CLOS Ballinglanna Celle qui tuait, celui qui soignait Diarmuid O'Belt

Honor se redressa imperceptiblement, les mains toujours posées sur ses cuisses, lorsqu'elle crut percevoir un léger changement d'attitude chez l'infirmier. N'était-ce que le fruit de son imagination ? Ou bien son expérience affûtée pour décrypter les gens qui l'entouraient toquait de nouveau à la porte ? Peut-être un mélange des deux. L'un n'excluait pas l'autre, mais elle était le genre de femme qui faisait confiance à son instincts. Se sentait-il aussi mal à l'aise qu'elle pouvait l'être en sa présence ? Leurs histoires communes intimement entremêlées, plus étroitement qu'elle ne voudrait jamais l'admettre, impactait-il autant le sorcier que la moldue ? Peut-être. Mais quoi qu'il en soit, du point de vue d'Honor, peu importe ce qu'elle pouvait ressentir et penser, cet homme avait l'air d'avoir la confiance de son fils. Et autant elle avait tendance à s'inquiéter d'à quel point Narcisse accordait avec promptitude et aisance sa confiance, autant elle s'était promis de toujours accorder le bénéfice du doute.

En un clignement d'yeux, elle s'extirpa de son palais mental pour à nouveau reprendre le fil de la conversation. Elle n'attendait rien de cet examen. Depuis le début, jamais elle ne s'était attendue à ce qu'une quelconque amélioration puisse la soigner, voire même simplement soulager son quotidien. Rien de ce qu'il ne dit ne l'atteignit, et elle conserva un visage de marbre tout du long. Sauf à la fin. Elle écarquilla imperceptiblement les yeux, avant de toucher sa cicatrice du bout des doigts, pour finalement y placer la main toute entière. En baissant le regard doucement, elle hésita. Elle soupira, en fermant les yeux une brève seconde.

- J'ignore également, encore aujourd'hui, ce qui m'a blessé.

C'était la stricte vérité. Tout était allé bien trop vite pour qu'elle ait pu apercevoir l'objet de son débâcle, et les médecins n'avaient pas pu le cerner. Elle n'en conservait aucun souvenir. Elle haussa les épaules en croisant les jambes, sa main revint sur sa cuisse, l'air aussi stoïque qu'elle l'était réellement. Honor apprécia l'absence de fausse promesse, mais le temps de sa réponse, elle avait déjà réfléchi à la suivante.

- Je ne crois pas que je désire observer le moindre changement dans l'apparence de ma cicatrice. Si cela ne change rien en profondeur, il serait fort puéril, à mes yeux, de vouloir y toucher.

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres. Il était étrange qu'après tout ce temps, l'idée de changer de façon volontaire un trait de son apparence qui faisait désormais pleinement partie d'elle lui soit insupportable. Et ce, même quelque chose avec une histoire aussi lourde que cette cicatrice. Elle en tirait une étonnante fierté, signe qu'elle avait survécu, qu'elle était toujours là, et qu'elle s'en était sortie grandie, et plus forte. Non. Décidément, ce n'est pas quelque à quoi elle pouvait se résoudre. Elle croisa les bras sur sa poitrine, fronçant très légèrement les sourcils, sa voix s'adoucissant tout aussi légèrement.

- Vous avez fait un long voyage. Et je crains que vous ne l'ayez fait en vain. Je n'en attendais pas grand-chose, pour être tout à fait honnête, mais...

Elle tapota ses pouces l'un contre l'autre, avant de jeter de côté sa fiertés et ses doutes pour accepter, ne serait-ce qu'une seconde, de demeurer en présence d'un sorcier dans la même pièce qu'elle. Et ce, sans ressentir le besoin terrifier de le mettre hors-combat. Une ombre de sourire passa sur son visage.

- Au moins, peut-être, avez-vous réussi à chasser quelques fantômes qui hantaient cette maison.

Elle leva les yeux au ciel tandis que son sourire s'agrandit, et jeta un regard en direction de la cuisine, pour ensuite le ramener sur l'infirmier.

- Je ne souhaite pas vous retenir plus longtemps que nécessaire, mais il serait fort inconvenant de ma part de ne pas vous offrir quelque chose à boire. Thé, café ? Chocolat chaud peut-être ?

Sa nervosité revint bien malgré elle, son index se mis à tapoter irrégulièrement le dos de sa main.

