La mer qui se balance
Sa voix plonge dans le maelstrom de mes émotions pour me repêcher contre mon gré. C'est comme si je crevais la surface d'un lac particulièrement tumultueux. Soudainement, ma respiration affolée et profonde parvient à mes oreilles, si bruyante, si forte. Je n'ai aucun plaisir à retrouver contact avec la réalité. Je jette des regards nerveux autour de moi et aperçois les autres clients que j'avais totalement oublié. Certains sont debout, prêts à intervenir. Tous ou presque ont le regard tourné vers nous et je me rends compte que j'étais à deux doigts de provoquer en duel une barmaid dans son propre bar. Le bar le plus important du monde sorcier Britannique. Cette pensée me permet de reprendre un brin de contrôle sur mes émotions mais cela n'apaise en rien la grande colère dont je suis faite. Mon bras pulse encore de la douleur que m'a infligée la femme et je suis incapable de desserrer ma prise sur ma baguette — je rêve encore de passer mes nerfs à coup de Reducto.
Je suis du regard le moindre de ses gestes. Je suis sur mes gardes et tous mes sens sont activés. Je suis prête à réagir au quart de tour. J'ai le bras qui tremble à cause de la colère et mon visage est crispé, mais je reste parfaitement immobile, même quand elle répare les dégâts de la bouteille cassée à l'aide de sortilèges, même quand elle s'assied, même quand elle sort sa cigarette.
Les excuses, je ne m'y attendais pas. Ce n'est pas le profil à s'excuser. C'est le genre de femme qui insiste, insiste encore car elle en a le pouvoir jusqu'à faire exploser l'autre. Maintenant, je comprends que lorsque l'autre explose effectivement, elle revient sur ses mots et s'excuse comme si cela pouvait tout arranger. Comme si cela effaçait ses précédentes paroles, ses comportements, comme si ma fierté pouvait se remettre aussi facilement de ce qu'elle m'a fait. Elle ne le peut pas et ne le pourra jamais. Cette femme a dégringolé dans les niveaux les plus bas de mes considérations ; j'ai l'impression que jamais je ne cesserai de vouloir me venger de ce qu'elle a fait, comme si ma colère ne pouvait avoir de fin.
Sa pathologie, sa pathologie... C'est facile d'utiliser cette excuse. Et puis, quelle pathologie ? Celle de la connerie ? À n'en point douter, c'est de cela dont elle souffre. Pour la peine, je fronce encore plus fort les sourcils, pour lui montrer que ce n'est pas ça qui va m'apaiser. Je n'ai toujours pas bougé, j'ai du mal à décrisper mes muscles et aucune envie de le faire. Ma respiration commence à peine à retrouver un rythme plus calme, mais mon regard est toujours aussi sombre et accusateur.
Mes mâchoires se serrent nerveusement. Je n'aime pas sa façon de s'exprimer, je n'aime pas son regard, je n'aime pas l'assurance dans sa voix quand elle s'est adressée aux clients tout à l'heure, je n'aime pas la façon dont elle me regarde, je n'aime pas qu'elle pense qu'elle en sait plus que moi, qu'elle est en droit de me donner des leçons de morale. Elle n'a aucun droit, absolument aucun. Elle les a tous perdu au moment où elle a inséré cette cigarette dans sa bouche et qu'elle m'a soufflé la fumée au visage.
Je ne lui laisse pas le temps de croire qu'elle peut m'avoir intéressée. Je crache aussitôt :
« Vous connaissez rien de moi. »
Vous ne connaissez rien du frisson qui m'a parcouru quand vous avez parlé de souffrance et de contrôle, vous ne connaissez rien de mon coeur qui a manqué un battement quand vous avez évoqué la puissance. Je m'en persuade tellement fort que je finis par y croire ; c'est rassurant de me dire qu'elle ne peut pas lire dans mon coeur — personne ne le peut, je dois continuer à le croire pour préserver ma santé mentale.
Sa drôle de proposition a cependant fait naître en moi une étincelle de curiosité avide que j'ai du mal à éteindre. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle parle de puissance et de souffrance, elle parle de contrôle. Elle en parle comme si ce n'était rien. Comme si ce n'était pas des choses qui faisaient grincer les dents de la plupart de nos compatriotes. Elle en parle comme si elle savait. Comme si elle comprenait. Pure fantaisie de sa part ou vérité ? Je ne peux pas lui faire confiance. C'est très certainement une manière de me calmer pour me tendre un piège.
Mon visage se froisse en une grimace mêlant dégoût et colère.
« Qu'est-ce que vous connaissez de la puissance et de la souffrance ? » grincé-je avec un mouvement dédaigneux du menton.
Je suis du regard le moindre de ses gestes. Je suis sur mes gardes et tous mes sens sont activés. Je suis prête à réagir au quart de tour. J'ai le bras qui tremble à cause de la colère et mon visage est crispé, mais je reste parfaitement immobile, même quand elle répare les dégâts de la bouteille cassée à l'aide de sortilèges, même quand elle s'assied, même quand elle sort sa cigarette.
Les excuses, je ne m'y attendais pas. Ce n'est pas le profil à s'excuser. C'est le genre de femme qui insiste, insiste encore car elle en a le pouvoir jusqu'à faire exploser l'autre. Maintenant, je comprends que lorsque l'autre explose effectivement, elle revient sur ses mots et s'excuse comme si cela pouvait tout arranger. Comme si cela effaçait ses précédentes paroles, ses comportements, comme si ma fierté pouvait se remettre aussi facilement de ce qu'elle m'a fait. Elle ne le peut pas et ne le pourra jamais. Cette femme a dégringolé dans les niveaux les plus bas de mes considérations ; j'ai l'impression que jamais je ne cesserai de vouloir me venger de ce qu'elle a fait, comme si ma colère ne pouvait avoir de fin.
Sa pathologie, sa pathologie... C'est facile d'utiliser cette excuse. Et puis, quelle pathologie ? Celle de la connerie ? À n'en point douter, c'est de cela dont elle souffre. Pour la peine, je fronce encore plus fort les sourcils, pour lui montrer que ce n'est pas ça qui va m'apaiser. Je n'ai toujours pas bougé, j'ai du mal à décrisper mes muscles et aucune envie de le faire. Ma respiration commence à peine à retrouver un rythme plus calme, mais mon regard est toujours aussi sombre et accusateur.
