Retomber dans ces démons

Peur de ce qu’elle peut être ? Détachant ces yeux de la brune, Aliénor médita cette phrase quelques temps. Elle avait rencontré son épouventard, enfin nouvel épouventard avec sa professeure de sortilège et elle n’avait pas exactement le même discours. Elle avait peur d’elle-même ou peur de ce qu’elle était capable de faire quand elle ne se maitrisait pas ? Avait-elle peur de sa puissance, de sa force, de finalement tout ce qu’elle essayait d’atteindre et qui la terrifiait quand elle l’obtenait ? Elle n’en savait rien et ce n’était pas dans cet état qu’elle allait percer ce mystère.

Elle attrapa la bouteille d’eau et en bu une belle gorgée. Elle avait du mal à tout remettre en ordre, mais plus ç allait plus un sentiment de culpabilité s’emparait d’elle. Elle se sentait stupide d’avoir fait confiance à Grégoire, d’avoir accepté de le revoir et de s’être laissé aussi facilement embarquée dans une soirée avec ces potes. C’était Grégoire, à quoi elle s’attendait ? La question de la barmaid sonna creux. Lui raconter. Lui raconter quoi ? Son monstre, son épouventard, l’épisode avec Aelle ou ce qu’il s’était passé ce soir ? Elle voulait savoir quoi ? Comment Aliénor réfléchissait, toutes les actions de la jeune fille ? Elle voulait la fliquer pour mieux la sermonner ? Aliénor lança un regard noir à l’adulte mais quand le visage de celle-ci lui apparut toutes ces pensées lui parurent stupides. Elle voulait l’aider. Elle n’avait aucune intention de lui faire du mal…

-Je… Je sais pas. C’est flou et… Je suis même pas certaine de ce qu’il s’est passé. On s’amusait c’est tout, il avait été sympa avec moi, je pensais que tout était réglé et qu’on allait juste passer une soirée comme les autres. J’ai pas réfléchit, j’imaginais pas qu’il…

Les mots se nouèrent dans sa gorge et elle eut du mal à déglutir. Elle attrapa la bouteille et bu une nouvelle gorgée pour tenter de se calmer. Elle prit une grande inspiration avant de reprendre.

-Je sais pas ce qu’il s’est passé. Je sais juste que je veux pas revivre ça. J’étais pas dans mon état normal, je voulais pas mais je sais pas si je lui ait dit clairement non, il a dit que c’était ma faute, que c’était moi qui l’avait allumé et je sais même pas si c’est vrai.

La honte. Honteuse de ne même pas se souvenir de tout ce qu’elle avait pu faire, dire. Elle avait vraiment provoqué ce sentiment chez lui ? Elle, Aliénor, la gamine comme l’appelait Sarah, la joueuse de quidditch au corps rempli de bleus et de cicatrices ? Ca paraissait tellement irréel.

Perséphone: Batteuse, reine des Rumeurs
J'ai plus de virilité dans mon petit doigt que toi dans tout ton corps.
Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

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TW : Petite blessure

J'attendis. J'attendis patiemment, sans bouger le moindre muscle, sans exprimer la moindre attention, dans l'expectative de sa réponse à venir. Je la sentis se méprendre, se braquer, puis, aussi soudainement que son regard noir s'était posé sur moi, elle se détendit. Détendre est un bien grand mot. Céder aurait été un mot plus approprié. Et enfin, elle commença à parler. Ce fut exactement ce que je craignais. Ma fureur explosa, la lumière au fond de mes yeux s'embrasa, mes narines s'évasèrent, et je cherchai plus à contenir la colère qui irradiait de mes pores comme un incendie. Mes ongles s'enfoncèrent dans mes paumes, je sentis les frissons picoter ma nuque et le bas de mon dos. J'étais déjà en train d'imaginer de quelle manière j'allais broyer celui qui lui avait fait ça. Je pris un verre, pour occuper mes mains.

Je continuais de l'écouter, encore et encore, sans intervenir. Comment pouvait-on faire cela ? Son récit réveilla en moi les souvenirs que toute femme subit un jour ou l'autre dans sa vie. Et comme toute à chacune, un élément commun nous rassemblait toutes : la culpabilité. Le verre éclata sous la pression de mes doigts, entaillant ma peau et brûlant mes mains. Je n'y réagis pas. Mes dents crissèrent les unes contre les autres. J'expirai doucement, avant de secouer la tête pour saisir ma baguette et réparer calmement les dégâts. Ma voix était morne et sans émotion.

