17 juin 2024, 22:54
Solo RP++ Le marchand de pommes et les colliers de perles
    L'été n'avait pas été très bon cette année, et le verger de John n'avait pas eu le rendement escompté par le paysan. La maigre récolte remplissait tout juste la charrette qu'il s'apprêtait à conduire jusqu'à la place du marché de Londres. Il aurait bien voulu pouvoir faire un second voyage. En voyant la pauvre cargaison, John imaginait déjà les mois d'hiver rudes arriver. Il espérait malgré tout pouvoir acheter un chapon pour Noël et offrir à ses filles un repas correct.
    Son fidèle cheval de trait était attelé. Il s'agissait d'un beau Shire à la robe brune et blanche et aux sabots épais. Bien qu'un peu âgé, John le savait capable de tirer les très-exactement 372 kilogrammes de pommes. Quand ils furent prêts, John ordonna le départ et l’équidé se mit en marche, laissant résonner ses fers jusqu'à la lisière de la forêt.

    John traversa les bois au nord de Londres et descendit la vallée jusqu'à apercevoir la Tamise au loin. Il ne mit guère longtemps à arriver jusqu'aux murs qui protégeaient la petite capitale, dont les fanions et les drapeaux teintaient les couleurs du Marteau des Écossais, le roi Edouard Ier.

    Quand John arriva sur la place du marché, les londoniens coururent vers lui. Les récoltes n'avaient pas été bonnes du tout dans tout le pays. Ainsi, 23 acheteurs vinrent dans le but de s'arracher les pommes du pauvre John qui tentait de les retenir.
    Devant toute cette agitation, le monarque décréta que les 372 kilogrammes de pommes devaient être équitablement répartis entre les personnes présentes. Mais John n'était pas très bon en calcul. Il prit un bâton, et décida de poser l'opération dans la terre, sous les yeux des quémandeurs de pommes...


*


    Mai 2049
    Examen des SATs


    « John a un verger. Cet été, il a récolté 372kg de pommes. Il décide d'aller les vendre au marché.
    Au marché, 23 personnes se montrent intéressées et John décide de partager sa récolte équitablement.
    En posant l'opération, déterminer la quantité de pommes en kilogrammes qu'aura chacun des acheteurs. Quelle quantité de pommes restera-t-il pour John ?
 »

    Je n'ai jamais été très douée pour les mathématiques. Enfin, je ne suis pas nulle, mais je n'y porte pas un grand intérêt. Plus tard, je veux être présentatrice d'émissions culinaires... À quoi va me servir de savoir de savoir poser une opération ?
    Quand je pose la question à mon père, il me répond que c'est important pour savoir départager les quantités des ingrédients. Pour passer d'une recette de 4 personnes à 32 personnes, il faut multiplier par 8 toutes les mesures. Ce à quoi je réponds généralement que je m'achèterai une calculatrice pour faire le travail à ma place. Cette réponse ne plaît pas beaucoup au chef Papa, mais il n'y a jamais trouvé de parade. Donc je continue de penser que cela ne me servira jamais.
    Pour autant, je ne souhaite pas échouer mon test. La seule vraie raison qui m'a poussée à tout de même apprendre les mathématiques est que je ne veux pas finir étripée avec les torchons des Vapeurs de Hangzhou. Mes parents attendent beaucoup de ces examens. Même s'il est théoriquement impossible de les échouer, le binôme parental en charge de mon éducation m'a cordialement invitée à l'obligation d'obtenir un A* dans toutes les épreuves. Un A*, soit plus de 80/100... Mes parents ont définitivement perdu toute raison. Comme quoi, humer les vapeurs du restaurant toute la journée a tout de même quelques repercussions.

    Je commence donc à poser l'opération. Déjà, j'ai compris que c'était une division. C'est un bon début.
    372 divisé par 23. 37 par 23, ça fait 1, et il reste 14. Je descends le 14. 142 divisé par 23, ça fait... beaucoup !
    Je ne sais pas faire ça de tête ! J'écris alors la table de 23. 23, 46, 69, 92, 115, 138, 161.
    Ça fait donc 6, et il reste 4.
    J'écris donc la réponse.

    « John donne 16 kilos à chaque personne. Il pourra garder 4 kilo pour lui. »
    4 kilos de pommes, ça en fait des tartes...
    Je tourne la feuille et constate avec effroi que ce n'est que le début de l'épreuve...

*


    Grâce à son opération, John savait maintenant combien de pommes il pouvait donner à chaque personne. 16 kilogrammes tout rond. On fit venir une balance et le marchand de pommes forma les lots à distribuer. Quand la dernière personne partit avec ses provisions, comme il l'avait prédit, il lui restait environ 4 kilogrammes. Content de sa journée, il reprit le chemin en direction de son verger, réfléchissant à ce qu'il pourrait bien faire de ces 4 kilo en trop pour faire plaisir à ses filles.

