L'Ours et le Faon
Aux yeux du Faon, rien n’était plus important que ses certitudes.
Et d’un coup de patte, l’Ours les sema au gré du vent. Puisse le Loup s’en repaître goulûment.
Et d’un coup de patte, l’Ours les sema au gré du vent. Puisse le Loup s’en repaître goulûment.
•••
Avril 2049, début des vacances de Printemps
Sa main pâle posée sur celle tendue de Damiano, Alice descendit les marches du carrosse de Beauxbâtons. Elle pivota sur ses pieds et remercia son promis d’une révérence un tantinet trop théâtrale pour être sincère. Damiano la contempla avec amusement, et la suivit dans son jeu en inclinant son buste, son bras replié dans son dos. « A presto, amore mio», susurra t-il en se redressant. Alice recula pour venir se poster aux côtés de Léonie, trop occupée à chantonner la mélodie de ses songes pour prêter attention au jeu de ses deux amis.
Lorsque le carrosse s’envola enfin, emportant Damiano et son insupportable sourire avec lui, Alice sentit ses épaules s’affaisser. « Enfin, des vacances bien méritées», soupira t-elle avec soulagement. Cette sixième année ne se vivait pas sans pénibilité, loin de là. Dés la rentrée, Alice subirait examen sur examen, tous portant sur les programmes de chaque matière vu depuis la première année. Quand bien même Alice était parvenu à rattraper son retard au fil des années, l’Irlandaise craignait que cela ne suffise pas. Aussi profitait-elle de chaque seconde de son temps libre pour travailler sur ce qu’elle ne maîtrisait pas sur le bout des ongles.
Durant ces deux semaines, Alice travaillerait d’arrache-pied. Elle réussirait ses examens, et haut la main. Ainsi, son visage rejoindrait les portraits de la salle d’Ulula. La médiocrité n’était pas envisageable.
« Ah, mais regardez ce que nous avons là », lança Léonie dans un sourire. « Le plus charnel de tous les Sangblanc… »
Alice leva les yeux sur l’autre côté du chemin. Les feuilles soulevées à l’arrivée de Thomas retombèrent de lui. Il replaça son chapeau sur ses boucles blanches, partiellement dérangées par son transplanage. Alice haussa un sourcil. N’était-ce pas Père qui devait récupérer sa fille ?
Thomas avala les quelques mètres les séparant des deux jeunes filles, un sourire ourlant ses lèvres pâles. « Léonie… que ne donnerais-je pas pour perdre quelques années… ou pour te voir en gagner quelques unes. »
Si Léonie était amusée par les propos scandaleux de Thomas, Alice s’en trouva courroucée. Ce genre de situation n’était pas rare. Léonie aimait jouer avec le feu, et Thomas jongler avec… et l’un comme l’autre prenait grand plaisir à l’allumer. Et, souventefois, Alice devait les reprendre, rappelant à chacun que ce jeu était d’une vulgarité rustaude.
« Mes respectueuses salutations à Madame et Monsieur de Beauvais » , dit Thomas, avant de se tourner vers Alice pour lui proposer son bras. « En route, petite vipère. »
Alice s’étonnait de la précipitation de Thomas. Quand bien même son regard ne le trahissait pas, Alice devinait une préoccupation. Aussitôt, la jeune femme pensait à son père, qui aurait dû être là pour la récupérer à l’arrêt.
Léonie fit la moue, croisant ses bras sous sa poitrine pour accessoiriser ses paroles. « — Me déposséder aussi vite de ta soeur, en voilà des manières !
— Je me ferai pardonner, sois en assurée. Disons… dans deux mois.
— Laisse moi deviner… après le 12 Juin ?
— Peut-être même le 12 Juin, si tu es née en début de journée. »
Léonie lâcha un rire amusé, là où Alice fronça des sourcils, poignardant son frère d’un regard réprobateur. La jolie française pivota sur elle même et se jeta au cou d’Alice pour l’enlacer. La jeune Sangblanc répondit à son étreinte avec plus de retenu, gênée de devoir subir un tel assaut devant Thomas. Léonie, sans gêne aucune, décocha une série de baisers sonores sur la mâchoire d’Alice, avant de lui caresser du bout de son nez. Le sourire de Thomas s’agrandissait, l’oeil amusé. Il était coutumier de ce genre de scène. Léonie était démonstrative. Peut-être trop.
Après un temps qui sembla lui durer une éternité, Léonie libéra enfin Alice. Ce genre d’étreinte pourrait bien finir par lui manquer.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
Le bras de Thomas enserra les hanches d’Alice lorsqu’il vit ses jambes se dérober sous son poids. Par Circée… parviendrait-elle un jour à ne pas défaillir à chaque transplanage ?
Au moins étaient-ils rentré au domaine. Que ces pierres blanches lui avaient manqués… Beauxbâtons était un parangon de beauté, et Alice s’y sentait comme chez elle. Mais ici, au sein des terres Sangblanc, Alice fusionnait avec l’environnement. Sous ses pieds battait le coeur même de sa noble famille. Alice ferma les yeux un instant pour inspirer l’odeur délicate des lilas qui avaient enfin fleuris. Comme heureux de revoir la dernière née, la brise glissa sur ses joues en une caresse délicate.
Son inconfort disparu à la faveur de la félicité, Alice se redressa. Thomas garda son bras autour de sa soeur quelques secondes, avant de la libérer. « Comment s’est déroulé ton trimestre ? » demanda t-il en sortant sa baguette. Il pointa la lourde de valise d’Alice et la souleva du sol. « Très bien », répondit Alice sans cérémonie, son intérêt placé ailleurs. « Dis moi : pourquoi Père n’est-il pas venu me chercher ? S’est-il passé quelque chose ? »
Thomas haussa une épaule en prenant la tête de la marche. « On peut dire cela, oui. Nous venons de perdre l’Italie. » Alice rata un pas. Perdre l’Italie ? Elle accéléra la marche pour rattraper Thomas. « — Que veux-tu dire ?
— L’Ours a encore fait des siennes. »
Alice se tut. Le ton de Thomas était dépourvu de toute taquinerie. Il était sérieux. La situation devait être grave.
Frère et soeur pénètrent dans le manoir. De choeur, ils s’inclinèrent pour saluer l’hippogriffe noir perché dans son tableau comme il était coutume de le faire. Lorsqu’il leur rendit en une révérence, ils se redressèrent et prirent la direction du petit salon. La valise trouvait sa place aux pieds des escaliers de marbre, et attendrait ainsi jusqu’à ce que les elfes de maison la récupèrent.
A mesure qu’ils avançaient dans le couloir, Alice percevait les voix de sa famille. Elle reconnaissait sans peine celle de son père, teinté d’un agacement qui ne lui était pas commun. Plus ils s’approchaient du petit salon, et plus la situation lui semblait critique.
Enfin, Thomas pénétra dans le petit salon, Alice dans ses pas.
« Ce serait une erreur », dit Élise. Debout près de la cheminée éteinte, elle tenait entre ses doigts un parchemin qu’elle ne quittait pas des yeux. « Le message est clair. Santini est aussi fautif que Yuri, si ce n’est plus. C’est à la Truite qu’il vous faut rendre visite en priorité. Yuri se délectera de votre intervention. Ne lui donnons pas cette satisfaction. »
Père était assis dans un fauteuil, ses traits durcis. Même de profil, Alice parvenait à lire sa colère, muselée par sa bienséance. Ses lèvres articulèrent une réponse cinglante qui frappa Alice de plein fouet : « Yuri me crache au visage depuis trop longtemps maintenant. Je ne le laisserai pas m’humilier une énième fois. »
Grand-Père, rencogné dans son fauteuil, observait l’échange sans dire un mot. Quand bien même il ne parlait pas, Alice lisait l’inquiétude. Elle creusait un peu plus chaque ride.
Le regard de Grand-Père dériva sur ses petits enfants. Il s’efforça de sourire à Alice.
« Te voilà », dit-il d’une voix marquée par la fatigue. Alice étira un maigre sourire, avant de s’avancer. Elle vint déposer un baiser sur le crâne dégarni de son grand-père. « Bonjour, Grand-Père. » Il semblait affaibli. Alice s’écarta d’un pas pour l’observer, soucieuse. Comme si il parvenait à lire les états d’âme de sa petite fille, il se redressa dans un soucis de paraître. Maigre tentative qui n’eut que pour effet d’accentuer l’inquiétude d’Alice. Le mouvement des épaules du patriarche semblaient douloureux, Alice était persuadée qu’elle aurait pu entendre ses os se froisser les uns contre les autres si son ouïe avait été plus aiguisée.
« Mon tendre trésor, je suis confus de n’avoir pu venir te chercher à l’arrêt. »
Alice coula un regard à son père. Ses traits s’étaient adoucis, naturellement. Elle lui sourit, avant de le rejoindre. Elle ploya genou à ses côtés, vint chercher son poing serré pour y déposer un baiser. Les doigts de Père se délièrent pour épouser la joue de sa fille. « Je ne vous en tiens pas rigueur, Père. Thomas m’a informé de la situation. Enfin, sans entrer dans les détails. »
Père bascula sa tête pour regarder Thomas, avant de revenir à Alice. « Rien de grave, ne t’en fais pas.
— Perdre l’Italie, cela semble fort éloigné de ce que j’appellerai “sans gravité”. »
La respiration de Père s’alourdi. Il baissa les yeux sur la chevalière ornant son index gauche. Machinalement, il s’était mis à la faire tourner.
Alice se redressa et vint s’asseoir sur l’accoudoir. Thomas passa à côté d’elle pour prendre place dans un fauteuil. Il s’étira de tout son long.
« Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais résumer la situation, lança t-il en observant l’assemblée. Alice aura bientôt 17 ans, et est aussi concernée par la situation que nous tous ici, si ce n’est plus.
— Je suis d’accord, acquiesça Élise. Un nouvel avis ne sera pas de trop. »
Thomas se redressa un peu, ses avant bras se posant sur ses genoux. Il planta son regard sur sa jeune soeur.
« Santini, chef de la branche secondaire italienne, n’a pas d’héritier. Deux épouses différentes, et pourtant aucun enfant. Ni frère, ni soeur pour lui succéder, la branche italienne est voué à s’éteindre à sa mort. Comme tu le sais, c’est toi qui aurait dû reprendre le flambeau en t’unissant à Damiano. Comment va t-il, d’ailleurs ?
— Il est toujours aussi détestable, donc je présume qu’il se porte comme un charme. Mais je t’en prie, poursuis.
— Il y a trois jours, nous avons reçu une lettre de Santini, nous annonçant qu’un successeur venait de lui être donné. Une pupille, en réalité. Nikolai Sangblanc, le dernier né de l’Ours. »
Alice haussa les sourcils. Tout était plus clair, à présent. La colère de Père et l’inquiétude de Grand-Père étaient justifiées.
« Et cela sans notre consentement » supposa Alice. « Ne pouvons-nous pas simplement donner notre désaccord ?
— Nous l’aurions fait si Yuri ne nous avait pas coupé l’herbe sous le pied en confiant son fils à Santini trois semaines avant la réception de la lettre, répondit Élise. Retirer l’enfant à présent serait une erreur qui nous mettrait en porte à faux.
— Santini et son épouse se sont inévitablement attachés à Nikolai, précisa Dorian à sa fille. Leur retirer l’enfant qu’ils espéraient tant avoir nous porterait préjudice : l’acte de Yuri règle le problème de la succession. Aussi, si nous intervenions à présent, la branche italienne verrait en notre geste une volonté de domination absolue. »
Alice opina du chef pour marquer sa compréhension. Elle déglutit, ses sourcils se fronçant légèrement. L’Ours avait fort bien joué, c’était tout à son honneur.
Son regard tomba sur ses genoux. Sa mâchoire se serrait à mesure que les tenants et aboutissants de l’acte de Yuri se dressait en une liste mentale. Pour sûr, donner une pupille de son sang à Santini marquait une volonté d’étendre son héritage. Alice doutait que ce geste soit dénué d’intérêt. Avec le temps, la jeune femme avait compris que dans leur milieu, aucun acte de charité n’était fait sans arrière pensée.
« Alice, si vous étiez Cheffe de la branche principale, que feriez-vous dans une telle situation ? » demanda tante Elise. Alice releva son visage étonné vers sa tante. Etait-elle sérieuse ? Elise la regardait sans sourire aucun, sans effort pour embellir son masque de marbre. Alice sentait son coeur battre au bout de ses doigts, réalisant que chacun attendait son avis. Non pas comme on attend l’homélie d’un guide, mais plutôt comme pour prendre connaissance de l’évolution d’une enfant devenue femme.
Alice se redressa un peu, son menton se redressant. Elle cherchait ses mots, cherchait une réponse. Elle n’en avait aucune toute formulé. Jamais elle n’avait été confronté à telle réflexion.
Tous le savait ici. Ce que l’on voulait voir, c’était capacité à réfléchir vite et bien.
« J’irais rendre visite à l’Ours et à la Truite pour les mettre en garde sur leurs agissements pernicieux », dit Alice d’une voix mal assurée. Elle se dressa un peu plus. « Je leur parlerais de l’importance capitale de la réflexion sur les initiatives de ce genre qui peuvent porter préjudice à notre glorieuse famille, que ce soit en son sein ou à l’extérieur. »
Tante Elise garda le silence, son regard dardé dans celui d’Alice. Elle poursuivit : « — Et si ils vous répondaient que leurs agissements ont, tout au contraire, renforcé la famille qui craignait de perdre une branche de son arbre ?
— Je leur dirais que ce genre de préoccupation reposent sur les épaules de la branche principale, et que la solution avait été trouvée.
— La solution étant…?
— … Le renouvellement du sang par la… création d’une nouvelle branche à la mort de l’ancienne.
— Pourquoi cette solution prévalait sur celle de Yuri ?
— Parce qu’elle avait été mûrement réfléchie.
— Vous estimez donc que celle de l’Ours ne l’était pas ? »
Alice ne trouva aucune réponse à fournir. Mais Élise poursuivit : « Vous pensez que Yuri n’avait pas cette idée en tête bien avant que nous ne formulions la nôtre ? Qu’il n’a pas volontairement fait un onzième enfant à son épouse pour l’offrir à Santini ? »
Père mit un terme aux mots de sa sœur d’un geste de la main. Élise se tut. Alice avait échoué.
« Je vais rendre visite à Yuri », annonça t-il. Voyant qu’Elise s’apprêtait à reprendre la parole, il poursuivit, abrupt : « C’est à moi de régler cela. Pas à toi, ni à Thomas. »
Tante Élise ne pipa mot, bien incapable de manifester son mécontentement. Aussi se tourna t-elle vers Thomas.
L’héritier pivota sur son séant pour s’adresser à Père. « Vous donneriez trop d’importance à Yuri en agissant de la sorte, et vous le savez aussi bien que nous. Laissez moi y aller. Je suis votre successeur. A ses yeux, je suis donc plus important qu’Élise… sauf votre respect, ma tante. »
La belle dame ne fit aucun geste, ne prononça aucun mot. Elle reporta toute son attention à Père.
Assise à ses côtés, Alice percevait ses tourments comme si ils étaient si. Son pouce s’agitait contre sa chevalier. Avec douceur, Alice vint récupérer sa grande main pour la prendre entre les siennes. Père lui accorda un sourire, touché par son désir d’apaisement.
« Thomas et Élise ont raison », dit enfin Grand-Père. « Tous ici présents ont connaissance de ta mésentente sempiternelle avec l’Ours… te recevoir sur son sol ne ferait que renforcer le dédain qu’il éprouve déjà à ton égard.
— Je n’ai que faire de son dédain.
— Dorian…
— Je sais mettre de côté notre différend lorsque la situation l’exige. Je ne suis pas sot.
— Tu es aveuglé.
— Non pas. Il est hors de question que j’envoie mon fils à la rencontre de Yuri. Il ne le reconnaît pas comme héritier légitime, pas plus qu’il ne me voit comme le digne chef de notre famille. Je ne lui donnerai pas la satisfaction d’humilier ma chair. »
Alice resserra ses doigts sur ceux de Père. Quand bien même il se disait capable de laisser ses ires de côté, elle les sentait pulser au travers de la peau de Père. Alice n’aimait pas cela. Père était douceur. Père était maîtrise. Il n’était pas cette colère froide, cette irascibilité dont il prenait les traits aujourd’hui.
Que n’aurait-elle pas donné pour lui arracher et les porter pour lui.
« Et si Alice m’accompagnait ? »
Tous les regards se tournèrent vers Thomas. Père semblait horrifié, Grand-Père surpris. Tante Élise, fidèle à elle même, n’exprima rien.
Alice, quant à elle, ne comprenait pas ce que son nom venait faire sur la table.
Confortablement rencogné dans son fauteuil, il accueillait sans peine les différentes émotions que ses mots venaient de susciter.
« Yuri ne m’aime pas. Il ne vous aime pas, Père. Il n’a aucune considération particulière pour Élise, et il est évident que nous ne demanderons pas à Grand-Père de faire le déplacement jusqu’en Sibérie. En revanche, Alice… elle lui a fait forte impression. N’est-ce pas, petite vipère ? »
Alice déglutit. « Je… n’irais pas jusqu’à cela. Je ne l’ai que peu vu, et nos échanges étaient brefs. »
D’un geste de la main, Thomas envoya paître les hésitations de sa cadette. « Il t’a comparé à Mère, et les Dieux savent à quel point il la tient en haute estime. Père ne me contredira pas à ce sujet. »
L’intéressé fronça les sourcils en un aveu silencieux.
C’était vrai, Yuri avait bien dit quelque chose comme cela lors de la Veillée d’Alice. Entre deux pas de danse, il lui avait dit qu’Alice avait un feu en elle, le même qui avait jadis enflammé la jeune Renesmée. La comparaison ne fut pas au goût d’Alice qui s’était bien gardé de lui signaler qu’elle ne voulait rien à voir en commun avec sa maudite génitrice. Un compliment de l’Ours était bien trop rare.
