Le mois d'août SOLO

Le jeudi 20 août 2048,
La Citadelle



Ce matin, je sors de ma chambre déjà habillée pour la journée et prête à en découdre avec cette Citadelle qui ne me laisse que peu d'air pour respirer. Je sursaute presque en tombant sur ma mère, les bras chargés d'un petit déjeuner tout à fait anglais, qui se dirige vers la table qui compose notre salle à manger. Elle m'adresse à peine un regard mais daigne me dire bonjour avant d'aller poser sur derrière sur la chaise la plus loin de moi.

En retenant un soupir, je vais me préparer un petit-déjeuner. Je ne mange pas beaucoup le matin, je crois que je ne mange pas beaucoup tout court. Il n'y a que lors des périodes de révision, pendant lesquelles je m'épuise, que je me sers de grosses assiettes. Un fruit, un thé et un bout de bacon qui traîne dans une assiette encore chaude. Et ça me suffit amplement.

Je vais, difficilement, m'asseoir à la même table que ma mère. En préparant mon petit-déjeuner, j'ai évidemment passé en revue toutes les options. Celle d'aller manger dans ma chambre me paraît trop brutale, celle de manger debout dans la cuisine trop inconfortable et celle de manger en face d'elle trop gênante. Alors je m'assied à côté d'elle. La table est ronde et assez grande pour quatre personnes seulement, si on utilise pas la magie pour l'agrandir.

Après avoir pris mon petit-déjeuner en silence, les yeux dans mon assiette, sans oser les lever même un instant vers ma mère - qui elle évite tout aussi soigneusement de me regarder - je pose ma tasse de thé vide sur la table.

« Je m'en occupe. »

Dis ma mère, en agitant sa baguette. Mon assiette et ma tasse se soulèvent, pour s'empiler sous ceux de ma mère, et se diriger presque gaiement jusque dans la cuisine.

En voyant de la magie, mon coeur se serre. Cela fait trop longtemps que je n'ai pas utilisé ma propre magie et cela me manque. Viscéralement, je ressens la magie qui ne demande qu'à exploser, comme cette fois avec Bristyle dans la salle sur demande. Dans mes veines, ça bouillonne, et je crois que ça explique que je sois tellement en colère contre ma mère. Elle qui peut se servir de sa magie quand elle le souhaite, qui utilise Glacius pour conserver les ingrédients qu'elle déniche ou encore Incendio pour donner un coup de feu sous un chaudron.

Alors je me redresse, après avoir regardé ma vaisselle disparaître et ma mère utiliser un Tergeo pour la nettoyer, je la regarde quitter l'appartement en me souhaitant une bonne journée.

J'ai imaginé, naïvement, qu'elle me proposerait de venir avec elle à la boutique aujourd'hui, qu'elle aimerait me montrer son travail, qu'elle voudrait se réconcilier avec moi, qu'elle avait compris que j'avais été blessée. Mais non, notre relation est toujours aussi froide.

Gel

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le vendredi 21 août 2048,
La Citadelle



Je n'en peux plus.

Je me réveille avec la lumière du jour, cette lumière naissante qui entre difficilement à travers la fenêtre. Elle rayonne d'abord contre le mur qui bouche la vue de ma fenêtre, avant d'illuminer ma chambre de sa faible clarté. Mais cela suffit à me réveiller, probablement parce que je ne suis pas endormie. Je me retourne dans mon lit, dans un sens et puis dans l'autre, je soulève la couette, la pousse jusqu'à mes pieds, je change mon oreiller de place, le retourne, et puis je finis par abandonner. Sur le dos, les yeux grands ouverts, j'arrête tout simplement d'essayer.

Je ne me sens pas bien.

Je suis transpirante, ma tête est embrumée, mon coeur est serré et je ne me sens pas bien. Il m'a fallu plusieurs heures de réflexions embuées pour comprendre de quoi vient mon mal-être. C'est cette ville, c'est cette famille, c'est cette chambre, ce sont des chaînes autour de mes épaules qui m'empêchent de déployer mes ailes. Ou mes pensées. Ou mes capacités. Peu importe, parce que ces chaînes sont trop lourdes pour moi.

Je me lève d'un bond et je sors de ma chambre pour faire irruption dans la pièce à vivre. Mes deux parents sont là, autour de la table, et ils mangent en silence.

« Je veux retourner au hameau. »

Lancé-je à travers la pièce.

