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Jour 10 - Fortune


samedi 11 avril 2043,
Ellana, 8 ans et Lyna, 6 ans.
Ellana, 8 ans et Lyna, 6 ans.
L'enfant s'était lancée dans une quête toute particulière, en ce samedi d'avril, le dernier avant son anniversaire des neuf ans : trouver un trèfle à quatre feuilles. Dans sa tête, ces trèfles étaient une légende, et elle était bien décidée à en cueillir un, pour le montrer à Lyna. Là où elle se trouvait, l'herbe était recouverte de trèfle, mais tous n'avaient que trois feuilles. Ou alors, la grande majorité, car le jeu du jour constituait à regarder chaque trèfle pour essayer d'en trouver un avec une autre petite feuilles. Et tout ça en le faisant plus rapidement que Lyna, qui elle aussi, cherchait de son côté. Ni l'une ni l'autre n'aimait particulièrement les plantes, mais elles croyaient au pouvoir de ce fameux trèfle : il donnait chance à ceux qui le trouvait.
- Tu trouves ? lui demanda la blondinette, arrivant en courant auprès de sa soeur.
- Non... Et toi, t'as trouvé ?
- Non plus, mais j'commence à en avoir marre... J'vais aller faire du toboggan, tu viens avec moi ?
- Non, j'ai pas envie, j'veux trouver ce trèfle, répondit Ellana, déterminée à venir à bout de sa recherche.
Regardant sa petite soeur partir en courant vers les jeux du parc, elle demeura dans sa zone avec des trèfles, encore plus motivée qu'avant : elle voulait en cueillir un pour Lyna, pour lui montrer qu'on ne réussissait qu'en persévérant. Elle passa plusieurs longues minutes à regarder chaque plante, comptant le nombre de feuilles, se faisant souvent des fausses joies. Cependant, au bout d'un moment, à force d'en regarder, elle finit par trouver la perle rare : il était là, celui qui avait quatre feuilles. Elle compta et recompta ses petites feuilles, pour être sûre d'avoir bien trouvé, puis, elle l'arracha, et se mit à courir vers les jeux où était sa petite soeur, un grand sourire aux lèvres.
- J'ai trouvé !
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Jour 11 - Promenade


samedi 11 février 2040,
Ellana, 5 ans et Alice.
Ellana, 5 ans et Alice.
Samedi soir. Un des moments que la jeune fille attendait le plus dans la semaine. C'était celui où elle allait pouvoir revoir le Peintre Céleste, et surtout, où elle allait pouvoir admirer son œuvre nocturne. Assise dans la voiture avec sa mère, le nez collé à la vitre, elle regardait les paysages défiler sous ses yeux. Elle n'était pas fatiguée ; simplement excitée. Très excitée. Cette fois, Alice n'avait pas prévu qu'une séance d'observation... mais une marche sous les étoiles ! Avant de pouvoir le faire, elles étaient obligées de traverser tout Londres, de quitter cette ville trop bruyante, trop lumineuse, dans laquelle il était impossible de voir correctement le ciel.
Quand elles arrivèrent, Ellana s'était cependant à moitié endormie, le ronflement du moteur la berçant. Bâillant en se réveillant doucement, elle reprit l'ardeur qu'elle avait quelques dizaines de minutes plus tôt et sauta de la voiture, pour atterrir dans l'herbe de l'endroit où l'avait conduite Alice. La femme savait où se rendre pour pouvoir observer le meilleur des ciels possibles, et malgré le fait qu'elle passait ses journées à travailler sur les étoiles, elle adorait enseigner son savoir à sa plus grande fille et aimait les histoires qu'elles inventaient. Bientôt peut-être, elle proposerait à Lyna de venir, mais l'enfant était moins calme que sa sœur, et Alice avait peur que cela ne lui plaise pas.
- Tu viens ? demanda celle-ci en tendant la main à sa fille, qui l'attrapa et serra les grands doigts dans sa petite main chaude. "On va marcher un peu dans la forêt, puis on arrivera à un lac. Tu verras comme c'est beau la nuit."
