Le contour des ténèbres
Je me rends compte une demi-seconde trop tard qu'il s'est arrêté. À mon tour, donc, de m'immobiliser dans un soupir pour l'observer faire son caprice. Il me parait ridicule ainsi planté au milieu du trottoir, les cheveux soulevés par un vent traite qui s'infiltre sous les vêtements et qui fait chanter les vagues en contre-bas. Et voilà que Lukas Sharp fait de nouvelle fois preuve de toute l'étendue de sa bêtise. Et quel ton employé ! Un sarcasme qui, dans sa bouche, passe pour une plainte d'enfant gâté.
Le talon de mes bottines frappent la pierre jusqu'à lui ; je prends la parole en même temps que je m'avance.
« Que je te dise ce que j'ai à te dire ? »
Mon visage est traversé par une grimace moqueuse, mes yeux se plantent dans les siens. Je le domine de toute ma taille. Et pas que de ma taille, pour être sincère. Je m'arrête à un pas de lui, un mètre tout au plus, et me retiens de le saisir par le col pour le secouer sèchement.
« C'est toi qui m'a écrit, c'est toi qui a des choses à me dire et à me demander. Et ça commence très mal si tu es incapable de jouer le jeu et de répondre aux questions que je te pose. Ça fait à peine cinq minutes qu'on est ensemble et tu commences déjà à te plaindre ? »
Je le toise sévèrement, aussi froide qu'un bloc de glace.
« T'en as marre de te promener dans la ville ? T'en as marre de ma façon de faire ? Fais demi-tour, alors, répliqué-je durement, parce que je ne changerai pas pour toi. »
Mes mots flottent entre nous, cassants et chargés d'un agacement que je ne compte pas camoufler. Je ne perds pas pour autant mon calme. Je ne sais pas à quoi il est en train de jouer, mais je suis persuadée que sa curiosité est sincère. On ne contacte pas une fille dont on ne sait quasiment rien pour lui poser une question sur un sujet si sensible quand on n'est pas extrêmement motivé. Et on n'accepte pas non plus de la rencontrer sur ses vacances si on ne souhaite pas ardemment avoir des réponses. Je suis persuadée que ce gamin sait que je suis la seule personne qui pourrait satisfaire sa curiosité, évidemment que je le suis.
Je ne comprends pas pourquoi il est aussi insolent, aussi récalcitrant. Je me souviens de son audace, évidemment, mais là c'est d'un niveau au-dessus : il est agaçant. Est-il en train de tester mes limites ? Peut-être pour me forcer à l'abandonner sur place. Regrette-t-il d'avoir souhaité me rencontrer ? A-t-il peur ? Peur de moi ou de ce qu'il pourrait apprendre ? Sans doute un peu des deux. Tant mieux. Je considère la peur comme un avantage : elle me donne du pouvoir sur lui. La seule chose que je désire, maintenant, c'est atteindre l'endroit que j'ai en tête, m'asseoir et enfin cesser ces enfantillages pour parler sérieusement. Mais on ne risque pas d'y arriver s'il continue d'être si agaçant.
« Bouge-toi, » sifflé-je en accompagnant mes mots d'un regard noir.
Je me retourne dans un mouvement de cape et m'insère dans la rue qui longe le Rempart Taylor. Je marche à grands pas, beaucoup plus rapidement que tout à l'heure et ne me retourne pas pour savoir si le gosse a décidé ou non de me suivre. Je sais de toute manière qu'il le fera.
Le talon de mes bottines frappent la pierre jusqu'à lui ; je prends la parole en même temps que je m'avance.
« Que je te dise ce que j'ai à te dire ? »
Mon visage est traversé par une grimace moqueuse, mes yeux se plantent dans les siens. Je le domine de toute ma taille. Et pas que de ma taille, pour être sincère. Je m'arrête à un pas de lui, un mètre tout au plus, et me retiens de le saisir par le col pour le secouer sèchement.
« C'est toi qui m'a écrit, c'est toi qui a des choses à me dire et à me demander. Et ça commence très mal si tu es incapable de jouer le jeu et de répondre aux questions que je te pose. Ça fait à peine cinq minutes qu'on est ensemble et tu commences déjà à te plaindre ? »
Je le toise sévèrement, aussi froide qu'un bloc de glace.
« T'en as marre de te promener dans la ville ? T'en as marre de ma façon de faire ? Fais demi-tour, alors, répliqué-je durement, parce que je ne changerai pas pour toi. »
Mes mots flottent entre nous, cassants et chargés d'un agacement que je ne compte pas camoufler. Je ne perds pas pour autant mon calme. Je ne sais pas à quoi il est en train de jouer, mais je suis persuadée que sa curiosité est sincère. On ne contacte pas une fille dont on ne sait quasiment rien pour lui poser une question sur un sujet si sensible quand on n'est pas extrêmement motivé. Et on n'accepte pas non plus de la rencontrer sur ses vacances si on ne souhaite pas ardemment avoir des réponses. Je suis persuadée que ce gamin sait que je suis la seule personne qui pourrait satisfaire sa curiosité, évidemment que je le suis.
Je ne comprends pas pourquoi il est aussi insolent, aussi récalcitrant. Je me souviens de son audace, évidemment, mais là c'est d'un niveau au-dessus : il est agaçant. Est-il en train de tester mes limites ? Peut-être pour me forcer à l'abandonner sur place. Regrette-t-il d'avoir souhaité me rencontrer ? A-t-il peur ? Peur de moi ou de ce qu'il pourrait apprendre ? Sans doute un peu des deux. Tant mieux. Je considère la peur comme un avantage : elle me donne du pouvoir sur lui. La seule chose que je désire, maintenant, c'est atteindre l'endroit que j'ai en tête, m'asseoir et enfin cesser ces enfantillages pour parler sérieusement. Mais on ne risque pas d'y arriver s'il continue d'être si agaçant.
« Bouge-toi, » sifflé-je en accompagnant mes mots d'un regard noir.
Je me retourne dans un mouvement de cape et m'insère dans la rue qui longe le Rempart Taylor. Je marche à grands pas, beaucoup plus rapidement que tout à l'heure et ne me retourne pas pour savoir si le gosse a décidé ou non de me suivre. Je sais de toute manière qu'il le fera.
Le contour des ténèbres
Alors que ma posture et le ton que j'emprunte à d'autres me donnent l'impression de prendre le dessus, la réponse que j'obtiens m'écrase et m'enfonce dans le sol. C'est à sa manière de se retourner que je comprends que je suis allé trop loin, avant même qu'elle ne dise quoi que ce soit. Sa gestuelle, son regard et sa posture parlent autant que Valerion. Un langage teinté de tout ce qui m'attire.
J'ai appris à tenir le regard des femmes à l'autorité bien ancrée, et celui de Bristyle n'échappe pas à la règle. En revanche, parler, répondre, ou contester n'est plus une option. Je déglutis, sers les poings enfouis dans mes poches et la laisse m'envelopper de sa froideur. Cette froideur qui me réchauffe. Je prends une grande inspiration pour me réguler, retiens le tout pour m'empêcher de partir et expire sans rien dire. La remontrance est terminée et c'est un ordre qui met fin à ma crise d'enfant gâté. La voix de Valerion vient se poser dessus et je peux l'entendre me dire "Bougez-vous, Sharp !". Alors même si la cape qui se retourne devant moi n'est pas la sienne, celle-ci m'invite à la suivre et je ne me fais pas prier pour la rattraper. Je dois y mettre plus de force, mes pas doivent s'étendre davantage pour l'atteindre, mais je me retiens de râler une énième fois.
Je l'observe, analyse ses traits, cherche la colère sur sa mâchoire crispée, l'agacement sur ses sourcils froncés et le mutisme sur ses lèvres crispées. Si les informations ne peuvent venir d'elle, alors elles viendront de moi. Je lui offre sur un plateau tout ce que j'ai, sans poser de questions. Elle rebondira sur ce qu'elle veut, mais pour attirer son attention, je lâche ce qui la fera ralentir ce rythme effréné qu'elle tente de m'imposer. Si je peux gagner quelques secondes pour ne pas courir haletant derrière elle, je dois le tenter.