Mes mots se cognent contre les murs et se perdent dans les regards vitreux de mes parents. C'est très précisément le visage dur de ma mère tourné vers moi qui me fait prendre conscience de ce que je viens de dire. Surtout, comment je viens de le dire. Ses yeux me disent il va falloir te justifier mieux que ça si on veut éviter que ton oncle nous tombe dessus. Car je sais que ma mère ne souhaite pas particulièrement me garder auprès d'elle tout l'été.

« J'ai oublié des livres importants pour la formation Animagus. Il faut absolument que je révise avant la rentrée. »

Ma mère acquiesce, mon père l'imite.

Et je peux faire mes valises pour rentrer ce soir au hameau. Je dirais au revoir à tout le monde dans la journée, et j'enverrais un hibou à ma grand-mère qui je l'espère l'atteindra avant que nous arrivions dans sa cheminée.

Chaînes

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le samedi 22 août 2048,
Le hameau



Le sourire sur mon visage refuse de me quitter. Allongée sur le grand tapis du salon, je fixe le plafond. Mes grands-parents sont tous les deux occupés ailleurs, tantôt dans le jardin, la cuisine ou à l'étage. Et moi, je passe mon après-midi couchée ici à apprécier simplement le fait d'être rentrée.

Revenir par la cheminée n'a pas été traumatisant, même si emprunter le réseau de cheminée n'est jamais très agréable. Arriver dans ce grand salon et tomber sur ma grand-mère paisiblement assise sur son fauteuil, mon grand-père sur le sien, à la faible lueur d'une lampe dans un coin de la pièce m'a réconforté plus que de raison. Fini les grands immeubles de la Citadelle, terminé de se coltiner toute une famille plus ou moins agréable, plus d'agitation et plus de mur à travers la fenêtre. Ici, les fenêtres donnent sur la forêt, partout où on pose les yeux. Et ça, c'est ce qui m'avait manqué le plus, je songe toujours allongée là.

Mais, aussi heureuse que je suis d'être rentrée, je ne peux m'empêcher de revoir les adieux. Owen m'a fait la tête, pendant un moment, en me demandant ce qu'il allait bien pouvoir faire jusqu'à ce qu'on se retrouve à Poudlard. Ma réponse ne lui a pas paru très drôle, c'est certain, mais je lui ai conseillé de réviser pour préparer la rentrée. Mon oncle m'a à peine salué et s'en fut de même pour toute la partie Macbeth de ma famille. Ce qui m'a le plus surpris, c'est que tante Alice me prenne dans ses bras et me glisse un mot à l'oreille. Je suis fière de toi, m'a-t-elle dit à l'oreille. Cela m'a presque arraché une larme. Parce que si j'ai toujours trouvé tante Alice trop stricte, elle est celle qui se rapproche le plus d'une mère à la Citadelle. Mon père aussi m'a pris dans ses bras, cela dit, et m'a dit la même chose. Mais ça n'a pas eu le même impact sur moi. Parce que mon père dit les choses à la légère, tout le temps.

Quant à ma mère...

Mes jambes et mes bras nus, au contact du tapis rugueux, commencent à me gratter. Alors je me redresse et je me rend compte que mon sourire est tombé. Il faudra que je parle avec ma grand-mère, à propos de ma mère, pour lui raconter tout ce qui s'est passé et qu'elle puisse me rassurer sur le fait que ma mère ne me déteste pas. Mais je crois que je vais retarder encore cette discussion, pour éviter d'apprendre que je ne me trompe pas.

Rugueux

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le dimanche 23 août 2048,
Le hameau



Cet après-midi, je me promène.

Ce n'est pas une activité qui fait particulièrement vibrer mon cœur. Mais je dois avouer que j'aime aller me promener une heure à Pré-au-Lard. Ici, au hameau, la nature est si belle que j'apprécie m'y promener. Je marche dans la forêt, sans robe de sorcier, avec des vêtements moldus, en regardant tantôt le sol mousseux et tantôt les cimes des arbres. Ce sont surtout des chênes et autres feuillus autour de moi. Un peu plus loin il y a des résineux.

Je continue de marcher en vagabondant, sur le sentier qui se dessine, levant les yeux en entendant des feuilles crisser. Et puis, alors que je m'enfonce dans la forêt pour tenter de voir l'origine du mouvement dans les feuilles. J'avance plus lentement, entre des ronces et des arbustes qui ont poussé naturellement. Je regarde la végétation, sans manquer une miette de ce spectacle que je ne peux pas m'offrir toute l'année, en continuant dans la même direction.