    4 kilos de pommes, ça en fera des tartes !
Dernière modification par Lina Zhao le 21 juin 2024, 20:43, modifié 1 fois.

2è année RP

19 juin 2024, 22:26
Solo RP++ Le marchand de pommes et les colliers de perles
    Leo était arrivé en retard pour l'activité. La maîtresse avait déjà distribué toutes les perles à ses camarades et il n'en restait plus aucune. Et c'était bien de sa faute. Comme tous les matins, il était resté scotché devant la CBBC, la chaîne de télévision pour les enfants. Sa mère lui avait bien dit de se dépêcher un peu, mais elle avait, elle, aussi beaucoup à faire. C'est que Leo venait d'une famille nombreuse et ses cinq frères et soeurs prenaient beaucoup de temps à ses parents. Surtout le matin. Alors, sa mère qui avait déjà plusieurs marmots à gérer n'avait pas réussi à faire quitter les yeux de Leo la fameuse boîte magique, malgré les quelques râles exprimés. « Oui, je me dépêche ! » avait-il dit à plusieurs reprises, mais son immobilisme n'avait guère mu. Énervée par la situation, et une fois le reste de la fratrie prête, la mère de Leo s'était empressée de tirer le jeune homme par le colback pour qu'il finisse de se préparer. « Tu ne seras plus autorisé à regarder la télé le matin ! » criait-elle. Mais Leo savait qu'elle céderait dès le lendemain. C'est ce que ses grands-parents appelaient « le manque d'autorité ».
Leo arrivait donc à l'école avec une petite demi-heure de retard. L'institutrice avait laissé vide sa case sur la feuille de présence : Leo était un retardataire habituel, elle savait qu'il ne fallait pas le noter absent tout de suite. Elle ne put s'empêcher de lui faire une énième remarque qu'elle savait improductive et l'enfant alla s'asseoir.

    Le but de l'activité était simple. Former des colliers avec cinq perles. Sur chacune d'entre elles était gravée une lettre, et les enfants avaient pour consigne de former un mot avec. Leo, lui, n'avait plus aucune perle disponible. Il alla s'installer avec ses quatre amis : Paul, Margaret, Ilona et Philip. Il examina leur collier.
    Paul avait écrit le mot PINCH. Margaret, le mot CHAIR. Ilona, le mot MAINT. Et Philip, le mot KNOWN.
    Leo aurait bien voulu participer et avoir lui aussi un collier de perles. Alors, il s'entretint avec ses camarades. Ces derniers auraient pu refuser de l'aider, sanctionnant ainsi son retard. Mais ils étaient gentils, et appréciaient tout de même Leo malgré sa nonchalance. Ainsi, ils acceptèrent tous les quatre de lui donnait chacun une lettre de leur mot de sorte à ce que leurs colliers continuent d'en former un et que celui de Leo en crée un nouveau. Mais ce n'était pas une mince affaire.


*


Juin 2049
Examen des 11+


    « Paul, Margaret, Ilona et Philip s'amusent à faire des colliers de perles avec des lettres. Paul a formé le mot pinch, Margaret le mot chair, Ilona le mot maint et Philip le mot known. Leo les rejoints, mais il n'y a plus de perles pour lui. Chacun de ses amis décident de leur passer une lettre.
    Pour chaque mot de Paul, Margaret, Ilona et Philip, trouver quelle lettre doit être donnée à Leo de sorte à ce que leurs colliers forment toujours un mot.


PINCH
____
CHAIR
____
MAINT
____
KNOWN
____

    Quel mot de quatre lettres Leo peut-il former avec celles données ? »

    La réussite des SATs a laissé une courte joie dans notre classe. Ce n'est pas un examen compliqué, à vrai dire il est même impossible de l'échouer. Alors, Madame Richard, notre institutrice, nous a brièvement félicités, et nous avons continué nos révisions pour préparer les 11+.
    Les 11+ ne sont pas un examen obligatoire. Certaines écoles le font passer aux élèves qui postulent dans le but de créer une sélection. C'est le cas du collège dans lequel je me suis inscrite. Mes parents ont choisi un bon établissement pour que je puisse réussir dans les meilleures conditions. Ils m'ont bien prévenue du sérieux dont je devrai faire preuve : l'inscription est chère, et mes parents ne sont pas riches. Je me sens porter une charge conséquente sur les épaules, un tas de briques lourdes ; et mes parents risquent bien d'être derrière mon dos pour que je n'en fasse tomber aucune.
    L'avantage, le seul que je vois, c'est que Suzy est inscrite au même endroit que moi. Elle aussi ressent cette pression, même si ses parents sont un peu plus aisés que les miens. Nous nous soutenons dans cette charge de travail peu évidente pour les enfants de dix ans que nous sommes.

