Soho good to learn
10 novembre 2048
Soho Parish Primary School
La Soho Parish Primary School est l'école la plus proche de chez moi. Naturellement, c'est là que mes parents ont décidé de m'inscrire. C'est une state school, une école publique, gratuite donc. Et pourtant, elle donne accès à une éducation de très bonne qualité. Du moins, c'est ce que l'on m'a dit. Moi, je n'en sais rien, je n'ai jamais été dans une autre école, mais j'aime beaucoup celle de Soho. C'est un petit établissement, j'y suis depuis mes 5 ans, et j'ai l'impression de connaître tout le monde. Mes camarades d'école sont, pour la plupart, les mêmes que depuis la Year 11, mes amis sont presque comme une seconde famille. Je m'y sens bien, et je n'ai pas hâte de rentrer au collège l'année prochaine. J'appréhende de quitter certains de mes amis, même si je sais que d'autres seront dans le même collège que moi.
C'est le cas de Suzy. Ou plutôt, Suzanne. Tout le monde l'appelle Suzy, car c'est plus joli. On l'appelle tellement Suzy que même notre maîtresse, sans faire exprès, l'appelle parfois de cette façon aussi. Ça nous fait beaucoup rire quand elle s'en rend compte.
Comme moi, elle a des origines asiatiques. Ses parents connaissent les miens depuis quelques années car ils fréquentent très souvent le restaurant. Nos parents sont de bons amis, et j'ai grandi avec Suzanne. Je n'ai pas de sœur, mais elle est ce qui s'en rapproche le plus. Nous ne sommes pas de la même année : je suis de novembre 2037, et elle est de mars 2038 ; mon signe astrologique est le Serpent, elle est Cheval. C'est pourquoi nous les utilisons comme noms de code. Je l'appelle Mǎ, elle m'appelle Shé2. Et gare à qui utilise ces surnoms : nous sommes les seules à pouvoir nous appeler ainsi ! Presque comme deux jumelles qui ont leur langage secret.
Cette année n'est pas une année comme les autres pour nous. C'est la Year 6, la dernière année d'école primaire. En juin, nous passerons les SATs, un examen qui signe la fin de la primaire.
Je n'ai pas peur de ces examens. Déjà, parce qu'ils n'ont aucune influence sur le choix du collège que l'on choisit, mais aussi parce que je suis dans les têtes de classe. Contrairement aux autres premiers de la classe, je n'ai pas des facilités. J'ai juste des parents très exigeants qui me demandent de beaucoup travailler. J'ai souvent l'impression que c'est grâce à eux que j'ai des bons résultats scolaires.
Ce qui me stress plus que les SATs, c'est l'examen des 11+. C'est un examen qui, pour le coup, est déterminant pour intégrer le collège que l'on a choisi. Mes parents savent que je n'aurai pas la possibilité d'entrer dans les meilleurs établissements londonniens, car les meilleurs sont privés et très coûteux, mais ils espèrent que j'arriverai à entrer dans les meilleurs collèges publiques du coin.
Moi, tant que je suis avec Mǎ, ça me va. Et nous visons les mêmes collèges, donc il y a de grandes chances pour que nous nous retrouvions ensemble. Sans elle, je me sentirais si perdue dans un nouvel établissement.
Driiiing !
La sonnerie de l'école sonne la fin de la récréation. Mǎ et moi courons vers la salle de classe. Nous courons toujours, à croire que c'est notre seul moyen de nous déplacer. Madame Richard, notre maîtresse de classe, se tient à l'entrée de la salle pour nous regarder passer. Elle est très gentille, madame Richard, mais il ne faut pas l'énerver, car elle se fâche très fort. J'ai déjà eu des punitions avec elle, parce que je suis trop distraite, et je bavarde parfois avec mes camarades pendant les leçons. Mais je sais qu'elle m'aime bien quand même.
Je rentre dans la pièce. Et là, comme brillant de mille feux, je vois sur un des nombreux pupitres qui n'est pas le mien, un magnifique stylo multicolore. Ce sont comme ces crayons quatre couleurs que nous avons presque tous, mais là, il y en a au moins huit ! Il y a du violet, du jaune et du rose !