- Personne ne veut revivre ça.

D'un mouvement, le verre retrouva son intégrité. Si seulement on pouvait faire de même pour les êtres humains... Souplement, je me tournai vers elle. Je voulus poser une main sur son épaule, mais je refusai de la toucher ainsi. Je me contentai de plonger mon regard dans le sien.

- Écoute-moi attentivement, Alienor, et de toutes tes oreilles.

Je laissai flotter une seconde de silence, pour qu'elle puisse se mettre dans les bonnes dispositions. La fureur animant mes entrailles contrastait avec mon immobilité absolue.

- Quoi qu'il t'ait dit, c'est un mensonge. Tu l'as allumé ? Mon cul. Tsk.

Ma langue claqua, un rictus de dégoût déformant mes lèvres.

- Ce. N'est. Pas. Ta. Faute. En aucun cas, en aucune façon, d'aucune manière. Tu n'as rien à te reprocher. Et même si tu l'avais allumé, effectivement, si tu n'avais envie de rien, et bien, rien ne se passe, c'est aussi simple que ça. Et ses excuses pitoyables sont infâmes, c'est dégueulasse qu'il t'ait dit ça.

Ma gorge se serra sous l'émotion. Je secouai doucement la tête, mes doigts entrecroisés. Qu'aurais-je voulu entendre dans une situation pareille ?

- Je ne sais pas ce que tu voudrais entendre. Tu n'es pas comme moi, pas entièrement. Je sais que j'aurais voulu qu'on me dise qu'il allait payer, j'aurais voulu qu'on me propose d'aller le trouver pour lui éclater le nez, entre autres.

Un soupir. Je passai ma main sur mon visage, puis dans mes cheveux pour les tirer en arrière. Mon visage se radoucit, mes yeux ne quittaient pas ceux de la jeune femme.

- Dis-moi ce dont tu aurais besoin. Je suis là pour toi.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

Retomber dans ces démons
Elle semblait calme, à l’écoute et dans l’attente. Ce comportement contrastait énormément avec celui d’Aliénor qui était flou, désorganisé et imprévisible. Quand elle se décida de nouveau à parler, Aliénor l’écouta avec attention. Déjà elle avait une sorte d’aura de charisme autour d’elle qui forçait Aliénor à considérer ces paroles et puis… Elle semblait parler d’expérience. Elle avait déjà vécu quelque chose de similaire ?

Mais elle n’avait pas le temps de réfléchir à la question que la sorcière enchainait déjà. Et la première chose qu’elle fit fut de diaboliser le comportement de Grégoire. Plusieurs sentiments se mélangeaient en Aliénor. Elle était soulagée, presque rassurée de ces paroles, mais elle se sentait coupable d’en être arrivée là et elle avait peur autant pour lui qu’elle avait laissé à moitié assommé dans un couloir de résidence étudiante que pour elle d’un jour le croiser à nouveau. Et puis elle se sentit sale. Comme si son corps portait encore les marques des caresses du garçon, comme si elles devenaient poussière et rendait son corps poisseux. Elle avait l’impression que tout le monde pouvait voir ce qu’elle avait vécu sur son corps et ce sentit particulièrement vulnérable.

-C’est pas ma faute.

Répétât-elle à voix basse alors qu’elle se recroquevillait sur son siège de bar. Mais les mots suivants forcèrent Aliénor à chercher le regard de la barmaid. Elle avait donc bel et bien vécu quelque chose de similaire… Cela devait avoir un rapport avec sa méfiance naturelle envers les humains. Mais à l’énonciation de blesser Grégoire Aliénor détourna son regard de la femme, attrapa sa bouteille comme pour l’observer de plus près. Elle l’avait déjà blessé, il devait avoir la mâchoire en feu à l’heure qu’il était.

-C’est pas la peine. Je veux juste l’oublier.

Elle secoua la tête avant de prendre quelques gorgées d’eau. Elle n’était plus à l’aise dans le bar, elle avait l’impression d’avoir des tonnes de regards posés sur elle. Sa main gauche agrippa son épaule droite comme pour se cacher un peu plus alors qu’elle courbait le dos.

-Je…Je veux juste plus y pense, je veux prendre une douche et je veux retourner chez moi voir ma maman.