Mes mâchoires se serrent nerveusement. Je n'aime pas sa façon de s'exprimer, je n'aime pas son regard, je n'aime pas l'assurance dans sa voix quand elle s'est adressée aux clients tout à l'heure, je n'aime pas la façon dont elle me regarde, je n'aime pas qu'elle pense qu'elle en sait plus que moi, qu'elle est en droit de me donner des leçons de morale. Elle n'a aucun droit, absolument aucun. Elle les a tous perdu au moment où elle a inséré cette cigarette dans sa bouche et qu'elle m'a soufflé la fumée au visage.
Je ne lui laisse pas le temps de croire qu'elle peut m'avoir intéressée. Je crache aussitôt :
« Vous connaissez rien de moi. »
Vous ne connaissez rien du frisson qui m'a parcouru quand vous avez parlé de souffrance et de contrôle, vous ne connaissez rien de mon coeur qui a manqué un battement quand vous avez évoqué la puissance. Je m'en persuade tellement fort que je finis par y croire ; c'est rassurant de me dire qu'elle ne peut pas lire dans mon coeur — personne ne le peut, je dois continuer à le croire pour préserver ma santé mentale.
Sa drôle de proposition a cependant fait naître en moi une étincelle de curiosité avide que j'ai du mal à éteindre. Comment pourrait-il en être autrement ? Elle parle de puissance et de souffrance, elle parle de contrôle. Elle en parle comme si ce n'était rien. Comme si ce n'était pas des choses qui faisaient grincer les dents de la plupart de nos compatriotes. Elle en parle comme si elle savait. Comme si elle comprenait. Pure fantaisie de sa part ou vérité ? Je ne peux pas lui faire confiance. C'est très certainement une manière de me calmer pour me tendre un piège.
Mon visage se froisse en une grimace mêlant dégoût et colère.
« Qu'est-ce que vous connaissez de la puissance et de la souffrance ? » grincé-je avec un mouvement dédaigneux du menton.
La mer qui se balance
Encore un véritable déchaînement d'émotions chez la jeune fille, et je me rends compte à quel point j'en suis au même niveau qu'elle alors que je dois avoir le double de son âge... Quel embarras. Sa réaction est à la hauteur de sa maturité apparente faisant écho à la mienne, c'est à dire presque inexistante. Combien de fois avais-je entendu cette phrase... "Vous ne me connaissez pas ? Tu ne me connais pas, tu connais pas mon histoire !" Bla, bla et bla. On s'en fout de connaître l'autre, ce qui compte, c'est qui on est à l'instant présent. Je tire une bouffée de fumée en observant attentivement la jeune femme, convaincue désormais qu'elle se porte une très haute opinion d'elle-même, ne supporte pas être contredite et pire encore, cherche à constamment avoir raison. Quel cocktail abominable...
Je flairai toutefois son intérêt contenu. Elle pensait l'avoir dissimulé, mais il m'apparaissait clair comme le jour. L'appât du mystère avait l'air d'être un trait important chez elle si je me basai sur cette réaction et le livre qu'elle lisait tout à l'heure. Elle cherche quelque chose. Elle cherche à prouver. Mais à qui ?.. Très intéressant. Je demeure immobile, ma main toujours à côté de ma baguette, avant de la saisir délicatement.
- Assurdiato.
Voilà, nous allons pouvoir être tranquilles. Je repose ma baguette, arquant un sourcil à sa question. L'innocente... C'est évident qu'elle pense avoir déjà tout vécu, tout vu et tout connu. Trait typique des adolescents arrogants. Je ne peux m'empêcher de pouffer de rire en déposant ma cigarette dans le cendrier, posant mon menton dans la paume de ma main et le coude sur le comptoir.
- Qu'en connais-je ? Mh, vaste question...
Je lui souris, malicieusement, avant de me lever et de me tourner. Puis dans un mouvement lent, je soulevai le dos de ma chemise pour laisser apparaître mes cicatrices. De grandes traces de griffures zébrant presque la totalité de la surface de mon dos, certaines s'entrecroisaient, faisant ressortir le tissu cicatriciel blanc, parfois en relief, formant des schémas complexes et des formes abstraites à certains endroits. Semblant dotées de leur volonté propre, elles suivaient le rythme de ma respiration, se tordant doucement alors que je tournai ma tête vers l'adolescente, un sourire mesquin aux lèvres.
Puis fin du spectacle, je rabaissai ma chemise avant de me tourner, m'adossant à une armoire, sans piper mot. Puis je haussai les sourcils, l'air de dire : "convaincue ?" Je me surpris à considérer l'importance prouver que j'étais légitime à lui donner des conseils. Mon index la pointa ensuite dans un sourire apaisant.
- Et pour la puissance, je crois t'en avoir fait la démonstration...
Mes bras se croisèrent sur ma poitrine, et je plongeai mon regard dans le sien, un sourire énigmatique aux lèvres.
- Alors, intéressée ?
Je flairai toutefois son intérêt contenu. Elle pensait l'avoir dissimulé, mais il m'apparaissait clair comme le jour. L'appât du mystère avait l'air d'être un trait important chez elle si je me basai sur cette réaction et le livre qu'elle lisait tout à l'heure. Elle cherche quelque chose. Elle cherche à prouver. Mais à qui ?.. Très intéressant. Je demeure immobile, ma main toujours à côté de ma baguette, avant de la saisir délicatement.
- Assurdiato.
Voilà, nous allons pouvoir être tranquilles. Je repose ma baguette, arquant un sourcil à sa question. L'innocente... C'est évident qu'elle pense avoir déjà tout vécu, tout vu et tout connu. Trait typique des adolescents arrogants. Je ne peux m'empêcher de pouffer de rire en déposant ma cigarette dans le cendrier, posant mon menton dans la paume de ma main et le coude sur le comptoir.
- Qu'en connais-je ? Mh, vaste question...
Je lui souris, malicieusement, avant de me lever et de me tourner. Puis dans un mouvement lent, je soulevai le dos de ma chemise pour laisser apparaître mes cicatrices. De grandes traces de griffures zébrant presque la totalité de la surface de mon dos, certaines s'entrecroisaient, faisant ressortir le tissu cicatriciel blanc, parfois en relief, formant des schémas complexes et des formes abstraites à certains endroits. Semblant dotées de leur volonté propre, elles suivaient le rythme de ma respiration, se tordant doucement alors que je tournai ma tête vers l'adolescente, un sourire mesquin aux lèvres.
