1 oct. 2023, 22:50
La revenante solo
Vendredi 17 juillet 2048
Domicile des Nelson
18 Shafton Road, Londres
Milieu d'après-midi
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Assise bien droite sur le canapé du salon, Mary Nelson attendait. Patiemment. En tout cas, elle faisait du mieux qu'elle pouvait.
Ses doigts martelaient dans un rythme régulier l'accoudoir, ses yeux vrillés sur la pendule accrochée au-dessus du buffet lui faisant face.
Son mari, Pete, sort de la cuisine, son visage soucieux lorsqu'il pose son regard sur le visage de son épouse. Il tient entre ses mains un plateau avec un service à thé.
- Mary...
L'intéressée ne bougea pas d'un pouce bien que son regard se baissa sur ses genoux qu'elle avait auparavant croisé puis décroisé. Elle se sentait nerveuse, impatiente.
Un regard vers l'horloge murale indiqua à Pete qu'il était bientôt l'heure. D'où la nervosité grandissante qui se dégageait de sa femme. Ayant précautionneusement posé le service à thé sur la table basse, il tendit l'oreille vers l'escalier avant de s'asseoir calmement aux côtés de Mary.
Sans un mot, il posa une main apaisante sur la main restant sur ses genoux.

Des pas retentirent dans l'escalier et sans surprise, Constance émergea du couloir. Elle s'arrête sur le seuil, comme si l'ambiance tendue la traversait de plein fouet, son regard allant entre ses parents à l'air grave et le service à thé fumant. Inspirant pour se donner du courage, elle aussi lança un regard attentif à l'horloge avant de s'approcher du canapé.
Ses mains lissèrent machinalement sa chemise pastel qu'elle avait enfilée et rentrée coquettement dans son pantacourt en jean. Elle avait laissé ses cheveux détachés, ayant lâché l'affaire après un quart d'heure à défaire et refaire une tresse en épi. Oui, elle aussi était un peu nerveuse. Depuis mardi, le moment tant attendu s'était approché inexorablement, les jours passant à une vitesse folle, jusqu'à aujourd'hui. Elle allait arriver. Ce n'était qu'une question de minutes.

***
Image
Judith Moore, PNJ validé

Une rue aux façades de maisons bien rangées, identiques, où briques marron clair et décor pastel stylisé se mêlaient pour former une ambiance chic mais simple. Les bow-window - typiques de l'architecture britannique - s'alignaient encore et encore, rajoutant au cachet typiquement british. Propre, net. Rien qui dépasse.
La jeune femme, élégamment vêtue de son trench coat léger crème, restait là, debout à l'entrée de la rue. Elle devinait sans la voir réellement, la facade de la maison de sa soeur. Un des murs du Parc Victoria dans son dos, elle tâchait de se donner mentalement du courage.
Elle avait décidé de venir plus tôt pour faire un tour dans le Parc, dans l'idée de calmer son esprit nerveux. Ce qu'elle pensait avoir réussit, bien qu'en cet instant, tous ses efforts lui semblaient vains.
Mais que craignait-elle ?
Elle devrait être heureuse, non ?
Retrouver sa soeur, retrouver sa famille, qu'elle avait perdu de vue depuis tant d'années !
Une quinzaine d'années.
Réajustant machinalement les bords de son trench, elle expira sèchement pour se donner du courage.
Ca allait bien se passer. Elle allait entrer, prendre le thé et tâcher de répondre aux nombreuses questions qui allaient sûrement fuser de toute part. Elle devra affronter le regard de sa soeur et celui curieux de sa... Par Merlin, elle avait une nièce ! Une nièce qui comme elle, il y a de cela des années, avait découvert récemment son identité de sorcière et avait fait son entrée dans le monde magique.

Oui, ça allait bien se passer... n'est-ce pas ?

