16 mars 2024, 11:29
Solo Deux fois deux tigres
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两只老虎
Les deux tigres
Comptine pour enfant


    2046
    Lina a 8 ans.


    « Liang zhi laohu, liang zhi laohu
    Pao de kuai, pao de kuai.
 »

    Je viens de terminer mon nouveau dessin. Comme dans la comptine que j'ai écoutée ce matin, j'ai fait deux tigres. L'un n'a pas d'oreille, l'autre n'a pas de queue. Mais cela ne les empêche pas d'être amis. Ils jouent dans la montagne que j'ai dessinée en fond, courant vite et faisant s'envoler les oiseaux sur leur passage. Il y en a tout un vol dans le ciel accompagné de quelques nuages et d'un soleil bien rond que j'ai pris soin de colorer en orange. Je suis plutôt contente de mon oeuvre. Je progresse bien en dessin. Mes parents disent que je me débrouille bien pour une enfant de huit ans. J'aimerais bien prendre des cours pour progresser encore plus vite, mais ils ne veulent pas. Ils disent que c'est cher pour du dessin, et préfèrent que je me mette à la musique. En attendant de savoir quel instrument je souhaite jouer, je fais aller mes crayons sur le papier. Le frottement de la mine sur le grain des feuilles est une musique qui ne se lit pas sur une partition, et je l'affectionne tout autant.
    Je descends enfin les escaliers, mon dessin à la main pour le montrer à mes parents. On est samedi midi, je n'ai pas école ; et eux, sont en plein service. Je vais sûrement les déranger, mais j'ai huit ans, alors les clients l'excusent plus facilement.

    « Yi zhi mei you erduo,
    Yi zhi mei you weiba...
 »

    À l'avoir fredonnée toute la matinée, j'ai cette chanson en tête. Je n'arrive pas à me l'enlever du cerveau. Pire que ça, je l'ai en tête, mais je ne me rappelle plus de la dernière phrase de la comptine.
    Arrivée dans la salle du restaurant, je vois passer ma mère, un plateau dans les mains. Je profite alors pour aller la voir.
    — Mama ! Regarde le dessin que j'ai fait !
    — C'est très jolie, ma chérie.
    Elle a à peine tourné la tête pour regarder qu'elle est déjà partie. J'aurais dû comprendre que ce n'était pas le moment. Mais je la suis et lui demande :
    — C'est quoi la dernière phrase de la chanson des tigres ?
    — Je ne vois pas de quelle chanson tu parles, Lina.
    — Mais si, Liang zhi laohu !
    — Lina, c'est pas le moment, je suis occupée.
    Je comprends enfin que je l'embête. Je lui demande tout de même :
    — Je peux avoir ton téléphone pour mettre la chanson ?
    — Non.
    C'est pas juste !
    Je souffle et repars, mon dessin à la main. Mes parents ne veulent jamais que j'utilise leur téléphone sans leur surveillance. Je comprends pas, je suis grande pourtant, j'ai bientôt huit ans et demi, et je n'ai jamais fait de bêtise avec. Je décide donc de rejoindre mon père dans la cuisine. Lui, il saura peut-être m'aider.

2è année RP

16 mars 2024, 12:06
Solo Deux fois deux tigres
    — Lina, je suis occupé. Si tu viens m'embêter, je préfère que tu t'en ailles.
    Je viens à peine de rentrer dans la cuisine que je suis déjà tenue au courant. Je souffle, et m'installe à l'extrémité de la table de travail.
    — Je vais pas t'embêter, promis.
    Mon père ne prend pas le temps de me répondre. D'un geste souple, il fait flamber le contenu de sa poêle sur la gazinière. Je trouve ça toujours impressionnant quand il met le feu. J'ai aussi toujours un peu peur qu'un incendie se déclenche. Mais ce n'est jamais arrivé. Mon père me rassure aussi en disant que si ça arrivait, il n'y avait qu'à utiliser les extincteurs.

    « Liang zhi laohu, liang zhi laohu
    Pao de kuai, pao de kuai.
»

    Si ma musique préférée est la pointe du crayon sur du papier, celle de mon père est le bruit que font les légumes sautés dans une poêle. Ils rappellent les criquets des mois d'été et diffusent une odeur agréable dans les narines.

    « Yi zhi mei you erduo,
    Yi zhi mei you weiba...
»

    Aujourd'hui, sa musique préférée est perturbée par mes chants. Je pense pas que je chante mal, mais je n'ai pas la voix de Lady Gaga. Et en plus, je n'ai toujours pas la fin de la chanson.
    — Baba ! C'est quoi la fin de la chanson ?
    — J'ai pas écouté, Lina. Je suis occupé.
    Et comme il voit que je n'ai rien à faire, il rajoute :
    — Au lieu de m'embêter, va donc chercher tes devoirs. Il me semble que tu as des multiplications à faire pour lundi.
    — D'accord...
    Toujours des devoirs...
    Traînant les pieds, je remonte donc chercher mes devoirs. Je n'aime pas beaucoup être seule, alors je redescends en cuisine pour les faire.