Sa main gauche frotta doucement son épaule en un va et viens qui aurait put lui rappeler les étreintes de Claire. Elle n’était qu’une enfant et elle avait joué avec le feu. Maintenant la voilà brulée et seule la douceur et la chaleur de sa maman pourrait l’aider à passer à autre chose. Un frisson parcourut la jeune fille. Alcool faisant il se dissipait dans son organisme et n’inhibait plus ces sens. Il était tard, elle était fatiguée et faible, tant mentalement que physiquement.

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Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

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J'hochai la tête, pour confirmer ses mots. Ce n'était pas de sa faute. C'était de la faute à celui qui l'avait touché, et en aucun cas de la sienne. La voir ainsi, si affaiblie et vulnérable, ça m'en filait un sacré coup. J'aurais pu sourire de voir nos rôle inversés par rapport à la dernière fois, mais en l'occurrence, il n'y avait rien pour me donner envie de sourire, rien. Les muscles de mes épaules m'élançaient tant ils étaient tendus, et je dû prendre sur-moi même pour respirer doucement et les forcer à se relâcher.

Alors comme ça, elle voulait juste oublier. C'était quelque chose qui se comprenait. Surtout dans son état. Chacun réagit différemment, c'est évident. Et malgré mon envie dévorante de lui arracher l'identité de son agresseur, je savais parfaitement que dans la situation actuelle, c'eut été une terrible idée. Elle voulait oublier, passer à autre chose, ne plus y penser, comme elle disait. C'était son choix, et aussi frustrant que je le trouvai, ce n'était pas à moi de le lui dire. La jeune femme m'apparaissait désormais bien jeune... Je me penchai doucement vers elle.

- Je peux poser ma main sur ton épaule ?

Elle secoua la tête. "Je ne sais pas", me répondit-elle. J'hochai la tête en me redressant.

- D'accord, pas de souci.

Mes doigts tapotèrent sur le comptoir, je regardai les alentours. Seuls quelques clients étaient présents, mais ne pouvais pas abandonner mon poste pour la ramener chez elle. Je jetai un regard vers Dianne, lui demandant implicitement de s'occuper du reste le temps que je gère cette situation. Je me raclai la gorge, avant de me pencher vers Alienor pour doucement lui chuchoter.

- Tu n'es pas en état de transplaner. Et je ne peux pas abandonner mon poste pour te ramener chez toi en balai.

Je tournai le regard un instant, avant de le ramener sur elle.

- Si tu le désires, je peux te laisser ma chambre, pour cette nuit. Il y a une douche, et toutes les commodités pratiques. Tiens...

Ma main glissa dans ma poche, et j'en sortis mon trousseau de clés. J'extirpai l'une d'elles de l'anneau, avant de la tendre à la jeune femme.

- C'est la clé. Tu peux la garder pour la nuit si tu le veux. Personne ne te te dérangera, je te le promets. Tu veux que j'envoie un hibou à tes parents le temps que tu te repose un peu ? Dans lequel je leur demanderai de venir te chercher ? Je peux ne pas donner de détails. J'expliquerai simplement que tu as trop bu et que tu ne peux pas rentrer chez toi toute seule.

Je bridais le sentiment d'urgence qui tonnait en moi. L'envie d'agir vite, et efficacement. Mais il fallait impérativement lui donner de l'espace et du temps, la laisser prendre sa décision, et surtout, lui donner la sécurité dont elle avait besoin. Je voulais qu'elle puisse se sentir en sécurité. Je laissai flotter le silence, refusant de la pousser à répondre. J'attendis simplement, le temps qu'elle réfléchisse, patiemment. Rarement dans ma vie, les traits de mon visage m'avaient paru aussi doux.

Quelque part, perdue avec Sixtine.

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Tout paraissait si flou dans l’esprit de la jeune fille même à la question pourtant simple de la barmaid elle n’avait répondu qu’un « Je ne sais pas ». Comme si plus rien n’avait de sens. Elle termina d’une traite la bouteille d’eau qu’on lui avait servie alors que la femme lui proposait sa chambre. Les yeux de la jeune fille tombèrent sur la clef. Elle la regarda un instant avant de se contorsionner sur sa chaise pour sortir de sa poche à elle une clef certainement bien connue de celle qui fréquentait ces lieux. Une clef de chambre, d’ici même au chaudron. Aliénor avait pris ces précautions en arrivant et avait pris une chambre. Après tout à la base elle ne venait que pour un café, elle ne devait pas aller en soirée.

-J’ai une chambre.

