Panne d'inspiration, avion en lévitation

7 avril 2048
Grande Salle - Foyer
Après le petit-déjeuner
@Sigmund Charleston & Ernest Stevens

Si Ernest était rentré à Londres pour les vacances de Noël, il avait été décidé qu’il resterait à Poudlard pour les vacances de Pâques. Le début du printemps s’accompagnait des premières grandes foires aux fleurs à Camden Town et d’un emploi du temps surchargé pour sa mère Lucy. En ce qui concernait Elianor, elle était toujours très occupée par son travail, quel que soit l’époque de l’année. L’adolescent n’avait pas bronché. Cette disposition lui convenait bien. De cette manière, il aurait tout le loisir de s’entraîner à tous les sortilèges qu’il avait appris jusqu’ici. Et puis l’idée d’un château moins encombré était assez séduisante. En plus de tout le temps libre dont il disposerait pour étudier, explorer et s’entraîner.

Ce matin là, pour changer, il avait décidé de prendre son petit déjeuner plus tard que d’habitude. Les vacances, c’était aussi fait pour dormir. À son arrivée dans la Grande Salle, Herbert, le hibou grand duc africain de la famille l’attendait déjà. Le rapace lui adressa un regard réprobateur pour l’avoir fait attendre. Il lâcha la lettre sur la table avant même que le garçon n'ait le temps de s'asseoir et s’envola aussi vite. L’adolescent n’eut qu’à jeter un coup d'œil à l’enveloppe bariolée pour reconnaître la signature colorée de sa mère. Lucy Morgan ne perdait pas de sa régularité. Si au début de l’année, Ernest avait espéré qu’elle s’essoufflerait le temps passant, il ne pouvait pas nier qu’il y avait quelque chose de réconfortant à ce petit rituel.

L’adolescent traînait à table, plongé dans ses pensées quand les elfes de maison l’exhortèrent gentiment à se bouger les fesses. Il obéit tout en observant les créatures changer la disposition de la salle. Il fallait qu’il réponde à sa mère mais il n’était pas obligé de faire ça à la volière. Il pourrait profiter de l’espace du foyer pour écrire sa réponse et y monter ensuite. Il s’installa sur un pouf et se traîna près d’une table basse. Plume à la main et parchemin déplié, il réfléchit à ses mots. Il posa quelques banalités sur le papier mais rien de bien inspiré. Il ne pouvait pas se contenter des platitudes habituelles. C’était presque Pâques et comme il ne rentrerait pas, ça valait peut-être le coup de faire un peu plus d’efforts. Les minutes s’égrenèrent sans que l’inspiration ne daigne le frôler.

Ernest finit par plier son brouillon avec minutie, transformant sa correspondance en avion aérodynamique. À l’aide de sa baguette qu’il agita en prononçant la formule du sortilège de lévitation, le coucou prit alors son envol et commença à virevolter autour du foyer au gré des envies du garçon. Boucles, looping et séances de planage, Ernest noyait le poisson et s’amusait comme il pouvait. Toutes les excuses étaient bonnes… Et s’il arrivait à faire voler plusieurs avions en même temps ? Concentré sur ses idées d’expérience, il ne fit pas attention à la silhouette qui s’approchait. Il ne remarqua la présence du Professeur Charleston qu’au moment où son aéronef vint s’écraser sur le poitrail de celui-ci.

“Oh.. Euh… Pardon, Professeur..”

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Sigmund avait encore quelques bricoles à conclure avant de prendre congé et passer son week-end avec Diarmad et sa famille. Il lui tardait de revoir la mignonne bouille de son petit-fils qu'il n'avait pas vue depuis déjà deux semaines : le temps filait rapidement quand on était surchargé de travail. Mais le professeur de Botanique se sentait réellement épanoui en présence d'enfants, si bien qu'il ne supportait plus vraiment la solitude. Habitué à avoir un petit garçon plein d'énergie dans les pattes, et des élèves sur son temps de travail, être seul ne lui convenait plus : il ressentait cette solitude comme un petit monstre qui le rongeait de l'intérieur, et ne disparaissait qu'une fois un visage familier revenu dans son champ de vision. Seul, Sigmund avait le sentiment de ne pas exister. Et cejourd'hui, il fallait croire qu'aucun de ses collègues n'était motivé à lui tenir compagnie : après avoir erré dans la salle des professeurs en se rongeant les ongles, l'exubérant Directeur de Gryffondor était parvenu à la conclusion que le foyer de l'école serait le lieu idéal pour corriger les quelques copies le séparant de son week-end.