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- "Avec l'auscultation partielle, non en effet, je ne peux pas promettre de changement en profondeur. Et je ne peux pas présumer de ce que des examens, magiques, pourront indiquer quelque chose de différents." Respécifia-t-il afin d'être certains que le message soit bien passé. Ses conclusions n'étaient faite qu'au regard de ce qu'elle l'avait laissé entreprendre. Il n'y avait bien entendu là qu'une insistance sur la précision des termes. Aucun reproche dans sa voix. Aucune injonction non plus. Ce n'était pas à lui de décider de quoi que ce soit. Il ne se le serait permis que si son état de santé présentait effectivement un ou des caractères inquiétants. Ce n'était pas le cas, en rester là lui allait tout autant que de compléter les examens.

- "
Chasser les fantômes est parfois la seule chose nécessaire." Répondit-il et là, passait dans son langage corporel et sa manière de parler qu'il savait de quoi il parlait. Puis, il considéra l'offre qui lui était faite en prenant en compte la nervosité qui s'exprimait par des signes physiques ténus. Pourtant il la ressentait. "C'est aimable, mais je vais rentrer. Je ne voudrais pas," il chercha ses mots quelques secondes. "Vous avez déjà beaucoup pris sur vous. Vous le masquez bien, mais j'ai pu le percevoir. Mes âmes de soignant me souffle de vous libérer de l'inconfort que je peux vous provoquer." Trouva-t-il finalement à formuler.

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Honor comprit parfaitement que si elle le laissait faire, il pourrait éventuellement approfondir son examen. Mais elle n'était pas certaine de le vouloir. Elle avait toujours été de celles qui s'accommodaient des choses sans chercher à les changer quand elles les touchaient directement. Et le laisser examiner davantage, c'était potentiellement prendre le risque de la laisser cultiver ses espoirs, et la laisser se faire des espoirs, c'était prendre le risque de les voir détruit. Elle avait fait la paix avec son corps depuis des années, et ce n'était absolument pas dans ses projets de chambouler toute sa vie. Elle avait accepté de se laisser examiner, pas de réexaminer tout ce qu'elle tenait pour acquis depuis des années. Non, non. Elle ne le désirait pas.

Elle se contenta de hocher la tête, elle ne croyait pas aux fantômes, bien évidemment, mais il était évident que certaines ombres pouvaient planer à certains endroits sans que l'on puisse clairement les identifier. Un long soupir s'échappa de ses lèvres, elle se redressa. Il était temps de rebâtir le mur. Elle sourit en plongeant son regard dans celui de l'infirmier, répondant à sa dernière phrase.

- Vous auriez formulé cela d'une autre manière que j'aurais pu m'en vexer.

Quelqu'un qui savait manier les mots rebutait bien souvent Honor, car elle considérait que quiconque savait manier les mots savait également les dissimuler et les déformer. Mais en l'occurrence, elle ne perçut que de la franchise et de la sollicitude. Elle fronça les sourcils en réfléchissant, se tenant toujours aussi droite, avant de regarder à nouveau Diarmuid.

- Désirez-vous que je vous conduise quelque part ? J'ignore comment le... transplanage, c'est le terme ? J'ignore comment cela fonctionne exactement, mais mon fils m'a rapidement expliqué qu'il pouvait avoir ses limites.

C'était une manière à la fois de marquer sa pacification mais également le fait qu'elle en savait peut-être davantage que ce à quoi il s'attendait.

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Ce fut à son tour de sourire en se levant pour faire face à la militaire. Loin s'être suffisant, c'était la formulation qui amenait cette réaction. "On m'a appris dès le plus jeune âge à m'exprimer avec franchise et diplomatie. Et ça a fait aussi partie intégrante de ma formation." Il ne remercierait jamais assez son mentor français de son aide pour le perfectionnement. Il avait gagné en aisance dans les repas organisé par ses parents, même si Domhall restait bien plus adroit dans les faux semblants. Ne jamais mentir, être franc mais sans donner la possibilité à l'autre de vous mettre en doute ou de vous attaquer. Un art et une gymnastique épuisants. Trop à son goût.

Puis, il réfléchit à la proposition que Honor Brando venait de lui faire. Il hésitait à refuser. Il pouvait marcher jusqu'à se trouver à l'abri des regards. Mais l'endroit où il était arrivé était assez loin, il en avait pour une bonne heure de marche. Sauf qu'il mentirait s'il disait qu'il en avait envie, contrairement à rentrer chez lui ou mieux, retrouver Annaëlle et lui proposer de faire une journée tranquille à Dublin ou Londres, sans bouger. Il avait surtout besoin de se poser. "
Si ce n'est pas trop demander bien entendu. Le transplanage demande de la discrétion vis à vis des moldus et je ne peux pas partir de chez vous sans déclencher les alarmes du Conseil. Si vous pouviez me dire s'il existe un endroit proche qui me permette de partir sans être vu ce serait appréciable." Même si elle ne le conduisait pas, s'il ne marchait que quinze minutes environ, ça irait.

