Worcestershire et ailleurs À l'orée du grand monde Solo

Le silence semble avoir repris son droit dans mon esprit. Je me contente d’un nouveau hochement de tête et je glisse vers lui le parchemin que j’ai relu et qui me paraît plutôt bien écrit même si certaines formulations me semblent maladroites. Papa l’étudie avec autant de sérieux que l’autre. Et moi, je l’étudie lui, ses sourcils froncés qui ressemblent aux miens, l’angle colérique en moins, son regard plus noir que la nuit, ses joues parfaitement rasée, les mêches grisâtres sur son crâne, plus courtes que dans ma jeunesse. Je détourne les yeux, gênée, quand il surprend mon regard. Il sourit doucement, repart à sa lecture. Je préfère observer sa jolie Belle-de-jour.

« Aelle.
Mh ? »

Il se renverse dans son fauteuil, les jambes croisées et un sourire plus affirmé sur les lèvres. Un sourcil interrogateur se dresse sur mon front. Il secoue le parchemin devant lui.

« Celle-ci est beaucoup plus aboutie.
Ah ? fais-je comme si je ne le savais pas.
Elle m’a bien plus convaincu que l’autre.
Vraiment ? »

Il la relit, me cite quelques passages. Il en profite pour corriger une formulation qu’il juge « trop obscure » et pour mettre en avant une répétition à laquelle je n’avais pas fait attention. Puis il conclut :

« Tu as mis plus de cœur dans celle-là. »
Peut-être. »

Malgré tout, je ne peux ignorer mon cœur qui s’emballe et qui frappe contre ma cage thoracique. Cela me le fait souvent quand je songe à l’Académie des Enchantements, de Sortilèges et de Métamorphose. Mais n’est-ce pas aussi le cas avec la GEAD ?

Papa se penche pour déposer le parchemin devant moi.

« Penses-y, dit-il, on dirait presque que tu as déjà fait ton choix.
Pas encore, non, je réfute en récupérant mon bien et en me levant. Mais c’est vrai que les enseignements de l’AESM me semblent…
Passionnants ? »

Je m’autorise un sourire.

« Quelque chose dans ce goût-là. »

Je récupère le second parchemin et je les envoie tous les deux dans ma chambre d’un coup de baguette. Je m’apprête à les suivre.

« Merci, p’pa, dis-je du bout des lèvres, le regard fuyant, pour tes retours.
Quand tu veux, ma puce. »

ma puce
Le mot tombe comme une pierre dans mon cœur. Je ne peux pas m’empêcher de grimacer face à ce surnom venu d’une autre époque. En parfait miroir, papa grimace aussi ; et lui, c’est pourquoi ? Parce que le surnom lui a échappé, lui qui ne m’appelle qu’Aelle depuis que je lui ai dit que je ne le supportais plus ?

« Avec plaisir, bafouille-t-il. Si tu as besoin, n’hésite pas.
Ouais.
Bonne nuit, Aelle. »

Je marmonne vaguement une réponse avant de disparaître et de retourner m’enfermer entre les quatre murs de ma chambre.

Worcestershire et ailleurs À l'orée du grand monde Solo
Mercredi 8 avril 2048
Domaine Bristyle — Worcestershire
7ème année



Des cris en provenance du rez-de-chaussée m’ont arraché à ma lecture. Des cris agacés et colériques. A suivi un bruit de calvacade dans les escaliers qui s’est terminé par une porte claquée et un juron étouffé, beaucoup plus près cette fois-ci. J’ai des doutes quant à la voix que j’ai entendue : était-ce celle d’Aodren ou de Natanaël ? Le premier a toujours des raison de se faire engueuler. Quant au second, il pourrait tout à fait se prendre le bac avec notre mère à propos de l’un de leurs patients. La réponse s’impose à moi une bonne heure plus tard, sans que je ne fasse rien pour la chercher, alors que je n’ai pas envie de savoir ce qu’il s’est passé.

Je descends dans la tour, à la recherche d’un livre dont j’ai oublié le titre et le nom de l’autrice mais dont le contenu est vif dans ma mémoire : j’en suis réduite à parcourir toutes les étagères de l’immense bibliothèque qui occupe deux étages de la tour dans l’espoir de retrouver celui que je cherche. En toute logique, je commence par l’étage situé juste en-dessous de ma chambre. M’a-t-il entendu ou attendait-il que je sorte pour me rejoindre ? Je ne sais pas mais le résultat est le même : la porte de la chambre d’Aodren s’ouvre doucement et le jeune homme s’en extirpe, l’air malheureux et coupable.

C’est à peine si je le regarde mais il s’en fiche. Il se laisse tomber dans l’un des fauteuils du petit coin lecture, une jambe passée par-dessous l’accoudoir et un bras qui pend négligemment du dossier.

« Ils me saoulent ! » se lamente-t-il en soupirant longuement.

Je devine qu’il parle des parents — qui d’autre ? Je n’exprime qu’un « mh » qui n’est ni un encouragement à exprimer le fond de sa pensée ni un assentiment. Aodren n’a cependant jamais eu besoin d’encouragement ni d’assentiment pour parler et se plaindre.

« Je rentrais à peine de chez Jace qu’ils m’ont pris le chou, sérieux ! Tous les deux, là. Et d’abord, qu’est-ce qu’elle fout là, maman ? Elle rentre jamais avant vingt heures et là comme par hasard elle est là pour m’emmerder ? »

Du haut de l’échelle qui me permet d’atteindre les étagères les plus proches du plafond, je me retourne pour observer le jeune homme qui a la nuque pliée pour mieux me regarder. Ses yeux verts apparaissent sombres, d’ici. Je remarque le pli soucieux sur son front et l’angle agacé que prennent ses lèvres. C’est rare de voir Aodren comme ça.

« Elle est rentrée une heure avant toi, précisé-je en continuant mes recherches. Sans Natanaël.
Bizarre, commente Aodren.
Ouais. »

J’attrape un livre dont le dos me fait penser à celui que je cherche mais pousse un soupir de dépit en remarquant que le titre (« Comment prendre soin de son géranium dentu ? ») n’a absolument rien à voir avec ce que je veux.

« Tu cherches quoi ? me questionne Aodren — a-t-il abandonné l’idée de me raconter la querelle qui l’a opposé aux parents ?
Un livre.
Ouais, je suis pas débile, grogne-t-il.
Un livre sur la théorie de perception. » Je me tords le cou pour lui lancer un regard goguenard. « Tu vois ce que c’est, je présume ? »

Il marmonne une vague réponse et abandonne ses questions. Évidemment que non, il ne sait pas ce que c’est. Les théories philosophiques à propos de la magie ne l’ont jamais intéressé, malheureusement. Quelques minutes s’écoulent, le silence perturbé seulement par mes mouvements le long de la bibliothèque et le grincement de l’échelle lorsque je la descends et la remonte. Parfois, je lance un regard curieux en direction de mon grand-frère et le dépit sur son visage me force à me questionner : leur dispute était-elle si grave ? C’est qu’il est rare de voir Aodren se disputer avec les parents, surtout depuis quelques années. Il a cessé en sixième ou septième année d’avoir des comportements qui nécessitaient des engueulades, lui. Il a vingt-ans, maintenant, c’est un adulte, un homme diplômé qui a même un travail à mi-temps. Qu’est-ce que peut bien l’opposer à nos parents ?

