24 sept. 2023, 11:32
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Winnie Floyd


“J'ai tendu un million d'fois
Le bâton face au miroir
Je n'ai fait que regarder
Ce que j'avais mal fait”

Sélection 46 - TRENTE

05 mai 2048,

C’est comme si un brouillard l’a enveloppé. Son corps est fait de plomb, sa bouche est pâteuse et son corps engourdi. Une sensation de torsion s'empare de son crâne, provoquant une douleur lancinante qui se propage dans tout sont être. Il maugre, tousse pour la forme et ouvre difficilement les yeux. Aucune lumière ne perce les épais rideaux, plongeant la pièce dans une obscurité presque totale, empêchant tout repère visuel. Sur l’instant, Kasey panique. Un long frisson remonte son échine et son cœur s’affole. Il rumine, craint ; est-il revenu dans cette maudite cave ? Un douce odeur de cerise, de pomme et de lilas chasse la brume et les mauvais souvenir, l'étreint et le réconforte.  Une bouffée de soulagement l'envahit alors qu'il se laisse tomber sur le clic-clac, épuisé, se souvenant qu'il est chez Winnie depuis avril maintenant. Quelques fois, le sorcier a pensée retrouver la communauté sorcière, là ou devrait être sa place dans l’ordre des choses. Par ailleurs, ses parents doivent se faire du souci, tout comme Citrouille, sa chatte, bien qu'elle soit bien prise en charge, mais il ne peut pas la laisser à Charly indéfiniment.  Cependant, à mesure que le temps s'écoule, l'appréhension de rentrer à la maison augmente, tout comme le malaise qui l'accompagne. Il ne se sent pas prêt et pire encore, il a peur de replonger. Ici, chez Winnie, il est en sécurité, mais surtout, il est lui.

C’est encore le chaos, malgré tout. Les vagues l’emportent parfois, loin du rivage auquel il essaie de s’accrocher. Par moments, Kasey parvient à rester à flot, mais parfois, il sombre dans les profondeurs. Les cauchemars reviennent sans cesse et le tourmentent, provoquant en lui des crises qui l'incitent à mépriser son corps. Des cicatrices le recouvrent, moche, grosses ; les marques autours de ses poignets refusent également de s'effacer.  Sa chair persiste pour se souvenir, tandis que son esprit réclame l'oubli absolu. Il fuit les miroirs, ferme les yeux sous la douche, il refuse de se voir ainsi.  Kasey ne peut s'empêcher de pleurer, parfois même de vomir, et lorsqu'il est submergé par un profond dégoût, il se fait du mal.  D'autres blessures s'accumulent, retenant Kasey dans un cercle vicieux.

Le sorcier quitte le lit, maladroit. Il quitte la chambre et se dirige vers la cuisine. La pendule murale affiche huit heures et l’homme se félicite de s’être levé tôt, pour une fois. La moldu l’a rassuré à ce sujet : pour elle, s’est normal qu’il dorme plus que d’habitude, comme quoi, guérir est épuisant, quelque chose du genre. Par contre, Kasey a très peu faim, mais il se force pour ne pas s’affamer. Alors qu’il ouvre le réfrigérateur, Winnie émerge du salon, thé entre les mains, les cheveux emmêlé et les yeux encore fatigué, suggérant qu'elle vient de se réveiller également.

— Salut, bien dormi ? marmonne-t-elle, déposant sa tasse sur la table, avant de s’assoir, j'ai préparé une salade de fruit, mais j’sais pas si elle est fraiche, le saladier y est depuis quoi ? Quinze minutes ?

Kasey se penche en direction du saladier qui pose sur le comptoir à sa droite.

— Ça devrait le faire, c’est pas grave.

Il se sert une petite louche, puis une tasse de café soluble, dépité :

— En vrai, j’ai même pas faim…
— Mange autant que tu peux, mais ne te force surtout pas, c’est tout sauf bon, prévient Winnie.

 Kasey picore les morceaux de fruits avec peu d'enthousiasme, pensif. Il essaie de ce souvenir d’hier, sans grand succès ; il s’est rendu à sa boutique pour la première fois depuis des semaines, mais le reste est floue. En voyant sa mine contrite, Winnie s’inquiète :

— Est-ce que ça va ?
— Hein ? Oh, oui, ne t’inquiète pas… j’essaie de me souvenir d’hier.
— Tu as suivie ma recommandation ?
— Rapporté mes journées dans un carnet ? Oui, quand j’y pense… faudrait que j’aille lire ça, du coup, mais bon, c’est fatiguant.
— La guérison se fait à petits pas, tu te rappelles ? rassure Winnie après avoir terminé son thé, sois patient avec toi, Sissi.

Kasey le sait, mais il a peur de ne pas y arriver. S’il angoisse à l’idée de rentrer, il angoisse aussi à l’idée de se noyer perpétuellement.

— Merci Winnie, dit-il après coups, brisant le silence.

Winnie l’interroge du regard.

— Juste... merci ; d’être là, d’être patiente, de m’offrir ton toit...

Il y a tellement plus qu'il veut remercier ; de l'aider à accepter, à oublier, à l'empêcher de se noyer. D’être un phare à travers cette tempête, d’être une amie. Mais les mots alourdissent sa langue, les larmes lui piquent les yeux. Il a peur de craquer. Encore.

Winnie sourit, enlace ses doigts. avec les siens.

— C’est normal, répond-t-elle simplement.

“Et si je suis pas comme toi
C'est qu'là-haut il fait si froid
Toi tu sais aimer
Toi tu sais aimer”


10 mai 2048,

Il faut croire que tout le ramène à ce clic-clac, à cette chambre plongée dans le noir. Il ressasse, son cerveau est bloqué dessus, comme un vieux disque rayé. Kasey est encore coincé dans cette cave, les poings liés et la peur au ventre.

Nous sommes dimanche et le réveil de Winnie affiche pratiquement dix heures. Il doit se lever, Kasey le sait et il en a envie, mais son corps refuse de bouger, coincer dans ce lit qui l’englouti dans ses draps. Son esprit s'éloigne, absorbé ailleurs, tandis qu'un bourdonnement incessant l'envahit, ajoutant à sa confusion.

Il l’ignore comment, mais Kasey trouve le force de se redresser ; les muscles tendus, les épaules relevée, la mâchoire crispée. La peur le submerge, son corps réagit à un danger inexistant.

Il a envie de pleurer.
De se laisser aller.
Couler.
Parce que s’est si facile.
Facile.
Trop même.
Bien plus que de nager vers le rivage.
Mais il le fait, même si c’est peu de chose et que ça l’épuise plus que tout.

Le corps encore engourdi, Le sorcier se dégage du lit pour se rendre à la fenêtre qu'il ouvre en grand tout comme les volets. Le quartier est encore endormie, peu de voitures passe. Il respire un bon coup, apprécie la fraicheur du printemps et le soleil matinal.

