Chronique d'une disparition, Acte II. solo

Depuis le 23 Janvier 2047.

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Morphée était bien des choses, mais ce soir-là, elle ne fut rien d’autre qu’une étrangère insensible aux supplications de la jeune Irlandaise de l’emporter dans ses bras, ne serait-ce qu’un instant. Eileen était exténuée, absolument drainée par la douleur grandissante qui prenait place au sein de sa poitrine, par les pleurs et les sanglots qui continuaient de secouer son corps. Mais le sommeil ne venait pas à elle, du moins pas comme elle le souhaitait, car dès que ses yeux se fermèrent sous le poids de la fatigue, des scénarios plus horribles les unes que les autres défilaient dans sa tête, reflétant ce qui pourrait se produire si jamais Eileen refusait de se soumettre à l’ordre implicite que contenait la lettre envoyée par son paternel. L’instance se reproduit plusieurs fois, mais au bout de la cinquième ? Sixième fois -Eileen avait arrêté de compter- à se réveiller en sursaut, les joues trempées par une nouvelle vague de larmes, le front couvert de perles de sueurs et le souffle court, l’adolescente abandonna tout espoir de trouver le sommeil ce soir-là et s’assit dans son lit, le dos contre le mur de son alcôve. Frôlant sa joue avec sa main qui tentait de coincer une mèche de cheveux derrière son oreille, Eileen fut accueillie par la désagréable sensation de la pellicule créée par les larmes qui s’étaient échappées de ses yeux. Elle décida alors, consciente qu’elle n’avait rien d’autre à faire que d’attendre que le jour se lève, de se lever doucement de son lit pour ne pas réveiller ses camarades et de se diriger vers la salle de bain pour se passer un coup d’eau sur le visage. Son passage y fut rapide, son visage débarbouillé, elle retourna immédiatement dans son alcôve, ne risquant même pas un coup d’œil aux miroirs présents dans la pièce, sachant très bien ce que son reflet lui réservait.

Assise sur son lit, la tête sur ses genoux qui étaient repliés contre son torse, Eileen était forcée d’admettre qu’elle n’avait pas d’autres choix que de commencer à réfléchir à la façon dont elle allait s’y prendre pour s’effacer de la vie Poudlardienne. L’adolescente profita alors des quelques heures restantes avant le lever du soleil pour tout planifier. Heureusement, l’Irlandaise n’avait qu’une seule classe le mercredi, et ce dernier ne prenait place qu’en cours d’après-midi, ce qui lui laissait suffisamment de temps pour commencer à mettre son plan à exécution. Plongée dans ses pensées, Eileen n’avait pas vu le temps défilé et le bruit de ses camarades qui commençaient à se réveiller la sortie de sa profonde réflexion. Attendant alors que ses camarades aient quitté la pièce, la jeune Shelby quitta à son tour son alcôve pour se préparer pour la longue journée qui l’attendait, elle prit notamment soin d’arranger son visage qui était dans un piteux état.

Une fois dans les couloirs du château, contrairement au flux principal d’élèves qui se dirigeaient vers la Grande Salle pour prendre leur petit-déjeuner, Eileen parti dans le sens opposé et se dirigea vers le bureau de sa Directrice de Maison. Une fois devant la porte, la brune prit une grande inspiration, toqua puis entra lorsque l’autorisation lui fut donnée. Face à sa professeur, Eileen ne tourna pas autour du pot trop longtemps, ne voulant pas rendre les choses plus compliquées qu’elles ne l’étaient déjà, elle fit alors pas de sa décision de quitter et le capitanat et son poste de joueuse des Hel’s. Elle prétexta ne plus pouvoir assumer son rôle de capitaine, ce dernier lui prenant trop de temps, que le Quidditch lui prenait trop de temps ,qu’elle n’arrivait plus à faire la part des choses entre le sport et ses études, et que par conséquent elle préférait quitter l’équipe pour se concentrer sur sa scolarité. Un mensonge, bien évidemment, en regardant le bulletin d’Eileen il aurait été facile de prouver que ces notes étaient toujours aussi bonnes, mais c’était une contre-vérité bien plus plausible qu’une soudaine blessure qui lui aurait valu un passage par l’infirmerie, ce qu’elle préférait éviter. L’adolescente ne se voyait pas non plus raconter la vérité, car même si c’était ce qu’il y avait sans doute de mieux à faire, Eileen n’avait pas envie de prendre de risque. La vie des membres de sa famille était tout de même en jeu. Alors, oui, le fait de vouloir se concentrer exclusivement sur sa scolarité était ce qui lui paraissait être le plus crédible. La Poufsouffle laissa également la responsabilité à sa Directrice de Maison d’annoncer son départ au reste de l’équipe. Elle ne se sentait pas capable d’affronter ses coéquipiers, enfin ex-coéquipiers, en face à face, d’autant plus qu’Alienor serait présente et qu’elle savait qu’elle aurait bien du mal à rester de marbre devant son amie. L’adolescente s’imaginait déjà l’onde de choc que sa démission allait provoquer, surtout qu’elle arrivait en plein milieu de la saison, et lâche comme elle était sur ce coup-là, Eileen se devait de la reconnaître, elle ne voulait pas être présente à ce moment-là. Mais ce qui était fait, était fait, et maintenant qu’elle avait quitté les Hel’s, il était désormais impossible pour l’Irlandaise de faire marche arrière.

