Définir la colère Áine Lydon

Dimanche 3 mars 2048
15 heures
@Áine Lydon


Un dimanche, il n’y a pas trente options quand le soleil envoie ses premières éclaircies. Le parc est le premier choix de nombreux élèves, mais depuis hier, y retourner m’est étrangement impensable. Les images tournent en boucle, les sorts, les cris, les mots ; rien ne se digère. Je me dirige en direction du pont qui mène au Cromlech, sans savoir pourquoi, sans savoir ce qui m’y attire. Je me dis que lorsque j’y serai, à partir de là seulement, j’aviserai.

Mes mains, dans les poches de mon sweat noir, se croisent et je prends conscience que je n’ai pas pris ma baguette. Je fronce les sourcils, fixe la fontaine devant moi et lève la tête vers les statues de phénix, comme s’ils allaient m’offrir la réponse : continuer ou rentrer la récupérer ? Je soupire, acceptant à contre-coeur de redescendre tous les escaliers pour rejoindre mes dortoirs, et commence à rebrousser chemin. J’ai à peine fait deux pas lorsque j’aperçois, près des arches et assise à lire un livre : Miss Lydon. Mon pas s’arrête net et il m’est impossible de ne pas la fixer. J’ai beau m’en rendre compte, je suis figé.

Vous avez dû l'étudier en histoire de la magie : Albus Dumbledore.

Les phrases de Valerion me reviennent en tête alors que je fixe celle qui enseigne la matière mentionnée hier. La matière qui contient l’histoire, la connaissance, les informations et les réponses. Je retourne la tête vers les phénix, comme si, cette fois, c’était le moment pour m’offrir une vraie réponse : aller chercher ma baguette ou m’adresser à ma professeure ?

En revanche ce que vous n'avez pas dû étudier c'est qu'il avait une petite soeur qui était une obscu...

En effet, je ne l’ai pas étudié, et la source d’informations est juste là, devant moi, à quelques mètres. Je pourrais m’avancer, demander si à tout hasard, on allait étudier la sœur de Dumbledore en cours. Si elle me répond que oui, je peux la remercier, partir, et attendre que le cours arrive. Si elle répond que non… Je soupire, agacé. Mes mains cherchent instinctivement ma baguette qui n’est évidemment pas là. Au moins, je serai à l’abri de lancer des sorts sur tous mes profs lorsqu’ils m’agacent. Quoique je doute que Lydon ait la même approche pédagogique que Valerion. C’est quoi son approche d’ailleurs ? Lire ?

Cela fait bien cinq minutes que je suis figé là, sur un pas qui n’avance plus, et voilà qu’une solution me vient. Je marche, redémarre la cadence lente mais décidée. Mes poings sont serrés dans ma poche centrale pour me donner de la force. Je marche, il me reste quatre mètres. Juste quatre. Et ma trajectoire dévie vers la droite, mais je continue d’avancer. Je m’assieds sur le même petit muret qu’elle, mais à trois mètres d’elle. Super. Cela va bien m’avancer pour démarrer une conversation. Je penche la tête pour tenter de déchiffrer ce qu’elle lit. Je me lance le pari que si le livre semble l’ennuyer, j’irai lui parler. Mais on ne voit rien à travers ses lunettes et avec mon angle de vue ! Peut-être qu’en regardant une trentaine de fois dans sa direction, son radar s’activera et elle sera agacée de voir cette tâche noire bouger sans arrêt vers elle ? Peut-être que si je lance quelques cailloux, elle me demandera d’arrêter et je pourrai enchaîner en lui demandant de me dire tout ce qu’elle sait sur la sœur de Dumbledore ?

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Définir la colère Áine Lydon
Le printemps commençait gentiment à arriver, c'était d'ailleurs ce qui avait poussé Áine à sortir un peu ce dimanche-là, profiter d'un rayon de soleil pour lire un bout. Fuyant l'agitation adolescente, la jeune femme avait jeté son dévolu sur un muret de la cour de la tour de l'horloge. Quelques marmots passaient régulièrement et plus ou moins bruyamment, mais globalement, la jeune professeure n'avait pas eu de mal à suivre les aventures de Tom Fly, le super Auror qui résolvait des enquêtes.