Et il pense.
Pense à quel point cet instant est doux.
Le calme avant la tempête.
Ou après, il le souhaite de tout son cœur.
Il veut que ça se termine.
Plus de cauchemar, plus de crainte.
Finit la cave, finit la tempête.
Il veut émerger des profondeurs de l'océan pour s'enraciner sur la terre ferme.
Ou quelque part dans le ciel.
Élevant ses racines vers les cieux, à mille lieues de la terre.
Et il en pleure.

Anxiété sociale : introverti
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12 oct. 2023, 10:18
solo ++ Hier c'était beau, demain aussi
"Et si je m'aime pas beaucoup
C'est qu'souvent je me sens fou
Écrire ça c'est une torture
Je fais rature sur rature"


16 mai 2048

Il est répugné par lui-même ;
Lui qui est frêle, maigre et blème.

Son regard est hagard, il voit au loin,
Là, dans les coins et les recoins.
Écran opaque, il n’est que spectateur,
D’une vie qui continue sans lui ;
Il n’est qu’un simple visiteur,
D’un corps qui n’a plus d’appui.

Sa peau est marquée de carmin,
Sous ses ongles, les cicatrices restent ;
Profondes, moches, caché par ses mains.
Il n’ose pas bouger, faire le moindre geste.
Il veut rester ignorant, dans le déni.
Oublier qu’il est décousu, désossé.
Oublier l’agonie qu’il vit.
Alors, il courbe du dos, déphasé.

Il hait son corps, ça le prend aux tripes,
Noue son intestin autant que sa gorge.
Et il se fait mal, souhaite la douleur ;
Avec rancœur, fureur et pleure,
Ressentir autre chose que le vide,
Qui l’évide et le rend rigide.

Mais il est loin,
Six pieds sous terre.
Et il s’éloigne,
Au plus proche de la mer,
Pour y brûler jusqu’à la moelle.
Aporie ; il ne sent rien et tout.
Il rêve de groseille et de vermeil,
Dans ses nuits sans goût et matou.
Face à ce miroir qui l’effraie,
Dans son désarroi, il est distrait
Par cet autre juste en face ;
Rapace à la grimace qui le fracasse.

C’est lui qu’il voit ;
Lui qui le noircit et qui croît.
Lui qui le bouffe de l’intérieur
Lui qui le fait sentir inférieur.
Ses yeux, l’air suffisant et son ombre,
L’encombre et le plonge dans la pénombre.
Il n’a que lui qui prend autant de place,
Et bien qu’ils s’entrelacent, c’est lui qui s’efface.

Mais il veut se reconnaître,
Être lui.
Être lui.
Être lui.

Mais dans les méandres de ses pupilles,
Il ne trouve qu’un reflet déformé, laid.
Et les souvenirs s’entassent, sa tête grésille,
Brouillé, écrasé, éreinté par la réalité ;
De son corps, un autre l'a contrefait,
Emprunté ; en a usé, et l'a usé.

Et ça le répugne, ce reflet, son être,
Épuisé de prétendre et de se débattre.
Il couvre son corps, timide, mal à l’aise.
Il déteste ses marques qui lui déplaisent.
Elles sont laides, ancrées dans sa peau,
Mais elles le discernent de l'autre.
La panique se calme, il redresse son dos,
Il accepte ses formes, la tête haute.

"C'est mon corps" ; se dit-il, et il veut le retrouver.
Kasey inspire, tremblant, brûlant d'appréhension.
Il veut s'aimer de nouveau et arrêter de réprouver
Ce corps qu'il doit réapprendre comme un oisillon.
Et pour ça, il doit avant tout se le réapproprier, en faire sien.
Alors, du bout de sa baguette et d'un Deffindo bien ficelé,
Les mèches glissent, tombent et Kasey se sent bien,
Soulagé.

Et c'est comme une addiction, impossible de s'arrêter ;
Il coupe, encore et encore, délesté d'un poids, sans regret.
Et perdu pour perdu, soudainement épanoui dans ce méli-mélo,
Kasey décide qu'il a assez hiberné et que cet instant marque un renouveau.

"Allez prend ma main, montre-moi
Comment tu fais pour danser
Pour rester capitaine
Voler au-d'ssus de la peine"


Il frissonne quand Winnie vient glisser ses doigts le long de ses cheveux. Elle était rentrée plus tôt et a eu la gentillesse de l'accompagner chez le coiffeur le plus proche. Celui-ci a rattrapé le mini carnage, avant de passer à la décoloration, puis une coloration. Le sorcier a craqué pour un blond cendré, même s'il était tenté par des couleurs plus peps et osé. "Un autre jour, peut-être" s'était-il dit.

Après ça, ils ont fait quelques courses dans la supérette du coin, avant de rentrer.

Le téléviseur tourne en fond, aucun des deux n'est vraiment attentif, bien que l'émission de cuisine propose des plats plus alléchants les uns des autres.

— Ça te donne un teint plus lumineux, complimente Winnie avec douceur, ça t'a fait du bien ?
— Ouais, respire le sorcier, je me sens étrangement plus léger.
— Ça te va bien, en tout cas, vraiment.

Kasey ferme les yeux, appréciant le massage le long de sa tempe. Sortir et voir autant de monde l'ont épuisé, il doit bien l'avouer, mais il n'a aucun regret. Étrangement, bien loin de l'image soignée qu'il s'est efforcé d'entretenir, Kasey se sent lui-même, enivré par ce sursaut de vie qui le secoue encore. Malgré tout, malgré ce premier pas qu'il sait décisif, Kasey rumine. Il se déteste, non pour son corps cette fois, mais parce qu'il ment perpétuellement à celle qui avait sauvé son âme. Il aimerait être honnête, lui dire la stricte et simple vérité ; qu'il est un sorcier, ce qu'il a réellement vécu pour être dans cet état et qu'il ne veut pas revenir dans ce monde qui ne lui inspire plus confiance. Il cesse d'y penser quand Winnie l'enveloppe de ses bras. Il oublie le temps de quelques heures, mais sait d'avance qu'il n'en dormira pas la nuit, tant ce dilemme lui posera problème ; c'est là, sur le bout de sa langue, Kasey ne tiendra pas bien longtemps.

— Un penny pour tes pensées, murmure Winnie.

Kasey se mord la joue, prend le temps de tourner sept fois sa langue dans sa bouche, mais l'envie est présente, pesante et écrasante.

— Je pense à quel point je te suis reconnaissant, expire Kasey.
— Et tu ne me dois rien.
— Si, ma vie.

