Le petit Maestro et les Six Sœurcières
![]() |
|
![]() |
| 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫ Si les sorciers devaient nécessairement faire preuve de discrétion, on ne pouvait pas dire que les résidents de la maison sur Trafalgar Square essayaient de se plier à la règle. Les Tripplehorn n'avaient jamais été les voisins les plus appréciés dans leur quartier londonien. Bien heureusement, tout le bruit qui provenait de cette petite maison de ville pouvait trouver justification aux yeux des moldus par le fait qu'il s'agissait d'une grande famille : elle était composée d'un sorcier, d'une sorcière, de leurs six enfants et d'une tripotée de chats, sans compter les oncles et tantes excentriques - un tout autre type d'animal. A longueur de journée, on entendait des pétarades de marmites, le son de jonquilles klaxonnantes, des cris ressemblant à des malédictions, des crépages de chignons en tout genre... Il fallait dire que tous les enfants de cette famille ne pouvaient pas avoir leur propre chambre, menant alors à des cohabitations peu appréciées associées à de sempiternelles disputes dans la sororité de sorcières - seul le fils avait sa propre chambre de par sa qualité d'unique garçon. Bien qu'elle eût été la plus petite - étant un ancien bureau avant d'être transformée - il pouvait ainsi s'isoler dès qu'il sentait le tapage dépasser un certain seuil. De tous les Tripplehorn, le petit Placido était le plus silencieux. Beaucoup de fois, on s'était inquiété sur son état de santé : Est-ce qu'il a perdu sa voix ? Est-ce qu'il parle anglais ? Est-ce qu'il respire ? Ses parents avaient bien essayé de le secouer un peu pour le rendre plus expansif mais le petit garçon se repliait sur lui-même d'autant plus à chaque tentative. Les Tripplehorn avaient fini par abandonner et accepter le tempérament du précieux petit sorcier. Il fallait dire que Placido était le préféré de ses parents : il ne leur posait jamais de problèmes contrairement à leurs filles. |
Pourtant, un jour plus bruyant que les autres - sûrement initié par un vol de chaussettes - le petit garçon avait plié bagages et était parti seul sous l'indifférence générale. Bien qu'il n'était pas allé très loin, sa présence dans les rues pluvieuses des environs avaient eu de quoi interloquer quelques passants, dont un Bobby en patrouille dans la cité. « Tu es perdu ? » l'interrogea-t-il, le visage perplexe. Placido fit "non" de la tête et pointa du doigt sa maison. « J'habite là. » L'agent s'agenouilla devant lui en observant le sac qu'il portait sur son dos. « Pourquoi tu es tout seul, dehors ? – C'est parce que... Ses mains s'entortillaient. Il ne pouvait pas mentir à un officier, même moldu, alors qu'il n'avait rien fait de mal. Mes oreilles sont fatiguées... Alors je cherche un peu de silence. » Ni une ni deux, le policier ne tarda pas à le questionner plus amplement, visiblement très étonné, avant de le persuader de l'accompagner jusqu'à sa maison. Si l'enfant n'était pas ravi, les parents le seraient encore moins. La clochette de la porte d'entrée sonna et les chaussettes cessèrent de valser. Apparemment le silence était revenu d'un seul coup chez les Tripplehorn. Peut-être que les sorciers craignaient qu'il s'agisse d'un voisin mécontent - un énième ? Tripplehorn passa sa tête dans l'entrebâillement et vit d'abord le policier, puis son fils qui tenait la main du policier. « Ah. – Ah ? rabroua le policier préparant un calepin. Vous êtes bien Monsieur Tripplehorn ? » Dans le jeu de lumière des lampadaires, un petit garçon dissimulé dans une grande cape de pluie se faisait encore plus petit derrière l'officier. « Mais quand est-ce que tu es sorti ? Personne n'a entendu... » Les occurrences s'enchaînant, il vint un temps où Placido Tripplehorn dut se trouver un endroit où personne ne viendrait le ramener immédiatement dans sa maison infernale. Il commença par vouloir se rendre à la bibliothèque mais le chemin était tout aussi contraignant et bruyant, l'obligeant notamment à prendre le Magicobus tout seul. Il aurait fini par attraper une aussi grande migraine que s'il était resté dans sa chambre. Rentrer dans les boutiques peu fréquentées l'obligeait à faire la discussion avec les vendeurs. S'asseyant au hasard de son chemin sur des marches en pierre, il observa les jambes de touristes le dépasser, le regard dans le vide. Un parfum envoûtant lui caressa les narines. « C'est sûr, ce n'est pas la plus grande église de Londres... Mais je la trouve impressionnante, très sobre et calme », expliquait une demoiselle. Le petit garçon tourna la tête et se rendit compte qu'il était exactement assis sur les marches de cette église. Il passait régulièrement devant elle sans jamais y être entré. Ni une ni deux, le petit Placido se releva et suivit le couple, ne ralentissant seulement qu'en passant les portes. Il se sentait transporté dans une autre époque. Ce bâtiment avait l'air neuf et âgé en même temps, comme ceux du Chemin de Traverse qui se trouvaient tout près d'ici. Les colonnes immaculées, le vieil orgue à l'étage... L'église anglicane de St Martin-in-the-Fields n'avait pas de vitraux ni de fresques anciennes, elle se présentait aussi sobre que la description de la demoiselle. Avançant à tâtons, il finit par imiter le couple en réalisant un tour complet, ignorant s'ils avaient réellement le droit de se trouver dans une telle merveille d'architecture. Il passa rapidement ses mains dans ses cheveux pour les lisser comme sa cape de pluie : l'élégance appelait à l'élégance. Les yeux du jeune monsieur qui accompagnait la jeune dame se posèrent sur lui, alors que son amie s'évertuait à allumer un cierge. Placido surprit ce regard bienveillant et se sentit complètement transporté dans un autre monde : un monde où l'on ne communiquait plus avec des cris de sauvages mais avec des silences gratifiants. Quelques personnes à l'allure indigente se reposaient vers l'entrée, Placido avait d'abord cru qu'elles se recueillaient. Si un tel endroit existait réellement, alors il serait aussi son endroit. S'asseyant sur l'un des bancs en bois, le garçon ouvrit son sac et sortit un petit grimoire au titre d'actualité : Soyez gentil avec votre esprit. Du coin de l'œil, il pouvait sentir que le couple avait amorcé sa sortie. Seulement, quand il releva la tête de son livre, il aperçut les jeunes gens descendre des escaliers dans un passage dérobé. De nouveau sur le qui-vive, Placido hésita. Avaient-ils le droit ? S'approchant de ce passage visiblement ouvert aux visiteurs, il put lire un panneau en contrebas : boutique et café. Le garçonnet descendit quelques marches, toujours incertain. S'il y avait une boutique, il avait le droit de s'y rendre. Avec plus d'assurance, Placido s'engouffra