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Puisqu’il ne dit rien de plus, je me sens forcée de poser la question. Pas parce que j’y suis obligée mais parce que j’ai besoin de comprendre pourquoi papa et maman gueulent sur un autre de leur enfant, pour une fois — je pensais être la seule qu’ils honoraient de leurs reproches.

« Ils te voulaient quoi les parents ?
Me faire des reproches, » grommelle Aodren.

Ah bah tiens, songé-je avec amusement, je ne suis donc pas la seule.
Je descends de l’échelle, sans mon livre évidemment, et m’assieds sur le premier barreau. Comme s’il avait compris que ce serait le seul créneau possible pour discuter avec moi, Aodren retrouve aussitôt une position moins avachie, les mains sagement croisées sur les genoux. Son visage perd cependant ses traits attristés pour se faire plus bravache.

« Ils ont voulu qu’on ait “une discussion”, poursuit-il d’une voix agacée en mimant des guillemets à l’aide de ses doigts. Tu vois ce que je veux dire, une discussion avec les parents, c’est comme quand ta directrice de maison te convoque dans son bureau, ça fout les bo… Enfin, ça saoule, quoi. »

Je hoche la tête, même si je n’ai jamais été convoquée dans le bureau de ma directrice de maison, moi. Je le laisse parler. Il a toujours aimé faire la conversation, Aodren. Un peu comme Zakary. Quand ils racontent une histoire, il faut toujours qu’ils ajoutent des détails inutiles.

« Ils m’ont demandé ce que je voulais faire de mon diplôme, » marmonne le grand jeune homme en détournant le regard.

Je note que ses doigts s’entortillent autour des manches de sa robe de sorcier, comme toujours quand il est stressé ou mal à l’aise. Il ne dit rien de plus, comme si je devais avec cette simple phrase tout comprendre de la dispute qui l’a opposée aux parents. Sauf que je ne comprends rien.

« Et alors ? »

C’est quoi le souci ? Aodren a été diplômé de la GEAD en septembre 2047. C’est une fierté pour lui, et pour la famille qui a toujours fêté les diplômes avec beaucoup de bonheur. Je ne vois pas ce que peuvent lui reprocher papa et maman.

« Et je travaille à mi-temps sur le Chemin de Traverse, réplique Aodren en levant les yeux au ciel.
Et alors ? » je répète d’une voix consternée.

Mon incompréhension ne semble pas agacer Aodren, au contraire même, il m’offre un grand sourire en disant :

« J’étais sûr que tu comprendrais le souci ! »

Alors que je n’ai rien compris du tout.

« Je n’ai rien à me reprocher ! s’exclame-t-il avec véhémence, encouragée par la fausse idée qu’il se fait de ma compréhension. Ok je suis diplômé mais en quoi ça les dérange que je bosse à mi-temps ? En plus tout le reste du temps je travaille pour la Cause, c’est pas rien quand même ! »

Effectivement, mais n’empêche que je ne sais pas plus ce qu’il cherche à me dire.

« Va droit au but, Aodren, soufflé-je en me frottant les yeux, ils te reprochent quoi, au juste ? »

Il me lance un regard dépité, comme s’il comprenait enfin que je n’avais rien compris du tout.

« Ils pensent que je ne sais pas quoi faire de ma vie, Aelle. Ils se demandent pourquoi un garçon diplômé de la Grande École de l’Art du Duel travaille à mi-temps dans un domaine qui n’a rien à voir avec ses études. »

Le simple fait d’énoncer ça à voix haute fait s’envoler ses humeurs. Il se lève et commence à arpenter la bibliothèque à grands pas.

« Ils ont dit que si ce que je voulais, c’était bosser dans une boutique, et bien j’avais qu’à le faire sérieusement, prendre un contrat plus long pour pouvoir louer un appartement ! Alors là, s’enflamme-t-il, je me suis énervé ! J’ai dit : quoi, vous voulez que je me tire de la maison, c’est ça ?! »

Je grimace et m’étonne de ressentir une telle empathie pour Aodren. Je me serais dit la même chose à sa place.

« Mais non, poursuit-il, soudainement tout penaud, c’est pas ce qu’ils voulaient… Ils m’ont juste dit qu’ils s’inquiétaient parce que ça se voyait que je bossais à la boutique un peu par dépit, que c’était pas le job de mes rêves, et que je devrais commencer à réfléchir à ce que je voulais vraiment parce que je pourrais pas rester toute ma vie à participer bénévolement à un mouvement dont on entend quasi plus parler et à travailler à mi-temps, tu vois ? »

Je hoche lentement la tête même je ne vois pas ce qui a de franchement dérangeant dans le fait qu’Aodren continue de vivre comme il le fait. Pourquoi les parents le forcent-ils à réfléchir à ce genre de choses alors que sa vie semble lui convenir ?

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Aodren se prend la tête dans les mains avec un grognement affligé avant de se jeter de nouveau dans le fauteuil.

« Tu connais papa, continue-t-il me regardant franchement. Il a été plutôt compréhensible lui, mais maman elle a dit que je me laissais vivre et que je savais pas ce que je voulais…
Et c’est vrai ?
Quoi ? râle Ao en me jetant un regard sombre.
Tu te laisses vivre et tu sais pas ce que tu veux ?
Mais non ! argue-t-il d’une voix vive. C’est juste que ça me convient comme ça pour l’instant ! Ça me saoule, ils comprennent pas que je veux pas bosser pour le Conseil ! Je devrais envoyer se faire voir tous mes principes juste pour faire valoir mon diplôme, c’est ça ?! »

Au regard qu’il me lance, je comprends qu’il attend une réponse sincère. Pire encore : qu’il me demande des comptes, qu’il pense que je vais lui donner une réponse qui ne lui conviendra pas. Sauf que moi, je me fiche de son diplôme et que je me fiche du Conseil.

« Tu t’en fiches de ce qu’ils disent, contente-toi de vivre ta vie. »

Je crois qu’il ne s’attendait pas à cette réponse. Il me regarde, l'air un peu étonné, la bouche ouverte, les bras ballants. Et moi, je me lève de nouveau et je continue ma recherche sur les étagères de la bibliothèque. Quand il me répond, sa voix est un peu plus dépitée que précédemment.

« Tout le monde s’en fout pas de l’avis de ses parents, Aelle…
Tu dis ça pour moi ? je lui demande après un instant d’hésitation sans me retourner.
Bah oui.
Et bien tu devrais essayer de t’en foutre un peu plus, tu le vivrais bien mieux, » répliqué-je d’une voix dure car je crois sincèrement en ce que je dis.

Quand je lui fais de nouveau face quelques instants plus tard, Aodren a un air plus sombre sur le visage et il est plongé en pleine réflexion. Il ne dit rien pendant un long moment, ce qui me permet de poursuivre ma recherche et de conclure, après avoir parcouru toute la pièce, que mon livre ne se trouve pas à cet étage. Comme il me voit prendre la direction de l’étage inférieur, Aodren se lève :

« Je leur dirai que je vais réfléchir à un job qui conviendrait plus à ce que je veux vraiment faire. »

Je me fige au sommet de l’escalier pour lui jeter un regard étrange.

