la directrice, ses yeux bleus glacés plongeant dans ceux tout aussi froids d'Elina.

- Notre indulgence a déjà trop coûté, il faut l'éliminer !

- Miss Valerion, j'apprécie votre point de vue, mais il nous la faut vivante.

- En quel honneur ?! Vous avez vu de quoi elle est capable ! Pour une moldue, elle est bien trop débrouillarde, elle va...

- J'ai besoin qu'elle soit vivante !

Le fait qu'Elina hausse la voix sans prévenir, brisant son apparent calme, fit taire la professeure, qui fronça les sourcils, interloquée. La directrice se frotta le front du pouce, soupirant d'exaspération, avant de sortir une enveloppe de son tiroir, marquée du sceau du Conseil. Son visage trahissait toute sa colère, son impuissance et pour ceux qui savaient la lire, une ombre de panique. Elle laissa un silence s'installer une courte seconde, avant d'agiter la lettre décachetée sous le nez de Sixtine.

- J'ai reçu ceci, il y a tout juste deux heures, une gentille attention du nouveau président. Tuséki.

La mention de son nom réveilla de nouveaux murmures, révoltés, effrayés, incrédules. Le papier claqua contre le bois.

- C'est une menace à peine voilée, Honor et Narcisse se sont dressés contre Georges et l'ont tous deux blessé ! Il dit que nous sommes trop laxistes, trop mous et qu'il va très prochainement y remédier !

Les incrédules devinrent les effrayés, les révoltés les incrédules. Elina cogna rageusement du poing sur la table, les dents serrés et les traits déformés par la colère.

- Ce salaud n'attendait que ça ! Je ne laisserai pas interférer dans les affaires de l'école !

Ses poings se serrèrent, ses ongles pénétrant la paume de ses mains. Elle reprit le contrôle de sa voix.

- Mais pour ça, il nous faut une monnaie d'échange, à tout prix, il faut que nous ayons quelque chose pour le pousser aux négociations et surtout les gagner. Je préfère mourir que de vendre l'un de mes élèves, mais une moldue terroriste, c'est une autre histoire.

Elle secouait doucement la tête, les dents serrées, la voix grondante. Sixtine la regardait de haut, avant de rouler des yeux au plafond en claquant de la langue, puis se détourna, ses talons résonnant contre le sol, trahissant son énervement. Mais elle se résigna, au moins pour l'instant. Elle se jura toutefois que si jamais la moldue commençait à représenter le moindre danger pour quiconque, elle l'abattrait sans hésiter. Mais cela, elle se garde bien de l'exprimer à voix haute. Elina soupira en redressant la tête, son index frottant contre sa paume.

- D'autres objections ?

Nul ne parla, alors elle se leva.

- Dans ce cas, il nous faut partir sans plus tarder, le temps nous manque atrocement.

Alors que chacun s'empressa d'accomplir le rôle donné, avec plus ou moins d'engouement, elle s'approcha du groupe qui allait accomplir la basse besogne. Profitant du brouhaha ambiant lors de la sortie des adultes, elle murmura :

- Je connais votre envie de retrouver le jeune Brando, mais notre mission dépasse sa personne. Si nous échouons, Poudlard se retrouvera sans défense face au Conseil. Il pourrait être n'importe où, alors la moldue est la seule et unique priorité.

Elle leva les yeux vers Diarmuid en tendant le bras, sa baguette dans l'autre. Après une hésitation, il déposa sa main sur la sienne, rapidement rejoint par Archibald, Sarah et Sixtine, tous armés de leur baguette. Après une dernière minute dédiée à de derniers détails, le claquement de fouet retentit, laissant le bureau vide.

*

Elle avait mal, elle avait froid, elle avait peur, elle voulait pleurer toutes les larmes de son corps. Elle voulait s'adosser à un arbre pour ne plus jamais s'en lever, elle voulait s'asseoir, ne serait-ce qu'une seconde, pour se reposer, souffler un peu. Honor leva une nouvelle fois sa jambe, faisant un pas de plus dans la direction du manoir Tuséki. Ses lèvres dégoulinaient de sang à force de les mordre pour se donner du courage, ses mains égratignées à répétition de s'appuyer sur les troncs et d'y déraper lorsque ses jambes l'abandonnaient. Son nez la faisait souffrir, tout son visage était enflé et ensanglanté, elle peinait à respirer, sa gorge avait été en partie broyée par la poigne de Georges. Son corps était brûlant, toutes ses forces semblaient l'avoir abandonné. Une bosse sur son front la faisait souffrir à chaque courant d'air qui avait le malheur de la caresser.

Mais ses blessures physiques faisaient pâle figure à côté des afflictions dans lesquelles son âme baignait. Chaque mot qu'elle avait prononcé, brandi contre son fils, lui faisait l'effet de lave en fusion qu'on aurait directement fait couler autour de son cœur. Chacun de ses battements faisait tressaillir son corps sous l'élancement de la torture indescriptible qu'elle ressentait. Elle n'avait pensé aucun des mots qu'elle avait prononcé. Elle les regrettait tous. Ses yeux s'humidifièrent alors qu'elle fit un autre pas, serrant les dents en grognant, s'appuyant sur un sapin, ignorant les épines pénétrant sa peau. Comme elle aurait souhaité faire demi-tour, écouter son fils, et tout simplement abandonner. Mais à chaque fois qu'elle envisageait cette possibilité, le visage d'Oscar s'imposait à son regard, la privant de toute autre perception des choses.

- Oscar...

Sa voix était brisée, tremblante, elle ferma les yeux en prenant un autre pas, manquant de tomber de tout son long lorsque la pointe de son pied se heurta à une racine. Son genou toucha le sol, elle était à bout de souffle, à bout de forces. Elle serra les dents, sa main droite enserrant jusqu'à trembler la crosse de l'arme qu'elle avait dérobée à son fils. Le cliquetis métallique affûta sa détermination, tailladant sa faiblesse et balayant ses doutes, effaçant tout ce qui ne comptait plus pour elle. C'est-à-dire absolument tout. Seuls restaient dans son esprit Narcisse vivant et Oscar vengé. C'était tout ce qui comptait à ses yeux en cet instant.

Elle aurait préféré crever plutôt que d'arrêter là. Combien de temps lui restait-elle avant qu'elle n'atteigne le manoir ?

- Arrête d'y penser. Bouge, bouge, bouge !

Sa jambe poussa sur le sol pour redresser son corps, elle manqua de perdre l'équilibre, avant de continuer à avancer. Elle allait jusqu'au prochain arbre, puis le prochain, et ensuite le prochain, et ainsi de suite. Sa respiration courte fut interrompue par sa déglutition difficile, sa gorge était sèche à s'en craqueler. Mais qu'importe, elle ne comptait pas survivre à cette nuit.

Puis soudainement, lorsqu'elle prit un nouveau pas, sa vision devint floue, sa tête tourna et sembla exploser entre ses mains. Ce ne fut que grâce au prix d'un nouveau coup de dents sur sa lèvre qu'elle s'empêcha de tomber à genoux. Utiliser cette magie étrange lui coûtait très cher, et même si elle ne la comprenait pas encore tout à fait, elle allait l'utiliser autant que nécessaire. Peu importe les moyens, peu importe comment, peu importe qui, elle irait au bout. Elle fit un nouveau pas en se tentant la hanche, tout son corps était criblé de douleurs, comme si on lui piquait des bouts de verre sous la peau. Sa nuque picota, elle s'immobilisa.

Un claquement de fouet brisa le silence de la nuit.

Elle leva le bras en pivotant sur elle-même, ignorant la douleur, le doigt sur la détente.

- Expelliarmus !

Son arme lui sauta des mains, elle ferma le poing en se concentrant, prête à catalyser un nouveau bouclier.

- Accio alliance !

Sa main ouverte, sur laquelle était enfilée l'alliance d'Oscar, laissa échapper sans qu'elle ne puisse rien y faire la bague en argent, elle scintilla en passant devant ses yeux alors qu'elle fila hors de sa portée. L'annulaire de son poing fermé manqua de s'arracher sur l'action du sort, et elle fut forcée d'ouvrir la main pour laisser voler son autre alliance. Ils allaient payer, qui qu'ils soient, ils allaient payer pour ce qu'il faisait. Sa main droite glissa jusqu'au manche de son couteau alors qu'elle essaya de faire un pas chassé pour se repositionner.

- Immobilisez-là !

- Incarcerem !

Son corps heurta avec violence le sol froid de la forêt alors qu'une dizaine de cordes l'enserra en tailladant la peau qu'elle trouva. Elle retint un cri de douleur en pivotant sur elle-même pour se redresser sur ses pieds, cherchant du regard les agresseurs. Son regard croisa celui bleu glacé d'une femme qu'elle reconnut : Sixtine Valerion venait de se poster devant elle. Honor eut à peine le temps d'un battement de cils avant que la pointe d'une baguette n'appuie contre sa tempe.

- Dilludere.

Le temps se figea autour d'elle, sa vision se brouilla un instant, pour ne laisser place qu'à un vide noir, abyssal et absolu. Était-elle devenue aveugle ? Sourde ? Muette ? Dépourvue soudainement de tout sens ? Elle ne put même pas se questionner tant l'illusion imposée à son esprit par la professeure était puissante et violente. Son corps s'effondra, à l'image d'une marionnette dont on viendrait de couper les fils. Certains faisaient le guet, deux autres silhouettes firent léviter son corps avant de l'entortiller de deux autres incarcerem par précaution. Puis dans le silence de la nuit noire, un nouveau claquement de fouet, tous et toutes disparurent, aussi rapidement qu'ils étaient venus.

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Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
CHAPITRE QUATORZE

Dianne referma délicatement la porte de la chambre d'Ella, avant de s'en éloigner en tenant sa baguette à la main pour éclairer ses pas. Tel un fantôme flottant dans son couloir, sa robe de chambre virevoltant au gré des courants d'air causés par les fenêtres ouvertes du salon. Elle prit la direction de la chambre de son aînée. Son visage était livide, marqué par les sillons de ses larmes salées, sa gorge était sèche et sa bouche pâteuse. Un nouveau fragment de son âme venait d'être arraché, petit à petit, elle se sentait flétrir. Elle se cramponnait à ce qu'il restait de son intégrité, se raccrochant désespérément au soulagement de savoir sa dernière fille encore en vie. Elle était vivante, et bien là, entière. Traumatisée, tremblante et affaiblie, terrifiée et dévastée, mais elle n'était pas blessée. Dianne doutait que sa fille réussisse à trouver le sommeil cette nuit, mais en bonne mère qu'elle était, elle refusait l'idée qu'elle demeure debout ne serait-ce qu'un instant de plus. Cette sensation se confirma lorsqu'elle atteignit enfin la chambre de Tiffanie quelques mètres plus loin. Elle ne put retenir sa main de se lever pour venir se poser sur sa bouche, alors qu'elle laissa échapper une inspiration de douleur.