« Valerion a quitté Poudlard, lâché-je en scrutant la moindre réaction qui de me permettra de qualifier leur relation. Si elle est étonnée, c'est qu'elle ne savait pas et qu'elle ne lui est pas si importante. Si elle ne l'est pas, alors... Elle est partie parce qu'elle est enceinte du concierge de l'école. Tu te rends com... Je m'arrête net, préférant éviter les commentaires enfantins qui l'agacent. Un concierge donc qui est un mage noir. Je tends mon pouce pour énumérer tout ce qui le caractérise. Qui réside au château au milieu d'enfants. Mon index hésite à se lever, doutant du choc que cela pourrait engendrer chez Bristyle. Et qui peut impunément jeter des sorts obscurs sans que personne ne soit au courant. Je repense à son autel étrange pour appeler les morts et me résigne à le mentionner. Elle s'en moquerait sûrement et l'idée me vexe déjà. »
J'ai très envie de l'interroger sur ce bébé. S'il peut être lui aussi un mage noir, mais qu'est-ce qu'elle en saurait après tout ? Je ne regarde même plus où vont mes pieds. Je pourrais tomber à tout moment, me prendre un poteau en pleine figure car il n'y a, à cet instant précis, rien de plus intéressant que les émotions et réactions qui passe sur le visage d'Aelle.
J'ai appris à tenir le regard des femmes à l'autorité bien ancrée, et celui de Bristyle n'échappe pas à la règle. En revanche, parler, répondre, ou contester n'est plus une option. Je déglutis, sers les poings enfouis dans mes poches et la laisse m'envelopper de sa froideur. Cette froideur qui me réchauffe. Je prends une grande inspiration pour me réguler, retiens le tout pour m'empêcher de partir et expire sans rien dire. La remontrance est terminée et c'est un ordre qui met fin à ma crise d'enfant gâté. La voix de Valerion vient se poser dessus et je peux l'entendre me dire "Bougez-vous, Sharp !". Alors même si la cape qui se retourne devant moi n'est pas la sienne, celle-ci m'invite à la suivre et je ne me fais pas prier pour la rattraper. Je dois y mettre plus de force, mes pas doivent s'étendre davantage pour l'atteindre, mais je me retiens de râler une énième fois.
Je l'observe, analyse ses traits, cherche la colère sur sa mâchoire crispée, l'agacement sur ses sourcils froncés et le mutisme sur ses lèvres crispées. Si les informations ne peuvent venir d'elle, alors elles viendront de moi. Je lui offre sur un plateau tout ce que j'ai, sans poser de questions. Elle rebondira sur ce qu'elle veut, mais pour attirer son attention, je lâche ce qui la fera ralentir ce rythme effréné qu'elle tente de m'imposer. Si je peux gagner quelques secondes pour ne pas courir haletant derrière elle, je dois le tenter.
« Valerion a quitté Poudlard, lâché-je en scrutant la moindre réaction qui de me permettra de qualifier leur relation. Si elle est étonnée, c'est qu'elle ne savait pas et qu'elle ne lui est pas si importante. Si elle ne l'est pas, alors... Elle est partie parce qu'elle est enceinte du concierge de l'école. Tu te rends com... Je m'arrête net, préférant éviter les commentaires enfantins qui l'agacent. Un concierge donc qui est un mage noir. Je tends mon pouce pour énumérer tout ce qui le caractérise. Qui réside au château au milieu d'enfants. Mon index hésite à se lever, doutant du choc que cela pourrait engendrer chez Bristyle. Et qui peut impunément jeter des sorts obscurs sans que personne ne soit au courant. Je repense à son autel étrange pour appeler les morts et me résigne à le mentionner. Elle s'en moquerait sûrement et l'idée me vexe déjà. »
J'ai très envie de l'interroger sur ce bébé. S'il peut être lui aussi un mage noir, mais qu'est-ce qu'elle en saurait après tout ? Je ne regarde même plus où vont mes pieds. Je pourrais tomber à tout moment, me prendre un poteau en pleine figure car il n'y a, à cet instant précis, rien de plus intéressant que les émotions et réactions qui passe sur le visage d'Aelle.
Fiche PR - 4e année RP
Le contour des ténèbres
Le rythme que je m’impose fait danser autour de mon corps ; les pans claquent régulièrement contre mes mollets, me forçant à garder les bras légèrement écartés le long des hanches pour que le tissu ne s’enroule pas autour de mes jambes — il ne faudrait pas que je m’étale sur les pavés devant Lukas Sharp, c'en serait terminé de la maigre autorité que je possède sur lui.
L’immense ombre du rempart nous avale lorsqu’il me rejoint en trottinant. Le ciel est quasiment indiscernable dans la petite ruelle dans laquelle nous nous trouvons. Pas âme qui vive, pas un bruit, si ce n’est celui de nos pas sur les pavés humides. À une centaine de mètres, un carré de lumière s’étire sur le sol, preuve qu’à cet endroit la muraille laisse place à une ouverture qui nous permettra de quitter les quartiers chics de la ville pour atteindre ceux plus anciens et plus discrets qui se trouvent au-delà.
Puisque celui qui me suit est un enfant — rappelons qu’il vient de me faire une crise d’enfant gâté — et qu’il est bien plus petit que moi, j’aurais deviné même sans le voir se hâter à mes côtés que le rythme que je lui impose le met en difficulté. Le voir essayer de se maintenir mon allure me fait méchamment plaisir et je n’ai pas la moindre intention de ralentir. C’est comme si en le forçant à me courir après, je le mettais face à sa propre position : il est ignorant, je suis celle qui sait, alors il a intérêt à surveiller son comportement s’il ne veut pas que je le plante comme un idiot tout seul dans cette grande ville.
Et puis soudainement, il ouvre la bouche. Mon cœur réagit violemment quand il entend le prénom, car cette fois-ci, il est accompagné d’une suite qui rend le tout choquant. Je jette un regard froissé d'émotions en biais à Sharp pour essayer de déceler le mensonge ou une quelconque vilenie en lui. Il continue de parler, persuadé que ce qu’il me dit a de l’importance, mais mon esprit est resté bloqué sur la première information. Valerion, partie ? Valerion, enceinte ? De ce fameux terrible, horrible, si méchant concierge qui a l’outrecuidance d’être un mage noir, oui-oui-un-véritable-mage-noir-j’en-suis-persuadé-parce-que-je-l’ai-lu-dans-un-carnet ?
Mes sourcils se froncent un peu plus fort, mes lèvres se pincent davantage également et le rythme de mes pas, au lieu de ralentir sous le choc de ce que je viens d’apprendre, s’accélère au contraire. À chaque fois que mon talon frappe comme le sol, je me souviens un peu plus de cette confrontation que j’ai eue avec mon ancienne professeure il y a quelques mois. Et à chaque pas, l’injustice que je ressens prend un peu plus d’ampleur.
Il me faut quelques secondes pour m’extirper de ce drôle de sentiment pour retrouver un peu de raison : Sharp a une forte tendance à tout exagérer. Le mage noir qu’il décrit n’est peut-être qu’un concierge au caractère un peu trop dur et cruel ; le bébé que porte censément Valerion n’est sans doute qu’un ventre gonflé ; quant au fait que la femme soit partie ? Bah, peut-être est-elle seulement absente pour une durée déterminée ! En même temps que je trouve une explication à tous les aveux incohérents du garçon, le rythme de mes pas ralentit sans que j’en prenne conscience. Lorsque je me tourne vers Sharp, c’est pour lui offrir deux sourcils froncés et un regard toujours aussi noir.
« Tu mélanges tout, Sharp. Si t’es venu parce que tu t’inquiètes pour ta professeure que tu sembles excessivement apprécier... » Je sais que cette pique le touchera quelque part. Je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis persuadée. « Tu t'adresses à la mauvaise personne, j'ai aucune intention de te rassurer, je suis pas là pour ça. »
Il y une brutalité dans mon ton que moi-même je ne comprends pas. Elle s’accompagne de l’apparition soudaine d’une image dans mon esprit. Celle d’une femme en contre-jour qui me regarde sans que je ne puisse pour autant voir ses yeux. Une silhouette étroite, tout de noir habillée. À en croire mon cœur qui se serre subitement, cette drôle de vision n’est pas une simple invention de mon esprit. Et je suis persuadée que malgré tout ce que ma tête veut me faire croire, cette silhouette n’est pas celle de Sixtine Valerion. Je sais sans pouvoir remettre en question cette pensée qui me vient de je ne sais où que l’idée même d’une femme qui s’en va en laissant derrière elle un gamin qui l’apprécie un peu trop pour son bien me fait énormément de mal. Alors même que je n’ai jamais vécu pareille situation !