« Quoi ?
C’est ce que t’a conclu de notre conversation ? grimacé-je.
Oui. Je ne suis pas du genre à rien écouter de ce que me conseille mes darons, moi… Enfin, chacun réagit comme il peut, je veux dire, » reprend-il avec un regard penaud.

Je hausse les épaules et commence à descendre les escaliers. Mais il m’interrompt une nouvelle fois, cette fois-ci en me suivant comme mon ombre.

« Je peux t’aider à chercher ton livre peut-être ?
Je vais me débrouiller.
Pourquoi t’as pas lancé un Accio ?
Parce que je me souviens plus du titre, Aodren, soupiré-je en arrivant au premier.
Mais je peux t’aider, ça ira plus vite à deux, non ? Allez, c’est juste que ça me fait plaisir. »

Et si moi, ça ne me fait pas plaisir ?

« C’est pas pour te coller, précise-t-il comme s’il avait entendu mes pensées, c’est juste que ça ira plus vite comme ça, puis après je te laisse tranquille. »

Je le considère pendant un instant. Ses yeux verts, son sourire franc, son visage qui m’est plus familier que celui de mes autres frères puisque nous avons passé plusieurs années ensemble à Poudlard.

« Si tu veux, finis-je par abandonner avec un geste de la main en me dirigeant vers la nouvelle rangée de bibliothèques qui s’offre à moi.
Trop bien ! Alors, on cherche quoi au juste ?
Le dos du livre est rouge en haut, vert au milieu et noir en bas, avec le titre écrit avec des lettres dorés.
La tranche, tu veux dire ?
Hein ? »

Il attrape un livre au hasard et me le montre en l’attrapant du côté des pages. Il me désigne du bout du doigt le dos et dit :

« Ça s’appelle la tranche, ça. »

Pour la première fois depuis le début des vacances, un rire sincère me secoue. Je rigole sans m’en cacher devant le regard perdu d’Aodren.

« Non, je réplique d’une voix moqueuse. C’est le dos. T’as sérieusement cru toute ta vie que ça s’appelait la tranche ?
Bah… Oui.
Bah t’es idiot, ris-je en lui arrachant le livre des mains pour le remettre à sa place sur l’étagère. Rappelle-toi : rouge en haut, vert au milieu et noir en bas.
Et les lettres dorées, oui oui. »

Malgré sa voix bougonne, je vois bien qu’Aodren a un grand sourire sur les lèvres. Je n’en comprends pas tellement la raison mais je ne cherche pas à analyser ses comportements. Je repars à ma recherche en songeant avec impatience au contenu dont j’ai besoin pour terminer ma dissertation de Sortilèges.

Worcestershire et ailleurs À l'orée du grand monde Solo
Jeudi 9 avril 2048
Écosse, Highlands
7ème année



La pluie n’a pas cessé de tomber cette nuit. Il pleuvait des cordes, comme on dit. Des hallebardes, comme aimait le répéter grand-père Ernest. Une pluie torrentielle qui obscurcit le monde, qui gèle les os et qui ravive l’odeur de la terre, des champs et de l’herbe. Quand je sors de la maison ce matin-là, le ciel est dégagé de tout nuage mais un air glacial souffle du nord. Une brise qui me force à appeler magiquement ma cape d’hiver malgré le fait que nous soyons au printemps. Un grand ciel bleu s’offre à moi, d’une couleur exceptionnellement claire, comme si la nuit et la pluie, le vent et la tempête avaient nettoyé le monde de toute la crasse dont il était fait. Comme preuve de cette théorie, l'odeur qui m’accompagne pendant que je traverse le champ boueux pour sortir des limites de la protection magique sous laquelle est cachée la maison : une odeur de terre, d’herbe fraîche et de fleurs.

C’est amusant mais le monde ne reflète absolument pas mon état intérieur, ce matin. Il m’était bien plus semblable cette nuit, quand la pluie tombait à flot et que je la regardais à travers la fenêtre de ma chambre pour fuir mes mauvais rêves. La lumière de la lune n’était pas visible derrière les nuages noirs et épais, pourtant je voyais au loin, à la lisière de la forêt, les branches des arbres s’agiter furieusement dans le vent. Le tonnerre rugissait au-dessus de la maison comme une immense bête furieuse et enragée. J’aurais aimé être cachée au cœur de son hurlement pour sentir toute sa force et son énergie. C’est à cet instant précis que je me suis dit qu’il y avait d’autres façons de sentir la force et l’énergie du grondement qui sévit à l’intérieur de ma tête.

Dans mes poches, rien d’autre qu’un livre et ma baguette magique. Mes épaules sont vides et légères : Zikomo reste à la maison, aujourd’hui. Quand il s’est levé, prêt à sauter sur mon épaule pour m’accompagner, j’ai fait un pas en arrière : « Je vais là-bas, » j’ai précisé. Il s’est figé, il avait compris : je ne l’ai jamais emmené là où je vais aujourd’hui.

Les doigts serrés autour de ma baguette magique, je transplane après un dernier regard vers la maison. Celle-ci s’efface brusquement quand le crochet magique s’accroche à mon nombril pour me faire traverser l’espace en malmenant mon corps au passage. La magie me recrache à des miles de là, en Écosse, où j’oscille sur mes jambes tremblantes en m’efforçant de ne pas tomber par terre.

Devant moi s’étire un paysage humide et verdoyant fait de pins et d’une nature sauvage qui se poursuit loin dans l’horizon montagneux. Où que je pose les yeux il n’y a aucune trace de civilisation. Seulement les landes impitoyables des Highlands écossais. Du large plateau rocheux entouré de pentes recouvertes de sapins sur lequel je me trouve, il me suffirait d’étirer les bras pour avoir l’impression de pouvoir serrer contre moi ce paysage si lourd en souvenirs.

Je n’en fais rien. Je me contente d’observer, à deux pas du vide. Je frissonne, il fait bien plus froid ici qu’en Angleterre. Le vent glacial s’agrippe à ma peau et fait rougir le bout de mon nez. Je renifle tristement, comme toujours lorsque je reviens ici. Comme si je devais en passer par là avant de passer aux choses sérieuses, je me retourne pour faire face aux pentes boisées. Je fouille les arbres du regard jusqu’à trouver ce que je cherche : les restes abîmés, déchiquetés, explosés d’un tronc qui avant était un pin aussi beau que les autres. Avant le passage d’une directrice, passionnée, et de son élève, rancunière.

Je me détourne rapidement de ce triste spectacle. Il est très tôt, j’ai encore la journée devant moi mais je sais qu’il ne me faut pas traîner. Aodren reviendra à la maison en milieu d’après-midi. Il ne me reprochera pas mon absence mais je n’ai pas envie qu’il pose trop de questions et qu’il songe à en parler à nos parents. Je vais m’installer au milieu du plateau, les jambes croisées. Je dépose ma baguette sur le sol et à ses côtés, l’ouvrage auquel je rends sa taille d’origine. Je retrouve rapidement la page qui m’intéresse grâce au signet stratégiquement placé.