2è année RP

16 mars 2024, 12:56
Solo Deux fois deux tigres
    — Lina, je t'ai déjà demandé de me laisser tranquille, je travaille.
    J'ai parfois l'impression d'être une artiste incomprise. C'est même pire que ça, je suis une artiste pas-écoutée. Je viens d'écrire une chanson sur le même air que Liang zhi laohu pour apprendre mes multiplications.
    — Allez, papa. Écoute ma chanson !
    Mon père souffle.
    — Bon, vas-y.
    Enfin ! Il y a enfin quelqu'un qui m'écoute ! Je me lève alors, comme si j'allais donner un concert privé pour mon père.

    « Deux fois deux tigres,
    Deux fois deux tigres,
    Font quatr' tigres,
    Font quatr' tigres,
    Et combien font quatre tigres
    Multipliés par quatr' tigres
    Ça fait seize
    Ça fait seize !
 »

    Je suis très fière de ma chanson. Mon père, lui, ne réagit pas. Il croit peut-être qu'il y a une suite.
    — Alors, tu penses quoi de ma chanson ?
    — C'est très bien.
    Mon père a approuvé ma chanson, même s'il l'a probablement écoutée que d'une oreille. Moi, ça me suffit pour dire que c'est un chef d’œuvre. Il faut absolument que je la continue.
    — Baba ! Ça fait combien seize tigres fois seize tigres ?
    — Ça fait beaucoup.
    Beaucoup... Ça je sais que ça fait beaucoup, ça fait au moins plus que cent ! Mais si je dis à ma maîtresse que seize fois seize font beaucoup, je ne suis pas sûre qu'elle sera très contente.
    — Ça fait combien de tigres ?
    — Bon, Lina, tu commences à m'agacer.
    J'ai réussi à mettre mon père en colère. Il vient dans mon dos pour jeter un coup d’œil à l'avancé de mes travaux.
    — C'est donc ça tes devoirs ? Créer des chansons ? Tu n'as pas avancé d'une opération depuis le début. Allez, dépêche-toi !
    — D'accord, Baba Laoshi1...

    Je ne comprends pas pourquoi mon père s'est mis autant en colère. Ma chanson était bien en plus. Je regarde alors ma feuille remplie d'opérations attendant d'être résolues. Cela m'ennuie déjà. Je commence la première.
    — Trente-deux tigres fois quarante-huit tigres...
    En plus, ça ne sert à rien de savoir faire des multiplications, le téléphone de mon père a une calculatrice qui sait les résoudre plus rapidement. Je pose l'opération, mais je suis vite bloquée. Je ne connais pas encore très bien mes tables, on les a appris il n'y a pas longtemps. Je me prends la tête entre les mains. C'est dur, et j'aime pas ça. J'aurais dû continuer à embêter ma mère, elle ne m'aurait pas envoyé faire mes devoirs. Si seulement ma feuille pouvait disparaître, ou prendre feu.
    Alors que je pense à ce scénario, je visualise les flammes sur ma feuille. Je suis très douée pour visualiser les choses, c'est sûrement pour ça que je dessine très bien. Mais alors que j'imagine le feu danser sur mes multiplications, il devient de plus en plus réaliste, jusqu'à apparaître et chauffer pour de vrai.
    Euh, il y a vraiment le feu sur ma feuille, là !
    Sur les premières secondes, je panique. Je décide alors d'appeler mon père.
    — Papa ! Extincteur !
    Mon père se retourne alors et constate le feu qui consume mes devoirs. Il attrape son torchon et m'écarte de la table. Il se met ensuite à frapper le feu avec le torchon jusqu'à son extinction.
    — Qu'est-ce qu'il s'est passé, Lina ? Me demande-t-il.
    Son ton est grave, je n'arrive pas à savoir s'il est fâché ou non.
    — Je ne sais pas, c'est pas moi !
    — Je me doute bien que ce n'est pas toi... Allez, va donc jouer dans ta chambre.

    Bon, l'avantage de cette péripétie, c'est que je n'avais plus de devoirs à faire. Je me rappellerai toujours de la tête de mon institutrice quand mon père lui a dit que mes devoirs avaient pris feu dans le restaurant.
    De mon côté, j'ai quitté la cuisine d'un air sceptique. Je n'y étais pour rien, je n'avais pas mis le feu à cette feuille. Et pourtant, j'avais l'intime impression que c'étaient mes pensées qui avaient enflammé mes devoirs. C'est étrange.
    C'est étrange... Mais oui, c'est ça ! « C'est étrange », c'est ça la dernière phrase de la comptine !
    Je suis donc sortie de la cuisine en chantonnant.

    « Zhen qiguai, zhen qiguai ! »


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1 Professeur Papa.

2è année RP