Je reprends brutalement mon souffle, les lèvres entrouvertes, pour jeter au garçon :
« Tu bloques sur ce supposé mage noir alors que c’est pas pour ça que tu as voulu me voir. Tu n’as pas envie que je te confirme si un inconnu manipule ou non ce type de magie, tu as envie de comprendre ce qu’elle est. »
Je lui lance un regard acéré, les traits figé dans un masque inflexible motivé par l’image de cette femme qui ne veut pas me quitter et qui n’a rien à voir avec Sharp.
Le temps que je prononce ces quelques phrases, nos pas nous ont mené aux abords de l’ouverture dans le rempart. Une soudaine luminosité nous avale. Ici, les passants sont plus nombreux, ils se croisent pour entrer ou sortir de la cité, tous enveloppés par des capes et des écharpes. Je me glisse hors de la ville, surveillant cette fois-ci que le Poufsouffle me suit de près.
« Et vu les inepties que tu racontes à propos de ça depuis tout à l’heure, lui soufflé-je, tu as bien besoin qu’on t’explique ce qu’elle est réellement. »
L’immense ombre du rempart nous avale lorsqu’il me rejoint en trottinant. Le ciel est quasiment indiscernable dans la petite ruelle dans laquelle nous nous trouvons. Pas âme qui vive, pas un bruit, si ce n’est celui de nos pas sur les pavés humides. À une centaine de mètres, un carré de lumière s’étire sur le sol, preuve qu’à cet endroit la muraille laisse place à une ouverture qui nous permettra de quitter les quartiers chics de la ville pour atteindre ceux plus anciens et plus discrets qui se trouvent au-delà.
Puisque celui qui me suit est un enfant — rappelons qu’il vient de me faire une crise d’enfant gâté — et qu’il est bien plus petit que moi, j’aurais deviné même sans le voir se hâter à mes côtés que le rythme que je lui impose le met en difficulté. Le voir essayer de se maintenir mon allure me fait méchamment plaisir et je n’ai pas la moindre intention de ralentir. C’est comme si en le forçant à me courir après, je le mettais face à sa propre position : il est ignorant, je suis celle qui sait, alors il a intérêt à surveiller son comportement s’il ne veut pas que je le plante comme un idiot tout seul dans cette grande ville.
Et puis soudainement, il ouvre la bouche. Mon cœur réagit violemment quand il entend le prénom, car cette fois-ci, il est accompagné d’une suite qui rend le tout choquant. Je jette un regard froissé d'émotions en biais à Sharp pour essayer de déceler le mensonge ou une quelconque vilenie en lui. Il continue de parler, persuadé que ce qu’il me dit a de l’importance, mais mon esprit est resté bloqué sur la première information. Valerion, partie ? Valerion, enceinte ? De ce fameux terrible, horrible, si méchant concierge qui a l’outrecuidance d’être un mage noir, oui-oui-un-véritable-mage-noir-j’en-suis-persuadé-parce-que-je-l’ai-lu-dans-un-carnet ?
Mes sourcils se froncent un peu plus fort, mes lèvres se pincent davantage également et le rythme de mes pas, au lieu de ralentir sous le choc de ce que je viens d’apprendre, s’accélère au contraire. À chaque fois que mon talon frappe comme le sol, je me souviens un peu plus de cette confrontation que j’ai eue avec mon ancienne professeure il y a quelques mois. Et à chaque pas, l’injustice que je ressens prend un peu plus d’ampleur.
Il me faut quelques secondes pour m’extirper de ce drôle de sentiment pour retrouver un peu de raison : Sharp a une forte tendance à tout exagérer. Le mage noir qu’il décrit n’est peut-être qu’un concierge au caractère un peu trop dur et cruel ; le bébé que porte censément Valerion n’est sans doute qu’un ventre gonflé ; quant au fait que la femme soit partie ? Bah, peut-être est-elle seulement absente pour une durée déterminée ! En même temps que je trouve une explication à tous les aveux incohérents du garçon, le rythme de mes pas ralentit sans que j’en prenne conscience. Lorsque je me tourne vers Sharp, c’est pour lui offrir deux sourcils froncés et un regard toujours aussi noir.
« Tu mélanges tout, Sharp. Si t’es venu parce que tu t’inquiètes pour ta professeure que tu sembles excessivement apprécier... » Je sais que cette pique le touchera quelque part. Je ne sais pas pourquoi, mais j'en suis persuadée. « Tu t'adresses à la mauvaise personne, j'ai aucune intention de te rassurer, je suis pas là pour ça. »
Il y une brutalité dans mon ton que moi-même je ne comprends pas. Elle s’accompagne de l’apparition soudaine d’une image dans mon esprit. Celle d’une femme en contre-jour qui me regarde sans que je ne puisse pour autant voir ses yeux. Une silhouette étroite, tout de noir habillée. À en croire mon cœur qui se serre subitement, cette drôle de vision n’est pas une simple invention de mon esprit. Et je suis persuadée que malgré tout ce que ma tête veut me faire croire, cette silhouette n’est pas celle de Sixtine Valerion. Je sais sans pouvoir remettre en question cette pensée qui me vient de je ne sais où que l’idée même d’une femme qui s’en va en laissant derrière elle un gamin qui l’apprécie un peu trop pour son bien me fait énormément de mal. Alors même que je n’ai jamais vécu pareille situation !
Je reprends brutalement mon souffle, les lèvres entrouvertes, pour jeter au garçon :
« Tu bloques sur ce supposé mage noir alors que c’est pas pour ça que tu as voulu me voir. Tu n’as pas envie que je te confirme si un inconnu manipule ou non ce type de magie, tu as envie de comprendre ce qu’elle est. »
Je lui lance un regard acéré, les traits figé dans un masque inflexible motivé par l’image de cette femme qui ne veut pas me quitter et qui n’a rien à voir avec Sharp.
Le temps que je prononce ces quelques phrases, nos pas nous ont mené aux abords de l’ouverture dans le rempart. Une soudaine luminosité nous avale. Ici, les passants sont plus nombreux, ils se croisent pour entrer ou sortir de la cité, tous enveloppés par des capes et des écharpes. Je me glisse hors de la ville, surveillant cette fois-ci que le Poufsouffle me suit de près.
« Et vu les inepties que tu racontes à propos de ça depuis tout à l’heure, lui soufflé-je, tu as bien besoin qu’on t’explique ce qu’elle est réellement. »
Le contour des ténèbres
Elle ne savait pas. Je le vois en elle tel un Legilimens confirmé, et je ne peux empêcher le sourire qui se dessine sur mon visage. Un sourire soulagé d'avoir encore une place de choix dans la vie de celle qui s'est enfuie ; un sourire arrogant d'avoir plus d'importance qu'une adulte et un sourire satisfait d'être le messager d'une telle annonce. Je lis en elle tout ce que j'espérais y lire, mais n'entends rien de ce que j'aurais voulu entendre. Je fronce les sourcils face à ce reproche qu'elle me fait. En quoi je mélange tout ? Pourquoi n'est-ce jamais assez bien ? Je donne tout ce que je peux pour ne pas me vexer, pour ne pas imploser et tirer sur sa cape, de rage. Il lui suffit d'une phrase pour tout couper. Ta professeure que tu sembles excessivement apprécier. Mes joues rougissent d'abord de honte, perturbé par un tel commentaire, par ce choix d'adverbe : excessivement. Comment peut-on apprécier quelqu'un excessivement ? Et puis, c'est complètement faux ! Elle n'y comprend rien de toute façon.
« J'ai pas besoin que tu me rassures, bougonné-je le menton baissé, toujours vexé par cette mise à nu qu'elle m'impose. »
Lorsque son discours reprend, je relève les yeux sur elle et fais face à l'injustice de la situation : ne pas être pris au sérieux. S'il y avait bien une personne que je pensais y croirait, c'était elle. Je dois bien me rendre à l'évidence que lorsque l'information passe par moi, on ne me croit pas. Le château entier ne m'a pas cru. Je ne suis pas le gentil Poufsouffle sage, je ne suis pas l'élève modèle. Je ne suis pas Ernest, Narcisse ou encore Elijah. Je veux répliquer, hurler, mais sa dernière phrase m'intrigue.
Comprendre ce qu'elle est. La phrase résonne dans ma tête comme le titre d'un cours annoncé par un professeur. Je me redresse du mieux que je peux. Je ravale mes enfantillages et ma fierté, et reste silencieux. Je veux savoir. Tout ce qu'il y a à savoir, je le veux.
Je secoue la tête, balaye les lieux à la recherche d'oreilles indiscrètes et plante mes yeux dans les siens. Mon parchemin mental est prêt à tout noter.