Un sentiment particulier m’envahit. Je ne me sens pas bien. Je me sens fébrile, mais d’une fébrilité amère. Alors même que je n’ai pas encore commencé, j’entends sa voix qui s’élève sur le Plateau. Si je fermais les yeux, je sais que je pourrais voir son regard sévère et les angles ténébreux de son visage ; c’est pour cela que je les garde ouverts.

« Pratiquer ces magies, c’est puiser dans la noirceur de son cœur, me dit-elle de cet accent particulier que je n’ai retrouvé chez aucune autre femme. La haine, le désespoir, la rage.
— Je sais, je murmure doucement sans prendre garde à mes mots qui se perdent dans le vent, c’est exactement ce que je recherche. Vous le saviez très bien que j’en arriverais là quand vous êtes partie. Ça vous inquiétait pas, alors, de me laisser toute seule…
Tu n’as aucune idée de ce que c’est, de se plonger dans ces études.
— Vraiment ? Vous pensez vraiment que je serais ici si j’avais pas une idée précise de ce que ça fait ? Vous avez jamais réussi à me faire peur, c’est pas aujourd’hui que ça va commencer.
Au début c’est douloureux.
— Comme quand je pense à vous ?
Et puis un jour, on n’y pense même plus. »

Ne plus y penser… J’aimerais que cela m’arrive. Pour vous, cela semblait être une terrible fatalité. Ne plus y penser. Mais pour moi, l’oubli me paraît être d’une douceur exquise. J’étire mon dos en jetant mon regard dans le paysage. Ma voix se mélange au vent. La sienne aussi. Au final, cette discussion est aussi peu tangible que nos moments passés ensemble : une fois vécus, on ne sait plus très bien s’ils ont réellement existés ou s’ils n’étaient qu’une création d’un esprit un peu malade — le mien.

Pour une fois, je n’abandonne pas ces pensées à l’orée de mon esprit comme j’ai l’habitude de le faire. Je les laisse gagner du terrain, prendre de la place dans ma tête. J’attends que la rancoeur s’installe dans ma gorge, qu’elle me fasse froncer les sourcils et qu’elle rende mon souffle plus difficile. Je puise dans ces émotions qui font mal, celles qui nous traversent comme une tempête furieuse, qui nous serrent le cœur, qui nous font serrer le poing. Les émotions brutales et noires comme la nuit, celles qu’il faut aller racler dans les bas-fonds de notre âme.

Obligatoirement, cela fait remonter des choses détestables. En même temps que je récupère la haine qu’elle a laissée en moi, je dois me coltiner et regarder en face l’immense attachement que j’ai pour elle, tous mes espoirs qui existent encore, toute l’admiration, la reconnaissance, les sourires qu’elle a fait naître, la force qu’elle m’a inspirée, l’ambition aussi… Toutes ces choses qui aujourd’hui me permettent de sentir grouiller et flamber dans mon corps une magie que je connais par coeur et qui se déverse dans le moindre pore de ma peau.

J’ai passé dix-huit ans de ma vie à sublimer toutes ces émotions pour frapper dans les murs, pour crier, frapper, pour lancer des sortilèges d’une violence parfois extrême, pour motiver et façonner ma magie. Aujourd’hui, je n’ai aucun mur à frapper et aucun rocher à faire exploser. Je n’ai qu’un grimoire devant moi et un sortilège à lancer. Tout acte de magie noir demande un sacrifice. C’est la première chose que j’ai apprise, il y a très longtemps. Et celui-ci, je suis prête à le payer pour quelques instants de liberté — et pour expérimenter, enfin.

Je ferme les yeux sans chercher à repousser les noirs sentiments qui brouillent mon âme. Je connais par coeur le sortilège que je dois lancer et la façon de le faire. Je connais la gestuelle, la formule, son histoire, son effet, ses conséquences. Je sais tout. Je n’ai pas peur, au contraire. Mon ventre se noue d’anticipation. Ma main qui tient ma baguette est moite. Je n’ai plus envie d’attendre, plus envie de me brider, plus envie de me retenir, plus jamais.

Je me concentre sur vous, entièrement sur vous. Vos terribles yeux glaciaux. Vos lèvres pincées. Votre voix qui sait séduire et frapper. Vos promesses formulées à demi-mots que vous ne tenez pas. Tout ce que vous m’avez fait croire et attendre. Nos beaux souvenirs et les moins beaux ; de toute façon, je ne me souviens plus des instants où vous m’inspiriez des sourires. Je me rappelle des dimanches où vous ne m’avez jamais invitée à boire le thé, de cette nuit où vous m’avez fait comprendre que la seule façon de vous parler était d’avoir une chose intéressante à vous dire ou vous proposer, de vos larmes sur ce même plateau. Je me concentre sur la silhouette qui hante mes cauchemars et sur celle qui me susurre des promesses dans mes rêves.

Je chuchote la formule sur un ton très bas, les mots se perdent dans le vent mais je sens ma magie à l'œuvre. Elle s’écoule dans mon corps jusqu’à mon catalyseur. Il se passe un long moment avant que je décide d’ouvrir les yeux. Lorsque je le fais, je me retrouve face à face avec le paysage. Le soleil illumine les highlands d’une lumière dorée. Des nuages timides s’étirent paresseusement dans le ciel. Je baisse ma baguette et reste ainsi, la main abandonnée sur le genou, le regard braqué sur l’horizon qui resplendit. C’est une journée magnifique, malgré le froid. Une bouffée de bien-être m’envahit : je suis libre, du moins jusqu’à ce soir. Libre de faire ce que je désire. Et ce que je désire c’est passer ma journée à travailler comme je l’entends sans personne pour m’interrompre. Finalement, peu importe si je rentre après le retour d’Aodren.

Je quitte le paysage des yeux pour observer l’ouvrage ouvert devant moi. Je parcoure la page en fronçant légèrement les sourcils. Quelle étrange sensation. Je sais que j’ai utilisé ce sortilège qui permet de tronquer, pour un temps du moins, une partie de sa mémoire mais j’ai beau fouiller ma tête, impossible de me souvenir de ce que j’ai bien pu vouloir effacer. Je me fais confiance, je sais que j’ai mes raisons mais… C’est comme si j’essayais de retrouver une plaie disparue : j’ai encore la sensation de la boursoufflure, l’idée de la douleur, mais je suis incapable de retrouver son emplacement sur mon corps.

Malgré l’étrange sensation, je ressens une fierté qui n’a d’égal que mon envie de recommencer : je viens de lancer mon premier sortilège noir. Je n’ai pas envie de sauter de partout, de hurler ma victoire, de faire quoi que ce soit de ce genre-là. J’ai juste envie d’apprendre, encore. Je me sens apaisée comme je ne l’ai pas été depuis des mois, peut-être depuis des années. Je me sens bien, déterminée, comme si tout à coup la vie était d’une simplicité absolue.