Elle ne trouve pas les mots. Pour une fois, ils ne viennent pas. Elle sait qu'elle n'a aucune idée de ce qu'il a traversé, de ce qu'il pourrait avoir vécu pour en arriver là. La seconde est longue et Winnie décide que pour une fois, ce silence est suffisant ; elle sourit et Kasey en fait de même. De nouveau, ses mains viennent et vont le long de son crâne, l'air rêveur. Elle apprécie ce drôle de quotidien et cette présence dont elle ignore tout de sa vie. Elle aime penser que le bon Di.eu a souhaité leur rencontre, ce jour-là, à Brighton ; tous deux aussi perdu que l'autre. Cette histoire entre Peggy et William, elle l'a complètement oublié et honnêtement, ça lui passe maintenant au-dessus de la tête, si bien que les deux concernés se sont retrouvés bloqués un peu partout sur les réseaux sociaux et sur son téléphone.

Il n’a jamais autant vibré qu’à cet instant même.

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16 nov. 2023, 20:15
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"Et j'ai dans mon cœur
Que des diamants qui meurent
Toi tu n'as jamais peur
Jamais l'amour t'écœure"


25 mai 2048

Depuis plusieurs semaines maintenant, Kasey n'a pas utilisé une seule fois à sa baguette. "Non" pense-t-il "des mois même", en comptant sa captivité. Toujours est-il, quand Winnie s'absente, le potier sort son catalyseur de sa cachette pour l'entretien quotidien. Avec minutie, Kasey s'assure alors de la bonne tenue de la baguette, qu'elle ne présente aucune fissure et que le vernis tient encore, pour finalement passer un coup de chiffon tout en s'excusant d'être aussi médiocre et de manquer à ce lien durement tissé. Amèrement, il se souvient de ses tout premiers sorts qu'il avait lancés et qui se sont résulté en échec. Ollivender l'avait prévenu pourtant, cette baguette-là était exigeante et pourtant, l'enfant qu'il était fut déçu de ses piètres résultats. Puis, d'arrache-pied, Kasey a travaillé pour en être digne.

Et voilà qu'il gâche tout.

Indéniablement, le lien faiblit, il s'effiloche. Kasey le sent, ce n'est plus comme avant. Il ne ressent plus cette force inébranlable quand ses doigts empoignaient alors le catalyseur. "C'est finit" se dit-il, tandis qu'il enveloppe la baguette dans du papier craft et le laisse là, sur le clic-clac. Il éteint la lampe de chevet, reste un instant dans l'obscurité qui voile la chambre, avant de se rendre dans la cuisine d'un pas traînant. Il observe l'évier où traîne un brin de vaisselle. Il a promis à Winnie de s'en occuper et celle-ci lui a assuré que s'il n'y arrive pas, ce n'est pas bien grave et qu'ils s'en occuperont ce soir, sans pression et ensemble. Kasey doit bien avouer qu'il manque de force aujourd'hui, qu'il n'a qu'une envie : se cacher dans ses draps et disparaître.

La gifle qu'il s'inflige en réponse est cuisante, douloureuse, mais elle a eu effet de remettre ses idées en place. Le sorcier remonte ses manches et attrape la brosse. Tout de fois, ses mains restent en suspens, une idée vient lui traverser l'esprit : pourquoi ne pas utiliser sa baguette ? Il pourrait, il est seul après tout. Cependant, quelque chose le retient, il hésite et la peur d’être surpris, même si Winnie ne reviendrait pas avant plusieurs heures, lui font oublier cette idée. Il s’affaire à nettoyer la vaisselle sans plus de cérémonie. Les premiers mouvements sont maladroits, mais il se force à continuer. C'est un effort qui, même s'il paraît minime pour vous, constitue une victoire personnelle. La vaisselle s'accumule lentement dans l'égouttoir, les gestes mécaniques servant de distraction momentanée à son esprit tourmenté.

Il oublie qu'il est médiocre.
Qu'il ne vit que de bas et de haut.

Il essuie ses mains, puis ses yeux se tournent vers le couloir. Indéniablement, Kasey retourne dans la chambre. Il observe sa baguette, délaissé, oublié. Il sent le bout de ses doigts le démanger et repense brièvement à ses journées de travail, les mains enduites d'argile pour leur donnée forme et vie, avant d'y insuffler un brin de magie.

Non, c'est finit.

Kasey se détourne aussitôt, les bras croisés. La peur le tient en tenaille, il craint l'idée de devoir se reconnecter à ce monde. Mais étrangement, il finit par s'avancer et s'agenouille devant le clic-clac. Délicatement, les mains tremblantes, il défait la baguette de son papier craft. Ses doigts effleurent le bois et un frisson parcourt son échine. Kasey appréhende la suite. C'est comme s'il avait onze ans, assistant à son premier cours de sortilèges. Une pensée fugace à son professeur lui vient en mémoire. Se concentrer, visualiser, ressentir, formuler, et penser à la gestuelle...

Une lumière vacillante prend forme au bout de sa baguette. Kasey l'observe sans dire un mot, émerveillé comme au premier jour. Un retour à quelque chose de familier et en même temps, il a cette impression de faire quelque chose de mal. Timidement, il commence à tracer des formes dans l'air, pratiquant des mouvements familiers. Les sortilèges de base qu'il maîtrisait reviennent lentement à lui, comme un langage perdu que l'on redécouvre. La chambre se range, les couvertures viennent couvrir le clic-clac, les oreilles reprennent leurs places d'origines. Les gestes sont hésitants au début, mais sa confiance augmente à mesure que sa baguette répond à son appel. En fin de compte, peut-être qu'elle ne lui en veut pas de s’être ainsi éloigné, peut-être qu'elle comprenait ce silence qu’il a décidé de garder, car elle sans la moindre rancune, elle redevient entre ses mains le prolongement de sa volonté, comme si au final, rien ne s'était produit. Kasey se sent revivre, tandis qu’un énième lumos plus brillant encore perce l’obscurité de la chambre.

Et ainsi emporté, Kasey se laisse à cette magie qui l'enivre. Il se remémore un sortilège complexe qu’il a durement appris au cours de ses années passées à Poudlard. Il se concentre, visualise, ressent, s’accrocher à des souvenirs heureux, ignorant comme il peut cette cave, l’odeur âcre et l’envie de se noyer qui l'assaillit en réponse.

— Expecto patronum, soupir-t-il avec fermeté, tout en réalisant la gestuel relié à ce sort.

Mais la lumière s’évanouit aussi vite qu’elle naît, le plongeant dans ses ténèbres.

Cependant, plutôt que de se laisser abattre par cet échec, il décide s'y reprendre à nouveau. Alors, le potier se concentre, essaie de passer outre à ses pensées sombres. L'humiliation, la douleur, ce lui. Il se remémore un moment de pure joie, une image claire dans son esprit. Les mots "Expecto Patronum" résonnent à nouveau dans la chambre, mais une fois de plus, la lumière s’évanouit aussitôt.

