Nuit Double Peine TERMINÉ

Ernest vira à l’écarlate en entendant la réflexion de Miss Valerion. Il ne la regardait pas vraiment… enfin… il essayait de ne pas la regarder. Il restait à l’affût. Au cas où. Mais le coup de couperet qu’il redoutait tant n’arrivait pas. Ce qui le plongeait dans la plus grande confusion et dans l’observation particulièrement attentive du contenu de son assiette. Puis vint le temps de reprendre le chemin de la salle commune. Chaque pas qui l’en rapprochait résonnait dans sa tête comme un écho qui allait sonner le glas et précipiter sa fin. Moui… bon… peut-être qu’il exagérait un tout petit peu.

Arrivés devant la porte sombre qui scellait l’entrée des cachots, la Directrice de Maison de Serpentard entonna le mot de passe qui sifflait si familièrement aux oreilles de l’adolescent. Ça y est, le coup allait tomber. Mais rien ne se passa… pire, elle lui souhaita bonne nuit. C’était tout ? Pas même de remontrance ? Pas de points retirés ? Pas même une toute petite punition ? C’était à n’y rien comprendre. Il avait enfreint le règlement pourtant. Et les règles… c’était les règles !

Ernest aurait pu se contenter de rentrer penaud dans sa salle commune et de rejoindre ses dortoirs en remerciant le ciel pour sa bonne étoile. Il aurait dû s’en contenter. Mais une question lui brûlait les lèvres et à la place de rendre la politesse à son professeur, il la laissa lui échapper.

“Pourquoi vous êtes prof ?”

Il se retourna dans la direction de Miss Valerion alors qu’elle était déjà en train s’éloigner et la fixa de ses yeux clairs. La regarder franchement. Il avait retenu la leçon. Ernest n’était pas téméraire mais il avait besoin de réponses. Il ne comprenait pas la situation. Il ne comprenait plus. Et plus que tout, il avait besoin de repères solides. Sa professeur mettait toutes ses certitudes à l’épreuve.

“Je… ‘fin… Vous… vous êtes une sorcière badass… vous avez même été auror… et… vous avez probablement vu et fait plus de trucs que la plupart des sorciers pourraient même pas imaginer… et puis vous aimez pas les gosses… ‘fin… alors… pourquoi ?”

La question tournait en boucle dans sa tête depuis un bon moment et elle avait fini par sortir. Les conditions n’étaient certes pas les meilleures pas plus que les mots empruntés mais c’était fait. Et c’était presque un soulagement. Il fallait qu’il sache. Comme un besoin urgent de remettre les choses à leur place, de leur donner du sens.

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Nuit Double Peine TERMINÉ
La professeure avait tourné les talons, elle était déjà prête à remonter dans les hauteurs de Poudlard lorsque la voix de son élève résonna dans le couloir. Elle resta un instant de dos réfléchissant à sa question, elle se demandait pourquoi avait il eu l'envie de poser cette question, qu'avait elle bien faire ou dire pour le pousser à cette interrogation ? Elle n'eut pas à s'interroger longtemps sur la question puisque son élève venait de reprendre la parole. Un léger soupir plus tard, elle s'était tournée vers lui croisant son regard d'enfant perdu et, elle lui avait fait signe de s'approcher tout en s'installant sur les escaliers.

- Vous êtes un sacré bonhomme. Mais vous savez quoi Stevens ? J'aime bien votre franc parlé. Ne croyez pas que je n'aime pas les gosses comme vous dites. La plupart des gens trouveront mon enseignement trop difficile et pas assez éducatif ou bienveillant. Cependant, si je suis professeure, c'est tout simplement, car je souhaite préparer les futurs sorciers à la cruelle réalité du monde extérieur. Si la plupart des professeurs vous disent que la magie, c'est super et qu'elle vous facilitera la vie, sachez également que la magie peut vous faire du mal, la magie peut tuer.

Elle avait marqué un temps de pause dans son dialogue, prit le temps d'observer les moulures qui ornaient la bâtisse de Poudlard, profita du contact froid de la pierre sur ses cuisses avant de plonger son regard dans celui du Serpentard.

