Tes larmes n'y pourront rien changer
<< Suite directe de « Comme dit si bien Verlaine »
Sur un coup de tête, j'ai décidé de braver la pluie estivale et le début d'orage qu'elle amenait. Ma mère m'a prié de prendre un chapeau ou un parapluie, mais comme je n'ai pas voulu traîner, je suis sortie sans me retourner. Sans même lui répondre. Je ne voulais pas que ma mère voie la tristesse dans mes yeux. Me voilà à présent en train de déambuler dans les rues de Soho, marchant sans éviter les flaques. Le parc près de chez moi est vide. On n'entend plus les enfants crier et jouer, ni le grincement des balançoires. Je passe par le petit passage réservé aux piétons qui me permet de regagner la Sheraton Street. Il n'y a personne. Le carrefour de la Wardour Street si compliqué à traverser ne voit que quelques marcheurs prêts à tout pour se protéger de la pluie. Un couple court pour fuir le déluge en riant, abrité des gouttes sous leur parapluie qui semble être pour eux le plus beau coin de paradis. Je traverse sans difficulté la rue d'habitude si animée, et remonte ensuite vers le nord où vit Suzanne. J'ai soudainement peur. J'ai envie de faire demi-tour. Je ne sais pas comment lui dire, je ne trouverai jamais les mots. Alors je sors ma feuille avec la lettre, je la relis comme l'on révise un poème. Et je verse une larme, très vite noyée dans les ruisseaux de pluie.
J'arrive finalement chez Mǎ, c'est cette fois-ci sa mère qui m'ouvre la porte. Elle s'exclame en me voyant trempée jusqu'aux os.
— Lina ! Rentre, viens te sécher.
Sans dire un mot, la tête basse, je rentre et reste à l'entrée. Je ne veux pas salir l'appartement si propre des Liang. La mère de Suzy m'apporte de quoi m'essuyer et appelle mon amie qui crie un « J'arrive » depuis l'étage. Quand une petite tête apparaît, madame Liang nous laisse. Mǎ est toute souriante, contente de me voir ; et savoir que je vais gâcher sa journée me pince le cœur. Terriblement. Et mon amie, qui me connaît comme une sœur, l'a très bien remarqué.
— Ça va, Lina ?
— Je...
...ne sais pas comment te le dire.
Je bégaie. J'ai pourtant en tête la lettre que j'ai dans la poche, mais je n'y arrive pas. Je savais que lui dire en face serait dur, mais je ne pensais pas autant que ça. Suzanne s'approche alors. Je décide de sortir ma lettre, et lui tends le papier mouillé par la pluie. Suzy déplie le brouillon délicatement, et se met à lire mes mots. Un air grave se grave graduellement sur son visage, son sourire enjoué c'est transformé en de vilaines grimaces. Et je m'en veux. Je m'en veux cruellement. J'ai envie de disparaître, ne plus exister. J'ai presque envie que nos chemins ne se soient jamais croisés pour qu'elle n'ait jamais à vivre ce moment déchirant.
Je suis tellement désolée.
Le moment que prend Suzanne à lire ma lettre est le plus long de ma petite vie. Chaque minute est une descente encore plus profonde en enfer. Chaque battement de cœur me perce la poitrine.
Puis soudain, ça tête se relève enfin. J'ai encore plus envie de disparaître. J'ai honte tant je culpabilise. Je n'arrive pas à savoir si elle est triste ou en colère. Mais quand elle m'adresse la parole, je comprends tout de suite laquelle des deux émotions prend le dessus.
— Qu'est-ce que ça veut dire, ça, Lina ? Tu as perdu la tête ?
— Non ! je...
Je bredouille à nouveau. C'est la première fois que je vois Suzy énervée. Je suis surprise, et je ne sais pas comment lui répondre. Elle poursuit alors.
— Mais t'es sérieuse ?... Tu me préviens comme ça qu'on ira pas au collège ensemble, sans me dire où toi tu vas, ni pourquoi ?