Je le veux !
Je suis attirée comme un papillon autour d'une fleur. Alors, je vérifie que personne ne me regarde, et je récupère le trésor. Arrivée à ma place, je le cache dans ma trousse. C'est désormais le mien.
____________________
1 Première année d'école obligatoire, à l'âge de 5 ans. Équivalent au CP, plus ou moins.
2 Ne se prononce pas "sheh", mais "sheu" avec un ton grave montant dans les aigus.
2è année RP
Soho Parish Primary School
La Soho Parish Primary School est l'école la plus proche de chez moi. Naturellement, c'est là que mes parents ont décidé de m'inscrire. C'est une state school, une école publique, gratuite donc. Et pourtant, elle donne accès à une éducation de très bonne qualité. Du moins, c'est ce que l'on m'a dit. Moi, je n'en sais rien, je n'ai jamais été dans une autre école, mais j'aime beaucoup celle de Soho. C'est un petit établissement, j'y suis depuis mes 5 ans, et j'ai l'impression de connaître tout le monde. Mes camarades d'école sont, pour la plupart, les mêmes que depuis la Year 11, mes amis sont presque comme une seconde famille. Je m'y sens bien, et je n'ai pas hâte de rentrer au collège l'année prochaine. J'appréhende de quitter certains de mes amis, même si je sais que d'autres seront dans le même collège que moi.
C'est le cas de Suzy. Ou plutôt, Suzanne. Tout le monde l'appelle Suzy, car c'est plus joli. On l'appelle tellement Suzy que même notre maîtresse, sans faire exprès, l'appelle parfois de cette façon aussi. Ça nous fait beaucoup rire quand elle s'en rend compte.
Comme moi, elle a des origines asiatiques. Ses parents connaissent les miens depuis quelques années car ils fréquentent très souvent le restaurant. Nos parents sont de bons amis, et j'ai grandi avec Suzanne. Je n'ai pas de sœur, mais elle est ce qui s'en rapproche le plus. Nous ne sommes pas de la même année : je suis de novembre 2037, et elle est de mars 2038 ; mon signe astrologique est le Serpent, elle est Cheval. C'est pourquoi nous les utilisons comme noms de code. Je l'appelle Mǎ, elle m'appelle Shé2. Et gare à qui utilise ces surnoms : nous sommes les seules à pouvoir nous appeler ainsi ! Presque comme deux jumelles qui ont leur langage secret.
Cette année n'est pas une année comme les autres pour nous. C'est la Year 6, la dernière année d'école primaire. En juin, nous passerons les SATs, un examen qui signe la fin de la primaire.
Je n'ai pas peur de ces examens. Déjà, parce qu'ils n'ont aucune influence sur le choix du collège que l'on choisit, mais aussi parce que je suis dans les têtes de classe. Contrairement aux autres premiers de la classe, je n'ai pas des facilités. J'ai juste des parents très exigeants qui me demandent de beaucoup travailler. J'ai souvent l'impression que c'est grâce à eux que j'ai des bons résultats scolaires.
Ce qui me stress plus que les SATs, c'est l'examen des 11+. C'est un examen qui, pour le coup, est déterminant pour intégrer le collège que l'on a choisi. Mes parents savent que je n'aurai pas la possibilité d'entrer dans les meilleurs établissements londonniens, car les meilleurs sont privés et très coûteux, mais ils espèrent que j'arriverai à entrer dans les meilleurs collèges publiques du coin.
Moi, tant que je suis avec Mǎ, ça me va. Et nous visons les mêmes collèges, donc il y a de grandes chances pour que nous nous retrouvions ensemble. Sans elle, je me sentirais si perdue dans un nouvel établissement.
Driiiing !
La sonnerie de l'école sonne la fin de la récréation. Mǎ et moi courons vers la salle de classe. Nous courons toujours, à croire que c'est notre seul moyen de nous déplacer. Madame Richard, notre maîtresse de classe, se tient à l'entrée de la salle pour nous regarder passer. Elle est très gentille, madame Richard, mais il ne faut pas l'énerver, car elle se fâche très fort. J'ai déjà eu des punitions avec elle, parce que je suis trop distraite, et je bavarde parfois avec mes camarades pendant les leçons. Mais je sais qu'elle m'aime bien quand même.