Sans s'en rendre vraiment compte, ses pas l'avaient menés jusqu'à la porte d'entrée qui se dressait devant elle. Sur sa gauche, un bouton avec une étiquette "Mr et Mrs Nelson".
Le nom lui arracha une nouvelle expiration. C'est vrai, Mary s'était marié. Qu'est ce que c'était étrange, ce nom accolé au sien. Nelson.
Dédaignant la sonnette, Judith leva sa main droite qui se ferma et s'immobilisa à deux centimètres du montant de la porte. Allez, tu peux le faire. Frappe.

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15 oct. 2023, 16:29
La revenante solo
Vous connaissez ce sentiment, ce genre d'ambiance feutrée, où personne ne bouge, tout est immobile, comme si l'ensemble était en apnée ? Dans l'attente.

Le living room des Nelson était plongé dans cette ambiance si particulière. En fait, le seul truc en mouvement était la vapeur qui se dégageait du service à thé. Les trois protagonistes étaient là. Assis sagement, le dos droit, le regard dans le vide. En silence. Mais seulement en apparence. Bien qu'ils soient là, telles des statues de cire, leurs cerveaux, leurs esprits étaient en ébullition.
Mr Pete Nelson s'inquiétait pour sa femme autant qu'il était, avouons-le, curieux. Oui, curieux de rencontrer la fameuse Judith Moore qui représentait le secret de famille de sa partenaire. Il avait apprit son existence en même temps que sa fille, deux ans plus tôt. Depuis, le sujet était passé de tabou à... délicat. Il savait que ce sujet était douloureux, et il en comprenait la raison, pour son épouse Mary. Concernant sa fille, il savait qu'autant Mary était vivement touchée par ce secret, autant Constance, l'était également mais d'une manière différente. Le mystère de cette tante inconnue avait presque viré à l'obsession. Mais c'était un mal pour un bien, selon Pete : en effet, la persévérance de Constance avait payé et bien que son "enquête" et leur rencontre dans ce pub sorcier n'était pas tout à fait lié... il se disait que c'était en quelque sorte un coup de pouce du destin.

Et Pete Nelson était curieux. Oui, curieux de rencontrer cette femme que son épouse et sa fille avait comme magiquement rencontré trois jours plus tôt. Trois jours pendant lesquelles il avait vu sa femme devenir de plus en plus nerveuse, bien qu'impatiente il n'en doutait pas, et sa fille aussi excitée qu'une puce bien qu'elle faisait de son possible pour ne pas aborder le sujet avec sa mère. C'était une ambiance... particulière qui avait régné au domicile des Nelson et Pete était soulagé de savoir que tout cela arrivait à son terme aujourd'hui.

Du regard, il avisa sa femme, les yeux sur ses mains, comme absente, son esprit au loin. A quoi pensait-elle ? Mourait-elle d'envie d'ouvrir la porte et crier son nom ? Ou bien de courir à l'étage et se cacher sous l'édredon ? Voulait-elle que le temps s'arrête, se suspende ? Ou s'accélère ? Il aurait donné cher pour pénétrer ses pensées et l'apaiser. Oh, comme il l'aimait et souhaitait chasser ses angoisses.

Un petit bruit attira l'attention de Mr Nelson qui tourna les yeux vers sa fille, Constance. La châtaine peinait à rester calme et il voyait bien qu'elle ne pouvait s'empêcher de regarder de plus en plus souvent vers la porte d'entrée. Là, aucun doute n'était permis pour son père. Constance était peut être inquiète de comment allait se passer cette entrevue, par rapport à sa mère, mais Pete savait qu'elle était avide de la voir entrer ici. Pouvoir lui poser des questions. Quoique, elle sera sûrement timide au début. Impressionnée de voir le fruit de son obsession, ici chez elle.
Cette pensée fit sourire Pete qui tourna alors son regard, à l'instar de sa fille chérie, vers la porte d'entrée. Judith, êtes-vous là ?