    Aujourd'hui, c'est l'anglais. Ce n'est pas mon point fort. En fait, j'ai l'impression que rien n'est mon point fort. Et pourtant, je m'en sors toujours très bien. Hélas, j'ai longtemps eu du mal avec la langue de Shakespeare. C'est l'inconvénient d'avoir grandi avec deux langues maternelles : je progresse moins vite dans chacune d'elles par rapport aux locuteurs monolingues. Quand j'étais plus petite, je mélangeais souvent les mots, et j'accusais un manque de vocabulaire significatif en anglais. En maternelle, il m'arrivait de parler mandarin avec les autres enfants, ce qui n'est pas toujours simple pour se faire des amis. Mes parents ont toujours été derrière moi pour me faire apprendre l'anglais. J'ai rattrapé mon retard, mais au sacrifice de beaucoup d'efforts que n'ont pas faits mes camarades. Mais l'avantage qu'eux n'ont pas, c'est que je sais m'exprimer dans deux langues différentes à onze ans.

    Je prends mon stylo à bille. Il a bien servi ces dernières semaines. Peut-être que j'arriverai à le terminer avant de le perdre pour la première fois de ma vie !
    Je réfléchis. Certains mots me paraissent simples à retrouver. Mais d'autres sonnent étrangement à mes oreilles. Je finis tout de même par dégager les lettres P, I, T et N avec les mots inch, char, main et know. Maintenant, il ne reste plus qu'à assembler le nouveau mot.
    Pnit ? Tnip ?...
    L'avantage, c'est qu'avec quatre lettres, les combinaisons sont rapides à tester. Soudain, le mot me saute aux yeux.
    PINT !
    Je le note.

    À la sortie de l'épreuve, je retrouve avec précipitation ma meilleure amie. Nous avons l'habitude d'échanger nos réponses pour confirmer nos réussites, ou parfois nos échecs.
    — Je n'ai pas trouvé ça. Me dit Mǎ.
    Ma tête se décompose, j'étais certaine de moi. Elle m'explique sa réponse.
    — J'ai trouvé MINT à partir de MAINT, et j'ai formé le mot PAIN.
    Je reste perplexe. Sa réponse est si logique, mais j'ai du mal à voir mon erreur. Je lui explique ma trouvaille, et elle a la même réaction que moi.
    Bizarre...

    Le lendemain, nous nous empressons d'aller voir Madame Richard avec notre sujet d'examen. Notre institutrice prend notre enquête très au sérieux et l'examine avec attention. Elle finit par nous dire, d'un air rassurant :
    — Il y a deux réponses possibles pour cette question.
    Je regarde Mǎ, elle me regarde, et nous comprenons toutes les deux la fierté qu'a l'autre d'avoir trouvé une réponse correcte.

2è année RP

21 juin 2024, 20:41
Solo RP++ Le marchand de pommes et les colliers de perles
    John, le marchand de pommes, arriva enfin chez lui. Son fidèle shire s'arrêta dans la cours de sa ferme et l'homme descendit de la charrette, prêt à décharger ses cagettes de pommes. Ses filles le rejoignirent et l'aidèrent avec amabilité. John appréciait quand elles se portaient volontaires comme ça. Il trouvait que l'entraide et la coopération étaient des valeurs importantes, surtout dans leur catégorie sociale. Plus tard, elles devraient sûrement s'entraider pour entretenir la ferme ensemble, quand John ne serait plus en capacité de le faire à cause de l'âge. Mais cela était encore bien loin.

    Le soir, John et sa femme avait préparé ensemble une tarte avec les fruits invendus. Ils ne seraient pas perdus : les pommes se mangeaient bien, et elles nourriraient les cochons de la ferme également. Les enfants étaient aux anges, et l'aînée d'entre elles vint s'approcher de son père, lui soufflant à l'oreille qu'elle avait un présent pour lui. John regarda ce que sa fille lui tendait. C'était un cadeau très simple, fait de ses pauvres petites mains. John le prit délicatement, conscient de la fragilité de la confection, et le porta à son cou. C'était un collier en perles d'argile, sur lesquelles avait été gravé le nom du père, John, mot de quatre lettres.