— J'peux pas ! J'articule entre deux reniflements.
— Mais Lina... On a passé nos tests ensemble !... On est meilleures amies, et tu veux même pas me dire pourquoi tu vas dans un autre collège ?... Et pourquoi on se reverrait plus, c'est trop loin pour venir me voir ?
Je commence à pleurer, comme si c'était ma mère qui me gronder. Timidement, j'hoche de la tête en guise d'affirmation.
— Lina... C'est quoi ? T'es parents ont décidé de rentrer en Chine ?
— Non !
— Mais dis-moi ! Tu me fais pas confiance ? Tu crois qu'on est pas suffisamment amie pour que je comprenne ?
— C'est pas ça...
— C'est quoi alors ?
— Je suis...
... une sorcière.
Oui, c'est ça que j'allais dire. Mais je n'en ai pas le droit. Et tant bien même en avais-je le droit, le comprendrait-elle ? Pas plus que moi déjà, j'en suis certaine.
— ... désolée. Je conclus. J'peux pas te dire, Mǎ.
— Non, tu veux pas... Je pensais qu'on était presque comme des sœurs, Lina. Qu'il n'y avait pas de secrets entre nous.
— Suz...
— Va-t-en, Lina.
Sa voix se casse. Des larmes commencent à couler sur ses joues, comme des larmes coulent déjà sur les miennes. La voir ainsi me déchire encore plus. Je m'en veux. Et entre deux sanglots, je l'appelle à nouveau comme si j'implorais son pardon.
— Mǎ...
Une deuxième fois, la phrase de Suzanne vient me frapper en plein cœur.
— Va-t-en, Lina...
Ça me fait mal. Ma gorge est serrée, et j'ai envie de m'allonger par terre, me cacher dans mes cheveux pour pleurer. Je me retourne pour ouvrir la porte et m'en aller. Je n'arrive même pas à murmurer un au-revoir. Je suis si triste que ce soit comme ça que l'on se quitte. Et je le regrette tellement. Mais alors que je sortais, une main m'agrippe l'épaule. J'ai à peine le temps de me retourner qu'une masse vient se loger autour de mon cou en pleurant. Ses bras m'enlacent pour me retenir.
— Ne t'en vas pas, Lina. Je veux pas que tu partes...
Je la serre à mon tour et nos pleurs se mélangent.
— Je suis tellement désolée, Mǎ. Je voulais pas... Je suis désolée.
Partir de chez Suzanne a été le moment le plus dur. L'image de son visage en train de pleurer, à cause de moi, reste gravée sur ma rétine et mon cerveau me la passe en boucle pour me rappeler ce que je viens de faire. Sur le chemin du retour, je m'assois sur un des bancs du parc de Soho. Je suis trempée, il pleut toujours. Je prends ma tête dans mes mains et je pleure. À chaudes larmes. Tout ce que je me suis retenue de pleurer devant ma meilleure amie. Le pire, c'est qu'il n'y a aucune raison que je ne la revoie plus. Mais pourtant, j'ai bien peur que ce soit le cas. La revoir me ferait souffrir à nouveau et me rappellerait tout le temps que l'on ne passera plus ensemble. Au final, c'est peut-être mieux ainsi... Je m'en ferai d'autres des amis, non ?
Non. Des amis comme elle, non.
Alors je pleure encore, je pleure cette amitié perdue. Cette sœur que je ne reverrai plus. J'ai si mal. Si seulement j'étais comme les autres... comme elle.
Je ne sais pas depuis combien de temps je pleure sur ce banc. Mais je commence enfin à calmer mes sanglots. Au loin, un homme arrive avec son parapluie. Il s'approche, j'ignore qui c'est.
— Tout va bien ?
J'ai peur. Et repenser à pourquoi je sanglote me fait remonter les larmes aux yeux.
— Ça va. Je réponds.
Puis sans attendre, je me lève et cours pour rentrer chez moi.