Puis fin du spectacle, je rabaissai ma chemise avant de me tourner, m'adossant à une armoire, sans piper mot. Puis je haussai les sourcils, l'air de dire : "convaincue ?" Je me surpris à considérer l'importance prouver que j'étais légitime à lui donner des conseils. Mon index la pointa ensuite dans un sourire apaisant.
- Et pour la puissance, je crois t'en avoir fait la démonstration...
Mes bras se croisèrent sur ma poitrine, et je plongeai mon regard dans le sien, un sourire énigmatique aux lèvres.
- Alors, intéressée ?
Quelque part, perdue avec Sixtine.
La mer qui se balance
Je me crispe douloureusement sur ma baguette magique quand elle attrape la sienne, mais le sortilège qu'elle lance m'apaise aussitôt : elle ne compte pas m'attaquer. Mais à quoi rime le fait de nous isoler comme elle le fait ? Qu'a-t-elle donc de si merveilleux à me dire, cette femme qui se croit tout permis et qui pense avoir le droit de me parler comme elle le fait ? Si je ne pars pas aussitôt en grognant de colère, c'est bien parce que la réponse m'intéresse et que je veux m'assurer que la puissance dont elle parle ne m'intéressera pas. J'ai beau souffrir de la situation dans laquelle je me trouve, il m'est compliqué de résister à cette envie qui grandit à l'intérieur de moi. Alors, toujours aussi silencieuse, toujours aussi colérique, et toujours sur mes gardes, j'attends la suite.
J'ai un mouvement de recul quand elle soulève sa chemise. La vision de ces cicatrices m'inspire un sentiment d'horreur que je ne cherche pas à cacher. Le dégoût s'installe sur mes traits mais il est fugace, rapidement remplacé par une curiosité assez morbide qui me fait observer ce dos déchiré avec beaucoup d'attention. Comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? Dans quelle situation ? Souffre-t-elle encore ? Qui ou quoi peut faire des dégâts aussi conséquents ? Est-ce quelque chose ou quelqu'un d'extérieur ou elle-même ? Je suis bien trop fière pour poser ces questions, aussi me contenté-je de pincer les lèvres.
Quand elle cache son dos à ma vue, je me souviens qu'elle a un visage et des yeux, et je remonte les miens pour l'observer d'un regard dubitatif. Oui, bon, elle connait la souffrance, et après ? Après, qui est-elle pour me proposer ce qu'elle me propose, pour me faire croire qu'elle pourrait m'intéresser ?
Merlin, ce que je déteste son regard ! J'inspire doucement par le nez. J'ai envie de lui arracher les yeux. La sensation est presque physique, presque sauvage. J'ai envie de me défouler sur elle car sa vision me donne honte de moi-même et je ne sais pas pourquoi. Elle ne m'inspire que de mauvaises choses.
« Intéressée par quoi ? craché-je en tenant encore et toujours ma position. Vous m'avez rien dit ! Vous croyez que je suis débile au point de vous écouter juste parce que vous me faites croire que vous avez un truc intéressant à me proposer ? C'est comme ça que commence toutes les mauvaises histoires, vous savez ? »
Et la façon dont elles se terminent, je n'en sais rien. Mais je devine qu'elles se terminent mal et douloureusement. Une femme douteuse dans un bar me propose la puissance sans rien m'en dire et elle croit qu'elle va me convaincre ? Et de quoi, d'ailleurs ?
« Vous cherchez quoi, en fait ? Vous avez clairement aucun respect pour moi, pourquoi vous voudriez me faire découvrir un truc qui me rendrait plus puissante ? Elle est où la logique ? »
Plus je parle, plus je me dis qu'il n'y a aucune logique. Et plus je deviens méfiante. Je m'accroche à ma baguette, le souffle court, persuadée qu'on essaie de se jouer de moi, de se moquer, de me manipuler. Je lance des regards furtifs autour de moi pour surveiller ceux qui m'entourent. C'est la première fois que je ne me sens pas en sécurité dans cet endroit que je fréquente pourtant depuis mon plus jeune âge.
J'ai un mouvement de recul quand elle soulève sa chemise. La vision de ces cicatrices m'inspire un sentiment d'horreur que je ne cherche pas à cacher. Le dégoût s'installe sur mes traits mais il est fugace, rapidement remplacé par une curiosité assez morbide qui me fait observer ce dos déchiré avec beaucoup d'attention. Comment est-ce arrivé ? Pourquoi ? Dans quelle situation ? Souffre-t-elle encore ? Qui ou quoi peut faire des dégâts aussi conséquents ? Est-ce quelque chose ou quelqu'un d'extérieur ou elle-même ? Je suis bien trop fière pour poser ces questions, aussi me contenté-je de pincer les lèvres.
Quand elle cache son dos à ma vue, je me souviens qu'elle a un visage et des yeux, et je remonte les miens pour l'observer d'un regard dubitatif. Oui, bon, elle connait la souffrance, et après ? Après, qui est-elle pour me proposer ce qu'elle me propose, pour me faire croire qu'elle pourrait m'intéresser ?
Merlin, ce que je déteste son regard ! J'inspire doucement par le nez. J'ai envie de lui arracher les yeux. La sensation est presque physique, presque sauvage. J'ai envie de me défouler sur elle car sa vision me donne honte de moi-même et je ne sais pas pourquoi. Elle ne m'inspire que de mauvaises choses.
« Intéressée par quoi ? craché-je en tenant encore et toujours ma position. Vous m'avez rien dit ! Vous croyez que je suis débile au point de vous écouter juste parce que vous me faites croire que vous avez un truc intéressant à me proposer ? C'est comme ça que commence toutes les mauvaises histoires, vous savez ? »
Et la façon dont elles se terminent, je n'en sais rien. Mais je devine qu'elles se terminent mal et douloureusement. Une femme douteuse dans un bar me propose la puissance sans rien m'en dire et elle croit qu'elle va me convaincre ? Et de quoi, d'ailleurs ?