dans cette crypte aménagée. Passant une tête au pas des escaliers, il comprit qu'il se trouvait déjà directement dans le café, entouré de tables. Elles étaient presque toutes inoccupées, comme s'il avait accédé à un endroit dissimulé au commun des mortels. De nouveau, le jeune homme aux longs cheveux soyeux sembla concentrer son attention sur lui. Si une élégance certaine émanait de ce lieu, lui ne dénotait pas du tout. Quelque chose dans sa toilette lui faisait dire qu'il pouvait très bien s'avérer être un sorcier. « Tu veux quelque chose à boire ou à manger ? » lui proposa-t-il soudain en se baissant un peu à sa hauteur. Placido secoua la tête de gauche à droite, craintif, tandis que la demoiselle au doux parfum floral à ses côtés semblait agacée... tout en souriant. « A chaque fois que tu vois un enfant... lui murmura-t-elle de côté. – Quoi... Je n'aimerais pas que nos enfants déambulent seuls comme tous ces marmots à Londres. » Le garçon s'éclipsa, très allergique aux disputes. Il avait aussi peut-être peur qu'on lui pose trop de questions. Il accéda alors à un hall presque vide qu'il inspecta rapidement : il y avait un ascenseur qui menait sûrement à la rue piétonne... et la boutique de la crypte ! Placido s'avança et observa à travers la vitrine, l'un de ses passe-temps favori. La marchandise était un peu décevante à première vue, commune à toutes les boutiques de Londres, mais puisque cette église allait être sa nouvelle maison, il se devait de la visiter un peu mieux. Il glissa à l'intérieur : la vendeuse était occupée. Ses doigts parcoururent les boites à biscuits, les savons emballés dans du joli papier, les bougies parfumées... Les croix en bois et les chapelets suspendus l'intriguèrent un peu plus, lui qui ne connaissait rien aux religions moldues et leurs pratiques. Finalement, son attention s'arrêta sur des petites suspensions en tissu. On aurait dit des bonhommes avec des ailes. Des fées peut-être ? Est-ce que les moldus savaient que les véritables fées, celles qui étaient vivantes, faisaient de merveilleuses décorations de Noël placées dans un sapin ? Il était encore un peu tôt pour penser aux fêtes de fin d'années, cela dit, mais il était bien possible que sa nouvelle maison soit aussi incroyable que cela, pour vendre des objets festifs avant tout le monde. Placido farfouilla au fond de la poche de sa cape pour sortir de drôles de piécettes : rien qui ne pouvait lui servir dans cette boutique moldue. « Je savais que tu étais un petit sorcier, surgit une voix presque au-dessus de lui. J'ai eu du flair. » L'élégant monsieur pointait le bout de son nez. Placido Tripplehorn l'avait retrouvé lui et sa demoiselle au doux parfum qui feuilletait un livre plus loin, ils transportaient leurs boissons fumantes avec eux. Apparemment, ils avaient tous les deux eu du flair quant à leur identité. « Pour le petit ange, tu auras besoin de quatre livres sterling. » Le petit ange ? Placido observa le bonhomme ailé dans sa main. « Oh, je croyais que c'était une fée... réalisa-t-il en fronçant les sourcils. Reprenant rapidement contenance, il secoua la main comme pour balayer l'idée de l'acheter. Merci monsieur, mais de toute façon je n'ai que des noises... » Sans réfléchir, le grand jeune sorcier cala des petites pièces dans sa main... De vraies pièces moldues. « Fais comme si de rien n'était », lui murmura-t-il avant de s'éloigner, observant sa demoiselle d'un air inquiet comme si elle pouvait lui sauter dessus d'un instant à l'autre. Le petit Placido se mit à sourire. Peut-être était-ce le poids des piécettes dans sa main, peut-être était-ce cet inconnu si gentil sans aucune raison... Peut-être était-ce ce lieu, tout simplement. Il posa son petit ange en tissu sur le comptoir ainsi que toutes les pièces moldues. Visiblement, le sorcier avait très justement calculé la somme pour lui puisque la vendeuse ne lui rendit rien en retour. Timidement, il fit ses adieux, secouant un peu la main vers ce curieux couple qui semblait l'avoir accompagné jusqu'aux confins de ce monde féérique empli de gentillesse et d'élégance. Accroché à son sac, l'ange retrouverait à de multiples reprises sa maison, devenue également celle d'un petit garçon en quête de quiétude. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Le petit Maestro et les Six Sœurcières
![]() |
|
![]() |
| 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫ Célébrant au moins pour tout leur voisinage, le foyer des Tripplehorn remportait la palme de l'exubérance durant la veillée de Noël. Dans l'étroit salon les plafonniers tanguaient, la vieille vaisselle valdinguait, les poêles flambaient, les marmites fristouillaient, les chats bondissaient et les sorciers s'enivraient de vin chaud. Oncles et tantes avaient rapidement perdu l'allure de leur arrivée à la maison et les chansons interprétées avec de moins en moins de précision au fil de la soirée ne ressemblaient plus réellement à des cantiques. Toute la famille s'était rassemblée autour du vieux piano droit, celui qui avait subi un maléfice de Glu Perpétuelle il y a des dizaines d'années et auquel il manquait certaines touches. La maison étroite et haute semblait aujourd'hui avoir été conçue autour de lui : il demeurait le roc qui maintenait en place les fondations du bâtiment, comme une anecdote passée de génération en génération. Six petites sorcières aux cheveux enrubannés continuaient de se crêper le chignon sans trêve, bataillant cette fois-ci pour faire gagner sa voix sur celle des autres. Alors que les décibels augmentaient, quelque chose se passait à l'extérieur... Seul un petit garçon attentif, le front chaud collé contre les carreaux, pouvait en être témoin. |
Placido Tripplehorn déclinait de son regard perçant les différents spectacles qui se déroulaient le long de Craven Street, son cœur sursautant à chaque poussée mélodique que ses sœurs essayaient de produire à l'arrière de la pièce. On aurait pu croire que le garçon observait les flocons de neige tomber sur le perron ou bien guettait l'arrivée du Père Noël ainsi concentré mais il attendait en réalité une chose bien plus plausible : l'arrivée des Moldus chantants. Tous les ans, un groupe de Moldus de tout âge munis de livrets sonnait aux portes des habitations pour interpréter un chant de Noël et, tous les ans, ils ne sonnaient jamais à la porte des Tripplehorn - semblant même contourner leur perron à chaque fois. Si le garçonnet ne pouvait pas leur en vouloir, il regrettait toutefois d'être ainsi discriminé : sa famille n'avait définitivement pas bonne réputation dans le voisinage, surtout lorsque ses trois grandes sœurs revenaient de leur école de magie. Ses espoirs d'entendre cette année les Moldus chantants sonner à leur porte furent rapidement anéantis. Le