« Cela pourrait marcher », admit Tante Élise. « Alice est à l’aube de ses dix-sept ans. Elle pourrait accompagner Thomas, et détourner le mépris de Yuri. Il n’aurait d’intérêt que pour elle, et le message serait transmis. »
Comme si jusqu’à présent il ne s’agissait que d’une facétie dont seul Thomas avait le secret, Père semblait prendre conscience du sérieux de la situation. Il ouvrit de grands yeux. « Avez-vous perdu l’esprit ? Envoyer Alice en Sibérie avec comme hôte Yuri ? » Son regard passait de Thomas à tante Elise, ses sourcils se fronçant comme on arme un canon. Alice serrait un peu plus fort le poing de son père. Elle se pencha un peu sur lui, cherchant à capter son regard. « Père… », tenta Alice d’une voix mal assurée. « Si ma présence peut changer le cours des choses, j’accompagnerai Thomas avec plaisir. »
Comme abattu par les mots qu’il venait d’entendre, Père se recula dans son fauteuil, son regard ne quittant plus sa fille. C’était le moment. « Yuri pourrait prendre votre venue comme un aveu de votre préoccupation sincère, et donc de sa victoire personnelle sur vous. Père, vous êtes un parangon de droiture et d’intégrité. Vous êtes Dorian Sangblanc. Vous êtes puissant, de par vos actions et vos paroles. Ne le laissez pas remettre tout ceci en question par son habile jeu de manipulation. Vous valez bien plus que ce qu’il prétend. »
Le silence qui s’en suivit flanqua un frisson d’inconfort à Alice. Ses joues s’empourprèrent, alors qu’elle baissait les yeux sur ses genoux, incapable de soutenir plus longtemps le regard contrarié de Père. La réprimande ne tarderait pas à venir.
« Et que serais-je si j’expédiais deux de mes trois enfants dans les griffes de Yuri ? » demanda t-il enfin, son ton calme mais vibrant de colère contenue. « Quel homme serais-je si je consentais à une telle folie ? Je préfère l’humiliation au deuil, Alice. Cette conversation est terminée. »
Dorian se leva, arrachant son poignet à la prise délicate de sa fille. Il lui déposa un baiser sur le front, et quitta le petit salon sans un regard pour son sang.
Alice avait été trop présomptueuse.
Bien trop présomptueuse.
Au moins étaient-ils rentré au domaine. Que ces pierres blanches lui avaient manqués… Beauxbâtons était un parangon de beauté, et Alice s’y sentait comme chez elle. Mais ici, au sein des terres Sangblanc, Alice fusionnait avec l’environnement. Sous ses pieds battait le coeur même de sa noble famille. Alice ferma les yeux un instant pour inspirer l’odeur délicate des lilas qui avaient enfin fleuris. Comme heureux de revoir la dernière née, la brise glissa sur ses joues en une caresse délicate.
Son inconfort disparu à la faveur de la félicité, Alice se redressa. Thomas garda son bras autour de sa soeur quelques secondes, avant de la libérer. « Comment s’est déroulé ton trimestre ? » demanda t-il en sortant sa baguette. Il pointa la lourde de valise d’Alice et la souleva du sol. « Très bien », répondit Alice sans cérémonie, son intérêt placé ailleurs. « Dis moi : pourquoi Père n’est-il pas venu me chercher ? S’est-il passé quelque chose ? »
Thomas haussa une épaule en prenant la tête de la marche. « On peut dire cela, oui. Nous venons de perdre l’Italie. » Alice rata un pas. Perdre l’Italie ? Elle accéléra la marche pour rattraper Thomas. « — Que veux-tu dire ?
— L’Ours a encore fait des siennes. »
Alice se tut. Le ton de Thomas était dépourvu de toute taquinerie. Il était sérieux. La situation devait être grave.
Frère et soeur pénètrent dans le manoir. De choeur, ils s’inclinèrent pour saluer l’hippogriffe noir perché dans son tableau comme il était coutume de le faire. Lorsqu’il leur rendit en une révérence, ils se redressèrent et prirent la direction du petit salon. La valise trouvait sa place aux pieds des escaliers de marbre, et attendrait ainsi jusqu’à ce que les elfes de maison la récupèrent.
A mesure qu’ils avançaient dans le couloir, Alice percevait les voix de sa famille. Elle reconnaissait sans peine celle de son père, teinté d’un agacement qui ne lui était pas commun. Plus ils s’approchaient du petit salon, et plus la situation lui semblait critique.
Enfin, Thomas pénétra dans le petit salon, Alice dans ses pas.
« Ce serait une erreur », dit Élise. Debout près de la cheminée éteinte, elle tenait entre ses doigts un parchemin qu’elle ne quittait pas des yeux. « Le message est clair. Santini est aussi fautif que Yuri, si ce n’est plus. C’est à la Truite qu’il vous faut rendre visite en priorité. Yuri se délectera de votre intervention. Ne lui donnons pas cette satisfaction. »
Père était assis dans un fauteuil, ses traits durcis. Même de profil, Alice parvenait à lire sa colère, muselée par sa bienséance. Ses lèvres articulèrent une réponse cinglante qui frappa Alice de plein fouet : « Yuri me crache au visage depuis trop longtemps maintenant. Je ne le laisserai pas m’humilier une énième fois. »
Grand-Père, rencogné dans son fauteuil, observait l’échange sans dire un mot. Quand bien même il ne parlait pas, Alice lisait l’inquiétude. Elle creusait un peu plus chaque ride.
Le regard de Grand-Père dériva sur ses petits enfants. Il s’efforça de sourire à Alice.
« Te voilà », dit-il d’une voix marquée par la fatigue. Alice étira un maigre sourire, avant de s’avancer. Elle vint déposer un baiser sur le crâne dégarni de son grand-père. « Bonjour, Grand-Père. » Il semblait affaibli. Alice s’écarta d’un pas pour l’observer, soucieuse. Comme si il parvenait à lire les états d’âme de sa petite fille, il se redressa dans un soucis de paraître. Maigre tentative qui n’eut que pour effet d’accentuer l’inquiétude d’Alice. Le mouvement des épaules du patriarche semblaient douloureux, Alice était persuadée qu’elle aurait pu entendre ses os se froisser les uns contre les autres si son ouïe avait été plus aiguisée.
« Mon tendre trésor, je suis confus de n’avoir pu venir te chercher à l’arrêt. »
Alice coula un regard à son père. Ses traits s’étaient adoucis, naturellement. Elle lui sourit, avant de le rejoindre. Elle ploya genou à ses côtés, vint chercher son poing serré pour y déposer un baiser. Les doigts de Père se délièrent pour épouser la joue de sa fille. « Je ne vous en tiens pas rigueur, Père. Thomas m’a informé de la situation. Enfin, sans entrer dans les détails. »
Père bascula sa tête pour regarder Thomas, avant de revenir à Alice. « Rien de grave, ne t’en fais pas.
— Perdre l’Italie, cela semble fort éloigné de ce que j’appellerai “sans gravité”. »
La respiration de Père s’alourdi. Il baissa les yeux sur la chevalière ornant son index gauche. Machinalement, il s’était mis à la faire tourner.
Alice se redressa et vint s’asseoir sur l’accoudoir. Thomas passa à côté d’elle pour prendre place dans un fauteuil. Il s’étira de tout son long.
« Si vous n’y voyez pas d’inconvénient, je vais résumer la situation, lança t-il en observant l’assemblée. Alice aura bientôt 17 ans, et est aussi concernée par la situation que nous tous ici, si ce n’est plus.
— Je suis d’accord, acquiesça Élise. Un nouvel avis ne sera pas de trop. »
Thomas se redressa un peu, ses avant bras se posant sur ses genoux. Il planta son regard sur sa jeune soeur.
« Santini, chef de la branche secondaire italienne, n’a pas d’héritier. Deux épouses différentes, et pourtant aucun enfant. Ni frère, ni soeur pour lui succéder, la branche italienne est voué à s’éteindre à sa mort. Comme tu le sais, c’est toi qui aurait dû reprendre le flambeau en t’unissant à Damiano. Comment va t-il, d’ailleurs ?
— Il est toujours aussi détestable, donc je présume qu’il se porte comme un charme. Mais je t’en prie, poursuis.
— Il y a trois jours, nous avons reçu une lettre de Santini, nous annonçant qu’un successeur venait de lui être donné. Une pupille, en réalité. Nikolai Sangblanc, le dernier né de l’Ours. »
Alice haussa les sourcils. Tout était plus clair, à présent. La colère de Père et l’inquiétude de Grand-Père étaient justifiées.
« Et cela sans notre consentement » supposa Alice. « Ne pouvons-nous pas simplement donner notre désaccord ?
— Nous l’aurions fait si Yuri ne nous avait pas coupé l’herbe sous le pied en confiant son fils à Santini trois semaines avant la réception de la lettre, répondit Élise. Retirer l’enfant à présent serait une erreur qui nous mettrait en porte à faux.
— Santini et son épouse se sont inévitablement attachés à Nikolai, précisa Dorian à sa fille. Leur retirer l’enfant qu’ils espéraient tant avoir nous porterait préjudice : l’acte de Yuri règle le problème de la succession. Aussi, si nous intervenions à présent, la branche italienne verrait en notre geste une volonté de domination absolue. »
Alice opina du chef pour marquer sa compréhension. Elle déglutit, ses sourcils se fronçant légèrement. L’Ours avait fort bien joué, c’était tout à son honneur.
Son regard tomba sur ses genoux. Sa mâchoire se serrait à mesure que les tenants et aboutissants de l’acte de Yuri se dressait en une liste mentale. Pour sûr, donner une pupille de son sang à Santini marquait une volonté d’étendre son héritage. Alice doutait que ce geste soit dénué d’intérêt. Avec le temps, la jeune femme avait compris que dans leur milieu, aucun acte de charité n’était fait sans arrière pensée.
« Alice, si vous étiez Cheffe de la branche principale, que feriez-vous dans une telle situation ? » demanda tante Elise. Alice releva son visage étonné vers sa tante. Etait-elle sérieuse ? Elise la regardait sans sourire aucun, sans effort pour embellir son masque de marbre. Alice sentait son coeur battre au bout de ses doigts, réalisant que chacun attendait son avis. Non pas comme on attend l’homélie d’un guide, mais plutôt comme pour prendre connaissance de l’évolution d’une enfant devenue femme.
Alice se redressa un peu, son menton se redressant. Elle cherchait ses mots, cherchait une réponse. Elle n’en avait aucune toute formulé. Jamais elle n’avait été confronté à telle réflexion.
Tous le savait ici. Ce que l’on voulait voir, c’était capacité à réfléchir vite et bien.
« J’irais rendre visite à l’Ours et à la Truite pour les mettre en garde sur leurs agissements pernicieux », dit Alice d’une voix mal assurée. Elle se dressa un peu plus. « Je leur parlerais de l’importance capitale de la réflexion sur les initiatives de ce genre qui peuvent porter préjudice à notre glorieuse famille, que ce soit en son sein ou à l’extérieur. »
Tante Elise garda le silence, son regard dardé dans celui d’Alice. Elle poursuivit : « — Et si ils vous répondaient que leurs agissements ont, tout au contraire, renforcé la famille qui craignait de perdre une branche de son arbre ?
— Je leur dirais que ce genre de préoccupation reposent sur les épaules de la branche principale, et que la solution avait été trouvée.
— La solution étant…?
— … Le renouvellement du sang par la… création d’une nouvelle branche à la mort de l’ancienne.
— Pourquoi cette solution prévalait sur celle de Yuri ?
— Parce qu’elle avait été mûrement réfléchie.
— Vous estimez donc que celle de l’Ours ne l’était pas ? »
Alice ne trouva aucune réponse à fournir. Mais Élise poursuivit : « Vous pensez que Yuri n’avait pas cette idée en tête bien avant que nous ne formulions la nôtre ? Qu’il n’a pas volontairement fait un onzième enfant à son épouse pour l’offrir à Santini ? »
Père mit un terme aux mots de sa sœur d’un geste de la main. Élise se tut. Alice avait échoué.
« Je vais rendre visite à Yuri », annonça t-il. Voyant qu’Elise s’apprêtait à reprendre la parole, il poursuivit, abrupt : « C’est à moi de régler cela. Pas à toi, ni à Thomas. »
Tante Élise ne pipa mot, bien incapable de manifester son mécontentement. Aussi se tourna t-elle vers Thomas.
L’héritier pivota sur son séant pour s’adresser à Père. « Vous donneriez trop d’importance à Yuri en agissant de la sorte, et vous le savez aussi bien que nous. Laissez moi y aller. Je suis votre successeur. A ses yeux, je suis donc plus important qu’Élise… sauf votre respect, ma tante. »
La belle dame ne fit aucun geste, ne prononça aucun mot. Elle reporta toute son attention à Père.
Assise à ses côtés, Alice percevait ses tourments comme si ils étaient si. Son pouce s’agitait contre sa chevalier. Avec douceur, Alice vint récupérer sa grande main pour la prendre entre les siennes. Père lui accorda un sourire, touché par son désir d’apaisement.
« Thomas et Élise ont raison », dit enfin Grand-Père. « Tous ici présents ont connaissance de ta mésentente sempiternelle avec l’Ours… te recevoir sur son sol ne ferait que renforcer le dédain qu’il éprouve déjà à ton égard.
— Je n’ai que faire de son dédain.
— Dorian…
— Je sais mettre de côté notre différend lorsque la situation l’exige. Je ne suis pas sot.
— Tu es aveuglé.
— Non pas. Il est hors de question que j’envoie mon fils à la rencontre de Yuri. Il ne le reconnaît pas comme héritier légitime, pas plus qu’il ne me voit comme le digne chef de notre famille. Je ne lui donnerai pas la satisfaction d’humilier ma chair. »
Alice resserra ses doigts sur ceux de Père. Quand bien même il se disait capable de laisser ses ires de côté, elle les sentait pulser au travers de la peau de Père. Alice n’aimait pas cela. Père était douceur. Père était maîtrise. Il n’était pas cette colère froide, cette irascibilité dont il prenait les traits aujourd’hui.
Que n’aurait-elle pas donné pour lui arracher et les porter pour lui.
« Et si Alice m’accompagnait ? »
Tous les regards se tournèrent vers Thomas. Père semblait horrifié, Grand-Père surpris. Tante Élise, fidèle à elle même, n’exprima rien.
Alice, quant à elle, ne comprenait pas ce que son nom venait faire sur la table.
Confortablement rencogné dans son fauteuil, il accueillait sans peine les différentes émotions que ses mots venaient de susciter.
« Yuri ne m’aime pas. Il ne vous aime pas, Père. Il n’a aucune considération particulière pour Élise, et il est évident que nous ne demanderons pas à Grand-Père de faire le déplacement jusqu’en Sibérie. En revanche, Alice… elle lui a fait forte impression. N’est-ce pas, petite vipère ? »
Alice déglutit. « Je… n’irais pas jusqu’à cela. Je ne l’ai que peu vu, et nos échanges étaient brefs. »
D’un geste de la main, Thomas envoya paître les hésitations de sa cadette. « Il t’a comparé à Mère, et les Dieux savent à quel point il la tient en haute estime. Père ne me contredira pas à ce sujet. »
L’intéressé fronça les sourcils en un aveu silencieux.
C’était vrai, Yuri avait bien dit quelque chose comme cela lors de la Veillée d’Alice. Entre deux pas de danse, il lui avait dit qu’Alice avait un feu en elle, le même qui avait jadis enflammé la jeune Renesmée. La comparaison ne fut pas au goût d’Alice qui s’était bien gardé de lui signaler qu’elle ne voulait rien à voir en commun avec sa maudite génitrice. Un compliment de l’Ours était bien trop rare.
« Cela pourrait marcher », admit Tante Élise. « Alice est à l’aube de ses dix-sept ans. Elle pourrait accompagner Thomas, et détourner le mépris de Yuri. Il n’aurait d’intérêt que pour elle, et le message serait transmis. »
Comme si jusqu’à présent il ne s’agissait que d’une facétie dont seul Thomas avait le secret, Père semblait prendre conscience du sérieux de la situation. Il ouvrit de grands yeux. « Avez-vous perdu l’esprit ? Envoyer Alice en Sibérie avec comme hôte Yuri ? » Son regard passait de Thomas à tante Elise, ses sourcils se fronçant comme on arme un canon. Alice serrait un peu plus fort le poing de son père. Elle se pencha un peu sur lui, cherchant à capter son regard. « Père… », tenta Alice d’une voix mal assurée. « Si ma présence peut changer le cours des choses, j’accompagnerai Thomas avec plaisir. »
Comme abattu par les mots qu’il venait d’entendre, Père se recula dans son fauteuil, son regard ne quittant plus sa fille. C’était le moment. « Yuri pourrait prendre votre venue comme un aveu de votre préoccupation sincère, et donc de sa victoire personnelle sur vous. Père, vous êtes un parangon de droiture et d’intégrité. Vous êtes Dorian Sangblanc. Vous êtes puissant, de par vos actions et vos paroles. Ne le laissez pas remettre tout ceci en question par son habile jeu de manipulation. Vous valez bien plus que ce qu’il prétend. »
Le silence qui s’en suivit flanqua un frisson d’inconfort à Alice. Ses joues s’empourprèrent, alors qu’elle baissait les yeux sur ses genoux, incapable de soutenir plus longtemps le regard contrarié de Père. La réprimande ne tarderait pas à venir.
« Et que serais-je si j’expédiais deux de mes trois enfants dans les griffes de Yuri ? » demanda t-il enfin, son ton calme mais vibrant de colère contenue. « Quel homme serais-je si je consentais à une telle folie ? Je préfère l’humiliation au deuil, Alice. Cette conversation est terminée. »
Dorian se leva, arrachant son poignet à la prise délicate de sa fille. Il lui déposa un baiser sur le front, et quitta le petit salon sans un regard pour son sang.
Alice avait été trop présomptueuse.
Bien trop présomptueuse.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
Les bras de Nath enserraient les reins d’Alice avec une délicatesse mêlée d’empressement. Nichée dans son cou, la sorcière s’enivrait de l’odeur de son ami, un grand sourire illuminant son visage. « T’es chiante à étudier loin », marmonna le Moldu dans les boucles blanches. « T’finis par me manquer ».