Narcisse était en train de déposer un drap sur le corps de Tiffanie, allongé dans le lit. Elle n'eut le temps que de voir son visage, mais un nouveau sanglot menaça de la terrasser, et elle dut se détourner, s'adossant au mur du couloir. Les bruits de pas lourds et irréguliers de l'adolescent s'approchèrent, elle n'osa pas le regarder tout de suite lorsqu'il se retrouva à ses côtés.

- Comment va Ella ?

Sa voix était rauque, enrouée, brisée, presque caverneuse. On avait l'impression qu'il l'avait usé jusqu'à la corde à force de s'en servir. La femme se demanda un instant quels événements avaient bien pu conduire le jeune garçon jusqu'à une telle extrémité. Elle renifla dignement, essuyant plus par convenance que par réelle nécessité ses yeux de l'avant-bras, avant de lui rendre son regard en levant le visage. Ses yeux s'écarquillèrent une courte seconde tandis que ses lèvres s'entrouvrirent tout aussi brièvement. Le visage de Narcisse aurait tout aussi bien pu être taillé dans le granite, elle qui gardait le souvenir d'un garçon si chaleureux et joyeux, toujours souriant... Cette vision lui fit mal, elle avait l'impression qu'une nouvelle partie de son monde venait de s'effondrer. Presque entièrement recouvert de sang, un bras manquant, criblé de blessures plus ou moins effroyables, elle secoua doucement la tête en posant la main sur sa joue pour essuyer un peu de sang séché du pouce. Elle se racla la gorge pour tenter de défaire le nœud qui commençait à se former au creux de sa poitrine, en se demandant où pouvait bien être passé ce petit garçon qu'elle avait connu.

- Par Merlin, Narcisse...

Elle pencha la tête sur le côté en retirant sa main lorsqu'il détourna la tête, ses bras vinrent entourer son corps pour serrer davantage contre elle sa robe de chambre. Elle inspira doucement, son corps frissonnait.

- Que t'est-il arrivé ?

Il ne releva même pas les yeux, le visage sombre et tourné vers le sol, laissant flotter plusieurs longues secondes de silence. Il déglutit difficilement, avant de commencer à se détourner lentement de Dianne, laissant apparaître une partie de son dos lacéré. Elle nota bien qu'il appuyait davantage sur son pied droit, l'autre laissant apparaître un méchant trou duquel s'écoulait encore quelques gouttes de sang. Elle frissonna de terreur.

- C'est rien... Il faut que j'y aille, je dois...

Lorsqu'il fit un pas, il manqua de s'écrouler, ses genoux cédant sous son poids, son corps heurtant le mur à sa droite, lui arrachant un grognement de douleur. Dianne se précipita à ses côtés, déposant une main douce, mais ferme, sur son épaule. Il avait le souffle court, qui raclait sa gorge endolorie. Elle posa le dos de sa main sur son front. Il était brûlant, mais sa sueur était glacée, il était pâle comme un mort et tremblant comme une feuille. Elle secoua doucement la tête avant d'agripper son avant-bras.

- Tu n'iras nulle part comme ça.

Doucement, mais fermement, elle le tira en direction de sa chambre non loin de là. Elle s'attendit à davantage de résistance, mais il perdit l'équilibre et n'eut d'autres choix que de se rattraper sur l'épaule qu'elle lui offrait. Il grognait de douleur en essayant de protester et de se redresser pour s'éloigner, mais sa voix faible s'entendait à peine.

- Il faut... faut... que...

- Il faut que tu te fasses soigner. Allez, ne discute pas. Et puis... Ella voudrait sûrement te dire au revoir, pas vrai ? Reste jusqu'au matin, au moins.

Il secoua la tête en fermant les yeux.

- Non... il faut, ma mère... il faut que...

Un cri de douleur contenu lui fut arraché lorsqu'ils tournèrent et qu'elle ouvrit la porte de sa chambre. Plus les minutes passaient, plus il s'appuyait lourdement sur elle, et Dianne savait qu'elle ne pourrait en aucun cas porter l'entièreté de son poids, elle devait se dépêcher. Et elle connaissait le jeune garçon : elle savait que le risque de perdre sa propre vie ne l'empêcherait pas de se mettre en danger. Aussi devait-elle utiliser celle des autres pour le pousser à rester, et lui donner une chance de le soigner.

- Tu ne pourras aider personne dans cet état-là.

Après une dernière tentative de lutte de la part de l'adolescent, elle le sentit pousser une dernière expiration avant qu'il ne s'effondre sur elle. D'un mouvement habile du bassin, elle le fit pivoter pour le faire tomber sur une chaise qui grinça sous son poids. Toute force semblait avoir abandonné son corps, mais il leva une main tremblante en redressant péniblement la tête.

- Une... une heure. Une heure, et je m'en irais.

- Oui oui, c'est ça.

Elle ne le regardait même plus alors qu'elle fouilla dans ses affaires pour en tirer une cape chaude qu'elle enfila, lassée de frissonner sous le froid de la nuit. Puis elle fit léviter habilement quelques instruments médicaux et médicaments qu'elle gardait chez elle. En bonne médicomage, elle était toujours prête à soigner les petits bobos de ses... de sa fille, mais les blessures de Narcisse étaient d'un tout autre niveau. Elle alluma les bougies, éclairant la pièce pour y voir plus clair, et ne put retenir une réaction choquée lorsque les plaies apparurent plus clairement. Après quelques respirations hésitantes, ses réflexes reprirent le dessus, elle fit voler un tabouret face à lui et s'assit.

- Je vais devoir retirer les vêtements déchirés, des lambeaux ont dû pénétrer les plaies.

Par retirer, elle entendait bien évidemment les découper sans merci à l'aide de sa baguette, sans même laisser une chance à Narcisse de protester. Son regard parcourait les jambes de l'adolescent désormais mises à nu, et elle secoua la tête, livide.

- Par Merlin...

Malgré toute sa bonne volonté et sa détermination, elle fut forcée de marquer un temps d'arrêt. Les trous béants dans ses cuisses et son pied, le sang coagulé et contaminé par la terre, les feuilles et les vêtements, les éraflures, les ecchymoses... Elle n'arrivait pas à comprendre comment il pouvait encore se tenir debout. Elle nota malgré tout, en observant l'épiderme, qu'un sortilège de soin avait déjà été appliqué. Elle fit glisser son index très doucement sur les contours d'une plaie, faisant tressaillir Narcisse, il serra les dents.

- Qu'est-ce qui s'est passé ?

Il se laissa retomber sur le fauteuil, sa main soutenant sa tête transpirante, il garda les yeux fermés.

- Des balles, on m'a tiré dessus. Mais elles sont ressorties, j'ai vérifié.

Dianne ne comprenait que la moitié de ce qu'il racontait, mais elle comprit qu'il avait évacué un corps étranger d'une plaie avant de la refermer. Et voilà qui était judicieux. Elle inspira profondément avant d'attacher ses cheveux dans un chignon brouillon, sa baguette entre les lèvres, avant de commencer les soins. Lentement, fastidieusement, elle s'appliqua à nettoyer les plaies, ressouder les os, recoller les muscles avant de refermer la peau. Tout le corps de Narcisse se tendait sous la douleur. Mais quelque chose dérangeait la médicomage, et elle ne put s'empêcher sa langue de se délier.

- Normalement, quand on soigne de telles plaies pour la première fois, magiquement, j'entends, les patients hurlent de douleur. Toujours.

Il respirait péniblement, mais elle notait qu'il détourna la tête pour regarder par la fenêtre. Elle baissa à nouveau les yeux pour passer au deuxième trou sur sa cuisse droite.

- Effectivement... la première fois, c'était atroce.

Elle leva à nouveau la tête, sans retenue cette fois-ci, bouche bée, les yeux écarquillés. Il ne la regardait pas, mais elle percevait sans mal les ombres dansantes au fond de ses yeux humides, une ombre sous-tendait les traits de l'adolescent. Un frisson d'horreur passa dans le dos de Dianne, et elle ferma les yeux en baissant le visage pour reprendre ses coups de baguette. Elle se surprit en se rendant compte qu'il s'était écoulé plus d'une minute sans qu'elle ne pense à la mort de Tiffanie. S'occuper l'esprit était la meilleure chose à faire dans ces moments-là, elle le savait, et elle avait insisté pour que Narcisse reste autant pour lui que pour elle. Dianne savait qu'elle n'aurait pas été capable d'affronter seule le reste de cette nuit.

Narcisse frissonna, et elle se détourna pour tirer une potion de son coffret, avant de la lui tendre.

- Tiens, c'est pour réguler ta température, entre autres. Je ne peux pas te couvrir avant d'avoir soigné toutes tes plaies.

Il regarda d'un air absent la fiole, et Dianne redouta de devoir lui faire avaler de force. Puis il fit sauter le bouchon d'un coup de dents avant de boire d'une traite le contenu de la bouteille. Il se racla la gorge, toussa en se pliant, grimaçant sous le goût infâme de la préparation. Mais il retrouva quelques couleurs, et elle observa l'afflux sanguin de ses plaies s'accroître, poussant les plaquettes à refermer les blessures. Elle hocha la tête en récupérant le flacon vide. Il toussa de plus belle.

- Les plaies aux jambes, c'est une arme moldue, j'ai compris. Mais les plaies de ton dos ?

Il resta silencieux, la tête toujours tournée vers la fenêtre. Elle soupira en terminant de soigner son pied, remettant en place les os qu'elle n'avait pas besoin de recréer.

- C'est important, le traitement n'est pas le même si elles sont dues à la magie.

Après un instant d'hésitation, il hocha imperceptiblement la peine.

- Je ne sais pas quel sort... Ça a été trop vite.