« Je t'écoute, annoncé-je d'un ton calme et déterminé. »
« J'ai pas besoin que tu me rassures, bougonné-je le menton baissé, toujours vexé par cette mise à nu qu'elle m'impose. »
Lorsque son discours reprend, je relève les yeux sur elle et fais face à l'injustice de la situation : ne pas être pris au sérieux. S'il y avait bien une personne que je pensais y croirait, c'était elle. Je dois bien me rendre à l'évidence que lorsque l'information passe par moi, on ne me croit pas. Le château entier ne m'a pas cru. Je ne suis pas le gentil Poufsouffle sage, je ne suis pas l'élève modèle. Je ne suis pas Ernest, Narcisse ou encore Elijah. Je veux répliquer, hurler, mais sa dernière phrase m'intrigue.
Comprendre ce qu'elle est. La phrase résonne dans ma tête comme le titre d'un cours annoncé par un professeur. Je me redresse du mieux que je peux. Je ravale mes enfantillages et ma fierté, et reste silencieux. Je veux savoir. Tout ce qu'il y a à savoir, je le veux.
Je secoue la tête, balaye les lieux à la recherche d'oreilles indiscrètes et plante mes yeux dans les siens. Mon parchemin mental est prêt à tout noter.
« Je t'écoute, annoncé-je d'un ton calme et déterminé. »
Fiche PR - 4e année RP
Le contour des ténèbres
Menton baissé, il ne peut pas voir le regard dubitatif que je fais peser sur le sommet de son crâne. Un regard souligné d’un sourire léger comme les flocons de neige épars qui voltigent au-dessus de nos têtes. Mais léger, il n’en a que l’apparence ; en réalité, ce sourire est de nature beaucoup plus insidieuse : le ton de sa voix me laisse deviner que ma pique a eu l’effet escompté. Je me sens fière, comme si j’avais gagné une bataille ou pris de l’avance. La fierté d'avoir pu cogner là où ça fait mal. Je ne connais pas grand-chose de ce garçon, pourtant je sais exactement ce qu’il doit ressentir, ainsi mis face au grand attachement qu’il semble ressentir pour sa professeure. Honteux. Déstabilisé. Moi-même n’ai jamais ressenti autre chose lorsque j’étais confrontée à mon attachement pour… Il y a plusieurs années, ou peut-être très récemment. Un sentiment qui fait gonfler le cœur parfois et qui l'écrase cruellement d'autres fois. Une émotion qui envahit tout. Qui devient la seule chose qui compte. Qui était-ce ?
Je relève la tête lorsqu’il bouge la sienne. La vieille ville se dévoile à nous, avec ses toits anciens recouverts de neige et ses pavés abîmés. Je me concentre sur le décor pour ne pas avoir à songer à ce qu’il se passe dans ma tête et qui me noue les entrailles. Ce n’est pas le moment de me déconcentrer, pas alors que je suis en compagnie du garçon, pas alors qu’un sujet si important doit être soulevé. Je respire longuement par le nez, m’enhardissant de l’odeur glaciale de la neige et de l’hiver, sans parvenir totalement à dénouer le nœud dans mon ventre.
Sharp essaie d’avoir l’air déterminé. C’est à peine si je lui rends son regard, poursuivant mon chemin en bifurquant dans une petite rue. Je laisse planer son « Je t’écoute » sur quelques mètres avant de marmonner à mi-voix :
« Pas encore, on y est presque. »
Sous-entendu : patiente encore un peu, ça fait plusieurs fois que je te dis que je n’ai pas envie d’évoquer ce sujet à portée d’oreille du premier venu.
La ruelle nous emmène aux abords du village. Ici, quelques maisons font face à une immense étendue neigeuse qui s’étire sur le lointain. L’Écosse nous tend les bras, avec ses paysages escarpés et son ciel bas qui nous étouffe de sa proximité. Nous pourrions nous éloigner sur des kilomètres sans rencontrer âme qui vive. Mais je me détourne de cet horizon esseulé pour contourner le village sur quelques mètres. Derrière les maisons, derrière les dernières façades aux volets ouverts ou croisés, se trouvent quelques vieilles bâtisses abandonnées qui n’ont plus vu la lumière du jour depuis des années. Là, entre deux bâtiments faits de pierres branlantes, une ruine tout ce qu’il y a de plus misérable. Des poutres tombées, des briques à la renverse, du bric-à-brac recouvert de neige, de terre et de poussière.
Je m’arrête devant et lance un regard goguenard au garçon qui m’accompagne et qui devait certainement s’attendre à davantage de confort. C’est loupé. Puisque je n’ai pas la patience d’attendre qu’il trouve la bonne manière de pénétrer dans les ruines de ce qui a dû être un jour un salon, je le devance. J’enjambe un perron d’entrée fracassé, me baisse pour passer sous une poutre et m’enfonce dans l’obscurité de la pièce protégée du plus gros des éléments par un tiers de toit qui a survécu au temps et au délabrement. Sans attendre je dégaine ma baguette magique.
« A… »
Je m’interromps subitement en me retournant vers le petit Poufsouffle. Je lui lance un regard plein de défi. Plantée au milieu des débris, le menton dressé avec orgueil, le visage aussi froid que le vent glacial qui souffle depuis l'horizon :
« Comment s’appelle le sortilège pour que personne ne puisse entendre notre conversation ? »
S’il n’est pas capable de me donner la réponse, je serais bien capable de les planter là, lui et son ignorance.
Je relève la tête lorsqu’il bouge la sienne. La vieille ville se dévoile à nous, avec ses toits anciens recouverts de neige et ses pavés abîmés. Je me concentre sur le décor pour ne pas avoir à songer à ce qu’il se passe dans ma tête et qui me noue les entrailles. Ce n’est pas le moment de me déconcentrer, pas alors que je suis en compagnie du garçon, pas alors qu’un sujet si important doit être soulevé. Je respire longuement par le nez, m’enhardissant de l’odeur glaciale de la neige et de l’hiver, sans parvenir totalement à dénouer le nœud dans mon ventre.
Sharp essaie d’avoir l’air déterminé. C’est à peine si je lui rends son regard, poursuivant mon chemin en bifurquant dans une petite rue. Je laisse planer son « Je t’écoute » sur quelques mètres avant de marmonner à mi-voix :
« Pas encore, on y est presque. »
Sous-entendu : patiente encore un peu, ça fait plusieurs fois que je te dis que je n’ai pas envie d’évoquer ce sujet à portée d’oreille du premier venu.
La ruelle nous emmène aux abords du village. Ici, quelques maisons font face à une immense étendue neigeuse qui s’étire sur le lointain. L’Écosse nous tend les bras, avec ses paysages escarpés et son ciel bas qui nous étouffe de sa proximité. Nous pourrions nous éloigner sur des kilomètres sans rencontrer âme qui vive. Mais je me détourne de cet horizon esseulé pour contourner le village sur quelques mètres. Derrière les maisons, derrière les dernières façades aux volets ouverts ou croisés, se trouvent quelques vieilles bâtisses abandonnées qui n’ont plus vu la lumière du jour depuis des années. Là, entre deux bâtiments faits de pierres branlantes, une ruine tout ce qu’il y a de plus misérable. Des poutres tombées, des briques à la renverse, du bric-à-brac recouvert de neige, de terre et de poussière.
Je m’arrête devant et lance un regard goguenard au garçon qui m’accompagne et qui devait certainement s’attendre à davantage de confort. C’est loupé. Puisque je n’ai pas la patience d’attendre qu’il trouve la bonne manière de pénétrer dans les ruines de ce qui a dû être un jour un salon, je le devance. J’enjambe un perron d’entrée fracassé, me baisse pour passer sous une poutre et m’enfonce dans l’obscurité de la pièce protégée du plus gros des éléments par un tiers de toit qui a survécu au temps et au délabrement. Sans attendre je dégaine ma baguette magique.
« A… »
Je m’interromps subitement en me retournant vers le petit Poufsouffle. Je lui lance un regard plein de défi. Plantée au milieu des débris, le menton dressé avec orgueil, le visage aussi froid que le vent glacial qui souffle depuis l'horizon :
« Comment s’appelle le sortilège pour que personne ne puisse entendre notre conversation ? »
S’il n’est pas capable de me donner la réponse, je serais bien capable de les planter là, lui et son ignorance.
