وردة الرمال | rose des sables
MARS 2048 | DÉSERT
ft. Nadjma | #425176
——––––––––—–––––––––––––––
Note : les dialogues sont en arabe
– Quand est-ce que tu pars ?
– Dans les prochains jours.
Elle hocha la tête et le silence s'installa à nouveau. Un silence long mais qui n'avait rien de pesant – au contraire. Il était léger, comme tout ici. Léger comme les pans de la tente dans laquelle Nadjma et Fabio s'étaient retirés, qui les coupait peut-être de la vue des autres, mais était perméable aux chants et instruments joyeux qui s'élevaient au dehors. Léger comme les vêtements qui les enrobaient, léger comme le vent qui soufflait de l’autre côté de la tente et qui donnait à la couche de sable en contact avec l’air l'illusion de continuellement flotter au-dessus du sol.
– Et Zahira ? C'est une fille du sable et du soleil.
– Elle peut rester avec toi ?
Comme pour souligner ces mots, les hennissements de chevaux se firent entendre au loin. Zahira devait être parmi eux. La robe sable-satinée de la jument la fondait dans le décor désertique, elle appartenait à désert et le désert lui appartenait. Nadjma ne répondit rien. Avant même d’avoir formulé la question, elle avait su que c’était la seule réelle solution. Ils le savaient tous les deux. L’akhal-teké n’avait rien à faire sur une île verte, pluvieuse et froide.
Assis sur un tapis à même le sol, jambes étendues devant lui, le regard de Fabio semblait perdu dans le vide, il accrochait fixement l'extrémité d'un pan mal attaché de l'ouverture de la tente qui ondulait doucement dans la brise. Au bout d'un moment – moment dont il aurait été bien incapable de donner les dimensions, le temps lui semblait comme suspendu ici, maintenant – son regard migra jusqu'à se poser sur Nadjma, allongée sur le dos, la tête posée sur ses cuisses. Puis sur ses doigts perdus dans les cheveux sombres de la sorcière, où, mèche pour mèche, ils tissaient une petite tresse qu'ils défaisaient une fois arrivé à la fin, simplement pour recommencer, patiemment, systématiquement. Puis sur le visage de Nadjma. Sur son visage, à la recherche de son regard qu'il ne put capturer car elle avait les paupières closes, closes sur ses prunelles couleur miel, prunelles mystérieuses de voyante, profondes de confidente.
Puis il remarqua les deux traînées brillantes qui prenaient source quelque part sous les longs cils abaissés de Nadjma, coulaient sur sa peau mate, serpentant le long de ses joues jusqu'à s'égarer quelque part au creux de son cou. Fabio lâcha la tresse qu'il tenait entre les doigts et délicatement, du bout du pouce, il entreprit d'assécher les traces humides qui striaient le visage de l'égyptienne. Les lèvres de celle-ci s'étirèrent très légèrement en un début doux de sourire, ses paupières tressaillirent sans pour autant qu'elle ne les rouvrit à nouveau.
Fab’ulous
#583400
وردة الرمال | rose des sables
Ce n'est qu'en sentant une goutte tomber sur son visage qu'elle battit des cils, son regard ambré plongeant tout droit dans celui bleu du sorcier penché au dessus d'elle. Bleu profond, bleu aimant, bleu profondément aimant, ses yeux en amande, amande sucrée, amande salée où une larme perlait à l'extrémité. Yeux océan au fond desquels plongeait à présent le regard aux reflets soleil-couchant, regard scintillant et miroitant, mystique et magnétique, électrisant, électro-aimant, regard aimant, regard adoré et doré : le regard de Nadjma.
Fabio sentit la main de l'égyptienne chercher la sienne, la trouver, leurs doigts se croiser. Un léger sourire apparut sur leurs lèvres, simultanément, l'un se nourrissant de l'autre, tandis qu'ils se tenaient par le regard, par les doigts mêlées et l'envie de prolonger l'instant.
