L’étrange comportement de Calisto Joy
Lundi 6 avril 2048
Vers 16 h
Dans le vieux manoir des Ivy
Vers 16 h
Dans le vieux manoir des Ivy
Allez, fais un vœu !
Lily commençait à avoir mal aux joues tellement elle souriait. Elle souffla et les flammes devant elles s’éteignirent. Elle ne fit cependant aucun vœu. Elle n’aurait pas pu avoir un meilleur anniversaire que celui-ci, même pas celui de l’année dernière où elle avait eu des billets pour Koppaberg. Elle était rentrée depuis deux jours et se trouvait au milieu du salon où elle avait grandi, attablée devant un énorme fraisier hérissé de treize bougies, entourée de toute sa famille.
À côté d’elle se tenait son grand-père adoré, Remy, qui tenait Anthony, son nouveau petit frère dans les bras. Le pauvre bébé de même pas un mois dormait malgré le bruit, et ils allaient rapidement le remettre dans son lit. C’était sûrement ce petit bout de chou, son véritable cadeau d’anniversaire. Elle l’avait rencontré il y a deux jours et ne pouvait se lasser de contempler ses deux magnifiques yeux bleus.
En face d’elle, son père, un grand sourire sur les lèvres, soulevait sa petite sœur, qui avait un appareil photo dans les mains, tenant à prendre elle-même la photo d’anniversaire de sa frangine qui l’avait tant manqué. Sa mère, elle, était de l’autre côté de la jeune apprentie sorcière, regardant sa fille et son fils nouveau-né, assis côte à côte, avec amour. À côté se trouvait sa belle-mère, Lucile Dawson, qui, la plus proche de la pile de cadeaux, l’avait empressée de souffler ses bougies, impatiente de la gâter.
Son oncle et sa tante ne manquaient pas non plus à l’appel, assis entre les deux parents de cette dernière, qui portait son adorable fils Sam sur les genoux. Ils souriaient, eux aussi heureux de pouvoir fêter l’anniversaire de leur nièce. Seule une personne ne semblait pas participer à l’entrain général, mais cela n’étonna pas du tout l’anniversairée : Calisto Joy.
Grand-mëre Calisto était la mère d’Athena Dawson, et l’ancienne propriétaire de cette maison. Mais, suite à la mort précoce de son mari, Auror pour l’ancien Ministère de la Magie, dans un accident de travail, avant la naissance de Lily, elle a décidé de céder la demeure à sa fille unique. L’ironie du sort c’est que, après que son beau-fils a emménagé avec sa fille, ils ont rapidement invité les parents de celui-ci, une moldue étrangère et un Sans-Satatut, à s’installer avec eux !
Depuis que Henry Joy n’est plus de ce monde, sa veuve n’est plus la même non plus. Elle est devenue froide, isolée, sèche, d’une douceur si légendaire que sa petite-fille ne l’avait jamais connue. Celle-ci avait peur d’elle, quand elle était petite, mais elle avait par la suite appris par sa mère qu’elle était dépressive et terriblement seule et qu’il fallait être gentille avec elle. Mais, depuis le rejet qu’elle lui avait démontré, l’été dernier, après qu’elle ait annoncé son orientation romantique différente des autres, sa frayeur avait pris le dessus.
La jeune Gryffondor était donc soulagée que sa grand-mère soit assise à l’écart, sur les marches des escaliers, le regard dans le vide. Mais cela l’intriguait aussi. D’habitude, même après leurs vacances en France qui avaient failli mal tourner, et encore aux dernières vacances, la bientôt sexagénaire se montrait digne quand il y avait du monde, malgré sa dépression. Et elle ne manquait jamais une occasion de donner son avis, souvent critique. Là, elle se tenait recroquevillée sur une marche, la tête basse, et Lily crut déceler une larme coulant sur le coin de sa joue. Que lui arrivait il ?
Bah… choupette, tu n’es pas contente ?
Son père, un paquet dans les mains, se trouvait désormais debout à côté d’elle, Lucy faisant de même. Il la regardait d’un œil inquiet, n’ayant pas remarqué qu’elle fixait sa grand-mère. Sa femme, elle avait bien remarqué la source de préoccupation de sa fille, et soupira.
Ly… tu sais très bien que maman est… différente. Elle a toujours préféré être solitaire et… mystérieuse…
Loin de calmer son cerveau en ébullition, cela ne fit qu’engendrer de nouvelles questions sur sa grand-mère. Sa maman avait raison : Calisto avait toujours été comme ça. Mais pourquoi ? Quel mystère, justement, tentait-elle de cacher ?