Cette fois, l'obscurité qui le caresse n'a rien d'apaisant. Elle pèse lourdement sur ses épaules, l'oppresse et le menace. Il regarde autour de lui, à l’affût d'un danger, tandis que ses doigts se resserrent autour de sa baguette. Kasey à l’impression que des ombres se tapissent là, ô cauchemar éveillé. Son corps bat. Sa respiration se suspend. Cette cave encombre sa tête. Ses hautes vagues l’engloutissent. Le froid de l’océan le tétanise. Mais s'est alors qu'il coule que Winnie a décidé de le saisir avec force. À bout de bras, elle a bravé une tempête pour le ramener sur le rivage en dépit de sa propre sécurité.

Kasey se rend compte tardivement qu'il a récité à nouveau le sortilège. Sous ses yeux ébahis, une cigogne aux allures fantomatiques se dresse. Son Patronus est alors apparut comme une réponse à ce ce phare qui s'est érigé. La lumière douce de l'animal dissipe les ombres, éclairant la chambre d'une lueur protectrice qui l’apaise dans le même temps. Le sorcier reste là, immobile, captivé par la créature qui becte ses plumes, avant de s’ébrouer. Une profonde inspiration remplit ses poumons, emplissant son être d'une sensation de renouveau, alors qu’il sourit comme il ne l’a jamais fait auparavant.

C’est un gouffre qu’il vient de franchir à cet instant.
Il est fière, tout bonnement.

La cigogne s'évapore doucement dans l'air, laissant derrière elle une ambiance sereine, tandis que Kasey se laisse aller aux larmes.

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20 nov. 2023, 08:26
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"Et j'avais enfin trouvé
La seule qui peut réchauffer
Mes os, mon corps glacé
Tu le sais tu l'a aimée"


7 juin 2048

Aussi loin que Winnie pouvait se souvenir, elle a toujours trouvée que le dimanche matin avait quelque chose de particulier. C'était synonymes de grasse matinée ou bien d'évasion en bord de mer, quand elle était chez sa grand-mères, à Unst. Le temps semblait se ralentir, la lumière s'infiltrait à travers les fins rideaux, les oiseaux chantaient et une odeur de café flottait dans l'air. Sa mère adorait le café qu'elle a en horreur maintenant.

Kasey, quant à lui, préfère les dimanches après-midi, lorsque le soleil est au zénith et que le temps s'étire paresseusement. À lui aussi, ça lui rappelait son enfance. Un moment doux, insouciant qui le rend particulièrement nostalgie. Ça lui manque. Il aimerait pouvoir tout recommencer, retourner à Poudlard et tout re-découvrir comme au premier jour.

Il en pleure la nuit, Winnie l'entend quand l'insomnie la tient éveillé. Et entre deux mauvais rêves, elle est certaine de l'entendre appeler sa mère, inconsciemment.

Ce dimanche, les deux amis se sont levé aux aurores et bien qu'ils soient mal réveillé, tout deux se sont mit aux fourneau. Kasey s'occupe de concocter une pâte à pancakes vegan en suivant le livre de recette à la lettre. Pendant ce temps, Winnie découpe des fruits tout en zieutant Kasey par moment. Elle doit reconnaître que la cuisine n'est pas sont domaine de prédilection, mais elle apprécie chaque effort qu'il fournit pour maintenir sa tête hors de l'eau.

Le couteau en suspend, elle l'observe avec plus d'attention. Son air concentré et ses mouvements maladroits amuse Winnie.

— Je pense que c'est bon, non ? demande Kasey, levant les yeux du livre pour croiser le regard rieur de son amie.

Il n'eut pas de réponse aussitôt.

Ce dimanche matin a quelque chose de particulier, de bien à lui. Et dans l'intimité de cette cusine, tout deux pense à quel point ce quotidien sonne si bien et étrangement irréel.

Elle esquisse un sourire.

— Tu peux chauffer ta poêle.

Il s'exécute tout en sifflotant un air qui lui passe par la tête, une chanson que Winnie écoute régulièrement quand elle fait le ménage. Cette derrière l'accompagne aussitôt. Sa voix à quelque chose d'unique, Kasey adore l'entendre chanter.

Une pile de pancakes se forme dans l'assiette, tandis que la moldue termine sa salade de fruit et va préparer le café. Deux tassent fumante sont posé sur la table, vite suivie par deux assiettes garnies.

Et pour une fois, Kasey a une faim de loup.

Ils mangent dans un silence apaisant, brisé par moment par le bruit des couverts. Une fois le petit-déjeuner entièrement avalée, ils s'installent au balcon avec une deuxième tasse de café. Vanille, le chaton de Winnie, fait ses griffes sur sont arbre à chat avant de s'y installer, ronronnant.

Le soleil se lève lentement. Ses rayons vint réchauffer leurs visages. Ils partagent des anecdotes, des rêves et parfois, le silence revient, doux, réconfortant. La ville se réveille sur les coups de huit heure. Winnie observe les nuages à la dérive et Kasey les voitures qui passent en bas, se demandant où chacun pouvait se rendre à une heure aussi matinal.

— Tu devrais reprendre contacte avec tes parents, souffle Winnie, brisant le silence.

Kasey hausse les épaules, il n'ose pas la regarder.

— Je sais, mais...

Winnie posa doucement sa main sur la sienne.

— Mais tu as besoin de temps, suppose-t-elle.
— Non, ce n'est pas ça... j'ai peur.

Winnie l'observe du coin de l'œil, compatissante. Doucement, elle frotte son épaule.

— C'est normal…

Et le silence revient.
Ce dimanche matin a quelque chose d'irréel.

"Mais j'étais peut-être encore
Trop jeune pour lui donner l'or
Tout l'or qu'elle méritait
Pourtant j'ai tout essayé"


16 juin 2048

Kasey ressent le besoin de renouer avec ses parents, une démarche apparemment simple, mais pour lui, c'est un pas empli de peurs.

Il craint le jugement.
Il appréhende la colère.
Il se sent honteux.
Il redoute les longues heures d'explications.
Il redoute d'être poussé à revenir d'une manière ou d'une autre.

Kasey ne veut pas rentrer, du moins, il n'en est pas sûr. Il apprécie cette vie singulière, jouer au petit Moldu, son quotidien avec Winnie. Au fond, il ne souhaite pas abandonner cette existence.

Un bonheur éphémère.

Winnie est partie au travail, comme à son habitude. Kasey, quant à lui, a saisi un stylo et du papier à lettre. S'il ne veut pas rentrer – ou un jour, peut-être, il doit au moins donner des nouvelles un jour.

la page reste vierge, sa main suspendue dans l'incertitude. Que dire exactement ? Assurer qu'il va bien alors qu'il l'ignore lui-même ? Affirmer qu'il est en sécurité ? Mentionner qu'il n'est pas seul ? Pourquoi cela semble-t-il si compliqué ?

Kasey soupire, ses yeux errant sur les photos que Winnie expose ici et là. Sur certaines, elle pose avec son frère aîné, Harold, ou avec sa mère et sa grand-mère. Sur d'autres, il n'y a que ces trois-là, Winnie derrière la caméra. Tous sourient, unis, remarque Kasey. Chaque soir, Winnie prend des nouvelles de sa famille par téléphone, discutant pendant des heures de tout et de rien.