groupuscule de chanteurs équipés de feuillets de partitions avaient déjà dépassé la maison. Il soupira, se rendant doucement compte que le vacarme avait quelque peu diminué autour du piano. On peut y entendre une toute autre mélodie, celle des six Sœurcières et de leurs messes basses fort peu discrètes. « Où est Placido ? s'inquiéta la première, rassembleuse. — Sûrement parti tout seul dehors, remarqua la seconde, complotiste. — Non, non, il est là-bas, à faire bande à part comme d'habitude... trouva la troisième, observatrice. — Quelle plaie de devoir supporter sa mauvaise humeur, se plaignit la quatrième, râleuse. — Vous avez vu ? Il a évité les oncles et tantes quand ils sont arrivés, mentit la cinquième, rapporteuse. — Papa va devoir sévir cette fois-ci », espéra la dernière, jalouse. La cible de ces médisances feignit l'indifférence, collant de nouveau son front sur la vitre froide. Il était tout à fait injuste de sous-entendre que leur père n'haussait jamais le ton avec lui car celui-ci s'était montré extrêmement fâché lorsque Placido était revenu à la maison accompagné d'un Bobby. Après le départ de l'agent, le garçon avait dû leur promettre qu'il ne sortirait plus seul dans les rues de Londres au risque de perdre sa position d'irréprochable enfant auprès des Tripplehorn. Ce n'était pourtant pas l'envie de déguerpir qui lui manquait... Son antre de quiétude l'appelait de sa cloche de façon quotidienne comme s'il se languissait de lui. Son père et ses rouflaquettes en forme d'accroche-cœur se créa un passage entre les Sœurcières pour se placer en seul prédicateur autour de la petite assemblée. Sa voix forte porta au-dessus des discussions animées : « Mes amis, il est temps de dévoiler ce qui pourrait être la dernière activité de la soirée : la promenade nocturne des Tripplehorn ! » Un certain oncle leva son verre, tanguant sur lui-même sans même avoir réalisé un pas. Placido estimait que la véritable dernière activité de la soirée serait le moment où la maison s'éteindrait dans le silence du sommeil - chose qui était rarement dans les objectifs de sa famille. Le garçonnet s'approcha de son père et tira sur l'un des basques de son queue-de-pie. Du haut de ses neuf ans, il savait déjà ce qui était le mieux pour lui. « Est-ce que je peux vous attendre ici ? » Le sorcier laissa échapper un rire franc et sonore. « Mais enfin, c'est pour toi qu'on a déterré cette tradition ! Comme tu as été très sage ces dernières semaines, ta mère a décidé de te récompenser par une petite déambulation dans le quartier... » Le petit Placido avait l'air incertain. Il passa une mèche de ses cheveux derrière son oreille, très flatté d'avoir été en quelque sorte l'instigateur de cette idée... Mais il n'était pas satisfait de l'intention : toute sa famille était invitée à cette promenade. Il pouvait encore supporter la présence d'un ou deux Tripplehorn en même temps, mais sûrement pas de treize. Le visage rond de sa mère, déjà emmitouflé dans un foulard, apparu soudain derrière lui. La voix enjouée et rieuse, elle le poussa par les épaules : « Enfilez vos capes, vos bottes, vos écharpes et emportez vos lanternes : nous partons en balade ! » Dans la neige, la famille sorcière progressait lentement. Des balades, ils n'en faisaient pas souvent - et celle-ci avait un goût encore plus particulier en cette fin d'année. Parmi les londoniens encore motivés à braver la météo, les silhouettes des Tripplehorn se détachaient avec toute l'exubérance qu'on leur connaissait. Ils prenaient beaucoup de place sur le trottoir, aussi. Les mains dans les poches, les yeux rivés sur les traces de pas de ses sœurs, Placido suivait en silence la procession. « Où est Placido ? s'inquiéta la première, toujours rassembleuse. — Je suis sûre que les cadeaux vont être déposés sous le sapin pendant qu'on est dehors, affirma la seconde, toujours complotiste. — Il est bientôt minuit... remarqua la troisième, toujours observatrice. — J'ai mal aux pieds, j'ai froid et j'ai encore faim, se plaignit la quatrième, toujours râleuse. — Il parait que c'était l'idée de Placido, lui qui préférerait vivre à la rue, mentit la cinquième, toujours rapporteuse. — Avec ce temps glacial, Papa va vite abandonner son idée et on va rentrer », espéra la dernière, toujours jalouse. Le cœur battant, Placido Tripplehorn releva la tête... Si les paroles des Sœurcières ne l'atteignaient pas plus que cela, une crainte latente grandissait toutefois au fond de son cœur : malgré l'obscurité, il reconnaissait très bien la rue dans laquelle ils s'étaient engagés. Sa rue, son antre de tranquillité... St Martin-in-the-Fields était compromise à la vue de tous. Comme s'il assistait à une œuvre théâtrale déjà écrite et sur laquelle on ne pouvait intervenir pour changer le cours des événements, son père s'exclama. « Regardez l'église, comme c'est charmant ! — Vous avez quelle heure sur vos montres ? Presque minuit c'est bien ça ? Il doit y avoir quelque chose dans cette vieille église qui attire tous ces Moldus, allons voir à l'intérieur ! » Les yeux grand ouverts de stupeur, Placido comprenait que s'il n'intervenait pas, toute sa famille souillerait ce lieu à jamais : ils seraient bannis à vie, lui compris. Les adultes avaient entamé l'ascension jusqu'aux portes, quand des petites voix nasillardes retentirent : « Où est-ce que vous allez ? s'inquiéta la première, décidément rassembleuse. — C'est ici que les Moldus font des sacrifices pour leurs divinités, affirma la seconde, décidément complotiste. — Il est minuit, c'est l'heure de leur messe... remarqua la troisième, décidément observatrice. — Je ne veux pas monter les escaliers, se plaignit la quatrième, décidément râleuse. — Placido en a marre aussi, regardez comme il est tout bizarre ! déclama la cinquième, décidément rapporteuse. — Peu importe son opinion... On peut rentrer à la maison ? » espéra la dernière, décidément jalouse. Tous les regards se tournèrent vers le petit garçon qui les observait en retour, comme s'il était à présent le seul décisionnaire... Le gardien de ces lieux. « C'est vrai, tu ne veux pas voir à l'intérieur ? » lui demandait son père de son regard déjà triste, à la lueur de son lampadaire. Placido était pris au dépourvu mais il savait qu'il ne pouvait pas décevoir ses parents. C'était une simple visite de courtoisie, ils ne resteraient pas longtemps à déranger la quiétude du lieu... N'est-ce pas ? Peut-être même qu'ils se plieraient au silence, pour une fois, tel l'un de ces miracles de Noël... Il dépassa ses Sœurcières, comme pour forcer sa détermination. « C'est faux... Je veux voir ! » Sous les râles et protestations virulentes des filles, les Tripplehorn se dirigèrent dans la nef déjà emplie d'un public éparse. Les bancs, tous