Un coup à la porte les fit tressaillir tous les trois, même Pete qui tourna invariablement son regard noisette vers sa fille puis sa femme. Mary Nelson semblait être sortie de ses pensées et bien qu'elle avait relevé son regard vers la porte, elle n'avait esquissé aucun mouvement. Elle était figée.
- Mary, souffla Pete. Je vais ouvrir.
Constance se leva en même temps que lui, comme si montée sur ressorts.
Elle est là. De l'autre côté de la porte.

Leurs regards semblables se croisent l'espace d'une microseconde et Pete décida de rompre le contact pour s'avancer vers la porte, sa fille sur ses talons. Inspirant calmement, il actionna la poignée et ouvrit.

Une femme brune se détachait dans l'entrée. Ressemblant à sa femme Mary, avec un je-ne-sais-quoi taciturne, plus grave, dans le regard.
Leurs regards se croisèrent et Pete sut. C'était elle. Judith.
Pour ne pas laisser un silence malaisant s'installer, le père de famille articula un sourire aimable sur ses lèvres.
- Bonjour, bienvenue. Entrez donc. dit-il en esquissant un pas en arrière.
La femme esquissa un pâle sourire et hocha silencieusement de la tête.
- Bonjour, merci, souffla-t-elle alors qu'elle passait devant lui.
Ses yeux tombèrent alors sur une jeune fille châtaine, qui se tenait derrière l'homme l'ayant accueilli. Constance. Sa nièce. Sorcière comme elle.
Elle se rappelait bien d'elle, bien sûr. Rencontrée trois jours plus tôt. Elle avait le regard de son père mais le reste... mis à part les cheveux bien sûr, était une copie de sa soeur, Mary.

Mary qui s'était levée du canapé et faisait face à elle. Oh Mary.

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7 nov. 2023, 18:55
La revenante solo
Elle se tenait là, sur le seuil. Tandis que son père fermait doucement la porte d'entrée derrière elle, Constance était là debout, les bras ballant mais son regard braqué sur le visage tant attendu.
C'est elle.

Bon sang, c'était un véritable tourbillon dans son coeur et la châtaine ne savait sur quel sentiment s'arrêter.
Mais le regard intense de la sorcière n'était pas dardé sur elle mais sur sa mère qui se tenait près du canapé.
Un silence étrange s'installe alors et Constance a l'impression qu'elle peut entendre son coeur battre. Est ce qu'elle aussi l'entend ?

A moins qu'elle soit télépathe, non.
Lorsque les prunelles brunes tombèrent sur son visage, Constance se mit l'espace d'un bref instant à douter d'elle-même. Elle est pas télépathe, hein ? Vous... vous êtes télépathe ?

Raclement de gorge discret de la part de son père qui provoque la fin du contact visuel entre elles. Un mince sourire embarrassé embrase les lèvres de la Poufsouffle tandis que d'un geste ample de la main Pete invite Judith à entrer dans le salon tout en lui proposant de la débarrasser de son manteau.

- Merci, accepte Judith en se défaisant de son trench, dévoilant une tenue simple moldue - qu'elle a pourtant pris un moment à choisir, elle aussi.

Sa mère Mary est enfin sortie de sa "transe" et s'est avancée à leur rencontre.
- Bonjour Judith.
- Mary. Bonjour.
Leurs regards se croisent de nouveau et elles semblent s'interroger sur la façon de procéder. Se serrer la main ? Se prendre dans les bras ?

Son père semble comprendre leur gêne et décide d'alléger un peu l'ambiance.
- Nous avons préparer du thé. J'espère que vous aimez le... classique ? Earl Grey. Si non, on a d'autres parfums si vous préférez.
- C'est... c'est gentil, merci. Earl Grey, c'est très bien.