Alice se recula pour observer Nath, son sourire devenant taquin. « Oh, ainsi donc je te manque. » Nath roula des yeux, la commisure de ses lèvres s’étirant pour laisser naître un sourire qu’il peinait à retenir. « Ouais… p’t’être un peu. » Alice sentit son coeur faire un bond dans sa poitrine. Elle baissa les yeux pour cacher son émotion tout en se libérant de l’étreinte de Nath.
Comme il était bon de le revoir. Alice ne lui dirait pas, mais lui aussi lui avait manqué. Leur escapade dans la forêt, leur conversation sur la Roche des Fées, leur rire partagé… autant de petites choses pour arracher Alice à sa vie droite et strict.
« T’pars en Grande-Bretagne ces vacances ? » demanda Nath en s’asseyant sur la pierre. Il ramena son sac sur ses jambes et l’ouvrit pour en sortir un sachet de bonbons. Des mûres en gomme.
Alice prit place à ses côtés. Elle ramena ses jambes contre ses cuisses et piocha un bonbon. « Il est fort probable que je reste en France.
— Ah ben super ! On pourra s’faire un truc. Genre la fête foraine. Ou t’as aussi un festival genre la semaine pro. Festival de… merde, c’était quoi d’jà… »
L’entrain de Nath amusait Alice, qui se permit de le gratifier d’un léger coup d’épaule. « Nous verrons cela en temps et en heure. Nos rendez-vous tous les deux me conviennent très bien, et cela même si aucun programme n’est décidé à l’avance. » Alice glissa son bonbon entre ses lèvres et le croqua sous le regard mi amusé, mi touché de Nath. « Ouais… moi aussi. Mais la fête foraine, ça serait cool. » Alice, n’ayant que les descriptions de Nath pour se faire un avis, se contenta de sourire, et d’hausser une épaule.
Des bonbons, de la musique, et des auto-tamponeuses -un simulacre de véhicules moldus concentré sous un préau, d’après les explications de Nath-, voilà ce qui faisait cette fameuse fête foraine dont Nath lui parlait dés qu’il en avait l’occasion. Le Moldu aimerait qu’Alice l’y accompagne, ne serait-ce qu’une fois. Mais une fois pourrait être de trop pour la jeune sorcière, elle en avait toute conscience. Et, de toutes manières, Père ne lui laisserait pas poser ne serait-ce qu’un orteil dans le village moldu.
Dans le reflet de son miroir, Alice pivotait de droite à gauche pour observer la soie de sa chemise de nuit glisser sur ses hanches. Elle les caressa du bout de ses doigts, et force était de constater qu’il n’y avait plus aucune monticule désagréable. Ses entraînements au Duel portaient leur fruit. Son corps redevenait ce qu’il devait être : parfait. Alice allait pouvoir reprendre sa consommation quotidienne de friandise.
Trois légers coups à sa porte sortirent Alice de sa contemplation. Elle attrapa son peignoir de satin blanc déposé sur son lit et l’enfila aussitôt. « Entrez »
La poignée s’abaissa, et Thomas passa sa tête dans l’encadrement de la porte. « — Déjà en tenue de coucher ? s’étonna t-il.
— Si tu veux tout savoir, je sors du bain. Entre, ne reste pas planté là. Tu fais courant d’air. »
Thomas se faufila alors dans la chambre. Il referma la porte de son dos, avant de s’approcher. Comme à son habitude, son regard vadrouillait sur la chambre de sa soeur. Il lâcha un rire en voyant le paquet de bonbons que lui avait laissé Nath. Il s’en saisi, et le leva sous ses yeux. « Non contente de dévorer les sucreries sorcières… voilà que tu t’en prends aux moldues. Où as-tu trouvé cela ? »
Alice avala la distance entre eux et récupéra abruptement son paquet de bonbons qu’elle glissa dans son dos. « Mes camarades ne sont pas tous Sang-Pur… et les friandises des Sans-Pouvoir sont merveilleuses.
— Tu as toujours eu palais défaillant… enfin. Viens.
— Où donc ?
— Dans la chambre de Père. Il nous faut le convaincre de nous laisser partir pour la Russie.
— Père a déjà exprimé son refus.
— J’ai un nouvel argument irréfutable.
— Et quel est-il ? »
Thomas sourit, amusé par le sourcil arqué de sa jeune soeur, piquée par la curiosité. « Le Sanglier, petite vipère. » Alice déposa son paquet de bonbons sur sa commode. Alice ne pipa mot pendant de longues secondes. Thomas avait raison. Malgré son implantation au Danemark, Søren et sa branche entretenait une excellente relation avec les Sangblanc de France. C’était un homme intègre et intelligent. Il savait où se placer pour garantir la bonne entente entre les branches… tout au contraire de l’Ours.
Alice se tourna à nouveau vers son frère. « Allons y ».
Alice se recula pour observer Nath, son sourire devenant taquin. « Oh, ainsi donc je te manque. » Nath roula des yeux, la commisure de ses lèvres s’étirant pour laisser naître un sourire qu’il peinait à retenir. « Ouais… p’t’être un peu. » Alice sentit son coeur faire un bond dans sa poitrine. Elle baissa les yeux pour cacher son émotion tout en se libérant de l’étreinte de Nath.
Comme il était bon de le revoir. Alice ne lui dirait pas, mais lui aussi lui avait manqué. Leur escapade dans la forêt, leur conversation sur la Roche des Fées, leur rire partagé… autant de petites choses pour arracher Alice à sa vie droite et strict.
« T’pars en Grande-Bretagne ces vacances ? » demanda Nath en s’asseyant sur la pierre. Il ramena son sac sur ses jambes et l’ouvrit pour en sortir un sachet de bonbons. Des mûres en gomme.
Alice prit place à ses côtés. Elle ramena ses jambes contre ses cuisses et piocha un bonbon. « Il est fort probable que je reste en France.
— Ah ben super ! On pourra s’faire un truc. Genre la fête foraine. Ou t’as aussi un festival genre la semaine pro. Festival de… merde, c’était quoi d’jà… »
L’entrain de Nath amusait Alice, qui se permit de le gratifier d’un léger coup d’épaule. « Nous verrons cela en temps et en heure. Nos rendez-vous tous les deux me conviennent très bien, et cela même si aucun programme n’est décidé à l’avance. » Alice glissa son bonbon entre ses lèvres et le croqua sous le regard mi amusé, mi touché de Nath. « Ouais… moi aussi. Mais la fête foraine, ça serait cool. » Alice, n’ayant que les descriptions de Nath pour se faire un avis, se contenta de sourire, et d’hausser une épaule.
Des bonbons, de la musique, et des auto-tamponeuses -un simulacre de véhicules moldus concentré sous un préau, d’après les explications de Nath-, voilà ce qui faisait cette fameuse fête foraine dont Nath lui parlait dés qu’il en avait l’occasion. Le Moldu aimerait qu’Alice l’y accompagne, ne serait-ce qu’une fois. Mais une fois pourrait être de trop pour la jeune sorcière, elle en avait toute conscience. Et, de toutes manières, Père ne lui laisserait pas poser ne serait-ce qu’un orteil dans le village moldu.
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Dans le reflet de son miroir, Alice pivotait de droite à gauche pour observer la soie de sa chemise de nuit glisser sur ses hanches. Elle les caressa du bout de ses doigts, et force était de constater qu’il n’y avait plus aucune monticule désagréable. Ses entraînements au Duel portaient leur fruit. Son corps redevenait ce qu’il devait être : parfait. Alice allait pouvoir reprendre sa consommation quotidienne de friandise.
Trois légers coups à sa porte sortirent Alice de sa contemplation. Elle attrapa son peignoir de satin blanc déposé sur son lit et l’enfila aussitôt. « Entrez »
La poignée s’abaissa, et Thomas passa sa tête dans l’encadrement de la porte. « — Déjà en tenue de coucher ? s’étonna t-il.
— Si tu veux tout savoir, je sors du bain. Entre, ne reste pas planté là. Tu fais courant d’air. »
Thomas se faufila alors dans la chambre. Il referma la porte de son dos, avant de s’approcher. Comme à son habitude, son regard vadrouillait sur la chambre de sa soeur. Il lâcha un rire en voyant le paquet de bonbons que lui avait laissé Nath. Il s’en saisi, et le leva sous ses yeux. « Non contente de dévorer les sucreries sorcières… voilà que tu t’en prends aux moldues. Où as-tu trouvé cela ? »
Alice avala la distance entre eux et récupéra abruptement son paquet de bonbons qu’elle glissa dans son dos. « Mes camarades ne sont pas tous Sang-Pur… et les friandises des Sans-Pouvoir sont merveilleuses.
— Tu as toujours eu palais défaillant… enfin. Viens.
— Où donc ?
— Dans la chambre de Père. Il nous faut le convaincre de nous laisser partir pour la Russie.
— Père a déjà exprimé son refus.
— J’ai un nouvel argument irréfutable.
— Et quel est-il ? »
Thomas sourit, amusé par le sourcil arqué de sa jeune soeur, piquée par la curiosité. « Le Sanglier, petite vipère. » Alice déposa son paquet de bonbons sur sa commode. Alice ne pipa mot pendant de longues secondes. Thomas avait raison. Malgré son implantation au Danemark, Søren et sa branche entretenait une excellente relation avec les Sangblanc de France. C’était un homme intègre et intelligent. Il savait où se placer pour garantir la bonne entente entre les branches… tout au contraire de l’Ours.
Alice se tourna à nouveau vers son frère. « Allons y ».
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
« — Allez, frappe.
— Non : toi, tu frappes.
— C’est toi, sa préférée. C’est toi qui frappe.
— Et c’est toi le premier héritier de Père. C’est à toi de frapper.
— D’accord ! Je frappe, mais tu parles.
— Tu plaisantes ? C’est ton idée. Il est parfaitement hors de question que je sois celle qui souffre de l’agacement de Père. »
Thomas claqua sa langue contre ses dents. Conscient qu’il ne gagnerait pas ce combat, il cogna contre la porte. Alice se fit plus droite, prête à affronter la tempête qu’ils s’apprêtaient à déclencher.
Mais lorsque la porte s’ouvrit, pas l’ombre d’un éclair dans les yeux clairs de Dorian Sangblanc. Seulement quelques nuages pour témoigner de sa préoccupation.
Père passa son regard d’Alice à Thomas. « Est-ce que tout va bien ? », demanda t-il. Alice ne su que répondre, aussi leva t-elle la tête pour regarder Thomas. Lui même semblait chercher une réponse dans les yeux de sa soeur. Voilà qui n’allait pas aider leurs affaires.
Père lâcha un soupir. Il s’écarta de la porte et invita ses enfants à rentrer d’un geste las. « Je vous en prie, venez donc me présenter votre brillante suggestion… » Père était un fin limier.
Après que Père se soit installé sur son fauteuil, Thomas et Alice s’assirent à leur tour sur le canapé. Père les observait sans un mot, attendant que l’un ou l’autre prenne la parole.
Alice envoya un léger coup de talon dans le mollet de son frère, son geste appuyé d’un regard qui ne laissait aucune interprétation possible : c’était à lui de parler, pas à elle.
Las, Thomas leva le visage vers Père. « Je continue à penser qu’envoyer Alice avec moi en Russie est la meilleure idée possible. » Les sourcils de Père se froncèrent. Thomas leva les mains pour l’apaiser. « Mais ! pas sans la présence d’un allié de poids face à Yuri : Søren. Il le connaît mieux que nous. Moins que le Corbeau, c’est une évidence, mais plus d’une fois il a montré sa dévotion envers la branche principale. »
Thomas appuya ses avant-bras sur ses genoux, son regard braqué dans celui de Père. « L’idée, c’est de montrer à Yuri qu’il est le vilain mouton du troupeau, et non le nouveau berger. La branche danoise est liée à la sienne. Il sera forcé de remettre en question la légitimité de ses actions. » Thomas désigna Alice d’un bref coup de tête vers elle. « Alice ne servira que de distraction. Je serai le messager. Søren, notre bouclier. »
Père n’avait eu de cesse de poignarder son fils de son regard froid. Et Thomas n’avait pas baissé les yeux. Pas une seule fois. Sans doute savait-il que pour convaincre Père, il ne fallait pas montrer le moindre soupçon d’hésitation. Alice s’estimait chanceuse d’avoir Thomas de son côté.
Thomas se rencogna dans son assise. Il écarta les bras pour les reposer avec nonchalance sur le repose tête. Alice se redressa un peu pour éviter de laisser ses boucles entre les doigts joueurs de son frère. « Nous irions tout d’abord voir Søren », expliqua Alice, ramenant ses boucles blanches sur son épaule. « Nous définirons le plan d’attaque sur place en utilisant ce qu’il sait sur l’Ours. Et, ensuite, nous nous rendrons ensemble au domaine de Yuri.
— Non. »
Le refus catégorique de Père souffla Alice. Ses yeux s’écarquillèrent. Et voilà qu’il dardait son regard sur elle. Alice baissa la tête pour ne pas avoir à l’affronter. Elle déglutit, ses poings se refermant sur ses cuisses.
Rien ne la faisait plus souffrir que les désapprobations de son père tant aimé. Depuis sa plus tendre enfance, Alice n’aspirait qu’à rendre Père fier. Chaque regard improbatif, chaque “non”, chaque froncement de sourcil… la jeune fille les subissait comme des coups de fouet.
Thomas n’était pas Alice.
« Pourriez-vous argumenter ? » demanda l’héritier. Il se redressa, ses doigts effleurant les boucles d’Alice en un geste tendre mais assuré, comme si il lui intimait de reprendre contenance.
Un soupir las s’échappa sèchement d’entre les lèvres de Père. « Bien sûr. Accepter que deux de mes trois enfants partent pour la lointaine Sibérie avec pour seul bouclier un bureaucrate handicapé, avec pour objectif de manifester ma désapprobation auprès d’un sorcier acariâtre dont la seule occupation est de me défier m’apparaît comme de l’inconscience. Et le mot est faible. » Thomas ouvrit la bouche pour objecter, mais Père le fit taire d’un geste de la main. Il reprit. « Je connais Yuri. Je sais qu’il ne ratera aucune occasion de vous faire du mal pour m’atteindre. Je ne lui laisserai aucune opportunité. Aucune. »
Alice avala sa salive avec difficulté. Aux yeux de la jeune fille, Dorian Sangblanc n’avait aucun défaut. Il était intelligent, fort, doté d’un humour subtile et d’une grande beauté.
Mais lorsqu’il s’agissait de ses enfants, Père ne voyait plus que leur sécurité et manifestait alors une opiniâtreté inébranlable. Face à cela, Alice ne pouvait rien faire. Ni Alice, ni personne.
Tout bien réfléchi, Alice se souvenait avoir déjà eu l’occasion de voir Père flancher devant Mère, car elle même incarnait à la perfection la ténacité. Et lorsque l’amour s’en mêle, les tendres cœurs faiblissent.
— Non : toi, tu frappes.
— C’est toi, sa préférée. C’est toi qui frappe.
— Et c’est toi le premier héritier de Père. C’est à toi de frapper.
— D’accord ! Je frappe, mais tu parles.
— Tu plaisantes ? C’est ton idée. Il est parfaitement hors de question que je sois celle qui souffre de l’agacement de Père. »
Thomas claqua sa langue contre ses dents. Conscient qu’il ne gagnerait pas ce combat, il cogna contre la porte. Alice se fit plus droite, prête à affronter la tempête qu’ils s’apprêtaient à déclencher.
Mais lorsque la porte s’ouvrit, pas l’ombre d’un éclair dans les yeux clairs de Dorian Sangblanc. Seulement quelques nuages pour témoigner de sa préoccupation.
Père passa son regard d’Alice à Thomas. « Est-ce que tout va bien ? », demanda t-il. Alice ne su que répondre, aussi leva t-elle la tête pour regarder Thomas. Lui même semblait chercher une réponse dans les yeux de sa soeur. Voilà qui n’allait pas aider leurs affaires.
Père lâcha un soupir. Il s’écarta de la porte et invita ses enfants à rentrer d’un geste las. « Je vous en prie, venez donc me présenter votre brillante suggestion… » Père était un fin limier.
Après que Père se soit installé sur son fauteuil, Thomas et Alice s’assirent à leur tour sur le canapé. Père les observait sans un mot, attendant que l’un ou l’autre prenne la parole.
Alice envoya un léger coup de talon dans le mollet de son frère, son geste appuyé d’un regard qui ne laissait aucune interprétation possible : c’était à lui de parler, pas à elle.
Las, Thomas leva le visage vers Père. « Je continue à penser qu’envoyer Alice avec moi en Russie est la meilleure idée possible. » Les sourcils de Père se froncèrent. Thomas leva les mains pour l’apaiser. « Mais ! pas sans la présence d’un allié de poids face à Yuri : Søren. Il le connaît mieux que nous. Moins que le Corbeau, c’est une évidence, mais plus d’une fois il a montré sa dévotion envers la branche principale. »
Thomas appuya ses avant-bras sur ses genoux, son regard braqué dans celui de Père. « L’idée, c’est de montrer à Yuri qu’il est le vilain mouton du troupeau, et non le nouveau berger. La branche danoise est liée à la sienne. Il sera forcé de remettre en question la légitimité de ses actions. » Thomas désigna Alice d’un bref coup de tête vers elle. « Alice ne servira que de distraction. Je serai le messager. Søren, notre bouclier. »
Père n’avait eu de cesse de poignarder son fils de son regard froid. Et Thomas n’avait pas baissé les yeux. Pas une seule fois. Sans doute savait-il que pour convaincre Père, il ne fallait pas montrer le moindre soupçon d’hésitation. Alice s’estimait chanceuse d’avoir Thomas de son côté.
Thomas se rencogna dans son assise. Il écarta les bras pour les reposer avec nonchalance sur le repose tête. Alice se redressa un peu pour éviter de laisser ses boucles entre les doigts joueurs de son frère. « Nous irions tout d’abord voir Søren », expliqua Alice, ramenant ses boucles blanches sur son épaule. « Nous définirons le plan d’attaque sur place en utilisant ce qu’il sait sur l’Ours. Et, ensuite, nous nous rendrons ensemble au domaine de Yuri.