- C'est le prochain endroit que je regarde. Serre les dents.

D'un fluide geste de baguette, elle referma enfin la peau de sa dernière blessure, après avoir extrait quelques fragments métalliques. Il était évident que le soin qu'il avait apporté à ses blessures était superficiel, comme s'il avait fait ça à la hâte. Elle en profita pour prendre son pouls à la cheville. Rapide et fuyant, il allait probablement mettre plusieurs heures pour récupérer tout le sang qu'il avait perdu, même avec la potion. Elle soupira d'inquiétude en se redressant. Narcisse voulut en faire de même, elle le repoussa d'une main ferme, posée sur sa poitrine, lui lançant un regard sans équivoque. Elle désigna ensuite le tabouret du doigt.

- Dos à moi, si tu fais un pas qui ne va pas dans la direction du tabouret, je te jette un sort.

Entre deux respirations péniblement arrachées de sa gorge, Narcisse la regarda, avant de lever les yeux au ciel en soupirant. Elle observa malgré tout l'ombre d'un sourire se dessiner sur ses lèvres. Avec grande peine, assisté par Dianne, l'adolescent se leva pour s'asseoir sur le tabouret, tournant le dos à sa soigneuse comme demandé. Elle nettoya d'un Tergeo le sang qui avait tâché le siège, avant de s'y asseoir pour commencer à examiner son dos. Et à nouveau, un sentiment d'horreur s'empara d'elle, faisant trembler sa voix tandis que ses doigts habiles couraient autour des plaies pour en cerner l'origine et la nature.

- Il va rester des cicatrices... La magie noire ne se soigne pas facilement, et jamais complètement.

Il baissa la tête avant de la hocher doucement, le coude sur son genou.

- Je sais, c'est pas grave.

Elle jeta un œil pour le regarder, commençant presque à s'habiter à sa résilience, avant de commencer les sutures de la pointe de sa baguette. C'était pénible, chacun de ses mouvements arrachait un grognement de douleur à l'adolescent, et elle s'efforçait d'allier vitesse et précision. Plusieurs minutes de silence s'abattirent entre elle et lui, chacun profitant de cet instant de flottement pour rassembler ses esprits. Dianne reprit la parole, la voix faible, chuchotant presque. Elle s'était longuement retenue de lui poser la question qui brûlait ses lèvres.

- Comment était-elle ? Fanny... Dans ses derniers instants ?

Le tressaillement de Narcisse fut tel qu'il aurait pu s'apparenter à un sursaut. Il demeura immobile un long moment, avant de tourner son visage vers Dianne. Il secoua doucement la tête, avant de déglutir avec difficulté.

- Je... s'il vous plaît, ne me demandez pas. Et je ne veux pas vous mentir, ni vous peiner davantage.

Un sanglot secoua Dianne, Narcisse entama un mouvement pour se tourner vers elle. Il fut interrompu d'une main de fer qui s'abattit sur son épaule pour le remettre en place.

- Je n'ai pas fini !

Le silence revint, ponctué par quelques reniflements, avant qu'elle ne réussisse à reprendre la parole, le reste de son corps tremblait, mais pas ses mains.

- Pourquoi tu aurais besoin de mentir ? J'ai besoin de savoir, même si... même si...

- Elle a été incroyable.

Dianne se figea, interrompant son point de suture, qui se défit en rouvrant la plaie. Cette fois-ci, elle ne put retenir ses mains de trembler. Narcisse lutta contre son envie de se tourner vers elle, sa main frottant doucement son flanc courbaturé et endolori, un réflexe trahissant le torrent d'émotions se déversant dans son cœur.

- Elle ne s'est pas défilée. Elle a fait... ce qu'elle pensait être la bonne chose, jusqu'au bout. Elle a protégé Ella, elle a fait ce qu'il fallait.

Sa main rejoignit doucement son visage, avant de l'entourer de ses doigts, modifiant légèrement le timbre de sa voix qui résonnait contre la paume de sa main.

- J'ai hésité. Quand je la tenais dans ma main, j'étais incapable de me décider. La protéger ou m'interposer entre Georges et ma mère. Et... elle a choisi pour moi. J'aurais pu la soigner, je pense, mais elle a voulu que j'arrête Georges. Elle m'a projeté avec sa baguette...

Sa respiration convulsive rendait difficile pour lui l'action de parler, son corps tremblait, mais pas sa voix.

- Si j'avais été plus vif, Tiffanie ne serait pas morte. Si j'avais été plus fort... j'aurais... si...

Sa voix se bloquait dans sa gorge, petit à petit remplacée par des gargouillements et des gémissements. Les larmes coulaient lentement sur les joues de Dianne, mais son visage semblait apaisé. Une légère bulle de savon enveloppait son cœur, et au moment où elle posa la main sur la peau de Narcisse, elle éclata. Elle expira doucement, avant de reprendre dignement les points de suture qu'elle avait abandonnés. Inspiré par le calme de Dianne, Narcisse réussit à garder le sien, à ne pas céder à la vague de chagrin qui l'envahissait dès qu'il pensait à Tiffanie. Quelques battements de cœur s'écoulèrent.

- Ella m'a confié que tu avais dit qu'elle était enceinte... C'était vrai ?

Narcisse grimaça en y repensant, ses yeux s'humidifièrent.

- Je peux voir la magie couler dans les corps quand je me concentre. Et... j'ai juste... vu celui du bébé de Tiff... Il... Il... Gh...

Sa gorge se bloqua, il se courba sous la souffrance, l'idée qu'il aurait pu la sauver, qu'il aurait pu les sauver, lacérait son âme. Il aurait pu tout arrêter ce soir, il aurait pu stopper Georges et Honor. Il aurait dû être plus fort. Lorsqu'il redressa le visage, pas une larme n'avait coulé, ses dents étaient serrées au point de crisser les unes contre les autres et son regard était dur. Dianne sentit le changement dans son attitude, et elle se redressa pour délicatement poser sa main sur son épaule en secouant la tête.

- Ce n'est pas ta faute, tu...

- Si. Arrêtez, c'est ma faute.

Il tourna la tête pour la regarder.

- Vous avez terminé ?

Elle tressaillit, presque effrayée par les yeux qui se posèrent sur elle. Froids et vides, au fond de ses pupilles, une légère lumière blanche y dansait. Elle baissa la tête, posant à nouveau ses mains sur son dos.

- Encore un petit moment...

Il expira, presque d'exaspération, son poing était serré, posé sur son genou. Alors qu'elle terminait de refermer la dernière plaie, il se redressa sans attendre. Il chancela un peu, sa tête le tournait et lui faisait mal, mais il avait repris le contrôle de son corps. Elle se leva dans le même temps, venant se poster courageusement devant lui, le défiant du regard. Il blêmit un instant, avant de serrer les dents.

- Poussez-vous.

La baguette de Dianne vola, et dans un réflexe malheureux, Narcisse leva la main pour agripper son poignet, manquant de le briser. L'air autour de lui commençait à vibrer, tandis que ses yeux viraient doucement au blanc, sa lèvre supérieure se relevant pour découvrir ses dents. Elle ne se laissa pas décontenancer, et leva les yeux sur sa joue.

- Je dois refermer ça.

Il baissa les yeux, avant de lâcher le bras de Dianne, l'air embarrassé. Sa main vint se poser sur sa tête alors qu'il tourna les talons pour ne plus la regarder. Ses doigts glissèrent sur son visage.

- Vulnera.

La plaie se referma, lui picotant la peau. Dianne s'était postée sur le palier de la porte, se dressant de toute sa hauteur. Malgré son mètre soixante, lorsque Narcisse posa les yeux sur elle en s'avançant, il sut qu'il ne pourrait jamais la passer. Il soupira, les yeux baissés.

- S'il vous plaît... poussez-vous.

Il hésita à transplaner, mais quelque chose au fond de lui l'empêchait de le faire sans quitter la maison avant. Mais si elle continuait, il n'allait pas avoir le choix. Elle ne bougea pas d'un iota, avant de le désigner de l'index, un sourire presque malicieux sur les lèvres.

- Pas dans cette tenue, mon garçon.

Il en demeura bouche bée. Durant un bref instant, toute la tristesse et la peine qu'il ressentait fut balayée d'un revers de la main. Il sourit en baissant les yeux sur son corps, couturé de cicatrices et de sutures, la potion qu'elle lui avait donné l'empêchait d'avoir froid, et il en avait oublié qu'il ne portait presque plus rien... Son visage devint rouge, et il sourit, pouffant même de rire, à la limite de verser une larme tant le soulagement de déposer le fardeau qui pesait sur son cœur était immense. Ne serait-ce qu'une brève seconde. Elle rit avec lui, avant de se diriger vers l'armoire pour sortir une tenue. Simple et pratique, elle découpa et tailla quelque peu le tissu.

- Ils appartenaient à mon mari. Vous faites presque la même taille, ils devraient bien t'aller.

C'était étrange comme Narcisse percevait désormais mieux les changements de ton dans la voix des autres. Et la tristesse qui pointa dans celle de Dianne lui brisa le cœur. Ça aussi, c'était de sa faute. Il commença à se tourner vers elle, le regard peiné.

- Je...

- Excuse-toi encore une fois et je t'encastre dans le mur !

D'un mouvement violent, elle plaqua la tenue qu'elle venait de retailler sur la poitrine de Narcisse, le déstabilisant. Davantage sur le plan mental que physique, un coup de fouet lui claqua l'esprit. Il s'immobilisa, son regard plongé dans celui de Dianne qui levait les yeux vers lui. Ils étaient baignés de larmes, ses mains tremblaient. Il ferma les yeux, avant de hocher la tête.

- Dé... euh, d'accord.

Elle renifla, avant de doucement hocher la tête à son tour. Il se regardèrent tous deux sans bouger, l'air d'attendre quelque chose, puis Narcisse se racla la gorge.

- Euh, vous pourriez, vous retourner ? S'il vous plaît ?

Il détourna le regard et le visage, ses joues devenues soudainement rouges, avant de sourire doucement. Ce moment léger, de flottement, comme si le temps s'était figé, il voudrait qu'il dure éternellement. Puis il repensa à sa mère, et son cœur se chargea de colère. Dianne rit doucement, avant de se tourner. Péniblement, refusant toute aide, Narcisse s'habilla. La tâche était complexe, de par l'absence d'un de ses bras, et de par la douleur cuisante qui dévorait son corps. Des petits pas retentirent soudainement dans le couloir, et Ella se posta devant la porte, écartant les bras dans son petit pyjama blanc, les larmes aux yeux. Narcisse acheva de boutonner la chemise précipitamment.

