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Lorsque le jeune homme répondit à sa question et employa les termes "inspiration visuelle", Elizabeth resta silencieuse, le regard perdu dans le vide. Il avait vu juste concernant l'enseignement que prodiguait Poudlard: même s'il n'y avait pas de lien direct avec son projet futur, elle pouvait bien trouver cette liaison ailleurs. Et Hjúki l'avait donnée en parlant du magnifique panorama qu'offrait le parc, ou simplement le château qui était un chef d'œuvre à lui tout seul. La jeune Poufsouffle releva la tête et prit le temps d'analyser les détails de la faune et de la flore : le paysage actuellement vert apaisait étrangement la fillette, et ce dernier allait revêtir d'un manteau blanc dans quelques semaines. Elizabeth avait son carnet et un crayon avec elle, et réfléchit sérieusement à le sortir. En effet, elle se débrouillait dans ce domaine, mais il était toujours intéressant de s'améliorer. Elle pourrait toujours, par la suite, envoyer ses esquisses à son père, afin qu'il lui donne des conseils. Elle avait donc sept ans devant elle pour progresser et donc se permettre de se préparer à de potentielles études dans le domaine de l'art. La piste que venait de lui donner le jeune homme était vraiment intelligente : il suffisait de voir l'école d'une autre manière afin de l'adapter à sa propre vision. Elizabeth n'avait jamais réfléchi de cette façon, ou peut-être commencer à le faire lorsqu'elle était à l'école élémentaire moldue avec Lyam. En effet, elle aimait y aller seulement parce qu'elle y retrouvait son meilleur ami, et ne voyait sinon aucun intérêt à suivre les cours moldus si elle comptait aller à Poudlard. Cependant, la jeune Merrow admettait que les bases que l'école moldu lui avait inculqué n'était pas inutile, au contraire : cela restait extrêmement important. Elle ne le voyait pas encore comme quelque chose d'absolument obligatoire pour les enfants sorciers, mais elle s'en rendrait sûrement compte dans quelques années. Au moment où elle tourna la tête en direction de Hjúki, une idée lui vint à l'esprit : pourquoi se contenter seulement des paysages qu'offrait Poudlard ? Pourquoi ne pas aussi dessiner les élèves, professeurs et adultes de l'établissement ? En effet, Elizabeth savait que son point faible en dessin était de dessiner son père, sa mère, sa famille, ses amis, les passants, les inconnus... Les êtres humains en somme. En observant ses dessins, elle ne s'en rendait pas compte, c'était seulement en les comparant avec ceux de son père où elle remarquait les réelles différences. Jack Merrow avait beau tenter de la rassurer en lui expliquant qu'il avait bien plus d'années d'expériences qu'elle dans ce domaine, Elizabeth avait toujours un pincement au cœur en comprenant qu'elle avait un point faible non-négligeable dans son domaine préféré. Toujours assise dans l'herbe fraîche, elle se mordilla les lèvres et se pinça la joue gauche : être à Poudlard pouvait être une réelle opportunité pour elle. Lors de ses temps libres, elle pouvait dessiner la première personne qu'elle croisait à la bibliothèque plongée dans ses devoirs, ou lors des repas, ébaucher un Poufsouffle en train de déguster un jus de citrouille. Ou encore, comme le jeune Anastase l'avait bien souligné : profiter des extérieurs et trouver une inspiration visuelle. Ils étaient tous les deux en extérieur, et sa main commençait à la démanger, voulant à tout prix attraper son carnet ainsi que son crayon. Les propos du garçon tournaient en boucle dans sa petite tête et la fillette songeait de plus en plus à mettre en pratique ses conseils, ou du moins les propos de l'élève qu'elle voyait comme une suggestion. Qu'est-ce qui la bloquait ? Elle n'arrivait pas à l'analyser, et se rendit compte que si elle essayait, elle n'avait pas grand-chose à perdre, ou du moins, c'était ce qu'elle voulait se mettre en tête. Au bout de quelques minutes de réflexion, Elizabeth sortit enfin de son silence. Elle regarda Hjúki dans les yeux, et risqua :
- Dis... Ça te dérange si je te dessine ?