— Non. »
Le refus catégorique de Père souffla Alice. Ses yeux s’écarquillèrent. Et voilà qu’il dardait son regard sur elle. Alice baissa la tête pour ne pas avoir à l’affronter. Elle déglutit, ses poings se refermant sur ses cuisses.
Rien ne la faisait plus souffrir que les désapprobations de son père tant aimé. Depuis sa plus tendre enfance, Alice n’aspirait qu’à rendre Père fier. Chaque regard improbatif, chaque “non”, chaque froncement de sourcil… la jeune fille les subissait comme des coups de fouet.
Thomas n’était pas Alice.
« Pourriez-vous argumenter ? » demanda l’héritier. Il se redressa, ses doigts effleurant les boucles d’Alice en un geste tendre mais assuré, comme si il lui intimait de reprendre contenance.
Un soupir las s’échappa sèchement d’entre les lèvres de Père. « Bien sûr. Accepter que deux de mes trois enfants partent pour la lointaine Sibérie avec pour seul bouclier un bureaucrate handicapé, avec pour objectif de manifester ma désapprobation auprès d’un sorcier acariâtre dont la seule occupation est de me défier m’apparaît comme de l’inconscience. Et le mot est faible. » Thomas ouvrit la bouche pour objecter, mais Père le fit taire d’un geste de la main. Il reprit. « Je connais Yuri. Je sais qu’il ne ratera aucune occasion de vous faire du mal pour m’atteindre. Je ne lui laisserai aucune opportunité. Aucune. »
Alice avala sa salive avec difficulté. Aux yeux de la jeune fille, Dorian Sangblanc n’avait aucun défaut. Il était intelligent, fort, doté d’un humour subtile et d’une grande beauté.
Mais lorsqu’il s’agissait de ses enfants, Père ne voyait plus que leur sécurité et manifestait alors une opiniâtreté inébranlable. Face à cela, Alice ne pouvait rien faire. Ni Alice, ni personne.
Tout bien réfléchi, Alice se souvenait avoir déjà eu l’occasion de voir Père flancher devant Mère, car elle même incarnait à la perfection la ténacité. Et lorsque l’amour s’en mêle, les tendres cœurs faiblissent.
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L'Ours et le Faon
Son archet dansait sur les cordes de son violon en mouvements langoureux. Alice sentait les vibrations jusque dans ses os. La mélodie improvisée se perdait dans le gouffre qui s’étendait à quelques mètres d’elle. Ses yeux fermés, Alice se laissait aller à ses émotions, elles imprégnaient ses notes. C’était une complainte, celle d’une jeune fille qui, trop attachée à son père, ne parvenait pas à lui faire entendre raison. Elle qui, par amour, courbait l’échine de peur de décevoir l’homme qu’elle aimait plus que sa propre existence, quand bien même son coeur lui hurlait de dresser le menton pour affronter les peurs de son père.
Les notes se succédaient avec vitesse. Certaines étaient fausses, et mordaient les tympans sensibles d’Alice. Elle les laissait de côté pour se concentrer sur son envie, son désir de cracher toute sa frustration. De plus en plus rapide. De plus en plus désordonné. Alice serrait les paupières avec force. La complainte se muait en danse frénétique. Il lui fallait affronter Père. Lui dire que ses enfants ne craignaient rien. Qu’ils étaient suffisamment fort, suffisamment malin pour braver n’importe quelle tempête. Ensemble, ils étaient capable d’affronter l’Ours. Et ils le feraient pour l’honneur de leur père. Ils le feraient, car tel était leur devoir d’héritier.
Alice laissa mourir ses notes avec douceur. Les muscles de ses bras avaient été suffisamment éprouvé. Elle abaissa son archet et son violon. Ses yeux s’ouvrirent, ses poumons se déployèrent alors qu’elle s’enivrait du souffle du vent. Il portait les effluves des sapins, l’odeur musqués de la forêt. Il caressait la peau nue de ses épaules, embrassait les morsures laissées par le Soleil. Tante Elise ne manquerait pas de lui asséner des rappels sur la nécessité de couvrir sa peau. Notre teint lunaire est un héritage, dirait-elle. Il vous faut l’honorer, et le protéger. Peu importait.
Dans son dos, Alice entendit Nath applaudir enfin. « Et t’oses m’dire que t’es pas douée en violon ! » lâcha t-il dans un sourire qu’Alice pressentait dans son ton. Elle se tourna pour lui sourire à son tour. Elle haussa une épaule en le rejoignant. « Je m’améliore, c’est un fait… mais je n’atteins pas encore ton niveau à la guitare. »
Alice ploya les genoux pour déposer son violon dans son étui de cuir. Nath l’observait faire, son regard semblant décortiquer le mouvement de ses doigts. « Eh, viens, demain on va à la fête foraine. » Alice ne daigna pas lui accorder un regard. Elle souffla un rire. « As-tu tant besoin d’une compagnie pour t’accompagner ?
— J’pourrais y aller avec des potes, mais c’est avec toi qu’j’veux y aller.
— Et pourquoi donc ?
— Ben j’sais pas… T’as pas envie ? »
Alice aurait aimé accompagner Nath, mentir à ce sujet serait insulter l’intelligence -certes bien dissimulée- de son ami. Père lui refuserait cette escapade, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Et puis, cela voudrait dire qu’Alice devrait lui avouer que depuis des années, Alice avait noué une amitié avec un Moldu. Père était un sorcier ouvert d’esprit, et lui même avait eu pour amie une Moldue. Mais… Alice savait pertinemment que lorsqu’il s’agissait de sa fille, Père manquait de discernement. Il n’hésiterait pas à oublietter Nath.
Et cela, Alice le refusait.
« — Mon père ne sera pas d’accord, dit-elle enfin.
— Oh, allez… tu peux au moins lui d’mander. Eh ! A la limite, tu lui dis de venir voir mes darons.
— Pourquoi diable ferait-il cela ?
— Ben pour être rassuré. Si il rencontre mes parents, et moi, il pourra voir que j’suis pas un psychopathe qui veut t’faire du mal. »
Alice sourit, amusée. « Il faudrait bien plus que cela pour rassurer mon père », avoua Alice. Nath soupira, et détourna le regard. Sa bouche se plissa. Il boudait.
Du bout de ses doigts, Alice vint chercher la main de Nath, jusqu’ici repliée contre sa cuisse. Elle lui ouvrit pour se glisser à l’intérieur, et lui serrer avec délicatesse. « Crois moi… si mon père venait à découvrir notre amitié, il s’empresserait de la détruire.
— J’comprends pas pourquoi. C’est lui qu’a fait d’la taule. Pas moi. »
Alice serra sa main, ses ongles se plantant dans sa main. Nath se tourna aussitôt vers elle, ses sourcils froncés. « Quoi ! C’est vrai ! Sérieux, Alice ! Tu m’connais, non ? T’as jamais parlé d’moi à ton père ! C’est p’t’être ça l’problème ! T’as honte ou quoi ?
— Je n’ai pas honte. Je sais seulement ce qu’il en penserait, et je préfère te protéger des retombées que cela pourrait engendrer.
— Ben voyons. Dis surtout qu’t’as honte d’être avec un… pouilleux.
— … un pouilleux ?
— Un pouilleux, un… putain c’est quoi l’mot… roturier ! Voilà !
— Mais, Nath…
— Non mais c’est bon, j’ai compris. T’as peur qu’ton père te fasse sauter ton héritage ? »
Alice récupéra sèchement sa main, ses sourcils se fronçant. Son amusement s’était envolé.
Dans ses yeux, Alice vit que Nath regrettait ses mots. Et pourtant, il ne dit rien pour arranger la situation. « C’est abusé, sérieux. Moi j’ai parlé d’toi à mes parents ! Et t’sais quoi ? Ma mère aimerait trop te rencontrer. Mais nan, parce que Madaaaame préfère qu’on s’voit en cachette.
— Pour ton propre bien ! Est-ce si difficile à comprendre ?
— Putain mais en quoi c’est pour mon bien, en fait ? Tu m’dis, tu m’dis ton daron il veut pas qu’on soit pote ! Ben vas y, dis moi en quoi ça lui pose soucis, en fait ? »
Alice ne pu retenir un râle agacé. Elle jeta ses bras sur le côté. « Parce que nous ne venons pas du même monde ! Je te l’ai dit des centaines de fois ! »
Sa réponse ne fut pas au goût de Nath, qui s’empressa de cracher. « Mais en quoi c’est un soucis, putain ! »
Il fallait se rendre à l’évidence : Nath ne pourrait pas comprendre. Il n’en avait pas envie. Alice s’était bien gardée de lui dire qu’elle était une sorcière, et Nath avait interpréter leur différences comme une opposition de classe sociale. Cela suffisait. Enfin, cela aurait dû suffire pour que Nath comprenne.
Mais il n’en était rien.
Face au silence agacé d’Alice, Nath poursuivit. « J’ai pas envie d’être le gars d’la forêt que tu vois seulement quand ça t’chante. C’facile à comprendre, non ? J’ai envie qu’on fasse d’aut’ choses, toi et moi ! J’veux qu’on sorte en ville, qu’on aille manger un kebab ou… ou je sais pas, moi ! Sérieux, essaye d’me comprendre ! Quand on s’voit, c’est toujours ici. Genre ok, c’est cool, mais… j’ai… j’veux qu’on soit… plus. »
Alice déglutit, son regard se détournant du sien. Son cœur était au bord de ses lèvres.
Non, vraiment, Nath ne comprenait pas. « Il faut se contenter de la chance que nous avons », murmura t-elle sans grande conviction.
Nath observa longuement Alice, ses lèvres légèrement entrouvertes. Alice vit sa mâchoire se serrer, avant qu’il ne crache une injure. Le Moldu récupéra son sac et se leva furieusement. Alice n’esquissa aucun mouvement. Nath la toisa de toute sa hauteur. Il attendait quelque chose. Une réaction, peut-être un mot.
Face à ce nouveau silence, Nath souffla, son expiration tremblante. « Je sais plus comment t’le dire Alice… je… putain… laisse tomber. »
Nath s’éloigna d’un pas rapide. Alice observa son départ sans bouger, sans mot dire. Et lorsque enfin sa silhouette s’effaça, Alice se recroquevilla sur elle même.
Les notes se succédaient avec vitesse. Certaines étaient fausses, et mordaient les tympans sensibles d’Alice. Elle les laissait de côté pour se concentrer sur son envie, son désir de cracher toute sa frustration. De plus en plus rapide. De plus en plus désordonné. Alice serrait les paupières avec force. La complainte se muait en danse frénétique. Il lui fallait affronter Père. Lui dire que ses enfants ne craignaient rien. Qu’ils étaient suffisamment fort, suffisamment malin pour braver n’importe quelle tempête. Ensemble, ils étaient capable d’affronter l’Ours. Et ils le feraient pour l’honneur de leur père. Ils le feraient, car tel était leur devoir d’héritier.
Alice laissa mourir ses notes avec douceur. Les muscles de ses bras avaient été suffisamment éprouvé. Elle abaissa son archet et son violon. Ses yeux s’ouvrirent, ses poumons se déployèrent alors qu’elle s’enivrait du souffle du vent. Il portait les effluves des sapins, l’odeur musqués de la forêt. Il caressait la peau nue de ses épaules, embrassait les morsures laissées par le Soleil. Tante Elise ne manquerait pas de lui asséner des rappels sur la nécessité de couvrir sa peau. Notre teint lunaire est un héritage, dirait-elle. Il vous faut l’honorer, et le protéger. Peu importait.
Dans son dos, Alice entendit Nath applaudir enfin. « Et t’oses m’dire que t’es pas douée en violon ! » lâcha t-il dans un sourire qu’Alice pressentait dans son ton. Elle se tourna pour lui sourire à son tour. Elle haussa une épaule en le rejoignant. « Je m’améliore, c’est un fait… mais je n’atteins pas encore ton niveau à la guitare. »
Alice ploya les genoux pour déposer son violon dans son étui de cuir. Nath l’observait faire, son regard semblant décortiquer le mouvement de ses doigts. « Eh, viens, demain on va à la fête foraine. » Alice ne daigna pas lui accorder un regard. Elle souffla un rire. « As-tu tant besoin d’une compagnie pour t’accompagner ?
— J’pourrais y aller avec des potes, mais c’est avec toi qu’j’veux y aller.
— Et pourquoi donc ?
— Ben j’sais pas… T’as pas envie ? »
Alice aurait aimé accompagner Nath, mentir à ce sujet serait insulter l’intelligence -certes bien dissimulée- de son ami. Père lui refuserait cette escapade, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute. Et puis, cela voudrait dire qu’Alice devrait lui avouer que depuis des années, Alice avait noué une amitié avec un Moldu. Père était un sorcier ouvert d’esprit, et lui même avait eu pour amie une Moldue. Mais… Alice savait pertinemment que lorsqu’il s’agissait de sa fille, Père manquait de discernement. Il n’hésiterait pas à oublietter Nath.
Et cela, Alice le refusait.
« — Mon père ne sera pas d’accord, dit-elle enfin.
— Oh, allez… tu peux au moins lui d’mander. Eh ! A la limite, tu lui dis de venir voir mes darons.
— Pourquoi diable ferait-il cela ?
— Ben pour être rassuré. Si il rencontre mes parents, et moi, il pourra voir que j’suis pas un psychopathe qui veut t’faire du mal. »
Alice sourit, amusée. « Il faudrait bien plus que cela pour rassurer mon père », avoua Alice. Nath soupira, et détourna le regard. Sa bouche se plissa. Il boudait.
Du bout de ses doigts, Alice vint chercher la main de Nath, jusqu’ici repliée contre sa cuisse. Elle lui ouvrit pour se glisser à l’intérieur, et lui serrer avec délicatesse. « Crois moi… si mon père venait à découvrir notre amitié, il s’empresserait de la détruire.
— J’comprends pas pourquoi. C’est lui qu’a fait d’la taule. Pas moi. »
Alice serra sa main, ses ongles se plantant dans sa main. Nath se tourna aussitôt vers elle, ses sourcils froncés. « Quoi ! C’est vrai ! Sérieux, Alice ! Tu m’connais, non ? T’as jamais parlé d’moi à ton père ! C’est p’t’être ça l’problème ! T’as honte ou quoi ?
— Je n’ai pas honte. Je sais seulement ce qu’il en penserait, et je préfère te protéger des retombées que cela pourrait engendrer.
— Ben voyons. Dis surtout qu’t’as honte d’être avec un… pouilleux.
— … un pouilleux ?
— Un pouilleux, un… putain c’est quoi l’mot… roturier ! Voilà !
— Mais, Nath…
— Non mais c’est bon, j’ai compris. T’as peur qu’ton père te fasse sauter ton héritage ? »
Alice récupéra sèchement sa main, ses sourcils se fronçant. Son amusement s’était envolé.
Dans ses yeux, Alice vit que Nath regrettait ses mots. Et pourtant, il ne dit rien pour arranger la situation. « C’est abusé, sérieux. Moi j’ai parlé d’toi à mes parents ! Et t’sais quoi ? Ma mère aimerait trop te rencontrer. Mais nan, parce que Madaaaame préfère qu’on s’voit en cachette.
— Pour ton propre bien ! Est-ce si difficile à comprendre ?
— Putain mais en quoi c’est pour mon bien, en fait ? Tu m’dis, tu m’dis ton daron il veut pas qu’on soit pote ! Ben vas y, dis moi en quoi ça lui pose soucis, en fait ? »
Alice ne pu retenir un râle agacé. Elle jeta ses bras sur le côté. « Parce que nous ne venons pas du même monde ! Je te l’ai dit des centaines de fois ! »
Sa réponse ne fut pas au goût de Nath, qui s’empressa de cracher. « Mais en quoi c’est un soucis, putain ! »
Il fallait se rendre à l’évidence : Nath ne pourrait pas comprendre. Il n’en avait pas envie. Alice s’était bien gardée de lui dire qu’elle était une sorcière, et Nath avait interpréter leur différences comme une opposition de classe sociale. Cela suffisait. Enfin, cela aurait dû suffire pour que Nath comprenne.
Mais il n’en était rien.
Face au silence agacé d’Alice, Nath poursuivit. « J’ai pas envie d’être le gars d’la forêt que tu vois seulement quand ça t’chante. C’facile à comprendre, non ? J’ai envie qu’on fasse d’aut’ choses, toi et moi ! J’veux qu’on sorte en ville, qu’on aille manger un kebab ou… ou je sais pas, moi ! Sérieux, essaye d’me comprendre ! Quand on s’voit, c’est toujours ici. Genre ok, c’est cool, mais… j’ai… j’veux qu’on soit… plus. »
Alice déglutit, son regard se détournant du sien. Son cœur était au bord de ses lèvres.
Non, vraiment, Nath ne comprenait pas. « Il faut se contenter de la chance que nous avons », murmura t-elle sans grande conviction.
Nath observa longuement Alice, ses lèvres légèrement entrouvertes. Alice vit sa mâchoire se serrer, avant qu’il ne crache une injure. Le Moldu récupéra son sac et se leva furieusement. Alice n’esquissa aucun mouvement. Nath la toisa de toute sa hauteur. Il attendait quelque chose. Une réaction, peut-être un mot.
Face à ce nouveau silence, Nath souffla, son expiration tremblante. « Je sais plus comment t’le dire Alice… je… putain… laisse tomber. »
Nath s’éloigna d’un pas rapide. Alice observa son départ sans bouger, sans mot dire. Et lorsque enfin sa silhouette s’effaça, Alice se recroquevilla sur elle même.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
Rares étaient les fois où Père jouait du piano.
Dans sa jeunesse, il fut un joueur talentueux, car c’était ce que l’on attendait de lui. Ce fut sa mère, Elisabeth, qui lui appris, comme son père avant elle. Et à son tour, Dorian enseigna cet art à sa jeune fille.
Le temps avait fait son office, et à force de se tenir loin des notes, Père avait perdu de son talent. Néanmoins, Alice reconnaissait sans peine le morceau que Père s’employait à jouer.
La Lettre à Élise, par le grand compositeur Sans-Pouvoir Ludwig van Beethoven.