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Honor eut un sourire légèrement amusé lorsqu'il expliqua la cause de son discours soutenu. Elle leva même imperceptiblement les yeux au ciel, avant de se lever souplement. Elle n'avait aucun souci avec ceux qui surveillent leur langue, toutefois, elle ne pouvait s'empêcher d'accorder plus aisément sa sympathie aux personnes franches, simples et honnêtes. Celles qui ne cherchaient pas à dissimuler, qui ne voulaient pas afficher une quelconque autre façade que celle qui était la leur. Elle soupira.

Son cœur manqua un battement lorsqu'il expliqua qu'il ne pouvait pas partir de chez elle par le transplanage sans déclencher une alarme. Par sa maîtrise d'elle-même, elle dissimula sa réaction à la perfection, mais intérieurement, elle nota précieusement cette information. Voilà quelque chose d'intéressant, elle pourrait parfaitement s'en servir à nouveau plus tard. Elle rajusta une mèche de cheveux derrière son oreille, avant de sourire simplement.

- Imaginons que je prenne ma voiture pour me rendre en ville. Serait-il possible pour vous de transplaner durant le voyage ? Ainsi, votre départ ne pourra pas attirer la moindre attention.

Elle se tenait droite au milieu du salon, faisant face dans un calme absolu à l'infirmier. Son regard était baissé pour plonger dans le sien. Ses mains étaient posées sur le bas de son ventre, une main posée sur l'autre. Elle pencha légèrement la tête sur le côté dans l'attente de sa réponse. Dans le pire des cas, il pourrait être lâché sur un bord de route à l'abri des regards, mais elle ne pouvait pas manquer l'occasion de récolter davantage d'informations.

La différence de taille entre les deux adultes força Honor à retenir un sourire. Comme quoi, la taille ne faisait pas tout, loin de là.

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Il ne manqua rien des réactions de la femme à ses explications. Ca ne lui faisait en soit pas grand chose qu'elle ne le juge pas aussi franc qu'il pourrait l'être. Après tout, elle ne l'était pas non plus à tout dissimuler, comme lui ou bien d'autres le faisaient aussi dans le milieu d'où il venait. Il se leva à son tour.

La femme resta stoïque à la mention des alertes qui sonneraient au Consilium s'il utilisait la magie. Pourtant, il était persuadé que cela n'était pas tombé dans l'oreille d'une sourde, quand bien même elle n'avait pas l'entièreté des explications. Diarmuid la vit lui sourire et mentionner le fait de partir depuis sa voiture. "
L'énergie magique et l'électricité," il avait ralenti son débit de parole pourtant raisonnable pour prononcer le mot correctement, "ne sont pas compatibles. Au mieux, je réussirais à partir mais en me causant des blessures. Au pire, je nous tuerai tous les deux en détraquant tout ce qui fonctionne avec... hum, l'électronique." Il avait légèrement froncé les sourcils sur le dernier mot, il n'était pas très sûr de lui. Mais si, ça devait bien être ça. "Vraisemblablement, nous aurions un accident."

Il ne semblait pas affolé par ce qu'il disait. Et il ne l'était pas. Il préférait marcher que de prendre une voiture si elle ne le déposait pas simplement quelque part. "
Si vous pouvez m'amener dans une forêt ou un bosquet, je m'enfoncerai entre les arbres. Cela sera suffisant." Il se contenta ensuite de l'observer avant de demander. "Cela vous semble-t-il possible?"

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Honor dissimula du mieux qu'elle le put son sourire lorsqu'il confirma ses impressions. Un léger tic agita la commissure de ses lèvres, mais elle se contenta de prendre une légère inspiration en penchant doucement la tête sur le côté, l'air étonnée et perplexe. Même si Narcisse lui avait déjà expliqué et décrit dans les grandes lignes cette histoire, mais rien ne valait une explication plus approfondie. Son cerveau était déjà bien malgré elle en mouvement, travaillant à exploiter du mieux qu'elle le pourrait cet élément de fait, et le cas échéant, comment s'en servir contre eux. Ce n'était qu'une prudente pensée, qui demeurerait dans les tréfonds de son inconscient jusqu'à ce qu'elle puisse représenter une quelconque utilité. Elle sourit.

- Vous m'en direz tant...

Une lumière inquiétante s'alluma au fond de ses yeux, avant d'être chassé par un clignement de paupières plus long que les autres, elle se détourna pour rejoindre le couloir qui reliait le salon jusqu'à la porte de sortie.

