2 juil. 2024, 17:32
Flowers were blooming Solo ++
02 juillet 2049

Les fleurs s'épanouissaient, mais déjà elles se fanent. Le printemps était le temps de toutes mes espérances, mais il a passé vite, si vite, et maintenant c'est déjà l'été. Affalée sur mon lit, je ne sais plus quoi faire ; Hector lit sur le sien, je devrais peut-être l'imiter. Mais il fait trop chaud, et dehors je le sais le béton craque et brûle. Mon lit grince, et c'est le seul bruit que j'entends. Le silence est tel qu'il fait ressortir les bruits comme dans ces animés japonais que je regardais petite.

On dirait que tout le monde dort.

La fenêtre est ouverte même si elle ne devrait pas l'être. On croit toujours faire entrer le vent, mais c'est la chaleur qui s'invite, qui nous colle à la peau et ne veut plus partir. Le vent n'entre pas, il est trop fier ; lui, il aspire à des avenues sans fin, à des plaines longues et plates ; il veut la liberté, pourquoi venir dans des prisons ? Après tout, il est comme nous : capricieux, il oublie les intérêts de tous, pour se complaire dans les siens, quand il devrait s'oublier lui, pour le bien de tous.

Les vacances me semblent interminables. Voilà déjà 11 jours que je suis de retour chez moi, mais ils en paraissent 100. Les jours sont longs ; les nuits plus encore, passées à se retourner dans mon lit, attaquée par la chaleur d'un côté et ces foutus moustiques de l'autre. Le temps s'étire et je voudrais qu'il arrête de jouer avec son élastique.

Ne vous méprenez pas. J'aime être à la maison. Hier encore on a amené les petits au Musée Tourdesac ; ils étaient adorables, même s'ils se sont un peu ennuyés. Benedict est un ange, comme toujours, c'est un bonheur de le voir plus souvent - même si cette manie de fumer m'agace royalement. Il a promis de m'emmener voir un Spectacle, maintenant que je suis en vacances. Et puis les parents sont comme d'habitude. C'est chouette de les voir après tout ce temps... Maman semble encore plus fatiguée qu'à mon départ à Noël : elle a du prendre un job à mis-temps, les revenus de Papa ne suffisaient plus à payer le loyer. Gérer les jumeaux devenaient compliqués, on ne peut pas les laisser seuls à leur âge... Heureusement qu'Hector et moi sommes là, maintenant. Mais elle va pouvoir se reposer un peu : on s'est distribué les repas. Hector fait à manger le lundi, mecredi, vendredi et dimanche, et moi le mardi, jeudi et samedi (j'en ai pris un de moins, parce que je suis plus jeune). J'ai découvert avec plaisir pendant ces dix premiers jours de vacances que mon frère cuisinait plutôt bien ; mieux que moi, en tout cas.

Enfin. Ce qui me dérange le plus, dans ces vacances, c'est la chaleur. Elle s'insinue partout, aussi inéluctablement que la poussière. Sournoise, elle nous dérange même à l'ombre, ou au milieu de la nuit. Parce qu'elle ne dort pas, elle. Ma peau devient moite et l'envie persistante de prendre une douche ne me lâche pas. Personne ne dort beaucoup la nuit ; et personne n'a envie de faire quoi que ce soit la journée. Mes parents travaillent, ils n'ont pas le choix ; mais Hector et moi, on tourne en rond dans cet appartement, avec les jumeaux dans les pattes. Il passe son temps à lire. Moi... j'essaye de faire autre chose, mais en vérité, je ne sais pas trop quoi.

Litha est passé en un clin d’œil. C'était chouette, on a rencontré des gens sympas. Les jumeaux étaient ravis du feu de bois. Pff... Un feu. Ça nous viendrait pas à l'esprit, maintenant.

C'est fou comme la température a rapidement augmenté. Papa voit bien que je tourne en rond, alors il m'a proposé de m'accompagner au Chemin de Traverse ce week-end. Sortir un peu me ferais du bien, c'est vrai ; et puis j'adore flâner à Fleury et Bott. Non pas que j'achèterais grand-chose, on ne peux pas vraiment ce le permettre, ces temps-ci. Mais ça serait chouette ; j'espère qu'il n'oubliera pas.

#28363c
~My smile wraps around my head splitting it in two, two

14 juil. 2024, 21:43
Flowers were blooming Solo ++
Mots en gras pour Au fil des Mots
Non. En vérité, c'est faux, ce que je viens de vous dire. Alors laissez moi me rectifier. Ce qui me dérange le plus, ce n'est pas la chaleur : c'est l’absence de magie. Utilisation interdite de sa baguette en dehors de Poudlard... Ce n'est pas stupide, c'est même très intelligent. Mais morbleu, comme c'est contraignant...

La magie était pour moi quelque chose de vital ; c'était devenu mon but, mon avenir, ma vie. La Première Année, j'étais sous l'émerveillement, mais je n'avais pas souffert de son absence lors des vacances d'été. En revanche, en Deuxième Année, je m'entraînais chaque jour, j'utilisais la magie tout le temps, partout. En dehors des cours, je faisais de recherches ; je m'améliorais, constamment. Mais voilà que ma progression s'arrête ; qu'on arrête ma progression. Plus de sorts à lancer, plus de cours à maîtriser sur le bout des doigts... Il ne reste qu'une petite Ada qui tourne en rond dans sa chambre - beau tableau.