Sa respiration tremblante, Alice laissait les notes pénétrer en elle. Même si il n’était plus le grand joueur d’autrefois, il n’en demeurait pas moins un pianiste accompli. Une bagatelle était à sa portée.
Du bout de doigts, Alice usait de l’air comme un clavier invisible, suivant les notes de coeur avec Père. Elle fermait les yeux, accueillait la mélodie comme un baume pour son cœur douloureux.
Nath ne voulait pas comprendre, et Alice aurait aimé qu’il soit capable de voir au delà de ses souhaits enfantins. Ô grands dieux, que ne donnerait-elle pas pour qu’il ouvre les yeux sur la précarité de leur relation. Fallait-il qu’elle lui martèle ses peurs à coup de burin ? Qu’elle le mette face à toute sa famille, baguettes brandies, un Amnesia sur le bord des lèvres ?
Avec lenteur, Alice pénétra dans la pièce. Père et son piano se tenait en son centre, encadrés par la harpe de tante Elise, et le violoncelle de Grand-Père. Les derniers rayons de soleil frappaient le dos de Père, projetant son ombre contre la bibliothèque de bois blanc. Ses yeux fermés, il semblait concentré. Alice voyait ses doigts glisser d’une touche à une autre avec une indélicatesse qui n’avait pas sa place sur un piano.
Sur la pointe des pieds, Alice s’approchait.
Oui, rares les fois où Père jouait du piano, car rares étaient les fois où Père ressentait le besoin de s’isoler.
Alice contourna le piano, et vint s’asseoir sur le bord du banc où Père se trouvait. Un sourire glissa sur ses lèvres naguère serrées. Il se décala un peu, sans rompre son jeu, permettant à sa fille de s’asseoir d’une manière plus confortable.
La jeune femme se laissa aller contre l’épaule de son père, en quête d’un peu de repos.
Nath l’avait éprouvé d’une manière qu’Alice s’était juré de ne plus jamais subir. Une parjure, voilà ce qu’elle était. Une félonne pour son propre cœur.
Comme souventefois, sa peine s’était muée en colère. C’était un sentiment bien plus facile a accepté. La rage avait toujours été un chef de file puissant pour Alice. Elle la guidait, l’obligeait à agir, quelque soit la situation.
Et ainsi le Merlin naquit des vestiges de ses larmes.
Et ainsi Mère, jadis bourreau, devint ennemi.
Et ainsi, et avant tout, la petite fille glapissante devint jeune dame estimée.
Père mit fin a sa bagatelle en un mi majeur. Ses doigts coulèrent le long du clavier, pour finir sur ses genoux. Il se tourna à peine et offrit un sourire chaleureux à son enfant. « Ai-je été à la hauteur de tes oreilles sensibles ? » demanda t-il de sa voix de velours.
Alice conserva un moment son attention dans le vide. La musique lui manquait soudain. Bercée par les notes, la jeune fille se sentait comme étreinte par deux bras maternels. Et l’en voilà dépouillée.
Aussi se contenta t-elle de lever son visage vers son père pour lui offrir un sourire témoignant de sa satisfaction. Père lui rendit, sa main venant caresser les boucles blanches soyeuses d’Alice. Cet acte d’amour filial dura de longues secondes, père et fille cherchant calme et sérénité dans la présence de l’autre.
Père laissa glisser ses doigts le long d’une boucle, avant de pivoter vers Alice. « As-tu des nouvelles de Thomas ? » demanda t-il.
Alice secoua la tête, négative. Père poussa un soupir, ses yeux se levant au plafond. Il se perdit un instant dans les moulures dorées. Alice le vit déglutir.
Au petit matin, Thomas avait disparu sans un mot, sans une lettre. Ce genre de départ sauvage était dans ses habitudes. En revanche, lorsqu’il ne prévenait personne, Thomas revenait toujours pour le déjeuner.
Aujourd’hui, ce ne fut pas le cas.
Quand bien même Père ne mettait aucun mot sur ses pensées, Alice les connaissait : il craignait que Thomas soit parti seul pour la Russie, provoqué par les refus incessants de Père. Ses peurs étaient légitimes, mais Alice connaissait suffisamment son frère pour savoir qu’il était loyal à Père, et que jamais il ne commettrait un acte susceptible de mettre en péril la réputation du chef de famille.
Et le simple fait que Père puisse penser cela de Thomas agaçait la jeune fille.
« Thomas a sans nul doute oublié un rendez-vous galant avec une de ses trop nombreuses conquêtes », dit Alice, désireuse d’apaiser Père. « Il sera de retour sous peu.
— La confiance que tu as en ton frère me surprendra toujours. »
Alice haussa un sourcil. N’était-ce pas naturel ? N’était-ce pas ce que l’on attendait d’elle ? La confiance d’une soeur à son frère, de surcroît futur chef de famille ?
Naturellement, Alice savait que ce n’était pas tant cette confiance fraternelle qui surprenait Père, mais bien le tournant qu’avait prit leur relation en quelques années.
Naguère méprisé et haït pour les tourments qu’il lui avait fait subir, Thomas avait été pardonné. Son comportement envers sa jeune soeur avait fait montre d’une réelle volonté de rédemption. Thomas était peut-être le même qu’au premier jour… mais il n’en demeurait pas moins un allié précieux, en ce jour.
« Je lui confierai à ma vie », répondit Alice. Père observa son enfant avec une once d’incrédulité. Le regard inébranlable d’Alice plongé dans le sien ne mentait pas : elle pensait ces mots.
Père jeta un regard vers le piano. Du bout des doigts, il y joua quelques notes. « De tels mots doivent être prononcés avec prudence, Alice. Tu es encore jeune, aussi ne peux-tu pas comprendre la force d’une telle confiance. C’est…
— … avec la confiance que l’on nous poignarde, coupa Alice sans vergogne. Je connais cet adage, tante Elise l’a déjà utilisé contre moi. Mais elle m’a dit également de ne compter que sur ceux qui partagent mon sang. Votre leçon me met dans l’embarras, Père : je ne sais sur quel pied danser. »
L’ombre d’un sourire glissa sur les lèvres de l’ancien Auror. Ses doigts dansaient sur les notes, improvisant quelques choses qui s’apparentait à du Chopin… était-ce une interprétation de la Valse Pure ?
« Thomas est un bon garçon », répondit Père, toute son attention portée sur le jeu de ses doigts. « Mais il est impétueux, arrogant, et obstiné. Il serait prêt à tout pour obtenir ce qu’il convoite. Or, ce qu'il convoite en ce moment est une récompense qui ne saurait être conquise par la seule impétuosité.
— Et, d’après vous, que convoite t-il ?
— Sa légitimité. »
Voilà que Père s’improvisait psychomage. Et de bien piètre qualité.
Alice remua la tête, ses yeux se levant au plafond. L’affront ne manqua pas au chef de famille. Il cessa de jouer pour faire face à son enfant. Alice senti ses épaules se redire.
Oublier la défense, et contre attaquer.
« Thomas est légitime par sa naissance », dit Alice en plantant son regard dans celui de son père. « Il n’a rien à prouver à qui que ce soit. Ni à Yuri, ni à vous. Il sera notre prochain chef, et son règne sera marqué par son audace, que vous nommez impétuosité. Par sa confiance, que vous nommez arrogance. Par sa volonté, que vous nommez obstination. Le monde change, Père. Et Thomas l’a bien compris. C’est pour quoi je réitère mes propos, et les martèle : je lui confierai ma vie, car j’ai toute confiance en son jugement. »
Père garda le silence. Aucune émotion ne fit danser ses pupilles. Il semblait dans l’attente.
Alice déglutit, et reprit, son menton se dressant.
« Thomas danse avec les hyènes lorsque vous, vous les affrontez. Hélas, ce sont elles qui dirigent notre monde aujourd’hui. Vous l’avez vu lors de votre procès. Par votre diatribe, par votre désir de rester intègre en toutes circonstances, vous avez mis en danger votre vie et la nôtre. Dés lors, Thomas s’évertue à redorer notre nom en Grande-Bretagne pour que je ne souffre point de votre décision de combattre le Conseil lorsque je reviendrai sur leur territoire. Il n’aspire pas à la légitimité, mais à la protection de notre famille. En cela, je pense… non, je sais qu’il mérite votre reconnaissance… car, voyez vous, je crois que c’est cela qu’il convoite au plus profond de son coeur. »
Alice sentait son coeur battre dans le bout de ses doigts. Elle ne baissait pas les yeux devant Père, consciente que cela marquerait un manque de confiance en ses propos.
Les secondes s’égrainèrent sans qu’aucun Sangblanc ne détourne le regard. Père ne semblait pas agacé par les propos de sa fille, ni par ses affronts. N’importe quel autre Père aurait congédié la jeune fille dans sa chambre… mais pas Dorian Sangblanc.
Pas ce père qui vouait un culte à sa précieuse fille.
Ses grandes mains vinrent épouser la joue d’Alice. Il l’amena à lui pour déposer un baiser sur son front. Alice ferma les yeux, accueillant cette caresse apaisante.
Père murmura contre sa peau. « Thomas ne mesure pas la chance qu’il a de t’avoir pour égide ». Le grand sorcier attira sa fille contre lui pour l’étreindre avec douceur. Ses longs doigts se perdaient dans les boucles blanches de sa fille. Alice restait silencieuse, profitant seulement de la chaleur paternelle qui l’enserrait. Elle s’y blottissait, se laissait porter par cet amour inconditionnel que père et fille éprouvaient l’un pour l’autre.
Là, tout contre son coeur, Alice laissait choir au sol ses doutes et ses colères.
Dans sa jeunesse, il fut un joueur talentueux, car c’était ce que l’on attendait de lui. Ce fut sa mère, Elisabeth, qui lui appris, comme son père avant elle. Et à son tour, Dorian enseigna cet art à sa jeune fille.
Le temps avait fait son office, et à force de se tenir loin des notes, Père avait perdu de son talent. Néanmoins, Alice reconnaissait sans peine le morceau que Père s’employait à jouer.
La Lettre à Élise, par le grand compositeur Sans-Pouvoir Ludwig van Beethoven.
Sa respiration tremblante, Alice laissait les notes pénétrer en elle. Même si il n’était plus le grand joueur d’autrefois, il n’en demeurait pas moins un pianiste accompli. Une bagatelle était à sa portée.
Du bout de doigts, Alice usait de l’air comme un clavier invisible, suivant les notes de coeur avec Père. Elle fermait les yeux, accueillait la mélodie comme un baume pour son cœur douloureux.
Nath ne voulait pas comprendre, et Alice aurait aimé qu’il soit capable de voir au delà de ses souhaits enfantins. Ô grands dieux, que ne donnerait-elle pas pour qu’il ouvre les yeux sur la précarité de leur relation. Fallait-il qu’elle lui martèle ses peurs à coup de burin ? Qu’elle le mette face à toute sa famille, baguettes brandies, un Amnesia sur le bord des lèvres ?
Avec lenteur, Alice pénétra dans la pièce. Père et son piano se tenait en son centre, encadrés par la harpe de tante Elise, et le violoncelle de Grand-Père. Les derniers rayons de soleil frappaient le dos de Père, projetant son ombre contre la bibliothèque de bois blanc. Ses yeux fermés, il semblait concentré. Alice voyait ses doigts glisser d’une touche à une autre avec une indélicatesse qui n’avait pas sa place sur un piano.
Sur la pointe des pieds, Alice s’approchait.
Oui, rares les fois où Père jouait du piano, car rares étaient les fois où Père ressentait le besoin de s’isoler.
Alice contourna le piano, et vint s’asseoir sur le bord du banc où Père se trouvait. Un sourire glissa sur ses lèvres naguère serrées. Il se décala un peu, sans rompre son jeu, permettant à sa fille de s’asseoir d’une manière plus confortable.
La jeune femme se laissa aller contre l’épaule de son père, en quête d’un peu de repos.
Nath l’avait éprouvé d’une manière qu’Alice s’était juré de ne plus jamais subir. Une parjure, voilà ce qu’elle était. Une félonne pour son propre cœur.
Comme souventefois, sa peine s’était muée en colère. C’était un sentiment bien plus facile a accepté. La rage avait toujours été un chef de file puissant pour Alice. Elle la guidait, l’obligeait à agir, quelque soit la situation.
Et ainsi le Merlin naquit des vestiges de ses larmes.
Et ainsi Mère, jadis bourreau, devint ennemi.
Et ainsi, et avant tout, la petite fille glapissante devint jeune dame estimée.
Père mit fin a sa bagatelle en un mi majeur. Ses doigts coulèrent le long du clavier, pour finir sur ses genoux. Il se tourna à peine et offrit un sourire chaleureux à son enfant. « Ai-je été à la hauteur de tes oreilles sensibles ? » demanda t-il de sa voix de velours.
Alice conserva un moment son attention dans le vide. La musique lui manquait soudain. Bercée par les notes, la jeune fille se sentait comme étreinte par deux bras maternels. Et l’en voilà dépouillée.
Aussi se contenta t-elle de lever son visage vers son père pour lui offrir un sourire témoignant de sa satisfaction. Père lui rendit, sa main venant caresser les boucles blanches soyeuses d’Alice. Cet acte d’amour filial dura de longues secondes, père et fille cherchant calme et sérénité dans la présence de l’autre.
Père laissa glisser ses doigts le long d’une boucle, avant de pivoter vers Alice. « As-tu des nouvelles de Thomas ? » demanda t-il.
Alice secoua la tête, négative. Père poussa un soupir, ses yeux se levant au plafond. Il se perdit un instant dans les moulures dorées. Alice le vit déglutir.
Au petit matin, Thomas avait disparu sans un mot, sans une lettre. Ce genre de départ sauvage était dans ses habitudes. En revanche, lorsqu’il ne prévenait personne, Thomas revenait toujours pour le déjeuner.
Aujourd’hui, ce ne fut pas le cas.
Quand bien même Père ne mettait aucun mot sur ses pensées, Alice les connaissait : il craignait que Thomas soit parti seul pour la Russie, provoqué par les refus incessants de Père. Ses peurs étaient légitimes, mais Alice connaissait suffisamment son frère pour savoir qu’il était loyal à Père, et que jamais il ne commettrait un acte susceptible de mettre en péril la réputation du chef de famille.
Et le simple fait que Père puisse penser cela de Thomas agaçait la jeune fille.
« Thomas a sans nul doute oublié un rendez-vous galant avec une de ses trop nombreuses conquêtes », dit Alice, désireuse d’apaiser Père. « Il sera de retour sous peu.
— La confiance que tu as en ton frère me surprendra toujours. »
Alice haussa un sourcil. N’était-ce pas naturel ? N’était-ce pas ce que l’on attendait d’elle ? La confiance d’une soeur à son frère, de surcroît futur chef de famille ?
Naturellement, Alice savait que ce n’était pas tant cette confiance fraternelle qui surprenait Père, mais bien le tournant qu’avait prit leur relation en quelques années.
Naguère méprisé et haït pour les tourments qu’il lui avait fait subir, Thomas avait été pardonné. Son comportement envers sa jeune soeur avait fait montre d’une réelle volonté de rédemption. Thomas était peut-être le même qu’au premier jour… mais il n’en demeurait pas moins un allié précieux, en ce jour.
« Je lui confierai à ma vie », répondit Alice. Père observa son enfant avec une once d’incrédulité. Le regard inébranlable d’Alice plongé dans le sien ne mentait pas : elle pensait ces mots.
Père jeta un regard vers le piano. Du bout des doigts, il y joua quelques notes. « De tels mots doivent être prononcés avec prudence, Alice. Tu es encore jeune, aussi ne peux-tu pas comprendre la force d’une telle confiance. C’est…
— … avec la confiance que l’on nous poignarde, coupa Alice sans vergogne. Je connais cet adage, tante Elise l’a déjà utilisé contre moi. Mais elle m’a dit également de ne compter que sur ceux qui partagent mon sang. Votre leçon me met dans l’embarras, Père : je ne sais sur quel pied danser. »
L’ombre d’un sourire glissa sur les lèvres de l’ancien Auror. Ses doigts dansaient sur les notes, improvisant quelques choses qui s’apparentait à du Chopin… était-ce une interprétation de la Valse Pure ?
« Thomas est un bon garçon », répondit Père, toute son attention portée sur le jeu de ses doigts. « Mais il est impétueux, arrogant, et obstiné. Il serait prêt à tout pour obtenir ce qu’il convoite. Or, ce qu'il convoite en ce moment est une récompense qui ne saurait être conquise par la seule impétuosité.
— Et, d’après vous, que convoite t-il ?
— Sa légitimité. »
Voilà que Père s’improvisait psychomage. Et de bien piètre qualité.
Alice remua la tête, ses yeux se levant au plafond. L’affront ne manqua pas au chef de famille. Il cessa de jouer pour faire face à son enfant. Alice senti ses épaules se redire.
Oublier la défense, et contre attaquer.
« Thomas est légitime par sa naissance », dit Alice en plantant son regard dans celui de son père. « Il n’a rien à prouver à qui que ce soit. Ni à Yuri, ni à vous. Il sera notre prochain chef, et son règne sera marqué par son audace, que vous nommez impétuosité. Par sa confiance, que vous nommez arrogance. Par sa volonté, que vous nommez obstination. Le monde change, Père. Et Thomas l’a bien compris. C’est pour quoi je réitère mes propos, et les martèle : je lui confierai ma vie, car j’ai toute confiance en son jugement. »
Père garda le silence. Aucune émotion ne fit danser ses pupilles. Il semblait dans l’attente.
Alice déglutit, et reprit, son menton se dressant.
« Thomas danse avec les hyènes lorsque vous, vous les affrontez. Hélas, ce sont elles qui dirigent notre monde aujourd’hui. Vous l’avez vu lors de votre procès. Par votre diatribe, par votre désir de rester intègre en toutes circonstances, vous avez mis en danger votre vie et la nôtre. Dés lors, Thomas s’évertue à redorer notre nom en Grande-Bretagne pour que je ne souffre point de votre décision de combattre le Conseil lorsque je reviendrai sur leur territoire. Il n’aspire pas à la légitimité, mais à la protection de notre famille. En cela, je pense… non, je sais qu’il mérite votre reconnaissance… car, voyez vous, je crois que c’est cela qu’il convoite au plus profond de son coeur. »
Alice sentait son coeur battre dans le bout de ses doigts. Elle ne baissait pas les yeux devant Père, consciente que cela marquerait un manque de confiance en ses propos.