- Nan tu pars pas !! Je... j'ai tout entendu ! Tu veux partir ! Moi je... je... j'veux pas qu'tu partes ! J'veux pas !

Dianne se dirigea vers elle pour la prendre dans ses bras, mais elle continua de fixer avec insistance et obstination Narcisse, les joues pleines de larmes, le visage plein d'une colère enfantine. L'adolescent fut totalement désarmé par le comportement de la petite. Il devait partir. Et elles aussi, elles devaient partir, le plus vite possible. Il le savait, il savait ce qu'il devait faire, ce qu'ils devaient tous faire. Et ils devaient leur dire.

- Je... vous, il faut que vous partiez. Le plus vite possible, Georges ne va probablement pas vous laisser tranquille...

Il s'approcha de Dianne et d'Ella et leva doucement la main pour la poser sur la tête de l'enfant. Un sourire maladroit et fantomatique se dessinait sur les lèvres de l'adolescent.

- Il faut que je parte, j'ai des choses très très importantes à faire. Et toi, il faut que tu t'occupes de ta maman, d'acc...

- Nous n'irons nulle part, c'est notre maison, et nous n'abandonnerons pas Fanny.

Il fut interrompu par les mots de Dianne, de sa voix dure et déterminée, déstabilisant Narcisse qui la regarda rapidement, il n'en croyait pas ses oreilles. Circonspect, il se mit à bégayer, sentant la terreur s'emparer de lui.

- Mais... ils savent où vous êtes ! Et ils savent que je suis avec vous, il ne faut pas que je reste !

Elles secouèrent toutes deux la tête, presque à l'unisson, de cette même manière butée et intransigeante qu'il avait pu observer chez Tiffanie dans le passé. Cette vision le figea sur place et lui fit monter les larmes aux yeux, mais il ne renonça pas, il devait partir. Il avança d'un pas.

- Attends le matin !

Il s'arrêta. Il leva les yeux pour regarder avec une certaine confusion Dianne, qui tenait précieusement Ella, comme si elle était désormais incapable de s'en défaire. Il secoua la tête avec obstination, en faisant un autre pas, les incitant à s'écarter.

- Je ne peux pas attendre ! Ma mère...

- Tu ne pourras rien faire dans cet état.

D'un geste souple et fluide, elle le poussa du plat de sa main, appuyant sur sa poitrine, ses jambes ne lui obéissaient plus, et il manqua de perdre l'équilibre, se rattrapant péniblement à la chaise. Ses genoux tremblaient, son cœur explosa dans sa poitrine. Les dents serrées, il voulut s'obstiner, tentant de se lever de nouveau. En un éclair, Dianne se retrouva à côté de lui, et appuya sur son épaule pour l'inciter à s'asseoir.

- Je... je dois...

- Tu dois dormir, tu es affamé et déshydraté.

Sa tête tournait dans tous les sens, son estomac et sa gorge lui faisaient mal, sa nuque picotait et grésillait. Son corps criait au supplice, et implorait le repos, ne serait-ce qu'un instant. Il n'arrivait plus à se remémorer la fois où il avait pu avoir une nuit complète de sommeil. Il piaffa pour chasser l'impression de bouche pâteuse qui l'envahissait doucement, relevant le visage vers Dianne et Ella. Son index se leva dans leur direction.

- Je... D'accord. Je vais monter la garde, dans le salon.

- Tu ne vas rien...

- S'il vous plaît !

Il se redressa, poussant sur l'accoudoir de la chaise pour l'aider à se relever, et il marcha péniblement jusqu'en direction du salon, s'appuyant sur le mur pour soutenir son poids. L'idée de laisser ainsi Dianne et Ella sans défense l'emplissait d'inquiétude, le fait d'avoir échoué à les convaincre de partir l'angoissait, il était hors de question qu'il parte comme ça. Et c'est alors, lorsqu'il posa son séant sur la chaise dans le grand salon, tournant son regard en direction de la porte qu'il barricada de quelques sorts, qu'il sourit en comprenant. Dianne refusait de partir, car elle savait qu'il resterait pour elles. Il pouffa d'un rire jaune, s'adossant lourdement au fauteuil, en serrant les dents, posant sa main sur son genou.

- Sapristi...

Il ne mit pas plus d'une minute ou deux à plonger dans un sommeil sans rêve, et elles ne mirent pas plus de cinq minutes pour le rejoindre, Ella posant une couverture sur lui et Dianne, baguette en main, se tenait prête à repousser tout intrus qui aurait le malheur de s'approcher.

5A - Médiateur
01237f

Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
CHAPITRE QUINZE

Lorsque la lumière du jour traversa de ses rayons diffus les nuages grisâtres pour atteindre le visage de Narcisse, l'adolescent sursauta hors de sa chaise, rejetant sa couverture au sol. Couvert de sueur, tremblant et paniqué, il peinait à reprendre son souffle. Sa poitrine était oppressée par une boule qui ne cessait de grandir depuis son réveil. Elle était née au creux de son cœur, et menaçait désormais d'envahir tout ce qui l'entourait. La respiration lourde, les doigts crispés sur sa chemise, il regardait nerveusement autour de lui, s'attendant à voir Georges, Honor, ou n'importe quelle silhouette qui en voudrait de nouveau à sa vie ou à celle de Dianne et d'Ella. Ses oreilles bourdonnaient, ses yeux virèrent au blanc malgré lui alors qu'il reculait sous le coup de l'angoisse, qui gonflait au rythme de son souffle, engourdissant ses membres, il renversa la chaise. Il n'entendit même pas le bois frapper le sol du salon, l'écho des battements de son cœur tonnant à ses oreilles bloquait les bruits de pas qui s'approchèrent précipitamment de lui, et une décharge électrique le parcourut lorsqu'une main se posa son avant-bras. Sa vision se brouilla, et en inspirant brusquement, il fit pivoter son corps et son bras pour s'emparer violemment de cette main, s'accroupissant pour se préparer au combat, ses yeux blancs électrisaient l'air autour d'eux.

C'est alors qu'il sentit une main doucement se poser sur sa joue, rassurante et chaude, délicate et bienveillante, les doigts enserrèrent son visage tendrement.

- Narcisse, tout va bien. Calme-toi. Personne ne va te faire de mal.

Il expira brusquement, compulsivement, avant d'inspirer à nouveau. Il avait oublié de respirer, il s'était bloqué, enfermé, son corps tremblant de toute part regagna un semblant de contenance. Ses yeux virent à nouveau le monde comme il était, et le visage de Dianne apparut face au sien, à quelques centimètres seulement de lui, ses yeux gris le regardant avec inquiétude. Elle souriait doucement, mais elle tremblait. Il ne comprit pas pourquoi. Il recula d'un pas, sentant sa gorge se serrer pour échapper au contact presque brûlant de sa main contre sa peau. Pourquoi avait-elle l'air effrayée ? Pourquoi tremblait-elle ? Il ne voulait pas lui faire peur. Quelque chose tira doucement sur sa veste, et il baissa précipitamment les yeux, sentant son cœur bondir dans sa poitrine, avant que ce dernier ne s'apaise en un battement de cils : Ella le regardait avec inquiétude, ses petits doigts enserrant maladroitement ses vêtements. Son autre main était ramenée en poing sur sa poitrine, et elle semblait au bord des larmes. Il ne comprenait pas, sa bouche s'entrouvrit lorsqu'un coup de poignard transperça son cœur sous la vision de cette petite fille qui semblait si effrayée de lui, mais qui l'affrontait bravement.

- Tu... tu fais mal à maman... Tu...

Un petit sanglot bloqua sa gorge. Puis comme si la foudre venait de le frapper, il prit conscience de ce qu'il tenait entre ses doigts, et il tourna le regard. Sa main compressait le poignet de Dianne. Ses phalanges avaient blanchi sous l'effort, les veines de la mère d'Ella ressortaient distinctement, ses doigts tremblaient. Il en eut le tournis, il voulut vomir, se cacher, devenir minuscule. Dans un effort intense de volonté, serrant les dents et ordonnant à sa main de se relâcher, il laissa partir celle de Dianne. Sa peau était marquée, laissant apparaître des marques des doigts. La panique menaça à nouveau de le submerger, les traits de son visage crispés sous les émotions qui l'assaillaient. Mais Dianne ne recula pas. Et au lieu d'abaisser précipitamment son bras pour s'échapper comme il s'y attendait, elle approcha cette main de son visage.

Il fit un pas en arrière, par réflexe, mais fut interrompu dans son élan par Ella, qui soudainement, fermant les yeux et entourant sa jambe de ses bras, lui fit un câlin. Il sentit toute la tension de la petite fille, il la sentait trembler, mais ce contact infusa quelque chose en lui, qui remonta indiciblement jusqu'à sa poitrine. Sa respiration lui échappa, et il expira malgré lui tandis que son souffle ralentissait. Dianne le prit à son tour dans ses bras, ses mains sur son dos et sur sa nuque, exerçant une légère pression qui fit monter les larmes aux yeux de Narcisse. Ses tremblements s'apaisèrent, sa respiration ralentit, les battements de son cœur aussi, il ferma les yeux, son bras montant bien malgré lui pour rendre son étreinte à Dianne. Plusieurs minutes s'écoulèrent ainsi, dans la plus grande immobilité, dans le plus grand silence, durant lequel aucun des trois ne voulut prendre l'initiative de rompre ce moment.

Un doux soulagement déliait lentement les nœuds du corps et du cœur de Narcisse, une chaleur agréable se diffusait lentement dans ses membres, apaisant ses tremblements.

Puis il rouvrit les yeux. Il vit Georges. Il vit sa mère et son père. Il vit tous les gens qu'il aimait, tous ceux qu'il avait perdu, et surtout tous ceux qu'il risquait de perdre. Ses dents se serrèrent, et récoltant son courage, il fit glisser sa main jusqu'à l'épaule de Dianne, pour doucement la repousser, tournant la tête, fermant les yeux, comme s'il avait honte. Cet acte lui coûtait cher, il l'étranglait, il sentit les larmes monter jusqu'à ses yeux, s'accumulant sous ses paupières. Il renifla, avant de laisser un souffle s'échapper d'entre ses lèvres, légèrement tremblantes, puis de faire pivoter son buste pour que sa main puisse doucement agripper l'épaule d'Ella.