Je rentre dans la pièce. Et là, comme brillant de mille feux, je vois sur un des nombreux pupitres qui n'est pas le mien, un magnifique stylo multicolore. Ce sont comme ces crayons quatre couleurs que nous avons presque tous, mais là, il y en a au moins huit ! Il y a du violet, du jaune et du rose !
Je le veux !
Je suis attirée comme un papillon autour d'une fleur. Alors, je vérifie que personne ne me regarde, et je récupère le trésor. Arrivée à ma place, je le cache dans ma trousse. C'est désormais le mien.
____________________
1 Première année d'école obligatoire, à l'âge de 5 ans. Équivalent au CP, plus ou moins.
2 Ne se prononce pas "sheh", mais "sheu" avec un ton grave montant dans les aigus.
2è année RP
Soho good to learn
— Qui peut me dire de quelle ville il s'agit ?
Les doigts se lèvent. Les miens restent baissés, je ne connais pas la réponse. Madame Richard vient de nous distribuer un polycopié avec une grande carte de la Grande-Bretagne. Sur les grandes villes, des traits en pointillés attendent d'être remplis avec les noms correspondants. La géographie n'est pas mon point fort, je n'aime pas trop ça. J'ai du mal à comprendre pourquoi l'on doit toujours donner des noms aux lieux. Puis les noms se ressemblent tous... Brighton, Preston, London, Luton, Bristol, Swindon, Lincoln, Stafford, Oxford, Ashford, Salford, Guildford, Bedford, Chelmsford, Watford... Sans compter les noms imprononçables comme Worcestershire. Alors que les noms de villes chinoises sont beaucoup plus simples à retenir... Beijing, Tianjin, Nanjing, Jinzhou, Guangzhou, Hangzhou, Lanzhou, Zhengzhou, Xuzhou, Suzhou, Liuzhou, Fuzhou...
— Vincent ? Interroge madame Richard.
— C'est Édimbourg.
— Très bien.
Madame Richard note le nom de la ville sur le tableau blanc afin que nous puissions le recopier. Je note alors, vérifiant plusieurs fois l'orthographe.
Il est où le H ?... Ah, il n'y a pas de H.
C'est alors qu'une voix s'élève dans la classe.
— Madame ?... Je ne trouve plus mon stylo, je crois qu'on me l'a volé !
Gloups !
Ma trousse ouverte laisse apparaître un morceau du stylo recherché. Avec la plus grande discretion, je ferme le zip pour le cacher. Madame Richard n'a pas l'air ravie.
— Bon, que la personne qui a pris le stylo de Juliette se dénonce. Ce serait dommage de devoir punir quelqu'un.
Et comme personne ne parle, la maîtresse continue.
— Ne m'obligez pas à vider vos trousses !
Elle n'osera jamais !
Et pourtant, la voilà qui arrive vers moi, juste devant mon pupitre.
Pourquoi moi ?
— Lina, c'est toi ? Demande-t-elle.
— Non, madame, c'est pas moi ! Dis-je d'une voix tremblante.
Mais ma main posée sur ma trousse, comme pour l'empêcher de la prendre, trahit ma culpabilité.
— Vide-moi ta trousse, Lina.
Je suis foutue.
J'hésite un instant, puis m'exécute sous le regard sévère de mon institutrice. Mes crayons, ma gomme, mon taille-crayon, mon tube de colle et mes quelques feutres tombent un par un sur mon bureau. Parmi eux, quelques taillures de crayon et le fameux stylo multicolore. Madame Richard devine tout de suite d'où il provient. Elle demande quand même confirmation à Juliette, qui oscille de la tête.
— Lina, tu viendras me voir avant de partir.