Les secondes s’égrainèrent sans qu’aucun Sangblanc ne détourne le regard. Père ne semblait pas agacé par les propos de sa fille, ni par ses affronts. N’importe quel autre Père aurait congédié la jeune fille dans sa chambre… mais pas Dorian Sangblanc.
Pas ce père qui vouait un culte à sa précieuse fille.
Ses grandes mains vinrent épouser la joue d’Alice. Il l’amena à lui pour déposer un baiser sur son front. Alice ferma les yeux, accueillant cette caresse apaisante.
Père murmura contre sa peau. « Thomas ne mesure pas la chance qu’il a de t’avoir pour égide ». Le grand sorcier attira sa fille contre lui pour l’étreindre avec douceur. Ses longs doigts se perdaient dans les boucles blanches de sa fille. Alice restait silencieuse, profitant seulement de la chaleur paternelle qui l’enserrait. Elle s’y blottissait, se laissait porter par cet amour inconditionnel que père et fille éprouvaient l’un pour l’autre.
Là, tout contre son coeur, Alice laissait choir au sol ses doutes et ses colères.
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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L'Ours et le Faon
Ce fut à l’heure du dîner que Thomas décida de rentrer.
Lorsqu’il franchit le seuil de la salle à manger, il gratifia sa famille d’une ample révérence, son bras replié contre sa poitrine. « Je vous présente toutes mes excuses pour cet affreux retard ! » lança Thomas dans un sourire un tantinet trop joyeux pour être naturel. Alice ferma les yeux en inspirant, avant de se concentrer à nouveau sur le découpage de ses champignons.
Désormais habituée aux états d’ivresse à peine cachée de son frère, Alice essayait vainement de ne plus y porter attention.
Ce n’était pas le cas de Père, qui n’avait pas eu l’occasion de voir la descente de son fils. Son regard agacé suivit les déplacements de son fils jusqu’à sa chaise. Thomas la tira à lui, gratifia Alice d’un sourire, et s’installa avec lourdeur. Il considéra l’assiette qui lui avait été servi, malgré son absence, avec un sourire.
« — Vous avez pensé à moi, quel veinard je suis.
— Où étais-tu ? »
Thomas leva le visage vers Père. Il haussa une épaule. « Des amis sont en séjour à Paris, je leur ai rendu visite. » Thomas adressa un regard à sa sœur. « Meven te salut. Il m’a demandé comment tu te portais, je lui ai répondu que tu étais toujours la même peste qu’il a laissé à Poudlard. » Alice roula des yeux. Avant qu’elle ne puisse formuler une réponse, Père reprit la parole.
« Tu as donc fait le chemin de Paris jusqu’ici… en état d’ivresse ? »
Grand-Père et tante Élise s’échangèrent un regard. Eux même étaient habitués. Au début, ils avaient bien essayé de faire entendre raison à Thomas, lui dire que transplaner ou voler sous l’influence de l’alcool était une mauvaise idée, mais Thomas était un mur solide.
L’héritier, armé de sa fourchette et de son couteau, découpa son entrecôte, prenant soin d’éviter le regard de Père.
« Ce n’est pas si loin », répondit-il. « Je me rends suffisamment à Paris en balai pour connaître le chemin comme ma poche. Et je ne suis pas en état d’ivresse. »
Thomas posa sa fourchette, faisant mine de réfléchir, ses yeux levés au plafond. « … je suis agréablement alcoolisé », finit-il par dire en laissant retomber son regard sur Père.
Le chef de famille fronça les sourcils. Sa réponse fut immédiate et tranchante :
« — A défaut d’être mature, je te prierai de ne pas être condescendant, Thomas. Voler sous l’influence de l’alcool, c’est de l’inconscience pure. Je n’en reviens pas de devoir te le rappeler, à l’orée de tes vingt-sept ans.
— Comment aurais-je dû rentrer, en ce cas ? A pieds ?
— Ne me réponds pas. »
Thomas baissa les yeux sur son assiette et s’attaqua à son repas. Il n’affichait plus aucune expression. Ni sourire, ni marque de mécontentement. C’était mieux ainsi. Père était un homme calme et réfléchi, mais il avait en horreur l’irrespect. Et cela, Thomas en avait toute conscience.
Le repas se termina dans le calme. Lorsque Père se releva, les Sangblanc l’imitèrent. Il fut le premier à quitter la pièce, suivit de près par tante Élise qui s’empressa de lui parler des nouvelles jeunes célibataires de Sang-Pur dont elle avait entendu parler au cours de la journée. Grand-Père fut plus lent à les suivre. Il s’appuyait sur sa canne pour aider sa marche, et franchit le seuil de la porte que Thomas lui tenait. Alice en profita pour rejoindre Grand-Père. Elle glissa son bras sous le sien, désireuse de soulager les articulations douloureuses du patriarche. Ce dernier, son regard rivé sur le dos de Père et tante Élise, se mit à sourire.
« — Te ferais-je de la peine, mon enfant ?
— Nullement. J’ai moi même besoin d’un appui : je n’aurai peut-être pas dû reprendre de charlotte aux fraises. »
Grand-Père souffla un rire, déposant un regard amusé sur sa petite fille. Ils avancèrent en silence, avec lenteur. Petit à petit, les silhouette de Père et Tante Elise déclinèrent au bout du couloir.
Dans leur dos avançait Thomas, sifflotant une melodie inconnue. Grand-Père tourna un peu la tête dans sa direction. « Il n’est pas prudent de défier ton père en ses temps troublés, mon garçon. »
Thomas trotta pour se mettre à leur hauteur, ses pouces passées dans les poches de son pantalon.
« — Loin de moi l’idée de vouloir le défier, Grand-Père.
— Ne pas prévenir de ton départ, rentrer dans ton état…
— Je ne suis pas saoul.
— Es-tu sobre ?
— Non, mais…
— Aux yeux de ton père, cela suffit. Ménage le, si tu désires qu’il te considère comme son digne héritier. L’heure est mal choisie pour jouer à ce jeu ci. Notre famille a besoin que nous soyons soudé pour affronter la tempête que représente l’Ours. »
Thomas poussa un profond soupir, son regard se levant au plafond. « Mais je ne demande que cela, Grand-Père. Je ne demande que cela. Père refuse de me faire confiance. Que devrais-je faire, en ce cas ? Le supplier de me laisser prendre ses foutues responsabilités qu’il désire pourtant me voir porter ? »
Alice fronça les sourcils, se penchant en avant pour darder un regard réprobateur sur son frère. « Ton langage, Thomas. » Il leva les mains en signe de capitulation, avant de les ramener dans ses poches.
Grand-Père garda le silence un moment. Il finit par s’arrêter, imités par ses petits-enfants.
« Ton père attend de toi que tu te comportes comme ce que tu es destiné à devenir : un chef de famille responsable. Ce n’est pas en folâtrant à droite et à gauche, ou en buvant que tu le deviendras. Sois responsable. Tu n’es plus un adolescent : tu es un homme. Et dans quelques années, tu porteras l’avenir de notre glorieuse famille sur tes épaules. »
Thomas affronta le regard de Grand-Père sans plier. « Je le sais », articula t-il, comme pour marteler cette vérité aussi bien dans l’esprit de Grand-Père que dans le sien. Sans un mot de plus, Thomas inclina respectueusement la tête, et poursuivit sa route d’un pas rapide. Grand-Père amorça un geste dans sa direction, mais Thomas transplana. Grand-Père soupira, son regard retombant sur ses pieds.
Alice observa le visage de son grand-père, la bouche légèrement pincée. Il semblait tant affligé. Quand bien même il n’était plus le chef de leur grande et noble famille, il continuait à porter ce fardeau sur ses épaules affaiblies. Alice n’aurait su dire si ce choix était délibéré.
Alice serra un peu plus le bras de Grand-Père dans un sourire. Elle se pencha un peu pour capter son regard.
« Laissez le, Grand-Père. Vous savez bien comme il est : désespérément lui-même. Il papillonne, mais je sais qu’il sert les intérêts de notre famille aussi ardemment que n’importe lequel d’entre nous. Disons qu’il a seulement ses méthodes. »
L’ombre d’un sourire glissa sur Grand-Père, avant de disparaître. Il se redressa un peu. « Emmène moi à ma chambre, Alice. J’ai besoin de repos. »
Lorsqu’il franchit le seuil de la salle à manger, il gratifia sa famille d’une ample révérence, son bras replié contre sa poitrine. « Je vous présente toutes mes excuses pour cet affreux retard ! » lança Thomas dans un sourire un tantinet trop joyeux pour être naturel. Alice ferma les yeux en inspirant, avant de se concentrer à nouveau sur le découpage de ses champignons.
Désormais habituée aux états d’ivresse à peine cachée de son frère, Alice essayait vainement de ne plus y porter attention.
Ce n’était pas le cas de Père, qui n’avait pas eu l’occasion de voir la descente de son fils. Son regard agacé suivit les déplacements de son fils jusqu’à sa chaise. Thomas la tira à lui, gratifia Alice d’un sourire, et s’installa avec lourdeur. Il considéra l’assiette qui lui avait été servi, malgré son absence, avec un sourire.
« — Vous avez pensé à moi, quel veinard je suis.
— Où étais-tu ? »
Thomas leva le visage vers Père. Il haussa une épaule. « Des amis sont en séjour à Paris, je leur ai rendu visite. » Thomas adressa un regard à sa sœur. « Meven te salut. Il m’a demandé comment tu te portais, je lui ai répondu que tu étais toujours la même peste qu’il a laissé à Poudlard. » Alice roula des yeux. Avant qu’elle ne puisse formuler une réponse, Père reprit la parole.
« Tu as donc fait le chemin de Paris jusqu’ici… en état d’ivresse ? »
Grand-Père et tante Élise s’échangèrent un regard. Eux même étaient habitués. Au début, ils avaient bien essayé de faire entendre raison à Thomas, lui dire que transplaner ou voler sous l’influence de l’alcool était une mauvaise idée, mais Thomas était un mur solide.
L’héritier, armé de sa fourchette et de son couteau, découpa son entrecôte, prenant soin d’éviter le regard de Père.
« Ce n’est pas si loin », répondit-il. « Je me rends suffisamment à Paris en balai pour connaître le chemin comme ma poche. Et je ne suis pas en état d’ivresse. »
Thomas posa sa fourchette, faisant mine de réfléchir, ses yeux levés au plafond. « … je suis agréablement alcoolisé », finit-il par dire en laissant retomber son regard sur Père.
Le chef de famille fronça les sourcils. Sa réponse fut immédiate et tranchante :
« — A défaut d’être mature, je te prierai de ne pas être condescendant, Thomas. Voler sous l’influence de l’alcool, c’est de l’inconscience pure. Je n’en reviens pas de devoir te le rappeler, à l’orée de tes vingt-sept ans.
— Comment aurais-je dû rentrer, en ce cas ? A pieds ?
— Ne me réponds pas. »
Thomas baissa les yeux sur son assiette et s’attaqua à son repas. Il n’affichait plus aucune expression. Ni sourire, ni marque de mécontentement. C’était mieux ainsi. Père était un homme calme et réfléchi, mais il avait en horreur l’irrespect. Et cela, Thomas en avait toute conscience.
Le repas se termina dans le calme. Lorsque Père se releva, les Sangblanc l’imitèrent. Il fut le premier à quitter la pièce, suivit de près par tante Élise qui s’empressa de lui parler des nouvelles jeunes célibataires de Sang-Pur dont elle avait entendu parler au cours de la journée. Grand-Père fut plus lent à les suivre. Il s’appuyait sur sa canne pour aider sa marche, et franchit le seuil de la porte que Thomas lui tenait. Alice en profita pour rejoindre Grand-Père. Elle glissa son bras sous le sien, désireuse de soulager les articulations douloureuses du patriarche. Ce dernier, son regard rivé sur le dos de Père et tante Élise, se mit à sourire.
« — Te ferais-je de la peine, mon enfant ?
— Nullement. J’ai moi même besoin d’un appui : je n’aurai peut-être pas dû reprendre de charlotte aux fraises. »
Grand-Père souffla un rire, déposant un regard amusé sur sa petite fille. Ils avancèrent en silence, avec lenteur. Petit à petit, les silhouette de Père et Tante Elise déclinèrent au bout du couloir.
Dans leur dos avançait Thomas, sifflotant une melodie inconnue. Grand-Père tourna un peu la tête dans sa direction. « Il n’est pas prudent de défier ton père en ses temps troublés, mon garçon. »
Thomas trotta pour se mettre à leur hauteur, ses pouces passées dans les poches de son pantalon.
« — Loin de moi l’idée de vouloir le défier, Grand-Père.
— Ne pas prévenir de ton départ, rentrer dans ton état…
— Je ne suis pas saoul.
— Es-tu sobre ?
— Non, mais…
— Aux yeux de ton père, cela suffit. Ménage le, si tu désires qu’il te considère comme son digne héritier. L’heure est mal choisie pour jouer à ce jeu ci. Notre famille a besoin que nous soyons soudé pour affronter la tempête que représente l’Ours. »
Thomas poussa un profond soupir, son regard se levant au plafond. « Mais je ne demande que cela, Grand-Père. Je ne demande que cela. Père refuse de me faire confiance. Que devrais-je faire, en ce cas ? Le supplier de me laisser prendre ses foutues responsabilités qu’il désire pourtant me voir porter ? »
Alice fronça les sourcils, se penchant en avant pour darder un regard réprobateur sur son frère. « Ton langage, Thomas. » Il leva les mains en signe de capitulation, avant de les ramener dans ses poches.
Grand-Père garda le silence un moment. Il finit par s’arrêter, imités par ses petits-enfants.
« Ton père attend de toi que tu te comportes comme ce que tu es destiné à devenir : un chef de famille responsable. Ce n’est pas en folâtrant à droite et à gauche, ou en buvant que tu le deviendras. Sois responsable. Tu n’es plus un adolescent : tu es un homme. Et dans quelques années, tu porteras l’avenir de notre glorieuse famille sur tes épaules. »
Thomas affronta le regard de Grand-Père sans plier. « Je le sais », articula t-il, comme pour marteler cette vérité aussi bien dans l’esprit de Grand-Père que dans le sien. Sans un mot de plus, Thomas inclina respectueusement la tête, et poursuivit sa route d’un pas rapide. Grand-Père amorça un geste dans sa direction, mais Thomas transplana. Grand-Père soupira, son regard retombant sur ses pieds.
Alice observa le visage de son grand-père, la bouche légèrement pincée. Il semblait tant affligé. Quand bien même il n’était plus le chef de leur grande et noble famille, il continuait à porter ce fardeau sur ses épaules affaiblies. Alice n’aurait su dire si ce choix était délibéré.
Alice serra un peu plus le bras de Grand-Père dans un sourire. Elle se pencha un peu pour capter son regard.
« Laissez le, Grand-Père. Vous savez bien comme il est : désespérément lui-même. Il papillonne, mais je sais qu’il sert les intérêts de notre famille aussi ardemment que n’importe lequel d’entre nous. Disons qu’il a seulement ses méthodes. »
L’ombre d’un sourire glissa sur Grand-Père, avant de disparaître. Il se redressa un peu. « Emmène moi à ma chambre, Alice. J’ai besoin de repos. »
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
Des qualités, Alice en avait par millier, elle le savait. Chacune d’entre elles étaient exacerbée pour que la jeune fille puisse en être le parangon.
Mais patiente, non, Alice ne l’était définitivement pas.
Ses bras croisés sous sa poitrine, Alice piétinait l’herbe tendre de la clairière où elle attendait Thomas pour ses cours de duel. Et Thomas était en retard. De peu, dirait-il avec son exécrable nonchalance, mais en retard tout de même.
Alice, elle, avait eu la politesse devenir avec cinq minutes d’avance, lesquelles furent utilisées pour faire des étirements tout en récitant ses formules de métamorphose humaine qu’elle s’efforçait de retenir. Le constat était positif
Les cinq minutes d’attente supplémentaires furent dédiées aux grandes dates de l’Histoire de la Magie. Là également, Alice n’avait pas à rougir de sa mémoire.
Au bout de dix minutes de retard, Alice avait cessé d’user son cerveau pour réviser ses leçons, préférant maudire en songe cet incapable qui lui faisait office de frère et futur chef de famille.
Être à l’heure, ce n’était tout de même pas la mer à boire ! D’autant plus que c’était lui qui avait fixé l’heure du rendez-vous. N’aurait-il pas pu prévoir son emploi du temps ? Alice, elle, avait cette politesse. Elle avait repousser ses révisions de deux heures pour les consacrer aux leçons de son frère.
Non, le problème ne venait pas d’Alice et de sa patience trop souvent critiquée. C’était Thomas et son irrespect.
Après une interminable attente, Thomas décida à montrer le bout de son nez. Le coffre des Nerrah sur l’épaule, il avançait d’un pas rapide. Alice s’avança vers lui, ses bras se dépliant pour s’étendre avec agacement. D’un geste bref de la main, Thomas la fit taire avant qu’elle ne prononce un mot.
« Je sais : je suis en retard. Épargne moi un énième sermon, s’il te plaît. »
Alice s’arrêta net, Thomas lui passa à côté dans un soupir las. Il déposa le coffret de bois contre un arbre avant de s’y adosser. Il pinça l’arête de son nez, ses dents serrées.
Une manifestation de sentiment. Voilà qui ne lui ressemblait pas.
Hésitante, Alice s’approcha. Elle se pencha un peu sur le côté pour capter le regard de son frère. Il lui jeta un bref coup d’œil avant de se redresser.
« Bien ! Leçon du jour : les différents types de défense face à un adversaire basant ses offensives sur la rapidité. »
D’un coup de baguette, Thomas ouvrit le coffret de bois. D’un autre, il souleva la ceinture de cuir d’Alice et lui déposa dans ses bras qu’elle s’empressa de tendre. Sans un mot tout d’abord, Alice l’enfila, observant son frère faire de même. Elle vérifia que ses trois bourses de cuir, chacune contenant les différentes capsules nécessaires à leur entraînement, étaient bien en place et leva le nez pour regarde à nouveau Thomas.