Et tout semble si facile pour elle,
Alors que lui, il ne parvient même pas à écrire une simple lettre.

La pression monte, le poids de son incapacité à coucher quelques mots sur le papier lui pèse. Il ferme les yeux un instant, cherchant à organiser ses pensées. Les premiers mots sont hésitants, mais petit à petit, il trouve une façon de partager ses pensées, de décrire sa journée. La lettre prend forme, une expression de son monde intérieur, bien que teintée de précaution. Il raconte brièvement les petits moments, les émotions fugaces, et la façon dont il occupe ses journées. Il essaie de dépeindre son état d'esprit sans sombrer dans le pessimisme, une tâche ardue. Lorsqu'il relit la lettre, Kasey se rend compte qu'il a réussi à écrire quelque chose de sincère. La lettre n'est pas parfaite, mais elle est authentique. Il la plie avec soin, la glisse dans une enveloppe, avant de transplaner à Pré-au-Lard afin de la poster.

Il n'osera pas passer à sa boutique cette fois, il rentre aussitôt et s'enferme dans sa chambre pour se reposer

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4 déc. 2023, 16:30
solo ++ Hier c'était beau, demain aussi
tw : mention de mort, mention de drogue et d'overdose, mention d'alcoolisme.

"Et mes heures sombres pass'ront
Quand j'arriverai enfin
À chanter son nom
Sans douleur qui vient"


25 juin 2048

Kasey se balance doucement dans le siège suspendu. Il tient un livre, mais fait surtout mine de lire, lui qui se perd encore dans sa tête. Dehors, le soleil d'été se couche lentement, plongeant progressivement la pièce dans l'obscurité. Winnie est affalée sur le canapé à sa droite, elle fait du tri dans sa boîte mail. Lorsqu'elle achève son travail après cinq minutes, la moldu referme délicatement son ordinateur portable et le dépose sur le siège voisin. Elle prend un moment pour contempler son salon avant de remarquer que Kasey semble relire la même phrase depuis un certain temps. Le vieux coucou hérité de sa grand-mère émet un doux tintement, annonçant qu'il est 21h30. Deux heures se sont écoulées depuis leur dernier repas et Winnie doit avouer qu'une légère sensation de faim commence à se faire sentir. Cependant, elle se concentre entièrement sur Kasey, dont la respiration devient fébrile. Il ne lui faut pas plus pour comprendre qu'une crise d'angoisse est imminente.

Bien qu'il aille mieux depuis quelques semaines, ses peurs les plus profondes, dont elle ignore encore tout, reviennent comme des vagues scélérates qui l'engloutissent sans prévenir pour ne rien laisser derrière elles, même pas des débris. Winnie glisse doucement sa main le long de son épaule, cherchant à l'ancrer physiquement.

— Eh, tout va bien, murmure-t-elle, respire profondément...

Kasey s'efforce de respirer profondément jusqu'à ce que la quiétude s'installe, une fois que la nuit les a enfin enveloppés.

"Quand je touch'rai le passé
Sans violence, sans hésiter
Quand le souv'nir de l'étreinte
Me fera plus pleurer"


Cette nuit, ils eurent besoin de dormir ensemble.

L'orage s'est abattu soudainement, éclatant au-dessus de l'immeuble avec une redoutable force qui a secoué les murs. Dans un sursaut, Winnie émerge de son sommeil, libérée d'un cauchemar persistant qui la hante. En alerte, elle scrute l'obscurité, à la recherche de cette présence menaçante qui pourrait l'attendre et même si l'absence de son géniteur est flagrante, elle ne parvient pas à apaiser son anxiété. La peur la maintient en étreinte, crispant ses muscles et semant en elle la conviction d'un danger tapi quelque part dans l'ombre. Elle déglutit, aussi terrorisée que son enfant intérieur. Les éclairs illuminent la pièce et esquissent des ombres éphémères sur son visage tendu. Elle compte les secondes jusqu'à que l'orage rugit de nouveau avec colère. Winnie déteste ce temps tempétueux. Ce bruit fort qui envahit sa tranquillité.

Entre deux éclairs, quelqu'un frappe à la porte. Après avoir reçu l'autorisation, Kasey glisse sa tête dans l'entrebâillement.

— Toi aussi, tu es réveillé ? demande-t-il, la voix tremblante.
— Ouais... j'crois que tout le voisinage l'est, essaie-t-elle de plaisanter.

Cependant, son rire s'éteint rapidement à mesure que l'orage continue de tonner au-dessus d'eux.

— Est-ce que je peux rester ?

Lui aussi, tel un enfant, il est effrayé par la tempête. Winnie offre un sourire compréhensif, avant de l'inviter à se joindre à elle sous la couverture. Il s'installe à ses côtés, puis observe son amie empiler des coussins à différents endroits.

— Quand on avait peur, on construisait des forts avec Hector, partage Winnie en activant la fonction lampe torche de son smartphone, et on se racontait des histoires de princesses et de dragons !

Il y a de la nostalgie dans sa voix. Malgré une enfance qui n'était pas des plus heureuses, ces moments d'insouciance partagés avec son grand frère lui manquent.

— On avait créé tout un univers imaginaire, se rappelle-t-elle, où les dragons n'étaient que des amis cachés sous le lit, prêts à nous protéger, et les princesses étaient des héroïnes intrépides qui affrontaient toutes les tempêtes...
— Je n'ai jamais fait de fort avec des coussins, avoue Kasey.
— Vraiment ?
— Oui, je suis fils unique, et ça ne m'est jamais vraiment venu à l'esprit, surtout que ma mère était plutôt maniaque à cette époque, elle bannissait le moindre désordre.

Elle arrange quelques coussins, puis porte son attention vers lui.

— Qu'est-ce que tu faisais quand tu avais peur ?
— Je me contentais de pleurer, glousse-t-il, j'avais après plein de morve partout et j'étais aussi rouge que le bonnet d'un nain de jardin.

Winnie éclate de rire face à la comparaison.

— En réalité, le plus souvent, je me cachais sous la table et j'attendais que ça passe, tout simplement, reprend Kasey avec plus de sérieux. Mais j'aurais aimé avoir une fratrie.
— Pourquoi tes parents n'ont pas voulu avoir d'autres enfants ?
— Parce qu'un était déjà de trop, j'étais bien suffisant.
— Alors, tes parents ne t'ont jamais tenté avec des arguments du genre "un petit frère ou une petite sœur serait un compagnon de jeux idéal" ?

Kasey secoue la tête en riant.

— Mais je crois qu'ils auraient aimé avoir une grande famille, mais pas de chance, le premier enfant était loin d'être parfait, ça les a convaincus que j'étais mieux en tant que "fils unique".
— Tu n'as jamais ressenti le besoin d'avoir un frère ou une sœur, même maintenant ? demande Winnie.

