Anatomie d'un manque Solo

Dimanche 14 juillet 2047
Résidence des Luben, Bristol


Elle se rapprochait. Ou plutôt, ça, se rapprochait. Une masse informe, laissant derrière elle des volutes de fumée aussi noires que de l'encre. Il sentait un sentiment de panique le gagner. Et ses mains tapotaient frénétiquement sur son corps, à la recherche d'une sensation connue sous ses doigts. Il soulevait chaotiquement les pans de sa robe de sorcier, cherchant illogiquement et erratiquement où il pouvait bien l'avoir laissée. Ses mains plongeaient dans ses poches, mais rien. Désespérément, rien. Et ça, se rapprochait encore. Et la fumée vint l'engloutir.

Le souffle court, Alexander ouvrit les yeux et se redressa brutalement. Du bout des doigts, il décolla une mèche de cheveux collée sur son front par la sueur et la replaqua en arrière. À l'aveugle, il tendit sa main en direction de sa table de chevet, pour s'assurer qu'elle était bien là. Mais seul le bois du meuble entrait en contact avec sa peau. L'esprit encore embrumé par son mauvais rêve, il sentit l'angoisse monter en lui, et sa respiration s'accéléra. Après quelques tâtonnements, il dut se rendre à l'évidence. Elle n'y était pas. Et au fond de lui, il savait où elle était. Ou plutôt, à défaut de savoir où elle était localisée, il savait qu'il ne la reverrait pas de sitôt. L'adolescent entreprit de descendre de son lit. Pito, qui dormait à ses pieds, en profita pour s'étaler un peu plus sur le matelas. Vas-y, fais comme chez toi ! Il se dirigea vers la fenêtre de sa chambre et tira les rideaux avant de l'ouvrir en grand. Il avait bien besoin d'air, et une légère brise, mélangée à la sueur, lui arracha un frisson. Accoudé sur le rebord de la fenêtre, le regard perdu sur le goudron de la route faiblement illuminé par les lampadaires du quartier, l'anglais ne pouvait s'empêcher de penser à elle, tout en tentant de reprendre sa respiration.

Où était-elle en ce moment ? Était-elle en sécurité ? Soigneusement entretenue, comme il le faisait lui-même ? Ou vulgairement entreposée, au milieu de celles de ses camarades, sans une once de considération pour celles qui étaient pour chacun d'entre eux un véritable trésor ? Dans sa mémoire, le dernier regard qu'il lui avait jeté était encore frais. Il se souvenait parfaitement de la réticence qu'il éprouvait à la confier aux bons soins d'un parfait inconnu, de sa main qui se resserrait autour d'elle alors qu'il était censé la lâcher. Mais aussi de ses protestations, voire de ses négociations. Rien n'y avait fait, et ils se retrouvaient une fois de plus séparés. Et il ne pouvait s'empêcher, parfois, d'avoir le sentiment qu'il n'était pas tout à fait en sécurité.

Alexander pris une grande inspiration, et jeta un œil à l'horloge qui était fixée à son mur, suffisamment éclairée par la pollution lumineuse de la ville pour pouvoir y lire l'heure. Trois heures du matin. Le jour n'était pas prêt de se lever.

Alexander, 6ème année RP, #MMG, Loustic problématique & ex-muraille des Griffes Ardentes | #9B8127 | PR
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Anatomie d'un manque Solo
Mercredi 17 juillet 2047,
Résidence des Luben, Bristol


Deux jours. Deux jours pendant lesquels il n'avait pu se résoudre à l'oublier. Deux jours pendant lesquelles elle avait occupé la plupart de ses pensées. Depuis ce cauchemar, il ne pouvait s'empêcher d'imaginer le pire. Et si là, maintenant, il se passait quelque chose de grave ? Bien qu'à Bristol, la famille Luben était des plus discrètes, et qu'ils ne risquaient probablement pas grand chose, Alexander se surprenait à expérimenter une forme d'angoisse. Lui qui était toujours si détaché, les pensées qui traversaient son esprit n'étaient définitivement pas communes. Après tout, le danger pouvait frapper à n'importe quel moment, il avait pu le constater quelques mois plus tôt. Toutefois, il arrivait encore à l'oublier quelques instants, en profitant de son nouveau compagnon, dont il avait fait la connaissance quelques semaines auparavant.

Le félin était déjà devenu un ami qui comptait déjà énormément à ses yeux. Et ce jour-là, assis sur le perron, il observait Pito jouer dans le jardin, amusé par l'énergie que quelques brins d'herbe lui instillaient. Puis lassé de regarder l'animal jouer avec de l'air, il laissa son esprit vagabonder. Et inlassablement, ses pensées convergeaient toujours dans la même direction. Elle. Soudain, une idée le percuta. Elle n'était pas avec lui, mais l'une de ses congénères se trouvait bien dans la maison. L'anglais en était certain, un peu de pratique lui ferait sans doute le plus grand bien, quand bien même il s'agissait là de quelque chose de profondément interdit. Mais de toute façon, personne ne saurait que ce n'était pas son père qui serait à l'origine de cette activité.

Alexander se leva alors, laissant Pito profiter seul du beau temps extérieur. Il ne se faisait pas particulièrement de souci à le laisser sans surveillance, puisque le félin était plutôt indépendant, et que les routes du quartier n'étaient pas spécialement fréquentées, d'autant plus au beau milieu de l'après-midi. Tout doucement, l'anglais appuya sur la poignée de la porte d'entrée et la poussa lentement, pour éviter de faire le moindre bruit, avant de s'engouffrer à l'intérieur de la maison. À pas de loup, il avança dans le couloir avant de bifurquer en direction de l'escalier. Il jeta tout de même un œil vers le salon, pour vérifier que ses parents s'y trouvaient toujours. La voie est libre. Toujours d'un pas léger, Alexander grimpa les escaliers. Marche par marche, sans se presser. Puis arrivé à hauteur de la pièce réservée aux activités de son père, il ouvrit la porte doucement pour s'y infiltrer avant de la refermer derrière lui, puis avança en direction du bureau. S'agenouillant, il entreprit d'ouvrir le tiroir, et en sortit la boîte qui contenait dans ses souvenirs ce qu'il recherchait à tout prix.

Soudainement la porte s'ouvrit, arrachant un sursaut à l'adolescent, qui leva les yeux au ciel et poussa un profond soupir avant de le braquer sur l'adulte qui venait de faire irruption. Adossé dans l'encadrement de la porte, son père faisait tournoyer entre ses doigts l'objet de sa convoitise, un sourire malicieux sur le visage. « C'est ça que tu cherches ? » Puis se décalant pour laisser le passage à son fils, il ajouta, d'une voix ferme, mais néanmoins douce, « Allez, sors de là ! » Échec cuisant.

Alexander, 6ème année RP, #MMG, Loustic problématique & ex-muraille des Griffes Ardentes | #9B8127 | PR
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