La brunette emboita le pas à sa mère, suivant son rythme de marche pour rester près d'elle. Si elle aimait regarder le ciel en pleine nuit, et qu'une promenade nocturne l'enchantait, la forêt dans le noir n'était pas ce qu'elle préférait, car à chaque arbre, elle croyait voir une ombre, un monstre près à lui bondir dessus. Tendue, elle serrait le bras d'Alice de plus en plus fort.
- Mamaaaan... quand est-ce qu'on sort de la forêt ? demanda-t-elle d'une petite voix.
- Il y a quelque chose qui ne va pas ?
- J'ai peur... Fait tout noir... Y'a des monstres partout...
- Regarde là-haut, pas devant toi. Tu veux que je te prenne sur mes épaules ?
- D'accord, répondit-elle en frissonnant, avant de se laisser porter par sa mère.
En hauteur, elle avait moins peur des monstres de la nuit, car ils ne pouvaient pas l'atteindre, quand elle était perchée. Suivant le conseil de sa mère, elle leva les yeux au ciel. Au-dessus de la canopée des arbres, des millions de points blancs brillaient, illuminant le ciel de leur douce lueur. Rassurée par la vue de l'oeuvre du Peintre Céleste, toute la peur de la fillette s'évapora, comme la neige fond au soleil. Bercée par le rythme des pas de sa mère, elles traversèrent la forêt sans un mot de plus, profitant l'une et l'autre de leur présence dans ce lieu. Enfin, elle arrivèrent devant le lac. Sur la surface plane de celui-ci se reflétait le ciel ; elles semblaient perdues quelque part, à mi-chemin entre le ciel et la terre. Enchantée, émerveillée par ce lieu de toute beauté, Ellana demeura silencieuse, observant la vaste étendue d'étoiles au-dessus et en dessous d'elle.
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Jour 12 - Epicé


samedi 7 juillet 2040
Ellana, 6 ans et Alice, Gustave et Lyna.
Ellana, 6 ans et Alice, Gustave et Lyna.
Samedi soir signifiait qu'Ellana allait avec sa mère regarder les étoiles. Mais ce jour-là, ce n'était pas possible, et l'enfant avait boudé toute la journée à cause de ça : Alice lui avait dit que le ciel serait nuageux et qu'il y aurait peut-être un orage, mais malgré ça, la fillette n'avait rien voulu entendre. Elle, elle voulait aller voir les étoiles. Pas dans une semaine, elle ne voulait pas attendre tant, c'était trop long ! Et en plus, ses parents avaient prévu d'aller au restaurant pour compenser... Non, elle ne voulait pas. Le restaurant, c'était long et ennuyant. De mauvais humeur, elle dut se résoudre à quitter la maison avec ses parents et Lyna pour marcher jusqu'à la crêperie du coin, une crêperie où ils allaient relativement souvent.
- J'veux pas y aller... déclara Ellana, trainant des pieds.
- Mais on va à la crêperie, tu aimes bien les crêpes non ? lui demanda son père.
- Mais j'veux pas ! J'veux aller voir les étoiles avec Maman, moi.
- Mais vous ne pouvez pas y aller tous les week-ends, et si Maman te dit qu'on ne verra rien dans le ciel, tu peux lui faire confiance.
- Mouais...
Elle continua à marcher en silence sur quelques mètres ; d'habitude, elle était contente d'aller à la crêperie, de pouvoir manger une crêpe avec un œuf et du bacon et une à la cannelle en dessert. Et généralement, elle n'était pas de si mauvaise humeur quand elle ne pouvait pas aller voir les étoiles. Le véritable problème était qu'elle savait que bientôt, elle ne pourrait plus y aller tous les samedis soir car à chaque jour qu'il passait, le ventre de sa mère grossissait et ça faisait déjà quelques mois qu'elle était enceinte. Et quand serait né le nouveau-né, Alice n'aurait d'yeux que pour le bébé et ne voudrait pas aller tout le temps en dehors de Londres le soir, pour ne pas laisser le nourrisson à Papa seulement. Elle lui avait expliqué, mais Ellana ne parvenait pas à se faire à cette idée. Comment pourrait-elle ne plus aller voir les étoiles tous les samedis soir ? Elle avait envie, elle, une envie immense ! Et en plus, à cause de la pollution lumineuse, on les voyait beaucoup moins bien de la fenêtre de sa chambre.