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À ses yeux, cette masse opaque n’était pas des plus inspirantes, mais il avait appris à vivre avec, la découverte d’une salle aux singulières propriétés offrant des agencements qui ne se trouvaient d’ordinaire pas dans ses méandres avait notamment participé à sa relative tolérance des lieux où se trouvait au moins un espace plus modulable, même s’il n’y avait pas de quoi complètement rêver, loin s’en faut, car le cadre d’entre six pans de pierre demeurait, quoique l’imagination pût les dissimuler tant bien que mal. Certains amas de pierres n’étaient pas dénués de charme, l’adolescent ne parvenait toutefois pas à qualifier de charmant ou séduisant ce monticule, son caractère versatile avec ses parties instables n’aidait d’ailleurs pas, après plusieurs années à y résider, Hjúki tenait ce semblant de vie pour une façade, le château n'était pas vivant, il n’avait pas d’âme, contiendrait-il des vestiges de traces magiques devenues autonomes ou entretenues au fil des générations. Il n’avait pas perçu assez pour le juger digne d’être adressé comme une entité. Malgré cela, pourquoi ne pas y voir un sujet visuel, songeait-il. Tous ces reliefs incrustés depuis des lustres dans le décor méritaient peut-être un regard curieux, ne serait-ce que peu encouragé, les enseignements architecturaux n’étant eux pas intégrés au programme. La construction de formes n’était pas son domaine, que ce soit par des cernes d’encre ou en creusant et modelant la matière, c’était pourtant de cela qu’il s’agissait avec le dessin, ou l’art… se devant d’être utile, souvent, dans la mentalité sorcière. Lui venait plus aisément en tête des formations d’artisanat que d’art, pour apprendre à fioriter la pièce de matériau magique d’où l’on tirera un objet au dessein fixé. Laisserait-on des artisans tels qu’Ollivander se contenter de tailler le bois ? Quel respect peut-il demeurer à l’égard de l’art de la composition florale quand du bout de la baguette un bouquet est prêt à jaillir, sans ne plus avoir à se soucier du processus vivant amenant la fleur à adopter un certain profil depuis la graine. L’envahissement de la magie obscurcissait les horizons artistiques restreints au remplissement de besoins définis. N’est-ce pas ce que prouvent les portraits qui tapissent les murs ou le cocon de bureaux de Poudlard ? Ces peintres magiques rêvaient-il d’immortaliser ces commanditaires à l’heure où ils affinaient leur trait de pinceau ? Si les images telles que déployés ne l’attiraient pas plus que cela, sa sœur-de-cœur avait déjà approché une enseignante de sortilèges au sujet de l’animation des dessins, comme quoi la question se posait aussi pour ce qui sortait du coup de crayon des enfants mages, aux sujets plus libres. Hjúki ne pensait en revanche pas être celui qui pourra accompagner Elizabeth si elle se prenait d’envie de découvrir comment mettre sa magie dans l’art, trouvant de son côté l’art le plus magique celui qui n’en contenait pas. Quoique la magie ait bien cet aspect d’empreinte, de signature unique qui fait l’artiste, est-il néanmoins prudent de l’exposer ? Ne sachant comment interpréter le silence de sa benjamine, le jeune Anastase avait avisé de le respecter plutôt que de se forcer à le remplir inutilement, mettre couche sur couche sur une idée présentée sobrement risquait de la desservir et de se perdre en chargeant d’une complexité superflue. Hjúki pencha la tête, comme pour mieux assimiler la demande. Une réaction en somme brute, directe, dans une continuité tout à la fois sensée et saisissante. Les mages étaient des sujets, soit, mais ses premières pensées en parlant d’inspiration visuelle n’étaient pas essentiellement dirigées vers les pairs. Repensant aux recueils de contes et aux vignettes élégantes surmontant ponctuellement des paragraphes de récits incluent de quelque façon de ce qu’il désignait à l’instant mentalement de ‘pairs’. Qu’elle ait choisi cette direction réveilla un peu plus son intérêt et poussa l’adolescent à la questionner.