occupés, semblaient leur dire qu'il n'y avait pas de place pour eux, mais l'atmosphère du lieu leur affirmait le contraire : la luminosité, la grandeur des plafonniers, les discussions joyeuses... Ce n'était plus le lieu que Placido avait connu lorsqu'il s'y était aventuré seul : lui aussi, semblait-il avoir été profondément dérangé en cette veille de Noël. Le garçon risqua un coup d'œil à sa mère. Guillerette, la sorcière tirait sa famille vers elle, à un endroit où tout le monde pouvait loger. Passer du froid à la chaleur si rapidement n'avait pas eu l'air d'avoir dérangé quelqu'un d'autre que lui... Il ne se sentait pas bien du tout, comme trahi par cette désorganisation soudaine et par son antre qui avait revêtu des parures qui ne lui saillaient pas. Pour parfaire à ce spectacle déroutant, les cloches sonnaient minuit dans un bruit tonitruant. Le front brûlant, affolé par les événements, les oreilles bourdonnantes et le cœur sursautant, le garçon ne tarda pas à se frayer un chemin jusqu'au perron de l'église. Restées à l'intérieur, les Sœurcières se posaient des questions à gorges déployées : « Où est Placido ? s'inquiéta la première, toujours rassembleuse. — C'est sûrement le dieu des Moldus qui l'a fait fondre sur place pour ses pêchés, affirma la seconde, toujours complotiste. — Il n'aura pas supporté l'agitation... remarqua la troisième, toujours observatrice. — Je n'aime pas voir tous ces visages heureux, se plaignit la quatrième, toujours râleuse. — Papa, regarde qui est retourné dehors ! déclama la cinquième, toujours rapporteuse. — Le soir de Noël, pendant une sortie en famille... Il faut le gronder », espéra la dernière, toujours jalouse. Au sommet des marches, Placido se reposait contre l'une des colonnes de pierre, à l'abri. Il avait été comme recraché par cet endroit devenu si monstrueux en cette soirée. Démuni, il ne pouvait plus qu'attendre d'être rejoint par les Tripplehorn qui, eux, ne faisaient finalement plus qu'un avec St Martin-in-the-Fields. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Le petit Maestro et les Six Sœurcières
![]() |
|
![]() |
| 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫ Au nord de Londres, reculée dans la campagne, habitait la marraine des enfants Tripplehorn et son elfe de maison. Cette sorcière au dynamisme immodéré pour son grand âge possédait un minuscule cottage où ses filleuls et tous les autres enfants de sa propre famille passaient la plupart de leurs vacances - libérant, le temps de quelques journées, des parents débordés. Bien heureusement, pour accueillir tout ce beau monde, la trop petite bâtisse disposait d'une grande dépendance que l'on pouvait rejoindre par la cuisine. Surnommée le "Solarium Convivialis", chacun y trouvait son compte pour occuper ses journées. |
Baignée d'une luminosité fabuleuse, cette verrière géante revêtait ses plus beaux atours dès l'arrivée des premières éclaircies anglaises. Le petit Placido Tripplehorn ne quittait jamais son siège surplombé de lumière, les pieds sur la table, sans arrêt à la recherche d'une tranquillité rêvée. Ses sœurs n'étaient jamais très loin, vêtues de froufrous et de rubans, à essayer d'imiter les danseuses de ballets dans ce décor onirique - si elles en avaient la volonté, elles n'en n'avaient sûrement pas la grâce. Boum. Là, c'était un grand jeté. Boum. Là, c'était un saut de chat. Habituellement, le garçon aurait pris la décision de s'isoler dans un autre endroit pour ne plus rien entendre, mais cette fois-ci il semblait vouloir camper sur ses positions : il s'était installé le premier dans le Solarium Convivialis alors si quelqu'un devait partir, ce n'était sûrement pas lui. Il fallait dire aussi qu'il ne voulait pas quitter la sensation du soleil sur son visage, car c'était comme si l'été avait décidé de s'inviter plus tôt cette année pour le guérir des derniers mois hivernaux très tumultueux. Il n'avait pas remis un pied à St Martin-in-the-Fields depuis que sa famille avait osé s'y arrêter pour observer la messe de minuit des Moldus. Dans sa tête, l'église était définitivement souillée par leur venue et son antre de quiétude ne pouvait plus jamais l'être de nouveau. Toutefois, les yeux fermés, Placido Tripplehorn se souvenait de ce sorcier amateur d'églises qui lui avait offert un petit ange dans la boutique souterraine. Un léger sourire apaisé apparut sur son visage. Tous les éléments étaient présents pour une rêverie avant l'heure du thé, hélas bercée par les pas lourds des six Sœurcières. Boum. Boum... Boum... Les trois coups du brigadier avaient retenti, et le spectacle pouvait commencer. Soudain, Placido se trouvait dans la nef de St Martin-in-the-Fields où une représentation semblait être sur le point de commencer. Tout le monde investissait les bancs en bois et, fort curieusement, Placido ne se faisait pas d'états d'âme sur l'agitation ambiante, davantage impatient de découvrir l'événement se dérouler. L'un des Moldus en robe qui avait à charge l'église se postait au centre de l'estrade et... s'adressait à une baguette magique. « Sans plus tarder, veuillez applaudir bien fort notre maître de cérémonie, Monsieur... Tripplehorn ! » Le garçonnet applaudissait, très étonné que son père soit attendu pour présenter l'événement de la soirée. « Monsieur Tripplehorn, vous êtes là..? » appela de nouveau l'homme. Un rayon de lumière insistant et chaleureux s'arrêta sur son visage visiblement pris au dépourvu. A y regarder de plus près, son père ne semblait pas être présent. Il devait donc comprendre qu'il était le Monsieur Tripplehorn appelé sur l'estrade tout au fond de la nef ? D'une aisance feinte, le garçon se leva, salua l'assemblée, et s'avança dans l'allée pour rejoindre le Moldu qui était en possession d'une baguette magique. « Merci... Je suis très honoré de pouvoir présenter mes chères sœurs accomplir la scène finale du Ballet des Cygnes Disgracieux. » Les mots semblaient lui venir tout seul, comme s'ils lui étaient soufflés directement dans sa gorge. S'était-il transformé en une marionnette ? Une ligne de danseuses habillées de leur tenue de scène se plaça devant lui plus ou moins habilement, couvrant sa petite taille de toute leur tulle et leurs paillettes. « En première position Harmony, notre très chère aînée ! Le Cygne Inquiet. Ne t'en fais pas Harmony, nous sommes tous présents ici autour de toi. » Harmony Tripplehorn tournoya sur elle-même, faisant virevolter sa longue tresse derrière elle. « En seconde position Angela ! Le Cygne Abracadabrant. Non Angela, tout ceci n'est pas un complot fomenté exclusivement pour vous humilier... » Angela Tripplehorn réalisa une série de pas en gardant un œil soupçonneux sur son petit frère derrière ses lunettes grossissantes. « En troisième