- Ellana, tu prends quoi ? lui demanda alors une voix, la sortant de ses pensées. Ah oui, le restaurant. Ils étaient arrivés depuis plusieurs minutes et la jeune brune s'était installée dans un silence de mort.
- La même chose que d'habitude, répondit-elle. Donc, une crêpe à l'oeil et au bacon et en dessert, une sucre et cannelle.
***
L'enfant mangea en silence sa crêpe faisant office de plat principal. Elle n'avait pas envie de parler, et dégustait simplement son repas. Elle aimait beaucoup les crêpes et elle ne pouvait pas se plaindre de ce dîner très appréciable mais elle aurait préféré être dehors, loin de la ville, sous le ciel nocturne.
La crêpe pour le dessert était également délicieuse, et après ce repas luxueux, la fillette se sentait moins triste. Rien de mieux qu'un peu de cannelle pour se remonter le moral.
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Jour 13 - Hausse


vendredi 7 février 2042,
Ellana, 7 ans.
Ellana, 7 ans.
"Hausse les épaules. Sois silencieuse. Mets toi dans le rang. Regarde au sol. Surtout pas en l'air. Fais semblant de ne pas être seule. D'être comme les autres. D'être avec les autres."
Ellana s'ennuyait à l'école. Compter et lire, elle savait déjà faire, écrire aussi. Elle aurait pu, comme d'autres enfants, faire des petits dessins sur les coins de son cahier, des petits oiseaux ou des petites fleurs mais elle n'était pas comme les autres enfants. Elle n'aimait pas dessiner, elle n'aimait pas faire des petites fleurs, s'habiller en rose, participer en classe. Sans doute n'était-elle pas la seule, mais elle n'allait pas vers les autres, se désintéressait d'eux comme si ses camarades de classe avaient été de parfaits inconnus. Ce qu'ils étaient pour elle.
Tandis que la maîtresse interrogeait les élèves qui levaient la main, l'enfant écrivait des mots au crayon à papier sur quelques lignes restées vierges de son cahier. C'était peut-être pour ça, qu'elle savait plutôt bien écrire pour une enfant de son âge : entre son entrainement quotidien et la lecture, ce n'était même plus étonnant. Parfois, elle écrivait des petites histoires, avec simplement des mots. D'autres fois, elle donnait plus de sens, à ces mots griffonnés. Ce jour-là, elle avait dressé une liste des choses à faire et à ne pas faire, liste qui était longuement restée dans son esprit sans qu'elle n'ose l'écrire.
Silencieuse, elle se contentait de répondre rapidement ou de hausser les épaules quand la maitresse l'interrogeait, esquivant la majeure partie du temps les questions. Elle, ce qu'elle voulait, c'était rentrer chez elle pour pouvoir lire et jouer de la harpe, loin de tous ces enfants avec qui elle n'avait pas passer du temps. Avant d'effacer sa petite liste, elle la relut une dernière fois : "Hausse les épaules,..."
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Jour 14 - Château


jeudi 31 août 2045,
Ellana, 11 ans.
Ellana, 11 ans.
Elle n'y croyait pas. Elle ne pouvait pas y croire. Elle, une sorcière ? Les sorciers, ça n'existait que dans les contes pour enfants, pas dans la réalité ; c'était impossible. Pourtant, on était venu lui montrer que la magie existait. On était venu lui apporter son inscription dans un collège étrange, où elle allait devoir aller en internat ! Un enlèvement ? La peur lui tiraillait l'estomac, et elle se retournait sans cesse dans son lit, se demandant ce qui allait lui arriver le lendemain. Elle allait être emmenée à l'autre bout du Royaume-Uni, là-bas, en Ecosse. Loin de ses parents. Loin de tout ce qu'elle connaissait. Pour apprendre la "magie". Ca avait l'air d'un canular, d'une blague de quelqu'un qui s'ennuie, et pourtant, plusieurs jours auparavant, elle s'était rendu avec un sorcier sur une rue commerçante, pour acheter ses fournitures scolaires. Elle avait déjà lu certains livres, n'avaient rien compris la plupart du temps ; qu'est-ce que c'était que ces histoires de sortilèges ? Et en plus, elle avait acheté une baguette magique. Si on lui avait demandé un chat noir et un balai, ç'aurait été le véritable cliché des sorcières que la jeune fille avait.