Seuls restent les livres. Alors je lis, de la fiction parfois, mais aussi des manuels, des essais, des revues. Mais la bibliothécaire me fait peur : son sourire est une grimace, et sa voix aigüe m'horripile. Elle tourne dans les rayons, me demandant d'une voix mielleuse si j'ai besoin d'aide, ou bien, pire, elle se charge des prêts à l'entré, et je dois alors lui faire la conversation pendant deux bonnes minutes, comme elle semble tenir très à cœur de parler aux réguliers. Et puis, pour y aller, il faut sortir ; ce n'est pas tant une affaire de distance, puisque je suis plus qu'enchantée de marcher un peu, mais une histoire de... sociabilité. Après tout, sortir implique de s'habiller raisonnablement, de croiser les regards des passants en se demandant s'il faut leur dire bonjour ou non, d'éviter les chiens collants et leurs propriétaires pleins d'excuses, et enfin, de survivre aux pigeons, et aux mamies qui, jetant du pain aux canards, se sont soudain dit que me parler de météo était une bonne idée. Enfin, malgré tous ces désagréments, je vais à la bibliothèque quasiment tous les jours, cela me permettant aussi d'échapper à la chaleur et l'apathie du logis familial. J'entretiens donc comme je peux ce lien devenu si ténu avec la magie, mais, si cela satisfait ma curiosité, je reste sur ma faim. La magie était constamment en moi - boule de chaleur et de bienveillance -, mais elle a disparue maintenant, et je m'étonne de ne pas encore avoir sombré dans le vide que je sens en moi.

J'avais parfois l'impression de me noyer dans ce trop plein de magie. Maintenant, c'est l'inverse. Le vide est tel que j'ai parfois l'impression de ne plus trouver d'oxygène - il est difficile de respirer dans le néant. Je me réveille la nuit, le corps en sueur, la respiration pénible, et sans savoir pourquoi, j'ai mal, à un endroit qui n'existe pas. Le fourmillement chaleureux ma manque, comme un ami qui nous quitte trop soudainement. J'ai l'impression d'avoir toujours fin, ou soif, mais je me suis rendu compte qu'il n'en était rien. Je n'ai pas un creux à l'estomac, mais au cœur.

Les fleurs s'épanouissaient et c'est moi qui les faisait grandir. Mais maintenant elles sont fanées, et aucun de mes sortilèges ne viendra les sauver, cette fois. Je regarde par la fenêtre, mais il fait encore jour. Le jour ne part plus, il refuse de s'éteindre et revient trop vite le matin, courant comme s'il était en retard. La nuit ne travaille plus qu'à temps partiel - peut-être qu'elle en avait marre de recouvrir la Terre en plus de l'univers tout entier. Ou alors elle est en congé maternité - encore un trou-noir à surveiller le temps qu'il prenne ses repères dans l'espace-temps. Il faut lui expliquer comment bien retenir les photons, ça prend du temps - et puis, ça veut jamais dormir, ce genre de gosses : toujours à avoir faim... Le silence est étouffant dans cette maison. Je ne parle pas beaucoup, Henri passe ses journées à lire ; Papa et Maman sont occupés à leur travail respectif, et Benedict ne peut pas faire la conversation tout seul. Otis et Victor discutent, mais ils le font entre eux ; et les seules paroles échangées sont celles des notes qui résonnent sur le vieux piano.

Ce vieux piano... Benedict l'a acheté, maintenant qu'il est revenu vivre avec nous, et qu'il n'a plus son loyer à payer. Son ami le vendait, il lui a fait un prix. Il y passe parfois des heures - c'est beau. Il m'apprend, un peu, mais cela prend du temps. Enfin, le temps, j'en ai... Les secondes n'ont jamais passées aussi lentement. La faute à la chaleur, probablement.

Pour pallier à ce manque de magie, j'ai trouvé refuge chez un voisin potionniste. C'est un sorcier charmant ; il est parti à la retraite l'année dernière, et est enchanté d'avoir quelqu'un à qui parlé. Je l'aide à faire ses mixtures, à laver ses légumes - surtout les oignons, qui le font trop pleurer. Moi, je n'ai pas de problèmes avec eux ; peut-être qu'après tout, mes yeux sont des pierres grises qui refusent de pleurer.

Je ne me souviens pas la dernière fois qu'une larme est descendue de mes joues.

Mr. Byrnes - Robert -, est super. Il était attristé de voir que je n'aimais pas tant que ça les potions, et il essaye depuis lors de m'intéresser à cet "art délicat". Et j'aime la précision nécessaire pour bien préparer les breuvages, et j'aime la paisible patience avec laquelle il aborde ses recettes. J'aime aussi les dernières minutes de cuisson, quand soudain la potion qu'on a imaginé devient réelle sous nos yeux, presque prête, et j'aime le contrôle et la perspicacité qu'il faut alors avoir, pour ne pas baisser le feu, encore, et attendre, un peu plus. Pourtant ce n'est pas les Sorts, ni l'inconnu qui s'élance devant toi alors que tu empoignes ta baguette. Les sorts sont imaginaires, avant de devenir réels ; ils peuvent tout devenir, et s'éparpillent en milles nuances, et il n'y a jamais une seule façon de faire un même sort. Les potions, elles sont un vieux parchemin sur lequel est écrit des instructions strictes et sèches. Robert croit qu'il existe milles façons de bien faire une potion, et me le dit tous les jours. Il ne m'a pas encore convaincue.

C'est vraiment un agréable personnage, et je m'enterre parfois trois heures de suite dans son appartement. Tôt le matin, je me faufile discrètement dans la cage d'escalier, et, trois étages plus bas, je toque, puis j'entends la porte qui grince et je m'introduis chez lui, les sourcils relevés, les yeux pétillants, à la recherche de la potion que l'on avait préparé ensemble toute la semaine, pour lui demander : Alors ?

#28363c
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