« C’est une requête inhabituelle mais elle m’intrigue. Je suppose que le dessin dévoile une perspective, mon image par la tienne, je ne crois pas la connaître. Est-ce que tu sais ce que tu souhaites raconter du bout de ta mine ? »

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Depuis que ces mots avaient été prononcés, Elizabeth entendait les battements de son coeur qui s'accéléraient au fil du temps. Elle appréhendait bien trop la réponse de son interlocuteur, tellement qu'elle était à deux doigts de retirer ses propos. En tentant de prendre du recul sur la situation, elle se rendit compte qu'il n'y avait que deux réponses possibles de la part de Hjúki: oui ou non. Cependant, l'idée que sa proposition lui déplaise triturait l'esprit de la fillette: elle savait que s'il réagissait de la sorte, elle allait s'excuser mille fois avant de plonger dans un silence à la fois emplit de gêne et de honte. Et elle ne voulait surtout pas que cela arrive. De ce fait, elle se mit à réfléchir à toute vitesse à une bonne réaction qu'elle pourrait adopter: rire pour adoucir la situation et expliquer que ce n'était qu'une idée absurde qui lui était passée par la tête ? Non, cela paraissait bien trop saugrenu, et elle aurait l'air d'une idiote aux yeux de son ainé. Utiliser cette même excuse sans rire ? Non plus, cela restait une raison bien trop maladroite. Pendant qu'elle réfléchissait à cette possibilité, Hjúki finit par lui répondre, et ses mots retournèrent la jeune fille intérieurement. Elle releva les yeux en sa direction et prit le temps de répéter silencieusement la question de son aîné. Sa "requête l'intriguait". Il était curieux concernant sa volonté. En comprenant les paroles de Hjúki, un sourire rayonnant naquit sur le visage d'Elizabeth: sa proposition ne lui avait pas déplu, au contraire ! Elle avait l'impression qu'il venait de lui décharger un poids considérable, et cela la mit bien plus à l'aise que quelques minutes auparavant. En repensant à la possibilité que cela déplaise au jeune homme et qu'elle avait prit le temps de l'évaluer, cela la fit rire: elle semblait réellement se stresser pour des futilités. Elle aurait mieux fait d'attendre la réponse calmement et prendre le temps de réfléchir à une réponse. Elizabeth se calma, et commença à repenser à la question du jeune homme, avec un énorme sourire aux lèvres. Que voulait-t-elle raconter avec son crayon ? L'interrogation était délicate: à vrai dire, elle ne comprenait réellement le message de son dessin seulement après l'avoir achever. Lorsqu'elle était en pleine activité, elle laissait son instinct guider son bâtonnet en bois, et une fois achevé, elle prenait le temps de l'analyser et de déduire ce qu'elle voulait faire passer comme message: qu'il soit simple ou complexe. Si elle prenait la question de Hjúki dans un autre sens, cela donnerait: pourquoi voudrait-elle le dessiner ? L'interrogation était cette fois-ci bien plus à sa portée, et la réponse lui semblait plus atteignable. Est-ce que lui répondre "par simple envie" était réellement une explication ? Certainement pas, et cela ne convenait vraiment pas à la fillette. En réalité, elle appréciait particulièrement dessiner les personnes qu'elle voyait d'un bon oeil. Surtout quand elle avait un avis très positif envers ces dernières. Une fois ses réponses en tête, elle prit une grande inspiration afin d'expliquer le plus clairement possible ses pensées:
- J'ai pris du temps pour te répondre, désolée mais il fallait que j'y réfléchisse un peu avant, pour trouver les bons mots. Pour être honnête, je ne sais jamais vraiment quel message je veux faire passer avant de dessiner: j'arrive à le comprendre seulement à la fin. Mais j'avoue que j'ai une petite idée pour un croquis qui te représenterait. Simplement représenter la personne que tu es, avec mon regard. Ça peut paraitre très simple, mais pourtant ça reste important. Si je venais à te dessiner dans quelques années, peut-être que ma façon de te voir aura changer et cela sera visible rien qu'avec mon coup de crayon. Ou en tout cas je serai capable de le voir très facilement. Et pourquoi te dessiner toi ? Tout simplement parce que tu es une personne que je... j'affectionne d'une certaine manière ?
Elle garda pour elle le fait qu'il était un peu étrange d'utiliser le terme "affectionner" alors qu'ils ne s'étaient rencontrés que deux fois sans compter les lettres. À vrai dire, elle était très curieuse quant à sa réaction, et elle n'avait pas d'autres mots pour décrire ses pensées.