Et malgré le fait qu'on lui ait montré que tout ça n'était pas une blague, que la magie existait "vraiment", elle ne parvenait pas à y croire, ne parvenait pas à l'assimiler. Et demain, elle partirait pour l'autre bout du pays. Jamais elle n'avait jamais été aussi stressée. Par moments, des larmes lui échappaient, dans son lit, tandis qu'elle les ravalait pour ne pas réveiller la maison endormie : pourquoi était-ce elle, à qui les lois hasardeuses de la génétique avaient donné ces fameux gènes ? Elle n'en voulait pas, elle ! Elle voulait simplement une vie "normale". Pas une vie avec de la magie, des potions, du vol sur balais et un grand château en guise d'école. Ca non plus, elle ne s'y faisait pas. Un château. Elle allait étudier dans un château. Et apparemment, il était magique. De toute façon, y avait-il quelque chose là-bas, dans ce nouveau monde, qui ne l'était pas ?
L'angoisse lui nouait les entrailles. Elle ne parviendrait pas à dormir.
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Jour 15 - Poignard


mardi 25 juillet 2045,
Ellana, 11 ans.
Ellana, 11 ans.
Des rêves sombres, éclairés par ce qui semblait être la lueur d'une torche. On n'y voyait rien, on s'enfonçait simplement dans un labyrinthe sans fin, tournant à un endroit, refaisant la même chose à un autre. Elle ne savait pas où elle allait. Elle allait, simplement. Mais ça lui faisait peur, de ne pas savoir où elle allait atterrir.
Elle avait mis du temps à s'endormir. Il était presque trois heures du matin quand elle avait fermé l'œil. Et maintenant, elle faisait un cauchemar.
Il y a quelques jours, on lui avait dit qu'elle était une sorcière. Un sorcier était venu lui dire qu'elle était une sorcière. Elle n'y croyait pas. Elle ne pouvait pas y croire, c'était impossible que ce soit ça, c'était impossible qu'elle soit comme dans les contes de fées. On n'était pas dans un conte, ici, mais dans la vraie vie ! Elle avait eu envie de lui crier ça dessus, au prétendu sorcier ; elle ne l'avait pas fait, quelque chose l'en avait empêchée. Et bientôt, il avait dit qu'il reviendrait pour l'emmener acheter ses fournitures scolaires. Elle aurait aimé lui faire confiance, avoir été impressionnée par ce qu'il avait fait mais ce n'était pas le cas. Non, elle avait simplement peur de cet Inconnu, du monde qui s'ouvrait à elle. Pourrait-elle refuser de venir acheter ses fournitures scolaires ? Et si c'était un canular, une simple blague ? Et si on voulait l'enlever ? Toutefois, ses tours de magie avait semblé réels et quelqu'un ne se serait pas embêté autant pour enlever un enfant... Mais quand même.
Tandis qu'elle s'enfonçait un peu plus dans le noir de son cauchemar, dans ce labyrinthe où elle avait l'impression de tourner en rond, elle se réveilla lentement. Elle tremblait dans son lit, de peur et d'appréhension sans doute. Les cauchemars lui faisaient toujours le même effet. Elle se sentait mal. Elle n'avait aucune envie de rester allongée dans son lit plus longtemps, malgré les cernes noires qui s'étaient creusées sur son visage. Tant pis si elle avait mal à la tête toute la journée, elle n'avait plus envie de dormir. Elle sortit de son lit, tâtonna pour allumer la lumière et appuya sur l'interrupteur. La lumière de sa chambre s'alluma. Un regard à son réveil lui apprit qu'il était cinq heures trente. Il était tôt, mais l'aube devait être là, le soleil de juillet commençant à percer très tôt le ciel. Elle se dirigea vers la fenêtre de sa chambre, l'ouvrit, se pencha pour ouvrir les volets également et resta là, la fenêtre grande ouverte, elle à mi-chemin entre intérieur et extérieur. Il ne faisait pas très chaud, pour un mois de juillet, et c'est la fraicheur matinale qui la frappa, lui faisant l'effet d'un poignard dans le cœur. Mais cette petite douleur physique apaisait ses maux et ses questions qui tournait trop vite.