2è année RP
Sur un coup de tête, j'ai décidé de braver la pluie estivale et le début d'orage qu'elle amenait. Ma mère m'a prié de prendre un chapeau ou un parapluie, mais comme je n'ai pas voulu traîner, je suis sortie sans me retourner. Sans même lui répondre. Je ne voulais pas que ma mère voie la tristesse dans mes yeux. Me voilà à présent en train de déambuler dans les rues de Soho, marchant sans éviter les flaques. Le parc près de chez moi est vide. On n'entend plus les enfants crier et jouer, ni le grincement des balançoires. Je passe par le petit passage réservé aux piétons qui me permet de regagner la Sheraton Street. Il n'y a personne. Le carrefour de la Wardour Street si compliqué à traverser ne voit que quelques marcheurs prêts à tout pour se protéger de la pluie. Un couple court pour fuir le déluge en riant, abrité des gouttes sous leur parapluie qui semble être pour eux le plus beau coin de paradis. Je traverse sans difficulté la rue d'habitude si animée, et remonte ensuite vers le nord où vit Suzanne. J'ai soudainement peur. J'ai envie de faire demi-tour. Je ne sais pas comment lui dire, je ne trouverai jamais les mots. Alors je sors ma feuille avec la lettre, je la relis comme l'on révise un poème. Et je verse une larme, très vite noyée dans les ruisseaux de pluie.
J'arrive finalement chez Mǎ, c'est cette fois-ci sa mère qui m'ouvre la porte. Elle s'exclame en me voyant trempée jusqu'aux os.
— Lina ! Rentre, viens te sécher.
Sans dire un mot, la tête basse, je rentre et reste à l'entrée. Je ne veux pas salir l'appartement si propre des Liang. La mère de Suzy m'apporte de quoi m'essuyer et appelle mon amie qui crie un « J'arrive » depuis l'étage. Quand une petite tête apparaît, madame Liang nous laisse. Mǎ est toute souriante, contente de me voir ; et savoir que je vais gâcher sa journée me pince le cœur. Terriblement. Et mon amie, qui me connaît comme une sœur, l'a très bien remarqué.
— Ça va, Lina ?
— Je...
...ne sais pas comment te le dire.
Je bégaie. J'ai pourtant en tête la lettre que j'ai dans la poche, mais je n'y arrive pas. Je savais que lui dire en face serait dur, mais je ne pensais pas autant que ça. Suzanne s'approche alors. Je décide de sortir ma lettre, et lui tends le papier mouillé par la pluie. Suzy déplie le brouillon délicatement, et se met à lire mes mots. Un air grave se grave graduellement sur son visage, son sourire enjoué c'est transformé en de vilaines grimaces. Et je m'en veux. Je m'en veux cruellement. J'ai envie de disparaître, ne plus exister. J'ai presque envie que nos chemins ne se soient jamais croisés pour qu'elle n'ait jamais à vivre ce moment déchirant.
Je suis tellement désolée.
Le moment que prend Suzanne à lire ma lettre est le plus long de ma petite vie. Chaque minute est une descente encore plus profonde en enfer. Chaque battement de cœur me perce la poitrine.
Puis soudain, ça tête se relève enfin. J'ai encore plus envie de disparaître. J'ai honte tant je culpabilise. Je n'arrive pas à savoir si elle est triste ou en colère. Mais quand elle m'adresse la parole, je comprends tout de suite laquelle des deux émotions prend le dessus.
— Qu'est-ce que ça veut dire, ça, Lina ? Tu as perdu la tête ?
— Non ! je...
Je bredouille à nouveau. C'est la première fois que je vois Suzy énervée. Je suis surprise, et je ne sais pas comment lui répondre. Elle poursuit alors.
— Mais t'es sérieuse ?... Tu me préviens comme ça qu'on ira pas au collège ensemble, sans me dire où toi tu vas, ni pourquoi ?