« — Il s’est passé quelque chose ? demanda Alice.
— Les sempiternelles même problématiques, petite vipère. J’agis, on me le reproche.
— Tout dépend ton action. Qu’as-tu fais, cette fois ? »
Thomas claqua sa langue contre ses dents serrées. « Cette fois » répéta t-il avec aigreur comme si cette formulation lui était désagréable. Il se débarrassa de ses boucles importunes en les ramenant en arrière. « Cette fois, j’ai réussi a nous obtenir des invitations pour assister à un gala de charité organisé en Grande-Bretagne. Pas sans mal, soit-dit en passant. De quoi te permettre de faire ton retour sur les terres qui nous ont vu grandir avec de nouveaux alliés en poche. »
Alice haussa un sourcil. Un gala de charité en Grande-Bretagne, voilà qui n’était pas pour déplaire à la jeune femme.
« — C’est une excellente nouvelle, admit-elle. Laisse moi deviner : Père trouve cela trop dangereux.
— Tout juste. Il aurait aimé que je lui en parle avant. Ce que je n’ai évidemment pas fait pour éviter tout refus de sa part.
— Sage décision. À quelle occasion est organisé ce gala de charité ?
— A l’occasion de la célébration des deux années d’existence de l’école Maeve Queen… une école pour les jeunes enfants sorciers. Tout le gratin sera rassemblé, dont notre charmante mère. »
C’était évident, oui. En tant que Secrétaire d’État à l’Éducation Magique, Mère y avait toute sa place.
Alice avait des questions par centaine au sujet de ce gala de charité. Hélas, l’heure tournait, et il était hors de question de perdre du temps d’entraînement supplémentaire. Son emploi du temps avait été travaillé à la minute près, et Alice ne pouvait se permettre de laisser le retard de son frère et sa curiosité grignoter ses heures de révisions.
Alice essuya frénétiquement son visage maculé de poussière rouge en toussant pour expulser tout ce qu’elle avait pu respirer. Elle darda un regard agacé sur son frère. Lui même s’employait à nettoyer ses vêtements du bout de sa baguette.
« — Tu as encore triché ! Cela commence à bien faire, Thomas !
— J’ai rusé, Alice. Et la ruse est acceptée en duel.
— La ruse est l’outil des faibles !
— La ruse est l’outil des rusés, ne t’en déplaise. Il va falloir te faire une raison. Tous les adversaires que tu affronteras à la GEAD, si tant est que tu ne changes pas encore d’avis, ne seront pas aussi… frontaux que toi.
— Je ne suis pas frontale : je suis honnête dans mes actions.
— Et c’est bien pour cela que tu te retrouves avec du rouge sur le bout du nez. »
Thomas s’avança, étirant un sourire en observant le dédain qui se peignait sur le visage d’Alice à mesure. D’un coup de baguette, il la nettoya des pieds à la tête.
« J’aimerais te dire que tout au long de ta vie tu rencontreras des sorciers et sorcières comme toi. Intègres, vertueux, droits… »
Il se pencha un peu sur Alice qui ne cessait de le fixer avec agacement, son sourire s’élargissant alors.
« Mais à la guerre comme à la guerre, petite vipère. Le monde est cruel et impitoyable, et mange tout cru les petits êtres de perfection comme toi. Il finit par les recracher, transformés, métamorphosés… et parfois même brisés. Alors écoute ton grand frère, porteur de vérité : sois vilaine, avant que d’autres te forcent à le devenir malgré toi. »
Thomas se redressa, non sans rompre le contact visuel. « La ruse, Alice, est l’arme la plus puissante que tu puisses détenir. L’honnêteté, c’est bien joli… mais c’est une qualité désuète. »
Il s’éloigna enfin en retirant sa ceinture, laissant Alice derrière lui, dubitative. Parlait-il encore de duel…?
Mais patiente, non, Alice ne l’était définitivement pas.
Ses bras croisés sous sa poitrine, Alice piétinait l’herbe tendre de la clairière où elle attendait Thomas pour ses cours de duel. Et Thomas était en retard. De peu, dirait-il avec son exécrable nonchalance, mais en retard tout de même.
Alice, elle, avait eu la politesse devenir avec cinq minutes d’avance, lesquelles furent utilisées pour faire des étirements tout en récitant ses formules de métamorphose humaine qu’elle s’efforçait de retenir. Le constat était positif
Les cinq minutes d’attente supplémentaires furent dédiées aux grandes dates de l’Histoire de la Magie. Là également, Alice n’avait pas à rougir de sa mémoire.
Au bout de dix minutes de retard, Alice avait cessé d’user son cerveau pour réviser ses leçons, préférant maudire en songe cet incapable qui lui faisait office de frère et futur chef de famille.
Être à l’heure, ce n’était tout de même pas la mer à boire ! D’autant plus que c’était lui qui avait fixé l’heure du rendez-vous. N’aurait-il pas pu prévoir son emploi du temps ? Alice, elle, avait cette politesse. Elle avait repousser ses révisions de deux heures pour les consacrer aux leçons de son frère.
Non, le problème ne venait pas d’Alice et de sa patience trop souvent critiquée. C’était Thomas et son irrespect.
Après une interminable attente, Thomas décida à montrer le bout de son nez. Le coffre des Nerrah sur l’épaule, il avançait d’un pas rapide. Alice s’avança vers lui, ses bras se dépliant pour s’étendre avec agacement. D’un geste bref de la main, Thomas la fit taire avant qu’elle ne prononce un mot.
« Je sais : je suis en retard. Épargne moi un énième sermon, s’il te plaît. »
Alice s’arrêta net, Thomas lui passa à côté dans un soupir las. Il déposa le coffret de bois contre un arbre avant de s’y adosser. Il pinça l’arête de son nez, ses dents serrées.
Une manifestation de sentiment. Voilà qui ne lui ressemblait pas.
Hésitante, Alice s’approcha. Elle se pencha un peu sur le côté pour capter le regard de son frère. Il lui jeta un bref coup d’œil avant de se redresser.
« Bien ! Leçon du jour : les différents types de défense face à un adversaire basant ses offensives sur la rapidité. »
D’un coup de baguette, Thomas ouvrit le coffret de bois. D’un autre, il souleva la ceinture de cuir d’Alice et lui déposa dans ses bras qu’elle s’empressa de tendre. Sans un mot tout d’abord, Alice l’enfila, observant son frère faire de même. Elle vérifia que ses trois bourses de cuir, chacune contenant les différentes capsules nécessaires à leur entraînement, étaient bien en place et leva le nez pour regarde à nouveau Thomas.
« — Il s’est passé quelque chose ? demanda Alice.
— Les sempiternelles même problématiques, petite vipère. J’agis, on me le reproche.
— Tout dépend ton action. Qu’as-tu fais, cette fois ? »
Thomas claqua sa langue contre ses dents serrées. « Cette fois » répéta t-il avec aigreur comme si cette formulation lui était désagréable. Il se débarrassa de ses boucles importunes en les ramenant en arrière. « Cette fois, j’ai réussi a nous obtenir des invitations pour assister à un gala de charité organisé en Grande-Bretagne. Pas sans mal, soit-dit en passant. De quoi te permettre de faire ton retour sur les terres qui nous ont vu grandir avec de nouveaux alliés en poche. »
Alice haussa un sourcil. Un gala de charité en Grande-Bretagne, voilà qui n’était pas pour déplaire à la jeune femme.
« — C’est une excellente nouvelle, admit-elle. Laisse moi deviner : Père trouve cela trop dangereux.
— Tout juste. Il aurait aimé que je lui en parle avant. Ce que je n’ai évidemment pas fait pour éviter tout refus de sa part.
— Sage décision. À quelle occasion est organisé ce gala de charité ?
— A l’occasion de la célébration des deux années d’existence de l’école Maeve Queen… une école pour les jeunes enfants sorciers. Tout le gratin sera rassemblé, dont notre charmante mère. »
C’était évident, oui. En tant que Secrétaire d’État à l’Éducation Magique, Mère y avait toute sa place.
Alice avait des questions par centaine au sujet de ce gala de charité. Hélas, l’heure tournait, et il était hors de question de perdre du temps d’entraînement supplémentaire. Son emploi du temps avait été travaillé à la minute près, et Alice ne pouvait se permettre de laisser le retard de son frère et sa curiosité grignoter ses heures de révisions.
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Alice essuya frénétiquement son visage maculé de poussière rouge en toussant pour expulser tout ce qu’elle avait pu respirer. Elle darda un regard agacé sur son frère. Lui même s’employait à nettoyer ses vêtements du bout de sa baguette.
« — Tu as encore triché ! Cela commence à bien faire, Thomas !
— J’ai rusé, Alice. Et la ruse est acceptée en duel.
— La ruse est l’outil des faibles !
— La ruse est l’outil des rusés, ne t’en déplaise. Il va falloir te faire une raison. Tous les adversaires que tu affronteras à la GEAD, si tant est que tu ne changes pas encore d’avis, ne seront pas aussi… frontaux que toi.
— Je ne suis pas frontale : je suis honnête dans mes actions.
— Et c’est bien pour cela que tu te retrouves avec du rouge sur le bout du nez. »
Thomas s’avança, étirant un sourire en observant le dédain qui se peignait sur le visage d’Alice à mesure. D’un coup de baguette, il la nettoya des pieds à la tête.
« J’aimerais te dire que tout au long de ta vie tu rencontreras des sorciers et sorcières comme toi. Intègres, vertueux, droits… »
Il se pencha un peu sur Alice qui ne cessait de le fixer avec agacement, son sourire s’élargissant alors.
« Mais à la guerre comme à la guerre, petite vipère. Le monde est cruel et impitoyable, et mange tout cru les petits êtres de perfection comme toi. Il finit par les recracher, transformés, métamorphosés… et parfois même brisés. Alors écoute ton grand frère, porteur de vérité : sois vilaine, avant que d’autres te forcent à le devenir malgré toi. »
Thomas se redressa, non sans rompre le contact visuel. « La ruse, Alice, est l’arme la plus puissante que tu puisses détenir. L’honnêteté, c’est bien joli… mais c’est une qualité désuète. »
Il s’éloigna enfin en retirant sa ceinture, laissant Alice derrière lui, dubitative. Parlait-il encore de duel…?
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
Assise à son bureau depuis de longues heures, Alice s’employait à réviser ses leçons d’Histoire de l’Art. Ses manuels étaient ouverts devant elle. Elle connaissait l’histoire de chaque œuvre, ainsi que celle des différents artistes. Une bagatelle, puisqu’il s’agissait d’une passion qu’elle travaillait depuis plusieurs années. Alice avait ses préférences, naturellement, mais ne négligeait pas les moins appréciés pour autant. N’étant pas la préférée de Tyché, Alice savait que le jour de son examen, elle tomberait sur une œuvre pour laquelle son intérêt était moindre. Aussi s’était-elle donné pour mission de toutes les connaître sur le bout des ongles.
Hélas, ses céphalées quotidiennes rendaient sa tâche ardue, et cela même si l’enchantement qu’on lui avait apposé pour cacher sa cicatrice était désactivéedepuis son retour dans sa chambre.
Alice massait ses tempes en continuant à lire le paragraphe dédié à la Vénus d’Urbino. Et elle aurait continuer jusqu’à pouvoir le réciter les yeux fermés si personne n’avait décidé de venir frapper à sa porte.
« Entrez. »
L’instant suivant, la porte s’ouvrît. Père pénétra dans la chambre, son regard doux porté sur sa fille.
Alice se leva aussitôt, s’approchant de son père pour l’accueillir dans une délicate étreinte. Les bras puissants de Père s’enroulèrent autour du buste d’Alice pour la serrer contre lui. Il inspira longuement l’odeur des cheveux tressés de son enfant. Alice n’aurait su dire pourquoi mais à ce moment précis, Père avait agit comme si il s’apprêtait à lui annoncer une terrible nouvelle. La force calculée avec laquelle il la tenait contre lui, son besoin de s’imprégner de son odeur… quelque chose n’allait pas, Alice le sentait.
Aussi se libéra t-elle avec douceur, et leva le visage pour observer son père.
Il ne prononça pas un mot. Son regard, doux lorsqu’il était arrivé, se teinta d’un sentiment nouveau alors qu’il contemplait la cicatrice exposée de sa fille. Du bout des doigts, il vint la caresser. Alice frissonna, mais resta digne. Elle n’aimait pas que l’on y touche, elle mais à plus qu’elle n’aimait qu’on la regarde. Pas par honte, Alice était bien loin de cela désormais, mais par orgueil. Cette cicatrice représentait une époque révolue, celle d’une enfant désarmée qui s’était pourtant dressée face à la barbarie. Aujourd’hui, Alice n’était plus cette fillette. Elle était une femme qui, la tête haute, mordrait avant qu’on ne la mordre.
Père caressa finalement la joue de sa fille du revers de sa main.
« Pas un jour ne passe sans que tu ne fasses ma fierté », murmura t-il dans un sourire. « Regarde toi. Intelligente, belle, forte, courageuse, digne… tu incarnes à toi seule ce que devrait être chaque membre de notre glorieuse famille. »
Alice sourit, flattée par les mots de son père. Peut-être n’avait-il aucune mauvaise nouvelle à lui annoncer, finalement.
« Alors peut-être devrions-nous songer à changer l’emblème de notre famille », répondit-elle, taquine.
Père lâcha un rire rauque, et se précipita pour embrasser le crâne de son enfant. « Comment ai-je pu omettre ton humour aiguisé comme les crocs d’un dragon ? »
Alice souriait, et ce malgré les vilains marteaux qui frappaient ses tempes. Père chassait chaque douleur, chaque tourment avec une aisance ébaubissante.
Le regard de Père balaya un instant la chambre d’Alice. Il afficha un sourire empli de fierté en voyant le bureau et ses nombreux ouvrages.
« Les examens approchent », dit-il. « J’imagine que tu avais prévu de t’y préparer ces deux semaines.
— En effet. Quatre heures par jour, deux heures de plus pour les entraînements au duel et à la stratégie avec Thomas.
— Voilà un emploi du temps bien chargé.
— L’excellence requiert un investissement personnel.
— De sages paroles. »
Avec délicatesse, Père se saisi de la main d’Alice pour y déposer un baiser. « Prépare tes affaires, et prends des vêtements chauds. La Sibérie n’est pas tendre avec les peaux délicates. »
Ces mots dit, Père se recula. Son sourire s’était éteint pour arborer une mine solennelle.
Alice, quant à elle, ne parvint pas à cacher sa surprise et son incompréhension. « Que dites-vous ? » murmura t-elle en arquant un sourcil.
Père poussa un soupir, résigné. « Tu as raison : il est temps que je fasse confiance à Thomas. Ce voyage me prouvera si j’ai eu tort, ou non. »
Le visage d’Alice s’illumina. Elle ploya aussitôt genou face à son père et attrapa sa grande main entre les siennes. Elle déposa un baiser sur sa chevalière de chef de famille, avant de laisser reposer son front contre ses doigts. « Merci, Père. Je veillerai à ce que la confiance que vous placez en Thomas soit honorée. »
La main libre de Père vint se poser sur la tête blanche de sa fille pour lui caresser avec douceur. « Je sais, mon tendre trésor. Je sais. Si il y a bien quelqu’un au sein de cette famille qui soit capable de veiller sur Thomas… c’est bien toi. »
Hélas, ses céphalées quotidiennes rendaient sa tâche ardue, et cela même si l’enchantement qu’on lui avait apposé pour cacher sa cicatrice était désactivéedepuis son retour dans sa chambre.
Alice massait ses tempes en continuant à lire le paragraphe dédié à la Vénus d’Urbino. Et elle aurait continuer jusqu’à pouvoir le réciter les yeux fermés si personne n’avait décidé de venir frapper à sa porte.
« Entrez. »
L’instant suivant, la porte s’ouvrît. Père pénétra dans la chambre, son regard doux porté sur sa fille.
Alice se leva aussitôt, s’approchant de son père pour l’accueillir dans une délicate étreinte. Les bras puissants de Père s’enroulèrent autour du buste d’Alice pour la serrer contre lui. Il inspira longuement l’odeur des cheveux tressés de son enfant. Alice n’aurait su dire pourquoi mais à ce moment précis, Père avait agit comme si il s’apprêtait à lui annoncer une terrible nouvelle. La force calculée avec laquelle il la tenait contre lui, son besoin de s’imprégner de son odeur… quelque chose n’allait pas, Alice le sentait.
Aussi se libéra t-elle avec douceur, et leva le visage pour observer son père.
Il ne prononça pas un mot. Son regard, doux lorsqu’il était arrivé, se teinta d’un sentiment nouveau alors qu’il contemplait la cicatrice exposée de sa fille. Du bout des doigts, il vint la caresser. Alice frissonna, mais resta digne. Elle n’aimait pas que l’on y touche, elle mais à plus qu’elle n’aimait qu’on la regarde. Pas par honte, Alice était bien loin de cela désormais, mais par orgueil. Cette cicatrice représentait une époque révolue, celle d’une enfant désarmée qui s’était pourtant dressée face à la barbarie. Aujourd’hui, Alice n’était plus cette fillette. Elle était une femme qui, la tête haute, mordrait avant qu’on ne la mordre.
Père caressa finalement la joue de sa fille du revers de sa main.
« Pas un jour ne passe sans que tu ne fasses ma fierté », murmura t-il dans un sourire. « Regarde toi. Intelligente, belle, forte, courageuse, digne… tu incarnes à toi seule ce que devrait être chaque membre de notre glorieuse famille. »
Alice sourit, flattée par les mots de son père. Peut-être n’avait-il aucune mauvaise nouvelle à lui annoncer, finalement.
« Alors peut-être devrions-nous songer à changer l’emblème de notre famille », répondit-elle, taquine.
Père lâcha un rire rauque, et se précipita pour embrasser le crâne de son enfant. « Comment ai-je pu omettre ton humour aiguisé comme les crocs d’un dragon ? »
Alice souriait, et ce malgré les vilains marteaux qui frappaient ses tempes. Père chassait chaque douleur, chaque tourment avec une aisance ébaubissante.