La tente – bien que ses parois étaient minces – les isolait du reste du monde. Du monde tout court et peut-être même qu'elle pouvait se dresser en barrière entre eux et la réalité. Les prunelles ainsi plongées dans celles de Nadjma, Fabio sentit que s'ils continuaient à se regarder ainsi, la tente pourrait peut-être se transformer, l'espace d'un petit moment, en petite bulle. Une bulle rien qu'à eux, rien qu'à eux deux, si légère qu'elle pourrait s'élever dans l'air au-dessus du reste du monde, du monde tout court et surtout : au-dessus de la réalité. A condition, seulement, de ne pas trop penser. Car chaque question formulée, chaque point d'interrogation posé menaçait de déchirer la fine paroi de leurs petit univers hors-temps et hors-monde et de faire éclater sur les pics acérés de la réalité cette fragile bulle suspendue quelque part dans le désert, quelque part en cette soirée de mars, dans le moment présent, unique et dont le point final qui y mettrait fin avait été repoussé loin à plus tard, trop loin pour être en vue
– Bouge pas
De sa main libre, Fabio souleva légèrement la tête de la magicienne le temps de dégager ses jambes sur le côté, avant de la reposer à nouveau délicatement
Avec la lenteur et la souplesse caractéristique d'un félin un brin paresseux, il s'allongea sur le côté à ses côtés, sans lâcher ni sa main ni son regard
Elle était jolie
Très
Mais ce n'était pas cela qui avait capturé son attention la première fois qu'il avait posé les yeux sur elle au Caire, ou en partie seulement : elle avait dégagé – et cela n'avait pas changé – un quelque chose indescriptible mais indéniablement captivant, une aura mystérieuse, apaisante et même temps qu'elle irradiait quelque chose d'intensément vivant, vivant mais différent du vivant qu'était l'agitation omniprésente qui secouait continuellement les souks, mélanges de parfums, de bruits, de couleurs, de textures, mélange de personnes, de marchandises ou de services, de babioles, de bijoux, de magie ou d'épices
Nadjma
Son visage à quelques centimètres seulement du sien... la courbure de ses lèvres, le grain de sa peau
Fabio sentit les doigts de Nadjma glisser des siens, elle tendit la main dans sa direction pour écarter une mèche lui tombant devant les yeux, effleura au passage ses lèvres et laissa le revers de ses doigts s'attarder un moment sur sa joue
Elle s'approcha encore, il l'attira contre lui, elle glissa une main dans son dos, il enfouit le visage au creux de son cou, elle passa son autre main dans ses cheveux et ils restèrent un long moment ainsi, l’espace entre eux réduit à quasi rien
Et plus tard, bien plus tard, ils sombrèrent dans un sommeil doux, toujours dans cette petite bulle rien qu’à eux, rien qu’à eux deux, flottant au-dessus du reste du monde, du monde tout court et surtout : au-dessus de la réalité qui allait finir par les rattraper
La nuit était tombée, les autres étaient retournés dans leurs tentes, le silence avait progressivement avait gagné le campement
Dans le ciel, se détachant du fond noir parsemé de d’innombrables petites pépites scintillantes, la lune s'était levée, pleine, disque laiteux, grand point en suspension au-dessus du désert
Fab’ulous
#583400
Fabio sentit la main de l'égyptienne chercher la sienne, la trouver, leurs doigts se croiser. Un léger sourire apparut sur leurs lèvres, simultanément, l'un se nourrissant de l'autre, tandis qu'ils se tenaient par le regard, par les doigts mêlées et l'envie de prolonger l'instant.
La tente – bien que ses parois étaient minces – les isolait du reste du monde. Du monde tout court et peut-être même qu'elle pouvait se dresser en barrière entre eux et la réalité. Les prunelles ainsi plongées dans celles de Nadjma, Fabio sentit que s'ils continuaient à se regarder ainsi, la tente pourrait peut-être se transformer, l'espace d'un petit moment, en petite bulle. Une bulle rien qu'à eux, rien qu'à eux deux, si légère qu'elle pourrait s'élever dans l'air au-dessus du reste du monde, du monde tout court et surtout : au-dessus de la réalité. A condition, seulement, de ne pas trop penser. Car chaque question formulée, chaque point d'interrogation posé menaçait de déchirer la fine paroi de leurs petit univers hors-temps et hors-monde et de faire éclater sur les pics acérés de la réalité cette fragile bulle suspendue quelque part dans le désert, quelque part en cette soirée de mars, dans le moment présent, unique et dont le point final qui y mettrait fin avait été repoussé loin à plus tard, trop loin pour être en vue

– Bouge pas
De sa main libre, Fabio souleva légèrement la tête de la magicienne le temps de dégager ses jambes sur le côté, avant de la reposer à nouveau délicatement
Avec la lenteur et la souplesse caractéristique d'un félin un brin paresseux, il s'allongea sur le côté à ses côtés, sans lâcher ni sa main ni son regard
Elle était jolie
Très