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La spontanéité paraissait avoir été accompagnée d’une certaine tension ou appréhension que le relâchement visible provoqué chez Elizabeth trahit. Cela rappelait à Hjúki ces décisions prises comme du haut d’un précipice, en ayant volontairement omis la période pour jauger au point qu’il était impossible de savoir si une interminable chute s’en suivrait, si un doux atterrissage en contrebas était prévu. Un risque nécessaire pour avancer, mieux vaut parfois choisir puis bifurquer que de calculer indéfiniment à l’orée, en perdant irrévocablement l’élan. L’adolescent ne laissait pas si souvent place aux coups de tête, sentait toutefois qu’en cette dernière année il en aura possiblement besoin pour construire sa vie d’après. Il n’avait pas d’objectif tout tracé et bien des chimères fourmillaient dans son esprit, en sourdine, comme si n’étaient pas digne d’être examinées raisonnablement sauf à l’occasion d’un brusque virement, non préparé. En repensant à tous ces étranges évènements qui avaient émaillé sa scolarité et invoqué des candidats qu’il avait dédaignés, le jeune Anastase se reconnaît toutefois un certain ancrage l’ayant préservé de se jeter dans le tumulte inutile par une décision irréfléchie. En surprenant dans ses pensées son intention de réfléchir à de prochaines actions spontanées, Hjúki prit mesure de l’ironie de sa réflexion, prouvant bien à quel point ce n’était pas dans sa nature de se laisser porter en dépit de sa capacité de citer quelques évènements ponctuels où il avait connu cette vrille.

En l’écoutant confesser son besoin de réfléchir, l’adolescent eut de quoi supposer qu’Elizabeth également n’était pas coutumière des démarches non préparées, quoique le dessin semblât échapper à cette logique… des coulées d’encre se mirent à tomber dans une fresque mentale floue, brouillée par son peu de pratique récente au même moment où il captait inconsciemment ce besoin de résultat pour se situer sur la production. Sans dessiner soi-même, le principe de capter un à un les fils pour comprendre le bouquet qu’ils forment lui était accessible. Habitué au fouillis, il ne prenait guère plus souvent soin d’identifier et ordonner ceux qui se nouaient en son for. Un acquiescement signifia sa compréhension. La proposition ne lui venait pas de nulle part puisqu’elle confia ensuite déjà avoir une idée. Elle avouait y laisser de son regard, et Hjúki ne put effacer l’image de ces auteurs dont le nom importe plus que les créatures auxquelles ils tentent d’insuffler la vie. Derrière ces petites identités paraît celle de leur Conteur, de son regard. Celui particulièrement tranchant d’Andersen qu’il percevait par exemple derrière une ondine ou une enfant en quête de chaleur ; ou celui empreint de cynisme de Pullman ayant admis l’impossible triomphe. En percevant la perspective des Conteurs dans les récits, l’adolescent ne doutait que les coups de pinceau ou de crayon appliquaient pareillement un peu de la main ayant tracé les cernes sur le support.

La promesse de sa perspective lui suscita la sensation particulière que provoquait le ‘Docteur Faustus’ une fois que l’on avait l’exégèse. Une bonne partie du lectorat a de quoi être persuadée que ce compositeur travaillant à sa musique sérielle et tenté par le pacte infernal dans le cadre de son processus de création serait un alter ego de Schönberg. C’est bien lui l’instigateur de cette méthode de construction musicale, l’auteur s’est bien renseigné sur ses systèmes, et pourtant… les accusations d’un portrait inexact de l’autrichien lui étant contemporain se trouvent injustifiées lorsqu’il est révélé que Thomas Mann avoue s’être lui-même retranscrit, en transposant son monde littéraire à celui de la musique. Qui s’attend ou veut lire Mann en se saisissant de cet ouvrage, qui s’attend à une transformation aussi personnelle, radicale du mythe popularisé par Goethe ? Se dévoiler par un récit connu de tous et ancré dans l’imaginaire, mélanger l’intime au populaire, loin est le temps des écrits et des œuvres non signées, où les sujets revendiquaient plus d’importance que la personne les ayant conçues. Les compositeurs dont le corpus était découpé en phases démontraient également la contamination de leur regard sur leur façon d’agencer les notes et leur rhétorique.