*


    18 juin 2049

    Cela fait maintenant une dizaine de jours que tous les examens sont terminés. Les résultats des SATs sont déjà tombés il y a quelques jours. Comme chaque année, paraît-il, le gouvernement britannique déplore une baisse globale du niveau national, surtout en mathématiques et en anglais. Certains journalistes des journaux télévisés mentionneront les abus d'écrans à l'origine de ces lacunes. Comme depuis 30 ans. Rien ne change vraiment.
    J'ai eu mes résultats aussi, ils sont plutôt bons. J'ai réussi à avoir plus de 80 dans les deux matières principales, alors cela a forcément comblé mes parents. Mon père a juste souligné mon 70 en sciences, ma moins bonne note. Je sais déjà ce qui m'attend pendant les vacances scolaires : une dose de sciences supplémentaire pour « rattraper le niveau ».
    Mais j'ai 70 ! Je l'ai, le niveau !
    J'ai le niveau, certes. Mais je pouvais faire mieux. J'ai eu 86 en mathématiques et 82 en anglais. Si je pouvais le faire dans ces matières, j'aurais pu le faire dans les sciences. J'ai beaucoup travaillé les deux premières matières, et moins cette dernière. Si je l'avais autant travaillée, j'aurais pu dépasser les 80. J'aurais pu, en sacrifiant quelques heures de jeux çà et là, en relisant mes leçons le matin au lieu de regarder la télévision. Au fond, peut-être que les journalistes ont raison : mes jouets et les écrans me rendent bête. Je n'ai eu que 70 en sciences.

    Aujourd'hui, je vais recevoir les réponses de mon futur collège. Les 11+ n'étant pas un examen national, les résultats arrivent au compte-goutte selon les établissements. Dans ma classe, les rares autres élèves ayant dû passer ces épreuves ont déjà eu leurs réponses. Il n'y a que Jérémy qui n'a pas réussi. Il a pleuré. J'étais triste pour lui, et je ne pouvais m'empêcher d'imaginer que cela pourrait être mon cas prochainement. Je sais que j'ai bien réussi. Mais les places étant limitées, bien réussir ne suffit pas toujours. Il faut être meilleur que les autres, meilleur qu'aux SATs. Et ça, je ne sais pas si ça a été le cas. Je ne peux m'empêcher de douter, d'avoir peur d'échouer, de décevoir mes parents qui ont beaucoup misé sur ce collège. D'être refusée là où Suzanne sera acceptée. Car elle le sera, j'en suis sûre. J'ai plus confiance en elle qu'en moi.

    Mon père a jeté un coup d’œil dans la boîte aux lettres. Il en a ressorti une enveloppe. D'un air grave, il me l'a tendue, me donnant comme un flambeau la responsabilité de l'ouvrir. Je suis rarement timide avec mes parents, mais impressionnée par le poids que contient l'enveloppe, je la saisit mollement, presque tremblante. De cette lettre dépend la suite de mes vacances. D'un côté le signe de la liberté, ou de l'autre celui d'un calvaire carcéral dans la cuisine paternelle à griffer dans le coin d'un carnet de vacances les jours qui me restent à survivre jusqu'à la rentrée.
    J'arrache la languette collée et sors le papier. Je le déplie. Je ne comprends pas tout. Il y a beaucoup de lignes. Je parcours le papier de mes yeux, remplis d'une détresse. Mon père se tient toujours devant moi, droit, le regard sévère. Il a les mains dans son dos, mais j'imagine très bien qu'il pût y avoir son torchon prêt à s'abattre sur moi en cas de mauvaise nouvelle. Je vois quelques notes. Mathématiques, 88. Anglais, 76... Seulement 76. Sciences, 67. C'est vrai que l'épreuve était dure. J'ai peur. Mon père s'impatiente. Ma mère, un peu à l'écart, a une oreille attentive également.
    — Alors ?
    Mes yeux descendent encore, vite. Puis ils rencontrent un moyenne sur laquelle je ne m'attarde pas vraiment. Ce sont les caractères à côté qui attirent mon regard. Cinq lettres majuscules, en gras. ADMIS.
    Ça veut dire que j'ai réussi ?
    Je ne comprends pas trop. Je cligne des yeux très vite. Je crois que j'ai réussi. Mais je sais pas vraiment si j'ai le droit de me réjouir : je n'ai eu que 67 en sciences, et je n'ai pas eu 80 non plus en anglais. Je tends timidement le papier à mon père. J'ai réussi. Et pourtant, j'ai toujours peur de les décevoir.
    — Admis. Lit mon père.
    J'entends ma mère souffler son soulagement.
    — Félicitations. Rajoute-t-il enfin. Tu as le doit d'être contente, tu sais ?
    C'est vrai ?
    Et pourtant, ce n'est pas de la joie que j'exprime à ce moment-là. C'est du soulagement. Mes parents sont contents pour moi. J'ai le droit d'être contente. Mes parents ne sont pas déçus.
    Malgré tout ça, je ne peux me réjouir trop vite. Il y a quelque chose que j'ignore et que j'ai besoin de savoir avant de goûter pleinement à la satisfaction d'avoir réussi mon entrée dans le collège choisi par mes parents.
    — Je peux aller chez Suzy ?
    Il faut absolument que je sache maintenant avec qui je serai au collège. Serai-je avec Mǎ ? Ou serai-je seule ?...

Fin du RP
Suite dans « Mǎ meilleure amie »

2è année RP