Et puis je tombe nez-à-nez avec un oiseau. Il est posé là, sur une branche à hauteur des mes yeux, sur un arbre encore jeune. Le soleil traverse les feuilles pour illuminer son plumage. Je le reconnais vite, grâce à toutes les recherches que j'ai faites pour la formation, c'est un geais des chênes. Son plumage est marron, ses plumes sont marbrées de bleu et terminées de blanc et de noir.

Comme je suis silencieuse, l'oiseau ne bouge pas. Tous les deux, figés, nous nous regardons fixement.

Alors que j'observe son plumage, en songeant que je pourrais regarder assez longtemps pour le dessiner en rentrant et réaliser une métamorphose lui ressemblant dès que j'aurais ma baguette entre les mains.

Et puis, je me mets à penser à la formation. Les oiseaux m'attirent d'une manière presque indescriptible. Je me sens proche d'eux, j'aime les regarder autant que les dessiner et quelque part, j'ai l'impression de leur ressembler. C'est probablement la curiosité que je vois dans leurs yeux ou encore la liberté que donne leurs ailes. Il y a peut-être aussi un peu de Chase Markle là-dedans, lui qui aimerait devenir un Animagus faucon, à l'image de son animal totem. Et ça doit m'influencer assez pour que je pense que mon propre animal totem serait aussi un oiseau. Mon correspondant m'a soufflé l'idée que ce serait probablement un corbeau.

Mais je dois me préparer. Cette année, si je suis acceptée et autorisée à suivre la dernière année de formation, je deviendrai une Animagus. Et je ne serai peut-être pas Animagus oiseau.

Mes yeux se sont perdus dans le vague si bien que, quand l'oiseau s'ébroue avant de s'envoler, je sursaute. Je pivote pour le regarder partir, la touche de bleu de ses ailes scintillent dans les arbres jusqu'à disparaître.

Céleste

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le lundi 24 août 2048,
Le hameau



Ce midi, nous mangeons tous les trois dans la cuisine. Le bar est certes has-been mais tout à fait fonctionnel. Je suis assise en face d'eux, la tête au-dessus d'une assiette remplie de salade garnie de quelques tomates et de ce fromage que mon grand-père adore.

D'ailleurs, il en a beaucoup parlé. Et l'entendre déblatérer sur ce fromage et nous compter ses origines avec une trop grande précision m'a fait réaliser à quel point mon grand-père est superficiel. Il est beaucoup plus à l'aise avec les enfants, il leur parle de Quidditch ou des jouets avec lesquels il jouait quand il était gosse lui-même. Quand il doit parler à des adultes, il évoque le temps ou plus rarement les actualités. Et c'est quelque chose qui m'a toujours étonné chez lui : il passe sa journée à lire les journaux mais il ne parle pas souvent de ce qu'il lit. C'est probablement parce que ses journaux parlent du sport, il est abonné à toutes les revues sur le Quidditch et lorsqu'il les a fini, il allume la radio pour écouter les matchs qu'il ne peut plus aller voir. Et nous, le sport, ça ne nous intéresse pas.

Mes yeux passent sur ma grand-mère, alors que j'avale une nouvelle bouchée laborieuse de salade à peine garnie - j'ai mangé toutes les tomates d'abord.

Ma grand-mère n'a rien de superficiel. Elle est même tout sauf ça. Ses conversations tournent beaucoup autour de la politique, depuis quelques années, en mêlant un brin de philosophie. Elle aime aussi parler des livres qu'elle lit, même si elle sait que je m'intéresse moins aux romans. Les sujets légers qu'elle aborde concernent le jardin et les cycles de la lune pour savoir quand planter quel légume. Sinon, elle aime parler de sa passion pour la divination.

Parfois, je la regarde m'expliquer des notions de divination avancées, et je me demande pourquoi elle n'est pas professeure à Poudlard. Et puis, je la vois se déplacer difficilement et je me rends compte du temps qui est passé et de ce qu'il a fait à son corps.

Je termine mon repas en songeant que mes grands-parents font un drôle de duo, entre profondeur et superficialité, sagesse et candeur. Et ça me donne envie de passer l'après-midi auprès d'eux.

Superficiel
Dernière modification par Adaline Macbeth le 28 oct. 2023, 11:57, modifié 1 fois.