*


Je me redresse brusquement sur le matelas et fouille fiévreusement la pièce du regard. Ma chambre est peuplée d’ombres inconnues. Les frissons dévorent ma peau et j'ai beau écarquiller les yeux, les ombres restent des ombres et je ne comprends pas pourquoi une alarme s'est allumée dans ma tête. Mon cœur résonne dans mes oreilles, je n'ose pas repousser ma couverture. Je me contente de fouiller l'obscurité qui semble s'épaissir. Ma bibliothèque au bout du lit jette une ombre déformée sur le mur du fond. Une ombre qui grandit doucement. Qui s'approche de moi. Je me tapis au fond du lit en proie à une peur qui n'a rien de concret, un effroi auquel ne se rattache aucun souvenir. Une peur bestiale qui s'impose. Je ramène la couverture contre ma poitrine mais cela n'empêche pas l'ombre de prendre de l'ampleur. Elle double de taille. Elle pulse comme un cœur abîmé. Elle s'habille d'une paire d'yeux sombres et étirés en amande qui me darde d'un regard accusateur. Une bouche pâle s'ouvre alors et en sort une voix rauque et cassée, qui susurre qui murmure : idiot. Je frissonne violemment au fond de mon lit, mes membres sont glacés et rigides, j'ai du mal à bouger ; je ne peux que écarquiller les yeux lorsque la silhouette se détache de l'amas d'ombres pour faire un pas dans ma direction. Le parquet gémit sous ses pieds. Idiot. Un râle sort de sa bouche. J'essaie de fermer les yeux mais mes paupières ne me répondent pas. La silhouette se précise. Un visage blafard, des traits asiatiques. Un regard noir et toujours accusateur. Idiot idiot idiot idiot.

Instantanément tout me revient. Le Plateau, le sortilège et les conséquences d'un tel acte de magie noire, la belle journée passée sans me souvenir une seule fois d'elle. Ma voix joyeuse, mes sourires plus affirmés. Mon humour toujours aussi pince-sans-rire mais moins grinçant. La journée se déroule dans mon esprit. Je sais l'avoir vécue, je me souviens du plat de légumes au dîner, du goût des tomates et de la salade, de l'odeur du jardin durant l'apéro, et de la sensation du poil de Zikomo sur ma joue quand nous nous sommes endormis l'un contre l'autre. Je me rappelle la légèreté, la simplicité, les pensées grises et non plus noires comme l'abysse. Je me souviens de ce moment un peu vide, sur le Plateau, quand je regardais autour de moi, capable de me souvenir de l'endroit mais sans que ce soit pour autant possible de visionner les souvenirs associés. Pouvoir me souvenir du sortilège lancé... Sans savoir ce qu'il m'a permis d'oublier. Comme un trou dans mon esprit et dans mon âme ; une sensation étrange qui me permettait de respirer plus simplement que ces dix derniers mois.

Et maintenant, je me souviens de tout. Tout, avec une force décuplée. Je me roule en boule dans mes draps, les bras serrés autour de mes jambes. Sur l’écran de mes paupières fermées se dessine le visage que j’ai oublié pendant quelques heures. Il est plus clair que jamais, ce visage, avec ses yeux bleus, ses pommettes saillantes, ses joues creuses. Merlin, j’aimerais tellement qu’elle soit là. Les tremblements de mes membres s’affirment, comme si je n’avais plus le contrôle sur eux. Je ferme les yeux très fort et enfonce les doigts dans ma peau mais rien y fait, l’image est encore là, elle se tord et se transforme, elle prend de l’ampleur et remplit toute ma tête de souvenirs qui ont une texture tellement réelle que j’ai l’impression d’y être encore, dans ce bureau directorial, devant le tableau de l’Ombre de la mort, sur le Plateau.

Les images se superposent les unes aux autres, toujours plus nombreuses. Je sens un mouvement dans mon dos. Zikomo. J’aimerais ouvrir les bras, me retourner et le serrer contre moi, mais je n’y arrive pas, je ne contrôle plus mon corps et mes larmes mouillent l’oreiller sous ma joue. Les griffes du Mngwi s’enfoncent dans les draps quand il escalade mon corps jusqu’à mon oreille. Viens, Zikomo, s’il-te-plait, arrache moi à ces images ! « J’en ai marre, Aelle. » S’il-te-plaît, force-moi à ouvrir les yeux. La silhouette sous mes paupières s’avance vers moi, son regard bleu me perfore l’âme, je ne sais plus si j’ai envie de la fuir ou de l’attraper pour ne plus jamais la laisser partir. « J’en ai assez de toujours te suivre partout, de vous supporter, toi et ton immaturité, » poursuit Zikomo. Sa voix est froide comme elle ne l’a jamais été. J’ai l’impression de mériter ce qu’il dit sans savoir pourquoi. « Tu es pathétique. » Et il continue de m’accabler de paroles, des chuchotements lancés au creux de mon oreille qui remplacent tout ce qu’il m’a dit auparavant. J’oublie son amitié, son amour, sa gentillesse, ses conseils, sa présence pour ne garder en tête que ces chuchotements amers et la sensation persistante qu’il va partir lui aussi, qu’il va partir comme elle l’a fait, et que je resterais complètement seule. La terreur me paralyse.

Ce n’est que lorsque je me redresse en sursaut sur mon lit, le corps recouvert d’une couche de sueur glacée, que je prends conscience que j’étais en train de faire un cauchemar et que mon visage est recouvert de traces de larmes. J’ai beau résister à l’envie de me rendormir, je finis toujours par fermer les yeux et me réveiller quelques heures plus tard en tremblant, un cri au bord des lèvres, l’esprit plein de cauchemars. Impossible d’y échapper. La nuit s’écoule lentement, j’ai le temps de subir chaque minute, chaque heure des horreurs dont m’abreuve mon esprit. Il s’amuse à récupérer mes souvenirs les plus heureux, et ils sont rares, et à les transformer en quelque chose de très laid.

Lorsqu’au petit matin je parviens enfin à ouvrir les yeux et à ne pas les refermer, je me sens plus épuisée qu’en me couchant hier soir. Je suis incapable de quitter la sécurité de mes draps tellement les cauchemars semblaient réels. J’ai peur de croiser Zikomo dans la maison et de l’entendre me dire qu’il n’a plus envie de rester avec moi. J’ai peur que Narym arrive et me dise qu’il me déteste. J’ai peur de recevoir un hibou de Gabryel me disant qu’il a réfléchi et qu’il s’est rendu compte qu’il m’a dit des bêtises : il ne m’a jamais aimé. J’ai peur que les cauchemars soient en fait la réalité ; comment savoir si ce n’est pas le cas, comment savoir qui je suis de la Aelle dans son lit ou de celle qui a vécu toutes ces images, tous ces abandons ? Comment savoir si je suis bien réveillée et si je ne vais à un moment me redresser en sursaut dans mon lit en découvrant que rien n’était vrai ?

Ce matin, j’ai peur de me lever. Alors je reste roulée en boule sous mes draps en tremblant sans pouvoir me persuader que je suis vraiment réveillée.