Pourtant, alors que Tom était en plein interrogatoire plus ou moins musclé, un mouvement attira l'attention d'Áine. Sans quitter des yeux les pages de son livre, elle perçu un mouvement non loin d'elle. Un élève semblait s'être installé sur le même muret. La cour était grande pourtant, mais cela n'inquiéta pas la jeune professeure qui reprit sa lecture comme si de rien n'était. Du moins les premiers mots, car elle sentit très vite le regard de la silhouette peser sur elle. Manifestement, ce n'était pas un hasard si cet élève s'était installé là. Peut-être n'osait-il pas l'approcher ? ou alors elle se faisait des films et il vaquait simplement à ses occupations ? L'air de rien, la jeune femme fit semblant de se replacer, croisant une jambe et tournant légèrement son corps vers la silhouette. Là, elle percevait mieux du coin de l’œil ce qu'il se passait. C'était un jeune garçon, probablement un premier ou deuxième année, à vue de nez, difficile à dire sans regarder frontalement. Mais en même temps elle ne souhaitait pas lui faire peur, ou le perturber s'il était simplement là pour... être là. Peut-être qu'il profitait juste du soleil lui aussi, tiens ?

Áine s'ébroua mentalement, Tom Fly l'attendait pour poursuivre son aventure, si le garçon avait voulu lui parler, il l'aurait fait directement. Après tout, elle ne mangeait personne. La jeune femme replongea alors distraitement dans sa lecture, mais quand elle eu relu la même phrase pour la cinquième fois sans en retenir les mots ni en comprendre le sens, la curieuse n'y tint plus. Elle leva rapidement la tête vers le garçon. Elle le reconnaissait maintenant, c'était le petit Lukas Sharp, de... Poufsouffle, non ? Enfin, le premier année était bel et bien sur ce muret, à quelques mètres d'elle. Si leurs regards se croisaient, elle lui sourirait gentiment. C'était un élève dans la moyenne mais plutôt agréable en classe, si elle se souvenait bien.

Décidant de briser la glace, la situation mettant légèrement mal à l'aise la jeune femme, sans trop qu'elle puisse savoir pourquoi, elle lança chaleureusement à l'adresse du garçon :
- Bonne après-midi ! Vous cherchiez la solitude, mr ?
Clair, net et précis, au moins elle serait rapidement fixée et Tom pourrait bientôt reprendre ses aventures !

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Le regard posé sur mes pieds qui se balancent, en pleine réflexion et élaboration d’un plan d’attaque, je ne peux qu’être surpris lorsque j’entends la voix de celle que j’épie. J’ai eu beau m’être préparé à ce que la discussion s’enclenche naturellement, le coup reçu dans mon estomac m’annonce que l’échange a commencé. Je tourne la tête immédiatement vers elle, puis vérifie derrière moi que c’est bien à moi qu’elle s’adresse. Pas d’autres élèves aux alentours. Je le sais, mais j’ai besoin de tourner la tête, davantage pour cacher mes joues rougies que pour m’assurer d’être son réel interlocuteur. Je lui souris, puis réfléchis enfin à sa question.

Ces derniers temps, il est vrai que la solitude est le nom qui peut me qualifier facilement, mais plus à cet instant. Alors que j’observe son regard curieux à travers ses lunettes, je sens le rythme de mes pieds qui s’accélère. Je reviens à eux, tente de leur ordonner de se calmer et secoue la tête en guise de réponse à ma professeure. Le son ne sort pas et je m’insurge intérieurement de ne pas réussir à saisir l’opportunité de lui parler. C’est peut-être finalement plus simple lorsqu’on me donne des coups derrière la tête ; là au moins, les mots sortent sous la colère. Son livre tenu entre ses doigts attire mon regard et je vois là une corde de sortie.

— Est-ce que vous connaissez un livre sur Dumbledore ?, demandé-je en pointant du menton son livre.

Je sais ma question large. Je sais aussi que des livres sur Dumbledore, il en existe sûrement des centaines, voire des milliers, mais je refuse de donner davantage d’indices. Je dois l’aiguiller, l’emmener ailleurs pour arriver par hasard sur ce le sujet qui m’intéresse.

— Sur sa famille, je veux dire. Je m’empresse d’ajouter cette information qui va pourtant à l’encontre de mes pensées précédentes, en passant une main derrière ma nuque. L’angoisse qu’elle voie déjà clair dans mon jeu me prend et je baisse à nouveau les yeux vers mes jambes qui tentent de me soutenir. Hors de question de lui donner l’opportunité de lire dans mon regard, même à trois mètres de moi.

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Définir la colère Áine Lydon
Le garçon semblait surpris d'avoir été hélé, manifestement Áine s'était fait des idées. Quoi qu'il semblait avoir beaucoup de mal à s'exprimer et présentait quelques signes étonnnants de stress... Elle n'avait pourtant pas l'air d'une Trollesse, elle s'était coiffée ce matin, non ? Finalement, après un coup d’œil sur le roman d'Áine, une question tomba, légèrement déroutante. La jeune femme leva et fronça les sourcils, surprise.

