The scars of your love
FORTUNE |
11 Octobre 2048, 14 ans |
« C’est une blague ? » Assise à la table des Serpentard avec William, on observe un colis à nos deux noms. Il n’est pas plus gros qu’un livre et l’écriture nous est inconnue. « À tous les coups c’est Alec qui nous fait une farce. La dernière fois, je me suis retrouvé couvert d’encre tout la journée à cause de lui... — Il aurait mis juste ton nom si ça avait été le cas. Et ce n’est pas son écriture. Enfin je crois. Il hausse un sourcil en souriant alors que je me sens rougir. Non mais qu’est-ce que je raconte ? Je secoue la tête pour me remettre les idées en place et sort ma baguette. Will m’imite et on pointe le paquet pendant que je l’ouvre avec précautions. Une lettre se fait apercevoir. Mon frère s’empresse de la faire léviter en la retournant dans tous les sens. Rien ne se produit et ça semble lui assurer que c’est sans danger parce qu’il commence à l’ouvrir. « Oh. » Il garde les yeux fixés dessus et la parcourt à tout vitesse, ignorant royalement mon regard interrogateur. Agacée par son silence, je m’attaque à la découverte du reste de l’envoi, sur le qui-vive. Deux écrins jonchent au fond de la boîte en carton. William Charles Turner et Lily Mara Turner.
« Ça vient des grands-parents. Ils... envoient ça en signe d’excuses et parce qu'ils pensent que c'est important qu'on ait des objets qui portent le blason de la famille. » Je lui tend sa boîte et ouvre la mienne. Un paire de boucles d'oreilles. Une bague. Une barette. Une broche à cheveux. Et un collier. Tous porteurs de l'écusson des Turner. Un T entouré d'un phénix, symbole d'éternité, et d'un dragon, symbole de puissance. Le collier retient mon attention. Simple bandeau noir large d'un centimètre, dont le bout des fermetures en or avait une réplique miniature du blason.
Je soupire en refermant la boîte. Si les parents apprennent ça, ils nous obligeront à les porter. « Ils ne savent vraiment plus quoi faire de leur fortune... » William essaye avec difficulté de mettre un large bracelet de cuire avec une représentation en relief de l'emblème de la famille dans du fer. Je l'aide à l'attacher. « Mmh... ça me va bien, non ? » Il regarde son poignet droit sous tous les angles en hochant la tête, satisfait. « Tu ne mets rien toi ? Maman va s'assurer qu'on les porte, c'est sûr. À moins que tu attendes qu'Alec t'aide ? » N'importe quoi. Je ne veux juste pas montrer à tout le monde ce genre de choses. Surtout si ça vient de ce côté-là de la famille.
Promo 2045
The scars of your love
WANDER |
7 Janvier 2043, 8 ans |
Le nez enfoui dans mon écharpe et les mains au chaud dans les poches, je marche sur les feuilles jaunes, oranges, rouges et brunes du jardin. Les arbres perdent leurs feuilles petit à petit. Ça devrait été triste mais c'est un beau spectacle. Ils meurent pendant six mois et nous, tous ce qu'on trouve à faire, c'est marcher sur leurs extensions fanées pour faire du bruit. Et moi qui était répugnée qu'on puisse se réjouir de la mort de quelqu'un... je ne suis pas si différente, en fin de compte. C'est mal ? Oui, affreusement. Je ne veux pas leur ressembler. Les imiter. Ni être associée à eux. Ils ne pouvaient que profiter de la situation si mes grands-parents maternels n'étaient plus de ce monde. Ils pouvaient nous accaparer à leur guise. Faire de nous les héritiers parfaits de la lignée. Arrogants. Supérieurs. Dédaigneux. Mauvais. Hypocrites.
Ils marchent, comme moi sur les feuilles, sur leur disparition. Quand le chat n'est pas là, les souris dansent, non ? Ils ont maintenant le champ libre. Pour poser leurs pions. Attaquer. Et porter le coup fatal. Pour gagner. Ils savent à l'avance qu'ils vont gagner, ils sont sûrs d'eux et attendent patiemment. La chance finit par tourner, ils l'auront, leur occasion tant espérée.