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Jour 16 - Ange


samedi 1er juin 2041, en soirée
Ellana, 7 ans et Alice.
Ellana, 7 ans et Alice.
Comme souvent le samedi soir, Ellana était allongée avec sa mère, emmitouflée dans un gros plaid. Elle n'avait pas réellement froid, mais la chaleur qui se dégageait de la couverture l'apaisait, et elle se sentait bien, dans son petit cocon. Il faisait nuit, mais les nuages n'obstruaient pas le ciel, et l'enfant se blottissait contre sa mère, les yeux plongés vers le ciel.
Là-bas, des millions et des milliards d'étoiles brillaient. Parfois, le soir, elle ne les voyait pas, ces étoiles. Elle était alors triste, déçue, se demandant pourquoi le Peintre Céleste n'avait pas eu le temps de terminer son œuvre. Elle admirait ce Peintre, il était comme un ange, pour elle, un petit ange ailé venu des cieux pour peindre et donner vie à Son Ciel mais elle ne comprenait pas pourquoi, parfois, il ne pouvait pas venir. Avait-il des occupations, dans son monde de nuages et d'anges ? Sans doute... Mais son travail ne devait-il pas primer sur le reste ? Tandis qu'elle se posait ces questions sur l'identité de celui qui était son indole, elle rêvait éveillée, écoutant d'une oreille distraite les quelques informations au sujet des étoiles que lui donnaient sa mère. A bien y réfléchir, elle commençait déjà elle-même à connaitre mieux le ciel : elle savait repérer quelques constellations comme la Grande Ourse, Cassiopée ou Orion, reconnaitre l'étoile du Berger et l'étoile Polaire. Serait-elle prête un jour pour devenir à son tour le Peintre Céleste, l'Ange Nocturne ?
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Jour 17 - Démon - TW : Peur, solitude, désespoir


mardi 6 mai 2042, la nuit,
Ellana, 8 ans.
Ellana, 8 ans.
Ils étaient revenus. Ils étaient là. Tout près. Elle les sentait le long de son corps. De longs frissons d'effroi la parcouraient. Ils étaient là. Elle le savait. Si elle n'avait pas été aveuglée, elle aurait pu les voir. Si elle n'était pas devenue sourde, elle aurait pu les entendre. Si elle n'avait pas perdu le toucher, elle aurait pu les palper. Ils étaient là, tout près, de plus en plus près. Trop près. Les Monstres. Les Démons. Ceux qu'elle ne voulait pas voir. Ceux qu'elle évitait, jour et nuit. Elle avait peur, elle tremblait, elle avait mal, elle avait froid, elle aurait voulu s'enfuir, courir mais elle n'avait pas la force. Il était beaucoup trop tôt pour ouvrir les yeux. Beaucoup tôt tout court. Personne ne devrait être réveillé à une heure pareille. Surtout par une gamine de huit ans.
La solitude l'étouffait. Elle se sentait mal, seule dans son lit trop grand pour elle, dans une pièce trop grande pour elle, dans un endroit trop grand pour elle, dans une Terre trop grande pour elle. Elle avait l'impression de n'être qu'un grain de sable dans un immense sablier, grain de sable qui tombera tôt ou tard de l'Autre côté. Le côté des démons. Le côté de la peur. Le côté de l'incertain. Son cœur se serra, dans cette nuit chaude de mai. Elle se tortilla dans son lit, la sueur aux tempes. Ses pensées tournaient trop vite, trop nombreuses. Trop. Tout était trop pour elle. Elle n'en pouvait plus d'être seule. Ne voulait pas être avec les autres. Elle était trop différente, trop peureuse. Des larmes lui échappèrent. Elle essaya de les contenir. Le silence se fit dans sa chambre, un silence trop lourd, trop pesant. Peu à peu, elle tenta de reprendre le contrôle de sa respiration. Et dans son lit, alors qu'elle peinait à se rendormir, elle sentait tout près d'elle, à quelques centimètres à peine, les démons prêts à l'emporter.