Mmm… mouais, ça doit être…
Mais la châtain s’interrompît soudainement à la vue du paquet que tenait Liam, son père, dans les bras. Il était de forme longue, un peu plus large à l’extrémité, un peu comme un pinceau ou… ou un… se pourrait-il que… ? Voyant que sa fille dévorait le cadeau des yeux, le professeur éclata de rire.
Ah ! Je vois que ce paquet attise ta curiosité ! Pour la peine, tu ouvriras d’abord celui que tiens Lucy !
Lily fit mime de râler en prenant le paquet plutôt grand, de forme rectangulaire, des mains de sa petite sœur, avant de déposer un bisou sur le bout du nez froncé de sa moue boudeuse. Elle déchira l’emballage et eut un hoquet de surprise. C’était un coffret en bois peint de rouge et de noir, reconnaissable entre milles.
Mais… papa, c’est…
L’anglaise ouvrit la boîte et regardait à l’intérieur, où étaient soigneusement rangées quatre balles qu’elle avait beaucoup vues : une grosse en cuir rouge, deux un peu plus petites, lourdes et de la même couleur, ainsi qu’une minuscule balle dorée pourvue d’ailes.
M-merci…
Tu peux remercier ta tante et ton oncle, répondit son père en regardant sa sœur Pauline et son mari, qui sourirent à leur nièce.
Merci beaucoup !
Cette dernière alla les embrasser, avant de se précipiter vers son papa, les yeux suppliants regardant le cadeau tant convoité qu’il tenait encore. Le blond se mit à rire.
D’accord, d’accord ! Celui-ci, c’est de ta mère, tes grands-parents et moi.
Hé ! Et moi, aussi ! s’écria Lucy.
Son père lui ébouriffa les cheveux d’un geste tendre, ce qui fit rire la blondinette.
Oui, et toi !
Il tendit à sa fille aînée le long objet mystère, enfin, pas si mystère que ça si on en croyait la forme, et elle s’empressa d’arracher sauvagement le papier autour. Et, oui, c’était bien un balai. Il était beau, avec un peu de peinture verte en haut du manche et sur les brindilles. Elle le reconnut tout de suite.
Un Brossdur 7, c’est un Brossdur 7 ! Oh merci !
La godrichienne serra le balai contre elle tout en sautillant et virevoltant sur place, presque les larmes aux yeux, plus qu’heureuse. Elle se jeta sur son père, puis sa mère, avant de se précipiter vers son grand-père, embrassant au passage son petit Antho adoré, puis vers sa grand-mère. Son pas était sautillant, dansant. Elle irradiait de bonheur.
Le Vol sur Balai avait toujours été sa passion, et elle avait rêvé avoir son propre balai à elle, sans vraiment penser que ce soit réalisable un jour, et surtout aussi tôt. Avoir un Brossdur personnel, cela signifiait pouvoir s’entraîner quand elle voulait, et surtout avoir l’opportunité d’entrer dans l’équipe de Quidditch de sa maison, un souhait qui lui ait très cher. Elle était vraiment heureuse, et émue.
Tu ne vas pas pleurer, quand même, mon Niffleur adoré ?
Vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait plaisir…
Mamie Lucy s’approcha d’elle et l’étreignit de nouveau.
On sait, on sait, mon cœur…
Soudain, tel un vent froid qui menaçait de faire vaciller la bougie, Calisto Joy se leva enfin de l’escalier et attrapa le dernier paquet. Elle s’avança en silence, sans dire un mot, les yeux humides baissés au sol. Encore une fois, l’attitude de la dame si fière d’habitude étonna sa petite fille. L’ancienne Sang-Pur arriva à son niveau, lui tendant le cadeau, et la française s’écarta alors de Lily, qui attrapa l’objet, étonnée.
Tiens, pitchoun, c’est pour toi, s’efforça de dire la veuve avec un ton un peu plus tendre. J’espère que… qu’il te plaira de l’utiliser.
Grand-Mère Calisto me fait un cadeau, vraiment ?
Elle l’ouvrit, curieuse de savoir ce qu’elle lui offrait, et tomba sur un magnifique violon. La Gryffondor fut touchée. Il y avait une époque où elles avaient une bonne relation, alors qu’elle étudiait à la maison. Sa grand-mère complétait ses cours avec, entre autre, des bases musicales, en chant ainsi qu’en piano ou en violon. Elle s’exerçait sur le vieux piano familial et avait son petit violon à elle mais, sur le coup de la colère, elle l’avait cassé l’été dernier, au retour des vacances. Il lui rappelait trop l’époque où Calisto ne la rejetait pas pour ce qu’elle était, où elle passait de superbes moments avec elle.