Worcestershire et ailleurs À l'orée du grand monde Solo
Nuit du vendredi 10 au samedi 11 avril 2048
Domaine Bristyle — Worcestershire
7ème année



Je pose une main sur le plan de travail lorsque je rentre dans la cuisine. Les meubles sont camouflés au sein de l’obscurité. Par la fenêtre, le faible éclat d’un croissant de lune sort timidement de derrière un nuage. Le rayon éclaire un bout de comptoir d’une lueur blafarde. Je me hisse sur le meuble et laisse pendre mes jambes contre la porte du placard. Les rideaux de la grande fenêtre de la cuisine ne sont pas fermés. Derrière la vitre sont habituellement discernables les arbres au loin et l’herbe de notre terrain. Mais la seule chose que je vois actuellement, c’est mon propre reflet qui est aussi blafard que le rayon qui fait une forme bizarre sur mon pyjama. Je croise les mains sur mes genoux, attristée par ce paysage qui n’en est pas réellement un.

Même loin de ma chambre, mes cauchemars me poursuivent. Je pensais que dans la cuisine ils me laisseraient en paix. C’est un lieu neutre, la cuisine. Elle est remplie par les souvenirs de mon enfance. Je revois Zakary se tenir là, dans le coin, sa baguette à la main et une poêle plein de légumes dans l’autre. Et maman ici, qui lève le bras pour récupère le bocal de bonbons dont elle raffole. Ces souvenirs ne me font aucun bien, ils ne m’apportent pas de réconfort. La vérité, c’est que cette cuisine me parait glauque, ainsi plongée dans la lumière glaciale de la nuit. La maison ne fait aucun bruit. Aucun craquement, aucun murmure. Il n’y a que moi ici, que moi dans le monde. Dans mon dos, le vide du salon me parait immense. Quand j’étais petite, j’avais peur que des monstres se cachent dans les points morts de ma vision, surtout la nuit. Maintenant, je sais que ce ne sont pas des monstres. C’est bien plus effrayant. Ce sont des souvenirs qui sont là, des souvenirs qui ont le goût de la solitude alors qu’ils sont tous faits de bruits et des nombreux membres de ma famille.

Mes yeux me piquent. Oh, ce ne sont pas des larmes, ce n’est que la fatigue. Elle pèse sur mon crâne, me brûle les yeux et rend mes mouvements maladroits. Aujourd’hui, je me suis blessée en lançant un sortilège. C’est idiot, hein ? Sur le plateau, je me suis blessée en voulant faire exploser un arbre. Banal. Pathétiquement banal. Mais je n’ai pas dormi la nuit dernière et ce soir le sommeil ne veut pas de moi. Ce ne serait pas le premier. Parfois, je ne comprends pas pourquoi les gens me fuient. Je ne comprends pas, parce que je suis intelligente et que j’ai toujours des dizaines de sujets intéressants à soulever, discuter avec moi doit être passionnant. Le problème, ce n’est pas moi, ce sont les autres. Les autres sont si peu intéressants. Et tous ceux qui pourraient m’apporter des choses s’enfuient loin de moi en laissant des énigmes derrière elle.

J’ai passé une partie de la journée à prendre des notes sur mes cauchemars de la nuit dernière. Je ne sais toujours pas si je dois être fascinée par ces mauvais rêves qui m’ont été imposés par la magie ou si je dois en avoir peur. J’ai peur de ces cauchemars. Mais j’ai aimé la sensation de l’oubli. L’oubli ce n’est pas le vide, ce n’est pas vrai. L’oubli c’est le bonheur. C’est la délivrance. La délivrance, ce soir, me permettrait de m’endormir et de me réveiller avec la sensation que tout va bien dans ma vie.

J’échange un regard avec mon reflet dans la vitre. Juste un sortilège, lancé discrètement avant d’aller me coucher. Je sais comment ça marche, maintenant. Je sais que—

« Qu’est-ce que tu fais là ? »

Un craquement résonne dans ma nuque quand je me retourne, le cœur battant. Mes yeux écarquillés croisent ceux, las et fatigués, de maman. Je m’expulse aussitôt du plan de travail sur lequel j’étais assise. Maman hausse les épaules. Je me recule dans un coin lorsqu’elle s’avance vers l’évier pour se servir un verre d’eau. Le silence est toujours épais mais il est désormais dérangé par le bruit de mon coeur qui résonne trop fort. Pourquoi je ne l'ai pas entendu descendre les escaliers ?

J'observe maman à la dérobée. Ses épaules bien droites sous sa robe de chambre, ses mèches courtes en bataille, sa longue main étroite et pâle quand elle porte le verre à sa bouche. La lune la nimbe d’une lueur mystérieuse. Je me souviens tout à coup que lorsque j’étais enfant, j’adorais la regarder, cette mère. Je la trouvais fantastique et mystérieuse. Je la trouvais magnifique. Mais ce n’est plus qu’une vieille dame, désormais, avec des mèches grises dans les cheveux et aux coins des yeux de longues rides qui se voient même quand elle ne sourit pas. C’est une femme qui ne m’a quasiment pas adressé une parole de la semaine car elle est bourrée de rancœurs. Des rancœurs qui la rendent plus vieille et qui me font pitié. Parce qu’il y a tellement de choses plus importantes dans la vie. Mais elle, elle est pleine de rancœur et elle m’adresse des regards noirs dès qu’elle en a l’occasion.

Le bruit du verre posé au fond de l’évier m’arrache à mes pensées. J’agrippe le meuble derrière moi quand maman se retourne. Lorsque nos regards se croisent, j'ai l'impression qu'elle a accès à toutes mes pensées. Comme si elle pouvait les deviner. Ses lèvres se pincent. Parfois, quand on regarde quelqu’un dans les yeux, le temps devient très long. Même quand il ne se passe en réalité qu’une seconde. C’est ce qui arrive, là. Son regard si semblable au mien, ses yeux en amande qui semblent être faits pour la colère. Le temps se suspend. Pendant une fraction de seconde il n’existe plus que cela : ce regard, cette cuisine lugubre et toute la déception que m'inspire cette femme qui est ma mère.

Je ne sais pas depuis combien de temps elle m’inspire cela. Quand je la regarde, j’ai envie de crier. Je ne supporte rien d’elle. Je ne supporte pas la façon dont ses sourcils se froncent, je ne supporte pas sa voix légèrement grave qui oscille quand elle prend un ton amusé. Je ne supporte plus son profil sévère, ses mèches qui lui retombent parfois dans les yeux. Je ne supporte pas les rides qui parsèment son visage, son nez fin exactement comme celui de Narym quand elle dresse le menton. Je ne supporte pas de voir ses longues mains se lier à celles de papa, je déteste comme ses lèvres s’étirent en un léger sourire qui ne se reflète pas dans ses yeux. Je n’aime pas remarquer qu’elle est belle quand elle ne sourit pas, qu’elle est impressionnante quand elle vous plante son regard dessus, qu’elle m’intimide quand elle rit aux éclats en levant la tête vers le ciel. Je déteste les inflexions de sa voix quand elle sévit, la force de ses ordres et la peur qu’elle peut inspirer à ses enfants quand elle garde le silence. Je déteste toutes ces choses, je les détestais hier et je les déteste encore aujourd’hui, alors que nous échangeons un regard long comme le monde dans une cuisine éclairée par un unique et faible rayon de lune.

Elle aurait dû se détourner depuis un moment mais elle n’en fait rien. Et moi non plus je n’en fais rien, même si je sens que mes lèvres se courbent vers le bas, comme à chaque fois qu’une chose me déplaît.

