Abracadabra !

Jeudi 26 Août 2046
Ça fait plus d'une semaine que ma lettre d'admission pour le prestigieux collège de Magie est arrivée. Plus d'une semaine qu'elle est posée sur la cheminée du salon. Qu'elle trône fièrement, vêtue de son cachet rouge et de son encre noire. Plus d'une semaine qu'elle nous observe, nous nargue, nous fait ressentir milles émotions. La fierté pour papa, la tristesse pour maman et Miguel et... la peur pour moi.
Ça fait plus d'une semaine que le temps semble suspendu à la maison.
Chacun occupe ses journées comme la veille, et sans réfléchir au lendemain...
Mais aujourd'hui est différent. Aujourd'hui, Miguel a terminé ses valises. Il s'en va.
Aujourd'hui, papa est reparti au travail, après quelques jours de vacances... et maman a enfilé sa cape de sorcière.
Aujourd'hui, je fais mes premiers pas dans le monde sorcier. Je coche chaque ligne sur ma liste de fournitures scolaires. Aujourd'hui, mes pieds caressent les pavés du Chemin de Traverse.
Grand-mère Margaret à exigé de m'accompagner pour faire mes achats. Elle a dit a papa qu'elle voulait passer un peu de temps avec sa "petite fille". Et son petit-fils alors ? Non, maman dit qu'elle espère juste me façonner à son image et qu'elle veut me présenter à tout ses amis du "beau monde".
Peu importe, je ne voulais pas y aller avec elle. Je la connais presque pas. En plus, j'aime pas sa façon de s'exprimer, elle parle comme dans les films en noir et blanc. Et puis, elle sent comme dans les vielles armoires.
Alors maman s'est fâché avec papa, et finalement elle a gagné.
C'est pour ça que c'est elle qui tient ma main maintenant. Ses doigts sont serrés autour des miens, comme pour me retenir, ou me dire qu'elle est là, juste à côté, pour quelques jours encore. Ou alors c'est pour se rassurer elle-même. Après tout, cet endroit n'a rien de très familier pour elle...
Pour moi non plus d'ailleurs. J'ai l'impression d'avancer dans un rêve étrange. Inquiète et émerveillée.
À mesure que les rues et les boutiques défilent, mon parchemin se complète de rayures. Celles qui indiquent que mon cartable se remplit. Il ne me reste plus qu'un objet à acheter. Et pas n'importe lequel... Ma baguette.
Et c'est ici qu'elle m'attend. Dans de cette boutique à la vielle porte de bois entourée de deux tours vitrées.
J'essaie d'apercevoir l'intérieur du magasin à travers les petits carreaux de verres. Mais je ne vois pas grand chose, il semble y faire trop sombre. Maman me fais un signe de tête, m'invitant à la suivre.
Et c'est ce que je fais.
Alors qu'elle s'avance pour parler à un homme à la barbe blanche bien taillée, que je suppose être Mr Ollivander, je fais quelques pas sur le parquet avant de me stopper, près d'une grande échelle. Abasourdie. Je tourne la tête pour observer les longues étagères qui semblent prêtes à s'écrouler sous le poids des boîtes qu'elles supportent. Il y en a partout, même haut au dessus de ma tête. Je n'arrive pas à imaginer le nombre de baguettes qu'il peut y avoir ici. Comment je vais faire pour choisir ? Je ne sais pas. Alors j'effleure les boites cartonnées du bout de mes doigts, en respirant les effluves de vieux bois et de poussière qui teintent l'air d'une odeur réconfortante. Il y a quelque chose d'indéfinissable dans cet endroit.
Mes doigts s'arrêtent sur une boite d'un rouge passé, presque marron. J'essaie de sortir l'étui de son emplacement lorsque maman me rejoint, accompagnée de l'homme. Je le salue et l'observe. Il doit avoir une soixantaine d'années. La blancheur de ses cheveux et de sa barbe contraste avec l'atmosphère sombre de la pièce.
Il tient dans ses mains, une vielle boîte qui semble avoir été oubliée sous un meuble depuis une éternité.
Je regarde maman, ne sachant pas trop quoi faire. Elle répond à ma question muette par un sourire réconfortant. Alors, avec précautions, j'ouvre la boîte et en sort une petite baguette dont le bois presque noir est comme griffé. Le bois est rugueux sous mes doigts. Je regarde Mr Ollivander qui m'encourage à l'essayer. J'agite alors maladroitement ma baguette dans l'air. Rien.
Sans que je ne m'en rende compte, une espèce de déception prend forme dans mon ventre. Je replace la baguette dans son lit de velours bleu. Je sens la peur m'envahir. Et si aucune baguette ne me convient ? Et si je ne suis pas une vraie sorcière ?
Mr Ollivander me tire de mes angoisses, avec une voix chaleureuse :
- Ne vous en faites pas Miss Evans, je suis sûr que nous allons trouvé la baguette qui vous convient.
Puis, lentement, il tourne les talons. Je reste silencieuse, en le regardant s'éloigner vers le fond de la boutique.
La main de maman vient caresser mes cheveux. Je ne dis rien, mais je la remercie secrètement d'être là avec moi.
Nous n'attendons que quelques minutes avant que le vieil homme ne revienne avec une autre boîte, qu'il ouvre pour laisser apparaître une longue baguette de bois clair. Elle est fine et lisse, avec des courbes arrondies. Le bois dessine des nœuds à la surface.
Comme si je déballais un trésor, je sors la baguette de son écrin. Je caresse le bois doux. Instantanément, j'ai comme des frissons, une sorte d'énergie traverse mon corps.
C'est étrange, il y a quelques minutes j'étais engloutis par l'angoisse, et là, je me sens sereine. Complète. Comme si quelque chose m'avait toujours manqué, sans même que je n'en ai conscience.
Je cherche le regard du fabricant, en quête d'un signe ou d'une approbation peut-être.
Mais il annonce simplement, d'un ton presque professoral :
- 32.6 cm en bois de cenelier et ventricule de dragon. Une baguette très peu flexible, doté d'un pouvoir protecteur et qui aime choisir les sorciers pour des quêtes périlleuses.
Une nouvelle fois, j'agite la baguette. Fascinée, je regarde la lueur blanche auréoler le bâton de bois. C'est beau, presque irréel. Un sentiment de puissance et de quiétude m'inonde. J'en ai presque la main qui tremble.
Rassurée, je regarde Mr Ollivander et remet la baguette - Ma baguette - dans son coffret.
Je n'ai pas le droit de repartir avec. Il faudra attendre la rentrée pour la récupérer. J'ai hâte.
Maman paye la baguette au fabricant, que je salue avant de sortir.
Je ne sais pas si c'est à cause de l'obscurité du magasin, mais le soleil m'éblouie, toujours aussi brillant malgré le déclin du début de soirée. Ou bien peut-être est-ce parce que je suis entrée dans ce magasin en étant une enfant inquiète et que j'en ressors pleine de confiance, le sourire aux lèvres. Parce que j'en ressors en étant une sorcière...
#6d5b6e
Ce n'est que lorsqu'on a peur, qu'on peut se montrer courageux
Ce n'est que lorsqu'on a peur, qu'on peut se montrer courageux