Dans ce violon, la jeune fille voyait plus qu’un présent : c’était une tentative de réconciliations, une demande de pardon.
Lily releva les yeux, émue, mais sa grand-mère avait déjà filé. Elle avait rejoint sa mère, qui peinait à calmer Anthony qui ne cessait de pleurer. Elle prit donc l’enfant des mains de sa fille en murmurant quelque chose, avant de monter vers les étages. Sa petite-fille crut même trouver un peu de tendresse dans ses yeux, mais aussi une peine infinie. Décidément, son comportement changeait, sans qu’elle ne sache pourquoi.
Dernière modification par Lily Dawson le 8 juin 2025, 11:43, modifié 1 fois.
L’étrange comportement de Calisto Joy
Je peux t'aider ?
Pas question ! Tu es l'anniversairée, tu ne fais pas la vaisselle !
Lily était entrée dans la cuisine après le gâteau, où son père faisait la vaisselle. Il utilisait les moyens magiques, bien sûr, les assiettes plongeant toutes seules dans l'évier sous son commandement, mais elle voulait quand-même lui apporter son aide. C'était encore plus drôle comme ça. Mais Liam avait refusé en riant, ce qui l'avait fait sourire. Elle arrivait presque à en oublier les cadeaux qu'elle venait de recevoir, magnifiques à ses yeux.
Elle quitta alors le lieu pour retourner dans la grande salle à manger qui faisait aussi office de salon, bien qu'il y en avait un autre dans le manoir godrichien. Sa mère, Tata Pauline, Oncle Thomas et ses grands-parents étaient assis autour de la grande table. Sur le grand canapé du fond, Lucy montrait fièrement ses photos à son cousin Sam, sous les yeux attendris des parents de ce dernier. Mamie Lucy tricotait, sûrement un nouveau vêtement pour son deuxième petit-fils dont elle était fière. Son mari, Remy, buvait encore son café, probablement déjà froid depuis longtemps. Ils discutaient tous deux avec leur belle-fille, tranquillement.
Celle-ci semblait soucieuse, ou étonné, l'étudiante de Poudlard ne saurait le dire. Elle regardait régulièrement l'escalier, qui montait vers les étages, de manière furtive. Sa fille devina qu'elle pensait à son enfant, si petit et si fatigué. L'instinct d'une mère, sûrement. Mais peut-être songeait elle à autre chose. Peut-être avait-elle les mêmes préoccupations que son aînée. Peut-être avait elle remarqué les mêmes choses.
Lily ! la remarqua sa grand-mère. Tu tombes bien ! Nous parlions de quelques plantes exotiques et nous avons des questions à te poser concernant les différences qu'il y aurait dans leur développement en fonction de si elles sont magiques ou non-magiques. Tu as dû beaucoup apprendre à ce sujet à Poudlard, et je me demandais si tu aurais quelques choses à m'apprendre.
La fille de treize ans soupira. Elle avait bien compris que la française disait ça dans l'esprit de retrouver l'attention de sa belle-fille et de briser un silence pesant qui venait de s'installer. Pourtant, elle n'en était pas très contente. En effet, Lucile Dawson, née Beaumont, est une botaniste moldue. Elle connait beaucoup de choses sur les plantes, mais très peu sur celles sorcières, qu'elle n'a pas eu l'occasion de découvrir à cause de son statut. Alors, elle demande régulièrement à sa petite-fille, étudiant à Poudlard, où est enseignée la botanique dans d'immenses serres variées, des renseignements à ce propos.
Manque de chance : Lily n'était pas douée en botanique. À vrai dire, elle n'aimait pas cette matière, qu'elle jugeait ennuyeuse et trop compliquée et théorique. Mais elle n'osait pas le dire à sa grand-mère, de peur de la blesser ou de la décevoir. Alors, elle esquivait souvent ce genre de questions, trouvant toutes sortes d'excuses, parfois stupides, pour éviter la conversation humiliante à laquelle elle ne pourrait pas trop participer sans mentir.
C'est donc ce qu'elle fit en ce moment, en disant sans trop réfléchir.
Euh... Désolée, j'ai pas trop le temps... Enfin, je veux voir comment va Grand-Mère Calisto.