Mais ce n'était pas cela qui avait capturé son attention la première fois qu'il avait posé les yeux sur elle au Caire, ou en partie seulement : elle avait dégagé – et cela n'avait pas changé – un quelque chose indescriptible mais indéniablement captivant, une aura mystérieuse, apaisante et même temps qu'elle irradiait quelque chose d'intensément vivant, vivant mais différent du vivant qu'était l'agitation omniprésente qui secouait continuellement les souks, mélanges de parfums, de bruits, de couleurs, de textures, mélange de personnes, de marchandises ou de services, de babioles, de bijoux, de magie ou d'épices
Nadjma
Son visage à quelques centimètres seulement du sien... la courbure de ses lèvres, le grain de sa peau
Fabio sentit les doigts de Nadjma glisser des siens, elle tendit la main dans sa direction pour écarter une mèche lui tombant devant les yeux, effleura au passage ses lèvres et laissa le revers de ses doigts s'attarder un moment sur sa joue
Elle s'approcha encore, il l'attira contre lui, elle glissa une main dans son dos, il enfouit le visage au creux de son cou, elle passa son autre main dans ses cheveux et ils restèrent un long moment ainsi, l’espace entre eux réduit à quasi rien
Et plus tard, bien plus tard, ils sombrèrent dans un sommeil doux, toujours dans cette petite bulle rien qu’à eux, rien qu’à eux deux, flottant au-dessus du reste du monde, du monde tout court et surtout : au-dessus de la réalité qui allait finir par les rattraper
La nuit était tombée, les autres étaient retournés dans leurs tentes, le silence avait progressivement avait gagné le campement
Dans le ciel, se détachant du fond noir parsemé de d’innombrables petites pépites scintillantes, la lune s'était levée, pleine, disque laiteux, grand point en suspension au-dessus du désert
Fab’ulous
#583400
وردة الرمال | rose des sables
Dans le ciel, se détachant à peine du fond clair et lumineux, trônait le soleil, rayonnant, brûlant, grand disque déjà éveillé depuis longtemps. On frôlait deux heures de l'après-midi et le campement était redevenu paisible après une matinée déjà animée, fourmillante d'activité, on fuyait la chaleur du désert assommante même ici, dans cet espèce d'oasis surplombé de quelques arbres, on se réfugiait entre les murs des tentes aux tissus enchantés pour préserver des températures qui, à défaut d'être qualifiables de très agréables, étaient au moins acceptables.
Le campement entier, sauf une seule tente, en réalité, où la paresse était maîtresse. Où l'on se réveillait doucement, où un sommeil brumeux flottait encore en l'air, sommeil qui laissait l'emprunte d'un souvenir si douillet que Fabio ne voulait pas s'en extirper, pas encore, pas entièrement ni maintenant, même s'il sentait que l'univers onirique dans lequel il baignait commençait à lui échapper, à se retirer il-ne-savait-où, le monde mystérieux-mystique qu'était celui des rêves, peut-être. Fatalement, il finirait par se réveiller, mais il pouvait toujours tenter de prolonger l'instant, de vider son esprit, ne penser à rien, ne pas réfléchir, surtout pas songer qu'il ne voulait pas se réveiller.
Nadjma s'était déjà levée. S'était lavée sous un jet d'eau faible et tiède, s'était habillée, avait natté ses longs cheveux noirs en une longue tresse en laquelle se mêlaient encore les tresses plus petites avait faites par Fabio le soir dernier et qu'aucun des deux n'avait pris la peine de défaire ; tresse qui se blottissait contre sa nuque, sa clavicule gauche, se terminait quelque part sous sa poitrine et de laquelle s'échappaient quelques mèches plus courtes et fines qui encadraient son visage. À présent assiste en tailleurs près de Fabio, elle l'observait qui dormait toujours, allongé sur le vente, ses épaules qui s'élevaient et s'affairaient dans un rythme paisiblement lent. Nadjma décroisa les jambes et s'installa différemment, sur le sol, prenant appui sur une main, les genoux devant elle, repliés, les jambes qui se dérobaient sur un côté. Avec la légèreté d'une feuille d'automne, sa main libre se posa sur le dos du magicien. Ils se connaissent depuis plusieurs années et elle songea qu'à force de se lever tous les jours sur Fabio, le soleil avait caramélisé sa peau de façon à ce que sa teinte se confondait à présent presque avec celle de sa propre peau. Nadjma se demanda combien de temps l'empreinte de l'Egypte allait laisser sa trace sur Fabio une fois qu'il serait de retour en Grande-Bretagne.
C'était comme si lentement, du bout des doigts, on le tirait de sa rêverie, balayait les derniers restes de sommeil, comme si on le prenait par l'épaule pour qu'il s'arrête, pour qu'il laisse les vestiges de la nuit filer sans lui. Fabio sentit d'abord la chaleur d'une paume contre son omoplate ; il n'avait même pas remarqué l'instant auquel elle s'y était posée, sentait maintenant juste la douceur qui en irradiait. Puis la paume s'était retirée, laissant derrière elle comme une marque chaude qui finit également par se dissiper. À présent, Nadjma traçait avec délicatesse, du bout de l'indexe, des constellations fictives sur le dos de Fabio, reliant les grains de beauté qui parsemaient sa peau. Elle était douée pour ça, Nadjma, jouer avec les rêves et le sommeil.