Elle passa son pouce dans l’anneau qui maintenait lié la clef et son numéro pour être certaine de ne pas perdre son précieux bien. Ce serait le comble de la soirée et elle n’en avait clairement pas besoin.

-Mais merci.

Dit-elle en remontant ces yeux vers le visage de l’adulte. Elle était soulagée d’avoir pu trouver refuge ici au chaudron baveur. Qui sait ce qu’il aurait pu lui arriver seule dans les rues de Londres sans personne pour l’aider. Elle aurait pu errer bien longtemps ou faire une énième mauvaise rencontre. Au lieu de ça elle avait trouvé chaleur et écoute ici.

-Je viens d’avoir mon permis, je ne veux pas le perdre tout de suite. Je ne comptais pas transplanner de nuit.

Et encore moins dans cet état, c’était courir à la blessure ou à la mort. Elle serait bien incapable de se concentrer avec tout ce qu’elle avait dans la tête ce soir. Incapable de se retrouver chez elle en un seul morceau et ce serait encore moins explicable à sa maman. Elle devait faire preuve de retenue avec ce pouvoir qui restait tout de même exceptionnel. Elle posa sa main sur le comptoir, ce repoussant de celui-ci pour se mettre debout. Se stabilisant en posant son autre main sur le tabouret de bar, elle observa une nouvelle fois l’adulte.

-Merci beaucoup Miss et désolée pour… Tout ça.

Dit-elle sen réalisant un grand cercle de ton son bras autour d’elle, parlant de son état de ces paroles déplacées et de son comportement. Dormir lui ferait le plus grand bien avant de retourner chez elle. Elle avait besoin de repose et d’eau et l’eau, on lui en avait déjà fourni. Elle s’écarta du bar non sans un regard en arrière pour la barmaid et un fin sourire. Elle se dirigea vers les escaliers qu’elle monta doucement avant d’arriver dans sa chambre. Elle allait dormir sans plus de cérémonie.

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Aliénor Delphillia Batteuse remplaçante des Chauves-souris de Fishucastel

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Je laissai la jeune femme prendre son temps. Je l'observai se contorsionner maladroitement, je me tenais prête à la rattraper au cas où. Elle extirpa péniblement une clé, que je reconnus immédiatement. Je l'observai doucement réfléchir, s'assurer de sa prise sur cette clé, et précautionneusement, je reculai ma main, refermant mes doigts autour de ma clé, pour finalement la ranger dans ma poche. Je soupirai, arquant mes sourcils d'inquiétude et de compassion. Un sourire se dessina sur mes lèvres lorsqu'elle me remercia, et j'hochai imperceptiblement la tête, sans quitter des yeux son regard.

- Je t'en prie.

Mon sourire se transforma en léger rire en s'étirant lorsqu'elle plaisanta sur son permis. Il est vrai qu'une fois ce permis en poche, on avait tendance à se sentir pousser des ailes. Et j'avais moi-même plus que de raison déjà beaucoup transplané sans être dans les meilleurs conditions. Un nouveau hochement de tête, je me redressai.

- En voilà une sage décision.

Par réflexe, je me levai en tendant prudemment mes mains, en prévention au cas où Alienor chuterait. Je la sentais bien déséquilibrée, dans tous les sens du terme, mais me gardais bien de la toucher. Elle ne chuta pas, je reconnus bien là la joueuse de Quidditch. Je posai mes mains sur mes hanches en lui rendant son regard. Une boule se forma au creux de ma poitrine lorsqu'elle s'excuse, et je levai la main en secouant la tête.

- Il n'y a rien qui fait que tu devrais t'excuser. Ne dis pas de sottises.

Je soufflai du nez en retenant mon petit rire, avant de soupirer.

- Allez, va te reposer ma grande. Et ne t'inquiète pas : je veille.

Je lui rendis son regard lorsqu'elle se retourna, et encore une fois, j'hésitai à l'accompagner. J'hésitai à dégainer ma baguette pour lui faire oublier tout ce qu'elle avait vécu, pour lui arracher ses souvenirs et le nom de celui qui lui avait fait ça. Un instant, j'hésitai. Mes yeux se fermèrent, et je poussai l'un des plus longs soupirs de ma vie.

Je retournai ensuite à mon service, probablement encore plus taciturne que d'habitude, et encore moins agréable avec les hommes que je servais qu'à l'accoutumée.

Quelque part, perdue avec Sixtine.