Kasey soupire légèrement, il réfléchit, avant d'hausser les épaules.

— Parfois, ouais, surtout dans les moments difficiles. J'imagine que c'est à ce moment-là que la présence d'une fratrie aurait été bienvenue... et le fait d'être l'unique rend les choses plus compliquées dans tout ça. Mon père avait tracé tout un chemin de vie pour moi ; il aurait aimé que je devienne comme lui de A à Z. Quant à ma mère, elle a été surprotectrice. J'étais son enfant chéri, et même s'ils ont été malgré tout de bons parents, être seul ne m'a pas beaucoup aidé quand je devais porter seul toutes les attentes.

Blottis l'un contre l'autre, ils observent leurs orteils, ignorant les différents assauts de l'orage qui, fatalement, commence à s'éloigner.

— Le poids des rêves de nos parents peut être écrasant, marmonne Winnie, mais pour ma part, j'aurais aimé connaître ça, d'une certaine manière en tout cas.
— Ah ?
— Mon géniteur était un ivrogne et ma mère... bah, elle a fait de son mieux dans tout ce chaos, explique-t-elle à mi-voix.

Elle rapproche ses genoux contre elle et y pose sa tête.

— Dès qu'il le put, mon frère s'est enrôlé dans l'armée et moi, j'étais complètement en roue libre, sans le moindre garde-fou... oh Jésus, j'en ai fait des conneries adolescente.

Elle repense avec honte à ses soirées d'adultes auxquelles elle s'incrustait pour boire et se droguer, cherchant à oublier à quel point elle se sentait mal, impure, et souhaitait ne jamais avoir existé. Elle se replie un peu plus sur elle-même, revivant les échos d'une époque où la douleur intérieure la poussait à chercher refuge dans les excès. Kasey ressent le changement subtil dans l'atmosphère. Il resserre doucement son étreinte, alors que Winnie, après un moment de silence, poursuit :

— Ces soirées, c'était comme une échappatoire, tu sais ? Un moyen de fuir la réalité qui me hantait. J'aurais donné n'importe quoi pour ne plus ressentir cette douleur, même si c'était juste pour un moment, jusqu'à que ça vrille complètement.

Elle a miraculeusement survécu à l'overdose, car tout semblait indiquer qu'elle ne survivrait pas cette nuit-là. C'est certainement là qu'elle a commencé à croire en un Être Tout-Puissant, en Dieu, elle qui n'était même pas baptisée malgré l'éducation chrétienne que ses parents avaient reçue. Elle n'en a jamais parlé à personne, craignant d'être jugée pour ce qu'elle avait vécu lors de sa petite mort, même pas à son frère et à sa mère. Cependant, étrangement, elle se sent capable d'en parler à Kasey :

— J'ai failli mourir à cause d'une overdose, j'avais quel âge ? 16 ans ? Et c'était étrange, je me sentais mourir. Je me voyais là, allongée sur le lit d'hôpital, branchée de partout et je n'avais pas peur. Étonnamment, je me sentais en paix pour la première fois de ma vie... et je n'étais pas seule. Il y avait comme quelqu'un avec moi qui me tenait la main.

Et encore aujourd'hui, elle est persuadée que c'était un ange.

— Je me suis réveillée sur ce même lit d'hôpital.

Elle marque une pause, cherchant les mots pour exprimer ce qu'elle ressent, tandis que Kasey l'observe en silence, pendu à ses lèvres.

— Cela a marqué un éveil spirituel pour moi, tu vois. Cela a changé ma perspective sur la vie, sur moi-même : j'ai mis fin à mes connerie, j'ai pris les choses en main et j'ai même embrassé le christianisme ! Cependant, avec le recul, je me dis que cela aurait pu être évité, mais en même temps, je ne veux pas faire porter à ma mère la responsabilité de mes choix.

Winnie reprend son souffle, ses yeux reflétant la complexité des émotions qui l'habitent.

— La foi a été une ancre pour moi, une lumière dans l'obscurité que je traversais. J'ai trouvé une communauté qui m'a soutenue et guidée vers un chemin plus sain. Mais, tu sais, il y a toujours cette part de moi qui se demande si j'aurais pris cette route si les choses n'avaient pas atteint un point critique...
— On ne peut jamais vraiment savoir comment notre chemin aurait été autrement, répond doucement Kasey, mais ce qui compte, c'est que tu as trouvé la force et le soutien nécessaires pour te remettre sur pied.
— Ouais, tu as raison, conclut-elle.

Ils demeurent lovés l'un contre l'autre sous la couverture. L'orage n'est plus qu'un lointain souvenir ; désormais, seule la pluie persistante berce Londres, enveloppant le monde extérieur d'une mélodie bien plus apaisante.

Anxiété sociale : introverti
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"Je préfère pas, raconter ça, personne n’y croit"
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11 déc. 2023, 20:26
solo ++ Hier c'était beau, demain aussi
"Et j'ai dans mon cœur
Que des diamants qui meurent
Toi tu n'as jamais peur
Jamais l'amour t'écœure"


10 juillet 2048

Aujourd'hui, Winnie ne travaille pas, et bien que l'idée d'une grasse matinée soit tentante après une longue semaine de labeur, la jeune moldue a opté pour une approche bien différente. Le réveil sonne de bonne heure, l'arrachant aux bras de Morphée. Elle s'étire de tout son long, avant de mettre en sourdine son téléphone qu'elle débranche. La petite Vanille, qui dormait à ses pieds, vient la trouver pour quelques caresses que sa gardienne lui donne volontiers.

— Coucou toi, tu as bien dormi ?

Elle ronronne en réponse, et après quelques bisous ici et là, Winnie finit par se lever. Après un passage aux toilettes, un café avalé, et quelques fruits dégustés, elle délaisse son pyjama pour enfiler un sweat et un vieux jogging qui l'accompagne depuis des années. Elle s'assure ensuite que son chaton ait assez d'eau et de croquettes, avant de quitter l'appartement sur la pointe des pieds. Elle referme la porte derrière elle avec précaution puis, tout en descendant, Winnie ajuste ses écouteurs et sélectionne une playlist spécialement conçue pour ses séances de sport. Une fois dehors, elle court à travers son quartier qui peine encore à émerger du sommeil matinal. Sporadiquement, des voitures passent près d'elle, chacun se rendant à son travail ou bien ailleurs.

D'un rythme régulier, elle s'engage dans le petit parc près de chez elle, en faisant plusieurs fois le tour. Les quelques passants, aussi matinaux qu'elle, sortent leurs chiens ou se dirigent vers l'école, cartables chargés. Quant à Winnie, enfermée dans sa bulle, elle savoure ce moment de solitude pour recharger ses batteries sociales. Il n'y a pas plus solaire que cette femme ; elle adore vivre aux côtés de ses pairs, passer du temps avec ses amis et sa famille, mais parfois, elle a aussi besoin de moments pour elle. Finalement, lorsque le soleil se lève et que la cloche de l'église voisine sonne sept heures, elle rentre chez elle, revigorée.