« Dans ce cas, je suis honoré de ta confiance et me réjouis de te découvrir en me découvrant. »

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Mains dans les poches, Elizabeth serrait très fort son crayon ainsi que son bloc de feuilles: elle regardait Hjúki, prête à écouter sa réponse. À vrai dire, elle était très excitée à l'idée de pouvoir le dessiner et avait du mal à maîtriser son envie de commencer sur le champ. S'il n'était pas convaincu par son explication, la première année le comprenait: elle n'avait pas l'impression d'être très claire dans ses propos, et ne savait pas si les termes qu'elle avait choisi étaient adaptés. Lorsque son interlocuteur ouvrit la bouche pour lui transmettre sa réponse, Elizabeth retint sa respiration, jusqu'à ce qu'un grand sourire incontrôlé s'afficha sur ses lèvres: il n'était pas contre l'idée ! Les yeux brillants d'excitation et de joie, la Poufsouffle le remercia plusieurs fois avant de sortir son matériel simple et efficace. Elle se tourna complètement vers son aîné avant de lui expliquer:
- Tu peux tout à fait bouger. En fait, reste simplement naturel. Je ne vais pas exactement te dessiner tel que tu es actuellement mais tu comprendras sûrement où je veux en venir.
Une idée lui trottait dans la tête depuis plusieurs minutes et elle n'arrivait en aucun cas à l'effacer de son esprit: la falaise. C'était le mot pour la résumer. Elle se souvenait étrangement bien du jour où elle l'avait rencontré, et trouvait que le lieu était mémorable. Elle ne pouvait pas s'empêcher de vouloir le dessiner assis, les jambes ballantes dans le vide, le regard perdu dans l'océan profond. Oui, c'était comme cela qu'Elizabeth l'imaginait. Elle laissa donc son crayon glisser sur sa feuille vierge, tout en posant son regard plusieurs fois sur le jeune homme. En réalité, elle préférait largement dessiner le ciel et les étoiles, mais si elle voulait s'améliorer concernant les portraits, elle se devait d'en produire, pour mieux détecter ses faiblesses et ainsi les corriger. Simplement le fait de devoir représenter quelque chose ou quelqu'un en y ajoutant sa touche personnelle et ses perceptions apaisait la fillette. Parfois, elle se demandait comment ceux qui n'avaient pas le coup de crayon inné arrivaient à aimer dessiner: Elizabeth pensait notamment à Lyam, qui préférait de loin les mots au dessin. Elle aurait du mal à supporter les émotions négatives sans une telle porte de sortie. Mais chacun ses préférences, n'est-ce pas ? En y réfléchissant, elle se demandait quels étaient les activités que Hjúki appréciait. Aimait-il l'art ? Observer les paysages naturels ? Avoir des conversations concernant des sujets moins abordés en général ? L'envie de lui poser la question lui brûlait les lèvres, mais elle se contenta de continuer à l'observer tout en dessinant. À vrai dire, elle avait l'image en tête, mais pour détailler ses expressions faciales, Elizabeth devait prendre le temps d'analyser son interlocuteur. Elle évitait de le regarder trop longtemps, par peur que cela le mette à l'aise: de son côté, elle n'aurait pas franchement apprécié que quelqu'un l'observe de la sorte. Quelques coups de crayon plus tard, elle avait fini son croquis: certes le dessin n'était pas finalisé, mais elle le trouvait très bien tel qu'il était. Plutôt fière du rendu, elle sourit au jeune homme avant de lui expliquer:
- J'ai fini ! C'est un simple croquis, rien de très détaillé, mais je pense que le laisser comme ça est la meilleure option.
Son dessin représentait donc Hjúki, assis au bord d'une falaise, le vent balayant ses cheveux et le regard perdu dans le vide. Elle avait opté pour une tenue relativement simple, sans détailler, car ce qui l'importait était le dessin dans sa globalité et non les précisions. Avec de la couleur, cela rendrait très probablement son croquis plus vivant, mais n'ayant qu'un simple crayon de papier sur elle, elle avait joué avec les teintes plus ou moins claires pour former les ombres. Elle signa en bas de la feuille puis la tendit au garçon:
- Tiens, garde le. Puis quand on se reverra si cela arrive, je pourrais refaire un croquis, et on pourra comparer les deux ! J'espère que mon croquis te plait et que tu vois où je veux en venir avec une telle représentation.
Le bras levé vers Hjúki, elle attendit qu'il le prit, en espérant de tout son coeur qu'il l'appréciait. Même s'il ne voyait pas la portée de son travail, ce n'était pas si grave: il représentait le garçon selon la fillette.

Reducio
Merci pour ta patiente. Voici, pour me pardonner, une représentation du dessin d'Elizabeth. N'ayant pas son talent pour le dessin, le croquis est très très très approximatif (la falaise n'est pas dessinée).