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le mardi 25 août 2048,
Highland écossaise, village de Mudale



Cela faisait longtemps que je n'avais pas transplané avec ma grand-mère.

En arrivant devant une petite maison esseulée au milieu d'une étendue marécageuse, couverte de hauts roseaux qui se sont déjà éteints à cause de la chaleur de l'été, accrochée au bras de ma grand-mère, je me redresse sans vomir. Les tourbillons qui m'ont emportés dans ce voyage se sont tus brusquement, me laissant pliée sur moi-même, l'estomac retourné. Mais je me remets plus vite de ce voyage que des précédents, est-ce la preuve que j'ai grandi ?

Je lâche le bras de ma grand-mère et nous avançons silencieusement. Je ne suis jamais venue visiter tante Anabeth dans sa nouvelle maison, mais ma grand-mère m'apprend qu'elle est venue souvent cette année. Elle est contente de pouvoir s'occuper de Millie et donner un coup de main à ma tante et son mari. Je souris, sans arrêter de marcher, dans la boue séchée qui borde l'allée jusqu'à leur maison. C'est un petit cottage bordé d'un marécage, plus loin sur la droite s'étend un grand étang, sur la gauche un pré jauni qui doit être magnifique en été et plus loin, on pourrait presque voir la côte. derrière la maison on voit apparaître une serre avec une armature blanche et des vitres transparentes.

En arrivant devant la porte de la maison, nous n'avons même pas besoin de frapper que la porte s'ouvre sur tante Anabeth. Un grand sourire sur le visage, elle nous invite à entrer. La maison, qui paraît minuscule de l'extérieur, est en réalité très vaste. Magiquement agrandie, chaque pièce s'étend plus que de raison, dans une atmosphère épurée qui rend tout presque éthérique. Les plantes, les nombreuses plantes, disposées intelligemment dans chaque recoin de la maison. Je m'étonne en entendant comme quelqu'un descendre des escaliers, et jette des regards tout autour de moi jusqu'à tomber sur les pieds d'un escalier qui effectivement mène à un étage habilement dissimulé sous la toiture. Oncle Olive nous salue, une tablier couvert de suie de bois autour du cou, et un objet curieux à la main. C'est une sorte de canard, non une oie, en bois mais qui gigote dans les mains de son propriétaire. Il la pose au sol et elle fait le tour de la pièce avant de s'arrêter, comme pour reprendre son souffle, et repartir immédiatement.

Nous mangeons tous ensemble, avec Millie qui a grandi bien trop vite à mon goût et dont les joues potelées se sont presque complètement effacées, le cœur gai et le sourire aux lèvres.

Après manger, tante Anabeth me demande de la suivre. Nous empruntons un couloir de la maison, le plus sombre ou le seul qui soit vraiment sombre, pour déboucher directement dans la grande serre que j'ai aperçu derrière la maison un peu plus tôt. Et cette serre est belle, le plafond vitré est haut, le sol en terre est parsemé de dalles en pierre, les cultures de plantes diverses sont délimitées avec des petits cailloux blancs ou surélevées dans des bacs en bois.

« Comme je sais que tu t'intéresses à la botanique, même si tu t'intéresses à tout, je voulais te montrer la nouvelle plante que j'ai réussi à dénicher. Suis-moi... »

En hochant la tête, je la suis docilement. Je ne peux pas dire le contraire, je m'intéresse à beaucoup de choses, même si je réalise que ma formation Animagus m'a rendu beaucoup moins curieuse de toutes les autres matières. Non, me rassuré-je, je ne suis pas moins curieuse, c'est simplement que je n'ai pas le temps de creuser tous les sujets. Il faut bien faire des choix !

Tante Anabeth m'emmène au fin fond de la serre, une serre tout en longueur bien plus grande que ce que j'avais pu imaginer. En voyant toutes les espèces magiques et non-magiques qui sont élevées ici, je peux presque voir ma tante les arroser et leur donner tous les nutriments dont elles ont besoin en leur parlant d'une voix légère et rassurante. Quand finalement on est arrivées devant une plante qui est isolée. Je me met sur la pointe des pieds pour voir par dessus la barrière en bois.

Un chou mordeur de Chine ! Et un gros.

« Il a un sacré caractère ! Il m'a déjà mordu une fois mais je ne lui en veux pas, il avait faim. »

Dangereux

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le mercredi 26 août 2048,
Le hameau



Aujourd'hui, il fait beau. Presque tous les jours, il fait beau.