Alors qu'ils ne se connaissent pas, Judith emboîte le pas de son père, évitant tout contact avec Mary qui s'assoit simplement sur le canapé.
La brune au carré s'assoit donc dans un fauteuil qui fait face, de l'autre côté de la table basse.
Alors que Pete qui souhaite s'occuper les mains pour donner un semblant de normalité, commence à servir le thé dans quatre tasses, Constance, elle, reste debout. Se sentant inutile et mal à l'aise.
Doit-elle s'asseoir ? Aider son père à servir le thé ?
Et si elle s'assoit, où ?

- Constance, j'ai oublié la boîte à biscuits sur la table de la cuisine, tu peux aller la chercher ?
La voix de son père la sauve et d'un hochement de tête, elle tourne les talons rapidement.

Lorsqu'elle revient, trois secondes plus tard, elle trouve le salon toujours silencieux alors que ses parents sont assis l'un à côté de l'autre et Judith en face.
Constance pose la boîte métallique et l'ouvre. C'est là qu'elle réalise.
Regard vers son père puis vers sa mère. Elle s'assoit lentement et regarde enfin Judith. Qui n'a apparemment rien remarqué d'anormal ou de spécial.

Ce sont les biscuits de Granny, qu'elle fait depuis longtemps. Elle leur en faisait pas quand elles étaient petites ? se demande la châtaine bien que son instinct lui souffle que si.

Le silence devenait presque pesant et Mary finit par soupirer.
- C'est tellement bizarre, hein ?
Incrédule, Constance ne bouge plus, ne pense plus et reste là en apnée, ses yeux braqués sur le visage mémorisé.

Enfin, un mince sourire se dessine sur ses lèvres.
- Ca, tu peux le dire.
Un léger rire monte alors dans la pièce et Constance, choquée, tourne un regard effaré vers sa mère.
Elle perd la boule c'est ça ?
Sa mère surprend son regard et son rire qui était contenu s'amplifie alors.
C'était nerveux mais libérateur aussi.
- Oh Seigneur, ma chérie, si tu voyais ta tête !

L'apprentie-sorcière sentit alors son visage la brûler tandis qu'elle sent tous les regards sur elle.
Oui, bah c'est bon, elle rigole en même temps. Quelle idée de rigoler. C'est bon, j'suis plus là, m'regardez pas comme ça.

Elle croise le regard rieur de son père et lui fait les gros yeux.
- Roooh...
- Vous comprenez aisément que vous étiez attendu cet après-midi, commença son père, rompant l'hilarité générale qui enflait. J'espère que cela n'a pas été trop compliqué pour vous de trouver l'adresse...

Ah bah oui, c'est vrai, c'est une sorcière qui vit dans le monde sorcier alors je doute qu'elle sache utiliser un GPS. Pis, elle a pas d'voiture, si ?
Constance ne dit rien mais ses pensées étaient focalisées sur ce qu'il se passait ici.
- Oui, tout s'est bien passé, merci.
Un ton neutre, poli. Simple et efficace. Est ce qu'elle parlait tout le temps comme ça ?

- C'est très sympa comme endroit, finit par articuler Judith.
- Oui, on a pas à se plaindre, c'est sûr.
Sa mère hochait la tête bien qu'elle dévisageait sa soeur avec attention.
- C'est Pete qui a trouvé la maison, dés que j'ai su où elle était, j'ai su qu'il y avait de fortes chances qu'on la choisisse, explique sa mère avec un sourire.
- A cause du Parc.
Hochement de tête et sourire maladroit de la part de sa mère tandis que Judith acquiesce en silence.

Constance observait la scène avec intérêt bien qu'elle trouvait tout ce "léger" bavardage étrange. Alors, voilà ? C'est comme ça qu'ils procédaient aux retrouvailles ?

Elle, elle souhaitait tout savoir. Ce qu'il s'était passé. Pourquoi autant d'années étaient passées. Est ce qu'elle avait l'intention de les retrouver une fois revenue ici ou bien... est ce que leur rencontre sur le Chemin de Traverse était une coïncidence ? Au fond d'elle-même, elle priait secrètement que non. Elle avait le fol espoir que c'était un coup de pouce du Destin. C'est dire, vu qu'elle était un peu sceptique quand à la matière de la Divination.