- Il serait regrettable qu'un acte irréfléchi soit responsable d'une telle fortuité.

Elle dissimula son sourire en enfilant ses mocassins d'un geste souple, avant d'ouvrir la porte pour se tourner vers l'infirmier. Son visage était redevenu totalement neutre.

- Marchons un peu, voulez-vous ?

Sans attendre ni confirmation, ni infirmation, Honor commença à marcher dans la cour, en direction du petit chemin qui séparait la propriété de la grande route. De l'autre côté de cette route se tenait une grande forêt bordant la colline, l'accompagnant jusqu'à sa cime.

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Diarmuid ne manqua ni le ton, ni la lueur dans les yeux de la mère de Narcisse Brando. Cela ne put qu'alerter ses sens et accélérer le rythme de son cœur, comme si son corps avait senti bien avant que son esprit analyse ce qu'il venait de se passer et de s'échanger. Il se raidit probablement quelque peu mais ne dis rien de plus, patientant jusqu'à obtenir une nouvelle réponse de la brune. Mais là encore, l'irlandais choisi de se taire, se contentant d'acquiescer. Diarmuid se contenta de la suivre dans le couloir et laisser mettre ses chaussures, silencieux.

Puis, il se mit dans son sillage. Marcher ne le dérangeait pas. Et d'être légèrement en retrait lui permettait d'observer. La femme, la mère, la miliaire qui le précédait dégageait différentes choses qu'il ne saurait interpréter. Si. Il le pourrait. Mais il lui faudrait pour cela lancer un sortilège contre une moldue. Une moldue qui lui avait fait confiance jusque là qui plus était. Et restait une personne avec un potentiel de dangerosité supérieur à la moyenne de ses semblables du fait de son métier. Il lui fallait donc ronger son frein.

Son regard se porta plus loin, sur ce qui l'entourait, et tomba bien vite sur la colline qui se trouvait de l'autre côté de la route. Le couvert des arbres serait parfait. La femme n'avait même pas besoin de l'emmener bien loin. Les abords de la route qui ne semblait même pas passante suffirait. Quand ils furent à son abord, il prit enfin la parole. "
Merci Miss Brando. Je pense que je vais pouvoir me débrouiller seul à présent." L'accès à la forêt était totalement dégagé, sa baguette était accessible. Il tendit la main à Honor pour la saluer. "Bonne fin de journée à vous." La poignée de main échangée, il traverserait en prenant garde aux automobiles, puis il marcherait de manière à gagner rapidement la forêt dénudée en prenant garde à ne pas être suivi. Il s'enfoncerait encore un moment avant de faire un tour sur lui même. L'avantage de l'hiver, c'était bien l'absence de feuillage, vérifier la présence d'un humain était facile. Personne, il transplana avec une seul hâte, retrouver Annaëlle.


Ce post signe la fin du RP pour moi. Merci à toi.
Mots soulignés pour Le Grand Loto des Sorciers

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Honor poussa un soupir de soulagement à peine dissimulé lorsque l'infirmier disparut derrière la forêt. Elle sourit en l'observant faire preuve de prudence au moment de traverser, de toute évidence, il ne savait pas qu'il n'en passait presque aucune par ici. Elle demeura encore un moment à simplement observer les alentours, laissant le vent souffler dans ses cheveux, tentant vainement de disperser la tempête d'émotions qui rugissait en elle. Sa main se leva pour repasser une mèche de cheveux derrière son oreille, puis elle fit demi-tour calmement, retrouvant enfin la maîtrise d'elle-même. Elle marchait doucement, son esprit travaillant d'arrache-pied pour analyser le peu d'informations qu'elle avait réussit à récolter. Pas une miette n'en fut perdue. Petit à petit, elle commençait à saisir comment le monde magique fonctionnait.

Et plus elle s'en emparait, plus elle retrouvait enfin la sensation de contrôle qui régissait tous les aspects de sa vie. Sa main glissa sur sa cicatrice une fois à l'intérieure. Aurait-elle dû le laisser essayer de la résorber ? Elle serra les dents. Non, il en était hors de question. Elle se fit la promesse que jamais elle ne se laisserait toucher par un quelconque sortilège si elle pouvait l'éviter. Son fils était un sorcier, pas elle, ce n'était pas son monde, mais elle se devait de le protéger malgré tout, pour le bien de son fils, qui passait avant tout.

Elle prit une grande inspiration, avant de prendre le chemin de son gymnase, non loin de la maison, pour essayer de méditer jusqu'au soir, histoire de mettre un peu d'ordre dans ses idées.

Merci pour ce RP !!