- Vous pouvez bien me détester, me haïr si ça vous fait plaisir, mais au moins, grâce à moi, vous sortirez plus fort de cette école et, peut-être qu'un jour, vous arriverez à vous sortir d'une situation délicate grâce à mes méthodes, car vous aurez déjà vécu une situation similaire.

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Arrivée à l'AESM à la rentrée 2049/2050.

Nuit Double Peine TERMINÉ
Mains fourrées dans les poches et sourcils légèrement froncés, Ernest s’exécuta. Il se rapprocha de l’escalier, réduisant l’espace qui le séparait de sa professeure. Mais pas trop quand même. Assez pour qu’il réalise qu’assise là, elle avait l’air nettement moins grande que perchée sur ses talons hauts. Debout face à elle, il était presque à la même hauteur de regard.

À présent, il allait savoir. De toutes les portes dissimulées, les armures hantées. De tous les passages dérobés, les secrets les mieux gardés de Poudlard, Sixtine Valerion n’en était-elle pas le plus grand mystère ? C’est en tout cas de cette manière qu’il l’appréhendait du haut de ses douze ans. Il allait savoir. Mais était-ce réellement de ça qu’il avait besoin ? N’aurait-il pas mieux valu entretenir le mythe ? Il était trop tard pour se poser la question. Avide de réponses, sa langue avait fourché.

L’adolescent l’écouta sans ciller. Mais dans sa tête, le discours de sa professeur faisait écho à des paroles qu’il avait déjà entendu. Ou volées. La voix de Miss Valerion se mélangeait à celle de sa propre mère dans un tourbillon de réverbérations qui s’abîmaient sur chaque bord de son esprit. Le même ton infantilisant qui avait le don de le crisper. Au moins la directrice de maison des Serpentards avait eu la décence de s’adresser à lui directement. Mais quand bien même, il n’était pas un bonhomme. Il n’était pas naïf au point de croire que tout allait bien dans le meilleur des mondes.

“C’est bien des paroles d’adulte… Parce que vous croyez honnêtement qu’on voit pas ce qui s’passe autour de nous …? Et qu’la cruauté elle se trouve qu’à “l’extérieur” ?”

Ses doigts s’étaient raidis dans ses poches, ses épaules se voûtaient un peu plus qu’à l’ordinaire. Ernest nourrissait beaucoup d’angoisses face à l’état actuel du monde. À cet équilibre précaire qui semblait sur le point de vaciller à chaque instant. Arriver dans la jungle sociale qu’était Poudlard n’avait fait qu’exacerber cet état à fleur de peau. Plus il avançait et moins il comprenait. Ce qu’il s’était passé en cours avec Lavinia l’avait plongé dans un épais brouillard de doutes et d’incertitudes. Pourtant sa voix ne chevrotait pas. C’est qu’il ruminait ces constats depuis un certain temps. Trop longtemps.

“Vous les adultes, vous semblez tous avoir oublié ce que c’était qu'être adolescent…”

Une quête d’identité dans un No man’s land. Et si ceux qui étaient censés montrer l’exemple commençaient à brouiller les pistes, comment est-ce qu’il pourrait bien s’en sortir.

“Tout le monde veut nous préparer aux difficultés de la vie… Mais en attendant, y personne qui fait rien pour rendre ce monde un peu moins pourri…”

Les dents serrées, Ernest se confessa non sans difficulté.

“Ce serait vachement plus facile de pouvoir juste vous détester…”

Des paroles qui n’étaient peut-être pas destinées qu’à elle. Un aveu qui ne libéra pas sa poitrine du poids qui semblait le comprimer. Ni de la colère qui sommeillait en lui. Ça lui avait juste cédé un peu plus de place. Sa mâchoire tremblait légèrement. Ses yeux clairs semblaient à présent plus foncés, légèrement obscurcis par un voile humide.