« Qu’est-ce que tu fais là, Aelle ? » répète-t-elle plus doucement.

Elle est grande, maman. Même là, je le remarque. Plantée contre l’évier, les bras croisés sur la poitrine, toujours aussi impressionnante même quand elle porte une robe de chambre avec pas grand chose dessous. Je la connais par coeur, ma mère. Mais ce soir, elle a l’air d'une inconnue. Que pourrais-je lui dire ? Elle ne sait rien de moi. Je ne veux pas lui parler et je ne veux pas qu’elle me parle. Repars à ta vie et tes affaires, maman, je sais que ça t’intéresse bien plus que moi.

« Tu n’arrives pas à dormir ?
Qu’est-ce que ça peut te faire ? »

Maman ne supporte pas l’insolence. Nos regards se croisent une nouvelle fois d’un bout à l’autre de la cuisine. À sa place, papa aurait exprimé tellement plus de choses. Mais elle ne dit rien, son visage ne raconte rien. Ses sourcils ne se froncent même pas. Elle a un visage tellement neutre que ce serait la même chose si elle n’était pas là. Mais elle est bien là et elle me regarde comme elle ne l’a pas fait depuis des jours, peut-être même des semaines, des mois. Quand était-ce la dernière fois qu’elle m’a regardé ainsi, sans se détourner ? Qu’est-ce qu’elle veut, bordel ?

« Qu’est-ce qu’il y a ? » je demande sur ce ton un peu revêche qui nous vient quand on se sent trop observé et que l'on n'aime pas ça.

Son regard me dérange, je ne le supporte pas non plus. Je fronce les sourcils et tourne les yeux vers les escaliers, là-bas. La maison est plongée dans le silence et l’obscurité. Rien ne nous dérangera, rien ne va nous interrompre. Je pourrais m’en aller mais je me sens prise au piège. J’éprouve un malaise en comprenant que je préfère toujours ça à la nuit qui m’attend là-haut, dans ma chambre.

Maman décroise les bras et pose ses mains sur l’évier, les coudes en arrière. Elle n’arrête pas de me regarder. Quand je remarque que cette position est exactement la même que la mienne, je ramène mes bras dans un geste instinctif pour les croiser sur ma poitrine.

« Est-ce que tu es heureuse, Aelle ? »

Un sourcil se lève sur mon front. Pardon ?

« Tu me poses cette question à deux heures du mat’ quand on se croise dans la cuisine, sérieux ?
Tu voudrais que je te la pose quand ? Pendant les vingt minutes que durent le repas, avant que tu n’ailles t’enfermer dans ta chambre ? »

Son visage laisse enfin entrevoir quelque chose qui me fait jubiler. De la colère. Je réponds au tac au tac :

« C’est sûr que t’as été tellement occupée à ignorer ta fille cette semaine que t’as pas trop eu l'occasion de lui demander si elle était heureuse, hein. »

Même moi je peux entendre toute la rancœur qui se cache dans cette phrase. Je regrette de l’avoir prononcée au moment où je termine de le faire. C’est l’air de maman qui me le fait regretter. C’est cet air que je devais avoir sur le visage tout à l’heure quand je la regardais pendant qu’elle buvait : un regard de déception et de pitié. Je reçois un grand coup dans le cœur, l’un de ceux qui font très mal et qui ne s’oublient pas.

Pour la première fois, au lieu d’éprouver de la tristesse comme on en ressent toujours quand on déçoit ceux qu’on aime, c’est une grande colère qui s’ouvre en moi. Une colère familière. C'est une vieille amie, je la connais par coeur, elle me réconforte, elle me fait du bien. Elle est fidèle, elle : elle ne part pas, elle ne me laisse pas.

« Je crois que tu préfères que je t’ignore plutôt que je t’accorde trop d’attention, Aelle. J’ai tort ? »

Ça me dérange qu’elle voit si clair en moi. Et qu’elle accepte la situation si facilement. Elle ne parle même pas avec colère. Avant, elle était toujours en colère contre moi. Elle était en colère parce que je n'agissais pas comme elle le voulait, elle était en colère parce que j’étais vulgaire et insolente, parce que je criais sur mes frères ou sur papa, parce que je me plaignais de devoir passer du temps avec eux. Quand elle était en colère, je comprenais qu’elle faisait attention à moi et que mon comportement lui déplaisait. Maintenant, ça ne lui fait plus rien. Et ça me met hors de moi. Je déteste ça parce que j’aurais voulu lui inspirer de la colère, pas de l'indifférence.

Je m’arrache au plan de travail et à son regard que je ne supporte plus. J’abandonne le rayon de lune derrière moi et ma peur de la nuit. J’ai envie de retourner dans ma chambre et de ne plus jamais en ressortir.

« Je vais me coucher. »

Entendre : « Tu me saoules, j’ai plus envie de rester là avec toi, surtout si c’est pour que tu me parles comme ça ». Et je crois qu’elle comprend très bien ce que je suis en train de le dire, même si je ne le dis pas en ces termes-là.

« Quand est-ce que tu vas arrêter de faire ça ? »

J’ai déjà quitté la cuisine quand sa voix me parvient. Je m’immobilise pour la regarder par-dessus le bar. Sa main lui cache la moitié de la bouche, son coude repose sur son bras replié sur le ventre. C’est un murmure qui est sorti de sa bouche, pas une question pleine de confiance et de défiance. Ce murmure-là, moi, je ne le comprends pas.

« De quoi ? demandé-je malgré moi, persuadée que je vais détester la réponse.
De fuir. »

Effectivement, je la déteste. Je ne sais pas si elle parle de mon comportement ce soir ou de mes silences qui durent depuis plusieurs années. Parle-t-elle du fait que je n’ai jamais voulu leur dire ce qui n’allait pas l’été dernier ou de mes réponses évasives à toutes leurs questions ?

« C’est ce que tu fais toujours, » murmure-t-elle dans le silence de la nuit. Sa main passe de sa bouche à sa nuque et s’arrête là. « Quand ça se complique un peu, tu fuis et tu accuses les autres d’être responsables. Non, non, ne dis rien. »

Je referme la bouche, coupée en plein élan.

« Tu dois juste prendre conscience que tu ne résoudras jamais rien comme ça. Tu vas tout foutre en l’air. »

Elle me dit ça en me regardant droit dans les yeux. Ces mots exacts, avec la vulgarité en plein milieu, comme si je n’étais pas sa fille mais une personne qu’elle cherchait à mettre en garde. Elle me dit cette phrase et juste après, ses lèvres s’étirent en un léger sourire qui n’a rien d’heureux. C’est un sourire triste comme elle n’en a jamais fait. C’est ma mère. Elle ne peut pas être triste, non ? Ce sont les enfants qui sont tristes, pas les parents. Mais elle a un sourire triste et de suite après elle s’éloigne à son tour du plan de travail. Elle nettoie son verre d’un coup de baguette magique et passe à côté de moi pour rejoindre les escaliers. Sa robe de chambre effleure mes bras nus.

« Bonne nuit, Ely. »

Je ne me retourne pas pour la regarder quitter le salon. Ça doit faire plus de trois ans qu’elle n’a pas utilisé mon surnom.
Dernière modification par Aelle Bristyle le 6 oct. 2023, 19:24, modifié 1 fois.