Reducio
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Son ravissement lui permettait de prendre concrètement mesure de à quel point dessiner lui importait, il ne s’était douté que la demande de l’enfant fût aussi… viscérale. L’adolescent signifia d’un hochement de tête qu’il avait compris les directives en somme simples à suivre puisqu’il ne perdait pas sa liberté de mouvement. Il n’avait guère l’habitude de se faire immortaliser, l’idée que ses apparences passées tombent dans les limbes à défaut d’avoir été conservées ne le dérangeait pas tant. Pendant qu’Elizabeth était à son ouvrage, il se retint de jeter des coups d’œil sur le support pour constater la progression, préférant attendre le résultat qu’elle lui présenterait. Le jeune Anastase tenta également de faire abstraction du regard qui se posait ponctuellement sur quelque trait qu’elle devait être en train de capturer. Son attention se baladait plutôt sur divers éléments où ils étaient posés, songeant à la signification que porteront ces lieux dans sa mémoire à la fin de l’année. S’il n’en gardait pas de trace physique ou de représentations, est-ce que le domaine disparaît peu à peu de son histoire, jusqu’à devenir un fragment poussiéreux donnant la sensation de témoigner d’une toute autre vie. C’était encore tôt pour se figurer dans quels tiroirs du passé échoueront ses expériences ici, il en venait à se demander si la jeune fille posait ainsi sur papier des instantanés de moments ou d’impressions ainsi gravées pour plus tard.

N’était-ce pas ce qu’il produisait sporadiquement avec des projections d’encre ? En soit, ce qui importait le plus était le ressenti éprouvé dans un cadre, pas tant ce dernier et ses atours, fixer son apparence est secondaire. Si les détails des aspérités des pierres s’évaporaient, probablement pas la façon dont elles l’avaient marqué. Tout comme Mann s’était senti Faust et avait exploité sa symbolique, Hjúki percevait parfois une superposition avec des épisodes déjà narrés ou composés ; et alors que ses traits étaient explorés d’une perspective extérieure tandis que ses Perles-de-Nótt erraient entre la flore affleurante du parc à la silhouette de l’école, se faisait saisir d’impressions diffuses, un bref motif pianistique obsédant se mit à hanter son esprit. Les notes iconiques de la „Promenade“ de Modeste Moussorgsky figuraient joliment les déambulations entre chaque arrêt devant les
Tableaux d’une Exposition pour s’imprégner de leurs ambiances et représentations. Il y avait une telle évidence dans le reflet musical des pas – ce n’était ni une forme de danse pour des figures chorégraphiées, ni une marche servant de support à un pas militaire, tout simplement la démarche flâneuse d’une visite – que son profil s’était aisément gravé dans sa mémoire auditive qui le redéroulait pendant que ses sens se promenaient en attendant que les coups de crayon précisent son image ; les objets fixés différaient toutefois des tableaux et la Pastorale et autres fragments symphoniques se substituaient pour illustrer les motifs de consonance sylvestre auxquels il s’accrochait.

D’une nette exclamation, le jeune Anastase comprit que le portrait était désormais achevé, et il avança les deux mains pour saisir le dessin porté en sa direction en la remerciant. L’enfant avait annoncé qu’il ne s’agirait pas d’une représentation actuelle et instantanée, et ainsi qu’elle l’avait présagé, Hjúki parvint en détaillant le croquis à comprendre et à identifier l’écho qu’elle avait construit. Elle avait bien une histoire à raconter, et l’adolescent reconnaît fixé devant son visage le rappel d’un instant partagé presque lointain. Bien qu’il datât de quelques années, leurs premières paroles échangées aux falaises de Moher, dans sa contrée, flottent encore dans son esprit. En dépit des musiques existantes pour refléter les ressacs, les instruments se sont tus et il entend la réelle mélodie des vagues jaillir. Comme il s’en doutait, il ne se voit pas seul, la présence de la dessinatrice paraît en filigrane, en outre de la signature en lettres.


« Je crois que je vois. Je suppose que c’est l’aperçu laissé depuis notre première rencontre en Irlande. »

Les doigts à quelques centimètres du papier, sans oser y toucher, l’adolescent était conscient de son évolution, assurément qu’en se recroisant à certain intervalle de temps, d’autres facettes ou versions de lui se révélaient, plus ou moins éloignées de l’enfant qu’il était et dont elle avait gardé une trace.