Ce genre de promenade. Seule... Ça ne m'apporte jamais rien de bon. Seulement des mots de tête, des questions et des cauchemars. J'ai envie de résoudre ce nœud dans ma tête mais je n'y arrive pas. Je veux que tout ça s'arrête. Mais ce serait trop facile... Nombre de fois je me suis réveillée au milieu de la nuit. Nombre de fois j'ai souhaité, tellement fort, que ce supplice s'arrête. Que je les rejoigne pour de bon. Que je mette un terme à ma promenade entre le monde des vivants et celui des morts. Mon âme recherche désespérément son repos éternel. À quoi bon s'accrocher à ce monde-là, où les peines dépassent de loin les joies ? On m'a promis que je vivrai comblée. On essaye de me faire croire que cet argent résout tous les soucis. Peut-il m'acheter un cœur en un morceau, pour combler ce trou béant dans ma poitrine ? Et également de quoi remplacer ce qui stocke les souvenirs que j'ai de vous, pour que je puisse enfin me défaire de ce passé heureux qui contraste avec ce présent douloureux ?
Promo 2045
The scars of your love
SPICEY |
5 Juillet 2048, 14 ans |
À l’aide. Je peine à avaler ce que je viens de mettre dans ma bouche, tant c’est... piquant ? Tata me regarde avec des étoiles pleins les yeux, attendant mon retour sur son plat. Je me force à sourire le plus naturellement possible. « C’est... on sent bien le goût de... tu as très bien épicé. » Je me mords la lèvre inférieure devant ma maladresse. Son regard fouille le mien pour interpréter mes paroles bizarres. « Et donc ? Laisse-moi goûter. » Quoi ? Elle n’a pas goûté ce qu’elle a fait pour assaisonner ? Je me dépêche de terminer mon assiette et remercie mentalement Merlin qu’elle se soit contenter de dresser quatre assiettes. J’ai la langue en feu. Mon frère et mes parents n’ont pas touché aux leurs. Je les toise et j’espère qu’ils joueront le jeu. Tata se dirige vers une assiette encore pleine. « Est-ce que je peux en avoir plus, s’il te plaît ? Eux ils ont déjà mangé mais pas moi... et ça m’a ouvert l’appétit. »
Un grand sourire sur le visage, elle met devant moi les trois assiettes et m’observe manger. Merlin... et moi qui d’ordinaire supporte assez bien la nourriture épicée. Elle a eu la main particulièrement lourde sur le piment. J’adore ces plats d’habitude. Et je ne veux pas la voir déçue. Les dernières bouchées sont les plus difficiles. Ma langue semble anesthésiée au piquant mais j’ai trop mangé. Je ne mange plus rien pendant 3 jours. Et rien d’épicé pendant 1 mois. « Je préfère ton pudding plutôt que ton chili, pour la prochaine fois. »
Promo 2045
The scars of your love
RISE |
13 Octobre 2042, 8 ans |
Je lève la tête en tendant le cou. Le craie vole magiquement dans les airs et tire un trait juste au dessus de ma tête. 120 centimètres. « J'ai mangé beaucoup de soupe, pourtant... » Après un soupir, je regarde la marque précédente. Elle date de janvier. À peine une légère hausse. Je m'étais donné comme objectif de nous mesurer tous les six mois... mais ces dernières temps, autre chose occupe mon esprit. Leur disparition me semble si récente mais ce manque que je ressens m'a l'air de durer depuis si longtemps. Je suis comme désorientée. On m'a retiré le goût de la vie et la notion du temps. Je ne trouve plus d'intérêt à grand chose. À moins que ce ne soit l'âge ? Papa et Maman décrive comme ça la prochaine crise d'adolescence de William.
J'essaye de m'occuper l'esprit mais rien n'y fait. Et les cauchemars toutes les nuits sont comme un rappel. Toujours au rendez-vous. Plus ils durent, plus ils en deviennent douloureux. Alors j'essaye de me maintenir éveillée. Je ne suis qu'une coquille vide qui a perdu toute essence de vie. J'entends les pas de mon frère qui sort de sa chambre et descend les escaliers en courant. Il s'arrête à mi-chemin et m'observe par dessus la rambarde. « Eh, ça va ? On dirait que t'as vu un fan-... » J'hausse les épaules, de peur que ma voix ne tremble si jamais je parle.