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Jour 18 - Selle


dimanche 4 août 2041,
Ellana, 7 ans et Alice
Ellana, 7 ans et Alice
Assise en haut du cheval, elle tentait de ne pas regarder en bas, de caler son rythme cardiaque et respiratoire sur celui, apaisant, de l'animal. Elle avait eu peur, en montant dessus, bien qu'on lui ait assuré qu'on lui avait donné le poney le plus tranquille de tout le centre équestre. Elle tenait fermement les rennes dans ses mains -un peu trop fermement peut-être même mais elle sentait bien qu'il ne fallait pas qu'elle soit trop nerveuse. Le cheval, il était comme elle ; sensible aux émotions des autres. Ca, elle l'avait appris il y a quelques minutes à peine. Depuis, elle tentait de se convaincre qu'elle était à l'aise, en haut de cet animal.
- Maman, si je me tiens, je risque pas de tomber ?
- Mais non, ne t'en fais pas, la rassura Alice, avec un grand sourire encourageant.
La brunette détourna le regard, pour le fixer sur l'horizon. Après la carrière où elle était, elle pouvait voir quelques arbres, pas assez pour qu'ils forment une véritable forêt, mais ils étaient quand même là. Derrière encore, elle ne voyait rien d'autre que le ciel bleu, parsemé de quelques nuages blancs. Elle se reconcentra sur son cheval, se pendant un peu sur l'encolure, sans vraiment savoir pourquoi -pour lui faire un câlin peut-être ? Elle n'avait jamais été particulièrement proche des animaux, mais les chevaux l'avaient toujours impressionnée : ils étaient grands, majestueux, et le calme qui se dégageait de celui qu'elle montait l'apaisait.
- Maman, il est gentil ce poney, chuchota-t-elle, en faisant un énième tour de carrière, bercée par le pas lent de l'animal. Elle n'avait pas envie d'aller plus vite, mais elle profitait déjà du pas tranquille de celui qui la portait. A présent, elle n'avait plus envie de quitter sa selle. "C'est quoi son nom ?"
- Je crois que c'est Petit Coeur.
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Jour 19 - Dodu - TW : Anorexie


jeudi 22 mai 2042,
Ellana, 8 ans et Alice
Ellana, 8 ans et Alice
- J'aiii pas faim, je vous ai déjà dit ! cria l'enfant, avant de sortir de table en courant pour se diriger vers sa chambre. Depuis quelques jours, elle ne mangeait plus beaucoup, ne voulait plus manger : la pensée de la nourriture l'écœurait et elle avait l'impression d'être dodue. Alors, pour limiter ça, elle cessait de manger, sans se rendre compte que son corps lui disait de se nourrir, sans se rendre compte de sa maigreur. Elle ne se sentait pas bien, depuis quelques semaines : à l'école, elle était de plus en plus fermée, elle ne parlait pas aux gens, elle s'énervait quand on lui adressait la parole, elle s'éloignait. Elle était seule, toujours seule, parfois victime des moqueries des autres et des regards en coin qu'on lui lançait. Plusieurs fois, début mai, elle avait vomi à l'école, exprimant son mal-être.
- Ellana, viens manger quand même un peu ! répondit sa mère, haussant un peu la voix. Alice était démunie, devant son enfant qui ne voulait pas manger, mais elle tentait de l'aider au maximum, autant qu'elle pouvait.
Le silence lui répondit. Allongée dans son lit, la brunette ne voulait plus rien entendre. Si elle avait eu un téléphone ou un lecteur de CD, sans doute aurait-elle mis la musique à fond pour se noyer dans le bruit insupportable et penser à autre chose. Elle aimait bien le silence, mais là, il l'accablait. Et elle avait l'impression de prendre toujours plus de poids, alors qu'elle ne mangeait que peu.
Je précise imaginer la réaction d'Ellana et ne pas avoir envie de beaucoup creuser le sujet dans ce RP, mais si quelque chose vous pose problème par rapport à ce que j'ai écrit, n'hésitez pas. 