Eileen n’était pas une personne que l’on pouvait considérer comme exubérante, mais ce n’était pas pour autant qu’elle était transparente. Auprès de ses amis, elle était pleine de vie, de rire, sans oublier la pincée de sarcasme qui avait fait sa réputation sur les terrains de Quidditch. Et pourtant, c’était ce qui faisait de l’Irlandaise ce qu’elle était, que l’adolescente se devait d’étouffer. Alors, progressivement, la brune commença à éviter les parties du château qui était souvent sujet aux rassemblements d’élèves ; s’en était fini des excursions dans le parc, des heures passées au Stade de Quidditch où Eileen se refusait d’ailleurs d’y remettre un pied sauf si c’était pour assister à son cours de Vol. Puis ce fut au tour du reste du château, où elle disparu presque entièrement de la circulation, ne se déplaçant (sauf si nécessaire) qu’aux heures où il y avait le moins de monde. Dans ses différentes salles de classe, l’Irlandaise se cantonnait aux places où elle savait que personne n’essayerait d’engager la conversation avec elle. Eileen voyait bien les expressions sur le visage de ses proches lorsqu’ils essayaient de lui parler, c’est d’ailleurs pour cette raison qu’elle disparaissait de la vie Poudlardienne. C’était égoïste de la part d’Eileen, mais c’était le seul moyen qu’elle avait trouvé de se protéger. Elle était consciente que la situation dans laquelle elle était plongée était en grande majorité de sa faute, car même si son père avait eu son rôle à jouer, c’était Eileen qui avait mis son nom dans l’urne, elle et personne d’autre qui avait forgé la cage dans laquelle elle se retrouvait piégée. Alors si elle pouvait s’épargner, ne serait-ce qu’un peu, elle le ferait.

Et à son plus grand désarroi, son plan fonctionnait, parfois même un peu trop. Mais après tout, n’était-ce pas ce que l’adolescente recherchait ? Il était difficile pour Eileen, après des semaines passées dans la solitude de se convaincre qu’elle avait fait le bon choix, lorsqu’elle voyait tout le monde autour d’elle vivre leur vie, évoluer, alors qu’elle faisait du surplace, simple spectatrice de son existence. C’était dans ces moments de doute qu’Eileen ressortait la lettre qu’elle avait reçue et qu’elle se remémorait la menace que son père faisait planer sur le reste de sa famille. Et bien que sa résolution n’en sortît que renforcer, ce n’était pas sans prix. Plus le temps passait et plus la santé de la brune se dégradait. Elle qui avait réussi des mois durant à maintenir un front d’indifférence, voyait ce dernier commencer à se fissurer. L’Irlandaise n’arrivait plus à masquer les regards remplis de douleur et de regret, elle n’arrivait plus à cacher les ravages des nuits blanches qu’elle enchaînait, du peu d’appétit qu’elle avait. Les traits d’Eileen s’étaient visiblement creusés, ses yeux étaient désormais rougis par la fatigue et des cernes très marquées s’étaient installées sous ses paupières inférieures. L’adolescente en était arrivée au point de se demander combien de temps elle allait pouvoir tenir comme ça avant que son corps ne la lâche et que le passage tant redouté par l’infirmerie ne lui soit imposé. Et bien que la chance n’était décidément plus de son côté, elle espérait vraiment qu’elle n’en arriverait pas jusque-là, car sinon, elle ne savait pas comment elle allait pouvoir justifier sa descente aux enfers sans mentionner le chantage que lui faisait subir son père.

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Étudiante à la GEAD - Membre de l’UDS [#601070]