« Vous cherchez quoi, en fait ? Vous avez clairement aucun respect pour moi, pourquoi vous voudriez me faire découvrir un truc qui me rendrait plus puissante ? Elle est où la logique ? »
Plus je parle, plus je me dis qu'il n'y a aucune logique. Et plus je deviens méfiante. Je m'accroche à ma baguette, le souffle court, persuadée qu'on essaie de se jouer de moi, de se moquer, de me manipuler. Je lance des regards furtifs autour de moi pour surveiller ceux qui m'entourent. C'est la première fois que je ne me sens pas en sécurité dans cet endroit que je fréquente pourtant depuis mon plus jeune âge.
La mer qui se balance
Un doux frisson picote délicatement ma nuque lorsqu'elle me lance un regard de tueuse. C'est officiel : je suis totalement folle. Parce que j'adore ça. Toute ma vie, j'ai aimé prendre des risques et faire des choses qui me forçaient à sortir de mon quotidien simplement parce que je m'ennuyais. Mais là, ma nuit blanche et le retour de toutes mes émotions portaient ce trait de ma personnalité à un niveau dangereusement haut. Sérieusement, j'éclatai de rire intérieurement : j'allais me faire virer à cause de ça, c'était sûr. Mais en cet instant, rien n'aurait pu m'être plus indifférent que cette information. L'adrénaline qui courait dans mes veines, mon cœur battant puissamment, j'avais oublié la sensation, et je m'en régalais, une vraie drogue. Elle me faisait oublier mon envie de fumer et je posai ma cigarette dans le cendrier, laissant la fumer s'envoler.
Ses questions me font sourire, elles m'amusent et me divertissent, et je me retiens de souligner que si elle me laissait parler, j'aurais déjà pu répondre à la totalité. En revanche, à sa dernière question, je ne peux retenir mon sourire de déformer mes lèvres. Où se croit-elle ? Dans une histoire fantastique avec le scénario digne des plus grands romanciers ? Quoique... Il est vrai que vu de l'extérieur, cette situation ne devait avoir ni queue ni tête pour elle, et je me rendis compte que j'appréciais cette prudence. Ses dernières question trahirent bien son état d'esprit, et si, en temps normal, je me serais amusé en inventant toutes les histoires les plus abracadabrantes du monde, en cet instant, je n'en avais ni la force, ni l'envie.
J'inspirai longuement en tapotant de l'index sur mon biceps, en levant les yeux au ciel pour réfléchir une brève seconde. Je haussai ensuite les épaules, avant d'à nouveau plonger mon regard dans le sien.
- Je suis curieuse.
Un nouveau sourire, je tirai un tabouret pour m'assoir en la regardant continuellement. Je posai mes bras sur les comptoir, mon coude soutenant mon menton dans la paume de ma main.
- J'ai simplement envie de voir jusqu'où tu peux aller, voir ce dont tu es capable. L'idée d'être l'instigatrice d'un tel changement chez quelqu'un... voilà qui emplit mes veines d'impatience et d'excitation.
Un frisson parcourut mon dos alors que j'abaissais lentement mon bras pour les croiser sur le comptoir.
- Et là où je peux rassurer tes inquiétudes, c'est que ce n'est pas de moi que tu pourras obtenir ce qu'il te manque...
Ma voix diminuait de plus en plus, jusqu'à finir en un chuchotement, dans lequel je glissai une certaine délicatesse, presque une sensualité discrète, j'avais le regard malicieux, mais franc.
- De plus, je peux te garantir que ce ne sera pas facile. Ce sera même l'enfer. Mais, je connais quelqu'un, une professionnelle, que j'ai rencontré il y a des années, qui m'a appris à utiliser mon corps en plus de ma magie. C'est auprès d'elle que j'ai appris la prise que je t'ai infligé tout à l'heure...
Je tournai et penchai ma tête sur le côté, jetant un regard en coin à l'adolescente, totalement oublieuse de ce qui venait de se passer il y a quelques minutes. Un sourire entendu trônait sur mes lèvres.
- Dans le pire des cas, ce ne sera qu'une information de plus à ajouter dans ta bibliothèque mentale.
Ses questions me font sourire, elles m'amusent et me divertissent, et je me retiens de souligner que si elle me laissait parler, j'aurais déjà pu répondre à la totalité. En revanche, à sa dernière question, je ne peux retenir mon sourire de déformer mes lèvres. Où se croit-elle ? Dans une histoire fantastique avec le scénario digne des plus grands romanciers ? Quoique... Il est vrai que vu de l'extérieur, cette situation ne devait avoir ni queue ni tête pour elle, et je me rendis compte que j'appréciais cette prudence. Ses dernières question trahirent bien son état d'esprit, et si, en temps normal, je me serais amusé en inventant toutes les histoires les plus abracadabrantes du monde, en cet instant, je n'en avais ni la force, ni l'envie.
J'inspirai longuement en tapotant de l'index sur mon biceps, en levant les yeux au ciel pour réfléchir une brève seconde. Je haussai ensuite les épaules, avant d'à nouveau plonger mon regard dans le sien.
- Je suis curieuse.
Un nouveau sourire, je tirai un tabouret pour m'assoir en la regardant continuellement. Je posai mes bras sur les comptoir, mon coude soutenant mon menton dans la paume de ma main.
- J'ai simplement envie de voir jusqu'où tu peux aller, voir ce dont tu es capable. L'idée d'être l'instigatrice d'un tel changement chez quelqu'un... voilà qui emplit mes veines d'impatience et d'excitation.
Un frisson parcourut mon dos alors que j'abaissais lentement mon bras pour les croiser sur le comptoir.
- Et là où je peux rassurer tes inquiétudes, c'est que ce n'est pas de moi que tu pourras obtenir ce qu'il te manque...
Ma voix diminuait de plus en plus, jusqu'à finir en un chuchotement, dans lequel je glissai une certaine délicatesse, presque une sensualité discrète, j'avais le regard malicieux, mais franc.
- De plus, je peux te garantir que ce ne sera pas facile. Ce sera même l'enfer. Mais, je connais quelqu'un, une professionnelle, que j'ai rencontré il y a des années, qui m'a appris à utiliser mon corps en plus de ma magie. C'est auprès d'elle que j'ai appris la prise que je t'ai infligé tout à l'heure...