- Et du coup, vous... vous êtes revenue pour le travail ?
Constance se rendit alors compte que la voix qui avait prononcé cette question, c'était la sienne.
Oh Merlin, faut que j'me taise.

- Oui. Entre autres.
Judith se mord alors la lèvre. Tic semblable à celui qu'à Constance quand elle hésite, remarque cette-dernière en acquiesçant silencieusement, son regard dardé sur les prunelles sombres. Et ?

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7 nov. 2023, 19:54
La revenante solo
L'attente de davantage, davantage d'infos semblait une éternité pour Constance qui voyait son souffle se raréfier. Dites-nous, dites nous tout ? Où étiez vous tout ce temps ? Que s'est-il passé ? On vous a kidnappé ? Y a-t-il eu une brouille de famille dont j'suis pas au courant ? Ou est-ce que c'est quelque chose de pire ? Vous avez voulu simplement refaire votre vie là-bas et oublier votre origine moldue ?

Tout se bousculait dans l'esprit de la châtaine qui craignait que ce flux de questions ne déborde à un moment ou à un autre. Mais elle se doutait que la submerger de questions ne ferait rien d'autre que la bousculer. C'était étrange car elle était une personne - bien évidemment -, sa tante, et en même temps, elle était un peu comme une créature fantastique qu'il lui fallait apprivoiser. Vision un peu étrange, trouvez-vous ?

De son côté, Mary aussi brûlait de poser des questions. Mais par où commencer ? C'est bien simple : les questions, elle les avaient bien là au chaud dans son esprit mais les mots dans sa bouche se mélangeaient purement et simplement. Sa soeur était là, en chair et en os, en face d'elle, dans le fauteuil de son salon. A Londres. Après une quinzaine d'années sans nouvelles. Il y avait de quoi être chamboulée. Mais elle se devait de réagir. Sa propre fille, elle l'avait bien fait. A son tour.
- Est ce que tu as... réfléchi concernant Papa et Maman ?

Judith baisse les yeux sur ses mains et se penche pour saisir sa tasse fumante. Bien sûr qu'elle y avait pensé. Elle brûlait autant de les revoir qu'elle avait peur de leurs retrouvailles.
- Oui. Oui, j'y ai réfléchi. Bien sûr. Tu...
- Non, réponds simplement Mary à la question informulée. Je t'ai promis de ne rien leur dire tant qu'on...
Judith acquiesce et soupire. Sa poitrine est comprimée comme dans un étau.
- C'est pas que je ne...
- ...Mais ça fait beaucoup d'années.

Inspiration de Pete qui décide à s'immiscer dans la conversation.
- Après, il va bien falloir leur en parler. C'est important. Pour tout le monde. Même si, je me doute, que tout ça doit être difficile...
Judith lève son visage vers lui lorsqu'il reprend la parole et ses sourcils se lèvent l'espace d'un bref instant.
- Vous... vous leur avez énormément manqué, se risque Pete en plongeant son regard dans le sien.

Constance se tortilla dans son fauteuil et n'y tenant plus, se lève et pioche un biscuit de Granny, se stoppe, lève son regard vers Judith qui l'a observé du regard, sourit maladroitement et tend la boîte.
- Un... un biscuit ? C'est... Granny qui les a fait. Votre...
- Mère ? finit Judith d'un air impénétrable.
Constance déglutit. Tout d'un coup, elle n'en veut plus du biscuit mais elle ne peux plus reculer et hoche simplement la tête, se forçant à articuler un sourire sur ses lèvres.