— J'peux pas ! J'articule entre deux reniflements.
— Mais Lina... On a passé nos tests ensemble !... On est meilleures amies, et tu veux même pas me dire pourquoi tu vas dans un autre collège ?... Et pourquoi on se reverrait plus, c'est trop loin pour venir me voir ?
Je commence à pleurer, comme si c'était ma mère qui me gronder. Timidement, j'hoche de la tête en guise d'affirmation.
— Lina... C'est quoi ? T'es parents ont décidé de rentrer en Chine ?
— Non !
— Mais dis-moi ! Tu me fais pas confiance ? Tu crois qu'on est pas suffisamment amie pour que je comprenne ?
— C'est pas ça...
— C'est quoi alors ?
— Je suis...
... une sorcière.
Oui, c'est ça que j'allais dire. Mais je n'en ai pas le droit. Et tant bien même en avais-je le droit, le comprendrait-elle ? Pas plus que moi déjà, j'en suis certaine.
— ... désolée. Je conclus. J'peux pas te dire, Mǎ.
— Non, tu veux pas... Je pensais qu'on était presque comme des sœurs, Lina. Qu'il n'y avait pas de secrets entre nous.
— Suz...
— Va-t-en, Lina.
Sa voix se casse. Des larmes commencent à couler sur ses joues, comme des larmes coulent déjà sur les miennes. La voir ainsi me déchire encore plus. Je m'en veux. Et entre deux sanglots, je l'appelle à nouveau comme si j'implorais son pardon.
— Mǎ...
Une deuxième fois, la phrase de Suzanne vient me frapper en plein cœur.
— Va-t-en, Lina...
Ça me fait mal. Ma gorge est serrée, et j'ai envie de m'allonger par terre, me cacher dans mes cheveux pour pleurer. Je me retourne pour ouvrir la porte et m'en aller. Je n'arrive même pas à murmurer un au-revoir. Je suis si triste que ce soit comme ça que l'on se quitte. Et je le regrette tellement. Mais alors que je sortais, une main m'agrippe l'épaule. J'ai à peine le temps de me retourner qu'une masse vient se loger autour de mon cou en pleurant. Ses bras m'enlacent pour me retenir.
— Ne t'en vas pas, Lina. Je veux pas que tu partes...
Je la serre à mon tour et nos pleurs se mélangent.
— Je suis tellement désolée, Mǎ. Je voulais pas... Je suis désolée.
泪
Partir de chez Suzanne a été le moment le plus dur. L'image de son visage en train de pleurer, à cause de moi, reste gravée sur ma rétine et mon cerveau me la passe en boucle pour me rappeler ce que je viens de faire. Sur le chemin du retour, je m'assois sur un des bancs du parc de Soho. Je suis trempée, il pleut toujours. Je prends ma tête dans mes mains et je pleure. À chaudes larmes. Tout ce que je me suis retenue de pleurer devant ma meilleure amie. Le pire, c'est qu'il n'y a aucune raison que je ne la revoie plus. Mais pourtant, j'ai bien peur que ce soit le cas. La revoir me ferait souffrir à nouveau et me rappellerait tout le temps que l'on ne passera plus ensemble. Au final, c'est peut-être mieux ainsi... Je m'en ferai d'autres des amis, non ?
Non. Des amis comme elle, non.
Alors je pleure encore, je pleure cette amitié perdue. Cette sœur que je ne reverrai plus. J'ai si mal. Si seulement j'étais comme les autres... comme elle.
Je ne sais pas depuis combien de temps je pleure sur ce banc. Mais je commence enfin à calmer mes sanglots. Au loin, un homme arrive avec son parapluie. Il s'approche, j'ignore qui c'est.
— Tout va bien ?
J'ai peur. Et repenser à pourquoi je sanglote me fait remonter les larmes aux yeux.
— Ça va. Je réponds.
Puis sans attendre, je me lève et cours pour rentrer chez moi.
FIN.
2è année RP