Le contour des ténèbres
Je n'ai jamais été autant dans le contrôle de mes émotions, sauf peut-être durant mes cours privés de Défense. Je lui prête la casquette de professeure un instant, je la laisse me diriger alors qu'il y a cinq minutes j'en étais incapable. Il semblerait que nos deux fiertés se soient mises sur pause le temps des quelques mètres restants.
En arrivant sur les lieux de ce qui semblerait être mon futur lieu de cours, j'observe ce qui l'entoure. Ce n'est pas une rue où j'ai l'habitude de venir, et à en juger les débris qui jonchent le sol, ce n'est sûrement pas un lieu où l'on a envie de trainer. Cela colle bien à l'image de celle qui me guide : être là où on l'attend le moins, et pourtant, être au seul endroit où elle pourrait être.
Je lève prudemment les pieds et grimace en voyant mes chaussures se recouvrir d'un blanc poussiéreux, laissant ainsi fondre les derniers flocons de neige. J'entends déjà ma mère me demander où j'ai bien pu mettre les pieds pour les salir ainsi. Tant pis, l'aventure d'un enfant de douze ans qui s'amuse lui suffira. Depuis sa rencontre avec Valerion, l'été dernier, elle ne s'inquiète plus de rien et cela me va bien. Faire confiance en une femme qui n'a aucune parole et qui a disparu était illusoire, mais m'est utile. Hors de question donc d'y changer quoi que ce soit.
Plus j'observe les contours de cet endroit délabré, plus je me demande combien de temps encore je pourrai contenir mon agacement. Celle qui doit avoir autant de qualités de Poufsouffle que moi aime visiblement tester ma patience. Je la suis, toujours silencieux, l'imite lorsqu'elle se baisse - bien que ma taille pourrait clairement me priver de cette action - et tourne lorsqu'elle s'enfonce dans une autre pièce. Je m'apprête finalement à parler, à briser ce silence qui me déplaît pour lui demander ce qu'est cet endroit, mais me ravise lorsque je la vois sortir sa baguette. Je ne sais pas pourquoi, durant une seconde, je crains qu'elle ne la pointe vers moi. Son regard de défi, je le connais. Mais là, je n'ai pas de quoi me défendre, cela me semblerait injuste que je...
Sa question me fait aussitôt sourire et replonger en salle commune. Impossible à oublier ce moment de confession ; ce moment où elle a lancé ce sortilège du bourdonnement pour que je puisse parler sans être entendu.
« Pour qui tu me prends, Bristyle ?, lui lâché-je tout en lui rendant son regard de défi, accompagné d'un sourire en coin. Assurdiato. D'autres questions ? »
Je suis prêt à répondre à chacune de ses questions, pris par ce petit jeu. Mon sourire ne me quitte pas. Je m'assieds sur un objet non identifié qui semble être le plus confortable pour soutenir le corps d'un enfant de douze ans, et croise les bras sans la quitter du regard. Je la laisse guider une nouvelle fois, hors de question de risquer qu'elle s'en aille et me laisse là-dedans.
En arrivant sur les lieux de ce qui semblerait être mon futur lieu de cours, j'observe ce qui l'entoure. Ce n'est pas une rue où j'ai l'habitude de venir, et à en juger les débris qui jonchent le sol, ce n'est sûrement pas un lieu où l'on a envie de trainer. Cela colle bien à l'image de celle qui me guide : être là où on l'attend le moins, et pourtant, être au seul endroit où elle pourrait être.
Je lève prudemment les pieds et grimace en voyant mes chaussures se recouvrir d'un blanc poussiéreux, laissant ainsi fondre les derniers flocons de neige. J'entends déjà ma mère me demander où j'ai bien pu mettre les pieds pour les salir ainsi. Tant pis, l'aventure d'un enfant de douze ans qui s'amuse lui suffira. Depuis sa rencontre avec Valerion, l'été dernier, elle ne s'inquiète plus de rien et cela me va bien. Faire confiance en une femme qui n'a aucune parole et qui a disparu était illusoire, mais m'est utile. Hors de question donc d'y changer quoi que ce soit.
Plus j'observe les contours de cet endroit délabré, plus je me demande combien de temps encore je pourrai contenir mon agacement. Celle qui doit avoir autant de qualités de Poufsouffle que moi aime visiblement tester ma patience. Je la suis, toujours silencieux, l'imite lorsqu'elle se baisse - bien que ma taille pourrait clairement me priver de cette action - et tourne lorsqu'elle s'enfonce dans une autre pièce. Je m'apprête finalement à parler, à briser ce silence qui me déplaît pour lui demander ce qu'est cet endroit, mais me ravise lorsque je la vois sortir sa baguette. Je ne sais pas pourquoi, durant une seconde, je crains qu'elle ne la pointe vers moi. Son regard de défi, je le connais. Mais là, je n'ai pas de quoi me défendre, cela me semblerait injuste que je...
Sa question me fait aussitôt sourire et replonger en salle commune. Impossible à oublier ce moment de confession ; ce moment où elle a lancé ce sortilège du bourdonnement pour que je puisse parler sans être entendu.
« Pour qui tu me prends, Bristyle ?, lui lâché-je tout en lui rendant son regard de défi, accompagné d'un sourire en coin. Assurdiato. D'autres questions ? »
Je suis prêt à répondre à chacune de ses questions, pris par ce petit jeu. Mon sourire ne me quitte pas. Je m'assieds sur un objet non identifié qui semble être le plus confortable pour soutenir le corps d'un enfant de douze ans, et croise les bras sans la quitter du regard. Je la laisse guider une nouvelle fois, hors de question de risquer qu'elle s'en aille et me laisse là-dedans.
Fiche PR - 4e année RP
Le contour des ténèbres
Dans son sourire je trouve un souvenir. À cet instant, nous partageons le même. Il me renvoie des mois en arrière. Je retrouve les couleurs de la salle commune qui m’a accueillie pendant sept ans. Sharp, alors, m’apparaissait bien différent de l’enfant que j’ai désormais en face de moi. Qu’est-ce qui a changé ? Je n’ai pas assez bonne mémoire de ce genre de détails futiles pour me rendre compte des changements physiques qu’il a très certainement subis. Est-ce seulement son accoutrement, la présence de sa mère à ses côtés tout à l’heure, l’incongruité des retrouvailles dans un lieu qui n’a rien à voir avec l’école où nous nous voyions autrefois ? Non, la différence la plus marquante tient dans le sujet de la conversation.
Je ne réponds pas à son sourire. Lorsqu'il me donne la bonne réponse, je me contente d’un bref « mh » qui me donne l’impression d’être une usurpatrice.
« Assurdiato, » dis-je distinctement en agitant ma baguette devant moi pour installer le sortilège qui nous protégera des oreilles indiscrètes.
Pour qui je le prends ? songé-je en prenant place à mon tour sur une grosse pierre échouée sur le sol sans faire fi de la poussière qui la recouvre.
« Je te prends pour quelqu’un qui a l’air de n’entendre que la moitié des choses que je lui raconte, » articulé-je lentement une fois assise en relevant les yeux sur lui.
Je plonge la main jusqu’au coude dans ma poche et fouille parmi les objets qui s’y trouvent jusqu’à ce que mes doigts se referment sur une chose préparée spécialement pour mon entrevue avec le garçon. Je dépose un bocal vide entre nous deux, sur le sol recouvert de neige déjà à moitié fondue. Penchée en avant, je pose un regard hésitant sur Sharp ; j’allais instinctivement lui demander (pour ne pas dire ordonner) de lancer le sortilège dont nous avons besoin pour nous permettre de remplir ce bocal de flammes destinées à nous réchauffer. Il existe cependant une chance sur deux pour qu’il ignore tout de ce que j’attends de lui : je sais avoir fait cet apprentissage en seconde année, mais à quel moment ? Je préfère autant lui éviter de se ridiculiser, non pas pour l’épargner, mais parce que cela nous ferait perdre du temps. Je secoue la tête, baguette vers le bocal ; Merlin, il est en seconde année, il est si jeune, encore si ignorant, si imparfait dans sa magie. Cela me déplore.
« Hyacintus Flammas. »
De jolies flammes bleues se mettent à brûler dans le bocal, jetant des reflets spectraux sur le visage du jeune garçon assis en face de moi. Je soutiens son regard. Des questions, j’en ai des dizaines, peut-être des vingtaines. J’aimerais lui arracher tout ce qu’il sait à propos de ce soi-disant départ de Sixtine Valerion et de sa prétendue grossesse. Se pourrait-il qu’il ait raison ? Je regrette tout à coup de ne pas garder son collier sur moi. Je ressens le besoin impératif de regarder de quelle couleur il se pare. La dernière fois, il était rougeâtre. Qu'en est-il, aujourd'hui ?