Je tournai et penchai ma tête sur le côté, jetant un regard en coin à l'adolescente, totalement oublieuse de ce qui venait de se passer il y a quelques minutes. Un sourire entendu trônait sur mes lèvres.
- Dans le pire des cas, ce ne sera qu'une information de plus à ajouter dans ta bibliothèque mentale.
Quelque part, perdue avec Sixtine.
La mer qui se balance
Comment une personne qui détient un savoir qui m'intéresse autant — impossible de me mentir à moi-même, évidemment que ça m'intéresse, évidemment que ça me passionne ! comment peut-elle avoir un tel pouvoir sur ma fragile fierté ? Chaque mot qu'elle prononce est un coup de plus sur celle-ci et à chaque fois je me crispe davantage ; je suis déjà pourtant bien tendue, y a-t-il une limite à la capacité de mes muscles de supporter la tension ? Quand je la franchirais, exploserais-je de colère ? Je ne sais pas, je crois que c'est sa voix, ou son regard. Son regard qui me regarde d'une façon qui me gêne. Ses gestes si minutieux qui accrochent mes yeux et qui me forcent à garder mon attention braquée sur elle. C'est un tout qui fait que je ne peux pas partir malgré mon envie de m'enfuir. Je suis attirée et révulsée. Violemment. Je déteste ça. La seule chose que je parviens encore à faire en toute conscience, c'est m'accrocher à ma baguette magique et repasser dans mon esprit tous les sortilèges qui pourraient m'aider dans cette situation sans détruire le pub de mon enfance.
Mon coeur rate un battement tellement grand que j'ai l'impression de manquer une marche. J'inspire brièvement par la bouche, troublée par son « obtenir ce qu'il te manque ». Doux Merlin ! Ma bouche s'assèche. Je crève d'envie de savoir et en même temps, j'ai envie de hurler qu'il ne me manque rien, qu'elle ne sait rien de moi et qu'elle ne pourra jamais me comprendre, jamais, car personne ne le peut. Mon regard s'obscurcit davantage sous mes sourcils froncés ; oh, si seulement je pouvais la réduire en poussière en un seul coup d'oeil ! Mes lèvres se pincent, je la fusille du regard :
« Dites plutôt que ça vous plait bien d'avoir l'impression d'être essentielle. Mais c'est pas le cas, j'ai pas besoin de vous et de vos conseils à deux noises. »
Deux entités combattent en moi. Les arguments de la femme passent et repassent dans mon esprit. Utiliser son corps en plus de sa magie, chacun d'eux comme une envie de plus qui me crochète, ajouter une information de plus, une possibilité à ma bibliothèque mentale, comme un appât pour attirer mon côté le plus logique qui me dit que plus j'en sais plus je serais puissante ; la puissance, n'est-ce pas aussi d'avoir le choix ? Je me fiche de mon corps, c'est une certitude. Pourtant... Pourtant ce soir, quand elle m'a plaquée sur ce comptoir, j'ai ressenti une frustration tellement grande et une faiblesse si ancrée que j'en garde encore un dégoût de moi-même profond. Je me rappelle de Delphillia, de la force dans ses muscles quand elle me plaquait au sol, ses genoux autour de moi. Ce n'était pas de la magie, c'était de la force physique. On m'a répété toute ma vie que j'étais une sorcière et qu'une sorcière se battait avec sa magie ; je pense depuis toujours qu'il n'y a rien, absolument rien de plus puissant que la magie. Et je le penserai pour toujours, à jamais. Mais... Là, il n'est pas question de remettre tout cela en cause. Juste d'avoir une possibilité de plus. Non ?
Mon orgueil est comme un mont infranchissable. Il me tenaille si bien que je n'arrive pas à ouvrir la bouche pour poser une simple question. Bordel, si seulement je pouvais lui arracher toutes ses informations ! Sans demander. Exiger, prendre, et m'en aller. Si seulement, si seulement. Mais j'en suis incapable. Et malgré le monstre qui a planté ses crocs dans ma fierté et qui secoue la tête dans tous les sens en répandant partout des morceaux de mon orgueil débordant, j'ai cette envie qui grimpe, cette envie qui s'impose, qui se bat de toutes ses forces. L'hésitation me fait prendre des inspirations, comme si j'allais parler, avant de tout recracher brusquement. Pas besoin de son aide, pas besoin de son contact inutile ! J'apprendrais de moi-même ! Je trouverais quelqu'un d'autre ! Je me débrouillerais !
« Elle ? » craché-je tout à coup en détournant mon regard blessé, incapable de faire une phrase plus construire.
Le problème, c'est que ma passion a toujours été plus grande que le reste. Mon envie de savoir, cette envie impérieuse, un besoin qui dicte absolument tous mes actes et toutes mes paroles depuis des années. En savoir plus, toujours. Pour vivre et avancer. Le savoir me nourrit bien mieux que n'importe quelle nourriture ou contact humain.
Mon coeur rate un battement tellement grand que j'ai l'impression de manquer une marche. J'inspire brièvement par la bouche, troublée par son « obtenir ce qu'il te manque ». Doux Merlin ! Ma bouche s'assèche. Je crève d'envie de savoir et en même temps, j'ai envie de hurler qu'il ne me manque rien, qu'elle ne sait rien de moi et qu'elle ne pourra jamais me comprendre, jamais, car personne ne le peut. Mon regard s'obscurcit davantage sous mes sourcils froncés ; oh, si seulement je pouvais la réduire en poussière en un seul coup d'oeil ! Mes lèvres se pincent, je la fusille du regard :
« Dites plutôt que ça vous plait bien d'avoir l'impression d'être essentielle. Mais c'est pas le cas, j'ai pas besoin de vous et de vos conseils à deux noises. »
Deux entités combattent en moi. Les arguments de la femme passent et repassent dans mon esprit. Utiliser son corps en plus de sa magie, chacun d'eux comme une envie de plus qui me crochète, ajouter une information de plus, une possibilité à ma bibliothèque mentale, comme un appât pour attirer mon côté le plus logique qui me dit que plus j'en sais plus je serais puissante ; la puissance, n'est-ce pas aussi d'avoir le choix ? Je me fiche de mon corps, c'est une certitude. Pourtant... Pourtant ce soir, quand elle m'a plaquée sur ce comptoir, j'ai ressenti une frustration tellement grande et une faiblesse si ancrée que j'en garde encore un dégoût de moi-même profond. Je me rappelle de Delphillia, de la force dans ses muscles quand elle me plaquait au sol, ses genoux autour de moi. Ce n'était pas de la magie, c'était de la force physique. On m'a répété toute ma vie que j'étais une sorcière et qu'une sorcière se battait avec sa magie ; je pense depuis toujours qu'il n'y a rien, absolument rien de plus puissant que la magie. Et je le penserai pour toujours, à jamais. Mais... Là, il n'est pas question de remettre tout cela en cause. Juste d'avoir une possibilité de plus. Non ?