- Eh bien... réfléchit-elle en refermant l'ouvrage qu'elle tenait, oui, je devrais pouvoir vous aiguiller un peu... Vous cherchez une information particulière ?

Pour un garçon de l'âge du jeune Sharp, l'intérêt pour Dumbledore n'était pas très étonnant : c'était un grand sorcier qui avait dû marquer au mieux les parents de ce jeune homme, au pire ses arrières grands-parents et très sûrement ses grands-parents. Il avait dû en entendre un peu parler s'il était d'origine sorcière. Mais des questionnements sur la famille même de ce grand sorcier, voilà qui était généralement un peu plus étonnant. Bien qu'il fut relativement connu que le père était allé en prison, que le frère avait tenu la taverne de la Tête de Sanglier et avait d'ailleurs aidé des élèves de Poudlard à fuir avant la bataille de Poudlard, voire enfin qu'il avait eu une jeune sœur malade, généralement ces détails se perdaient facilement pour se concentrer plutôt sur les exploits du mage et l'adoration que beaucoup de sorciers lui vouaient. C'en était d'ailleurs presque à se demander si certains ne parlaient pas plus volontiers des caleçons de Dumbledore plutôt que de ceux de Merlin.

Mais plus curieux encore que la question ciblée, c'était le trouble dans lequel cela paraissait mettre l'enfant. Il devenait plus que probable qu'il avait une idée derrière la tête, pourtant Áine n'avait absolument aucune once d'idée de ce qui pouvait ainsi le faire tergiverser. Peut-être était-il lui même de la famille éloigné du mage ? ou encore qu'il cherchait à trouver un lien avec sa propre famille ? C'était un peu tiré par les cheveux, mais la curiosité grandissante d'Áine n'avait pour le moment aucune meilleure hypothèse à proposer. Si ce n'était qu'elle était à peu près certaine à présent qu'il n'était pas venu s'asseoir ici par hasard.

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Il existe toujours un moment dans une discussion où la parole nous revient. Il n'est plus possible d'être un simple spectateur, de profiter du luxe d'observer la personne qui s'évertue à offrir ses mots sans relâche, et où le bâton de parole nous est tendu. Je pensais naïvement que ce bâton que je venais de lui tendre allait être conservé un temps, qu'il ne me serait pas rendu si vite et que moi aussi, je pourrais profiter du luxe de l'écouter parler de n'importe quel livre. Je pensais qu'il me suffirait d'attendre que l'information tant attendue ne tombe, que je la recueille et parte en silence. Sauf que voilà, Miss Lydon avait posé une question qui, pourtant évidente, m'obligeait à réfléchir.

Je ne sais pas où l'emmener sans l'emmener où je ne veux pas l'emmener. Je ne veux pas qu'elle devine. Je ne veux pas que son cerveau de Serdaigle coupe tous les autres chemins et qu'elle arrive à celui sur lequel je me trouve. Alors je fais mine de réfléchir. D'ailleurs, je ne fais pas tant mine que cela puisque je le fais. Mais selon son regard, je feins la réflexion sur sa question, alors que je réfléchis à comment l'aiguiller sur une piste innocente.

— Hmm.. Et bah je me demandais s'il avait eu des frères et sœurs, et s'ils étaient tous aussi forts que lui ? Pourquoi est-ce qu'on ne parle que de lui ?

Il y a de quoi piocher un peu partout. Il y a de quoi finir sur un chemin où je ne suis pas, et il y a de quoi récupérer des informations qui me seront utile. Après tout, les mots-clés y sont placés et l'innocence de mes questions semblent envelopper le problème sous-jacent.

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Le jeune poufsouffle semblait à nouveau avoir été surpris par sa professeur. Elle ne se sentait pourtant pas si étonnante dans ses questions. Que diable pouvait-il donc avoir en tête ? Cherchait-il à gagner du temps pendant qu'un de ses camarades faisait des bêtises ailleurs dans le château, peut-être même juste à côté ? Ce n'était pas ce qu'il se dégageait de lui, de ce qu'Áine pouvait ressentir, mais son comportement restait particulièrement étrange. Elle tâcha néanmoins de faire comme si de rien n'était, aiguisant simplement un peu plus son observation du jeune garçon pour tenter d'en percevoir encore plus de signaux.