Voilà pourquoi le sorcier se trouvait là, au beau milieu de cette Grande Salle aménagée bien différemment que pendant les temps de repas. Il avait repéré au loin un fauteuil qui conviendrait parfaitement à son auguste personne, et quelques jeunes têtes qui pourraient lui tenir compagnie. Mais la distraction vint bien plus vite qu'espéré : voyant un bel avion (ou dragon ?) en papier dans les airs, le professeur partit à sa poursuite dans l'espoir de l'attraper. Non pas qu'il avait oublié sa baguette, mais s'il s'agissait bien d'un avion, il fallait respecter certaines coutumes moldues ! Il ne fut simplement pas assez vif et la construction s'écrasa lamentablement sur sa poitrine.

« Oh » fit-il déçu, en observant le cadavre de papier tombé au sol. Cette fois, il sortit sa baguette et fit léviter le papier pour le faire arriver à hauteur de lunettes. « J'espère ne pas l'avoir abîmé » dit-il en examinant la bête avec un air expert. La pointe ne semblait pas écrasée ; c'était bon signe, l'aérodynamisme ne serait pas impacté. Il attrapa délicatement l'avion et observa les alentours à la recherche de la petite voix qui avait formulé des excuses plus tôt.

« Ernest ! » Car Sigmund connaissait le prénom de tous ses élèves. « C'est un avion ou un dragon ? Il est très réussi. »

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Les yeux baissés, Ernest affichait une mine désolée. Une expression qui lui collait à la peau et au visage. L’adolescent était souvent en train de s’excuser. De gêner, d’être dans le passage, d’avoir donné une mauvaise réponse. Mais alors que son regard tomba sur son avion raplapla, il observa ce dernier s’élever dans les airs, un peu surpris. Mais le professeur Charleston ne semblait pas le moins du monde contrarié. D’ailleurs y avait-il seulement quelque chose qui pouvait avoir cet effet sur lui ?

Un léger sourire se dessina sur les lèvres du garçons lorsqu’il entendit la question du professeur. Le professeur de botanique semblait toujours d’excellente humeur et possédait un optimisme à toute épreuve. Avec lui, Ernest se sentait assez à l’aise. Il n’avait pas peur de faire des erreurs ou de poser les mauvaises questions. La bienveillance de Mr Charleston était telle que même l’adolescent le plus exigeant pouvait s’autoriser le luxe de se tromper.

“Merci Professeur… C’est ma mère qui m’a appris à les faire…”

C’est vrai que le spécimen était plutôt réussi. Là où Lucy Morgan avait appris à son fils à faire de jolies grues en origami, Elianor Stevens était plutôt du style à lancer des choses qu’à les plier. Une équipe complémentaire donc et Ernest ne comptait plus les après-midi qu’ils avaient passé à lancer des avions depuis le toit de leur petite maison londonienne. Enfin c’était avant 2045. À présent, il fallait être beaucoup plus vigilant et faire attention à tout quand on vivait dans un quartier mixte où les communautés sorcières se mélangeaient aux moldus.

“Mais c’est sûr que c’est vachement plus simple de le faire voler avec un sortilège de lévitation. Enfin, il doit quand même avoir une bonne capacité de planage. J’ai mis du temps à faire le profil de l’aile mais je crois qu’il a une bonne portance. Euh… Vous… vous voulez l’essayer ?”

Il ne se serait jamais permis une telle chose avec un autre professeur. Mais puisque Mr Charleston avait pris le parti de venir au foyer c’était qu’il estimait différemment le temps qu’il passait avec les élèves. Et puis les autres professeurs ne l'appelaient pas par son prénom. Ou ne l’appelait pas tout court. Et en l’espace de quelques instants, il avait lui-même oublié pourquoi il était là. Envoyer une lettre à sa mère. Mais ça pouvait bien attendre. Les avions, c’était quand même beaucoup plus intéressants.

“Vous avez déjà pris l'avion, professeur ?”