C'était la première chose qui lui venait à l'esprit, toujours ailleurs à cause du comportement moins agressif de la vieille dame. Elle regretta presque ses paroles, mais se dit que Mes Joy ne lui ferait pas de mal. Et puis, cela semblait soulager sa mère, qui se retourna vers la table au lieu de regarder encore l'escalier. D'abord très surprise, la sexagénaire, elle, esquissa un grand sourire, comme fière de la jeune Gryffondor
C'est très gentil ce que tu fais, trésor. Tu sais, je me suis emportée l'an dernier contre cette femme, mais je sais qu'elle est malheureuse et qu'elle a besoin d'amour et d'attention.
Gênée que sa mamie croie à son excuse - qui n'était pas un mensonge, mais qui l'aidait bien quand même - l'anniversairée fila sans demander son reste. Elle grimpa l'escalier jusqu'au deuxième étage. Elle se doutait que sa grand-mère avait ramené son petit frère jusqu'à sa chambre. Alors, Lily fila jusqu'à celle-ci et remarqua que la porte, ornée d'une inscription écrite de nobles lettres d'or "Anthony Peter Dawson", était entrouverte à moitié.
Et c'est là qu'elle les entendit. Les sanglots étouffés. Elle ne mit pas de temps pour comprendre que c'était ceux de Calisto. Ne voulant pas la déranger, mais souhaitant savoir pourquoi sa grand-mère souffrait autant, la deuxième année passa sa tête par l'entrebâillement. La scène qu'elle vit l'émeut beaucoup.
Calisto Joy se tenait debout, face à la fenêtre recouverte aux trois quarts de rideaux bleu roi en velours. À côté d'elle se trouvait le berceau de son petit-fils, mais il ne s'y trouvait pas. Non, sa grand-mère le portait à bout de bras, mais délicatement, de telle sorte qu'elle puisse le regarder en face et qu'un rayon de soleil éclaire légèrement la scène. Le visage de la femme était recouvert de larmes, ce qui attrista la châtain, toujours cachée derrière la porte. Elle ne la reconnaissait pas.
Se pensant seule avec le bébé, celle aux cheveux teints murmura quelque chose. Une chose que Lily entendit, et qu'elle n'oublierait jamais. Une chose qui, en son sens, était dénuée de toute logique, de toute vérité. Des paroles à l'air pourtant si sincère, ponctuées de sanglots emplis d'amour et de regrets.
Mon petit... Tu.. tu me fais tant penser à lui... À mon enfant... À... à mon fils... Je... je voudrais tant le revoir ! Au moins une fois...
BANG !
De surprise, Lily s'était cognée contre la porte et dut étouffer un juron. D'un coup, sa grand-mère se retourna et aperçut ses yeux verts emplis d'angoisse, semblables aux siens.
Lily... ?
L'adolescente commença à fuir. De ses mains tremblantes, la veuve reposa Anthony dans son berceau et courut après elle.
Non, attends ! Je... S'il te plaît...
Malgré sa peur, la gryffonne se retourna en entendant son ton suppliant. Elle croisa de nouveau son regard désespéré, comme si elle voulait garder un secret qui durait depuis longtemps, comme s'il s'agissait d'une bombe à retardement très dangereuse, qu ne devait surtout pas éclater au grand jour, au risque de gros problèmes.
Un fils... Elle avait parlé d'un fils... Alors que maman est fille unique... C'était ce qui tournait en boucle dans la tête de l'enfant. Mais elle ne dirait rien. Ça semblait trop dangereux, trop important pour être dit comme ça. Cependant, elle chercherait, oui, même si cela devait durer des heures. Elle allait trouver ce qui tracassait sa grand-mère, et elle l'aiderait.
Pas question ! Tu es l'anniversairée, tu ne fais pas la vaisselle !
Lily était entrée dans la cuisine après le gâteau, où son père faisait la vaisselle. Il utilisait les moyens magiques, bien sûr, les assiettes plongeant toutes seules dans l'évier sous son commandement, mais elle voulait quand-même lui apporter son aide. C'était encore plus drôle comme ça. Mais Liam avait refusé en riant, ce qui l'avait fait sourire. Elle arrivait presque à en oublier les cadeaux qu'elle venait de recevoir, magnifiques à ses yeux.
Elle quitta alors le lieu pour retourner dans la grande salle à manger qui faisait aussi office de salon, bien qu'il y en avait un autre dans le manoir godrichien. Sa mère, Tata Pauline, Oncle Thomas et ses grands-parents étaient assis autour de la grande table. Sur le grand canapé du fond, Lucy montrait fièrement ses photos à son cousin Sam, sous les yeux attendris des parents de ce dernier. Mamie Lucy tricotait, sûrement un nouveau vêtement pour son deuxième petit-fils dont elle était fière. Son mari, Remy, buvait encore son café, probablement déjà froid depuis longtemps. Ils discutaient tous deux avec leur belle-fille, tranquillement.
