21 oct. 2023, 22:52
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
LOIN DU GRENIER, PRÈS DE LA PENSINE
Image

Quelle joie, quelle légèreté le poussait ainsi à affronter ce redouté Chemin de Traverse ? Placido Tripplehorn était comme libéré de ses chaînes invisibles, ne pouvant qu'approuver les paroles de son oncle : ce n'était pas de sa faute s'il avait réagi aussi mal face à cette potion qu'on avait voulu lui faire boire sauvagement. Il était un sorcier traumatisé, après tout, et le passage des années n'y feraient rien. Tout était réglé et, à présent, il était assuré d'être toujours le bienvenu dans cet appartement aux allures de cage...

« Je vais vous prendre la plus jolie canne de votre boutique... »

Pour beaucoup, l'esthétique était une notion subjective qui variait donc selon les goûts de chacun. Pour lui, ce n'était pas le cas. Il y avait les choses qui portaient de la valeur et les choses qui n'en portaient pas. Alors quand il demandait "la plus jolie canne de votre boutique", il voulait assurément dire "la plus chère". Bien heureusement, c'est ce que compris l'une des deux Madame Guipure en lui présentant les cannes les plus ouvragées de la boutique. C'était un peu dommage qu'elle ne puisse pas le conseiller davantage, demeurant déjà aux prises avec des apprentis sorciers - ou futurs apprentis sorciers qui s'apprêtaient à faire leur rentrée à l'école de magie. Tripplehorn appréciait de connaitre l'histoire des objets. A présent, il ne pouvait que lire les étiquettes pour choisir le prix le plus élevé. La canne qui retenait son attention, caressée entre ses doigts squelettiques, possédait un manche en argent métallique. Il était ouvragé en tête de cygne. Une horrible pensée traversa son esprit : quand bien même il cédait ce magnifique cadeau à son oncle qui commençait dangereusement à clopiner, il ne tarderait sûrement pas à le récupérer - par le biais de l'héritage. Vendu ! Ses capacités empathiques s'arrêtaient immédiatement à la ligne des biens convoités.

La transaction s'était avérée rapide, finalement, l'autorisant à flâner un peu dans les rues de Londres dans cette fraîcheur éphémère. Il portait sous le bras un exemplaire de la Gazette des Sorciers dont la couverture laissait entrevoir des joueurs de Quidditch australiens bienheureux. Les nombreuses fontaines du square, côté moldu, étaient déjà fonctionnelles. Fasciné, le sorcier resta debout, appuyé sur la canne, à observer ces jets d'eau qui sortaient du sol pendant un bon moment. Finalement, de jeunes enfants se mirent à courir entre les jets, gâchant quelque peu le spectacle... Bien qu'il s'était déjà éloigné légèrement, Placido se retourna tout de même sur cette vision, observant peut-être avec davantage de curiosité cet étalement de joie de vivre et d'insouciance. Ces enfants lui rappelaient son rêve fiévreux, lorsque les inséparables Romeo et Juliet s'étaient agités dans une magnifique fontaine intérieure, à ses côtés. Les sourcils froncés, le sorcier se détourna complètement.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

22 oct. 2023, 23:12
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
SOUS LE SIGNE DU CYGNE
Image

Tout enjoué qu'il était, Tripplehorn quitta l'âtre de la cheminée et chercha son oncle du regard. Il n'était pas très loin puisqu'il n'avait pas quitté son fauteuil. La seule différence entre son départ et son retour se trouvait dans le fait que la radio magique fonctionnait. Le sorcier s'épousseta en prenant soin de garder la canne derrière lui. Une fois le nuage de poussière dissipé, il tendit l'exemplaire de la Gazette du Sorcier pour détourner l'attention - accordant la vue sur son cadeau à sa Tantine, toujours fixée au-dessus de la cheminée. L'exclamation de surprise qui devait provenir du portrait n'arriva pas, obligeant Placido à vérifier par-dessus son épaule : le tableau avait disparu.

« Qu'est-ce que...?
— Oh, tu as ramené la Une d'aujourd'hui ? » s'égaya l'Oncle Typhus, indifférent, en prenant le journal entre ses mains.

Placido observait d'un regard inquiet l'endroit où il ne restait plus qu'un démarquage rectiligne.

« Tu t'es fait cambrioler pendant mon absence ? » demanda-t-il pour aborder le sujet, l'air un peu hagard.

En revenant sur son oncle, il croisa un regard morne.

« Ma Charmille est là-haut, ne t'en fais pas. Il paraissait ne pas vouloir insister, rebondissant sur le présent : C'est très gentil pour la lecture. »

Placido revint vers la trace laissée au-dessus de la cheminée. Est-ce que son oncle craignait qu'elle n'empiète trop sur son espace, à présent qu'il avait décidé d'investir les lieux ? Reléguer le souvenir de son épouse dans un grenier n'était pas une décision anodine et pourtant elle apparaissait ainsi devant l'attitude du vieux sorcier. C'était peut-être le moment idéal pour lui offrir un cadeau :

« Mais ce n'est pas la seule chose que je ramène ici... » introduisit-il en y mettant un peu du sien.

Un sourire, quelques manières, et il faisait un tour sur lui-même en faisant apparaitre la canne. Fini de jouer avec, elle devait quitter ses mains à présent ! Maintenant. Ah, il n'arrivait pas à s'en séparer...

« Ça alors ! En voilà une fabuleuse trouvaille ! »

C'était le moment de lui annoncer qu'il s'agissait d'un cadeau et que, par conséquent, cette canne lui était destinée. Placido garda le silence, laissant seulement son oncle admirer le cygne du manche. Ses doigts étaient sûrement plus rugueux que ce délicat travail. Soudain, de nouveau, son visage sembla attiré par les stigmates du tableau au-dessus de la cheminée : le remord commençait enfin à le rattraper.

« Ce n'est pas ma canne... C'est ta canne ! » lança-t-il enfin, agacé.

Il s'écarta un peu, comme pour établir une zone sécurité entre lui et cet ouvrage.

« M-ma canne..? répéta le vieux sorcier, cherchant à vérifier cette information sur le visage de son neveu. Ses yeux pétillèrent. Tu es bien certain ? »

Placido acquiesçât, croisant les bras dans une attitude qui voulait dire : "Il vaudrait mieux ne pas s'étaler sur le sujet". L'Oncle Typhus laissa les joueurs de Quidditch sur la petite table et se leva, appuyé sur la canne au manche argenté.