position Rune ! Le Cygne Observateur. Attention à ta trajectoire Rune, tu dévies sur Angela..! » Effectivement, la fillette nommée Rune Tripplehorn s'était cognée contre sa grande sœur en pleine pirouette. « En quatrième position... » Curieusement, le garçon ne voulait pas du tout s'inclure dans cette démonstration très bancale. Il n'était pas une Sœurcière, lui. Il enchaîna : « En cinquième position Ivory ! Le Cygne Mécontent. Inutile de râler davantage Ivory, le spectacle est bientôt terminé alors applique-toi. » La petite Ivory Tripplehorn marqua une pose, soufflant, les sourcils froncés. « En sixième position Empress ! Le Cygne Délateur. Ne lui confiez surtout aucun de vos secrets... » Empress Tripplehorn faisait des messes basses à ses sœurs qui l'entouraient le temps d'une brève ronde. « En septième position Sage... Hé Sage, le public est de l'autre côté ! » L'appelée, une minuscule fillette, se retournait sur elle-même sous les rires attendris. « Sage est le Cygne Jaloux. Non Sage, rend-moi la baguette magique, c'est moi le maître de cérémonie ! » A vrai dire, toutes les Sœurcières commençaient à l'encercler d'un air menaçant, l'air de dire "C'est ainsi que tu nous présentes au monde ?". Secoué de toute part, la chaleur artificielle des plafonniers se transforma en une sensation plus naturelle, directement causée par le soleil. « Ah..! » laissa-t-il échapper dans un râle en se redressant sur son siège ? Il n'avait jamais quitté le Solarium Convivialis, évidemment. Ses six sœurs continuaient de le secouer comme s'il ne s'était pas réveillé. Elles ne portaient plus leurs longues jupes blanches en tulle ni aucun autre atour de scène. « Comme tu es brûlant..! Il faut qu'on le ramène avec nous à l'intérieur ! proposa Harmony, la première, décidément rassembleuse. — On dit que les Serpencendres étaient à la base des sorciers qui se sont trop exposés au soleil... commenta la seconde, Angela, décidément complotiste. — Je ne crois pas que Placido soit en train de se métamorphoser en un Serpencendre, répondit la troisième, Rune, décidément observatrice. — C'est hors de question que je vous suive, je suis très bien ici ! rouspéta la quatrième, Ivory, décidément râleuse. — Moi je vais prévenir Tata-Marraine que Placido se transforme en Serpencendre, annonça la cinquième, Empress, décidément rapporteuse. — Ah non, il va avoir droit à une autre glace si tu fais ça ! » s'indigna la sixième, Sage, décidément jalouse. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Le petit Maestro et les Six Sœurcières
![]() |
|
![]() |
| 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫ L'été arrivait à sa fin sans que l'intensité du Soleil ne diminue. Il avait poussé les Tripplehorn à se réfugier du côté d'un charmant point d'eau oriental au plein cœur de Londres. Pour se donner l'illusion de travailler, Monsieur Tripplehorn avait tout de même emporté avec lui multitude de ses ustensiles et une toile vierge - transportée avec fierté par sa fille aînée. Cette fois-ci, il ne peindrait pas le portrait d'un client irritant d'exigences mais plutôt un paysage ou une scène familiale plus personnelle qu'il espérait tranquille et bucolique. Après avoir réalisé un rapide tour du parc, les Tripplehorn et leurs sept enfants avaient finalement décidé de regagner le coin qu'ils avaient repéré au début de leur promenade. Un garçonnet ouvrait la marche, retenant son canotier au sommet de sa tête, bien décidé à s'éloigner des sœurcières et de leurs jeux exubérants. Arrêté au milieu du petit pont, penché au-dessus de la mare, Placido Tripplehorn observait la maman oie qui serpentait entre les fleurs de nénuphars colorées, parfaitement imitée par ses sept adorables oisons. Ils glissaient tous sur l'eau fraîche avec une facilité déconcertante, quand tout à coup... Boum. Boum. Boum. Les sœurcières traversèrent bruyamment le pont derrière lui en exagérant leurs pas, provoquant l'agitation de l'oie qui rebroussa chemin rapidement avec ses petits devant tout ce vacarme. Assommé par ce qu'il venait de se passer, le garçonnet observa impuissant la famille s'éloigner sur l'eau. |
« Ce n'est pas grave », entendit-il soudain derrière lui. Placido se retourna, questionné par cette affirmation. Son père s'était arrêté à son niveau, les mains jointes derrière le dos, droit. Avait-il assisté à cette scène ? Il s'approcha lentement pour se poster à ses côtés, tout près du rebord. « Ce n'est pas grave, répéta-t-il comme pour mieux le convaincre. ...L'oie a tranquillement traversé sous le pont avec ses bébés. » C'était un mensonge, le petit Placido avait bien vu les oies fuir le bruit sur le pont. Son père ne devait pas avoir bien vu ce qu'il s'était passé... « Les oiseaux sont partis, ils ont fait demi-tour à cause... d'elles », se renfrogna le garçon qui revint à sa contemplation perdue quelque part dans les nénuphars. Le sorcier à ses côtés laissa échapper un rire qui tenait plus du soufflement de nez ; son visage encerclé de favoris s'était attendri. On pouvait facilement oublier que, sous ses airs de sorcier impressionnant, Raimondo Tripplehorn possédait une certaine sensibilité qu'il dévoilait parfois à des moments surprenants. Une sensibilité que l'on retrouvait même difficilement dans la pratique de son art : les portraits des sorciers qu'il réalisait dans le cadre de sa profession étaient souvent dénués d'émotions. En revanche, c'était une toute autre histoire quand on découvrait les peintures qui représentaient sa muse - son épouse -, ses nombreux enfants et tous leurs chats dans leur quotidien mouvementé. Il avait extrait depuis la petite poche de son veston un drôle de crayon, finalement bien plus long que ce qu'elle pouvait contenir, ainsi qu'un minuscule carnet de la taille d'une phalange, qu'il dépliait pour former un vrai carnet. Le son du crayon qui s'activait sur une page intrigua son garçon qui se collait à lui pour observer les premiers traits apparaître. « Ce n'est pas facile quand on doit cohabiter avec autant d'âmes si différentes de la sienne, je sais bien, commentait Raimondo Tripplehorn, bien que concentré sur son croquis. Il ne manquait pas d'idées pour pour apaiser les tensions grandissantes entre ses filles et son garçon. Un jour, toutes tes sœurs partiront de la maison et s'occuperont de leur propre vie. Elles ne reviendront même pas pour les vacances. Et toi aussi, tu auras ta propre vie... Et la vie est loin d'être aussi tranquille que cette mare. Qu'on le veuille ou non, beaucoup de choses vont vous arriver. Je peux t'assurer que leurs polissonneries finiront par te manquer... » Le sorcier échangea un regard entendu avec son fils. « Quand les filles sont à l'école, c'est un vide immense qui entoure la maison. Alors envisager ton départ dans