Celle-ci semblait soucieuse, ou étonné, l'étudiante de Poudlard ne saurait le dire. Elle regardait régulièrement l'escalier, qui montait vers les étages, de manière furtive. Sa fille devina qu'elle pensait à son enfant, si petit et si fatigué. L'instinct d'une mère, sûrement. Mais peut-être songeait elle à autre chose. Peut-être avait-elle les mêmes préoccupations que son aînée. Peut-être avait elle remarqué les mêmes choses.
Lily ! la remarqua sa grand-mère. Tu tombes bien ! Nous parlions de quelques plantes exotiques et nous avons des questions à te poser concernant les différences qu'il y aurait dans leur développement en fonction de si elles sont magiques ou non-magiques. Tu as dû beaucoup apprendre à ce sujet à Poudlard, et je me demandais si tu aurais quelques choses à m'apprendre.
La fille de treize ans soupira. Elle avait bien compris que la française disait ça dans l'esprit de retrouver l'attention de sa belle-fille et de briser un silence pesant qui venait de s'installer. Pourtant, elle n'en était pas très contente. En effet, Lucile Dawson, née Beaumont, est une botaniste moldue. Elle connait beaucoup de choses sur les plantes, mais très peu sur celles sorcières, qu'elle n'a pas eu l'occasion de découvrir à cause de son statut. Alors, elle demande régulièrement à sa petite-fille, étudiant à Poudlard, où est enseignée la botanique dans d'immenses serres variées, des renseignements à ce propos.
Manque de chance : Lily n'était pas douée en botanique. À vrai dire, elle n'aimait pas cette matière, qu'elle jugeait ennuyeuse et trop compliquée et théorique. Mais elle n'osait pas le dire à sa grand-mère, de peur de la blesser ou de la décevoir. Alors, elle esquivait souvent ce genre de questions, trouvant toutes sortes d'excuses, parfois stupides, pour éviter la conversation humiliante à laquelle elle ne pourrait pas trop participer sans mentir.
C'est donc ce qu'elle fit en ce moment, en disant sans trop réfléchir.
Euh... Désolée, j'ai pas trop le temps... Enfin, je veux voir comment va Grand-Mère Calisto.
C'était la première chose qui lui venait à l'esprit, toujours ailleurs à cause du comportement moins agressif de la vieille dame. Elle regretta presque ses paroles, mais se dit que Mes Joy ne lui ferait pas de mal. Et puis, cela semblait soulager sa mère, qui se retourna vers la table au lieu de regarder encore l'escalier. D'abord très surprise, la sexagénaire, elle, esquissa un grand sourire, comme fière de la jeune Gryffondor
C'est très gentil ce que tu fais, trésor. Tu sais, je me suis emportée l'an dernier contre cette femme, mais je sais qu'elle est malheureuse et qu'elle a besoin d'amour et d'attention.
Gênée que sa mamie croie à son excuse - qui n'était pas un mensonge, mais qui l'aidait bien quand même - l'anniversairée fila sans demander son reste. Elle grimpa l'escalier jusqu'au deuxième étage. Elle se doutait que sa grand-mère avait ramené son petit frère jusqu'à sa chambre. Alors, Lily fila jusqu'à celle-ci et remarqua que la porte, ornée d'une inscription écrite de nobles lettres d'or "Anthony Peter Dawson", était entrouverte à moitié.
Et c'est là qu'elle les entendit. Les sanglots étouffés. Elle ne mit pas de temps pour comprendre que c'était ceux de Calisto. Ne voulant pas la déranger, mais souhaitant savoir pourquoi sa grand-mère souffrait autant, la deuxième année passa sa tête par l'entrebâillement. La scène qu'elle vit l'émeut beaucoup.
Calisto Joy se tenait debout, face à la fenêtre recouverte aux trois quarts de rideaux bleu roi en velours. À côté d'elle se trouvait le berceau de son petit-fils, mais il ne s'y trouvait pas. Non, sa grand-mère le portait à bout de bras, mais délicatement, de telle sorte qu'elle puisse le regarder en face et qu'un rayon de soleil éclaire légèrement la scène. Le visage de la femme était recouvert de larmes, ce qui attrista la châtain, toujours cachée derrière la porte. Elle ne la reconnaissait pas.
Se pensant seule avec le bébé, celle aux cheveux teints murmura quelque chose. Une chose que Lily entendit, et qu'elle n'oublierait jamais. Une chose qui, en son sens, était dénuée de toute logique, de toute vérité. Des paroles à l'air pourtant si sincère, ponctuées de sanglots emplis d'amour et de regrets.