Savez-vous ce qu'il y a de plus long qu'un cours de géographie ? Réponse : un cours de géographie quand on sait que l'on va se faire punir à la fin. J'ai passé le reste de la leçon la tête baissée sur ma feuille, presque rouge de honte, et les larmes aux yeux. Si je suis sanctionnée, mes parents vont aussi me punir. Et à cinq jours de mon anniversaire, ça tombe vraiment mal.
Alors que les autres élèves s'en vont, je vois le regard de madame Richard se poser sur moi, lourdement. Je ne peux même pas partir en douce. Je m'approche alors de son bureau, bien consciente que je ne pourrai pas échapper à sa remontrance.
— Je suis désolée, lui dis-je. Je n'ai pas fait exprès...
— Pas fait exprès ? S'étonne-t-elle agacée. Tu peux casser quelque chose sans faire exprès, tu peux bousculer quelqu'un sans faire exprès, mais explique-moi comment tu peux voler les affaires de quelqu'un sans faire exprès ?
— C'est...
... la pire excuse que j'ai jamais sortie de toute ma vie.
— Lina... Reprend-elle. C'est la troisième fois ce trimestre.
Même moi, je suis étonnée par cette phrase. Trois fois ? C'est possible ? Il y a eu le taille-crayon rose de Léa, et... la voiture Légo de Jordan. Ça fait bien trois...
— Je vais devoir convoquer tes parents.
Je relève les yeux subitement, la peur dans le regard.
Je suis VRAIMENT foutue !
2è année RP
Les doigts se lèvent. Les miens restent baissés, je ne connais pas la réponse. Madame Richard vient de nous distribuer un polycopié avec une grande carte de la Grande-Bretagne. Sur les grandes villes, des traits en pointillés attendent d'être remplis avec les noms correspondants. La géographie n'est pas mon point fort, je n'aime pas trop ça. J'ai du mal à comprendre pourquoi l'on doit toujours donner des noms aux lieux. Puis les noms se ressemblent tous... Brighton, Preston, London, Luton, Bristol, Swindon, Lincoln, Stafford, Oxford, Ashford, Salford, Guildford, Bedford, Chelmsford, Watford... Sans compter les noms imprononçables comme Worcestershire. Alors que les noms de villes chinoises sont beaucoup plus simples à retenir... Beijing, Tianjin, Nanjing, Jinzhou, Guangzhou, Hangzhou, Lanzhou, Zhengzhou, Xuzhou, Suzhou, Liuzhou, Fuzhou...
— Vincent ? Interroge madame Richard.
— C'est Édimbourg.
— Très bien.
Madame Richard note le nom de la ville sur le tableau blanc afin que nous puissions le recopier. Je note alors, vérifiant plusieurs fois l'orthographe.
Il est où le H ?... Ah, il n'y a pas de H.
C'est alors qu'une voix s'élève dans la classe.
— Madame ?... Je ne trouve plus mon stylo, je crois qu'on me l'a volé !
Gloups !
Ma trousse ouverte laisse apparaître un morceau du stylo recherché. Avec la plus grande discretion, je ferme le zip pour le cacher. Madame Richard n'a pas l'air ravie.
— Bon, que la personne qui a pris le stylo de Juliette se dénonce. Ce serait dommage de devoir punir quelqu'un.
Et comme personne ne parle, la maîtresse continue.
— Ne m'obligez pas à vider vos trousses !
Elle n'osera jamais !
Et pourtant, la voilà qui arrive vers moi, juste devant mon pupitre.
Pourquoi moi ?
— Lina, c'est toi ? Demande-t-elle.
— Non, madame, c'est pas moi ! Dis-je d'une voix tremblante.
Mais ma main posée sur ma trousse, comme pour l'empêcher de la prendre, trahit ma culpabilité.
— Vide-moi ta trousse, Lina.
Je suis foutue.
J'hésite un instant, puis m'exécute sous le regard sévère de mon institutrice. Mes crayons, ma gomme, mon taille-crayon, mon tube de colle et mes quelques feutres tombent un par un sur mon bureau. Parmi eux, quelques taillures de crayon et le fameux stylo multicolore. Madame Richard devine tout de suite d'où il provient. Elle demande quand même confirmation à Juliette, qui oscille de la tête.