Judith baisse alors son regard vers les sablés et en saisit un du bout des doigts.
- Dans ce cas. Merci.
La poufsouffle sent sa poitrine gonfler instantanément d'une douce chaleur et elle adresse à Judith un sourire lumineux.
Mais Judith reste interdite l'espace d'une seconde avant de lui retourner son sourire maladroitement.

Une mornille pour vos pensées... pense Constance instantanément.

Alors qu'elle se rassoit, la châtaine sent le regard de sa mère et lui adresse un regard interrogateur. Auquel sa mère lui adresse un sourire tendre. Beuh, tous ces regards, ce silence... trop bizarre.

Se mordillant nerveusement la lèvre, Constance triture son biscuit qui s'effrite de plus en plus sur son pantacourt. Peut être que l'éclat de rire un instant plus tôt avait alors allégé l'ambiance mais elle ne pouvait que ressentir de toutes ses pores les non-dits qui traversaient la pièce de part en part.
- Du coup, vous êtes dragonologiste, c'est ça ? finit-elle par demander, n'y tenant plus.
Sa tante acquiesce, la sondant du regard. La trouvait-elle trop bavarde ? Trop curieuse ?
- Constance s'est pas mal passionnée par toute cette histoire... commence d'une voix douce son père qu'elle foudroie du regard instantanément.
Papa !
- Ah oui ?
De nouveau, elle déglutit et ne sachant comment formuler ce qui se bousculait dans sa tête, Constance fait la première chose qui lui passe par l'esprit : elle croque son biscuit.

- Tu as été répartie dans quelle maison ?
Oh.
- Poufsouffle.
- Je vois.
Son regard était brûlant. Sûrement autant que le souffle des dragons qu'elle a pu soigner.
- Et vous, vous étiez à Serdaigle.
Ce n'était pas une question, de fait, Judith ne répondit rien.
- Et ensuite, vous êtes partie à la FSCM. Et ensuite...
- Constance... commença d'une voix sourde sa mère.
- Ensuite vous êtes partie. Là bas. En Roumanie. La Réserve de dragons. Ca devait être incroyable.
Constance regardait ses mains désormais vides, le service à thé, la table basse, ses genoux. Partout sauf vers elle. Son ton était neutre, dictant des constats bien que son rythme cardiaque s'intensifiait au point où elle ne trouverait pas si étrange qu'il tente de sortir de sa poitrine.
- Tu t'es bien renseignée. Et oui, c'était... incroyable.
Le dernier mot était prononcé avec un je-ne-sais-quoi dans sa voix. Comme si le lourd secret qui pesait sur ses épaules transpirait à travers lui.

Mary ne tint plus et formula enfin ce qui lui brûlait le palais.
- Que s'est-il passé ? Que s'est-il passé là-bas ?

Une ombre passa sur le visage de Judith. Elle but une gorgée de son thé et croisa les jambes avant de poser sa tasse. Le moment était arrivé, n'est-ce pas ? Elle avait la désagréable impression de devoir se "mettre à table". Comme si elle avait des comptes à régler. Comme si elle avait fait quelque chose de mal. Mais... tout n'était pas si simple n'est-ce pas ? Elle ne l'avait pas choisit. Ce fut brutal. Et douloureux.

L'ambiance dans la pièce sembla se refroidir instantanément et la sorcière sentait l'attention accrue sur sa petite personne. Une sensation très désagréable.
- C'est compliqué. Et simple. Je... (inspiration) j'ai eu un accident.
Voilà. Simple et efficace. Après tout, c'était il y a une quinzaine d'années, n'est-ce pas ? Elle avait... digérer tout ça. Enfin, c'est ce qu'elle a fait en sorte. Elle a continué de vivre. Vivre avec. Se reconstruire.
Un visage se matérialisa à la surface de son esprit et elle le chassa d'une main sur son visage. Lorsqu'elle relève son regard, c'est pour affronter un visage aussi pâle qu'un fantôme.