Mon petit... Tu.. tu me fais tant penser à lui... À mon enfant... À... à mon fils... Je... je voudrais tant le revoir ! Au moins une fois...
BANG !
De surprise, Lily s'était cognée contre la porte et dut étouffer un juron. D'un coup, sa grand-mère se retourna et aperçut ses yeux verts emplis d'angoisse, semblables aux siens.
Lily... ?
L'adolescente commença à fuir. De ses mains tremblantes, la veuve reposa Anthony dans son berceau et courut après elle.
Non, attends ! Je... S'il te plaît...
Malgré sa peur, la gryffonne se retourna en entendant son ton suppliant. Elle croisa de nouveau son regard désespéré, comme si elle voulait garder un secret qui durait depuis longtemps, comme s'il s'agissait d'une bombe à retardement très dangereuse, qu ne devait surtout pas éclater au grand jour, au risque de gros problèmes.
Un fils... Elle avait parlé d'un fils... Alors que maman est fille unique... C'était ce qui tournait en boucle dans la tête de l'enfant. Mais elle ne dirait rien. Ça semblait trop dangereux, trop important pour être dit comme ça. Cependant, elle chercherait, oui, même si cela devait durer des heures. Elle allait trouver ce qui tracassait sa grand-mère, et elle l'aiderait.
L’étrange comportement de Calisto Joy
Samedi 11 juillet 2048
Vers 13 h
Dans le vieux manoir des Ivy
Vers 13 h
Dans le vieux manoir des Ivy
Aujourd'hui était un jour spécial pour Calisto Joy : elle venait d'atteindre la soixantaine. Et ce n'était pas tous les jours qu'on avait soixante ans ! C'est pour cela que, comme il était coutume depuis longtemps dans sa prestigieuse famille, Athena Dawson, sa fille aînée, avait préparé un délicieux repas pour célébrer l'événement. Tout naturellement, il avait été organisé au manoir des Ivy, héritage de la famille de Calisto, mais aussi le lieu de vie des Dawson. C'est donc pour cela que les beaux-parents de sa fille, qui habitaient l'endroit depuis plusieurs années, furent malgré elle conviés au repas. En plus des membres éloignés de la famille, oncles et tantes, neveux, parents... manquait juste à l'appel une branche familiale qu'elle avait tenté d'oublier il y a des années de cela.
Et, au milieu de tout ça, une jeune étudiante de Poudlard, petite-fille de l'anniversairée, était assise sur sa chaise, la tête baissée, faisant profil bas. Jeune sorcière qui, elle, était au courant de l'existence de cette branche familiale. Elle se faisait discrète car, comme sa grand-mère et son arrière grand-père l'avait demandé, ses parents n'avaient pas ouvert son bulletin scolaire la veille, lorsqu'ils l'avait reçu, mais ils allaient le faire maintenant, devant la famille au complet qu'elle connaissait à moitié.
Lily avait donc eu l'occasion de rencontrer bon nombres de ses grands oncles et tantes et grands cousins. Elle était déjà allée une fois chez ses arrières grands-parents, et n'avait pas tenu à y retourner. En effet, Icarus et Grace Ivy étaient aussi froids que de la glace, fidèles au portrait qu'en faisait souvent la mère de la petite. Mais les autres lui étaient totalement inconnus. Il y avait les oncles et tantes d'Athena, ainsi que ses cousins et les enfants de ceux-ci.
En tout, cela faisait une vingtaine de personnes autour de la grande table de la salle à manger, dont la moitié d’inconnus de Lily et deux qu'elle n'avait vu qu'une fois. D'où sa gêne de leur montrer ses notes pas exceptionnelles, surtout qu'elle en voyait certains, la plupart d'ailleurs, fixer ses grands-parents paternels, une moldue et un né-moldu, avec un certain dégoût.
Merci pour ce repas, chère Athena, ce fut exquis., dit le très vieux chef de famille à sa petite fille, d'un ton qui fit frissonner Lily. Avant que ma chère fille ne prononce son discours et que nous ne procédions à l'ancestrale cérémonie des présents, pourrais-tu nous faire l'honneur d'énoncer les résultats scolaires de ton aimable fille Lily, qui, nous l'espérons, sont à la hauteur de nos attentes ?
La châtain eut soudain envie que sa cuillère, qu'elle tenait fermement dans sa main, fut un portoloin et l'emmène très loin de cette famille qu'elle n'avait pas l'impression être la sienne. Elle se tassa sur sa chaise lorsque sa mère alla chercher l'enveloppe fermée du sceau de Poudlard, ce qui lui valut un regard foudroyant de Grace, son arrière grand-mère. Elle n'eut d'autres choix que de se redresser et d'écouter sa génitrice lire son bulletin.