— Lina, tu viendras me voir avant de partir.
Savez-vous ce qu'il y a de plus long qu'un cours de géographie ? Réponse : un cours de géographie quand on sait que l'on va se faire punir à la fin. J'ai passé le reste de la leçon la tête baissée sur ma feuille, presque rouge de honte, et les larmes aux yeux. Si je suis sanctionnée, mes parents vont aussi me punir. Et à cinq jours de mon anniversaire, ça tombe vraiment mal.
Alors que les autres élèves s'en vont, je vois le regard de madame Richard se poser sur moi, lourdement. Je ne peux même pas partir en douce. Je m'approche alors de son bureau, bien consciente que je ne pourrai pas échapper à sa remontrance.
— Je suis désolée, lui dis-je. Je n'ai pas fait exprès...
— Pas fait exprès ? S'étonne-t-elle agacée. Tu peux casser quelque chose sans faire exprès, tu peux bousculer quelqu'un sans faire exprès, mais explique-moi comment tu peux voler les affaires de quelqu'un sans faire exprès ?
— C'est...
... la pire excuse que j'ai jamais sortie de toute ma vie.
— Lina... Reprend-elle. C'est la troisième fois ce trimestre.
Même moi, je suis étonnée par cette phrase. Trois fois ? C'est possible ? Il y a eu le taille-crayon rose de Léa, et... la voiture Légo de Jordan. Ça fait bien trois...
— Je vais devoir convoquer tes parents.
Je relève les yeux subitement, la peur dans le regard.
Je suis VRAIMENT foutue !
2è année RP
Soho good to learn
Il y a très peu de choses encore plus longues qu'un cours de géographie. Aujourd'hui, j'en ai vécu deux. Le premier était le cours de géographie lui-même tout en sachant la punition venir, et le second était la route pour rentrer chez moi, accompagnée de ma mère, juste après la convocation avec madame Richard. Mon père n'est pas venu, il avait sans doute des choses à faire. Et je suis bien contente qu'il ne soit pas venu, car de mes deux parents, je préfère être grondée par ma mère. Mais je le sais bien, Zhao père en remettra une couche quand je serai rentrée.
Il pleut. J'aime bien la pluie d'habitude. Avec ma meilleure amie, nous allons au parc même sous la pluie. Je saute volontiers les pieds joints dans les flaques et finir trempée m'est égal. Ma mère n'aime pas que je rentre aussi mouillée, je salis le restaurant et elle dit que je vais finir enrhumée. Ça arrive parfois, elle a raison. Mais qu'est-ce que c'est ennuyant de rester sage ! Dès fois, je vois d'autres enfants dans le parc, assis sur le banc en train de jouer avec des jeux vidéos. Peut-être que mes parents préféreraient que je sois comme eux, silencieuse et concentrée. Mais je ne suis pas comme ça. J'aime courir, sauter, jouer, même si parfois je tombe et finis les genoux écorchés. Mǎ est comme moi, et c'est pour ça que nous nous entendons aussi bien.
Toutefois, aujourd'hui, il n'est pas question de jouer. La pluie froide de novembre s'abat tristement sur mon visage et se mélange aux larmes qui s'écoulent lourdement sur mes joues. Oui, j'ai pleuré. J'ai même pleuré devant madame Richard, c'est la première fois. Ma mère n'était pas très ravie non plus. Elle a écouté silencieusement ma maîtresse, mais je sentais de temps à autre son regard sévère. Je crois que c'est ça qui m'a fait pleurer : je l'ai vraiment déçue. Son silence a pris fin lorsque nous sommes sorties de l'établissement. Elle était fâchée.
— Lina, c'est ça que tu veux être ? Une voleuse ?
Je me suis faite gronder pendant bien cinq minutes. Puis le tonnerre a laissé place à la pluie. Nous marchions dans le calme. Un calme pesant. L'odeur du pétrichor prenant le nez comme le soufre d'un volcan après une éruption. Et le pire, c'est que je sais que ce sera encore pire à la maison.
— Une voleuse ? C'est ça que tu es ?