quelques années... » Si le petit Placido avait du mal à s'imaginer l'âme en peine devant l'absence de ses sœurs pour le moment - qui l'avait même jusqu'à maintenant plutôt soulagé -, il pouvait percevoir l'inquiétude de son père. Ce dernier tapota le carnet de la pointe du drôle de crayon qui dissimulait sa précieuse baguette magique. « Regarde, c'est exactement ce que je t'ai dit... L'oie a tranquillement traversé sous le pont avec ses bébés. » Ils observaient la scène se dérouler sur le carnet, animée d'une authenticité qui pouvait traverser le temps. Emerveillés, ils appréciaient observer les oiseaux glisser sur l'eau encore un instant, plusieurs fois, comme pour laisser complètement s'évaporer le mauvais souvenir de leur fuite forcée dans une autre réalité. Alors qu'ils avaient repris calmement leur marche pour rejoindre le reste de la tribu Tripplehorn - déjà installée sous le grand saule pleureur -, l'oie et ses oisons de leur côté revenaient discrètement tenter le chemin au travers des nénuphars. En sortant du pont, accroché à la main de son père, le petit Placido se sentit ralentir drastiquement. Le sorcier avait retrouvé son air sérieux et impressionnant. « Quand même, ça me rassurerait beaucoup si mes enfants pouvaient s'entendre juste assez pour compter les uns sur les autres... — Oui Papa », répondit docilement Placido, sans aucune hésitation. Un jour, Raimondo Tripplehorn avait appris à son fils qu'il était le plus sérieux de la portée - il fallait comprendre par-là le plus maître de lui-même en comparaison aux bêtises et cris incessants de ses sœurs - et que pour cette seule raison, la tâche de les élever spirituellement ne pouvait être accomplie que par lui. Le garçon avait donc toujours intériorisé le fait qu'il était le préféré parmi les préférés de son père et qu'il ne devait jamais gâcher ce privilège en ne se positionnant jamais, au grand jamais, contre lui - même si ce qu'on lui demandait lui paraissait parfois tout à fait inatteignable. Le sorcier repoussa quelques branches-lianes pleureuses pour faciliter le passage du garçon jusqu'à la nappe occupée par les sorcières. « Ah ! Vous voilà, on va pouvoir entamer notre déjeuner ! s'exclama Harmony, rassembleuse. — Est-ce que vous étiez en train de fomenter un plan pour jeter Maman à l'eau..? s'enquit Angela, complotiste. — Vous êtes restés longtemps là-bas... remarqua Rune, observatrice. — On a observé la famille oie traverser sous le pont, expliqua Placido, fabulateur. — Dépêchez-vous de vous installer, je me retiens de dévorer les fraises depuis au moins deux minutes entières, rouspéta Ivory, râleuse. — Tu en as déjà mangé trois, leur apprit Empress, rapporteuse. — Papa ! Moi aussi je veux aller sur le pont voir les canards avec toi » coupa Sage, jalouse. Le sorcier, apaisé, s'étendit et zieuta la toile vierge qui l'observait en retour, posée contre le tronc d'arbre. Il la peignait sûrement mentalement en lui ajoutant un élément dès qu'un nouveau détail lui traversait l'esprit. Sa muse déballait les mets avec la concentration d'une sorcière qui n'avait pas le droit d'utiliser la magie dans ce parc rempli de Moldus. « Ne pas sortir ma baguette. Je suis une Moldue. Je suis une Moldue. » pouvait-on l'entendre s'auto-persuader, visiblement stressée. Le garçon se faisait chaparder son chapeau et ses fraises et, si son agacement restait perceptible, il ne confrontait plus ses sœurs, comme s'il avait bien gardé en tête la mission confiée par son père - jusqu'au prochain éclat. A l'image des lianes du saule pleureur, il devait trouver un terrain d'entente et sceller la paix au sein de la fratrie Tripplehorn. Immortalisée sur la toile du sorcier Raimondo, la scène achevée faisait office d'exception parmi les autres : non seulement tous les enfants Tripplehorn répondaient présents sur le même plan, mais ils avaient pris également l'apparence d'oies blanches. Le petit Placido apparaissait parmi ses sœurs, lui qui habituellement ne posait jamais parmi elles, en sa position de quatrième ouaille. Seules ses ailes s'écartaient, s'agitant à en perdre des plumes, et uniquement son bec s'entrouvrait parmi tous les autres : « Le jar meneur de troupe, c'est son nom », présenta tout bas l'artiste à son jeune fils. Ce dernier l'observa longtemps, s'arrêtant à chaque fois qu'il empruntait l'étroit escalier où elle fut fixée dans la maison. Ce jar extraverti et bruyant était censé représenter la vision que son père avait de lui, ou plutôt son idéal à atteindre. Dans cet idéal, le fils se défaisait des rancœurs silencieuses envers ses sœurs en s'agitant à leur image. Le jeune Placido l'avait souvent imaginé différemment, cette scène, et toutes ses versions lui étaient bien plus agréables que celle de son père. L'oie a tranquillement traversé sous le pont avec ses bébés... Peut-être mais, dans ce cas, si l'on pouvait créer de cette façon des réalités différentes, Le jar s'est volatilisé de la troupe, Le jar a rejoint une autre portée et Le jar a trouvé sa tranquillité semblaient constituer des versions aussi valables que celle du Jar meneur de troupe. Sous la rumeur d'une bataille d'oreillers au sommet de la maison brinquebalante, alors que le jeune garçon fuyait dans l'escalier, l'immensité silencieuse de St Martin-in-the-Fields lui réapparaissait inexorablement, de plus belle, en lieu et place de son obsession pour la récente toile. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Le petit Maestro et les Six Sœurcières
![]() |
|
![]() |
| 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫ Les Tripplehorn avaient profité de la douce soirée estivale pour dîner au Chaudron Baveur. Il apparaissait que c'était le seul endroit des environs qui supportait encore leur tapage et l'exubérance particulière de leurs filles. Elles semblaient d'ailleurs visiblement bien peu rassasiées par l'ambiance du pub car on entendait encore la rumeur de leurs discussions animées dans les rues du quartier. Retourner à la maison à pieds était la dernière étape pour les fatiguer complètement. Si leur frère n'avait pas besoin, lui, d'un tel effort avant de dormir, il profitait quand même en quelque sorte de cette promenade : à l'arrivée de la nuit, Londres s'apaisait un peu à certains endroits et prenait des allures de contes de fée. Le pont de Westminster en était un bel exemple, illuminé de part et d'autres par ses réverbères qui attiraient les papillons de nuit. Le sorcier et son épouse se retournèrent sur leurs enfants alors qu'ils allaient tous s'engager sur le pont : « Attention aux carrosses de métal des Moldus, ne restez pas au bord du trottoir ! » |