- Ella... Il faut vraiment que...

Un claquement de fouet se fit entendre, provenant de l'entrée, suivit par quatre autres, très rapprochés.

Sans ménagement pour la petite Ella, Narcisse s'accroupit en glissant ses pieds derrière une épaisse colonne en chêne soutenant le plafond, l'entraînant avec lui. Elle s'était soudainement mise à trembler, s'agrippant à ses vêtements en mettant la main sur les lèvres, fermant les yeux de toutes ses forces, comme si par magie, elle pouvait faire disparaître les sorciers soudainement transplanés devant chez elle. L'entourant de son bras, il leva le regard vers Dianne, avant de chuchoter à l'enfant.

- Reste ici.

Il poussa sur ses pieds en la cachant plus loin derrière la colonne, s'apprêtant à se relever. Dianne braqua en un éclair sa baguette sur lui, avant de tourner la tête en direction de la porte. Son index se leva doucement jusqu'à se coller sur ses lèvres, puis elle porta à nouveau son regard sur Narcisse et Ella. Un frisson picota la nuque de l'adolescent lorsqu'il entendit des pas fouler les feuilles mortes du palier. Une seconde s'écoula, et Ella sursauta en retenant un cri de frayeur lorsque la cloche d'entrée sonna. La respiration de Narcisse s'accéléra, ses yeux viraient doucement au blanc, son regard alternant entre la porte et Dianne.

- Madame Shell ?

Trois coups suivirent l'interpellation, une voix grave, Narcisse fut soulagé de ne pas reconnaître celle de Georges. Dianne se tourna en direction de la porte, abaissant sa baguette pour la dissimuler derrière son dos. L'adolescent se redressa en chuchotant.

- Dianne !

Elle se tourna en braquant sa baguette vers lui. Son regard était de glace. Ses yeux marron semblaient fondus dans de l'acier liquide, elle ne tremblait pas, elle ne frémissait même pas, sa tête se pencha lentement sur le côté, et elle réitéra son geste en positionnant son index sur ses lèvres. Narcisse serra les dents, relevant sa lèvre supérieure en la suppliant du regard, son cœur battant à tout rompre. L'index de Dianne fendit ensuite l'air pour désigner Ella, puis Narcisse, et elle secoua la tête, avant de reprendre sa marche jusqu'à la porte.

- Merde !!

L'adolescent jura en chuchotant avant de glisser sur le sol en prenant la petite fille dans son bras, se cachant derrière la colonne, avant de se dissimuler d'un sortilège de désillusion. Il ne le maîtrisait pas pleinement, mais cela suffira. Ella continuait de trembler contre lui, il la serra plus fort, se laissant envahir par la magie, respirant doucement, plongeant dans son palais mental. Il était prêt. En ouvrant grand les oreilles, la chair de poule faisait picoter sa peau à chaque coup cogné sur la porte, l'homme répétant d'un air inquisiteur.

- Madame Shell ? Vous êtes là ?

Dianne posa sa main sur la poignée, avant de prendre une grande inspiration. Elle s'ébouriffa les cheveux en défaisant son chignon, rajustant ses vêtements en les froissant, avant de se frotter précipitamment les yeux. Narcisse l'observait discrètement, admirant son ingéniosité, mais redoutant la suite. Tous ses sens étaient en éveil.

La porte s'ouvrit sous l'impulsion de la main de Dianne. Sa baguette était soigneusement dissimulée dans sa manche. Elle regarda sur les côtés, posant sa main sur sa poitrine, avant de bâiller innocemment.

- Messieurs ? Bonjour ? Woaaa... Pardonnez-moi, mais vous me tirez du lit, que puis-je pour vous ?

Dans une autre situation, Narcisse aurait volontiers rit au changement soudain de ton que la femme accomplit. À la place de l'homme, l'adolescent n'aurait pas douté une seule seconde de la véracité de son discours. Il continua d'observer la scène de derrière son sortilège, tenant la tête d'Ella contre sa poitrine, la pressant contre lui pour la rassurer. Il observa une silhouette passer derrière la fenêtre non loin de la porte. L'homme se racla la gorge.

- Madame. Je me présente, je m'appelle Guillaume, je suis policier de la brigade magique du Conseil. Vous... Vous me voyez proprement désolé de vous réveiller de si bon matin, mais... Il y a plusieurs choses dont je dois personnellement vous informer.

Dianne ouvrit la porte en grand, rajustant sa robe de chambre, présentant à l'homme son visage le plus candide et confus.

- La brigade magique du Conseil ? Mais... Par Merlin, qu'est-ce que j'ai à voir avec tout ça ?

Il leva une main ouverte, l'air embarrassé.

- Madame... Je, je vous prie d'accepter toutes mes excuses, sincèrement. Pouvons-nous entrer ? Ce n'est pas quelque chose dont il est décent de parler sur le palier d'une porte.

Il fit un pas, Dianne pivota pour faire obstacle. Narcisse frissonna. Quelque chose n'allait pas. Il le sentait, sa nuque brûlait comme si on apposait des charbons ardents à même sa peau. Une tension se dégageait de cet homme, et des gens qui l'accompagnait, il le sentait, et cela le faisait frémir. Mais l'ordre implicite de Dianne était intraitable : protège Ella, reste caché. Il ravala donc ses inquiétudes et continua d'observer la scène, l'homme s'était immobilisé, mais son visage était beaucoup trop neutre pour être naturel. Guillaume baissa doucement les yeux pour regarder Dianne, puis jeta un regard vers sa compagnie, avant de la regarder de nouveau. Elle ne lui laissa pas le temps de reprendre, et continua son petit numéro à la perfection.

- Oh... je, je suis vraiment navrée, mais ma petite dort encore, et elle est malade, elle a passé toute la nuit dehors à regarder les étoiles. Et elle a le sommeil léger, je ne voudrais pas...

Narcisse entendit l'homme soupirer.

Il en devint bouche bée, il écarquilla les yeux en se crispant derrière sa colonne, entendant les pas des autres sorciers se rapprocher de la porte. Sa poitrine lui faisait mal, tous ses sens tiraient l'alarme, son instinct hurlait au danger. Sa respiration s'accéléra, il se mordit les lèvres, se retenant de toutes ses forces de bouger, serrant les dents à en faire éclater l'email. Son regard virevoltait entre Dianne et Ella. Il n'arrivait pas à se décider. La vision de Tiffanie, allongée au sol, ensanglantée, lui à côté d'elle, hésitant, s'imposa à lui. Ses oreilles bourdonnèrent, sa gorge s'assécha, le contact du bois contre son dos pénétra sa peau jusqu'à ses os. Les battements de son palpitant faisant trembler son crâne, tonnant dans sa poitrine, sa main devint moite de sueur.

Un rire dissimulé, Dianne se redressa, le visage incrédule. Narcisse la supplia de toutes ses forces de refermer la porte, de s'enfuir, de prendre Ella et de disparaître ! Il ferma les yeux, les traits tendus, le cœur battant à tout rompre, baissant la tête pour se dissimuler davantage.

Une voix de femme résonna sèchement, dépourvue de toute sympathie. Narcisse en eut froid dans le dos.

- Allez Guillaume, tu vois bien que cette garce se fout de toi !

Un éclat de rire s'échappa du groupe, Narcisse se figea.

- Tsk... merde.

Un violent coup fut porté, la baguette de l'homme fendit l'air, Dianne fut projeté sur le sol, trouvant à peine le souffle pour crier sa douleur. Sa baguette roula au sol dans un tintement de bois. Les pas retentirent sur le plancher.

- Tu avais vu juste Saphyr, cette pute nous faisait perdre notre temps.

La baguette de Dianne vola à son tour sous l'impulsion d'un policier, heurtant le mur devant Narcisse. Il ne tremblait pas, sa décision était déjà prise, et il s'appliqua à décrocher Ella de lui pour la glisser derrière la colonne, faisant barrage de son corps. L'homme s'agenouilla à côté de Dianne, glissant sa baguette sur sa joue.

- Nous avions bel et bien quelque chose à vous dire, madame.

La pointe de sa baguette glissa jusqu'au creux de la clavicule de Dianne. Narcisse entendit les bruissements d'une lutte, et il eut à peine le temps de tourner la tête pour la voir braquée de quatre baguettes, l'immobilisant totalement et la bâillonnant. Son sang bouillonnait en lui. Toujours sous l'effet de son sortilège de désillusion, il se leva doucement, avant de faire un pas dans le plus grand silence. Il avait dissimulé Ella et lui avait chuchoté de se faire toute petite. Elle l'avait regardé avec un mélange de confiance totale et d'absolue terreur, il l'avait embrassé sur le front avant de se lever, après qu'elle ait répondu d'un hochement de tête. L'homme continua sa litanie, dont chaque mot ne faisait qu'accroître la fureur de l'adolescent.

- Figurez-vous que votre fille a été froidement assassinée par la terroriste Brando, et elle portait l'enfant de notre cher nouveau président. De plus, dans sa lutte héroïque pour protéger sa femme bien-aimée, il a été gravement blessé par la terroriste, et avec la complicité de son pourri de fils !

Il approcha son visage de celui de Dianne, totalement immobilisée, criant derrière son bâillon, s'efforçant de détourner la tête ne serait-ce de d'un centimètre. L'homme continua de faire glisser sa baguette le long de l'épaule de sa prisonnière. Narcisse fit un autre pas, l'air autour de lui commençait à onduler, le temps semblait se dérouler au ralenti. Il avait dissimulé le bruit de sa marche, effacé la réflexion de la lumière sur son corps. Il ouvrit la main, paume vers le haut, avant de serrer le poing, concentrant les ondulations magiques autour de ce dernier.

- Mais je suppose que vous savez déjà tout ça... pas vrai ?

Sans prévenir, il décocha à Dianne une gifle du dos de la main, avant d'agripper son menton pour planter son regard dans le sien, faisant glisser le bâillon avec son pouce. La femme et les hommes rirent grassement, se jetant des regards entendus et lourds de sens, l'envie de vomir de Narcisse se changea en envie de meurtre. Un très bref instant, il se vit les tuer. Un autre pas, sa magie coulaient à toute allure dans ses veines. Guillaume pencha la tête sur le côté. Dianne respirait bruyamment, et en un éclair, cracha sur le visage de l'homme qui blêmit.