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7 nov. 2023, 21:11
La revenante solo
Un accident ? Alors qu'un instant plus tôt son esprit fourmillait de questions, il se retrouvait désormais blanc. Un accident ?
Ces deux mots semblaient toutefois résonner dans ses oreilles, encore et encore.
Son regard, choqué, était vrillé sur le visage de sa tante et Constance se rendit compte qu'elle ne respirait plus.

Sa mère quant à elle, était aussi pâle qu'un cachet d'Aspirine. Et son regard... il était comme il y a trois jours quand elle a revu ce visage tant aimé au Chaudron Baveur.

Même son père Pete était chamboulé, ne s'attendant pas à une telle révélation. Il tourna rapidement son visage vers son épouse puis vers Judith.
- Grave, je... présume ? demande-t-il d'une voix blanche.
- J'étais dans le coma pendant 8 ans.
Judith avait le regard dans le vide désormais, comme si elle revivait le passé.
Bien sûr, ce n'était pas le cas. Elle avait tout de même cicatrisé de tout cela - en tout cas, elle s'en était persuader jusque là. C'était juste que parler de ça avec elle, sa soeur, c'était comme si on tirait sur une coupure tout juste cicatrisée.
Tellement d'années.

- Et... comment... vous...
Elle avait besoin de comprendre et de mettre des mots sur tout ça.
- Au travail. Avec un jeune dragon dont je m'occupais. Trauma crânien et... je me suis réveillée 8 ans plus tard.
Et c'est tout ?
Constance la regardait comme on regarderait un zombie. Avec effroi et curiosité.
- Pourquoi n'êtes vous pas revenue ? Pourquoi on n'a pas été prév...
- Constance, coupa d'une voix ferme son père. Un instant s'il-te-plait.

Sa mère porta une main à ses lèvres. La châtaine tourna son regard vers elle et constata avec douleur les yeux humides maternels. Et se sentit coupable.
Elle avait envie de s'excuser. D'avoir trop parler, mis les pieds dans le plat bien trop... brusquement.

C'est Judith qui rompit le nouveau silence qui s'était installé. Avec une expiration sèche, elle s'efforça d'éclaircir son esprit et sa voix.
- Lorsque je me suis réveillée, j'avais une amnésie. Partielle. Je ne me souvenais de très peu de choses. Et vu les circonstances de l'accident, ainsi que mes origines, l'équipe qui m'a pris en charge là-bas a préféré me laisser un peu de temps. Ils se sont bien occupés de moi. Et puis, ils n'avaient pas les coordonnées des parents, de tes grands-parents, précise-t-elle en tournant un regard vers Constance.
Et j'ai mis du temps à recouvrir une bonne partie de ma mémoire.
Et elle me fait défaut encore sur certains points aujourd'hui, se retint-elle de justesse de dire.

- Je suis tellement désolée Judith, dit enfin Mary en relevant un regard douloureux. Tellement désolée de ne pas être venue. De ne pas être venue te chercher.
- Tu ne pouvais pas savoir. (silence) Accio mouchoirs.

Une boîte de kleenex posée non loin voleta à travers la pièce sous le regard médusé des parents de Constance. De son côté la châtaine était sans voix, non pas à cause de la démonstration de magie en soi - Judith était une sorcière, cela était bien intégré dans son esprit - mais de la facilité et de la spontanéité dont avait fait preuve sa tante. En face de moldus.

Judith regarda sa soeur d'un air "bah quoi ?" avant de regarder sa "nièce" d'un regard interrogateur.
- Pas de magie ici, précisa simplement Constance d'un ton d'excuse.
- Parce que c'est interdit ? fronça les sourcils la sorcière.
- Pour moi, oui.
- Ah oui.

Un sourire nerveux affleura sur les lèvres de Constance qui balaya ses cheveux d'un air incertain, regardant à la dérobée ses parents. Ils semblaient... comme stupéfiés.
- Maman, Papa, ça va ? demande-t-elle d'une voix incertaine.