Une seule voiture s'était engagée durant la traversée, elle avait semblé ralentir un peu à leur niveau pour observer leur accoutrement un peu théâtral malgré leurs efforts pour respecter la mode londonienne. Le petit Placido, qui s'était attardé sur un papillon de nuit virevoltant contre la boule lumineuse, pressait maintenant le pas pour rattraper ses sœurs à la sortie du pont. Elles étaient à l'arrêt, ce qui l'interpellait un peu. « Pourquoi vous n'avancez plus ? » Un ensemble de "chut !", doigt sur la bouche, l'accueillit. Alors ça c'était fort : c'était elles qui l'intimaient au silence maintenant... Il se fraya un passage dans les gros jupons et rubans des Sœurcières et assista à son tour à l'étrange spectacle : leurs parents continuaient leur chemin, enlacés et tournoyant comme s'ils dansaient une sorte de valse mesmérisante. Le garçon, après un temps de contemplation, commença à nourrir un sentiment de trahison, car plus personne d'autre qu'eux deux ne semblait exister à leurs yeux - et il voulait ardemment exister à leurs yeux. Il commença aussi à se sentir observé, comme si les mille fenêtres qui les entouraient dissimulaient autant de regards curieux, sans compter cet immense Big Ben qui les domptait de toute sa hauteur. « Comme c'est romantique ! » s'exclama Harmony, sa plus grande sœur. Placido écarquilla les yeux, probablement surpris par l'effervescence de sa sœur, et finit par reporter de nouveau son attention sur les silhouettes de ses parents dont le rire leur parvenait de temps en temps. Après réflexion, ils ressemblaient un peu à son papillon de nuit attiré par la chaleur luminescente. « Est-ce qu'ils essayent de nous semer ? » théorisa soudain Angela, le regard suspicieux. Placido sembla y réfléchir sérieusement. Si son père cherchait à établir une parfaite connivence entre tous ses enfants, c'était une bonne idée que de les laisser livrés à eux-mêmes. Toutefois, en remarquant leur expression tranquille, on pouvait plutôt dire qu'ils ne pensaient à rien d'autre qu'à profiter de ce moment sans nourrir d'arrière-pensées. « Papa a déjà peint ce pont... » remarqua Rune. Intrigué, Placido se souvenait lui aussi avoir vu un tel tableau à la maison, près des portraits de mariage - mais cette peinture très bleue lui avait évoqué un autre endroit que le pont où ils se trouvaient présentement... A vrai dire, la première fois qu'il l'avait vu, il avait davantage pensé observer un pont traversant un fleuve d'étoiles plutôt que la Tamise sous leurs pieds. Le garçon, les yeux toujours attentifs, commençait à entrer en accord avec ses sœurs sur le romantisme de l'instant - bien qu'il demeurait fort peu renseigné sur ce grand mot. Raimondo Tripplehorn déposait un baiser sur la main de sa Purdie qui agitait son éventail, les joues empourprées. Quelque chose comme la joie de deux amants éblouissait le ciel, les étoiles demeurant rarement visibles depuis le centre de Londres. De loin, les Tripplehorn leur adressa une courbette, semblant se rappelait enfin qu'ils n'étaient pas seuls, puis leur fit signe de les rejoindre pour continuer leur chemin jusqu'à la maison. Quelque part, le petit Placido aurait voulu les regarder plus longuement danser au-dessus du fleuve d'étoiles. Leurs figures gracieuses et élégantes lui évoquaient des personnages qui n'existaient que dans les histoires inventées de toute pièce. A vrai dire, plus que des personnages, ils étaient peut-être de véritables figures dont le vécu inspirait la fiction. Il fallait dire aussi qu'il commençait à comprendre pourquoi ses sœurs avaient pour passe-temps de créer des chorégraphies - alambiquées et bien moins gracieuses, cela dit. A l'approche du Trafalgar Square, l'animation des rues augmentait en intensité. La main de la sorcière s'agrippait à celles de ses plus petites filles qui trainaient un peu, facilement distraites par les différentes curiosités que pouvaient présenter les Moldus sans s'en rendre compte. Les aînées Harmony, Angela et Rune s'autorisaient à papoter et à ricaner, bien en retrait derrière eux. Placido, curieux, ralentit le pas pour qu'elles le rattrapent naturellement. « ...Quand il était jeune, il a enlevé Maman, et il a même quitté sa première femme pour rester avec elle ! » racontait Harmony, le regard toujours pétillant. Placido accéléra le pas, regagnant très vite sa place à côté de son père. S'il avait déjà été au courant de cette histoire, il l'avait occultée pour la délaisser dans un coin de sa tête, bien peu intéressé par les détails. Sa main attrapa celle du sorcier pour qui il vouait un respect infini, l'imagination encore nourrie par la valse qu'il avait initié auprès de sa mère. « Tu as suivi mon conseil amore mio, je t'ai vu passer du temps avec tes sœurs », remarqua-t-il avec un sourire. Placido leva les yeux pour l'observer. Lui ressemblait-il, rien qu'un peu ? Comment faisait-il, pour charmer si facilement tous les gens qu'il côtoyait ? « Oui Papa... » Ce n'était pas simple, de respecter son vœu mais, même s'il se forçait le plus souvent, il devait bien avouer qu'il lui arrivait parfois de trouver quelques terrains d'entente avec les Sœurcières - leur goût pour le sensationnel en faisait partie. On pouvait même dire qu'à petites doses - souvent individuellement - il pouvait les supporter et parfois éprouver de la sympathie pour elles. L'ombre de St Martin-in-the-Fields se détachait au loin. Placido n'y était toujours pas retourné depuis son malaise de Noël dernier, mais l'envie de retrouver son décor revenait doucement. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer
Le petit Maestro et les Six Sœurcières
![]() |
|
![]() |
| 𝄞 ♪♭𝅗𝅥♫ Les aiguilles de la Clock Tower tournaient à une vitesse folle. Ni une ni deux, elles avaient imposé aux londoniens un magnifique coucher de Soleil très vite suivi par l'apparition d'un ciel uni dans l'obscurité. Dans la maison étroite des Tripplehorn, en revanche, les bougies restaient allumées. Il fallait dire qu'une grande agitation ponctuait inlassablement l'heure du coucher depuis que les neveux et nièces avaient posé bagages pour les vacances. Un oncle écoutait l'agitation de loin, hésitant à monter les escaliers pour aider ses parents. Quel genre de démon possédait ces enfants..? Si même les Sœurcières ne supportaient plus leur propre descendance au point de la confier à d'autres, c'est qu'il y avait réellement un problème plus profond que celui de mal supporter l'enfermement ou la canicule. Cela dit, ces derniers jours, leurs cris désincarnés et stridents le remotivaient personnellement à fureter les petites annonces de la Gazette du sorcier, à la recherche de son cocon tranquille. A vrai dire, comme lors de l'été dernier, il passait souvent chez son Oncle Typhus, occupant leur temps à la préparation des Quadriennales de la magie. La lanterne Féériflammes du sorcier leur avait souvent été d'une grande aide par ici, mais elle avait été endommagée par l'un des neveux à force d'utilisation. « Allez au dodo, j'ai dit : au dodo ! Sinon, j'appelle l'Oncle Dodo... » menaça le maître des lieux, Raimondo Tripplehorn. Voilà qui avait précisément de quoi les motiver à continuer leur tintamarre. Des voix reprirent effectivement en chœur : « Oncle Dodo ! Oncle Dodo ! Oncle Dodo ! » C'était à lui d'entrer en scène, à présent, dans l'espoir de stopper l'hémorragie. Dépassant les murs peinturlurés de portraits de famille colorés, l'Oncle Dodo montait les marches avec la fermeté qu'il comptait présenter aux enfants. « Oh Oncle Dodo arrive ! Non Oncle Dodo arrive ! Ouais Oncle Dodo arrive ! » Le sorcier alluma sa baguette magique qu'il plaça sous son menton pour accentuer son teint blafard, puis ralentit le pas en arrivant dans l'étroit couloir, comme s'il donnait l'impression d'un monstre cherchant sa prochaine proie : « Qu'est-ce que j'entends..? Des enfants encore debout à cette heure-ci ?! » |