- Allez, faites votre sale boulot.

Il claqua de la langue, se nettoyant la figure de sa baguette, avant d'enfoncer son pouce dans la joue de Dianne. Narcisse était désormais à côté d'elle, et elle blêmit à son tour. Elle l'avait senti, un sourire se dessina sur ses lèvre, elle ferma les yeux.

- Où est-il ?

- Ici.

Narcisse bascula dans son palais mental. En une fraction de seconde, le temps autour de lui se figea, les hommes de Georges s'immobilisèrent à ses yeux. Il se surprit à savourer leurs expressions lorsqu'il leva son sortilège de désillusion pour se matérialiser juste en face d'eux. Il savait quoi faire, il n'allait que répéter une chorégraphie parfaitement huilée qu'il avait eu le temps de pratiquer mille fois dans sa tête en un instant. Il claqua des doigts, Dianne fut projetée en arrière, à côté de la colonne où il se tenait il y a quelques secondes, elle dérapa sur le sol en y atterrissant.

Les capes des policiers volèrent de la même manière que la veste de Narcisse vola sous ses gestes. Son torse pivota alors qu'il s'accroupit brusquement, arrivant au niveau de l'homme qui menaçait celle qui l'avait aidé. Il plongea ses yeux blancs électriques dans les siens, et sourit lorsqu'il y vit la peur en rayonner.

- TUE...

Narcisse se délecta du craquement de la mâchoire de l'homme lorsque ses phalanges percutèrent son menton. Guillaume décolla violemment du sol, mais l'adolescent s'avança brusquement pour l'agripper à la gorge, le projetant sur le côté comme un vulgaire sac de frappe. Plusieurs sorts volèrent en un éclair, Narcisse en esquiva un tiers et para l'autre. Le dernier tiers, ce fut le corps volant de l'homme qui les encaissa, et il termina sa course en roulant lamentablement sur le sol, ensanglanté, hoquetant de douleur et de surprise.

Narcisse poussa sur ses jambes, le visage gravé dans la pierre, et il se retrouva à côté de la femme qui avait évincé la couverture de Dianne. Il apparut dans son dos comme s'il avait toujours été là, et lorsqu'il redressa la tête, ses pupilles noires avaient totalement disparu. Il ne voyait plus que le groupe de policiers. Son corps et son esprit n'étaient plus dédiés qu'à une seule chose : rendre ces hommes incapables de faire du mal à Dianne et Ella.

- Confringo.

La policière eut à peine le temps de prendre conscience de sa présence derrière elle que la paume de Narcisse écrasa l'espace entre ses omoplates, l'air de ses poumons chassés sous l'explosion, des lambeaux de vêtements de chair volèrent. Une gerbe de sang s'échappa de sa trachée, elle fut propulsée contre le mur face à la porte. Son corps s'écroula alors qu'elle eut la respiration coupée, totalement oublieuse de sa mission, luttant seulement pour réussir à reprendre son souffle, étouffant dans son sang. Narcisse claqua des doigts, elle finit sur le côté, crachant du sang, respirant de nouveau, aspirant l'air à grandes goulées, avant de sombrer dans l'inconscient.

Il entendit les autres hommes crier quelque chose, mais ça n'avait aucune importance à ses yeux. Se tournant ensuite vers eux, il avança dans leur direction, un pas après l'autre, fendillant les planches de bois sous ses pieds, l'air crépitant autour de lui. Un tic rageur de la lèvre supérieure découvrit ses dents juste avant qu'il ne pare du plat de la main le sort du policier le plus vif. Il était le suivant. La main fumante, Narcisse plongea telle une ombre, se retrouvant à ses côtés en un battement de cœur. Accroupit, sa main fendit l'air sous lui pour se poser sur celle de l'homme.

- Deprimo.

Un craquement épouvantable retentit, suivi par le hurlement de douleur du policier, qui fut rapidement remplacé par un gargouillement de sang. Son sternum fut brisé en un éclair, Narcisse stoppa le sort avant de le tuer, serrant les dents en baissant la tête pour esquiver un sort qui lui frôla les cheveux. Son pied droit claquant le sol, sa jambe gauche bondit en l'air pour cogner sa victime au visage, le projetant contre l'embrasure de la porte. Il n'y prêta plus attention, puis bondit sur le policier lui faisant face, esquivant souplement les sorts de celui derrière lui. Narcisse était plus grand que son prochain adversaire, le dominant d'une bonne tête, et il agrippa sa tête entre ses doigts avant de le soulever entièrement pour le fracasser sur le sol, brisant les planches sous l'impact. Quelques échardes bondissantes égratignèrent la joue de Narcisse, il ne broncha pas.

Lorsqu'il se redressa, il sentit une pression dans son dos. La pointe de la baguette du dernier policier. Son visage se tordit de colère alors qu'il concentra toute sa magie dans son dos, trop tard. Il ferma les yeux en serrant le poing, entamant un mouvement de pivot du torse, bien qu'il savait qu'il ne pourrait jamais le terminer.

- AVA...

- ACUO !

Le visage de l'homme fut comme frappé par un poing de pierre, détournant son attention de Narcisse qui s'empressa de finir son mouvement. Son coude vint s'écraser contre sa tempe, éjectant son corps contre la table. La respiration courte, l'adolescent tourna le regard.

Dianna était accroupie, tenant Ella contre elle, sa baguette dans l'autre main, le visage pâle, mais le regard dur. Un grognement se fit entendre, et tous deux portèrent leur attention sur le chef de brigade qui gisait dans son sang. Narcisse s'en approcha, le poing serré, ce Guillaume, ce fumier. Il le haïssait comme rarement il avait haït quelqu'un. Mais malgré toute cette haine, toute cette colère, il était aux yeux de Narcisse un homme vaincu. Un homme défait, il avait perdu, Narcisse avait gagné. Il releva le visage pour le juger de toute sa hauteur.

- Prenez vos hommes, et...

Narcisse fut pris par surprise. L'homme roula en un éclair sur le sol, brandissant sa baguette en direction de son visage. Il écarquilla les yeux, incapable de réagir d'une quelconque manière, son visage brusquement éclairé par une lumière verte, sa voix traînait alors qu'il tenait son menton brisé de sa main libre.

- Avada !..

- ...kedavra.

La lumière verte jaillit, mais pas de la baguette de l'homme. Il fut enveloppé de cette lumière. Coupant son fil de vie, ses bras et sa tête s'écroulèrent sur le sol, il ne put même pas expirer son dernier souffle. Narcisse resta immobile, le regard planté sur le cadavre de cet inconnu qui, il y a encore quelques dizaines de secondes, était en train de menacer la vie de Dianne. Et pourtant, Narcisse n'arrivait pas à se sentir satisfait. Sa main se leva pour essuyer le sang qui avait giclé sur son visage et déloger une écharde, puis il regarda la femme qui venait de lui sauver la vie.

Elle se tenait bravement sur ses pieds, baguette en main, enfant contre elle, dont le visage était plongé dans ses vêtements. Stoïque, contrairement à sa fille qui tremblait comme une feuille, elle rassurait cette dernière d'une main ferme mais douce. Aucune émotion ne transparaissait sur le visage de l'adolescent. Une ombre passa sous ses yeux, tandis que ses iris redevinrent aussi noirs qu'ils l'avaient toujours été. Il déglutit avec difficulté, se sentant soudainement très mal.

- Il... vous... il était... Dianne, vous n'aviez pas le droit de...

- C'était lui ou toi, Narcisse.

Il serra les dents, encaissant la réprimande qu'il savait juste, mais refusait de l'admettre. Sa main passa sur son visage, terminant sur son menton, cachant sa bouche, alors qu'il reprenait sa respiration et se remettait du choc. L'envie de vomir était revenue.

- Kr...

Il baissa la tête, serrant le poing contre son visage, appuyant son front contre ce dernier, enfonçant ses ongles dans sa paume jusqu'à l'en faire saigner. Il tremblait, et les larmes coulèrent malgré lui sur son visage, se mélangeant au sang.

Il se sentit pathétique d'avoir de la pitié pour un ennemi qui n'en aurait eu aucune pour eux.

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Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
ÉPILOGUE

- Dianne, s'il vous plaît, faites-le.

- Mais...

- Ne discutez pas !

Narcisse et Dianne se faisaient face. L'adolescent se dressant de toute sa hauteur, les dents serrées, poing fermé, la respiration courte, il contenait sa colère et son impatience. Il avait peur pour elles, pour Ella et sa mère, et il ne voulait prendre absolument aucun risque. Son regard se porta sur les policiers encore vivants, ligotés et bâillonnés dans un coin de la pièce, inconscients. Un frisson picota sa nuque et son dos, il ferma les yeux, se mordant la lèvre inférieure, avant de se détourner en prenant la direction de la porte. Le parquet était défoncé par endroits, des taches de sang recouvraient les murs et le sol, les chaises étaient renversées et un cadavre trônait aux pieds des captifs, évacué par Dianne avant qu'elle ne renvoie Ella dans sa chambre. Mais elles étaient toutes les deux vivantes. Et Narcisse comptait bien faire ce qu'il fallait pour qu'elles le restent ! Il refusait de les exposer au moindre risque, quitte à en arriver au plan qu'il venait d'imposer à Dianne. Le bruit des pas de cette dernière se précipitant derrière lui retentit, et il ferma les yeux en sentant une main toucher son avant-bras. Un nouveau frisson le parcourut, la peur l'envahit, les souvenirs l'assaillirent. Il ne supportait plus d'être touché, mais curieusement, depuis l'étreinte de tout à l'heure, Dianne était la seule de qui il tolérait le moindre contact.

Ce n'était pas pour autant que la sentir le toucher sans prévenir ne le mettait pas dans un état de peur et d'angoisse abyssal. Il retira brusquement son bras en se retournant vers elle, le souffle court, le visage déformé par la peur et la panique, une goutte de sueur roulant sur sa tempe. Elle le regarda un long moment, abaissant doucement le bras, ramenant prudemment sa main sur sa poitrine, pour serrer le poing. Ses yeux se baissèrent avant de remonter pour se plonger dans ceux de Narcisse. Il frémit sous ce regard, et fit un pas en arrière.