“Si j’m’en sors, ce sera uniquement grâce à moi-même… parce que j’aurais travaillé dur… que j’dépasserais mes limites… et qu’j’me contenterais pas de rester assis sur une chaise…”

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Son discours n'avait pas eu l'effet escompté mais était ce étonnant venant de cette professeure ? Absolument pas, elle n'avait jamais su s'y prendre. Elle aurait secrètement espéré savoir y faire mais ce n'était pas l'une de ses qualités et elle s'y était faite. Elle écoutait avec beaucoup d'attention les paroles de son élève, ne voulant pas louper le moindre mot, la moindre intonation qu'il y mettait.

- Stevens, évidemment que vous n'êtes pas aveugle, je sais que vous voyez ce qu'il se passe mais là, je parlais de quelque chose de bien plus grand qui nous dépasse tous. La cruauté de certaines personnes va bien au delà de votre imagination. J'espère cependant que vous n'y serez jamais confronté.

Elle eut un sourire lorsqu'il lui expliqua qu'il aurait été plus facile de pouvoir la détester. Finalement, elle n'avait pas tout loupé.

- Vous savez, ce n'est pas parce que vous ne voyez pas les sorciers autour de vous s'activer pour rendre le monde "moins pourri" comme vous dites qu'ils ne le font pas. Prenons l'air par exemple, vous ne le voyez pas mais il est bien là, il vous permet de respirer.

Elle marqua ensuite une courte pause avant de rebondir sur le dernier point qu'il avait abordé.

- Evidemment, grâce à votre seule volonté. Je vous donne un petit secret Stevens, la volonté seule ne suffit pas.

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Son visage était serré et cette ride du lion de plus en plus marquée semblait ne plus le quitter ces derniers temps. Un comble pour un Serpentard. Elle ne l’écoutait pas. Aucun adulte ne l’écoutait jamais. Mais pour ça, il aurait peut-être fallu qu’il parle. Ce qu’il s’évertuait à faire à cet instant. S’il n’avait passé ne serait-ce qu'un quart du temps dédié à la pratique de la magie à comprendre ses besoins, peut-être qu’il aurait été capable de les formuler. Capable de dire qu’il avait besoin qu’on le rassure et pas qu’on le mette en garde. Et que cette sécurité, il n’y avait que dans la vérité qu’il pouvait la trouver.

Mais toujours ce même disque rayé. Cette boucle que les adultes s’évertuaient à refermer, le laissant irrémédiablement à l’extérieur. Avec pour seule compagnie les non-dits et les questions sans réponses. Un silence effrayant qui laissait la place à toutes les interprétations. L’imagination, Ernest en avait à revendre. Ce qui n’était pas toujours une bonne chose. Et dans ce brouillard opaque qui le séparait de la réalité, se tapissait les ombres et s’entassait les corps. Ceux qu’il avait entre aperçus, ceux qu’il imaginait. Mais ce qu’avait probablement oublié les adultes, c’était de le mettre en garde contre lui-même.

Face à son propre aveu, l’adolescent baissa les yeux et rougit légèrement. Mais pas question de reconnaître à quel point il l’admirait et qu’à travers le regard intransigeant de son professeur, c’était la reconnaissance et l’approbation d’un modèle qu’il poursuivait.

Il releva néanmoins son regard clair vers sa directrice de maison. La colère se dissipait peu à peu. Laissant place à une lassitude bien trop précoce pour un gamin de douze ans. Ernest se battait contre lui-même en permanence. Contre ses émotions contradictoires et les dualités d’un monde qu’il n’était pas capable de comprendre. Et ce combat perpétuel était exténuant.

Le choix de métaphore de Miss Valerion n’aurait pu être mieux trouvé tellement elle résonnait en lui. Mais moi, j’étouffe… des paroles qui ne passeraient pas la frontière de ses lèvres et qu’il eut vite fait de déglutir, les enfouissant au plus profond de lui.