Reducio

Athena était neutre, mais sa fille sentait qu'elle était gênée et angoissée intérieurement. Elle énuméra d'une voix claire :
Alors… Sortilèges, avec Miss Priddy : Optimal, « Une élève brillante en théorie comme en pratique. Félicitations ! », 18,5 sur 20.
Soulagée que l’on commence par les Sortilèges, la gryffonne se détendit, mais pas pour longtemps. Qu’allaient ils tous dire en entendant sa note désastreuse en Métamorphose. Déjà, Icarus ne montra aucun signe de fierté en entendant la note, si ce n’est qu’un « Bien, parfait. ». Sa mère poursuivit :
Ensuite… Potion, avec Miss Xarinez (Oh non ! songea Lily, inquiète) : Acceptable, « Quelques difficultés mais Lily est sérieuse dans son apprentissage ! Courage, l’Effort Exceptionnel n’était pas loin ! », 13,55 sur 20.
Alors que le visage d’Athena, impassible si ce n’est qu’un battement de cils inquiet, ne montra aucune angoisse, Lily baissa la tête, les joues rouges. Son arrière-grand-père semblait furieux. Il allait sûrement dire quelque chose de très désagréable quand sa fille intervint :
Non, ça suffit comme cela, père ! Nous ne sommes pas là pour éplucher le bulletin scolaire de ma petite-fille, que je sache. J’ai de mon côté quelque chose de plus important à dire.
Alors qu’Icarus referma la bouche en la fixant d’un regard furieux, sa fille lui lança un regard plein de gratitude, le premier qu’elle ne lui ait adressé ainsi depuis longtemps. Lily, elle, fut d’abord surprise et soulagée, avant de se rendre compte de l’importance de la situation. Et si… et si elle allait… non ! Tendue, la châtain croisa le regard de Mrs Joy, qui hocha presque imperceptiblement la tête d’un regard triste, et sa petite fille comprit. Elle allait le dire ! Elle allait tout dire !. Ce qui l’entonna le plus, c’était le regard de son père. Angoissé lui aussi, il semblait savoir quelque chose dans cette histoire… étrange. Peut-être que la jeune fille se trompait. Peut-être que Calisto n’allait pas parler de son fils, finalement.
Toujours énervé, Icarus Ivy répliqua sèchement, comme dans un grognement :
Eh bien vas-y, nous t’écoutons.
Légèrement tremblante malgré ce qu’elle voulait laisser paraître, celle aux cheveux teints en noir se leva lentement, avant de s’éclaircir la gorge et de commencer à raconter :
Hum… il y a très longtemps, lorsque je n’avais que 17 ans…
NON ! hurla presque le patriarche. Nous t’avions dit de ne jamais en parler !
Tous les regards, surpris puis lourds de sens, le dissuada d’interrompre d’avantage l’aveu de la vieille femme.
De toute façon, c’est déjà trop tard. Certaines personnes sont déjà au courant. Je disais donc : alors que je n’avais que 17 ans… peut-être que… que certains se souviennent de mon petit ami, Martin.
Des murmures, surtout parmi ses frères et sœurs, indiquèrent qu’ils s’en souvenaient, en effet. Certains précisèrent aussi que les deux avaient 15 ans d'écart. Calisto prit une grande inspiration, puis poursuivit. Lily avait les yeux rivés sur elle, le cœur battant.
Hé bien… après avoir passé beaucoup de temps ensemble… je suis tombée enceinte de lui.
Tandis que des expressions choquées parcoururent la table, les soupçons de Lily furent confirmés. Elle fut excitée par la situation malgré elle. Je vais enfin savoir la verité, que j’ai recherché pendant si longtemps ! Mais quelque chose la dérangeait : il y avait un détail qui lui échappait, un détail qui, elle le sentait, ferait sûrement toute la différence. Déjà, les questions fusaient.
Mais… qu’avez-vous fait de l’enfant ? demanda une sœur de Calisto.
C’est… c’est Martin qui en a eu la garde…
Comme pour se justifier, Grace Ivy, la femme d’Icarus, s’empressa d’ajouter.
Conformément à l’accord que nos deux familles ont eu ensemble. Il est clair que ma fille était trop jeune pour s’occuper d’un nourrisson. De plus, c’était un enfant illégitime, né en dehors du mariage et sans notre accord. Heureusement, les James, la famille du père, a bien voulu de lui.
