Au succès
Dans la longue salle à manger de la demeure Nerrah coulait par les hautes fenêtres gothiques la lumière douce et froide du mois de décembre, projetant de longues ombres noires contrastant avec la pâleur de la clarté du jour. La table en chêne inlassablement vernie par la pitoyable créature nommée Béhachel semblait un miroir d'eau élevé sur de larges pieds sculptés tant elle reflétait avec précision son environnement. Sur cette eau de bois flottaient, sans provoquer la moindre ridule, quelques antiques chandeliers allemands et un vase en cristal rempli de lys blancs dont l'odeur capiteuse envahissait toute la pièce en dépit de sa taille plus qu'honorable et surtout, de sa hauteur sous plafond qui lui donnait des airs de modeste cathédrale.
Là, une silhouette fine et éthérée semblait flotter de ci, de là, levant des bras fins en provoquant le gonflement des manches bouffantes resserrées par un ruban noir au niveau du coude et par un poignet rigide a quatre boutons dorés d'où sortaient des mains d'albâtre dont les doigts s'agitaient comme si chacun était animé d'une volonté propre. Ceux de la main droite toutefois tenait une baguette. Alternant formules et chants gaélique, Willow Nerrah dansait au son d'une musique qu'elle était la seule à entendre, dressant, geste après geste, une table digne de recevoir son époux. Hors de question de laisser cette tâche à qui que ce soit d'autres, il était des occasions comme celle-là qui méritait une attention particulière, et peu importe que Magnus sache qu'elle s'était donné cette peine, c'était tout simplement la chose à faire.
Contemplant d'un air satisfait sa tablée, elle couru avec espièglerie vers la cuisine, dans un ouragan de cheveux roux qu'elle ne coifferait qu'au dernier moment, afin de préparé le cerf chassé la semaine précédente. Il avait été dûment suspendu par les bois afin d'éviter que lors de son éviscération sa cavité thoracique ne forme un bol qui aurait recueilli les entrailles, ce n'était certes pas la tradition voulant qu'on le suspende tête en bas, mais aux yeux de l'irlandaise ce n'était qu'une mauvaise habitude qu'avaient pris des générations de chasseurs butés.

«Ce cerf est extraordinaire mon aimée.»
Le couteau tranchait avec enthousiasme dans la chair de l'animal qui avait été braisé consciencieusement comme il était coutume de le faire à Lübeck, accompagné d'airelles et arrosé de cognac français dont le palet de Magnus avait aussitôt reconnu le clin d'œil subtil et élégant à son succès du jour. La large lame atteignit la porcelaine de l'assiette, trahissant l'appétit du Patriarche dans un bruit qui rappela à Willow celui du couteau sur un os.
«Je suis ravie de l'entendre Magnus, à journée exceptionnelle se devait d'avoir lieu un dîner exceptionnel.»
Entre eux deux miroitaient une myriades de carafes et des verres renvoyant la lumière rougie des bougies après qu'elle fut passée par le carmin vin bu par les époux Nerrah. Il s'agissait d'un vin étonnamment léger pour accompagner un cerf braisé, mais ne pas essayer de rentrer en concurrence avec ce dernier, un vin aux odeurs et goûts de fruits rouges qui poussait sous sa prison de verre et ses cire vermeil un chant plein de lumière et de félicité, trouvant un doux repos dans les chaudes poitrines où il se plairai bien mieux que dans un froid caveau.
«Je mesure ces efforts et je vous en remercie du fond du cœur, je sais que vous ne goutez que peu aux projets politiques.»
«Je m'en moque en effet, cependant je sais admettre et apprécier les coups d'éclats dans lesquels vous excellez. Quel gâchis qu'il n'ait pas été possible que vos premières prises de parole à la Chambre n'ait pu être rendue publiques et publiées, l'humiliation des Harrison aurait été si douce...»
Son sourire se trouvait déformé de la plus hideuse des façons par le verre qu'elle approchait de sa bouche alors qu'elle finissait sa phrase, trahissant certaines pensées des plus obscures qu'elle gardait dans les cachots de son esprit.
«Certes, cela aurait été succulent...»
«Quant à votre succès auquel nous avons longuement trinqué Magnus, si je soutiendrai toujours vos actions, vous savez que ce décret me parait...»
«Insuffisant ?»
«J'allais dire quelque chose d'absolument vexant alors restons sur insuffisant oui.»