Le professeur de botanique leur parlait souvent de la différence entre les plantes magiques et les plantes moldues mais il n'avait aucune idée quant à ses origines, ni si ses connaissances en matière de choses non magiques étaient étendues au-delà de la flore. Pour le garçon, les choses semblaient évidente, il avait une maman moldue, mais il avait rapidement constaté en arrivant à Poudlard que c'était loin d'être le cas pour tout le monde.

@Sigmund Charleston

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Le propriétaire du petit avion -car il semblait bien que c'en était un, ne tarda pas à s'épancher en explications sur son œuvre. Sigmund l'écouta avec un sourire attendri ; l'investissement et la passion que montrait le garçon pour son pliage ramenaient au professeur le souvenir de ses propres jeux enfant, et à ceux qu'il partageait désormais avec son petit-fils Jonathan. Évidemment, il ne pouvait passer à côté de la dernière proposition du Serpentard. Avec un air joueur, il partit dans un dernier examen de l'avion : si une maintenance s'avérait nécessaire, le petit ingénieur se tenait juste à côté.

« Oh non, je n'ai jamais pris l'avion. Je suis né dans une famille sorcière, » expliqua le professeur en rectifiant légèrement l'angle d'une aile. « mais à l'époque, quand il y avait encore du carburant, je roulais parfois avec une petite Coccinelle pour le plaisir. C'est une voiture tout en rondeur ! Je me suis déjà amusé à prendre le métro londonien plusieurs fois, aussi. » Et c'était pour ne pas dire qu'il avait ressenti une véritable passion pour ce moyen de transport : pendant des mois, le sorcier avait navigué entre les stations, calepin en main et matériel de détective pour camouflage afin de parfaire ses connaissances des mœurs moldues. Ce souvenir le ramenait également à l'époque où il avait fréquenté Solar Kwon, alors professeure de botanique... parfois, il se demandait comment se portait la jeune femme, même si une note d'amertume ne quittait jamais réellement son cœur.

Après une impulsion, l'avion en papier plana un instant dans les airs avant de se poser en douceur quelques mètres plus loin, au sol. Il y avait toujours deux paramètres dans ce genre de jeu : la qualité de l'avion préparé -et celui-ci avait été parfaitement bien réalisé par le jeune Ernest, et celle du lancer. Sigmund Charleston n'avait visiblement pas perdu la main.

« Et toi, Ernest ? » Il pointa sa baguette magique vers l'objet. « Wingardium Leviosa. » Alors qu'il dirigeait l'avion vers les mains de son jeune propriétaire, il continua : « Pour qu'il te soit venu l'idée de faire un avion en papier, c'est que tu dois avoir de la famille moldue ? »

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Si le professeur Charleston n’avait jamais pris l’avion, il semblait tout de même avoir une idée de ce qu’il faisait. Ernest l’observa réaligner le pliage en papier non sans une certaine réjouissance. C’est qu’il ne prenait pas souvent le temps de s’amuser et surtout qu’il n’avait jamais réellement de compagnon de jeux. Ce n’était pourtant pas faute à ses camarades d’essayer, mais le garçon avait du mal à s’ouvrir aux autres et à perdre son sérieux en présence des autres élèves. Avec le Professeur Charleston, c’était un peu différent. Déjà, il était obligé de lui parler. C’était son prof. Et puis il y avait Maggy aussi, installée dans la serre N°6. Si le professeur de botanique n’avait pas accepté de la prendre en pension, qui sait si elle aurait survécu au climat des cachots. Pour ça, il lui en était très reconnaissant.

“Une coccinelle ?!”

Drôle de nom pour une voiture. Mais ça avait quelque chose d’assez fantastique. Ernest adorait les insectes et elles n’étaient pas rares les fois où il avait dans ses jeux de petit garçon, rêvé de voler à dos de bourdon ou conduire une fourmi. Un sourire fendit son visage à la pensée du professeur Charleston juché sur une vraie coccinelle, lui flattant le flan et les deux compagnons prenant leur envol paisiblement. Il apprit également que Sigmund était issu d’une famille de sorciers et se rappela qu’avant d’être son professeur de botanique, il avait été professeur d’étude des moldus. Une matière qui était un peu abstraite pour le petit garçon qui avait grandi avec eux toute leur vie et partagé le même mode de vie.