Ses parents s'écartèrent à son passage, amusés quoiqu'éreintés. Ils échangèrent un regard compréhensifs : La bataille continue sans nous, force et honneur, fils semblaient-ils lui dire. Le silence - bien que sûrement éphémère - faisait déjà beaucoup de bien mais il ne fallait pas se leurrer : les enfants s'étaient seulement cachés en dignes héritiers des Sœurcières. « Bon... Très bien... », grinça-t-il entre ses dents. Se retournant sur lui-même pour obtenir encore un peu de courage de la part de ses parents, il se rendit compte qu'ils avaient déjà filés à l'anglaise, l'abandonnant à son sort. Tripplehorn s'avança dans le couloir, continuant sur le même ton quelque peu dramatique : « Si seulement l'Oncle Dodo retrouvait ses chers neveux et ses chères nièces pour sillonner tous les coins et recoins cachés de la ville en leur compagnie..! » Presqu'immédiatement, le bruit d'une armoire grinçante retentit et les trois Niffleurs recherchés apparurent. « Ah-ha ! triompha le sorcier, pointant sa baguette allumée sur eux. — Oh non, tu nous as menti ! s'exclamèrent-ils en se protégeant de la lumière. D'un geste sec, leur oncle éteignit sa baguette. — Pas du tout, si vous êtes sages et que vous retournez dans vos lits, je vous emmènerai vous promener demain. » Les trois enfants s'observèrent, suspicieux, puis s'exécutèrent finalement car ils adoraient se plonger dans l'agitation des Moldus londoniens. Dans la petite chambre confortable qui avait été préparée par leur grand-mère, ils regagnaient leurs lits prestement sous l'œil attentif de Tripplehorn - c'était trop beau pour être vrai : « Tonton si tu nous racontes pas une histoire, on va pas dormir toute la nuit." Avec les Tripplehorn, grands ou petits, la tranquillité avait toujours un prix. Sur le papier, il aurait très bien pu leur lancer un maléfice ou verser quelques gouttes d'une potion de Sommeil dans leur soupe, mais sa mère lui en voulait à chaque fois qu'il usait de la magie sur eux et il n'aurait jamais été capable de leur faire ingurgiter quelque chose à leur insu, lui-même victime d'un empoisonnement. « Une courte histoire, alors, essaya-t-il de négocier. — Une longue histoire, renchérit la petite fille du haut de son lit superposé. — Une moyenne histoire, c'est ma dernière offre », annonça le sorcier, les mains en l'air. Après un moment d'hésitation générale, les trois enfants s'accordèrent sur la moyenne histoire. Le Maestro Piccolo reprenait du service pendant ses vacances, comme s'il n'en avait pas eu assez des enfants perturbés. Il attrapa un petit livre de contes dans la commode et s'assit en tailleur sur le tapis au centre de la chambre. Trois paires d'yeux le fixaient avec attention alors qu'il feuilletait pour faire son choix - un moment solennel. Ces histoires, il les connaissait par cœur car les Sœurcières et lui les avaient souvent rejouées ensemble. Un peu nostalgique, il referma doucement le livre. « Je vais vous raconter l'histoire des Six oies et du jar meneur de troupe », annonça-t-il finalement en posant la lampe à huile devant lui. Dans la pénombre, déjà tranquillisés de découvrir une histoire qu'ils ne connaissaient pas, les enfants tendaient leurs oreilles. Une histoire qui commençait ainsi : « Les Six oies cacardaient d'une façon incessante dans leur basse-cour obligeant leur frère, un jeune jar taciturne, à s'isoler pour trouver sa tranquillité si appréciée. » Forte de péripéties dont il trouvait une inspiration assez directe, l'histoire lui faisait réaliser à quel point cette période d'apprentissages, de découvertes et d'émois constants lui manquait. « Les Six oies, premières rivales du jeune jar, ignoraient que dans leur entêtement à vouloir le rendre chèvre par leurs caquètements incessants, avaient fini par lui forger un certain caractère. Bien que quatrième dans l'ordre de la Lignée des Oiseaux migrateurs, le jar craintif s'éleva en meneur de leur troupe - ou du moins il se sentit à la hauteur de cette position. » En vérité, il était seulement à la hauteur quand son père le lui disait, et il ne l'était pas quand son père ne lui disait rien. S'ils ne pouvaient prétendre appartenir à une idéologie de famille de Sang-pur, les Tripplehorn faisaient tout de même peser le poids de créer une descendance sur les épaules de leur fils unique en pensant s'allier à une majorité de sorciers. Tout était dans le paraître, chez eux. Bien qu'ils affirmaient respecter avant tout ses décisions, ils changeaient surtout de côté en fonction de la direction du vent, et la direction du vent indiquait qu'il tardait à leur présenter son enfant. « Il n'avait pas réalisé à quel point ses sœurs lui avaient rendu service, aussi insupportables avaient-elles été avec lui. A présent, en tant que meneur de troupe, c'était lui qui devait rendre service : toute sa vie, il la consacrera à réaliser les vœux des autres. » Le regard pensif fixé sur la lampe à huile, Tripplehorn voyait son père et la Cantatrice et leurs attentes démesurées à son égard. Finalement, il avait toujours fini par tracer son propre chemin, comme s'il répondait à une autre entité dans cet univers qu'il n'avait encore jamais rencontré parfaitement : lui-même. « Mais le jeune jar traitait chaque problème à la suite. Le premier problème était celui des oisons de la troupe qui ne trouvaient pas le sommeil. » Une petite voix fatiguée s'éleva alors dans la pénombre, sentant peut-être que c'était la fin de ce conte : « Oh comme j'aime pas cette histoire moyenne Oncle Dodo ! » D'un rire nostalgique - qui ne faisait pas du tout rire la dernière âme éveillée de cette chambrée - le jar meneur de troupe souffla la lampe. |
Maestro Piccolo inRP (Fut chef de chœur à Poudlard de janvier 2048 à juin 2050)
Avatar : Kamome Shirahama 𓇢𓆸 L'IA m'a tuer