Sa dernière remarque, il l’a pris comme une gifle en pleine figure. Un rappel douloureux qu’il n’était qu’un être insignifiant. Qu'il n’était ni grand, ni fort. Qu'il était loin d’être le meilleur. Ni riche. Il n’était que sang-mêlé. Et il était illégitime. Ses yeux étaient à présent embués par des larmes qu’il tentait de retenir désespérément. De s’accrocher au peu de dignité qu’il avait. Avec vivacité, il mordait sa lèvre inférieure pour détourner son attention de ses propres émotions.

“Mais moi, je n'ai rien d’autre… alors il faudra que ça suffise... ”

La détermination, il y croyait dur comme fer. Il s’y accrochait de toutes ses forces. Parce que s’il n’y avait pas la volonté, alors il ne lui restait rien. Il était encore trop jeune pour réaliser que d’autres choses pouvaient peser dans la balance. L’amitié, la loyauté. L’amour.

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La directrice de maison observa les réactions de son élève avec beaucoup d'attention afin de lire ce qu'il n'était pas capable de dire. Il avait rougi, il l'avait regardé, il s'était mordu la lèvre, il avait parlé. Beaucoup d'émotions étaient passés par son petit corps et les paroles qu'il avait eu était presque triste. Aux derniers mots de l'adolescent, Sixtine fit non de la tête.

- Stevens, Stevens, Stevens... Vous n'allez tout de même pas m'obliger à dresser une liste de vos qualités ? Elle patienta quelques instants sans pour autant attendre une réponse de l'intéressé. Déjà, vous êtes dans la digne maison de Salazar c'est donc que vous avez des qualités plus qu'honorable. Vous êtes un gentil garçon, pleins de ressource, vous avez une bonne éducation, vous êtes talentueux. Alors oui, vous faites partis de ceux capables de s'en sortir, je vous mets simplement en garde sur le fait de ne pas compter seulement sur votre volonté.

La professeure se releva et invita l'élève à faire de même avant de se replacer devant la porte de la salle commune et de redonner le mot de passe qu'elle avait prononcé précédemment. Il était temps pour Stevens de se rendre dans son dortoir et temps pour Sixtine de retourner dans ses quartiers.

- Bonne nuit Stevens. Avait elle dit simplement avant de tourner des talons tout en s'assurant qu'il n'aille pas ailleurs que dans la salle commune de Serpentard.

Fin du RP pour moi ! :kiss2:

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Ernest baissa les yeux. Tenir le regard de sa professeur était trop difficile. Il ne pouvait pas écouter, retenir ses larmes, gérer le flot de pensées qui continuait de s’écouler et penser à respirer en même temps. Et puis Miss Valerion sortit de sa manche un atout contre lequel il n’avait pas de main. L’adolescent s’empourpra une nouvelle fois en l’entendant lister ses vertus. Le fait qu’il ait besoin d’entendre ces paroles ne signifiait pas qu’il savait les recevoir. Il se contenta donc d’un silence gêné et la suivit docilement.

Évidemment, elle l’avait amadoué. Désamorçant la tension qui était légèrement retombée laissant place à un désert d’émotion. Le petit brun se sentait vidé. Les questions étaient encore bien présentes mais le courage, lui, s’était envolé avec la colère. Il se contenterait de ce qu’on voulait bien lui donner. Est-ce qu’il avait vraiment le choix de toute manière ? Et il continuerait de faire ce qu’il avait toujours fait, de son mieux.

Mains enfoncées au plus profond de ses poches, il attendit qu’elle rouvre la porte de la salle commune. La tête penchée vers le sol, son regard butta sur ses talons, lui rappelant qu’aujourd’hui c’était la fête des mères. Tout le ramenait toujours à elles. Et plus particulièrement à Elianor. Une légère culpabilité le saisit en réalisant qu’il avait largement manqué de gratitude dans son discours. Ses mères avaient toujours été là pour lui. Et c’était bien de là que prenaient la source de ses peurs les plus profondes.

Le Serpentard releva la tête et croisa une dernière fois le regard de son professeur avant de s’engouffrer dans cette salle commune qui aurait dû être pour lui comme un deuxième foyer.

“B... bonne nuit… Madame…”


Merci pour lui. Et pour moi ^^

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