« Merci, le souvenir est toujours là mais je conserverai également ta représentation visuelle. »

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Même si elle tentait de contrôler au mieux son regard, son intensité était bien trop puissante pour ne pas être remarquée. Elle devait détourner les yeux du jeune homme pour ne pas le gêner, mais sa curiosité était telle qu'elle n'avait pas la force de le faire. Elle voulait savoir s'il appréciait son dessin. Non, plutôt s'il arrivait à le comprendre. Aimer ou pas l'art était un sujet bien trop complexe selon la jeune fille: tout dépendait du regard que l'on portait dessus. Et si, bien sûr, on comprenait la portée de l'oeuvre. Lorsqu'il lui répondit, elle détourna le regard pour observer son croquis: il avait compris qu'elle avait fait le choix de le dessiner telle qu'elle l'avait vu la première fois, c'est à dire en tant que Garçon de la Falaise. Mais cela allait plus loin. Elle n'arrivait pas à poser des mots sur ce qu'elle voulait faire passer, mais elle le comprenait parfaitement au fond d'elle. Ce n'était pas qu'un simple dessin. C'était le fragment d'un souvenir mélangé à des aspirations, à des volontés, à des espérances... à des croyances. Mais la fillette, bien trop jeune, ne le voyait pas de cet oeil. Elle comprendra sans aucun doute plus tard, lorsqu'elle le reverra. Il la remercia une nouvelle fois. Et elle lui sourit une nouvelle fois. Un sourire rayonnant. Elle aimait tant montrer son art aux autres ! Les réactions étaient toutes différentes et elle prenait plaisir à les voir, et à tenter de les comprendre lorsqu'ils n'étaient pas du même avis qu'elle. En repassant en boucle les mots de Hjúki, elle acquiesça: il se souvenait, et elle aussi. Elle en avait fait une représentation visuelle et il l'avait cerné. Il y avait sûrement autre chose. Mais elle ne le verra seulement dans quelques années quand elle aura l'occasion de redessiner le jeune homme. Ou du moins, ils le verront; c'était une espérance secrète dont elle ne se rendait pas compte. Elizabeth venait d'entrer à Poudlard. Comment une aussi jeune fille pourrait-elle comprendre des notions que même les adultes avaient du mal à cerner ? Parfois, en l'écoutant, en tentant de comprendre ses pensées, c'était difficile de croire qu'une fillette de onze ans réfléchissait à de tels sujets. Mais était-ce vraiment le cas ? Même Elizabeth ne le savait pas. Ou du moins, ne s'en rendait pas compte. Elle l'apprendrait sûrement dans quelques années. Depuis quelques minutes, c'était le vide dans son esprit. Elle ne pensait à rien, pas même à son dessin. La réaction de Hjúki l'avait rassurée, elle pouvait désormais laisser son esprit se promener librement dans le Parc ou le Lac de Poudlard, sans qu'elle ne s'en aperçoive. Cependant, elle se rendit compte qu'elle ne lui avait pas répondu, et trouvait cela tout de même mal poli: elle s'était contentée de sourire et de hocher la tête. Des mots devaient suivre.
- L'Irlande je m'en souviens encore... C'est peut être, non sûrement, à cause de ça... Enfin, le souvenir est encore fort. Donc ça a forcément impacté mon dessin. Je suis contente que tu l'aies remarqué ! Merci !
Elle avait envie de rajouter que d'autres avaient la mémoire bien courte, mais qu'étant donné que les Falaises de Moher étaient le lieu de leur première rencontre, c'était bien plus facile de voir le lien. Mais elle se ravisa. Elle n'avait pas tout à fait tort, mais pas totalement raison. Mais elle l'oublia vite, c'était un sujet, de nouveau, bien compliqué pour elle. Elizabeth prit une grande respiration et profita de l'air frais du parc: elle devait profiter de l'air aussi pure. Bien plus pure que celui de Londres. De même pour les paysages. Et elle s'en rendait peu compte. Ou du moins, pas assez.
- Je vais encore rester là un peu de temps... Pour profiter du calme du parc avant de retourner à mon quotidien.
Elle avait prononcé ces paroles en regardant le jeune homme dans les yeux, toujours souriante, mais cette fois-ci avec un air un peu plus mélancolique. Si elle pouvait profiter d'un tel calme avec une telle compagnie plus souvent... Elle plongea le regard dans l'horizon, sans aucune pensée en tête, avec pour seule volonté de profiter de l'instant présent. La nature était si belle.