Ma grand-mère dit que s'il pleut si peu souvent, on va avoir des problèmes. Mon grand-père lui a répondu qu'on a qu'à utiliser la magie pour arroser le jardin.

C'est probablement à cause de cette réflexion qu'elle lui a demandé d'aller désherber ce fameux jardin dont elle s'occupe avec beaucoup de soin. Il semble que mon grand-père lui, se fiche assez du jardin pour ne jamais aller s'y promener et encore moins utiliser sa baguette pour l'arroser. Alors il est là, entre les lignes de haricots, de tomates et de courges qui sont en train de pousser à leur propre vitesse, et il se penche lentement jusqu'à former un angle droit, une main dans le dos et l'autre qui tire sur les mottes de terre. Habillé comme un dimanche, chaussé de pantoufles, je remarque les marques du temps.

Discrètement, je me faufile dehors et enlève ma robe de sorcier pour me retrouver en short et tshirt. Je n'ai même pas besoin de relever les manches pour me mettre au travail. Je m'approche de mon grand-père, assez près pour qu'il m'entende me placer à côté de lui, et je lui adresse un petit regard complice.

« Laisse moi faire, grand-père, toi tu n'as qu'à faire semblant ! »

Lui lancé-je un peu trop gaiement.

Quand je parle à mon grand-père, j'ai l'impression de redevenir une enfant. Dans ses yeux, c'est ce que je suis, il me regarde avec la même malice que lorsque j'étais petite - même s'il aurait aimé que je fasse plus de bêtises, c'est pour ça qu'il s'entend aussi bien avec Owen - et m'enveloppe de son amour paternel. Un amour un peu passif mais un amour quand même. Il rit de mon cœur en me remerciant, avant de se mettre à me faire la conversation.

Et moi, j'utilise mes mains, accroupie entre les légumes du jardin, pour enlever les mauvaises herbes. Les paroles de mon grand-père me parviennent à moitié parce que, dans ma tête, cet exercice me fait l'effet d'une thérapie. J'arrache les mauvaises herbes de mon jardin intérieur.

Enlever

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le jeudi 27 août 2048,
Le hameau



La rentrée approche à grands pas.

C'est sur mon chat que cela semble avoir le plus d'effet, sans que j'arrive à deviner si elle a hâte de retourner au château ou si elle n'a pas envie de quitter le hameau - après l'avoir retrouvé si brièvement. Elle est lovée contre moi avec une désinvolture forcée et ne daigne pas me regarder, elle ne veut même pas de mes caresses.

En la regardant, ainsi enroulée contre son propre pelage, ses pattes blanches dissimulées sous un ventre tout aussi blanc, je me souviens de cette première année passée avec elle. Nous nous sommes rencontrées et apprivoisées ici, au hameau, et puis avons appris à le refaire dans chaque nouveau lieu, dans les dortoirs, dans les couloirs, dans le parc du château. Je me souviens de voir son museau derrière moi, presque entre mes jambes, à chaque fois que je sortais de ma salle commune. Lune me suivait partout, au début, elle m'accompagnait dans tous mes déplacements ou presque et je ne compte pas le nombre de petit-déjeuner où j'ai du la garder contre moi d'une main et avaler une tartine en vitesse de l'autre.

Mais ce n'est plus le cas, je pense en levant la main au dessus d'elle pour la caresser, avant de me raviser devant ses oreilles baissées. Les chats sentent, les chats entendent mais les chats s'en fichent. C'est ce que me disait ma grand-mère quand je lui racontais comment Lune est différente des autres chats, comment elle me comprend et me fait comprendre les choses. Et à l'époque, je ne la croyais pas ! Mais petit à petit, j'ai vu comment mon chat que je pensais attaché à moi s'est détaché. Comment elle a arrêté de me suivre même si je le lui demandais. Comment elle refuse mes caresses même quand j'en aurais besoin.

Tout ça, c'est à cause de moi.

Depuis que j'ai commencé la formation Animagus, tout a changé. Je ne me promène plus dans les couloirs, je me contente d'aller d'un point A à un point B. Je ne vais plus prendre l'air dans le parc, je vais tout droit vers les enclos pour chercher une dinde à métamorphoser. Je ne passe plus autant de temps dans mon dortoir, mais assise à un bureau.

J'ai délaissé mon chat et il me le rend bien.