Questionner, ne pas questionner ? Quoi qu'il arrive, je n'évoquerai pas notre professeure de Défense ; ce n'est ni l'endroit, ni le moment. Nous ne sommes pas là pour ça, je ne vais pas l'encourager ou il pourrait se confier à propos d'émotions et de sentiments qui le lient à la femme dont je ne veux rien savoir.
En l’espace de dix minutes, Sharp m’a prouvé que sur le sujet de la magie noire, il se situait au même point que tous les abrutis naïfs et ignorants de Grande-Bretagne : il ne s’agit pour lui que d’une magie vile et sale, qui ne peut que faire le mal et rendre mauvais ceux qui la manipulent. Magie noire est synonyme de criminel, de dangereux. Et les mages noirs devraient être rayés de la société. Voilà ce qu’il pense. Voilà ce qu’il croit. Voilà ce qui l’a motivé à venir me voir : il veut que je confirme ses croyances, que j’aille dans son sens. Il n’a certainement pas envie que je lui fasse l’apologie de la magie qui lui a ravi, selon lui, sa professeure.
Dommage.
« Des questions ? Non. »
Le mot tombe comme la nuit en hiver et reste suspendu entre nous jusqu’à ce que la suite arrive :
« Mais toi tu en as, » affirmé-je comme une invitation silencieuse à poursuivre en m’installant plus confortablement, ce qui relève de l’exploit lorsque l’on est assise sur une pierre dans une maison en ruine.
Rien de ce qui a été prononcé jusqu’ici n’a vraiment été sérieux, j’y ai veillé. Maintenant que le Sortilège de bourdonnement est lancé, les choses sérieuses commencent. Tout ce que je dirai s’inscrira dans l’esprit de cet enfant. Il pourra au choix les retenir pour avancer dans la vie et se faire une opinion plus profonde et travaillée de la magie noire… Ou il pourra aller répéter à ses parents ou d’autres oreilles attentives, et alors qui sait ce qui pourrait arriver ? Je ne suis pas en compagnie d’une âme éveillée et mature qui pose sur le monde qui l’entoure un regard avide et curieux, une personne qui pourrait tout entendre, tout comprendre, tout partager. De telles âmes n’existent plus, je l’ai compris depuis un moment. Ce n’est qu’un enfant. Les enfants ne comprennent que ce qu’ils veulent comprendre. Je vais devoir surveiller le moindre de mes mots.
Je ne réponds pas à son sourire. Lorsqu'il me donne la bonne réponse, je me contente d’un bref « mh » qui me donne l’impression d’être une usurpatrice.
« Assurdiato, » dis-je distinctement en agitant ma baguette devant moi pour installer le sortilège qui nous protégera des oreilles indiscrètes.
Pour qui je le prends ? songé-je en prenant place à mon tour sur une grosse pierre échouée sur le sol sans faire fi de la poussière qui la recouvre.
« Je te prends pour quelqu’un qui a l’air de n’entendre que la moitié des choses que je lui raconte, » articulé-je lentement une fois assise en relevant les yeux sur lui.
Je plonge la main jusqu’au coude dans ma poche et fouille parmi les objets qui s’y trouvent jusqu’à ce que mes doigts se referment sur une chose préparée spécialement pour mon entrevue avec le garçon. Je dépose un bocal vide entre nous deux, sur le sol recouvert de neige déjà à moitié fondue. Penchée en avant, je pose un regard hésitant sur Sharp ; j’allais instinctivement lui demander (pour ne pas dire ordonner) de lancer le sortilège dont nous avons besoin pour nous permettre de remplir ce bocal de flammes destinées à nous réchauffer. Il existe cependant une chance sur deux pour qu’il ignore tout de ce que j’attends de lui : je sais avoir fait cet apprentissage en seconde année, mais à quel moment ? Je préfère autant lui éviter de se ridiculiser, non pas pour l’épargner, mais parce que cela nous ferait perdre du temps. Je secoue la tête, baguette vers le bocal ; Merlin, il est en seconde année, il est si jeune, encore si ignorant, si imparfait dans sa magie. Cela me déplore.
« Hyacintus Flammas. »
De jolies flammes bleues se mettent à brûler dans le bocal, jetant des reflets spectraux sur le visage du jeune garçon assis en face de moi. Je soutiens son regard. Des questions, j’en ai des dizaines, peut-être des vingtaines. J’aimerais lui arracher tout ce qu’il sait à propos de ce soi-disant départ de Sixtine Valerion et de sa prétendue grossesse. Se pourrait-il qu’il ait raison ? Je regrette tout à coup de ne pas garder son collier sur moi. Je ressens le besoin impératif de regarder de quelle couleur il se pare. La dernière fois, il était rougeâtre. Qu'en est-il, aujourd'hui ?
Questionner, ne pas questionner ? Quoi qu'il arrive, je n'évoquerai pas notre professeure de Défense ; ce n'est ni l'endroit, ni le moment. Nous ne sommes pas là pour ça, je ne vais pas l'encourager ou il pourrait se confier à propos d'émotions et de sentiments qui le lient à la femme dont je ne veux rien savoir.
En l’espace de dix minutes, Sharp m’a prouvé que sur le sujet de la magie noire, il se situait au même point que tous les abrutis naïfs et ignorants de Grande-Bretagne : il ne s’agit pour lui que d’une magie vile et sale, qui ne peut que faire le mal et rendre mauvais ceux qui la manipulent. Magie noire est synonyme de criminel, de dangereux. Et les mages noirs devraient être rayés de la société. Voilà ce qu’il pense. Voilà ce qu’il croit. Voilà ce qui l’a motivé à venir me voir : il veut que je confirme ses croyances, que j’aille dans son sens. Il n’a certainement pas envie que je lui fasse l’apologie de la magie qui lui a ravi, selon lui, sa professeure.
Dommage.
« Des questions ? Non. »
Le mot tombe comme la nuit en hiver et reste suspendu entre nous jusqu’à ce que la suite arrive :
« Mais toi tu en as, » affirmé-je comme une invitation silencieuse à poursuivre en m’installant plus confortablement, ce qui relève de l’exploit lorsque l’on est assise sur une pierre dans une maison en ruine.
Rien de ce qui a été prononcé jusqu’ici n’a vraiment été sérieux, j’y ai veillé. Maintenant que le Sortilège de bourdonnement est lancé, les choses sérieuses commencent. Tout ce que je dirai s’inscrira dans l’esprit de cet enfant. Il pourra au choix les retenir pour avancer dans la vie et se faire une opinion plus profonde et travaillée de la magie noire… Ou il pourra aller répéter à ses parents ou d’autres oreilles attentives, et alors qui sait ce qui pourrait arriver ? Je ne suis pas en compagnie d’une âme éveillée et mature qui pose sur le monde qui l’entoure un regard avide et curieux, une personne qui pourrait tout entendre, tout comprendre, tout partager. De telles âmes n’existent plus, je l’ai compris depuis un moment. Ce n’est qu’un enfant. Les enfants ne comprennent que ce qu’ils veulent comprendre. Je vais devoir surveiller le moindre de mes mots.
Le contour des ténèbres
Aelle a le don de sortir des phrases qui m'agacent. Vraies, certes, mais agaçantes. Je n'écoute que la moitié des choses, mais peut-être parce que l'autre moitié est soporifique, peut-être qu'elle ne va pas assez à l'essentiel et mériterait d'être coupée du discours, peut-être qu'Aelle Bristyle parle un peu trop pour ne rien dire ! Je prends une grande inspiration pour calmer mon agacement qui se verrait vite rembarré si je le lui montrais, et reste silencieux face à son commentaire.
A la place, j'observe sa gestuelle, sa baguette qui se pointe librement vers ce petit bocal et la jalouse de pouvoir utiliser la magie n'importe où, n'importe quand. Le moment me paraît si long avant que je ne puisse en faire de même. J'observe avec des étoiles dans les yeux ces petites flammes bleues enfermées dans le bocal. Comme un spectacle qu'un enfant observe, je ne regarde plus que cela et souris sans m'en rendre compte. Tellement absorbé par la danse de ces flammes que je ne relève enfin la tête que lorsqu'elle m'invite à parler, à poser mes questions. Les traits de mon visage reviennent au neutre, à la réflexion au sujet noir qui occupe mon esprit depuis des semaines.