Je devrais bien aller. C'est vraiment prétentieux de ma part de désespérer à longueur de journée alors que j'ai un toit, de quoi manger, une famille. Mais je ne vais pas bien. Est-ce que je fais exprès ? Je me sens coupable de leur mort ? De pouvoir profiter de ces soi-disant "plaisirs de la vie" que je ne distingue plus ?
« O-oui, t'inquiète pas. Ça va. »
Promo 2045
The scars of your love
CASTLE |
1 Septembre 2045, 11 ans |
Merlin. C'est vraiment magnifique. L'immense château de Poudlard se dresse pour la première fois devant et je n'en crois pas mes yeux. On a beau m'avoir fait des centaines de descriptions sur l'édifice, je suis époustouflée tant il est grandiose. Je me dépêche de sortir du train qui vient de s'arrêter. Est-ce que tout le monde réagit comme ça la première fois ? Je m'assure une deuxième fois que ma baguette est bien contre mon avant-bras gauche, sous la manche de mon uniforme, avant de prendre la direction qu'on m'indique. Ainsi qu'à tous les autre première année. Mes futurs camarades pour les sept prochaines années. Quand il vient le moment de monter dans les barques, je me joins à un petit groupe de trois avec qui je discute du sujet le plus récurent à cette période de l'année chez les sorciers de 11 ans : la maison dans laquelle ils vont être répartis.
Je ne peux m'empêcher de sourire et de donner des explications sur chaque maison pendant qu'on parle. Deux d'entre eux n'ont pas l'air calé sur le sujet. Voire même sur le monde magique. Mais je préfère ne pas poser la question. On apprendra à se connaître bien assez tôt et je ne veux pas plomber l'ambiance avec les statuts de sang. C'est déjà bien assez présent comme débat tous les jours pour qu'on le ramène au château. Même si je ne doute pas du fait que certains prennent un malin plaisir dénigrer d'autres à ce propos...
Promo 2045
The scars of your love
DAGGER |
13 Août 2048, 14 ans |
Mes ongles s'enfoncent dans la paume de ma mains à mesure que le temps passe. Non mais qui fait ça de nos jours ? Voilà déjà une bonne trentaine de minutes qu'on posait devant un peintre qui faisait un tableau de la famille. Famille. Mon œil, oui. C'était ce qu'on faisait semblant d'être depuis un peu plus d'un an. Je n'y avais mis tellement du mien mais c'était contre nature. Simplement impossible. Je lance un regard agacé à l'artiste qui se tasse immédiatement sur son tabouret. Il n'y est pour rien mais c'est le seul que je peux toiser. William resserre son emprise sur mon épaule. On se regarde un moment dans les yeux et les mots ne sont pas nécessaires. Il en marre aussi. Mais on est obligé de se plier à leurs foutues exigences si on ne veut pas subir de nouveau un enfer pas possible. Une famille.
Un nouveau poignard se plante dans mon cœur à la vue de... nous. Tous les six. Feignant être la famille parfaite. Si seulement deux autres personnes se tenaient à leur place. Juste ici. Je pourrais bien rester des jours entiers debout pour immortaliser l'amour que je leur porte. Ça fait mal, tellement mal. Cette nouvelle plaie ravive les autres contre mon gré. Et je déteste mon impuissance face à ces sentiments qui m'assaillent de toutes parts. Je n'arrive pas à me contrôler. Et mon doigt qui tape nerveusement contre le dossier du canapé sur lequel sont installés mes parents en est la preuve. Tout le monde me regarde mais je les ignore royalement. Concentrée sur l'importance de ma présence aux yeux de Papa et Maman. Sans ça, j'aurais probablement déchiré cette toile de malheur qu'ils voulaient accrocher dans leur immense demeure, avant de partir à des kilomètres d'ici.