Lorsqu'elle franchit le seuil de la porte, Kasey sort tout juste de la salle de bain, fraîchement douché et habillé, avec Vanille sous le bras.

— Quelle bêtise a-t-elle faite cette fois ?
— Elle s'amusait à grimper sur le tancarville que tu as rangée dans la salle de bain.
— Ma vilaine fifille ! rouspète-t-elle avec amusement, ne t'ai-je pas dit non la dernière fois ?

Alors que Winnie prend le chaton des mains de Kasey, ce dernier observe le tatouage finement dessiné sur son poignet. Sa simplicité le frappe, un point-virgule si discret qu'il n'avait jamais pris le temps de le remarquer jusqu'à présent.

— Tu l'as depuis longtemps ?
— Mmh ? Oh, mon tatouage ?

Elle tend son poignet par réflexe.

— Ouais, je l'ai fait à mes dix-sept ans avec l'accord de ma mère.
— Et il a une signification particulière ? Enfin, si je peux me le permettre...

Elle acquiesce, avant de lui donner une réponse plus concrète :

— Il est issu d'un mouvement qui s'est créé sur les réseaux sociaux en... 2013, je crois ? En gros, ça signifie qu'on a survécu à quelque chose, un moyen de dire que la vie continue, qu'il y a eu un point, et après, on recommence.
— Ton overdose, c'est ça ?
— Et pas que, de ma dépression aussi. Enfin, je l'ai traîné encore pendant quelques années, mais après ma mort subite, je savais qu'elle ne me pousserait plus à bout.

Kasey l'observe, puis à nouveau le tatouage.

— C'est impressionnant de voir comment tu as surmonté tout ça.
— Tu feras de même, répond-t-elle, tu es déjà un survivant.

Subitement, Kasey repense à la tempête, à la froideur implacable de la Manche et aux vagues menaçantes qui voulaient alors l'engloutir, tout refit surface. Il croise les bras, se referme, alors qu'il secoue doucement la tête. L'idée d'être qualifié de survivant le plonge dans un malaise profond, les souvenirs sombres de cette journée tragique envahisse sa tête, créant un tumulte intérieur qu'il tente en vain de dissimuler.

— Je ne sais pas, murmure-t-il à voix basse.

Winnie, consciente de la détresse de son ami, vint doucement poser une main sur son épaule dans l'espoir d'offrir un brin de réconfort.

— Kasey, tu as survécu, c'est un fait, souligne-t-elle avec douceur. Ne minimise pas tes propres luttes. Tu as traversé quelque chose d'extrêmement difficile et c'est précisément ce qui fait de toi un survivant.

Il aimerait sincèrement y croire, mais pourquoi est-ce si ardu de simplement l'accepter ? Pourquoi, au plus profond de lui, ressent-il le besoin de s'auto-saboter à ce point ? Winnie poursuit :

— Il est normal de ressentir des doutes et de se remettre en question, mais tu es bien plus fort que tu ne le penses. Tu dois seulement te laisser du temps pour guérir, pour accepter ce que tu as vécu et que tu as survécu à ça.

Il ressent une certaine chaleur dans ses paroles, une empathie sincère qui perce à travers la détresse qu'il porte en lui.

— C'est plus facile à dire qu'à faire, murmure-t-il, tentant de dissimuler l'émotion qui menace de le submerger.
— Je sais que ça peut sembler insurmontable maintenant, répond-t-elle, mais regarde tout le chemin que tu as déjà parcouru en peu de temps. Ce n'est pas encore la grande forme, je ne dis pas le contraire, mais tu as déjà repris des couleurs, tu sors régulièrement, tu arrives à prendre chaque jour comme il vient.

Winnie lui adresse un sourire et laisse un moment de silence, laissant ses mots s'installer, avant de conclure avec douceur :

— Tu guéris.

Il acquiesce, s'efforce d'accepter, peu importe à quel point il se sent illégitime. Ils restent là, plongés dans ce silence chargé d'émotions, bercés par le ronronnement apaisant de Vanille, confortablement installée dans les bras de sa gardienne. Lorsque le coucou sonne sept heures trente, les deux amis se dirigent doucement vers la cuisine pour savourer un petit déjeuner bien mérité.

Tandis que Winnie découpe soigneusement les fruits et que Kasey prépare le café, ce dernier jette un nouveau regard sur le tatouage. Il commence à envisager que l'idée n'est pas si mauvaise que ça ; un symbole tangible marquant ce renouveau auquel il aimerait aspirer.

Anxiété sociale : introverti
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7 févr. 2024, 11:08
solo ++ Hier c'était beau, demain aussi
“Au final t'es peut-être qu'une bête
Mais moi j'aime tellement la fête
Que tu respires sans fin
Oh lumière, viens demain”


16 juillet 2048

La lumière du petit matin glisse doucement à travers les volets entrebâillés, dessinant des ombres dansantes sur les murs du salon. L'horloge, discrète dans son tic-tac régulier, annonce huit heures, mais ni Kasey ni Winnie n'ont l'élan de quitter leurs draps douillets. La nuit précédente est longue, vibrant au rythme de la fête où la moldue les entraîne. Kasey fait la connaissance des amis de Winnie, mais surtout de son frère, Harold, le militaire en congé en ce moment. De tous, c’est certainement sa présence qui le marque. Lui et son visage dur, balafré et pourtant aux yeux rieurs. Il est aussi espiègle que sa petite sœur.

Une migraine tenace émerge des tréfonds de son sommeil, vrillant son crâne dès qu'il tente d'ouvrir les yeux. Les effluves persistantes de la soirée arrosée lui rappellent avec insistance la surabondance d'alcool qu'il a ingurgité, une tentative maladroite pour masquer son malaise social. Avec peine, le potier se redresse, étirant ses membres endoloris, craquant quelques os au passage. Son regard se pose alors sur Winnie, paisible à ses côtés, et une chaleur réconfortante l'envahit malgré la douleur persistante.

Malgré les remous de la soirée, aucun trou de mémoire ne vient obscurcir ses souvenirs. Il se rappelle chaque instant de leur retour à la maison, une étreinte subtile mais profonde qui marque leur complicité grandissante. Ses joues s'empourprent légèrement à cette réminiscence, tandis qu'un léger sourire s'esquisse sur ses lèvres. Un café, pense-t-il, serait une bonne chose pour débuter cette journée tranquille.

Il s'échappe doucement de la chambre, glissant ses jambes endormies dans ses vêtements de la veille. Dans la cuisine baignée de lumière matinale, il prépare le café pour deux, savourant déjà l'arôme réconfortant qui emplit la pièce. Il sort du réfrigérateur la pâte à pancake qui attend depuis la veille dans son bol, préparée par Winnie avant qu'ils ne s'éclipsent pour la soirée. Kasey, retroussant ses manches, se met à l'œuvre. Très vite, l'odeur appétissante des pancakes en train de cuire chatouille ses narines, un avant-goût du petit-déjeuner à venir.