Mon orgueil est comme un mont infranchissable. Il me tenaille si bien que je n'arrive pas à ouvrir la bouche pour poser une simple question. Bordel, si seulement je pouvais lui arracher toutes ses informations ! Sans demander. Exiger, prendre, et m'en aller. Si seulement, si seulement. Mais j'en suis incapable. Et malgré le monstre qui a planté ses crocs dans ma fierté et qui secoue la tête dans tous les sens en répandant partout des morceaux de mon orgueil débordant, j'ai cette envie qui grimpe, cette envie qui s'impose, qui se bat de toutes ses forces. L'hésitation me fait prendre des inspirations, comme si j'allais parler, avant de tout recracher brusquement. Pas besoin de son aide, pas besoin de son contact inutile ! J'apprendrais de moi-même ! Je trouverais quelqu'un d'autre ! Je me débrouillerais !
« Elle ? » craché-je tout à coup en détournant mon regard blessé, incapable de faire une phrase plus construire.
Le problème, c'est que ma passion a toujours été plus grande que le reste. Mon envie de savoir, cette envie impérieuse, un besoin qui dicte absolument tous mes actes et toutes mes paroles depuis des années. En savoir plus, toujours. Pour vivre et avancer. Le savoir me nourrit bien mieux que n'importe quelle nourriture ou contact humain.
La mer qui se balance
Sans aucun effort, je suis minutieusement le chemin des pensées débordantes de l'adolescente, jetant des regards distraits sur les côtés, l'air de chercher quelque chose. J'attends, patiemment. Je remonte le long du fil de sa réflexion, devinant avant qu'elle ne le fasse sa destination finale. Elle allait craquer. Oh qu'elle s'en voulait pour cela, qu'elle se sentait stupide et qu'elle allait se flageller. Mais elle voulait savoir, je le sentais, je le voyais, clair comme de l'eau de roche, mes yeux ne perdirent pas une miette de ses moindres mouvements. Mon regard glissa sur sa baguette, tandis que d'un geste de baguette, je me servis un verre de vin, je le fis tournoyer sous mon visage, éclairant mes lèvres de subtils reflets couleurs grenat. J'y trempai les lèvres, avant de me mettre à sourire en le reposant sur le comptoir, incapable bien malgré moi de détacher mon attention de cette jeune femme. Je la sens, et je la sais suspendue à mes lèvres, à mes gestes, et je sens qu'elle déteste ça.
L'effort pour me retenir de frémir de plaisir est incommensurable, mais je n'allais pas ruiner un si bon moment par impatience. Encore un peu, juste un peu, et...
Bingo. Après avoir copieusement ignoré sa remarque d'un hochement de tête et d'une moue qui lui concédait la vérité, je m'emparai de mon verre, triomphante. Mais allons, encore un peu de calme. Devais-je continuer à la maintenir en équilibre ? La faire attendre encore un peu ? Non. Ce n'était pas sage, et je pense très sincèrement qu'elle était arrivé à son point de rupture. D'autant que même si je m'amusais comme une folle, je désirai également et véritablement lui recommander mon ancienne mentor.
Le bruit du verre à pied toqua contre le bois alors que je sortis le carnet accroché à ma ceinture. De la pointe de ma baguette, j'écrivis les informations nécessaires. Dès mon retour en Angleterre, j'avais cherché Honor, mais je m'étais bien gardé de jamais la croiser à nouveau, après les évènements tragiques de ces dernières années. L'adolescente se contentera du prénom et de l'adresse, inutile de trop lui en donner. Je déchirai souplement la feuille du carnet, que je pliai soigneusement, avant de le lui tendre, un regard amusé faisant briller mes yeux.
- Elle, est probablement la femme la plus habile de son corps que j'ai connu dans ma vie. Je l'ai rencontré avant de commencer à voyager, et elle m'a appris à me défendre.
Un sourire déforma mes lèvres.
- Durant nos longs mois d'entraînements, jamais, ô grand jamais, je n'ai réussi à ne serait-ce que porter la main sur elle.
Je déposai le papier sur le comptoir, avant de sensuellement le faire glisser jusqu'à l'adolescente, le laissant là, inerte, attendant d'être récupéré.
- Vous la trouverez à cette adresse, demandez Honor.
Puis, en me redressant souplement, tel un chat, sans que mon regard ne quitte le sien, je récupérai ma cigarette, tirant une bouffée, éclairant le bas de mon visage. Je penchai ensuite la tête sur le côté.
- Considérez ceci comme un dédommagement pour... l'expérience désagréable que vous avez vécu aujourd'hui, chère cliente.
Ma cigarette glissa à nouveau entre mes lèvres, et d'un mouvement de baguette, je levai mon sortilège de bourdonnement, avant d'incliner imperceptiblement la tête.
- En espérant vous revoir, très prochainement.
Un sourire désarmant, un clin d’œil, et je me détournai d'elle, retournant vaquer à mes occupations, mais toujours sur mes gardes.
L'effort pour me retenir de frémir de plaisir est incommensurable, mais je n'allais pas ruiner un si bon moment par impatience. Encore un peu, juste un peu, et...
Bingo. Après avoir copieusement ignoré sa remarque d'un hochement de tête et d'une moue qui lui concédait la vérité, je m'emparai de mon verre, triomphante. Mais allons, encore un peu de calme. Devais-je continuer à la maintenir en équilibre ? La faire attendre encore un peu ? Non. Ce n'était pas sage, et je pense très sincèrement qu'elle était arrivé à son point de rupture. D'autant que même si je m'amusais comme une folle, je désirai également et véritablement lui recommander mon ancienne mentor.