C'était certain, cela faisait beaucoup à digérer. Elle-même avait dû mal à intégrer tout ce que cela avait impliqué pour sa tante. Une dragonologiste qui avait eu un grave accident. Au point de finir dans le coma pendant presque une décennie. Qui aurait pu donc mourir. Et qui un tas d'années plus tard, leur racontait ça avec un certain détachement, là dans leur salon. Puis, comme si tout cela n'était pas énorme, elle faisait de la magie - sans baguette !! - là comme si de rien n'était.

Pete passa une main sur son visage à son tour et souffla d'un coup.
- C'est pratique ce sort, dis donc. Constance, tu l'as appris celui-là ?
Euh...
- Non, c'est en quatrième année qu'on...
- En quelle année es-tu ?
La question l'étonna presque. Elle était tellement "normale".
- Euh... je vais entrer dans ma troisième année en septembre.
Judith acquiesce et lui adresse un petit sourire entendu avant de tourner son regard vers sa soeur.
- Je devrais peut-être vous laisser.
Mary papillona des yeux comme se reconnectant à la réalité, se redressant d'un coup.
- Déjà ? Tu... Je... Excuse-moi. Tout ça... ça fait beaucoup.
Judith acquiesce en silence, une moue embarrassée sur les lèvres. Elle se lève, passant machinalement ses mains sur ses cuisses.

Instinctivement, Pete se leva en miroir et lui tendit la main. La sorcière le regarda dans le blanc des yeux, hésitante, puis la main tendue, puis Mary et finalement accepta l'étreinte.
- Merci d'avoir accepté de venir, souffla Pete. Je suis ravi de vous avoir enfin rencontré, dit-il d'une voix sincère et douce.
- Merci pour le thé et...
Retirant sa main, elle recula d'un pas. Elle semblait comme un oiseau prêt à prendre son envol. Constance se leva aussitôt et s'approcha d'elle. Sa tante la regarda d'un air prudent et elle s'arrêta à une distance respectueuse. Elles étaient liées mais n'étaient pas proches. Pas encore.

Mais l'apprentie-sorcière ressentait avec une force à lui couper le souffle que cette rencontre venait de sceller leurs destins. Maintenant qu'elle l'avait retrouvée, elle ne voulait plus la perdre. Même si elle devra se montrer patiente.
- Vous n'allez pas repartir, hein ? demande-t-elle d'une petite voix.
Son père ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit, alors qu'il observait avec prudence le visage de sa belle-soeur. Mary, elle, observait la scène, le coeur gros. C'est elle, son regard, qui décida Judith à répondre.
- Non. Ce n'est pas prévu.
Constance hocha la tête, soulagée et offrit un timide sourire à la femme brune qui ressemblait tant à sa mère.

Sentant qu'elle était sur le départ et qu'il ne servait à rien d'essayer de la retenir, Pete chercha le regard de sa femme avant de proposer à Judith de la raccompagner jusqu'à la porte. Mary se leva, la respiration courte, et docilement, la petite troupe emboîta le pas à la sorcière jusqu'au seuil. Saisissant son trench, Judith resta silencieuse bien que son regard se posait alternativement sur les visages qui l'entourait. Sa... famille. Elle avait une famille. De nouveau. Et il lui fallait retrouver encore ses parents. La gorge serrée d'émotions, elle ne savait quoi ajouter et alors qu'elle s'apprêta à ouvrir la porte, la voix de sa soeur l'interpelle.
- Comment puis-je te joindre ? Tu n'as pas le téléphone j'imagine.
Judith lui sourit :
- Non, mais tu pourras me trouver au Chaudron Baveur. En personne ou... par lettre. A bientôt.

Pete, en bon hôte, lui ouvrit la porte et Judith s'en alla comme elle était venue. Silencieuse et pensive.
- A bientôt, chuchota Constance en la suivant des yeux.

~ Fin du RP ~

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