Le regard de Père balaya un instant la chambre d’Alice. Il afficha un sourire empli de fierté en voyant le bureau et ses nombreux ouvrages.
« Les examens approchent », dit-il. « J’imagine que tu avais prévu de t’y préparer ces deux semaines.
— En effet. Quatre heures par jour, deux heures de plus pour les entraînements au duel et à la stratégie avec Thomas.
— Voilà un emploi du temps bien chargé.
— L’excellence requiert un investissement personnel.
— De sages paroles. »
Avec délicatesse, Père se saisi de la main d’Alice pour y déposer un baiser. « Prépare tes affaires, et prends des vêtements chauds. La Sibérie n’est pas tendre avec les peaux délicates. »
Ces mots dit, Père se recula. Son sourire s’était éteint pour arborer une mine solennelle.
Alice, quant à elle, ne parvint pas à cacher sa surprise et son incompréhension. « Que dites-vous ? » murmura t-elle en arquant un sourcil.
Père poussa un soupir, résigné. « Tu as raison : il est temps que je fasse confiance à Thomas. Ce voyage me prouvera si j’ai eu tort, ou non. »
Le visage d’Alice s’illumina. Elle ploya aussitôt genou face à son père et attrapa sa grande main entre les siennes. Elle déposa un baiser sur sa chevalière de chef de famille, avant de laisser reposer son front contre ses doigts. « Merci, Père. Je veillerai à ce que la confiance que vous placez en Thomas soit honorée. »
La main libre de Père vint se poser sur la tête blanche de sa fille pour lui caresser avec douceur. « Je sais, mon tendre trésor. Je sais. Si il y a bien quelqu’un au sein de cette famille qui soit capable de veiller sur Thomas… c’est bien toi. »
Avatar dessiné par ma merveilleuse Élicia Caldin
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
L'Ours et le Faon
Ses doigts cramponnés à ses rênes, Alice gardait son regard fixé sur l’horizon. Elle entendait à peine les battements d’ailes de Cornevin, le vent sifflant à ses oreilles. Il fallait rester concentrée sur l’horizon, teinté de bleu et de rose, et ne jamais regarder en bas. Jamais.
Alice n’était toujours pas à l’aise dans les airs, et elle ne le serait jamais. C’était une fatalité qu’il fallait accepter. Hélas, en tant que Sangblanc et troisième héritière, elle devait voler avec les oiseaux, elle devait chevaucher un hippogriffe comme ses ancêtres.
C’était son héritage.
Cornevin faisait montre d’un peu plus de rigidité, Alice le sentait dans les rênes. Il avait besoin de repos, et elle aussi.
Alice coinça ses rênes dans une main et leva l’autre pour faire signe à Thomas, sur son balai à ses côtés. De son doigt tendu, elle désigna le sol. Thomas comprit la volonté d’Alice. Aussitôt, il descendit en piqué, fendant la mer de nuage avec une aisance déconcertante. Alice continuait à voler, attendant que son frère revienne pour s’assurer que la zone qu’ils survolaient était dégagée pour atterrir, loin de toute civilisation. De sa main libre, Alice flatta l’encolure de Corvenin. Elle se pencha un peu en avant pour qu’il puisse l’entendre malgré le vent.
« Tu pourras bientôt te reposer, Corvenin ! »
L’hippogriffe n’émit aucun son, et n’amorça aucun geste. Il était concentré sur son vol.
Enfin, la silhouette de Thomas s’éleva à côté d’Alice. D’un geste ample, il l’invita à descendre, avant de lui même piquer faire le sol dans un grand sourire. Alice déglutit, et l’imita plus en douceur, son menton se redressant à mesure que les nuages s’écartaient. Elle faisait confiance à Corvenin pour gérer la descente. C’était ce qu’elle avait apprit à faire, au fil de ses atroces promenades. L’hippogriffe savait comment voler, et n’avait pas besoin qu’Alice garde les yeux ouverts pour l’aider. Tante Élise n’était pas d’accord. Elle disait qu’Alice n’apprendrait jamais a vraiment voler tant qu’elle n’accompagnait pas Corvenin. Mais au diable Tante Élise : Alice n’aspirait pas devenir coureuse sur hippogriffe et ne comptait voler qu’en de très rares occasions.
Après d’interminables secondes à sentir le vent fouetter son visage masqué, Alice ouvrit les yeux. Le sol se rapprochait. Ses grandes ailes étendues, Corvenin atterrit lourdement dans l’herbe tendre d’un grand pré. Il continua à galoper encore quelques mètres, avant d’obliquer sur le côté. Il se mit à trotter, battit des ailes puis les ramena contre lui. Alice le fit s’arrêter, enfin.
Elle jeta un regard à Thomas, déjà occupé à sécuriser la zone a l’aide d’un Salveo Maleficia. Lorsque enfin, il abaissa sa baguette, Alice consenti à descendre du dos de Corvenin, désireuse de rapidement soulager ses muscles endoloris. L’hippogriffe se laissa choir au sol sans prêter gare à ses pattes griffues qui manquèrent de faucher le pied d’Alice. Elle jeta un coup d’œil mauvais à Corvenin. Son comportement lui ferait presque oublier ses douleurs.
Thomas abaissa sa capuche de cuir et retira ses lunettes de vol. Il s’étendît de tout son long en poussant un profond soupir de relâchement. « Je ne sens plus mes fesses », lâcha t-il, avant de se laisser retomber dans l’herbe tendre. Au sol, il s’étendît encore, ne prêtant aucune importance aux brins d’herbe qui pourraient venir se nicher dans ses boucles blanches.
De son côté, Alice s’installa dans l’herbe avec plus de retenue, et cela n’avait rien à voir avec un besoin de décence devant son frère : elle avait mal.
Elle déplia lentement ses jambes, et massa sa cuisse entre ses doigts gantées. Thomas se redressa un peu pour la regarder faire.
« Tu peux remercier le dragon qui fut abattu pour te confectionner cette combinaison », dit-il . « La prochaine fois que tu rouspèteras contre le couturier et son utilisation du cuir… rappelle toi que Cornevin aurait pu t’arracher un morceau de viande si il avait opté pour de un tout autre textile. »
Alice roula des yeux. Apres d’être moqué une première fois lorsque Corvenin avait profité d’un moment d’inattention pour lui envoyer un coup de bec, voilà qu’il se moquait à nouveau de ses douleurs. Ne faisait-il jamais de pause ?
Enfin, Alice retira capuche et lunettes pour masser son visage. Quand bien même sa tenue de vol était confortable, il était naturel de se sentir compresser dans tout ce cuir après plusieurs heures de vol.
Alice observa autour d’elle. C’était un pré, et il s’étendait à perte de vue. Au loin paissaient des vaches. Plus loin encore, des petits points à l’horizon, sans nul doutes des habitations. Alice ne s’inquiétait pas : si Thomas avait décidé d’atterrir ici, cela signifiait que les Sans-Pouvoir n’étaient pas en mesure de les voir arriver.
« — Où sommes-nous ? demanda Alice.
— Si mes estimations sont exactes, nous sommes dans le nord de l’Allemagne. Encore une heure de vol, et nous devrions arriver sur l’île de Møn… si le temps est clément. »
L’Allemagne. La terre qui avait vu naître et grandir oncle Magnus, oncle Uwe, oncle Hans et, bien sûr, Mère. Du bout de ses doigts, Alice caressait l’herbe dans un sourire. Qu’avait-dit oncle Magnus au sujet de ses terres, déjà ? Il en avait parlé avec dévotion, avec une poésie qui avait fait battre le cœur de cette enfant qu’elle était autrefois. Il disait… qu’en ces terres chantaient la magie primitive. Voilà, quelque chose de ce genre.
Mais autour d’elle, Alice ne sentait aucun crépitement de magie. La prairie avait été battue par les sabots des vaches, clôturée par les Sans-Pouvoir comme si le sol leur appartenait. La terre sur laquelle Alice était assise avait vu tant et tant de chose que si elle pouvait parler, elle révélerait des secrets d’histoire. Et la voilà condamnée à se faire piétiner par des bovins. Quelle triste chose.
Au loin, le Soleil déclinait, peignant le ciel de lueurs orangées, roses et bleues. Un spectacle splendide qu’Alice admirait sans un mot. Le vent soufflait dans les brins d’herbe, caressant les mèches qu’elle n’avait pas réussi à emprisonner dans sa natte. Alice se sentait bien, et elle savait qu’il fallait en profiter. Bientôt, ils atteindront le Danemark, puis la Russie. Et là bas… chaque seconde aura un goût bien différent.
Corvenin s’était couché sur ses pattes, et observait les vaches au loin. Thomas ouvrit son sac, et en sorti le cadavre d’un lapin qu’il jeta à l’hippogriffe. Corvenin ouvrit grand le bec et, ses deux pattes pressés de chaque côté du pauvre petit animal, s’empressa de le déchiqueté. Alice détourna les yeux, écœurée par les manières de son hippogriffe. C’était un cochon.
« Pour un premier vol aussi long, Corvenin s’est débrouillé comme un chef » constata Thomas dans un sourire. « Crois-tu que la nichée qu’il nous donnera sera aussi endurante ?
— Sans nul doute. Son patrimoine génétique est excellent. Il suffit de voir Grand-Griffe. Chaque portée qu’elle a donné ont fait de bons hippogriffes. Celui qui te sera désigné sera à la hauteur du père et de la grand-mère.
— Je ne pensais pas être aussi impatient de recevoir un hippogriffe. Je suis à deux doigts de regretter d’avoir délaissé celui que j’ai reçu à ma Veillée. »
Thomas souriait comme un enfant en observant Cornevin déchirer son lapin. D’ici trois mois devrait éclore son hippogriffe. Femelle, mâle, qu’importe. Si il héritait de l’infâme caractère de Corvenin, Thomas regretterait bien vite son balai.
Après de longues minutes d’attentes silencieuses nécessaires au repos des muscles, Thomas se releva. Il rabattit sa capuche sur sa tête, enfila ses lunettes et offrit un grand sourire à Alice.
« Allons. Ne faisons pas attendre ce cher Søren. »
Alice n’était toujours pas à l’aise dans les airs, et elle ne le serait jamais. C’était une fatalité qu’il fallait accepter. Hélas, en tant que Sangblanc et troisième héritière, elle devait voler avec les oiseaux, elle devait chevaucher un hippogriffe comme ses ancêtres.
C’était son héritage.
Cornevin faisait montre d’un peu plus de rigidité, Alice le sentait dans les rênes. Il avait besoin de repos, et elle aussi.
Alice coinça ses rênes dans une main et leva l’autre pour faire signe à Thomas, sur son balai à ses côtés. De son doigt tendu, elle désigna le sol. Thomas comprit la volonté d’Alice. Aussitôt, il descendit en piqué, fendant la mer de nuage avec une aisance déconcertante. Alice continuait à voler, attendant que son frère revienne pour s’assurer que la zone qu’ils survolaient était dégagée pour atterrir, loin de toute civilisation. De sa main libre, Alice flatta l’encolure de Corvenin. Elle se pencha un peu en avant pour qu’il puisse l’entendre malgré le vent.
« Tu pourras bientôt te reposer, Corvenin ! »
L’hippogriffe n’émit aucun son, et n’amorça aucun geste. Il était concentré sur son vol.
Enfin, la silhouette de Thomas s’éleva à côté d’Alice. D’un geste ample, il l’invita à descendre, avant de lui même piquer faire le sol dans un grand sourire. Alice déglutit, et l’imita plus en douceur, son menton se redressant à mesure que les nuages s’écartaient. Elle faisait confiance à Corvenin pour gérer la descente. C’était ce qu’elle avait apprit à faire, au fil de ses atroces promenades. L’hippogriffe savait comment voler, et n’avait pas besoin qu’Alice garde les yeux ouverts pour l’aider. Tante Élise n’était pas d’accord. Elle disait qu’Alice n’apprendrait jamais a vraiment voler tant qu’elle n’accompagnait pas Corvenin. Mais au diable Tante Élise : Alice n’aspirait pas devenir coureuse sur hippogriffe et ne comptait voler qu’en de très rares occasions.
Après d’interminables secondes à sentir le vent fouetter son visage masqué, Alice ouvrit les yeux. Le sol se rapprochait. Ses grandes ailes étendues, Corvenin atterrit lourdement dans l’herbe tendre d’un grand pré. Il continua à galoper encore quelques mètres, avant d’obliquer sur le côté. Il se mit à trotter, battit des ailes puis les ramena contre lui. Alice le fit s’arrêter, enfin.
Elle jeta un regard à Thomas, déjà occupé à sécuriser la zone a l’aide d’un Salveo Maleficia. Lorsque enfin, il abaissa sa baguette, Alice consenti à descendre du dos de Corvenin, désireuse de rapidement soulager ses muscles endoloris. L’hippogriffe se laissa choir au sol sans prêter gare à ses pattes griffues qui manquèrent de faucher le pied d’Alice. Elle jeta un coup d’œil mauvais à Corvenin. Son comportement lui ferait presque oublier ses douleurs.
Thomas abaissa sa capuche de cuir et retira ses lunettes de vol. Il s’étendît de tout son long en poussant un profond soupir de relâchement. « Je ne sens plus mes fesses », lâcha t-il, avant de se laisser retomber dans l’herbe tendre. Au sol, il s’étendît encore, ne prêtant aucune importance aux brins d’herbe qui pourraient venir se nicher dans ses boucles blanches.
De son côté, Alice s’installa dans l’herbe avec plus de retenue, et cela n’avait rien à voir avec un besoin de décence devant son frère : elle avait mal.
Elle déplia lentement ses jambes, et massa sa cuisse entre ses doigts gantées. Thomas se redressa un peu pour la regarder faire.
« Tu peux remercier le dragon qui fut abattu pour te confectionner cette combinaison », dit-il . « La prochaine fois que tu rouspèteras contre le couturier et son utilisation du cuir… rappelle toi que Cornevin aurait pu t’arracher un morceau de viande si il avait opté pour de un tout autre textile. »
Alice roula des yeux. Apres d’être moqué une première fois lorsque Corvenin avait profité d’un moment d’inattention pour lui envoyer un coup de bec, voilà qu’il se moquait à nouveau de ses douleurs. Ne faisait-il jamais de pause ?
Enfin, Alice retira capuche et lunettes pour masser son visage. Quand bien même sa tenue de vol était confortable, il était naturel de se sentir compresser dans tout ce cuir après plusieurs heures de vol.
Alice observa autour d’elle. C’était un pré, et il s’étendait à perte de vue. Au loin paissaient des vaches. Plus loin encore, des petits points à l’horizon, sans nul doutes des habitations. Alice ne s’inquiétait pas : si Thomas avait décidé d’atterrir ici, cela signifiait que les Sans-Pouvoir n’étaient pas en mesure de les voir arriver.
« — Où sommes-nous ? demanda Alice.
— Si mes estimations sont exactes, nous sommes dans le nord de l’Allemagne. Encore une heure de vol, et nous devrions arriver sur l’île de Møn… si le temps est clément. »
L’Allemagne. La terre qui avait vu naître et grandir oncle Magnus, oncle Uwe, oncle Hans et, bien sûr, Mère. Du bout de ses doigts, Alice caressait l’herbe dans un sourire. Qu’avait-dit oncle Magnus au sujet de ses terres, déjà ? Il en avait parlé avec dévotion, avec une poésie qui avait fait battre le cœur de cette enfant qu’elle était autrefois. Il disait… qu’en ces terres chantaient la magie primitive. Voilà, quelque chose de ce genre.
Mais autour d’elle, Alice ne sentait aucun crépitement de magie. La prairie avait été battue par les sabots des vaches, clôturée par les Sans-Pouvoir comme si le sol leur appartenait. La terre sur laquelle Alice était assise avait vu tant et tant de chose que si elle pouvait parler, elle révélerait des secrets d’histoire. Et la voilà condamnée à se faire piétiner par des bovins. Quelle triste chose.
Au loin, le Soleil déclinait, peignant le ciel de lueurs orangées, roses et bleues. Un spectacle splendide qu’Alice admirait sans un mot. Le vent soufflait dans les brins d’herbe, caressant les mèches qu’elle n’avait pas réussi à emprisonner dans sa natte. Alice se sentait bien, et elle savait qu’il fallait en profiter. Bientôt, ils atteindront le Danemark, puis la Russie. Et là bas… chaque seconde aura un goût bien différent.
Corvenin s’était couché sur ses pattes, et observait les vaches au loin. Thomas ouvrit son sac, et en sorti le cadavre d’un lapin qu’il jeta à l’hippogriffe. Corvenin ouvrit grand le bec et, ses deux pattes pressés de chaque côté du pauvre petit animal, s’empressa de le déchiqueté. Alice détourna les yeux, écœurée par les manières de son hippogriffe. C’était un cochon.
« Pour un premier vol aussi long, Corvenin s’est débrouillé comme un chef » constata Thomas dans un sourire. « Crois-tu que la nichée qu’il nous donnera sera aussi endurante ?
— Sans nul doute. Son patrimoine génétique est excellent. Il suffit de voir Grand-Griffe. Chaque portée qu’elle a donné ont fait de bons hippogriffes. Celui qui te sera désigné sera à la hauteur du père et de la grand-mère.
— Je ne pensais pas être aussi impatient de recevoir un hippogriffe. Je suis à deux doigts de regretter d’avoir délaissé celui que j’ai reçu à ma Veillée. »
Thomas souriait comme un enfant en observant Cornevin déchirer son lapin. D’ici trois mois devrait éclore son hippogriffe. Femelle, mâle, qu’importe. Si il héritait de l’infâme caractère de Corvenin, Thomas regretterait bien vite son balai.
Après de longues minutes d’attentes silencieuses nécessaires au repos des muscles, Thomas se releva. Il rabattit sa capuche sur sa tête, enfila ses lunettes et offrit un grand sourire à Alice.
« Allons. Ne faisons pas attendre ce cher Søren. »
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Spécialiste en Lutin de cuir | Diplômée de Beauxbâtons | 1ère année GEAD | Caméléon de 2050 & Romantique de 2050
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