Elle entama d'abord sa réponse pensive en posant son livre sur le muret à côté d'elle, puis, petit à petit, se laissa entraîner dans sa ferveur et son récit, qu'elle racontait passionnément, comme une histoire, comme lorsqu'elle était en cours :
- Il est vrai qu'on parle surtout de lui, bien plus que de sa famille. Il a, vous le savez probablement, un certain nombre d'exploits à son actif, sans compter toutes les avancées magiques auxquelles il a contribué. C'était un sorcier exceptionnel qui a marqué son temps et été un atout essentiel dans la lutte contre les forces du mal à bien des égards, pas uniquement dans ses duels mémorables contre les deux mages noirs les plus puissants qui lui ont été contemporains. Il avait une certaine aura, voyez-vous, qui éclipsait sans doute le reste de sa famille. Mais oui, il a eu des frères et sœurs dont il est un peu difficile d'avoir des traces et des éléments clairs. Son histoire familliale est assez tragique, quelque peu tortueuse aussi sur certains aspects, voyez-vous ; son père est allé à Azkaban après avoir attaqué des moldus, sa mère est morte quand il finissait ses études à Poudlard, le laissant seul à s'occuper de ses jeunes frère et soeur. Cette dernière est elle-même morte dans des circonstances terribles alors qu'elle était encore adolescente. Son frère le plus proche, Albertfoth Dumbledore, est un peu plus connu : il a participé à la résistance contre Lord Voldemort, lors de la Deuxième Guerre des Sorciers et a sauvé un grand nombre des élèves de Poudlard lors de la Bataille de Poudlard, en mai 98. Il était certes moins puissant que son frère, du moins le pensait-on : j'ignore si c'était juste qu'il était moins intéressé par les prouesses magiques qu'Albus Dumbledore, mais il semblerait qu'il avait tout de même de quoi se défendre, je sais qu'il était notamment capable de produire un patronus corporel, ce qui n'est pas accessible par tous.

Elle s'interrompit soudainement, se rappelant de l'âge de son élève et ignorant surtout s'il avait le bagage culturel suffisant pour la comprendre :
- Mais peut-être ignorez-vous ce qu'est un patronus, corporel de surcroît ?

Elle gardait en tête qu'elle n'avait pas encore totalement répondu à sa question, mais elle préférait s'assurer qu'il la suivait bien avant de poursuivre, de plus et bien qu'elle s'était laissé emportée par sa passion, elle n'avait rien manqué de ce que son élève laissait paraître ou tentait de dissimuler et elle continuait encore à l'observer, à la recherche à la fois d'un signe d'incompréhension, de perdition ou d'ennui, mais également à la recherche de ce qui motivait réellement le jeune Sharp ou d'une explication à son comportement si suspect.

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Plongé dans le récit que Miss Lydon m'offre, j'oublie soudainement tout ce qui m'a amené ici. Mes réactions font alterner surprise, choc et sourires et je dois me retenir pour ne pas l'interrompre et lui poser d'autres questions. Je sais qu'elle est la même en cours, mais étonnamment, avoir un cours particulier d'histoire rend le récit bien plus intéressant. Elle a un truc qui la rend moins ... Prof ennuyante.

Alors je l'écoute, attentif à tout ce qu'elle raconte et me surprend à apprendre que le père de Dumbledore s'en est pris à des Moldus. Un soudain froid dans le dos. Un quelque chose qui me dérange, qui m'effraie peut-être un peu et qui me laisse songeur. Evidemment, le rapprochement est facile à faire. A quel moment décide-t-on de s'en prendre à des Moldus ? N'est-ce pas un peu... Lâche ? Puis, lorsqu'elle mentionne la sœur de Dumbledore, mon corps se redresse subitement, comme pour me rendre plus attentif. Mais l'anecdote reste courte et alors que je l'entends avancer dans son récit, je reste en arrière, à me répéter ce qu'elle vient de dire. Il va me falloir trouver un moyen de revenir sur ce point, et lorsque je pense pouvoir le faire, c'est elle qui m'interroge.

Je secoue la tête, sans un mot. Si j'avais eu plus tôt l'impression d'être sorti de cours, voilà que j'y suis à nouveau plongé. La peur de me tromper, de dire quelque chose d'incorrect, ou de tout simplement - parce que c'est le cas maintenant - ne pas savoir. Sauf que je ne peux pas la laisser s'éloigner trop loin de mon sujet d'intérêt. Parce que si elle part sur ce Patro-truc, combien de temps mettra-t-elle à revenir sur le réel point ? Et si ça commençait à m'ennuyer d'ailleurs ? Je prends une légère inspiration et me force à parler.

- Et après, vous pourrez m'en dire plus sur ses frères et sœurs s'il vous plait ? Mais allez-y, finissez.

Je ne quitte pas son regard, je deviens l'élève hors classe le plus attentif. Après, faudrait pas non plus qu'elle prenne trop de temps.

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