“Le métro j’le prends souvent. Mais ça pu et c’est crade…”

En entendant ses propres mots à voix haute, l’adolescent porta sa main à sa bouche et rougit légèrement. Ce n’était pas vraiment une manière de parler avec un adulte. Il bredouilla une excuse à mi-voix, une moue contrite accrochée aux lèvres. C’est le moment que choisit le professeur pour faire son premier essai. D’un geste sûr, il lança l’avion dans les airs et Ernest le regarda planer doucement avec contentement. C’est vrai qu’il était plutôt réussi.

“Joli !”

Il fallait rendre à César ce qui appartenait à César. Ce ne devait pas être le premier avion en papier que devait lancer le Professeur Charleston. Il avait la technique. Ce qui le faisait monter un peu plus haut dans l’estime du gamin. Ernest récupéra son avion et se frotta l’arrière de la tête, malaisé.

“Euhm… J’ai une mère… moldue…”

Ce qui était vrai, même si c’était une manière ultra simplifiée de voir les choses. À son tour, le garçon utilisa le sortilège de lévitation pour faire s’élever le petit planeur dans les airs. Il ne savait pas s’il arriverait jusqu’au plafond, il n’avait jamais testé les limites de sa magie dans la hauteur, mais c’était peut-être l’occasion.

@Sigmund Charleston

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Le modèle de sa voiture parut intriguer un instant son jeune interlocuteur. Il y avait de quoi : voilà bien longtemps désormais que la Coccinelle n'était plus produite . Elle appartenait déjà au passé quand Sigmund avait choisi d'en acquérir une, et même dans les familles moldues, ce nom devait paraître bien inconnu pour des enfants nés dans les années 30. Leur quotidien, c'était plutôt les transports en commun et les voitures électriques, ce que confirma le jeune homme avec sa remarque fort peu élégante mais plutôt amusante sur le métro.

L'avion s'éleva à nouveau dans les airs, cette fois-ci guidé par la baguette du Serpentard. Profitant d'avoir à nouveau les mains libres, le professeur se dirigea vers la table la plus proche et y déposa son sac avant de commencer à arranger son petit coin de correction comme il en avait l'habitude. À côté, l'avion de papier commençait doucement à prendre de la hauteur. Cette enfant avait manifestement une bonne maîtrise du sortilège de lévitation. Lui-même avait eu beaucoup de mal à ce même âge, ses premières années scolaires avaient surtout été rythmées par les mauvaises notes et les découragements face à l'absence d'amélioration malgré toute la bonne volonté qu'il y mettait. C'était probablement pour cela aussi que le professeur, maintenant adulte, se montrait aussi généreux sur les notes de ses élèves : il savait combien il pouvait être décourageant de ne pas avoir les résultats escomptés. Mais visiblement, le petit Ernest s'en sortait très bien tout seul.

Égaré dans ses pensées, Sigmund mit un petit instant avant de raccrocher les wagons de la conversation.

« Et un autre parent sorcier, du coup ? » supposa-t-il. « Tu as un peu des deux mondes. Ça doit être aussi fascinant qu'un peu compliqué parfois, j'imagine ? »

Il prit place sur une chaise et sortit une première copie, en veillant à maintenir une posture et une expression ouverte pour que le garçon comprenne qu'il était toujours ouvert à la conversation, et peut-être au jeu.

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Ernest n’était pas très à l’aise pour parler du modèle familial dans lequel il avait été élevé. Longtemps, il avait pensé que sa famille était un standard. Et puis il avait été à l’école moldue et il avait réalisé qu’une famille homoparentale, même si c’était relativement accepté, était loin d’être la norme. Une première scission dans sa vie. Il avait ensuite dû assimiler son statut de sang-mêlé. Et ça non plus il ne l’avait pas compris au début. L’adolescent gardait son regard et son nez pointé sur son avion qui continuait de monter dans les airs. Ernest n’était pas sûr de savoir ce qu’il voulait. Choisir l’éternel mutisme face aux conversations délicates ou saisir cette perche qu’on lui tendait.