Fabio était entièrement réveillé, son esprit et sa conscience avaient rejoint le ici et le maintenant, mais il garda volontiers encore les paupières fermées un moment. Il avait conscience que bientôt, les doigts de Nadjma qui parcouraient sa peau n'allaient plus qu'appartenir à sa mémoire, qu'à défaut de les sentir, il pourrait tout en plus s'en souvenir. Tout à coup, on souffla près de son oreille :
– Allez viens, on n'a pas l'éternité.
La voix était qui les enveloppaient était si douce, les mots pourtant si tranchants de réalité. Nadjma avait raison. Il devait se lever, se laver, s'habiller, manger. Il avait raté la première moitié de la journée de vie parmi les éveillés, il ne pouvait pas réellement se permettre de manquer la deuxième qui allait débuter une fois que les températures allaient à nouveau dégringoler de quelques degrés.
685
Fab’ulous
#583400
Le campement entier, sauf une seule tente, en réalité, où la paresse était maîtresse. Où l'on se réveillait doucement, où un sommeil brumeux flottait encore en l'air, sommeil qui laissait l'emprunte d'un souvenir si douillet que Fabio ne voulait pas s'en extirper, pas encore, pas entièrement ni maintenant, même s'il sentait que l'univers onirique dans lequel il baignait commençait à lui échapper, à se retirer il-ne-savait-où, le monde mystérieux-mystique qu'était celui des rêves, peut-être. Fatalement, il finirait par se réveiller, mais il pouvait toujours tenter de prolonger l'instant, de vider son esprit, ne penser à rien, ne pas réfléchir, surtout pas songer qu'il ne voulait pas se réveiller.
Nadjma s'était déjà levée. S'était lavée sous un jet d'eau faible et tiède, s'était habillée, avait natté ses longs cheveux noirs en une longue tresse en laquelle se mêlaient encore les tresses plus petites avait faites par Fabio le soir dernier et qu'aucun des deux n'avait pris la peine de défaire ; tresse qui se blottissait contre sa nuque, sa clavicule gauche, se terminait quelque part sous sa poitrine et de laquelle s'échappaient quelques mèches plus courtes et fines qui encadraient son visage. À présent assiste en tailleurs près de Fabio, elle l'observait qui dormait toujours, allongé sur le vente, ses épaules qui s'élevaient et s'affairaient dans un rythme paisiblement lent. Nadjma décroisa les jambes et s'installa différemment, sur le sol, prenant appui sur une main, les genoux devant elle, repliés, les jambes qui se dérobaient sur un côté. Avec la légèreté d'une feuille d'automne, sa main libre se posa sur le dos du magicien. Ils se connaissent depuis plusieurs années et elle songea qu'à force de se lever tous les jours sur Fabio, le soleil avait caramélisé sa peau de façon à ce que sa teinte se confondait à présent presque avec celle de sa propre peau. Nadjma se demanda combien de temps l'empreinte de l'Egypte allait laisser sa trace sur Fabio une fois qu'il serait de retour en Grande-Bretagne.
C'était comme si lentement, du bout des doigts, on le tirait de sa rêverie, balayait les derniers restes de sommeil, comme si on le prenait par l'épaule pour qu'il s'arrête, pour qu'il laisse les vestiges de la nuit filer sans lui. Fabio sentit d'abord la chaleur d'une paume contre son omoplate ; il n'avait même pas remarqué l'instant auquel elle s'y était posée, sentait maintenant juste la douceur qui en irradiait. Puis la paume s'était retirée, laissant derrière elle comme une marque chaude qui finit également par se dissiper. À présent, Nadjma traçait avec délicatesse, du bout de l'indexe, des constellations fictives sur le dos de Fabio, reliant les grains de beauté qui parsemaient sa peau. Elle était douée pour ça, Nadjma, jouer avec les rêves et le sommeil.
Fabio était entièrement réveillé, son esprit et sa conscience avaient rejoint le ici et le maintenant, mais il garda volontiers encore les paupières fermées un moment. Il avait conscience que bientôt, les doigts de Nadjma qui parcouraient sa peau n'allaient plus qu'appartenir à sa mémoire, qu'à défaut de les sentir, il pourrait tout en plus s'en souvenir. Tout à coup, on souffla près de son oreille :
– Allez viens, on n'a pas l'éternité.
La voix était qui les enveloppaient était si douce, les mots pourtant si tranchants de réalité. Nadjma avait raison. Il devait se lever, se laver, s'habiller, manger. Il avait raté la première moitié de la journée de vie parmi les éveillés, il ne pouvait pas réellement se permettre de manquer la deuxième qui allait débuter une fois que les températures allaient à nouveau dégringoler de quelques degrés.
685
Fab’ulous
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