Alors que sa grand-mère, furieuse, serra les poings et que les chuchotis outrés continuaient de se faire entendre. Lily eut un déclic, comme si les deux morceaux du puzzle s’emboîtaient enfin.
Mais oui ! Nathan James, de troisième année à Serpentard ! C’était logique !
C’était évident, maintenant ! Elle savait d'où venait ce nom. Les deux jeunes sorciers, Nathan et elle, s'étaient rencontrés l'année précédente, ce dernier étant âgé d'un an de plus qu'elle. Étaient-ils... cousins ? C’est alors que la godrichienne se rendit compte qu’elle avait parlé à haute voix, et que tous les regards étaient tournés vers elle. Embarrassée, elle baissa la tête, mais déjà une personne prit la parole. Sa mère, qu’on n’avait étrangement pas entendu depuis l’aveu du secret et qui parlait d’une petite voix.
Tu le savais ? Alors que moi-même je n’étais pas au courent de l’existence de mon frère aîné ?
Euh… n-non, je… enfin…
Lily, s’il te plaît, est-ce que tu le savais ?
La voix suppliante et aux bords des larmes, Athena semblait bouleversée, ce qui rendit sa fille muette. Mais deux personnes vinrent à son secours, presque en même temps, et ce fut la énième surprise de la journée.
Lily l’a appris par surprise, il y a quelques mois, et je lui ai fait jurer de ne rien dire !
Chérie… elle n’est pas la seule à être au courant… je le suis tout autant qu’elle.
S’ensuivit un silence de mort, dans lequel tous les regards se tournèrent vers Liam John Dawson, ce sang-mêlé à qui aucun sorcier de longue lignée aurait trouvé censé de confier un secret aussi lourd. Lily, loin d’être soulagée, se mit à craindre que tout le monde se jette sur son père, comme tous les regards haineux laissaient penser. Le pire, ce fut celui d’Athena. Elle fixait son mari, puis sa mère, avec tant de rage qu’elle aurait pu les transpercer de son regard.
Toi ? Toi aussi tu étais au courant ? Et tu ne m’a rien dit ? On était censé tout se dire ! Et toi, maman ? Tu l’as dit à Liam, ton gendre, avant de le dire à ta propre fille ?
Son ton, pourtant, était plus empli de tristesse, d’incompréhension et d’un sentiment de trahison, que de colère. Les yeux de la fillette de treize ans s’embuèrent, mais elle se retint de ne pas pleurer devant sa famille entière. La tension était presque insupportable.
Mon trésor…
Non ! Pourquoi ? Dis-moi pourquoi tu ne m’as rien dit !
Calisto soupira, puis reprit un ton de récit.
D’accord. Tu sais déjà que, au départ, je m’opposait fermement à votre mariage. Une héritière de sang-pur, épouser un sang-mêlé, qui n’a aucune branche sorcière dans la famille ? C’était, à l’époque hors de question. Mais ton père, mon cher Henry, m’a ramené à la raison. Il m’a rappelé que, moi aussi, je n’ai pas pu choisir l’homme que j’aimais, qu’on m’avait prit mon enfant à cause de ça, et que je ne devais pas infliger cela à ma propre fille. Alors, quand Liam est revenu me voir à la maison pour me convaincre d’accepter vos fiançailles, j’ai fini par accepter, et j’étais bien obligée de lui expliquer les raisons de ce changement.
Non ! Tu aurais pu m’en parler avant ! Même papa était au courent, alors…
Alors qu’elle s’apprêtait à se lever, le père de Lily tenta de la raisonner, de la calmer d’un ton suppliant.
Thena…
Furieuse, la brune se leva de sa chaise et s’approcha de son époux en criant :
Toi, t’as intérêt à ne pas me parler, ni même être dans la même pièce que moi.
Et elle s’éloigna d’un pas vif, puis sortit de la maison en claquant la porte. Cette fois, Lily fondit en larmes. La situation prenait une ampleur qu’elle n’imaginait pas, et ça la dépassait. Autour d’elle, la tension monta encore d’un cran, si même c’était possible : on fusillai les Dawson du regard, on débattait, ou plutôt on se criait dessus. Alors, Calisto se leva et s’écria d’une voix claire :
Le repas est terminé, merci beaucoup d’être venus !
Et, sans même prévenir, elle empoigna le bras de sa petite-fille et la fit se lever, avant de s’éloigner avec elle et de sortir de la maison. Lily la suivit, complètement perdue et démoralisée, alors qu’elle l’emmenait prendre l’air et se défouler. Ce fut un bien triste anniversaire des soixante ans…