- Je ne sais ce qu'est une bonne question, Aelle. Je plonge mon regard dans le sien, je ne suis alors plus qu'un enfant qui attend d'apprendre sa leçon du jour : comment parler à une personne comme Aelle. Quels mots utiliser, quelle question éviter. Qu'est-ce qu'un mage noir ? De quoi sont-ils capables ? Est-ce qu'il y en vraiment des bons et des mauvais ? Ce sont des bonnes questions, ça ?
Mon ton est calme, posé et mes sens restes attentifs à toutes ses réactions car il faut le dire, j'apprends plus avec elle en quelques minutes sur la manière d'agir qu'avec n'importe qui. Alors je me laisse guider par la seule qui semble vouloir m'écouter, dans toute ma maladresse, ma confusion et ma colère.
A la place, j'observe sa gestuelle, sa baguette qui se pointe librement vers ce petit bocal et la jalouse de pouvoir utiliser la magie n'importe où, n'importe quand. Le moment me paraît si long avant que je ne puisse en faire de même. J'observe avec des étoiles dans les yeux ces petites flammes bleues enfermées dans le bocal. Comme un spectacle qu'un enfant observe, je ne regarde plus que cela et souris sans m'en rendre compte. Tellement absorbé par la danse de ces flammes que je ne relève enfin la tête que lorsqu'elle m'invite à parler, à poser mes questions. Les traits de mon visage reviennent au neutre, à la réflexion au sujet noir qui occupe mon esprit depuis des semaines.
- Je ne sais ce qu'est une bonne question, Aelle. Je plonge mon regard dans le sien, je ne suis alors plus qu'un enfant qui attend d'apprendre sa leçon du jour : comment parler à une personne comme Aelle. Quels mots utiliser, quelle question éviter. Qu'est-ce qu'un mage noir ? De quoi sont-ils capables ? Est-ce qu'il y en vraiment des bons et des mauvais ? Ce sont des bonnes questions, ça ?
Mon ton est calme, posé et mes sens restes attentifs à toutes ses réactions car il faut le dire, j'apprends plus avec elle en quelques minutes sur la manière d'agir qu'avec n'importe qui. Alors je me laisse guider par la seule qui semble vouloir m'écouter, dans toute ma maladresse, ma confusion et ma colère.
Fiche PR - 4e année RP
Le contour des ténèbres
Puisque ses questions ne sont plus motivées par tout le jugement qui semble l'étouffer lorsque le sujet abordé celui de la magie noire, j'aimerais dire que oui, ce sont de bonnes questions — ou ce serait plus exact de dire que la formulation est meilleure que tout à l'heure. Je me concentre sur le visage sérieux de l'enfant, laissant s'étirer sans vergogne des secondes de silence. Il y a un instant, ce visage enfantin tout sérieux était traversé par une merveilleuse émotion que je ne vois plus sur la plupart des visages : l'émerveillement face à la magie. Une magie extrêmement simple, certes, mais la magie tout de même. Dommage que cette belle émotion soit gâchée par le souvenir de l'étroitesse d'esprit dont il a fait preuve au début de notre conversation. Lukas Sharp semble être un jeune sorcier plein de contradictions. Je ne suis pas sûre d'apprécier cela ; difficile de savoir à quoi s'en tenir avec un tel caractère.
Je finis par détacher mes yeux de lui pour les lancer à l'assaut des flammes bleues. Je réfléchis à la formulation de ma réponse. Que dire, que taire ? Je finis par soupirer très légèrement et, cachant mes mains au fond de mes poches pour les réchauffer, je commence à répondre d'une voix calme et basse :
« Un mage noir est un sorcier qui utilise la magie noire, tout simplement. S'il y en a des bons ou des mauvais ? »
Je hausse les épaule, un sourire vide sur les lèvres. J'étire le dos et, plongée dans mes réflexions, je lève les yeux vers le ciel dont je peux apercevoir quelques traces blanchâtres à travers le toit abîmé. Le sifflement du vent qui s'immisce dans les fissures m'oblige à lever la voix.
« Peu importe qu'une personne soit mage noir ou mage blanc, sorcière ou moldue. La magie, c'est pas ce qui fait de nous une bonne ou une mauvaise personne. C'est nos actions. Si une personne utilise la magie noire pour faire du mal autour d'elle, elle sera jugée comme mauvaise par ses pairs. Si elle l'utilise pour faire le bien... » Je laisse ma voix s'éteindre tandis que mon sourire se colore d'ironie. « Là, ça se corse. En Grande-Bretagne, la plupart des sorciers vont la considérer comme une mauvaise personne, car la magie noire est mal vue. Mais si elle ne fait pas le mal autour d'elle, en quoi cette personne-là serait mauvaise ? »
Je laisse la question en suspens. Je ne m'imagine de toute manière pas que Sharp sera capable de nuancer ses pensées. Il n'a pas fait preuve d'une grande ouverture d'esprit jusqu'ici.
« Bref, évidemment qu'il y en a des bons et des mauvais. Il y a aussi des sorciers qui n'utiliseront jamais le moindre sortilège noir de leur vie mais qui seront plus mauvais que toutes les personnes maniant la magie noire que tu pourrais croiser au cours de ta vie sans le savoir. »
Subitement, je plante mes yeux dans les siens, si tant est qu'il me laisse faire. Mes traits se font plus durs.
« Parce que tu crois qu'il utilise la magie noire, tu n'as pas hésité une seule seconde à affirmer haut et fort que le concierge était une personne à punir et contre laquelle mettre en garde le reste du monde. Retiens bien une chose, Sharp : tu peux condamner une personne parce qu'il a une mauvaise utilisation de la magie ; j'entends par là une utilisation dangereuse pour toi-même ou pour autrui. Mais ne le condamne pour la simple et seule raison qu'il utilise une magie à propos de laquelle tu ne sais absolument rien. En plus d'être dangereux, c'est particulièrement idiot. »
Si ma voix prend des intonations brusques et que mes yeux se durcissent ainsi, c'est parce qu'il n'y a rien qui m'insupporte davantage qu'un jugement hâtif qui ne se base sur rien de concret. L'étroitesse des mentalités en Grande-Bretagne est un sujet sensible, pour moi. Alors quand je vois qu'un gamin qui me paraissait si prometteur l'an dernier se retrouve bloqué par de telles idées, et qu'il ne fait rien pour lutter contre ce qu'on a voulu lui bourrer dans le crâne, ça a tendance à m'agacer profondément.
« Maintenant, je ne peux pas répondre à ta question "de quoi sont-ils capables" tant que tu seras persuadé que c'est la magie noire qui rend les gens mauvais, et non pas l'utilisation qu'il font de cette magie. Ça servirait à rien et j'ai aucune intention de perdre mon temps si tu es incapable de revisiter ta façon de voir les choses. T'en es capable ? Et me réponds pas bêtement "oui", parce que je saurais si tu manques ou non de sincérité. »
Je ne le quitte pas un instant du regard en prononçant cette phrase. Je sais que mon visage doit être peu amène et que ma voix ne donne pas envie de répliquer ; qu'importe, je veux qu'il comprenne que je suis prête à lui offrir de mon temps... Si et seulement si il fait preuve d'une ouverture d'esprit et d'une compréhension que je juge suffisante. Sinon, je n'hésiterai pas à transplaner et à le planter là. Enfin, de le ramener à sa mère et de les planter tous les deux.
Je finis par détacher mes yeux de lui pour les lancer à l'assaut des flammes bleues. Je réfléchis à la formulation de ma réponse. Que dire, que taire ? Je finis par soupirer très légèrement et, cachant mes mains au fond de mes poches pour les réchauffer, je commence à répondre d'une voix calme et basse :
« Un mage noir est un sorcier qui utilise la magie noire, tout simplement. S'il y en a des bons ou des mauvais ? »
Je hausse les épaule, un sourire vide sur les lèvres. J'étire le dos et, plongée dans mes réflexions, je lève les yeux vers le ciel dont je peux apercevoir quelques traces blanchâtres à travers le toit abîmé. Le sifflement du vent qui s'immisce dans les fissures m'oblige à lever la voix.