Ernest était comme tous les gamins, il avait besoin de parler. Ce qu’il ne faisait pourtant jamais. Et les mots s’accumulaient en lui. Ce qui avait souvent pour effet de les faire sortir de sa bouche de manière décousue et précipitée. Alors il préférait se taire, plutôt que de dire n’importe quoi. Mais avec le Professeur Charleston, les choses étaient un peu différentes. Il avait moins peur de dire une bêtise. Comme si la bienveillance du bonhomme était palpable. Il avait le don de mettre les élèves en confiance. Même ceux aussi farouches qu’Ernest. Le petit brun tourna alors la tête vers le maître de la botanique qui s’était installé à une table.

Regardant ses pieds l’espace de quelques secondes, ils semblaient réfléchir à la bonne marche à suivre, oubliant totalement son avion et son sortilège. Il releva tout de même la tête vers le professeur et acquiesça à la question de celui-ci. La question du sorcier l'interpella. Parce qu’elle était profondément juste. D’ailleurs Ernest n’était pas sûr qu’il s’agisse d’une véritable question ou d’une affirmation. Quoi qu’il en soit, le professeur Charleston avait mis des mots sur ce qu’il ressentait. Il s’approcha alors de quelques pas. Mais pas trop quand même. Il posa ses mains sur le dossier de la chaise qui se trouvait à côté du professeur et commença à entortiller ses doigts nerveusement.

“C’est…”

Le petit brun cherchait ses mots. Il n’était pas doué pour exprimer ses sentiments et mettre les idées à la suite des autres était parfois un casse-tête interminable.

“‘C’est cool ouai… de connaître les deux… C’est bizarre aussi un peu parfois parce que j’fais pas toujours la différence…”

Dans son école moldue, il avait dû apprendre à cacher cette part de son identité. Mais ce n’était qu’en arrivant à Poudlard qu’il avait réalisé à quel point elles étaient différentes. Et qu’il avait commencé à prendre la mesure des évènements qui étaient arrivés en 2045.

“ ‘fin, j’comprends que mes mères voulaient que j’ai les deux… et je sais que c’est important pour la tolérance tout ça… mais des fois j’ai quand même l’impression d’avoir le cul entre deux chaises…”

Il haussa les épaules, une moue dubitative accrochée aux lèvres. Le petit brun avait du mal à gérer la dualité de son statut. Lui qui n’aspirait qu’à une seule chose, être aussi brillant et doué que sa mère sorcière avait parfois l’impression de trahir sa mère moldue.

“Parfois c'est comme s'il fallait choisir entre les deux… et ça craint… d’être au milieu…”

Il avait beau hacher ses phrases, il n’avait probablement jamais parlé autant de ce qu’il ressentait à qui que ce soit. Surtout pas à ses mères.

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Sigmund entamait distraitement la lecture du parchemin tout griffonné qui faisait office de copie quand il sentit la présence d'Ernest, tout proche. Il leva le regard vers le garçon et lui sourit. Il lui parut tout nerveux, debout à se tenir sur la chaise en se tortillant les doigts. Le professeur hésita à lui proposer une place assise mais s'abstint, posant simplement sa plume à côté de lui pour marquer l'arrêt de ses corrections. Sa totale attention posée sur l'enfant, il attendit patiemment que celui-ci trouve ses mots.

La question d'apparence anodine semblait avoir déclenché quelque chose chez Ernest. Le sujet lui tenait visiblement aussi à cœur qu'il le tracassait. À mesure qu'il se confiait, Sigmund regrettait de ne pas pouvoir totalement comprendre son ressenti. Pour lui qui avait grandi dans une famille totalement sorcière, les choses avaient été bien différentes. Pour sûr, il avait eu un intérêt tout particulier pour les moldus et avait longtemps cherché à se fondre parmi eux mais ce que soulignait le jeune garçon était bien différent.

Il y avait bien une chose qui était sûre, au milieu de tout ça.

« Tu es un sorcier, Ernest. Peu importe les choix que tu penses avoir à faire, ça ne changera pas ce fait. » dit-il avec douceur.

« Tu es à un âge où on se construit encore et tu as beaucoup à apprendre de toi-même. Même si c'est compliqué maintenant, je pense qu'un jour, tu pourras faire de tes connaissances des deux mondes une force, mon garçon. » L'air de rien, veillant à ne pas montrer au garçon son inquiétude pour ne pas l'alarmer, il ajouta : « Y a-t-il des enfants à Poudlard qui t'embêtent parce que tu as une mère moldue, Ernest ? »

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Ernest ne réalisait pas vraiment qu’il empiétait un peu sur le temps du Professeur Charleston. C’est qu’il n’avait pas souvent l’occasion de parler avec des adultes en dehors des cours où il ne participait que très peu voire pas du tout à l’oral. Et depuis les attentats de Londres, les choses avaient changé à la maison. Il y avait des questions qu’on ne posait plus, des sujets qu’on évitait parce qu’ils causaient trop de tensions.