« Elle est à la bonne hauteur... »

Il avança jusqu'à lui d'un pas bien plus assuré et finit par placer une main sur sa joue, comme s'il détaillait chacune de ses cernes.

« Toi alors... Il tapota sa joue. Je pensais que tu avais oublié nos lectures près du lac... Il fallait toujours batailler pour récupérer ton attention. C'était à cause de ce couple de cygnes... Leur danse te fascinait... »

La silhouette émaciée de Placido s'éloigna pour observer à travers la fenêtre, les mains croisées derrière son dos droit. Il ne s'était pas rappelé de cette anecdote en élisant cette canne... Comme à son habitude, il avait choisi à l'aide des prix. Etait-ce l'un de ces souvenirs refoulés qui poussaient à faire certaines choses et pas d'autres ? Il était vrai que, parmi toutes ces cannes bien différentes, il n'avait vu que celle ornée d'un cygne.

« Tonton... Pourquoi vous n'avez jamais eu d'enfants ? »

C'était l'une de ces questions qui fendaient l'air tant elles avaient besoin d'une réponse. Il n'osait toutefois pas observer la réaction de son oncle, se concentrant uniquement sur sa voix.

« Ah... Tu sais, chez les Tripplehorn, les enfants sont un peu les enfants de tout le monde. »

Ce n'était pas réellement la réponse qu'il avait attendue, mais elle lui décocha un sourire. Il était vrai qu'il avait de nombreux neveux et nièces gâtés par autant de tantes et grands oncles. Lui se trouvait plus radin, avec eux. Il était l'oncle un peu taciturne que l'on ne risquait surtout pas d'embêter durant les rassemblements au risque de le voir s'évaporer pour le reste de la soirée. Cette tranquillité avait peut-être un coût.

« Pourquoi cette question..? s'enquit l'Oncle Typhus dont la voix avait des accents de "je sais très bien pourquoi tu te poses cette question".
— Non rien... Je me disais que vous auriez fait de très bons parents, voilà tout. »

Il tirait sûrement cet aveu du fait que tous les souvenirs qu'il lui avait remémorés demeuraient des souvenirs heureux. Peut-être même qu'il se demandait ce qu'aurait été sa vie s'il avait grandi parmi eux... Ou bien pensait-il encore à ces jeunes enfants qui jouaient dans l'eau. Où étaient-ils, les siens ? Pourquoi faisait-on des enfants ? Pourquoi élevait-on des perruches..?


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

23 oct. 2023, 23:06
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
L'APPEL DE LA NUIT
Image

Si le jour lui avait fait oublié son affreuse nuit fiévreuse, le moment du coucher la lui rappela immédiatement. Pourtant, il changeait quelque peu de cadre, car cette fois-ci il dormait dans le petit salon, parmi les vivants. Les deux fauteuils et la petite table basse avaient été éloignés de la cheminée, tirés contre la commode près du mur, pour laisser place à un matelas.

« Tu es sûr que tu ne veux pas ma chambre ? Ça ne me gêne pas du tout de dormir ici... » s'assurait une dernière fois l'Oncle Typhus avant de quitter la pièce, armé de sa nouvelle canne.

Bien que la proposition demeurait très tentante, Placido restait sur ses positions : le but de ce séjour était peut-être de démontrer à ses parents qu'il était un sorcier d'équerre, alors voler le confort de son oncle vieillissant n'était pas dans ses plans. Il balaya l'idée d'un geste de la main.

« Passe une bonne nuit, tout ira bien. » lui sourit-il.

Il fallait dire qu'il ne se sentait plus si isolé : Romeo et Juliet, les inséparables, n'étaient pas très loin. D'ailleurs, ils paraissaient surexcités en voyant que le sorcier s'installait près d'eux. Cela dit, la vision de la trace rectangulaire au-dessus de la cheminée continuait de le perturber. Est-ce qu'un portrait pouvait s'estimait de trop à un endroit et prendre la décision d'être déplacé ? Allongé, il éteignit la pointe de sa baguette magique d'un Nox incertain... Il entendit alors la rumeur de deux voix à travers la cloison. A peine eût-il le temps de se poser des questions que la porte de la chambre s'ouvrait dans un grincement, laissant dépasser un raie de lumière et une tête dans l'encadrement :

« J'ai failli oublier de te dire, ta Tantine m'a rappelé à l'ordre : n'hésite pas à nous réveiller si tu as besoin de quoi que ce soit... Elle adore la canne. »

Oh. Donc l'Oncle Typhus n'avait pas monté le portrait dans le grenier, mais l'avait plutôt rapproché de lui en l'accrochant dans sa chambre... D'un côté, Placido paraissait rassuré - ces tableaux avaient toujours paru si vivants que l'on croyait blesser de vrais sentiments lorsque l'on se comportait mal avec eux - mais de l'autre... Il s'agissait en quelque sorte d'une régression de ce deuil qui avait été si compliqué pour le vieux sorcier. En essayant de trouver le sommeil, le sorcier se promettait de rester vigilant à présent, comme tout neveu sur lequel on pouvait se reposer pour ce genre d'affaires délicates. Des bruissements d'ailes continuaient derrière lui.

« Au dodo mes beaux Soleils... » leur murmura-t-il.

Il avait grand besoin d'une nuit de sommeil réparatrice... Et Romeo et Juliet n'étaient pas décidés à la lui accorder. Pi pi pi pi pi ! faisait l'un deux. Pi pi pi pi pi... lui répondait l'autre. Le sorcier plia un pan de son coussin pour couvrir sa deuxième oreille. En général, ils s'arrêtaient après un moment plongé dans le noir... Sinon, il allait devoir ensorceler la zone. Les cloches de la cage se mirent à sonner, les perruches étaient en train de jouer et voulaient sûrement que le sorcier les rejoigne.

« Shhht... » répéta-t-il.