Il lui lança un sourire carnassier à son tour, Magnus Nerrah savait les réticences de sa femme à toute notion de politique, et son point de vue sur les statuts de sang. Elle n'était pas la seule à considérer qu'un Sang-pur n'avait pas à se justifier d'un état de supériorité en s'inscrivant dans un registre, c'était même plutôt courant parmi les anciennes familles, d'autant plus avec des critères que certains considéraient comme absurdement souples et ouvrant la voix au dévoiement du terme de pureté. Il souscrivait personnellement à bon nombres de critiques mais voyait les choses en termes de bénéfices concrets et plans à long terme.
«Je comprends bien sur, Magnus, cette façon de rendre leur nom à ces femmes, ah ! Si ça leur fait plaisir après tout. Mais c'est loin, si loin de ce que pourrait faire le Conseil.»
«J'en ai conscience.»
«Vraiment ? Parfois lorsque je vois les façades en ruines que vos collègues Patriarches appellent leur visages, je crains fort que leur esprit soit aussi décatis que leurs cous grêles et leurs bajoues avachies.»
«Willow.»
«Tous, ou presque, oh comme j'aimerai les mettre à la Towy, lesté du poids de leur égo boursoufflé... Oh nous risquerions une de ces crues Magnus, une telle crue...Pensez-vous qu'il faille faire fermer les soupiraux de toute la Promenades des Sirènes ?»
«Willow.»
Elle éclata de rire devant l'air de son mari. Elle était ivre, doucement ivre, et si Willow Nerrah n'avait pas été une femme à l'aigue dangerosité y compris en étant sobre, il aurait été convenu d'écrire dangereusement ivre.
«Pardonnez-moi...» lui lança-t-elle avec une moue exagérée que trahissaient de toutes manières des yeux mutins et provocateurs.
«Je vous sais partisanne d'une politique plus... radicale.»
Elle se mis debout brusquement en face de lui, penchée en avant, les mains posées sur la table.
«Ce que vous appelez politique radicale je l'appelle bon sens, loi naturelle, droit divin.»
Ne bougeant pas de sa chaise, Magnus ne quittait pas son assiette des yeux pendant qu'il piquait avec sa fourchette son dernier morceau de cerf qui gicla d'un peu de sang.
«Le Conseil est trop encombré de débris et d'anglais pour entreprendre les véritables mesures.»
Magnus leva enfin les yeux vers son épouse, elle était habitée de sa passion, ses pupilles élargies, quelques mèches évadées de sa coiffure, sa peau avait légèrement rougit sous l'effet de la provocation du Patriarche à conserver son calme et ne pas rentrer dans son jeu, car il connaissait sa femme, elle était la même créature insaisissable en ce moment même que la première fois qu'il l'avait rencontrée sur cette plage battue par les tempêtes. Il avait vite compris qu'en passant sa vie avec, elle resterait pour toujours un mystère. Il était en paix avec cela, il l'aimait pour cela, cela lui donnait l'impression de vivre avec une entité plus qu'humaine.
«Le Livre d'Admission, et la Plume d'Acceptation.» dit-il simplement après s'être essuyé la bouche et fini son énième verre de vin.
Elle plissa les yeux, mi-curieuse, mi-furieuse de se faire entraîner dans un jeu de devinette.
«Mettez-bas votre idée Magnus ou je vous ouvrirai le ventre pour la mettre au monde moi-même.» tança-t-elle en le pointant de son couteau à viande.
«Ce sont les deux artéfacts qui permettent à Poudlard d'avoir la liste de ses futurs élèves, vous le savez n'est-ce pas ? Imaginez les aux mains du Conseil.»
La main retomba main le couteau était encore tenu fermement.
«Imaginez, repris Magnus, le nom de chaque enfant de Grande Bretagne naissant sorcier, les possibilités que cela ouvrirait...»
Willow saisit des deux mains la nappe immaculée et la tira avec force dans un grand fracas de cristal et de porcelaine brisés.
«La connaissance de chaque enfant issus de sorciers, mais surtout, de chaque enfant né-moldu.»
La sorcière, sans quitter une seconde des yeux Magnus, entreprit d'anéantir la distance qui la séparait de lui en montant sur la table.
«Il suffirait de les trouver, d'Oublietter les parents et les proches...»
En quelques mouvements félins dans une posture à quatre pattes elle le rejoint à un rythme lent et calculé avant de s'allonger sur la table, se retournant sur le dos, levant les yeux et les mains vers Magnus jusqu'à agripper les pans de son costume pour rapprocher son visage du sien.
«Et ensuite...» exigea-t-elle dans un souffle.
«Confiés à des familles sorcières, et ainsi, les sorciers et eux, les moldus, à jamais séparés. Nous mettrions à bas ce pont entre notre peuple et cette misérable engeance.»
«Vous êtes aussi fou que moi en fin de compte.»
«En fin de compte...je crois.»
«Magnus...»
«Willow ?»
«Embrasse moi par Merlin.»
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