La chanson avait un air de déjà-écouté, mais les percussions frappaient un peu plus violemment. Le chiffon de mon père venait de s'abattre sur le dossier d'une chaise qui n'avait rien demandé. Moi, ça me fait sursauter, comme si j'avais peur que mon père puisse l'utiliser sur moi. Et pourtant, je sais que mon père ne le ferait jamais, même sous la plus grande des colères.
— C'est ça l'éducation que nous te donnons ?
Quand je me fais gronder comme ça, j'ai appris qu'il ne servait à rien de répondre. Alors, je pleure, encore une fois, jusqu'à ce que mon père m'envoie dans ma chambre. Les larmes dégoulinant des yeux, je grimpe les marches une par une à pas lents, là où d'habitude je les aurais montées deux par deux en courant. Je me suis assise sur mon lit, le dos contre le mur adjacent, et j'ai attrapé ma couette en boule pour enfouir ma tête dedans. Il fallait que je me promette de ne plus rien voler. Mais pas comme les dernières fois où j'ai recommencé après. Cette fois, je devais me le promettre pour toujours !
2è année RP
Il pleut. J'aime bien la pluie d'habitude. Avec ma meilleure amie, nous allons au parc même sous la pluie. Je saute volontiers les pieds joints dans les flaques et finir trempée m'est égal. Ma mère n'aime pas que je rentre aussi mouillée, je salis le restaurant et elle dit que je vais finir enrhumée. Ça arrive parfois, elle a raison. Mais qu'est-ce que c'est ennuyant de rester sage ! Dès fois, je vois d'autres enfants dans le parc, assis sur le banc en train de jouer avec des jeux vidéos. Peut-être que mes parents préféreraient que je sois comme eux, silencieuse et concentrée. Mais je ne suis pas comme ça. J'aime courir, sauter, jouer, même si parfois je tombe et finis les genoux écorchés. Mǎ est comme moi, et c'est pour ça que nous nous entendons aussi bien.
Toutefois, aujourd'hui, il n'est pas question de jouer. La pluie froide de novembre s'abat tristement sur mon visage et se mélange aux larmes qui s'écoulent lourdement sur mes joues. Oui, j'ai pleuré. J'ai même pleuré devant madame Richard, c'est la première fois. Ma mère n'était pas très ravie non plus. Elle a écouté silencieusement ma maîtresse, mais je sentais de temps à autre son regard sévère. Je crois que c'est ça qui m'a fait pleurer : je l'ai vraiment déçue. Son silence a pris fin lorsque nous sommes sorties de l'établissement. Elle était fâchée.
— Lina, c'est ça que tu veux être ? Une voleuse ?
Je me suis faite gronder pendant bien cinq minutes. Puis le tonnerre a laissé place à la pluie. Nous marchions dans le calme. Un calme pesant. L'odeur du pétrichor prenant le nez comme le soufre d'un volcan après une éruption. Et le pire, c'est que je sais que ce sera encore pire à la maison.
— Une voleuse ? C'est ça que tu es ?
La chanson avait un air de déjà-écouté, mais les percussions frappaient un peu plus violemment. Le chiffon de mon père venait de s'abattre sur le dossier d'une chaise qui n'avait rien demandé. Moi, ça me fait sursauter, comme si j'avais peur que mon père puisse l'utiliser sur moi. Et pourtant, je sais que mon père ne le ferait jamais, même sous la plus grande des colères.
— C'est ça l'éducation que nous te donnons ?
Quand je me fais gronder comme ça, j'ai appris qu'il ne servait à rien de répondre. Alors, je pleure, encore une fois, jusqu'à ce que mon père m'envoie dans ma chambre. Les larmes dégoulinant des yeux, je grimpe les marches une par une à pas lents, là où d'habitude je les aurais montées deux par deux en courant. Je me suis assise sur mon lit, le dos contre le mur adjacent, et j'ai attrapé ma couette en boule pour enfouir ma tête dedans. Il fallait que je me promette de ne plus rien voler. Mais pas comme les dernières fois où j'ai recommencé après. Cette fois, je devais me le promettre pour toujours !
2è année RP