Pour seule réponse, il eut le droit à un violent bruissement d'ailes contre le grillage. Placido songeait qu'il ne pouvait s'agir que de Romeo, véritable menace pour la tranquillité, quand subitement un tout autre son traversa la pièce. Il obligea le sorcier à quitter son oreiller - pétrifié - pour tenter de l'identifier... Boum, boum, boum. D'un geste machinal, il se saisit lentement de sa baguette magique, toujours à l'affût. Quelque chose avait rebondi là-haut, sur le plancher du grenier. Les inséparables avaient stoppé leur propre tsoin-tsoin, comme finalement battus par cet étrange bruit. Ce n'était pas rassurant, ce silence soudain revenu... Placido se demandait s'il ne devait pas immédiatement déranger son oncle. Il se leva, prudent, et remarqua que la lumière dans l'entrebâillement était déjà éteinte... Peu téméraire, le sorcier se rapprocha de l'escalier et observa un peu au-dessus de lui. Il pouvait s'agir de la bestiole qu'il avait cru sentir au niveau de son oreille la nuit dernière... Il y avait tellement d'objets en équilibre dans ce grenier qu'elle avait pu faire tomber quelque chose très facilement. Existait-elle réellement, cela dit ? Il avait manqué de discernement. Ce n'était en tout cas pas si alarmant que cela et le plus judicieux était de profiter du calme retrouvé en retourner dans son lit. Mais son regard continuait d'être attiré vers le haut, comme si la pensine l'appelait toujours de ses célestes paroles... Tu veux y retourner, n'est-ce pas ? Tripplehorn s'engagea dans l'escalier.

Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

24 oct. 2023, 23:34
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
PROMESSE DANS LE JARDIN SECRET
Image

La demeure de la Prima Donna restait bien dissimulée des regards indiscrets... Peut-être un peu trop. Le jeune Placido n'avait pu y accéder qu'accompagné de l'elfe de maison, se retrouvant dans l'antichambre d'une bâtisse qui semblait sortir tout droit d'un décor d'un autre temps, pourtant située en plein Londres. Lorsque les portes s'ouvrirent, le sorcier intimidé découvrit qu'un jardin à la française avait été emménagé dans le salon... Ou bien le salon était un jardin à la française ? L'intru du souvenir suivait son fantôme d'un air aussi émerveillé que la première fois qu'il s'était trouvé ici : les fontaines, les carreaux en mosaïques, le lierre à foison, les colonnes de marbre... Qu'était devenue cette merveille ? La Grande Renata avait tout perdu, à la fin... Le souvenir de la Grande Renata, lui, s'approchait d'un pas galvanisé en le voyant arriver, suivie par une escorte de deux sorciers aux allures de prétendants. Comme d'habitude, elle tendit sa main pour le baise-main procédural.

« Alors ? N'est-ce pas l'endroit idéal pour la signature de notre contrat..? Je voulais un décor personnel et intimiste... Rien de mieux que ma propriété principale ! »

Personnel, peut-être... Intimiste ? Les deux Placido semblèrent tiquer en même temps.

« Tu seras amené à venir souvent, de toute façon, alors je ferais de toi l'un des Gardiens du secret de ces lieux... » fit-elle mystérieusement.

La cantatrice avait effectivement tenu cette promesse et, à vrai dire, il avait découvert sur le tard à quel point il s'agissait d'un honneur tant elle ne divulguait jamais rien à personne. Cette confiance qu'elle lui avait accordé dès le début de leur amitié lui paraissait maintenant assez troublante, à vrai dire... C'était seulement le lendemain de leur rencontre, et elle l'invitait déjà dans ce secret. La Grande Renata prit place sur le rebord du parapet qui entourait son jardin intérieur, indiquant au jeune Placido de s'installer devant elle. La vitesse à laquelle son fantôme lui obéissait effrayait tout autant le sorcier. C'était étrange de se voir ainsi ratatiné.

« Pour des raisons légales, je vais donc avoir besoin de réaliser un petit quelque chose de rien du tout... »

S'il s'était attendu à griffonner un parchemin, elle tendit sa main et attrapa fermement son poignet. Tripplehorn s'approcha de ce souvenir, troublé : comment avait-il pu oublier ce qu'elle avait essayé de faire à ce moment-là ?

« Reste calme pendant tout le processus et contente-toi d'accepter les termes de notre accord : ce sorcier va sceller notre contrat... »

Le serment inviolable... La vie contre une promesse. Agité, le jeune Placido essayait de se détacher de l'emprise, bégayant une ébauche de mots incompréhensibles.

« Mais... Je... Euh...
— Ne t'en fais pas, ce n'est qu'une formalité... Ce serment, on l'a déjà fait avec ton prédécesseur. Il est toujours vivant. »

La sorcière croisa le regard de ce garçon effrayé et sembla soudain pâlir. L'ensorceleur se plaça entre eux pour poser le bout de sa baguette magique sur leur étreinte.

« Attend..! objecta-t-elle soudain de sa voix puissante. Ce n'est... Ce n'est peut-être pas réellement nécessaire. »

Le jeune Placido espérait, le bras arrêtant de se débattre, et le plus âgé fronçait les sourcils. S'il savait que ce serment n'avait finalement jamais été acté, il ne se souvenait plus de tous ces détails effrayants...

« C'est ma Petite Renata qui a suggéré l'idée. Elle est très protectrice de sa maman et... C'est vrai qu'on a toujours fait les choses comme ça, avec mes élèves, sourit-elle, comme touchée par ses propres mots.
— Dans ce cas... Allons-y. Faites-le », décida le jeune sorcier d'un air résigné.

Les pupilles de la Grande Renata semblèrent se dilater à cette parole. Le fantôme se demandait : Avait-il déjà démontré un tel courage dans sa vie ? Quelle terrible insouciance... A vrai dire, il se remémorait cette sensation de danger qui l'avait poussé à accepter, car une porte immense se serait refermée sur lui s'il avait émis davantage de réticence devant ce serment inviolable. Cette faiblesse d'esprit lui faisait dire que ce qui lui était arrivé par la suite n'était pas si étonnant que cela. La main de la Grande Renata desserra son étreinte, glissant le long du frêle poignet pour saisir la main du jeune chanteur.