Worcestershire et ailleurs À l'orée du grand monde Solo
Dimanche 12 avril 2048
Quai 9¾ — Londres
7ème année



« Attends, Aelle ! »

Je m’immobilise sur le marche-pied du wagon. D’un coup de baguette, j’envoie ma valise un peu plus loin pour qu’elle ne dérange pas les autres élèves. Puis je lâche la barre de sécurité et redescends sur le quai en soupirant, lançant un regard interrogateur à papa auquel je viens de dire au revoir.

Je n’ai pas tellement eu le choix. Je pensais repartir comme je suis venue : toute seule. Mais papa m’a dit hier soir qu’il m’accompagnait et Aodren a voulu venir aussi. Natanaël étant de service, il s’est abstenu. Mais Zakary et Narym sont aussi là. Ce sont des grands hommes trentenaires qui ont un travail et une vie bien à eux. Qu’est-ce qu’ils foutent là à accompagner leur sœur prendre leur train ? Je ne leur ai même pas demandé de venir ! C’est quoi cette persistance à poursuivre des traditions idiotes qui n’importent plus à personne ? Ok, ils ont toujours accompagné mes frères pour tous leurs trajets à Poudlard, chaque retour, chaque départ, tout le temps, depuis des années. Ils sont incapables de réfléchir d’eux-même et de décider que ça ne leur apporte rien, ou quoi ? Au moins, maman est sincère, elle. Elle m’a fait ses adieux hier soir sans même me sortir une excuse pour expliquer son absence aujourd'hui.

Je m’approche de papa, bien forcée de laisser ma place aux autres élèves voulant monter dans le wagon. Dans mes pensées, je suis déjà loin. Je me demande si je vais pouvoir trouver un compartiment vide et si j’aurais suffisamment de calme pour étudier durant le trajet. Je prépare mentalement les fiches que je vais ressortir : sûrement celles de Botanique et de Potions puisque je commence par ça demain.

« Quoi, papa ? » je lui demande sur un ton un peu agacé.

Mes frères se rapprochent de nous. Nous formons une belle petite famille — j’ai envie de monter dans ce foutu train et de les laisser derrière moi.

« Je viens de penser… Tu pars mercredi, n’est-ce pas ? »

Je comprends instantanément de quoi il parle. Il n’y a rien qu’à voir l’air réjouit de mes frères pour le comprendre.

« Oui, le quinze, » réponds-je rapidement en regardant l’entrée du wagon par-dessus son épaule. Est-ce Jones que je viens de voir monter ? Pas lui, pitié ! « Pourquoi ?
Je pensais qu’on aurait pu venir te voir avant ton départ. »

Voilà qui a le mérite de concentrer toute mon attention sur lui. Je lui jette un regard éberlué.

« Pour quoi faire ? » m’exclamé-je en fronçant les sourcils.

Je pars à Uagadou dans exactement trois jours. On est en train de se dire au revoir, là. Pourquoi voudrait-il perdre son temps à traverser le pays pour venir me voir avant mon voyage alors qu’on vient de passer une semaine ensemble ?

« Oh bah oui, pourquoi papa voudrait venir te voir avant que tu partes dix jours à l’étranger ? » ironise Zakary en levant les yeux au ciel.

Je tourne brièvement les yeux vers lui sans comprendre. Qu’est-ce qu’il y a de drôle ? Narym enfonce son coude dans ses côtes en me jetant un regard d’excuse. Aodren s’avance à côté de papa, la main sur son épaule.

« Ce serait trop bien ! Je pourrais revoir des gens ! Y’a des Serpentard dans le lot, non ? Nerrah et…
Non mais c’est bon, ça sert à rien ! On est en train de se dire au-revoir, là, aucun intérêt que vous veniez. »

Aodren perd son sourire. Je l’ignore, c’est pas comme s’il avait beaucoup d’amis parmi les élèves AMICO qui seront sur le quai mercredi prochain. Et de toute façon, je n'ai aucune envie qu’il parle à Nerrah ou qu’il pointe son nez là-bas alors que c’est moi qui part à Uagadou. Merlin, je viens de passer une semaine avec eux ! Pourquoi veulent-ils me poursuivre jusqu’à Poudlard ?

« Tu es intelligente Aelle, intervient encore une fois Zakary en me foudroyant du regard, mais la plupart du temps tu ne comprends vraiment rien à rien. Allez, reste dans ton coin, éclate-toi à Poudlard. »

Et il fait demi-tour pour s’éloigner de la foule.

« C’est quoi son problème ? rugis-je avec un mouvement d’humeur en le regardant partir ; j’ai mal au ventre en me rappelant qu’à une époque nous étions complices, lui et moi.
Ce n’est pas grave, Aelle, fait alors papa en esquissant un pâle sourire. Si tu ne veux pas qu’on vienne on ne viendra pas.
Bah non je veux pas, je suis capable de monter dans un train toute seule ! »

Ça me semble tellement logique que je me sens bête de leur préciser, surtout quand les lèvres de papa s’incurvent vers le bas, que Narym fronce les sourcils et qu’Aodren soupire en baissant les yeux. C’est facile de comprendre que je ne réagis pas comme ils le voudraient mais je me fiche de ce qu’ils souhaitent et de ce qu’ils attendent de moi. J’ai juste envie de poursuivre ma vie sans qu’on cherche sans cesse à m’imposer des trucs.

Maintenant, le festival des au-revoir peut recommencer, génial. Et je suis quasiment sûre que Jones est rentré dans le wagon et qu’il a pris le seul compartiment disponible, juste pour me prendre la tête.

Aodren lève la main dans ma direction, un sourire hésitant aux lèvres.

« Bon bah, à plus… On se verra peut-être à Pré-au-Lard. Tu nous raconteras pour Uagadou. »

Il ne me laisse pas le temps de répondre, il fait demi-tour pour aller rejoindre Zakary un peu plus loin et papa prend sa place. Enfin, il essaie, sans trop de réussite. Il reste planté devant moi et je me demande pourquoi il ne réduit pas l’espace entre nous comme il le faisant toujours avant, sans me demander mon avis, pour me dire au-revoir. Même si les étreintes étaient toujours plus courtes que celles qu’il donnaient à mes frères parce qu’il sait que je n’aime pas cela. Mais là, rien. Il reste planté là et j’ai peur pendant un moment qu’il me propose de lui serrer la main. Mais non. Un regard, un sourire triste qui me donne envie de hurler et qui me tord le ventre bien plus efficacement que celui de maman. Puis c’est à Narym de me répéter ce qu’il m’a déjà dit tout à l’heure :

« On s’écrit ?
Ouais. »

C’est le seul qui se contente de ce que j’ai à lui offrir sans s’en plaindre. Il me sourit avec la douceur qui le caractérise avant de me saluer d’un geste du menton. Juste avant qu’ils disparaissent dans la foule, papa m’offre une dernière phrase bateau me souhaitant de profiter de mes découvertes, de mes voyages, de vivre de beaux moments. Je ne sais pas pourquoi mais cela me parait vide de sens. C’est à peine si je lui jette un regard avant de monter dans le wagon qui me ramènera à Poudlard.

— Fin —