- Narcisse, si je fais ça, Georges aura une nouvelle raison de te courir après ! C'est exactement ce qu'il attend, et...

- Bordel Dianne, juste faites-le !

Il avait perdu le contrôle de sa voix, haussant le ton bien plus agressivement qu'il ne l'aurait voulu, mais la peur lui faisait perdre ses moyens. Sa respiration était courte, presque convulsive. Il déglutit avec difficulté, avant de lever sa main pour la poser sur sa bouche, en fermant les yeux. Lorsqu'il les rouvrit, il fit face à ceux de Dianne, dont l'expression à la fois inquiète et désapprobatrice le terrassa. Mais il serra les dents, il refusait d'à nouveau laisser sa faiblesse mettre en danger les gens qu'il aimait. Sa main glissa lentement jusqu'à pendre le long de sa hanche, tandis qu'il reprit la parole en baissant les yeux.

- Dianne... S'il vous plaît...

Ses ongles s'enfoncèrent à nouveau dans sa paume, il fit un pas en arrière lorsque la femme s'approcha de lui en tendant le bras.

- N'avancez pas !

Elle se figea, l'air d'avoir été comme frappé de plein fouet par un coup violent. Le cœur de Narcisse se brisa, mais il devait continuer. Il se sentait abominablement mal, il avait envie de vomir et de hurler toute sa rage, toute l'injustice et la révolte qu'il ressentait. Après un instant de pause, il expira lentement et longuement, reprenant un semblant de calme. Il releva la tête pour regarder à nouveau Dianne.

- Je vais vous expliquer une dernière fois...

Son index se leva, désignant le groupe de policiers neutralisés.

- Vous allez les oublietter, et vous allez les convaincre que c'est moi qui ai tué leur collègue et qui vous ai blessé. Je vous ai prise en otage, vous et Ella, et ils sont venus pour vous sauver. Je ne sais pas quels ordres Georges leur a donné, mais il n'aura pas d'autres choix que de vous laisser tranquille pour me poursuivre moi !

Un retour acide lui piqua l'arrière de la gorge, sa main tremblait, son bras s'abaissa malgré lui. Il ferma les yeux en fronçant les sourcils sous l'effort.

- S'il vous plaît... Je ne sais pas lancer ce sort, je ne l'ai jamais appris...

Il se frotta nerveusement la nuque.

- La mémoire, l'esprit, tout ça... j'ai toujours refusé d'y toucher.

Puis il s'inclina maladroitement, la gorge serrée, au bord des larmes.

- C'est vraiment dégueulasse de ma part de vous demander ça, mais c'est pour votre sécurité à vous et Ella ! Gh...

Les larmes roulèrent malgré lui le long de ses joues, s'agglutinant au bout de son nez pour finalement goutter sur le parquet imbibé de sang. Il tremblait de tous ses membres, sanglotant en se retenant de fondre en larmes. Rarement il ne s'était senti aussi immonde et lâche, mais il ne voyait aucune autre solution. Dianne s'approcha doucement de lui, et délicatement, lentement, avec précaution, elle déposa sa main dans ses cheveux. Puis son autre main entoura sa nuque, et elle approcha sa tête du creux de sa clavicule pour doucement caresser sa tête. Elle ne pleurait pas, elle ne tremblait pas. Mais lorsque qu'elle parla, Narcisse entendit toute l'émotion qui nouait sa gorge. Il en ressentit un douloureux pincement au cœur.

- Shh... Tout va bien. Arrête de t'excuser maintenant.

Il la sentit détourner la tête alors qu'il se redressa pour essuyer ses larmes. Elle regardait le groupe de prisonniers, le regard dur, le visage fermé. Sa voix ne tremblait plus, elle sonnait durement, comme du métal.

- Si cela ne tenait qu'à moi, pas un seul de ces enfoirés ne repartirait d'ici vivant.

Narcisse fut horrifié de ce qu'il entendit, mais lorsqu'elle se retourna, il comprit. Il vit la résilience, il vit l'acceptation, et finalement, elle hocha la tête, soulageant la poitrine de l'adolescent d'un poids infini. Il lui rendit son hochement de tête, laissant échapper un dernier reniflement, avant de secouer la tête. Dianne pencha la tête sur le côté, puis se tourna légèrement sur le côté, comme pour le laisser passer.

- Tu es certain de ne pas vouloir dire au revoir à Ella ?..

Narcisse se figea, ne sachant quoi répondre, ni quoi faire. Il entrouvrit la bouche, puis la referma, son regard allant de Dianne à la porte du couloir, de l'autre côté du salon. Son cœur balançait en équilibre sur une corde à linge. Elle ne lui laissa pas le temps de terminer sa réflexion.

- Tu sais... elle t'aime vraiment beaucoup. Je le vois bien. Ça lui ferait énormément de peine si tu partais sans la revoir.

Un sourire se dessina malgré lui sur le visage de l'adolescent. Il leva les yeux au ciel, avant de secouer la tête. Il n'en revenait pas d'à quel point cette femme était douée pour appuyer là où il le fallait. Elle semblait le connaître par cœur, elle semblait savoir exactement ce qu'il fallait dire pour le mener par le bout du nez. Toutefois, sa dernière phrase brisa toute la magie. C'est ce qu'il voulait. Il devait s'éloigner d'elles, à tout prix. Il ne supporterait pas qu'elles puissent être reliées à lui d'une quelconque manière, et qu'elles en pâtissent. Par conséquent, il savait qu'il devait rompre tous les liens qui venaient d'être tissés entre eux. Il recula d'un pas, en secouant la tête, sa main frottant son flanc.

- Non... Je... non. C'est mieux... Moins je suis proche d'elle, moins elle sera en danger.

Il tourna enfin les talons, le poing serré, se dirigeant vers la porte, ignorant les pas de Dianne qui le suivait. Ses yeux se fermèrent, un vent froid le frappe en plein visage, ébouriffant ses cheveux, trempant ses vêtements en un éclair. Lorsqu'il rouvrit les paupières, il vit une fine pluie obscurcir l'horizon, les nuages chargés d'eau portés par un vent violent. Un orage n'allait pas tarder à éclater, il le sentait. Au moment de prendre une grande inspiration en se préparant à partir, un cri retentit soudainement derrière lui, accompagné de foulées au pas de course.

- NARCIIIIISSE !!

Il ferma les yeux, toute sa volonté l'abandonna brusquement, et un petit corps le frappa de plein fouet avant que deux petits bras n'enserrent puissamment sa jambe. Ella plongea son visage dans le tissu de son pantalon, le trempant de larmes, mouillant une zone qu'il avait réussi à sauver de la pluie. Dianne posa sa main sur l'épaule de sa fille en s'accroupissant à côté d'elle. Narcisse demeura immobile, se forçant à ne pas bouger, essayant de lutter, de la repousser. Mais elle s'agrippait plus fermement qu'une moule à son rocher, et toute tentative de sa part de s'éloigner était proscrite tant qu'elle s'accrocherait. Il rouvrit les paupières en soupirant. Ses yeux étaient baignés de larmes, et sa gorge serrée. Finalement, il se tourna vers elle, et s'accroupit pour la regarder.

Déposant à son tour sa main sur son épaule, il voulut la forcer à reculer, mais elle glissa sur sa manche pour fondre sur lui en l'agrippant à nouveau de toutes ses forces. Elle secouait compulsivement la tête contre sa poitrine en sanglotant. Il voyait flou, il peinait à respirer tant ce contact lui faisait du bien. Il sentait sa volonté lui échapper, et il serra les dents, réitérant sa tentative de la repousser en tentant son épaule.

- Non, non non non !

Dianne la prit dans ses bras, elle aussi avait les larmes aux yeux. Elle regarda Narcisse.

- N'y a-t-il vraiment rien qui te ferait revenir sur ta décision ? Ce n'est pas ton combat.

Elle voulait le dissuader, mais l'effet inverse se produisit, et en un instant, toute la résolution qu'il pensait avoir perdu lui revint, il aurait pu la tenir dans la paume de sa main. Dianne vit le changement au fond de ses yeux, et se contenta de sourire en secouant la tête. Elle leva une main pour la poser sur sa joue. Il ferma les yeux, immobile, puis lentement, il leva à son tour la main pour saisir celle de Dianne. Elle était douce et chaude, un phare dans sa nuit. L'idée même de la repousser lui poignardait le cœur, mais c'est pourtant ce qu'il fit.

- Que ce soit mon combat ou non, c'est pas ça qui compte.

Il leva un genou, posant son coude sur ce dernier, regardant avec tendresse Ella et Dianne. Brièvement, l'image d'Honor et d'Oscar s'y superposa, et sa main monta malgré lui jusqu'à ses lèvres tremblantes tandis qu'un sanglot naquit au fond de sa gorge. Il renifla en détournant le regard, avant de reposer son avant-bras sur son genou, et redirigea ses yeux sur elles.

- Je sais que vous ne voulez pas partir, mais si vous restez... C'est vraiment trop dangereux. Mon plan n'est pas infaillible, je suis pas du tout un bon stratège. Vous avez un endroit où aller ?

Ella se frottait compulsivement les yeux en pleurant, reniflant bruyamment, ne prêtant même pas attention à ce qu'il disait. Il dut faire un effort colossal pour l'ignorer et regarder Dianne, qui hocha la tête.

- Oui. On ira chez...

- Taisez-vous.

Il leva brusquement la main, et malgré l'inquiétude dans sa voix, un léger sourire flottait sur ses lèvres. Dianne soupira en fermant les yeux, lui rendant son sourire alors qu'il reposait son bras sur sa jambe.

- Moins vous m'en direz, mieux ce sera.

Sa gorge se serra lorsqu'il prit conscience de pourquoi il ne voulait pas savoir où elles iraient. Certes, il voulait les protéger au cas où on l'interrogerait, mais surtout, il ne se voyait pas revenir d'où il allait. Alors inutile de s'encombrer de ce genre de choses. Ella secoua une dernière fois la tête, le visage gonflé et rougi par les larmes, son nez encombré par la morve.

- T'es... t'es, t'es... t'es méchant...

Narcisse entrouvrit les lèvres. Il les referma lorsque ses yeux s'humidifièrent. Par un geste de main, il nettoya son visage, puis, alors qu'il s'apprêta à se relever, une idée lui vint, et il présenta sa paume ouverte face à Ella.