J'étais mal à l'aise. Mais pas gênée. Je ne suis pas à ma place ici. À côté d'eux. À poser sur un tableau avec eux. À tolérer leur présence juste à côté. Le bruit régulier ez régulier que j'émets sur le tissu vert n'est rien comparé à celui de mon cœur. J'essaye vainement de me calmer, conscience que l'anxiété ne fera qu'allonger ce moment désagréable. Fixant la fenêtre donnant sur leur immense jardin, je préfère accorder mon attention à ce genre de choses légères, qui ne demandent pas de réflexions. De choix. Qui ne ravive pas d'angoisses. Ni de souvenirs.
Promo 2045
The scars of your love
ANGEL |
21 Juin 2042, 8 ans |
Je ferme les yeux, épuisée. Mes nuits blanches devenaient de plus en plus nécessaires. Et donc de plus en plus longues. Il était 8h et la maison était encore endormie. Mon jus devant moi est resté intacte, depuis que je l'ai versé. Les paupières toujours closes, j'écoute des bruits de pas à l'étage. Puis dans les escaliers. Et je reconnais immédiatement ceux de Maman. Je sens son regard insistant sur moi et ouvre les yeux pour l'observer. Ses pupilles n'ont pas l'air contentes du tout et elle s'approche à toute vitesse avant de prendre mon visage dans ses mains. Ses pouces caressent mes cernes. Je pose un doigt entre ses deux sourcils pour qu'elle arrête de les froncer. « Pourquoi tu es là aussi tôt, mon ange ? » Elle rend cette conversation privée en utilisant la langue que seules nous deux connaissons. Mais la réponse à sa question, elle la connaît déjà. « Ne m'appelle pas mon ange, pas moi. » Je mordille nerveusement ma lèvre inférieure alors qu'un air mécontent s'affiche de nouveau sur son visage. Et même si ces gestes doux ne s'arrêtent pas, je comprends qu'elle veut des explications. « C'est... tellement triste comme comparaison. J'espère qu'ils ne sont pas comme moi. Je ne souhaite ça à personne. » Mes mots sont choisis avec lenteur et la fin de ma phrase se termine dans un murmure. Plusieurs minutes s'écoulent pendant lesquelles je trouve un intérêt soudain pour le sol. N'importe quoi qui ne soit pas ses yeux. Est-ce que j'ai mal formulé ma phrase ? Je ne suis pas encore tellement à l'aise pour parler français...
Des larmes tombent sur le sol mais ce ne sont pas les miennes. Paniquée, je relève la tête vers celle de Maman. Le visage couvert de pleurs. Elle me serre dans ses bras et j'enfouis ma tête dans son cou. « Tu es mon petit ange. Il n'y a pas plus adorable que toi à mes yeux. Tu le resteras pour toujours. N'en doute jamais. »
Promo 2045
The scars of your love
DEMON |
17 Octobre 2043, 9 ans |
« Miss... Tur... vous... outez... MISS TURNER ! » Je lève lentement la tête et retient un sourire en voyant mon précepteur rouge de colère et les lunettes de travers. Mes jambes se balancent dans le vide alors qu’il soupire bruyamment en passant les mains derrière les verres de ses lunette en signe de fatigue. « Oui, Mister ? » Il me toise avant faire s’envoler la craie qui souligne deux fois une question au tableau. Quand sont apparus les dragons ? Oh. Je fronce légèrement les sourcils en réfléchissant. Il a dû le dire. Tirias ? Taris ? Trisa ? Il soupire une nouvelle fois. Je pense qu’il a besoin d’une sieste, il a vraiment l’air fatigué. « Vous êtes vraiment tous les trois pareils. Votre frère et Mister Kryze étaient des petits démons, ils ne faisaient que des bêtises. Je souhaite bien du courage aux professeurs de Poudlard... Nous souriez pas, il n’y a pas de quoi être fière. Vous êtes comme eux mais en plus calme, peut-être. Mes cours sont si ennuyeux que ça ? » La seule chose que je retiens, c’est que je suis comme William. J’ai trop hâte de le revoir. Pauvre Mister Davies, on lui mène la vie dure. « Vos cours sont intéressants. Mais, hmm, ce sont de choses que je connais déjà. Les dragons sont apparus au début du Trias. » Je guette sa réaction mais son visage affiche un grand sourire. Au bord des larmes. « Je suis tellement fier de vous, Miss ! Vous au moins vous êtes un démon intelligent ! » Il sort, bien trop joyeux, de la pièce qui nous sert de salle de classe, appelant Maman. Ma tête se pose sur mes feuilles de notes éparpillées. Ce n’est pas de l’intelligence. De la chance ?