Le réaliser me serre le cœur, mais je ne sais pas si je pourrais faire des efforts cette année. Plus que les autres, cette année sera dure. C'est l'accomplissement de mon rêve.

Animal

Animagus renard polaire
Post ASPIC

Le mois d'août SOLO
Le vendredi 28 août 2048,
Le hameau



L'une des principales raisons de ma frustration à La Citadelle, si on omet le fait que je n'aime pas ma chambre, que je ne suis pas à l'aise avec mes parents, que je déteste mon oncle Neville, c'était d'être loin de ma grand-mère. Je ne lui ai même pas écrit, pendant ce long mois passé dans cette forteresse, si ce n'est pour lui annoncer que je rentrais, parce que tout ce que j'aurai pu écrire pouvait être lu. Et si je ne suis pas tout à fait un ennemi public numéro un, j'ai l'impression que tout ce que je peux dire ou faire pourrait être retenu contre moi devant le tribunal des Macbeth - et je déteste ça. Alors je me suis contentée de penser à elle, très fort, et de laisser faire le temps.

Et me voilà enfin récompensée, depuis presque une semaine, pour avoir été assez patiente pour demander à rentrer au hameau lorsque c'était enfin acceptable.

Aujourd'hui, j'ai trainé dans ma chambre, si bien que mes grands-parents sont déjà levés et qu'ils s'affairent en bas. Je peux entendre les portes s'ouvrir et se refermer, parfois claquer, et puis brusquemment, par la fenêtre, le bruit de quelqu'un qui transplane. Je me lève en vitesse pour jeter un oeil curieux dehors et ce dernier tombe sur deux adultes qui se tiennent par le bras, habillés chiquement, qui ne tremblent même pas de leur voyage magique et s'avancent déjà en direction de la porte d'entrée.

Je n'ai jamais vu leurs visages avant, mais il ressemblent fort à des clients de ma grand-mère. J'en ai rencontré quelques uns au mois de juillet - et ait été fort déçue de rater ceux du mois d'août. La femme lève les yeux vers la bâtisse et j'ai le sentiment qu'ils me transperçent, alors que je guette comme une petite fouine ou un autre espion du genre, leur marche silencieuse jusqu'à la maison.

Enfin, ça sonne. J'enfile ma robe de sorcier par dessus des vêtements décontractés et me prépare à descendre pour les saluer. Je crois que maintenant qu'elle m'a vue, je dois aller me présenter - sinon j'aurais vraiment l'air d'une fouine.

En sortant de ma chambre, je referme délicatement la porte derrière moi. Puis j'entreprends de traverser le couloir à pas feutrés pour tendre l'oreille avant de descendre saluer ces invités.

« Mr et Mrs Anderson ! Soyez les bienvenus. Je suis contente de vous revoir. »

Entendis-je monter depuis l'entrée. Je reste encore en retrait quelques instants, pensé-je, puis je descends, calfeutrée dans le couloir qui me cache de la vue de nos invités en m'empêchant aussi de les voir.

« Oui je vais bien merci. La jeune fille à la fenêtre ? C'est ma petite-fille, Adaline. Elle va entrer en sixième année à Poudlard ! Oui, c'est une très bonne élève, vous savez. Elle a eu ses BUSEs avec une moyenne de O, rendez-vous compte ! »

La conversation continue, je n'entends pas bien ce que répondent les invités mais j'entends très clairement l'hôte de la maison. Et ses paroles sont élogieuses, je ne l'avais jamais entendu parler comme ça de moi ou de qui que ce soit d'autre. Les sourcils froncés, je décide de ne pas me montrer tout de suite.

« Elle veut devenir une Animagus, ma petite-fille, et elle est très bien partie pour réussir ! Oui, je suis très fière d'elle. »

Je décide, à ce moment-là, de tourner à l'angle du couloir et descendre les escaliers pour rejoindre nos invités dans le hall d'entrée. Mes pas résonnent bientôt dans l'escalier alors que ma grand-mère dit Ah la voilà ! et qu'un petit sourire gêné s'installe sur mon visage. Je salue poliment nos invités en attendant que ma grand-mère leur propose un thé et les emmène dans son salon pour commencer la séance.

Ma grand-mère est fière de moi, je le sais, mais qu'elle le dise aussi naturellement à ses invités, ça me fait quelque chose. Lorsqu'ils disparaissent tous, je ne peux empêcher un sourire abruti d'apparaître sur mon visage.

Brille

Animagus renard polaire
Post ASPIC