« Mais tout semble si différent, avec toi... »

Ils ne venaient pas du même milieu, ils n'étaient pas égaux. Peut-être était-ce ce qu'elle avait voulu exprimer. La cantatrice avait sûrement perçu l'injustice et l'égoïsme d'un tel acte. La Grande Renata semblait soudain perdre son bagout, laissant de côté sa personnalité écrasante aux accents superficiels et illusoires :

« Mon bel oisillon, mon petit Piccolo... Je jure de te protéger depuis ton ascension, jusqu'au moment où tu atteindras cette gloire qui te revient. »

Les joues rouges, le jeune Placido écarta l'une de ses mèches de jais de son front. Il parut resserrer l'étreinte de sa main dans celle de sa protectrice, comme apaisé d'être arrivé à une telle résolution. En écho à ce fantôme du passé, Tripplehorn susurra, les bras croisés devant cette scène :

« Grande Renata... Je jure de rester votre entier serviteur, depuis mon ascension, jusqu'au moment où j'atteindrais... Non... Jusqu'à ma mort ! »

Les yeux dans les yeux, la chanteuse et son protégé s'adressèrent un sourire entendu, délaissant le sorcier spectateur devenu véritable épave émotionnelle. Au son de la fontaine, il retournait dans le grenier.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

25 oct. 2023, 23:48
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
SOUS LES FEUX DE LA RAMPE
Image

Tripplehorn s'affairait dans les fioles de son casier, cherchant la suite à cette chronologie d'événements passés, ivre de ces petits détails qu'il avait laissés passer et qui possédaient tant de sens à présent... Placido, hiver 2032, Sous les feux de la rampe. Il s'agissait probablement d'un condensé de ses premiers vrais rôles. Ecoutant son envie de continuer sur sa lancée, le sorcier se dépêcha de retourner à la pensine.

« Bravissimo tout le monde, c'était parfait ! Maestro Piccolo, c'était tout simplement époustouflant », le sorcier, metteur en scène, en embrassait ses doigts en contrebas.

Sur les planches, un jeune Placido semblait se délecter de ce compliment. A l'Opéra, on avait commencé à l'appeler Maestro, comme tous ces chanteurs et musiciens experts - sauf que lui venait à peine d'avoir vingt-et-un ans. Il ne faisait pas mieux que les prodiges enfants, certes, et il travaillait énormément pour tenir le rythme des répétitions... Mais il restait ce jeune homme magnétique propulsé d'un seul coup dans le paysage des professionnels et dont on suivait les débuts de près. La Grande Renata n'était jamais loin, malgré son emploi du temps surchargé. Il était notoire que pour adresser la parole à son poulain, il fallait d'abord passer par elle - ce qui en soi était déjà un tri naturel pour écarter les vautours du milieu. Le fantôme de son passé descendit pour rejoindre leur protectrice.

« Si tu veux mon avis, il en fait un peu trop celui-là, accusa-t-elle en visant le metteur en scène d'un coup de menton. Tu n'as pas refait ce qu'on avait travaillé hier soir... l'assenait-elle directement, lui faisant quitter son sourire satisfait.
— Ah oui... C'est vrai. »

Tripplehorn, à côté de ce jeune homme sans répondant, n'aurait toujours pas su quoi répondre réellement à cette accusation. Il se souvenait de ces journées trop remplies imposées par la cantatrice. Il avait souvent eu l'impression d'être l'un de ses nouveaux chihuahuas présentés à tous ses "amis" du milieu. Sans prévenir, le décor s'évapora pour se reconstruire aussitôt. Le sorcier n'avait pas bougé d'un pouce, l'impressionnante scène s'étalait toujours devant lui. Seulement, cette fois-ci, elle était peuplée d'un public très agité... Un public de sorciers tout à fait normal.

C'était l'ovation, un ténébreux sorcier sortait des coulisses et recevait toutes sortes de plantes en guise d'offrandes. D'après cette tenue, Tripplehorn pouvait deviner qu'il s'agissait de la version lyrique de Babbitty Lapina et la souche qui gloussait. Bien entendu, il avait joué le rôle charlatan... et très bien joué, même. Trop bien peut-être, éclipsant le rôle principal de l'opéra. Les mains remplies d'étranges bouquets fournis, il venait d'accorder un clin d'œil tout à fait insolent à sa partenaire. C'était l'un de ces petits gestes dangereux qui attisaient la haine. La Grande Renata l'attendait dans les coulisses, impatiente. Placido suivit le chanteur qu'il avait été, n'arrivant pas à ressentir cette euphorie du moment.

« Ils m'adorent ! » s'extasiait-il auprès de la Prima Donna.

Ce visage... L'inquiétude qu'elle laissait entrevoir reflétait la sienne devant cette insouciance qui serait de courte durée. Avait-elle déjà compris à ce moment-là qu'il ferait objet d'une jalousie sans pareille, elle qui n'était pas arrivée au sommet sans avoir provoqué quelques pertes ?

« Maestro, Maestro ! Toute la distribution va dîner au Chaudron Baveur, vous êtes obligé de nous rejoindre..!
— Ah oui ? Je... Je peux, Grande Renata ? »

La sorcière ne l'avait pas félicité et n'exprimait qu'une noirceur certaine dans son attitude. Si elle transpirait le mépris à cet instant, son jeune lui ne l'avait pas remarqué... Ou plutôt avait-il fermé les yeux. Ce souvenir s'assombrissait et n'était finalement pas du tout agréable. Se détourner lui semblait pourtant impossible...

« Ne fête pas ton succès jusqu'à la fin de la nuit... Les horaires de ton entraînement ne changeront pas, je veux te voir à l'aube ! »

Il s'agissait d'un ultimatum qu'une mère aurait pu poser à son fils... Sauf qu'elle n'avait rien d'une mère inquiète et plutôt quelque chose d'une Prima Donna vexée de ne pas être invitée à la fête. Les signes de sa déchéance étaient déjà là, annonciateurs comme ces gyrophares sur les carrosses rapides des moldus. Le jeune sorcier disparaissait dans les plaisirs de cette nuit, emplie d'un succès qu'il pouvait s'attribuer presque entièrement : ce rôle, il l'avait obtenu dans le circuit commun des artistes, à la suite d'une audition réussie et non par le biais du réseau important de la Grande Renata. Toutefois, il en oubliait ses premiers admirateurs. Ses parents très occupés avaient assisté à cette représentation... L'Oncle Typhus, la Tante Charmille... Tous s'étaient libérés pour le voir sans rien obtenir en retour.

Dans ce nouveau décor, l'atmosphère était à la joie... L'intru du souvenir était le seul à arborer une mine désolée. On se dit qu'à vingt ans, on est les Rois du monde. S'il s'était montré moins imbu de sa personne, s'il avait écouté les signes klaxonnant qui s'étaient présentés à lui... Il aurait pu profiter de cette ambiance encore longtemps. Le Chaudron Baveur se vidait peu à peu de ses derniers clients mais leur groupe continuait de festoyer.