Le bruit du verre à pied toqua contre le bois alors que je sortis le carnet accroché à ma ceinture. De la pointe de ma baguette, j'écrivis les informations nécessaires. Dès mon retour en Angleterre, j'avais cherché Honor, mais je m'étais bien gardé de jamais la croiser à nouveau, après les évènements tragiques de ces dernières années. L'adolescente se contentera du prénom et de l'adresse, inutile de trop lui en donner. Je déchirai souplement la feuille du carnet, que je pliai soigneusement, avant de le lui tendre, un regard amusé faisant briller mes yeux.
- Elle, est probablement la femme la plus habile de son corps que j'ai connu dans ma vie. Je l'ai rencontré avant de commencer à voyager, et elle m'a appris à me défendre.
Un sourire déforma mes lèvres.
- Durant nos longs mois d'entraînements, jamais, ô grand jamais, je n'ai réussi à ne serait-ce que porter la main sur elle.
Je déposai le papier sur le comptoir, avant de sensuellement le faire glisser jusqu'à l'adolescente, le laissant là, inerte, attendant d'être récupéré.
- Vous la trouverez à cette adresse, demandez Honor.
Puis, en me redressant souplement, tel un chat, sans que mon regard ne quitte le sien, je récupérai ma cigarette, tirant une bouffée, éclairant le bas de mon visage. Je penchai ensuite la tête sur le côté.
- Considérez ceci comme un dédommagement pour... l'expérience désagréable que vous avez vécu aujourd'hui, chère cliente.
Ma cigarette glissa à nouveau entre mes lèvres, et d'un mouvement de baguette, je levai mon sortilège de bourdonnement, avant d'incliner imperceptiblement la tête.
- En espérant vous revoir, très prochainement.
Un sourire désarmant, un clin d’œil, et je me détournai d'elle, retournant vaquer à mes occupations, mais toujours sur mes gardes.
Quelque part, perdue avec Sixtine.
La mer qui se balance
Ma main qui retient ma baguette magique de se lever est moite. Ma prise sur mon arme me parait affaiblie alors je serre encore plus fort les doigts. Une douleur sourde vibre dans mes phalanges tremblantes mais pour rien au monde je ne les desserrerais. Je n'ai aucune confiance en cette femme et pourtant je ne manque rien de ses gestes, de ses regards et des mimiques qui lui passent sur le visage. Mes yeux sont comme accrochés à elle, si bien que j'en oublie un peu mon corps qui grogne de colère et qui gémit sous les coups portés à sa fierté ; toute mon attention est portée sur la femme et quand elle tend le bras pour poser son verre sur le comptoir, pour attraper un carnet accroché à sa ceinture, quand elle écrit sur le papier une information dont je ne sais rien mais qui est devenue en l'espace de quelques secondes absolument capitale pour moi, je retiens mon souffle. Le papier est déchiré, plié, tendu. Je ne fais rien pour l'attraper. Mes yeux remontent lentement le bras pour venir à la rencontre du regard amusé qui me donne des envies de violence comme seuls peuvent m'en faire ressentir des yeux appartenant à des personnes m'ayant blessé.
Une moue agacée passe sur mon visage. J'ajoute à la fiche mentale de elle quelques informations qui n'ont pas trop de sens : puissante, dangereuse, habile de son corps. J'en suis encore à me demander si tout cela est bien utile. Au fond de moi, je ne suis pas encore prête à accepter que contrôler son corps et lui donner de la puissance est nécessaire, surtout quand on est une sorcière douée. Mais mon épaule se charge de me remettre les idées en place. Je souffre encore de la prise imposée par cette femme dont je ne connais toujours pas le nom. Elle parle, elle parle, et moi je revis ce qu'elle m'a fait subir il y a quelques secondes. La joue contre le comptoir, le corps bloqué et la douleur qui irradiait dans mon épaule. Comment a-t-elle pu faire ça ? J'analyse chaque mouvement : m'a-t-elle attrapée par le poignet ou le bras en premier ? Je ne me souviens pas, je sais seulement qu'à un moment, je ne pouvais plus bouger. C'est arrivé si vite. Tellement vite. Je résiste à l'envie violente que me dicte mon corps : recule ! recule, au cas où !
Mes yeux glissent le long du comptoir en même temps que le papier. Honor. Quel drôle de nom. Sur ce morceau blanchâtre qui se détache sur le bois sombre du bar, le nom et l'adresse d'une personne qui n'aurait aucune raison de vouloir m'apprendre des choses — pourquoi irais-je la trouver ? Mais il n'est pas question de ça, rappelle-toi ! Seulement question d'avoir le choix.
Au moment où je me penche pour récupérer le papier, la barmaid fait demi-tour. Mon regard se braque sur elle, flamboyant et lourd de rancœur. Je glisse la feuille pliée dans le revers de ma cape sans pouvoir retenir la réplique qui me vient aux lèvres :
« Le seul dédommagement que j'accepterai, ce sera de vous voir plaquée sur ce comptoir. »
Je ne fais même pas attention au fait que cette phrase pourrait lui faire croire, à cette femme qui pense détenir les plein-pouvoirs, que j'ai bien l'intention de m'entraîner et de façonner mon corps pour un jour parvenir au moins à son niveau. Je n'y fais pas attention, car je ne sais pas encore que j'ai cette envie en moi — je pense encore que la baguette qui pend au bout de mon bras est la seule puissance acceptable en ce bas monde. Et je pense encore que moi, je suis bien au-dessus de toutes ces conneries d'entraînement physique.
D'un coup de baguette précis et d'une formule, je récupère mes affaires. Mon regard est toujours aussi sombre et toujours aussi froid quand je longe le comptoir, mon regard méfiant surveillant la barmaid, pour quitter le Chaudron Baveur. Mon corps semble plus alourdit que lorsque je suis entrée. De fait, il se trimbale une rancœur dont je me serais bien passée. Je sais déjà que mon retour à la maison s'en verra retarder : j'ai comme l'envie de transplaner sur une certaine île au nord, bien au nord, pour diluer ma fierté blessée dans l'explosion d'un rocher ou deux avant d'affronter le jugement de ma famille que je n'ai aucun plaisir à retrouver.
Je pense que c'est une fin pour moi, sauf si Steph réplique évidemment.
Merciii.