- On va faire un pacte.

Ses yeux se portèrent sur sa main, et il prit une grande inspiration, manipulant avec aisance le flot magique qui coulait dans ses veines. L'air autour de ses doigts se mit à vrombir.

- Accio.

Rien ne se produisit, et ce, durant plusieurs longues dizaines de secondes. Il n'était pas certain d'où il était par rapport où l'objet qu'il invoquait se trouvait, mais... Un sifflement se fit entendre, et arrivant telle une fusée de derrière lui, sa baguette vint se poser en équilibre sur la paume de sa main. Une étrange sensation lui parcourut le bras, comme une légère décharge électrique.

Il voulut refermer les doigts autour de sa baguette, mais désormais, il le sentit bien, elle ne lui appartenait plus vraiment. Ou tout du moins, en était-il persuadé. Il ne voulait plus utiliser cette baguette, sa précieuse amie qui l'avait accompagné toutes ces années, et qu'il trahissait parce qu'il s'apprêtait à faire. Son index et son pouce agrippèrent le manche, et il la tendit à Ella.

- 23 centimètres, en bois de cerisier, avec une plume de phénix pour cœur.

Dianne le regarda incrédule, les lèvres légèrement entrouvertes, son regard allant de sa baguette à Ella. Cette dernière s'essuya une nouvelle fois les yeux de sa manche, avant de regarder le catalyseur, puis Narcisse.

- Elle est à qui ? Faut pas prendre c'qui est pas à nous.

Le cœur de Narcisse menaçait de fondre, elle lui ressemblait tellement à son âge. Il avança davantage la main, laissant glisser sa baguette dans le creux de sa paume.

- C'est la mienne. C'était la mienne.

La petite leva les yeux vers lui, bouche bée, avant d'abaisser le regard sur sa baguette. Elle s'avança, se libérant de l'étreinte de sa mère, pour s'approcher de la main tendue. Des étoiles brillaient dans ses yeux, et elle leva la main doucement, hésitante. Elle le regarda à nouveau, fronçant les sourcils.

- Pourquoi tu m'la donne ? Maman dit qu'une baguette, c'est l'truc le plus précieux d'un sorcier.

- Ah... Et bien... ta maman a raison, mais disons qu'elle et moi, je sens qu'on est plus totalement sur la même longueur d'onde...

Après plusieurs secondes de regards partagés, Ella regarda la baguette, puis la prit en main. Narcisse retira ses doigts, avant de se redresser. Il prit une grande inspiration, en essuyant la paume de sa main sur son pantalon, comme s'il voulait en chasser quelques fourmis.

- C'est une baguette très têtue, mais extrêmement fidèle. C'est pour ça que je ne la donne qu'à toi.

Le regard émerveillé d'Ella se releva vers Narcisse, l'air méfiante.

- Et c'est quoi le pacte ?

Il sourit, avant de tendre son petit doigt dans sa direction.

- Tu protèges ta maman, d'accord ? Mais promets-moi de ne t'en servir qu'en dernier recours, si tu n'as aucun autre choix. Et lorsque tu auras ta propre baguette... et bien... libre à toi de faire de celle-là ce que tu souhaites. D'accord ?

Elle regarda son doigt, puis la baguette, puis sa mère, puis Narcisse, puis à nouveau l'annulaire de Narcisse. Elle prit une grande inspiration, avant de hocher la tête, pour glisser son petit doigt dans celui de l'adolescent et le serrer aussi fort qu'elle le pouvait.

- Ok ! Promis ! Mais j'la garde pour toujours alors ! Les autres baguettes, elles sont nulles d'abord !

Dianne et Narcisse pouffèrent malgré eux de rire, mais le visage d'Ella demeura on ne peut plus sérieux. Lorsqu'il relâcha son doigt, elle se précipita aux côtés de sa mère, qui se redressa à son tour. L'adolescent s'approcha d'elle, visiblement gêné, le regard baissé. Elle lui sourit, et sans s'embarrasser d'autres formes de procès, le prit dans ses bras, une main sur sa nuque, l'autre dans son dos. Le bras de Narcisse, hésitant et maladroit au début, finit par l'enlacer à son tour. Ella leur fit elle aussi un câlin en s'insinuant entre les jambes de sa mère et de l'adolescent.

Jamais Narcisse n'avait autant regretté la perte de son bras. Lui qui pensait en avoir fait le deuil, le voilà qui se surprit à supplier quiconque l'entendrait de lui rendre pour pouvoir enlacer Ella et Dianne comme il le voulait.

Après un temps qui parut bien trop court pour Narcisse, mais qui fut selon lui trop long, il se força à se dégager. Ella tenta une dernière fois de le retenir par le tissu de son pantalon, mais il tapota doucement sa tête avant de, pour la dernière fois, se détourner d'elle. La pluie pénétra ses vêtements lorsqu'il passa le porche de l'entrée, les flaques d'eau épousant la forme de ses pieds. Il s'immobilisa, levant le visage au ciel et fermant les yeux, laissant la pluie laver le sang séché de sa peau et de ses cheveux, purifiant ses pensées. Puis il plongea dans son palais mental.

Il savait ce qu'il devait faire. Il était trop faible, il manquait de volonté. Et par cette faiblesse, il avait mis en danger tous ceux qui l'entouraient, et avait échoué à les protéger. Son père avait péri par sa négligence, Tiffanie par sa naïveté. Sa mère avait été capturée, elle était même probablement morte à l'heure qu'il est. Les morts ne pouvaient pas être vengés, mais d'autres pouvaient être prévenues. Il inspira longuement par les narines, laissant sa magie couler librement dans ses veines. Sous ses paupières, ses iris devinrent blancs, et les gouttes de pluie furent soudainement arrêtées par un dôme invisible l'entourant. L'air autour de lui vibrait, ses cheveux se mouvaient aussi bien sous l'impulsion du vent que de sa magie débordante. Sans comprendre exactement comment il procédait, il laissa sa conscience se détacher de lui. Libre comme l'air, emportée par le vent et les éléments, elle parcourut les kilomètres l'entourant. Il cherchait quelque chose. Plus précisément, quelqu'un. N'importe qui de suffisamment puissant pour lui apprendre, n'importe qui avec assez de pouvoir pour le purger de sa faiblesse. Sa lèvre supérieure tiqua lorsqu'il capta l'énergie de Georges, puis, loin derrière lui, celles d'autres sorciers. Cet homme était donc si puissant que ça ? Il serra les dents, mettant de côté ses doutes et ses craintes, continuant de chercher. Il tremblait, il sentait son énergie l'abandonner.

Son esprit accrocha enfin quelque chose. Il manqua d'en perdre connaissance tant la puissance magique de cette aura était terrifiante. C'est pour cela que sans même y réfléchir, il se laissa transplaner, disparaissant dans un claquement de fouet, laissant les gouttes de pluie finalement retomber là où il se tenait à l'instant. Son corps rejoignit brutalement son esprit, ne faisant qu'un à nouveau.

Dianne et Ella demeurèrent sur le palier, espérant encore qu'il change d'avis et revienne pour les accompagner. Elles l'attendirent longtemps, sans se soucier ni de la pluie, ni du froid, ni du vent, ni de rien d'autre, l'appelant seulement de leurs vœux. Dianne finit par capituler, et au lieu de souhaiter son retour, se contenta de lui souhaiter bonne chance.

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Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
Wouah. J'ai hésité plus d'une heure avant de poster ce dernier chapitre, j'hésitais tellement sur comment terminer ce tome. Que d'aventures ! Je me suis surpris plusieurs fois à me laisser atteindre par mes propres chapitres. Gage d'investissement ou d'égocentrisme ? Impossible de dire, mais j'ai adoré écrire ce tome. Encore plus que le premier.

Et plus important, j'ai adoré savoir qu'il était suivi. J'ai adoré savoir que mon histoire plaisait. Ça me touche trop vraiment, et ceux dont je parle se reconnaîtront, mais savoir que mon histoire est lue et appréciée, ça me motive à continuer. C'est puéril et simple, je sais, mais que voulez-vous ?

Toutefois, cette histoire est loin d'être terminée ! Aussi, je vous donne rendez-vous pour lire le troisième et dernier tome de cette fanfiction ! Pensez à mettre la petite cloche héhé.

J'ai réfléchi à quelque chose lors de l'écriture de ce post-scriptum : avez-vous des questions ? Des retours à faire sur cette histoire ? Je me rends compte que les interactions entre un écrivain et ses lecteurs sont bien souvent trop limitées, voire inexistantes. Peut-être êtes vous un lecteur de l'ombre, et peut-être avez-vous envie de faire entendre votre voix ? Alors n'hésitez plus, je déclare officiellement, à partir de ce post, la FAQ ouverte ! Ou n'importe quels retours, vraiment, des questions sur l’histoire, la suite ou même des explications sur des points qui ne seraient pas clairs ! Impossible que mes écrits soient parfaits je n’y croirais pas. Vraiment sentez-vous libres, je vous en remercierai.

5A - Médiateur
01237f

Fanfiction Honor Brando - La Traque Tome 2 - Terminé
Bon bah je me permet d’ouvrir le bal du coup hein T-)
Franchement j’ai pas encore lu parce que, comme je te l’avais dit dans mon hibou, je voulais pas me retrouver à attendre les chapitres :lol: mais j’ai pas pu m’empêcher de zieuter les chapitres des qu’ils étaient postés (méchant Dobby ! Pas bien :wry:) et, franchement, je suis heureux de pouvoir enfin commencer ce deuxième depuis le début (et je repasserai pour te donner mon avis et/ou questions dès que je l’aurais fini :lol:) mais franchement t’as un don. Ou du travail. Ou un mix. Tes histoires me font voyager (car j’ai aussi lu les autres petits trucs que t’as pu poster ici ^^) et franchement ´ t’es toujours un plaisir à dévorer ! Mon p’tit roman du soir :grin:

Donc continue ce que tu fais tant que tu as la foi, c’est juste magique ! <3

C'est la larme à l'oeil qu'Alf, ce gentil p'tit bonhomme, tourna le dos à sa famille, ses amis, son école, pour s'enfuir loin, très loin, dans les méandres d'une forêt, pour ne jamais en revenir...