« Peu importe qu'une personne soit mage noir ou mage blanc, sorcière ou moldue. La magie, c'est pas ce qui fait de nous une bonne ou une mauvaise personne. C'est nos actions. Si une personne utilise la magie noire pour faire du mal autour d'elle, elle sera jugée comme mauvaise par ses pairs. Si elle l'utilise pour faire le bien... » Je laisse ma voix s'éteindre tandis que mon sourire se colore d'ironie. « Là, ça se corse. En Grande-Bretagne, la plupart des sorciers vont la considérer comme une mauvaise personne, car la magie noire est mal vue. Mais si elle ne fait pas le mal autour d'elle, en quoi cette personne-là serait mauvaise ? »
Je laisse la question en suspens. Je ne m'imagine de toute manière pas que Sharp sera capable de nuancer ses pensées. Il n'a pas fait preuve d'une grande ouverture d'esprit jusqu'ici.
« Bref, évidemment qu'il y en a des bons et des mauvais. Il y a aussi des sorciers qui n'utiliseront jamais le moindre sortilège noir de leur vie mais qui seront plus mauvais que toutes les personnes maniant la magie noire que tu pourrais croiser au cours de ta vie sans le savoir. »
Subitement, je plante mes yeux dans les siens, si tant est qu'il me laisse faire. Mes traits se font plus durs.
« Parce que tu crois qu'il utilise la magie noire, tu n'as pas hésité une seule seconde à affirmer haut et fort que le concierge était une personne à punir et contre laquelle mettre en garde le reste du monde. Retiens bien une chose, Sharp : tu peux condamner une personne parce qu'il a une mauvaise utilisation de la magie ; j'entends par là une utilisation dangereuse pour toi-même ou pour autrui. Mais ne le condamne pour la simple et seule raison qu'il utilise une magie à propos de laquelle tu ne sais absolument rien. En plus d'être dangereux, c'est particulièrement idiot. »
Si ma voix prend des intonations brusques et que mes yeux se durcissent ainsi, c'est parce qu'il n'y a rien qui m'insupporte davantage qu'un jugement hâtif qui ne se base sur rien de concret. L'étroitesse des mentalités en Grande-Bretagne est un sujet sensible, pour moi. Alors quand je vois qu'un gamin qui me paraissait si prometteur l'an dernier se retrouve bloqué par de telles idées, et qu'il ne fait rien pour lutter contre ce qu'on a voulu lui bourrer dans le crâne, ça a tendance à m'agacer profondément.
« Maintenant, je ne peux pas répondre à ta question "de quoi sont-ils capables" tant que tu seras persuadé que c'est la magie noire qui rend les gens mauvais, et non pas l'utilisation qu'il font de cette magie. Ça servirait à rien et j'ai aucune intention de perdre mon temps si tu es incapable de revisiter ta façon de voir les choses. T'en es capable ? Et me réponds pas bêtement "oui", parce que je saurais si tu manques ou non de sincérité. »
Je ne le quitte pas un instant du regard en prononçant cette phrase. Je sais que mon visage doit être peu amène et que ma voix ne donne pas envie de répliquer ; qu'importe, je veux qu'il comprenne que je suis prête à lui offrir de mon temps... Si et seulement si il fait preuve d'une ouverture d'esprit et d'une compréhension que je juge suffisante. Sinon, je n'hésiterai pas à transplaner et à le planter là. Enfin, de le ramener à sa mère et de les planter tous les deux.
Le contour des ténèbres
Les yeux plantés dans les siens, je ne fais rien d’autre qu’écouter et enregistrer toutes les informations qu’elle me donne. De peur de la couper dans son élan, je patiente et me retiens d’intervenir, préférant reporter mes questions à plus tard. Je savais que déjà en salle commune, elle lisait beaucoup, mais je ne me souvenais pas qu’elle pouvait en savoir autant sur la magie noire. Son débit s’enchaîne sans une once d’hésitation ou de réflexion sur le sujet, comme si elle détenait toute la vérité et mon admiration ne fait qu’augmenter. Toujours silencieux, je hoche la tête à mesure que ses arguments sont exposés et réfléchis alors à cet usage qu’elle mentionne. C’est vrai que je n’ai jamais vu Kohler utiliser sa magie contre des élèves. Mais ce n’est pas parce que je ne l’ai pas vu qu’il ne l’a pas déjà fait. Comment je pourrais tout voir après tout ? Il est vieux, il a de l’expérience, il pourrait facilement être suffisamment intelligent pour manipuler à l’aide de la magie noire et cacher sa magie noire. Et puis si elle dit qu’en Grande-Bretagne, c’est mal vu.. Pourquoi est-ce qu’elle ne le voit pas elle, comme quelque chose de mal ? Alors que Valerion voit ça comme quelque chose de mal..
Alors lorsqu’elle parle de sorciers qui ne sont pas des mages noirs et qui font quelque chose de mal, je suis obligé de faire le parallèle avec ma professeure de Défense contre les Forces du Mal. Est-ce que c’est d’elle dont elle parle ? C’est vrai qu’elle n’est pas vraiment apprécié des élèves, et elle, utilise sa magie sur les élèves.. Mais… Nooon. Je chasse l’idée qui me vient en tête et reprends mon cours de pensées.
À la prochaine remarque d’Aelle, je pince les lèvres tant elle me vexe. Ce n’est pas idiot de vouloir dénoncer un homme d’être un mage noir. Valerion l’aurait dénoncé si elle n’était pas tombée amoureuse de lui. Mais comme je me le suis promis, je m’abstiens de tout commentaire. Je ravale mon agacement et me contente simplement de la regarder légèrement agacé. Peut-être qu’elle le devinera, mais au moins, rien ne sortira de ma bouche.
À sa dernière question, même si j’ai très envie de répliquer un simple oui, je prends une grande inspiration et tente de mettre de l’ordre dans mes idées. J’ai l’information que le concierge est un mage noir. Je ne l’ai jamais vu utiliser la magie noire, mais je suis sûr qu’il n’est pas non plus le bien incarné. Tout le monde le fuit, les première année ont peur de son regard, on peut pas dire que ce soit le même que le prof d’étude des moldus par exemple, qui lui, sourit bêtement tout le temps.
— Bon, soit. Kohler est un mage noir qui n’a encore rien fait de mal. Mais on est censé attendre qu’il devienne dangereux ? Qu’il s’en prenne à nous ? Et s’il s’en prend à nous, comment on sait que c’est justement trop ? Est-ce que les mages noirs font souffrir les gens ? Parce que moi je me dis que faut être vachement en colère, non ?
J’essaie de faire des parallèles, de comparer les sorciers en catégories pour mieux comprendre pourquoi un sorcier de magie blanche deviendrait un sorcier de magie noire. À quel moment on pense de l’un à l’autre ? Et comment ?
Alors lorsqu’elle parle de sorciers qui ne sont pas des mages noirs et qui font quelque chose de mal, je suis obligé de faire le parallèle avec ma professeure de Défense contre les Forces du Mal. Est-ce que c’est d’elle dont elle parle ? C’est vrai qu’elle n’est pas vraiment apprécié des élèves, et elle, utilise sa magie sur les élèves.. Mais… Nooon. Je chasse l’idée qui me vient en tête et reprends mon cours de pensées.
À la prochaine remarque d’Aelle, je pince les lèvres tant elle me vexe. Ce n’est pas idiot de vouloir dénoncer un homme d’être un mage noir. Valerion l’aurait dénoncé si elle n’était pas tombée amoureuse de lui. Mais comme je me le suis promis, je m’abstiens de tout commentaire. Je ravale mon agacement et me contente simplement de la regarder légèrement agacé. Peut-être qu’elle le devinera, mais au moins, rien ne sortira de ma bouche.
À sa dernière question, même si j’ai très envie de répliquer un simple oui, je prends une grande inspiration et tente de mettre de l’ordre dans mes idées. J’ai l’information que le concierge est un mage noir. Je ne l’ai jamais vu utiliser la magie noire, mais je suis sûr qu’il n’est pas non plus le bien incarné. Tout le monde le fuit, les première année ont peur de son regard, on peut pas dire que ce soit le même que le prof d’étude des moldus par exemple, qui lui, sourit bêtement tout le temps.
— Bon, soit. Kohler est un mage noir qui n’a encore rien fait de mal. Mais on est censé attendre qu’il devienne dangereux ? Qu’il s’en prenne à nous ? Et s’il s’en prend à nous, comment on sait que c’est justement trop ? Est-ce que les mages noirs font souffrir les gens ? Parce que moi je me dis que faut être vachement en colère, non ?
J’essaie de faire des parallèles, de comparer les sorciers en catégories pour mieux comprendre pourquoi un sorcier de magie blanche deviendrait un sorcier de magie noire. À quel moment on pense de l’un à l’autre ? Et comment ?
Fiche PR - 4e année RP