« Dans un an, deux ans... Tu seras notre nouvelle tête d'affiche, crois-moi ! lui disait un camarade un peu éméché. Ses dons divinatoires apparaissaient curieusement quand il n'avait plus tous ses sens.
— Je dirais même, cette année ! » rebondissait son ami.

L'allure fière, la tête haute, le jeune Placido gardait un silence contenté par tous ces compliments.

« Moi je pense... Je pense qu'on a tous hic un destin tout tracé... Des fois, on pense qu'une personne nous a aidé à atteindre notre but alors que hic on y serait parvenu par nous-même... »

L'adulte invisible à leur côté les observait presque avec du dégoût. Avait-il été réellement heureux, ici ? Comment aurait-il pu l'être... La Grande Renata l'avait sorti de l'ombre, pourtant il avait permis ces sordides insinuations d'être prononcées à cette table. Nul doute que son destin n'aurait pas été le même, sans l'intervention de sa protectrice dans sa vie. Avait-il réagi, finalement, pour faire honneur au serment qu'il avait prononcé à la sorcière ? Non, il avait laissé dire et même acquiescé, ce petit ingrat. Peut-être bien que ce jeune chanteur l'avait mérité, cette fin abrupte.

« J'y serais peut-être parvenu par moi-même, oui... rétablissait soudain le jeune ténor. Mais j'y serais parvenu dans un drôle d'état sans ma bienaimée protectrice. »

Il levait son verre, sous les yeux atterrés du sorcier à ses côtés. Le souvenir s'évanouissait... Tripplehorn souffla, plus apaisé : il s'était très souvent montré ingrat, certes... mais jamais envers la Grande Renata.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

26 oct. 2023, 23:40
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
CHASSÉ PAR LES ANGES DU PARADIS ORIGINEL
Image

C'était le troisième flacon qui avait été versé dans la pensine, le sorcier les avait enchainés avec la ferveur d'un homme qui surestimait grandement ses capacités. Il n'avait même pas remarqué que celui-ci n'était pas étiqueté comme tous les autres... Il allait voguer dans des eaux hasardeuses, donc. Nouveau décor, nouveau succès à l'Opéra. Un triomphe l'accueillait, lui qui avait déjà les yeux rouges d'avoir pleuré le souvenir précédent... Allait-il la revoir une nouvelle fois, sa bienaimée protectrice ? L'ambiance de la salle le sciait sur place. Depuis les balcons, on voyait tomber mille offrandes aux artistes - à vrai dire, sûrement réservées à un seul artiste. Il était donc tombé sur la suite chronologique du précédent plongeon dans le passé ? Le voilà qui réapparaissait pour l'un de ces nombreux rappels, éblouissant la scène de sa prestance. Quelque chose n'allait pas.

Tripplehorn se sentit défaillir à la vue de son jeune chanteur. La tenue qu'il portait en était la raison : il s'agissait de son costume de Sorcier au cœur velu. Il avait beau vouloir se détourner, retourner dans le grenier, se sauver... Sa conscience n'arrivait pas à se réveiller. C'était comme s'il était pris au piège dans son pire cauchemar. Un cauchemar réel, vécu il y a une quinzaine d'années de cela. Non, non, non... Il se rappelait avoir extrait ce souvenir de sa tête pour le confier à la Tantine Charmille dans l'espoir de l'oublier complètement. Elle l'avait placé dans son tiroir, parmi tous les autres ? Recroquevillé dans un coin de la scène, les mains sur le visage - tout à fait inutiles tant il ressentait chacune des émotions du passé -, le décor s'évaporait et changeait du tout au tout. En l'espace de quelques minutes, ils y étaient. Sa loge.

« QUE LES NARGOLES M'EMPORTENT, IL EST EN TRAIN DE MOURIR ! s'époumonait la Grande Renata en donnant des coups d'éventail à tout-va. SAUVEZ-LE, DÉPÊCHEZ-VOUS BOUGRES DE CRACMOLS ! »

Les doigts du sorcier se crispèrent sur son crâne. Bien qu'il ne regardait pas ce jeune sorcier être privé de son brillant destin ni l'agitation angoissée autour de lui, il ressentait toute sa douleur et surtout sa stupéfaction qui le gardait si silencieux.

« Laissez passer le Soigneur !
— C'est de la fumée, qui sort de sa bouche ?
— Il n'a peut-être pas supporté le succès...
— Quelle horreur, il n'aura eu qu'un seul vrai rôle. »


Ne regarde pas, ne regarde pas... Il sentait la présence de tous ses anciens partenaires de scène. Les regards insistants qui semblaient vouloir imprimer une dernière fois son visage avant de l'oublier. Il reconnaissait même quelques voix, après toutes ces années...

« Mon petit Piccolo... Mon trésor... Tout va bien se passer maintenant », mentit sa protectrice à travers ses larmes de crocodiles, toujours aussi agitée que son éventail.

Avait-elle réellement menti, cela dit ? Il avait été pris en charge correctement et avait évité le trépas du jeune artiste. Lui enlever tout juste ce qui faisait de sa voix son originalité, en revanche, était semblable à une mort pour un chanteur qui venait de goûter enfin aux fruits de son labeur. Si le temps était censé panser ce genre de blessures, il n'avait pas bien fait son travail... Quand ce décor se distordrait-il enfin ? Par pitié, faites que ce souvenir s'arrête ici. Un son se détachait de tout ce vacarme... Des sifflements familiers, agréables. Les inséparables l'appelaient...


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

27 oct. 2023, 22:44
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
CHAT SAUVAGE SOUS UNE OMBRELLE
Image

Ses yeux se rouvrirent en grand, sous les sifflements plus distincts des vieux Romeo et Juliet. Suffocant comme un sorcier presque noyé, Tripplehorn observait l'espace immédiat qui l'entourait sans bouger. Le visage de son Oncle Typhus apparut alors au-dessus de lui :

« Reste calme, tu es de retour parmi les vivants.
— Mon oncle, c'était...
— Je sais, pas maintenant... Repose-toi », conseilla-t-il en le forçant à s'allonger.