Quand Winnie fait enfin son apparition, Kasey vient tout juste de faire sauter la dernière pancake, laissant derrière lui une pile dorée et encore fumante. Souriant, il la rejoint à table, où les deux amis partagent un petit-déjeuner. Les conversations sont rares, mais le silence qui règne entre eux est chargé de confort et de bienveillance. Chaque bouchée est savourée avec plaisir, accompagnée du doux murmure de la vie qui reprend son cours autour d'eux. Tandis qu'ils s'attellent à la vaisselle, les gestes répétitifs et familiers, Winnie sent monter en elle le moment opportun pour aborder un sujet délicat :

— Par rapport à hier...
— Après que nous sommes rentrés ?
— Tu t’en souviens ?
— Ouais.
— C’était bien ?

Les joues de Kasey s’empourprent à nouveau, il acquiesce timidement. Winnie attrape la poêle tendue et l’essuie méticuleusement, perdue dans ses pensées.

— Un penny pour tes pensées.
— Bah... tu sais, je me demandais... On a passé tellement de bons moments ensemble ces derniers temps.
— Mmh ? l’invite-t-il à continuer.
— Et je me demandais... est-ce que tu penses qu'on pourrait être... plus que juste des amis ?

Kasey interrompt tout mouvement pour l’observer, surpris par la question.

— Comment ça ? Genre des amis avec des avantages ?
— Oui, exactement. Je veux dire, on s'entend vraiment bien, on se plaît mutuellement et c’était cool hier, non ?

Il y a de fortes chances pour que Kasey ressemble à une tomate à l’heure actuelle, et s’il ressent un gêne, mais honnêtement, l’idée même ne le dérange pas.

— Ouais, c'est vrai...

Winnie sourit en voyant qu'il est ouvert à la discussion.

— Alors, qu'en dis-tu ? On pourrait voir où cela nous mène, sans mettre de pression sur quoi que ce soit.
— Pourquoi pas ? Je suis partant en tout cas.

“C'est décidé j'fais comme toi
Je quitte enfin mes lois
J'éradique mes vices
Sélection 46”


7 aout 2048

Depuis quelques jours, Winnie est réveillée par une nausée persistante qui la prend au dépourvu dès les premières lueurs du matin. Ça l'étreint, lui nouant l'estomac et la contraignant à une course effrénée vers les toilettes pour apaiser cette sensation oppressante. Vomir le ventre vide n'est en rien plaisant. Au début, elle attribuait ces malaises à une simple maladie, mais l'absence de fièvre a balayé cette hypothèse.

Son pied martèle le carrelage froid des toilettes, rythmant l'inquiétude qui serre son cœur. Sa tête, lourde de pensées tourbillonnantes, se repose sur sa main tandis qu'elle attend fébrilement le verdict. Et comme pour sceller son destin, le résultat tombe après une minute interminable. Sur le coup, elle reste figée, tiraillée par une multitude de questionnements et d'appréhensions quant à cette nouvelle réalité qui s'annonce. Mais au bout du compte, elle quitte les toilettes, l'estomac noué mais l'esprit embrasé par une multitude d'émotions contradictoires.

C'est alors qu'elle trouve Kasey dans le salon, en train de brosser méticuleusement Vanille qui ronronne paisiblement contre ses genoux.

— Kasey ? Je suis enceinte.

Et jamais elle n'aurait imaginé que voir son regard s'illuminer pourrait la soulager à ce point.

*


— On est d'accord pour le garder ? demande Winnie, un soupçon d'appréhension dans la voix.

Installés autour d'une infusion à la camomille et de quelques gâteaux faits maison, ils discutent sérieusement de leur avenir et celui du bébé surprise.

— Je n'y vois pas d'inconvénient, j'ai toujours voulu être papa, mais toi ? C'est ce que tu veux ? C'est toi qui vas subir tous les désagréments de la grossesse, sans parler de l'accouchement, souligne-t-il.
— Ouais, je sais, mais comme toi, j'ai toujours voulu avoir un enfant dans ma vie. Mon corps va gérer, il est fait pour ça, je m'inquiète pas... et si toi, t'es sûr de rester, j'ai pas de raison de m'en faire.

Kasey attrape sa tasse et plonge son regard dans celui de son amie.

— Je ne suis pas ce genre de mec, on a été bêtes de ne pas se protéger, maintenant, on doit assumer.
— Mais est-ce qu'on est vraiment prêts, en soi ? Notre relation est récente après tout, on se connaît depuis quelques mois, fait remarquer Winnie, ses yeux exprimant ses doutes et ses espoirs mêlés.

Kasey ne peut que lui donner raison, surtout qu'elle ignore tout de lui, notamment sa nature de sorcier. Et est-ce que le bébé héritera de son gène ? Il y a des chances pour que cela soit le cas. Il allait devoir l'annoncer un jour ou l'autre, le plus tôt de préférence.

— Je crois que personne n'est jamais vraiment prêt pour ça. Mais on va le faire ensemble.

Un soupir de soulagement échappe à Winnie qui mordille aussitôt sa lèvre inférieure, réfléchissant à voix haute.

— Tu sais, je trouve que l'appartement est un peu petit pour accueillir un bébé...
— Oui, c'est vrai, avoue-t-il après avoir observé le salon, tandis que son esprit vagabonde déjà vers l'idée d'un foyer plus spacieux, mais tu te souviens, tu m'as dit que ta grand-mère t'a légué sa maison à Unst ? On pourrait envisager de renoncer à l'appartement et de déménager là-bas.

Winnie réalise soudainement cette possibilité.

— Je n'y ai pas du tout pensé, mais pourquoi pas ? C'est tranquille là-bas, la maison est grande, mais demande un peu de rénovation.
— Je vais gérer ça, ne t'en fais pas, assure Kasey, sa main cherchant la sienne en retour pour la rassurer.
— D'accord, dans ce cas, je m'occupe de l'appartement, tu sais, le préavis, tout ça... le plus barbant en somme ! Mais il faudra aussi l'annoncer à mes parents et aux tiens... tu as eu une réponse à ta lettre ?
— Non... j'irai les voir directement, ça me fera juste partir pour quelques jours, j'ai aussi des choses à régler de mon côté avant qu'on parte d'ici.

Winnie acquiesce, reconnaissante pour son soutien indéfectible.

— Ne fais pas cette tête, ça va bien se passer, murmure-t-elle doucement.

Et plus que jamais, Kasey voudrait qu'elle ait raison, mais pour le moment, il enterre ses préoccupations pour ressentir pleinement cette joie grandissante ; il va être papa.

“Hier c'était beau, demain aussi”

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