De grandes choses sont en marche. De grandes choses.
Une moue agacée passe sur mon visage. J'ajoute à la fiche mentale de elle quelques informations qui n'ont pas trop de sens : puissante, dangereuse, habile de son corps. J'en suis encore à me demander si tout cela est bien utile. Au fond de moi, je ne suis pas encore prête à accepter que contrôler son corps et lui donner de la puissance est nécessaire, surtout quand on est une sorcière douée. Mais mon épaule se charge de me remettre les idées en place. Je souffre encore de la prise imposée par cette femme dont je ne connais toujours pas le nom. Elle parle, elle parle, et moi je revis ce qu'elle m'a fait subir il y a quelques secondes. La joue contre le comptoir, le corps bloqué et la douleur qui irradiait dans mon épaule. Comment a-t-elle pu faire ça ? J'analyse chaque mouvement : m'a-t-elle attrapée par le poignet ou le bras en premier ? Je ne me souviens pas, je sais seulement qu'à un moment, je ne pouvais plus bouger. C'est arrivé si vite. Tellement vite. Je résiste à l'envie violente que me dicte mon corps : recule ! recule, au cas où !
Mes yeux glissent le long du comptoir en même temps que le papier. Honor. Quel drôle de nom. Sur ce morceau blanchâtre qui se détache sur le bois sombre du bar, le nom et l'adresse d'une personne qui n'aurait aucune raison de vouloir m'apprendre des choses — pourquoi irais-je la trouver ? Mais il n'est pas question de ça, rappelle-toi ! Seulement question d'avoir le choix.
Au moment où je me penche pour récupérer le papier, la barmaid fait demi-tour. Mon regard se braque sur elle, flamboyant et lourd de rancœur. Je glisse la feuille pliée dans le revers de ma cape sans pouvoir retenir la réplique qui me vient aux lèvres :
« Le seul dédommagement que j'accepterai, ce sera de vous voir plaquée sur ce comptoir. »
Je ne fais même pas attention au fait que cette phrase pourrait lui faire croire, à cette femme qui pense détenir les plein-pouvoirs, que j'ai bien l'intention de m'entraîner et de façonner mon corps pour un jour parvenir au moins à son niveau. Je n'y fais pas attention, car je ne sais pas encore que j'ai cette envie en moi — je pense encore que la baguette qui pend au bout de mon bras est la seule puissance acceptable en ce bas monde. Et je pense encore que moi, je suis bien au-dessus de toutes ces conneries d'entraînement physique.
D'un coup de baguette précis et d'une formule, je récupère mes affaires. Mon regard est toujours aussi sombre et toujours aussi froid quand je longe le comptoir, mon regard méfiant surveillant la barmaid, pour quitter le Chaudron Baveur. Mon corps semble plus alourdit que lorsque je suis entrée. De fait, il se trimbale une rancœur dont je me serais bien passée. Je sais déjà que mon retour à la maison s'en verra retarder : j'ai comme l'envie de transplaner sur une certaine île au nord, bien au nord, pour diluer ma fierté blessée dans l'explosion d'un rocher ou deux avant d'affronter le jugement de ma famille que je n'ai aucun plaisir à retrouver.
Je pense que c'est une fin pour moi, sauf si Steph réplique évidemment.
Merciii.
De grandes choses sont en marche. De grandes choses.
La mer qui se balance
J'entends le doux bruissement du papier que l'on ramasse et que l'on déplie, délicieuse mélodie pour les oreilles. Toujours tournée dos à l'adolescente, je ferme les yeux, attrapant une bouteille déposée sur une étagère, je fermai les yeux pour savourer ma victoire. Encore une fois, elle ne peut retenir une énième pique à mon encontre, ce qui me satisfis. Si elle s'était contentée de débarrasser le plancher, j'en aurais été fortement déçue. Je me tourne vers elle en prenant un air mielleux, déposant sensuellement une main sur ma poitrine, penchant ma tête sur le côté. Puis j'attendis qu'elle s'éloigne pour lui répondre en chuchotant, malgré toute l'envie du monde que j'avais de relancer la machine, inutile de trop tirer sur la corde.
- Navrée ma chère, mais je ne me laisse jamais plaquer sur un comptoir le premier soir.
Je réprime un éclat de rire en l'observant ramasser ses affaires et s'empresser de disparaître. Puis une fois disparue, je ne résistait plus, et je me mis à rire, à gorge déployée, sans me retenir, une main sur le ventre, l'autre sur mon genou. Je profitai de cet instant d'hilarité qui m'était offert après la tempête. Une fois le calme revenu, je constatai que je tremblais. Au fond, je sentais bien que j'étais soulagée. Non pas que l'envie d'en venir un peu davantage aux mains m'ait manquée, mais l'idée de devoir transplaner en l'embarquant avec moi, puis ensuite de la mettre à bas, puis de revenir ici, tout en inventant une belle excuse... Oh, la flemme, pour être honnête.
D'un geste de la main, je balayai ce souci appartenant désormais au passé pour me concentrer de nouveau sur le présent, attendant avec impatience de voir ce que le futur allait m'offrir lorsque j'interagirai de nouveau avec cette jeune femme.
De très grandes choses même...
- Navrée ma chère, mais je ne me laisse jamais plaquer sur un comptoir le premier soir.
Je réprime un éclat de rire en l'observant ramasser ses affaires et s'empresser de disparaître. Puis une fois disparue, je ne résistait plus, et je me mis à rire, à gorge déployée, sans me retenir, une main sur le ventre, l'autre sur mon genou. Je profitai de cet instant d'hilarité qui m'était offert après la tempête. Une fois le calme revenu, je constatai que je tremblais. Au fond, je sentais bien que j'étais soulagée. Non pas que l'envie d'en venir un peu davantage aux mains m'ait manquée, mais l'idée de devoir transplaner en l'embarquant avec moi, puis ensuite de la mettre à bas, puis de revenir ici, tout en inventant une belle excuse... Oh, la flemme, pour être honnête.
D'un geste de la main, je balayai ce souci appartenant désormais au passé pour me concentrer de nouveau sur le présent, attendant avec impatience de voir ce que le futur allait m'offrir lorsque j'interagirai de nouveau avec cette jeune femme.
De très grandes choses même...
Quelque part, perdue avec Sixtine.