Il avait dû déjà comprendre à partir des fioles encore éparpillées sur le plancher du grenier. Placido remarquait que son corps ne faisait plus qu'un avec son matelas dans le petit salon, recouvert de serviettes déjà trempées de sueur. Comment son oncle avait pu le faire descendre de l'escalier ? L'avait-il poussé dans l'ouverture du grenier ?! Non, il devait probablement avoir utilisé sa baguette magique.

« Est-ce que tu lui as fait boire de l'eau ? demandait la Tantine dans son portrait, depuis la pièce d'à côté.
— Je ne vais pas essayer de lui faire ingurgiter quelque chose maintenant, il va me sauter à la gorge..! » lui rétorquait son époux, un peu débordé.

Le sorcier mal en point se recroquevilla, tremblotant, sans donner tort à son oncle. On aurait dit un animal sauvage, continuellement sur ses gardes. Ses cheveux étaient hirsutes - chose qui n'arrivait jamais même pendant la nuit grâce à son filet - et son regard noir ne semblait pas encore totalement réatterri dans la réalité présente. Il ne désirait que de s'endormir et d'oublier le cauchemar qu'il venait de revivre.

« Au moins il est conscient et il peut parler, informait la voix lointaine de l'Oncle Typhus. Charmille, je cherche une couverture plus épaisse, tu te souviens où je les ai rangées..? Ce n'est vraiment pas normal de trembler en pleine canicule. »

Il semblait avoir trouvé ce qu'il fallait, puisqu'il revint rapidement dans le salon pour emprisonner son neveu à l'intérieur d'une couverture en patchwork, comme l'on emmailloterait un bébé. Un grand bébé très pâle et fortement contrarié qui faisait une drôle de tête.

« Allons, voilà... On est quand même mieux ainsi », commentait son vieil oncle en frictionnant ses épaules.

Placido eut la force de s'avancer pour se caler complètement dans ses bras.

« Là, voilà... C'est fini.
— Je me suis revu... m-mourir, murmura-t-il en toute sobriété.
— Tu n'es pas mort, tu n'es pas mort... » lui répétait le vieux sorcier avant de l'allonger de nouveau, peut-être aussi troublé que lui.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

28 oct. 2023, 23:30
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
ACCEPTER L'INACCEPTABLE
Image

Une légère odeur de jasmin enivrait les narines d'un sorcier au sommeil bien trop lourd pour qu'il ne daigne ouvrir les yeux. Le Soleil semblait déjà briller haut dans le ciel, traversant la seule fenêtre du petit salon. Placido pouvait sentir la présence de son Oncle Typhus derrière lui qui tournait une cuillère dans une tasse comme s'il essayait de ne pas toucher les rebords, probablement déjà installé dans son fauteuil depuis un moment. Il était grand temps de se réveiller pour mettre fin à ce silence poli. La couverture bougea, faisant apparaitre un visage qui avait du vécu.

« Je suis une loque, remarqua simplement Placido qui avait du mal à se lever.
— Ah, tu es réveillé ! Prend ton temps, surtout... Tu peux même rester allongé si tu en as envie. »

Le sorcier sembla y réfléchir, mais la chaleur procurée par la couverture le décida à sortir du matelas. Il avait toujours les yeux rouges, sa chemise de nuit était débraillée et, surtout, il avait dormi sans son filet à cheveux. Toutefois, ce n'était rien qu'un bon bain ne pouvait arranger. Son Romeo et sa Juliet avaient visiblement déjà été servis, alors il n'attendit pas pour préparer ses affaires. Tripplehorn se sentait épié et avait une nouvelle fois entendu la voix du portrait de sa Tantine au loin, comme si elle continuait de donner des conseils pour aider son époux dans leur mission "aider le neveu à se rétablir". Ce n'était pas habituel de le trouver dans un tel état, alors cette situation était peut-être plus effrayante encore pour eux. Le sorcier avait toutefois décidé qu'il ne ferait pas la même erreur que la dernière fois en s'apitoyant sur son sort et en s'auto-punissant : il se répétait jusqu'à y croire que son oncle n'allait pas le virer pour cette erreur de jugement sur ses capacités à utiliser la pensine. Il fallait dire qu'il avait eu hier la preuve que son oncle tenait réellement à lui et que le sentiment était réciproque.

A la sortie du bain, Placido se sentit lavé de tous ses pêchés. Il salua bien mieux le vieux sorcier et se cala dans le fauteuil à côté du sien, les jambes repliées sur le côté. Il l'avait finalement complètement adopté, cette place. Son regard ne put s'empêcher de se diriger vers l'ouverture du grenier.

« Ne t'en fais pas, j'ai tout arrangé là-haut, sembla anticiper le vieux sorcier. Ses grosses binocles restaient fixées sur la Gazette du Sorcier de la veille. Quant à la pensine... Je l'ai dissimulé pour... Eh bien...
— Pour ne pas que je sois tenté de l'utiliser ? » tenta posément Placido.

Cette décision lui convenait. Un seul moment de faiblesse, et il se retrouvait dans le grenier à explorer de nouveaux souvenirs dans le bain à oiseaux sans pouvoir se stopper.

« Des choses intéressantes, dans les actualités..?
— Figure-toi que l'équipe australienne a gagné la Coupe du Monde de Quidditch ! C'était un très beau match. »

Même si Placido connaissait déjà le résultat, il était content que son oncle l'apprenne enfin - lui qui s'était endormi en le suivant depuis les ondes magiques de la radio. Chez les Tripplehorn, le résultat importait moins que le spectacle.

« Il y a aussi... commença-t-il avant d'être coupé par son épouse depuis la pièce d'à-côté.
— Rien du tout, il n'y a rien du tout ! »

La curiosité piquée, le sorcier à l'allure toujours fatiguée fit signe à son oncle de continuer.

« J'ai vu une annonce de location qui pourrait t'intéresser... »

Jusqu'à maintenant, il n'avait pas senti la contrariété de la veille revenir. Elle aurait dû réapparaitre... C'était toujours ainsi, que l'on mentionne son empoisonnement ou qu'il en revive le souvenir complet. Peut-être était-il finalement plus solide qu'il ne le pensait à ce sujet ? C'était la même chose avec sa délicate affaire de recherche de logement... Il y a une semaine de cela, il aurait été extrêmement vexé qu'on lui parle d'une annonce alors qu'il venait de se faire éjecter de la maison familiale. Aujourd'hui, il comprenait parfaitement que n'était pas pour le virer que son oncle abordait le sujet, mais pour l'aider à mieux vivre, tout simplement. Comme il devait l'avoir inquiété, hier...