L’adolescent écouta le professeur avec attention et hocha la tête. Ce n’était pas la première fois qu’il entendait ce genre de paroles. Peut-être que c’était la répétition ou le fait que le conseil vienne d’un adulte mais elles avaient un certain impact sur lui. Mais un jour, c’était quand exactement ? Il espérait vraiment qu’il ne s’agisse que d’une question de semaines et qu’il finirait par trouver les réponses dont il avait besoin. Le plus vite serait le mieux. Pour ce genre de chose, il était un peu naïf. Cela dit, le discours de Sigmund était plutôt encourageant.

Ce qui n’empêcha pas le gamin de faire la grimace à la question qui lui était posée. Elle était délicate. Les ados, c’était pas toujours d’accord entre eux mais ça justifiait pas nécessairement qu’on aille en parler à un adulte à tout bout de champ.

“Nan… nan, nan… rien de comme ça… de toute manière je… j’en parle pas en fait… y en a qui savent mais... 'fin j'évite de le dire...”

Une stratégie qu’il avait rapidement adoptée en découvrant sa maison. Il y avait évidemment eu quelques exceptions. Des rencontres surprenantes et enrichissantes. Comme des petites parenthèses de sérénité. Et si cette technique de faire le mort et de rester caché dans ses coins avaient été un bon moyen de se préserver, elle l’avait également empêcher de voir que tout n’était pas blanc ou noir et qu’il y avait un tas de nuances à côté desquelles il passait.

“Professeur… Vous, tout le monde vous aime bien… vous êtes toujours de bonne humeur et vous voyez toujours le chaudron à moitié plein… enfin carrément plein… On dirait qu’y a rien qui vous affecte… Comment vous faites ?”

La pensée que le professeur de botanique se shoote à l’Allegria lui avait bien traversé l’esprit mais ça lui semblait peu probable.

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« Je vois » dit doucement le professeur de botanique, « n'hésite pas à venir m'en parler si un jour tu rencontres de tels problèmes. Je serai à ton écoute. » Sigmund s'efforçait de ne pas faire de généralités, mais il avait toujours une petite appréhension quand il apprenait qu'un.e élève de Serpentard avait des origines moldues, surtout avec les tensions de ces dernières années.

Ernest ne semblait pas avoir envie de s'éterniser sur ce sujet. Il le questionna sur autre chose, et à la mention d'une affection que lui porterait un « tout le monde » bien mystérieux (même Sixtine ?), le professeur ne put s'empêcher de sourire. Le garçon était un peu loin de la réalité, mais renvoyer l'image d'une personne toujours optimiste et aimée de ses pairs plut beaucoup au sorcier. Son sourire s'élargit sous sa moustache. Si le gamin savait qu'à une période, il buvait tous les jours des potions pour lutter contre la dépression... Ça lui semblait cependant assez lointain -en réalité, depuis qu'il faisait du drag, qu'il avait rencontré des personnes incroyables, s'était fiancé à un homme exceptionnel et avait eu son petit-fils, il expérimentait un bonheur qu'il avait rarement connu.

« Bien sûr que si, il y a des choses qui m'affectent. C'est juste que mes émotions, je ne les garde pas souvent , » il posa une main sur son torse, près du cœur. « Elles sont parfois lourdes et encombrantes, alors j'extériorise. Oh, je fais même des spectacles ! Et je chante, pas très bien mais je chante. » Il avait quand même un peu moins de pourboires pendant ses spectacles quand il s'essayait au chant... mais ça lui plaisait, de varier ses moyens d'expression. « À ton âge, je n'en menais pas bien large. Mais j'avais des copains, ça aide. Ernest, toi aussi tu es aimé. Tu es un petit garçon fabuleux, tu le sais ça ? »

"Panne d'inspiration" quand le titre d'un RP rejoint la réalité... :ninja: désolé pour le retard !

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