Promo 2045
The scars of your love
SADDLE |
6 Mai 2038, 4 ans |
« C'est quoi ça ? » Je pose mon doigt sur une image dans le livre en penchant la tête en arrière pour regarder Maman. Elle sourit. « Ça ? C'est un vélo. Les moldus l'utilisent pour se déplacer... comme nous avec un balais. » C'est bizarre. Je trace les contours du "vélo". Pourquoi faire une forme aussi compliquée ? Et ça a l'air tellement inconfortable... « Ils s'asseyent là-dessus ? » Elle hoche la tête. « Oui. C'est une selle. Et ils doivent pédaler en posant leurs pieds ici et là pour avancer. » Je prends une tête sceptique. J'ai l'impression que les moldus se compliquent inutilement la vie. Rien qu'en voyant le fonctionnement de ce moyen de transport, je sais que c'est épuisant de faire avancer ce truc. « Lil's, c'est important de comprendre comment ils vivent pour savoir qui ils sont. Nombreux sont ceux qui les dénigrent, eux et leurs enfants sorciers. Je ne veux pas que ma fille soit comme ça... promets-moi que tu ne le seras pas. » Pas quoi, Maman ? Je continue d'observer son joli visage. Il laisse transparaître une douleur. Ou une crainte. Non, ne soit pas triste... s'il te plaît. Je te jure que jamais je ne deviendrai ce que tu ne veux pas que je sois. Peut importe ce que c'est.
Promo 2045
The scars of your love
PLUMP |
24 Décembre 2043, 9 ans |
Non. Pas lui aussi... Pourquoi... ? Des larmes brouillent ma vision mais ce qui m'importe, c'est ce trou béant dans ma poitrine qui s’ébrèche un peu plus. Et ses paroles qui passent en boucle dans ma tête. Ce regard dédaigneux. Suffisant. Supérieur. Ce n'est pas William. Ça ne lui ressemble pas. « Q-qu'est-ce que tu as dit ? » Ma main agrippe la table pour arrêter de trembler. Un rire mauvais lui échappe alors qu'il continue de manger, m'ignorant à moitié. Mon visage se décompose à mesure que je prends conscience de ce qu'il vient de dire. Mes larmes s'arrêtent de couler. Seul le bruit de ses couverts sur son assiette perturbe le silence. Papa et Maman n'ont rien dit depuis le début. Est-ce qu'ils essayent de se convaincre comme moi que tout ça n'est qu'une blague ? « Ce poulet bien dodu est succulent, Maman ! Ça me rappelle comment ces moins-que-rien se sont jetés sur la nourriture pendant le banquet. Ils ne doivent pas avoir l'habitude de manger de bonnes choses ! » Il rit de nouveau.
Je recule silencieusement ma chaise, toujours autant secouée par la tournure de cette soirée d'ordinaire joyeuse. Je me faisais un plaisir de le revoir. Mon frère. Et moi qui le croyait... différent. « Je vais me retirer. Ça n'a aucun intérêt que je reste. » Ma mère me fixe les larmes aux yeux. William pince les lèvres. Mon père prend la main de ma mère dans la sienne. Et moi, j'attends juste un mot de leur part. Un seul me suffit. « Je voulais t'offrir ça quand tu reviendrais. » Je pose un petit paquet devant lui, n'attendant plus rien en retour, avant de monter deux par deux les marches vers ma chambre.
Il a choisi de ne plus rien dire. Il a choisi d'être lâche et d'insulter des gens qui ne sont même pas présent et de ne pas assumer ce qu'il dit. On m'a dit de ne pas espérer quoi que ce soit de la vie. Ça m'aurait évité d'être blessée. Encore une fois. Je ne sais pas si je serai capable de survivre à un énième abandon. Mais qu'est-ce que j'ai fait de mal, à la fin... ?
Promo 2045