« Tu veux bien me la lire ? »

Placido ferma les yeux comme pour se concentrer, le visage à moitié baigné dans les rayons du Soleil. Il allait bien, il avait survécu et il était un sorcier tout à fait honorable. Revoir son comportement du passé lui avait peut-être ouvert les yeux sur cette nouvelle perspective... Aussi douloureuse la réalisation fut-elle.

« Cherche locataire soigneux - que les ensorceleurs du dimanche et les apprentis potionnistes ne répondent jamais à cette annonce ! Appartement fantastique, pièce principale spacieuse et lumineuse, chambre à coucher au charme inégalé. Vue côté jardin, bâtiment excentré de la rue principale... »

Ainsi installé et reposé par ces mots qui le faisaient rêver, le sorcier s'était mis à somnoler dans un sourire apaisé.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

29 oct. 2023, 22:21
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
LES INDÉSIRABLES INSÉPARABLES
Image

Vêtu de ses plus beaux habits, couleur paon, un sorcier apparaissait dans l'âtre de la cheminée dans une entrée enflammée. Ces derniers jours occupés à autre chose que de ressasser des pensées négatives dans un vieux grenier semblaient l'avoir embelli. Tripplehorn revenait du village Pré-au-Lard où avait eu lieu sa visite d'appartement. Un air victorieux embaumait le petit salon, alors qu'il se retenait de sourire.

« Il t'a plu, n'est-ce pas ? » s'enquit à la hâte l'Oncle Typhus qui avait relevé ses binocles de sa Gazette du Sorcier.

Placido acquiesçât, des étoiles dans les yeux et fit tournoyer sa cape, les précieux rouleaux de parchemins serrés contre lui.

« C'est une véritable merveille ! Je n'aurais pas grand chose à faire pour l'améliorer... Les espaces sont bien proportionnés, il y a un balcon sous verre, le dallage en pierre de travertin lui donne des airs d'Italie... Et la baignoire, mon oncle... Elle est immense !
— Tu... Tu as déjà signé quelque chose ?
— Pas encore », s'assombrit-il soudain, tombant dans son fauteuil.

L'Oncle Typhus ne masqua pas sa surprise : si cet appartement rencontrait enfin tous les critères de son neveu, il valait mieux qu'il se pose rapidement dessus car ce n'était pas une chose qui arrivait tous les jours.

« C'est le loyer qui te refroidit ? »

Le regard dans le vide de son neveu n'indiquait rien de bon. Ses différents salaires devaient pourtant se trouver assez élevés pour loger à Pré-au-Lard qui, il était vrai, réunissait la petite bourgeoisie sorcière...

« Si tu as besoin que la famille t'aide un peu au début... » risqua le vieux sorcier.

Placido croisait les bras, toujours pensif. Quel était le problème ? Son regard déviait sur les perruches inséparables. Elles étaient le problème ? L'Oncle Typhus se souvenait avoir lu la mention d'une recherche d'un sorcier soigneux, dans la petite annonce.

« La propriétaire n'aime pas les allers et venues des rapaces... Ni les perruches », avoua finalement le sorcier.

Tout le monde ne pouvait pas se comporter comme sa Charmille avec les oiseaux... Romeo et Juliet n'étaient pas les énergumènes les plus bavards ni les plus dissipés en raison de leur grand âge, bien qu'ils gardaient la personnalité taquine de leur espèce. C'était un peu injuste de faire miroiter l'appartement parfait à son neveu à la seule condition qu'il laisse ses fidèles compagnons derrière lui. L'Oncle Typhus savait que son neveu n'abandonnerait jamais ses vieux oiseaux, même au prix du logement de ses rêves.

« Peut-être que je pourrais m'occuper d'elles... Tu viendrais les voir pendant les pauses scolaires. Tu viendrais nous voir... » essaya-t-il hasardeusement.

Placido sembla y réfléchir. Ce n'était pas une décision à prendre à la légère. Même lorsqu'on lui avait annoncé qu'il logerait dans une petite cabine au château de Poudlard, il avait emmené ses oiseaux. Combien d'années pourraient-ils encore partager ensemble ? Chaque moment était devenu précieux. L'Oncle Typhus ne pouvait que comprendre ce sentiment. Il observa son neveu qui ouvrait la cage pour saluer les perruches, comme s'il se préparait déjà à les imaginer loin de lui... Cette nuit de réflexion ne serait pas de tout repos.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer

30 oct. 2023, 23:13
 Inktober   SOLO  Les Fantômes de l'Opéra
Image
LAISSER LES FANTÔMES SE REPOSER
Image

Une semaine entière avait été nécessaire pour se fixer sur une décision, peut-être la plus dure à laquelle le Maestro Piccolo eût été confronté. Le contrat de location serait signé le lendemain et il devait maintenant rassembler ses dernières affaires laissées dans le grenier, l'âme en peine même s'il accédait en quelque sorte à l'un de ses rêves. Même si la pensine était dissimulée grâce à la magie, le sorcier pouvait sentir sa présence à chaque coin de cet endroit. A vrai dire, il se sentait même observé.

« Ne traîne pas trop s'il te plait, je n'aime plus te voir ici », pressait sa Tantine dans son portrait "résidence secondaire".

Les bras remplis de babioles qui ne lui appartenaient pas toutes, son regard paraissait attiré sur l'Armoire à mémoires.

« Il me reste quelque chose à faire ici... murmura-t-il pour lui-même.
— Ah non, finis les souvenirs ! » rouspéta le portrait.

Tripplehorn déposa son tas dans un carton à moitié vide et s'approcha des casiers. Le sien paraissait de nouveau lui résister, l'obligeant à forcer comme la première fois. Parmi les flacons qui s'étaient entrechoqués à l'ouverture du tiroir, un seul l'intéressait : celui qui n'avait pas de nom. Le sorcier l'observa un instant plus attentivement dans sa main. Il sortit sa baguette et appela à lui de quoi l'étiqueter. La Tantine Charmille essayait d'observer ce que faisait son neveu, mais il se situait dans son angle mort.

« Placido Tripplehorn, hiver 2032, Les Fantômes de l'Opéra », écrivait-il à la manière de ceux qui avaient été étiquetés par sa tante.