Reducio
Dernier post pour moi. Considère qu'Elizabeth reste silencieuse à regarder l'horizon. Libre à Hjúki de rester avec elle ou non.

Je ne te remercierai jamais assez. Merci mille fois.

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Reducio
Je clos donc. Merci à toi.

S’il abaissait les paupières, Hjúki verrait sans peine les vagues se fracasser sur la roche et se disperser en remous chantants, la mélodie d’Irlande est bien loin de ce que les ondes du lac écossais produisent. C’est si facile de s’échapper dans une scène familière, rejoindre réellement quelque lieu hors de cette enceinte en revanche ne se fait pas si aisément en ces eaux bardées de protection. S’il garde ses sens ouverts sur le temps présent, la monotonie du décor imposé, en dépit de réagencements ponctuels, s’installe écrasante. L’enfant paraît songeuse, et il se demande si elle arrive également à se replonger dans les embruns qui les entouraient, ou si elle pense plutôt à ce gamin qu’il était à l’époque. Il pourrait, mais ne fait pas le décompte des années qui se sont écoulées depuis, des mues d’identité qu’il a traversées. En tout cas, même si son environnement habituel est sans doute Londres – l’adolescent se rappelle encore lui avoir adressé un courrier à cette destination bien avant sa rentrée – Elizabeth resitue toujours ce moment qu’elle vient de restituer sur le papier. Le jeune Anastase hoche doucement la tête quand elle annonce son intention de profiter de l’atmosphère du parc. Contrairement à elle, ce tableau ne l’apaise pas, à rester il finirait par entendre les motifs de la Pastorale qui lui rappelleraient que même Ludwig van Beethoven n’était pas libre, ce qui ne sonne guère en somme comme une ode à la sérénité, sans compter les grondements de l’orage au cœur de l’œuvre.

« Bien sûr, je te souhaite de bien profiter. »

Il répondit d’un volume tout bas pour ne pas troubler sa quiétude avant de se retirer pour ne pas ternir sa contemplation. En accueillant malgré lui quelques notes se superposant aux bruissements végétaux, le jeune Anastase convint que la Sixième était loin d’être sa symphonie favorite, préférant celles plus… mécaniques. Comme les deux suivantes et leur façon de mettre en perspective le Rythme, créant de la musique dans la musique. En dépit de ces réflexions de mélomane, il se tenait éloigné de la salle de répétition, il n’était point créateur. Les petits airs pastoraux se taisent progressivement au fil de ses pas mais l’ombre du compositeur allemand ne s’est pour autant pas volatilisée. Pour certaines formes de magie, il a besoin de lui, de l’intensité avec laquelle il peint des sensations pour les transmettre à son tour de son instrument de bois, alors il n’est naturellement pas aisé de le chasser quand il a pointé le bout d’une mélodie ; même s’il a recours à une plus large palette, les autres répertoires sont présentement silencieux à son profit. Au moins son attention est-elle détournée de l’architecture et de sa silhouette projetée qui avale les résidents vaquant sous sa chape.

Alors qu’il approche de ses dernières foulées dans l’herbe, sa posture marquée par une hésitation et l’adolescent se retrouve accroupi un instant après, ses Perles-de-Nótt fixées sur les brins d’herbe. Hermès aurait-il pu y percevoir les cordes d’une lyre ? Niant d’un mouvement de tête, il se relève. Ce n’était pas la Grèce mythique, où l’on tirait un instrument d’un roseau cueilli. Pourquoi vouloir les façonner ? Le Vent sait déjà si bien en jouer… ce n’était pas ici qu’il apprendra à être facteur de quoique ce soit, se raisonna-t-il alors que ses jambes se remirent en marche. Avec les années d’itinéraires qu’elles avaient imprimés, Hjúki leur faisait confiance pour le mener à bon port en dépit de l’animation des marches ou des portraits qu’il avait assez intégrée pour se permettre d’en faire abstraction. Il devrait sans doute profiter de l’éveil actuel de sa mémoire musicale pour s’adonner à quelques exercices, ce qui impliquait un crochet pour récupérer le nécessaire avant de rejoindre un espace adapté. C’est d’une démarche métronomique, digne d’un motif inspiré de l’inventeur Maelzel ainsi que Beethoven savait en faire, ou même György Ligeti sculptant le Temps, que l’adolescent se laissa aspirer par les couloirs de la bâtisse.