C'était une première étape, n'est-ce pas ? Nommer au passé ce qui appartenait au passé. Il déposa ce flacon empoisonné parmi les autres. Son regard fut de nouveau irrémédiablement attiré : Placido Tripplehorn, hiver 2023, Réinterprétation de l'audition devant la famille. L'un des tout premiers souvenirs sur lequel il était tombé dans ce casier coulissant : le flacon était resté au-dessus de l'armoire, là où il l'avait mis de côté avant de partir à la recherche de la pensine. Quelque chose en lui l'appelait à s'y rendre. Ses yeux pétillants se tournèrent vers le portrait.

« Tantine... Où est cachée la pensine ?
— Non, non, et re-non ! J'ai promis à Typhus de ne rien te révéler. »

Le sorcier croisa les bras de son air dédaigneux. Il allait devoir sortir le grand jeu pour la convaincre. S'abaissant dans une révérence comme s'il présentait ses hommages les plus respectueux, il dicta d'un ton théâtral :

« Le Joyau de votre Crabe de Feu requiert le droit de plonger dans un souvenir qui lui servira grandement à conclure quelque chose qui sommeille en lui... C'est bien ce que tu m'avais dit chère Tantine, les souvenirs ne doivent pas être utilisés pour assouvir une simple curiosité ? »

Le portrait l'observait d'un air suspicieux, mais flatté d'être cité.

« Ça ressemble à quelque chose que j'aurais pu te dire... Oui. »

Finalement, il ne fut pas difficile de la convaincre : lui lire l'étiquette suffit à lui indiquer l'endroit exacte où se trouvait la pensine. Pouvait-elle avoir compris ce qu'il essayait de conclure en se rappelant de ce moment en particulier ?

« Tourne un peu à droite. Encore un peu... Voilà, à partir de là tu peux faire trois pas. Plus grands, les pas. »

Bim ! Tripplehorn venait de rencontrer une pensine invisible. Un simple contresort suffit à briser l'enchantement lancé par son vieil oncle dont la magie n'était plus réellement solide. Sans s'attarder, il versa le flacon et s'agenouilla devant le bain à oiseaux... S'il réfléchissait davantage, il repenserait à leur dernière rencontre qui s'était si mal terminée. Il n'allait pas à l'Opéra, c'était l'essentiel.

Le décor, comme tous ceux qu'il avait visités jusqu'à présent, lui apparaissait très familier. Et pour cause, les Tripplehorn n'avaient jamais changé d'habitation depuis des générations. Il s'agissait toujours de la même maison étroite et haute en plein cœur de Londres. L'agencement du salon n'avait pas pas réellement changé non plus, quoique la table s'était quelque peu rétrécie au fil des années, n'accueillant plus autant de sorciers qu'avant. Visiblement, Noël allait pointer le bout de son rouge museau si l'on en croyait la décoration excessive. Tout le monde était réuni autour du piano : les Tripplehorn, leurs sept enfants, les oncles, les tantes et les grands-parents. Un petit garçon aux yeux très bleus et très éveillés attendait que la sorcière installée - sa mère - joue les premières notes.

« Eeet... » engagea-t-elle.

Le petit sorcier entonna d'une voix cristalline les premières paroles de sa chanson, celle qui lui avait permis d'intégrer le sélectif Chœur des Grenouilles.

« Tout le monde dans le chaudrooon !
Couleuvre, écaille de dragooon !
Mooomie de sorcière, grenouille,
Dent de loup, mouche qui gargooouille...
»

En pleine déformation professionnelle, Tripplehorn avait esquissé un geste pour redresser les épaules de sa version de lui-même enfant. Il fut toutefois soudain surpris par la reprise en chœur de toute la famille - ses sœurcières inclues - en canon avec lui :

« Double, double, double, double, peine et trouble !
Flamme qui brûle et chaudron plein de bulles !
Double, double, peine et trouble !
Flamme qui brûle et chaudron plein de bulles !
»

Il sentit la puissance de toutes ces voix rassemblées résonner jusqu'au fin fond de son cœur, dans le grenier. Tous les problèmes ne semblaient avoir aucune importance, parmi ces sorciers si soudés. Ils glissaient simplement sur eux pour être transformés en une force indescriptible. Le grand sorcier observait attentivement chaque visage, constatant le regard fier de la Tantine Charmille et de l'Oncle Typhus ainsi que... celui de ses parents. Son père lui prenait la main, entonnant avec lui le refrain. Il était leur petite étoile, la star de la famille.

Emu jusqu'aux ongles, ce souvenir bref et intense s'arrêta au bon moment. Placido se redressa et se précipita pour le ranger dans son flacon, retournant à l'Armoire à mémoires.

« Alors ? Ne me dis pas que tu es en train d'en chercher un autre... » s'inquiéta le portrait resté à l'affût dans son coin.

Elle entendit le tiroir se refermer. Son neveu s'affairait, rassemblant de quoi écrire. Il prit le temps de s'arrêter une seconde devant elle :

« J'ai une idée... Une véritable idée de génie ! annonça-t-il avec l'entrain d'un compositeur fou. Où est mon vieux cahier de partitions ? »

Si, au moins, il semblait en avoir fini avec la pensine, l'ensorcelant pour la refaire disparaitre, il paraissait trop agité pour son bien.

« Placido, il me semble que tu as un rendez-vous très important demain...
— Au diable cet appartement et ces vils sorciers qui veulent me séparer de mes oiseaux ! »

Si elle avait pu se reculer sous le choc, la Tantine l'aurait sûrement fait.

« Bon sang, j'ai enfin compris ce que je voulais..! Demain, le Maestro part à la reconquête de sa place au sein de la maison Tripplehorn ! »

Armé d'une volonté de fer, il effraya complètement de son pas pressé le portrait qui disparut pour rejoindre celui du rez-de-chaussée. Le sorcier remit rapidement la main sur un vieux cahier, poussiéreux mais enluminé. Il se recroquevilla contre l'armoire et commença à noircir de sa plume une nouvelle page, indifférent au bric-à-brac à ses côtés qu'il avait voulu emporter l'instant d'avant. Indifférent aussi aux petits couinements d'une souris qui l'observait, curieuse, en compagnie de sa petite famille.


Image

Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama
𓇢𓆸
L'IA m'a tuer