3 août 2024, 18:19
 OS   RP++   Chapeau pointu et grosse verrue
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« Où vont-ils ? Que vont-ils faire ? Pourquoi chantent-ils en choeur ? Fêtent-ils les noces d'une sorcière ? Enterrent-ils un des leurs ? »
« LES DÉMONS », ALEXANDRE POUCHKINE




    C'est la rentrée des classes. Déjà. Avec le stress, je n'ai pas vu l'été passer. Ce matin, je me suis levée avec la boule au ventre, l'entrée au collège me fout une grosse pression. Je sais que mes parents veulent que je sois efficace, que je performe mieux que les autres élèves. J'ai eu du mal à avaler mon bol de céréales, et l'heure de partir est arrivée. Ma mère, toujours présente, me file mon sac à dos. Puis je pars.

    J'arrive à l'école de Soho. Mon collège ressemble étrangement à l'école primaire dans laquelle j'ai toujours étudié. Ça m'aide à prendre mes marques. J'y retrouve certaines têtes que je connais. Et je guette avec impatience Suzanne. Elle m'a manqué cet été. Encore plus que les étés précédents. J'ai envie de retrouvé son rire amical, son regard joueur. Où est-elle ?
    J'entre finalement dans la classe sans la trouver. J'arpente des yeux la salle, elle n'est pas encore là. Je m'assieds donc à un pupitre en l'attendant. La pièce se remplit et un autre élève prend le siège à côté de moi, là où j'espérais voir Mǎ s'asseoir. Puis le cours commence.

    Notre professeur entre. Elle a un accoutrement particulier. Très sombre et très large, comme un grand peignoir fin, ou un kimono affreux que l'on aurait trempé dans de l'encre de Chine. La professeur porte sur la tête un grand chapeau noir pointu. Elle traverse le long du tableau sans se retourner vers nous. Nous offrant seulement son profil gauche. Puis une fois arrivée à son bureau, elle se retourne et nous fait un grand sourire terrifiant. Son visage se découvre et laisse apparaître une grande verrue sur le côté droit de son nez. Un bouton exubérant surmonté de petits poils gris. J'ai un mouvement de recul. D'autant plus que, sans ce nez crochu verruqueux, cette professeure ressemble étrangement à...
    — Madame Richard, professeure de sorcellerie.
    C'était la version sorcière méchante de mon institutrice de primaire. J'étais perturbée, et en encore plus car Mǎ n'était pas encore arrivée.
    — Aujourd'hui, on va s'amuser à mettre du feu partout !
    Madame Richard se met alors à ricaner. Je regarde autour de moi, et les autres enfants ricanent également. Pire que ça, ils sont presque tous identiques. Tous les élèves portent un chapeau pointu, de longs cheveux de sorcières sales et grisâtres, et sur chaque nez, une verrue pustuleuse immonde. En même temps que les rires éclatent, une armoire s'agite comme abritée par une présence malveillante.
    Je suis dans une école de méchantes sorcières !
    J'ai peur. Je ne veux pas être comme eux. Ils sont ignobles et vilains.
    Madame Richard sort alors un dragon en peluche rouge. Je reconnaîtrais cette peluche entre mille, c'est Xinlian, mon dragon adoré que j'ai reçu de mes grand-parents.
    — Regardez, je vous montre.
    Elle regarde fixement le dragon rouge et agite ses mains devant elle.
    — Enflammation !
    Elle ricane bruyamment tandis qu'un feu immense enflamme mon dragon en peluche.
    — Xinlian !! Je ne peux m'empêcher de crier.
    C'est mon dragon en peluche. Personne n'a le droit de lui faire du mal. Qui va donc me conseiller quand je suis triste s'il n'est plus là ?
    Mais crier maintenant n'était peut-être pas une bonne idée. La sorcière Richard se tourne vers moi, visiblement en colère. Elle me terrifie, mon sang se glace, et l'armoire qui s'agite dans la salle me fout la chair de poule encore plus.
    — Et bien, Lina Zhao. Vous osez interrompre le cours de sorcellerie ? Alors c'est à votre tour de mettre le feu, et je vous ai réservé une cible de choix.
    Je veux pas mettre le feu ! Je veux faire de la magie gentille !
    Je secoue la tête, mais les mains de madame Richard me font signe de venir. Et je me sens contrainte par sa magie à me déplacer devant elle.
    — Je vais ouvrir l'armoire et tu devras mettre le feu.
    — Non... Dis-je apeurée.
    Mais la méchante Richard ne m'écoute pas. Elle ricane encore plus fort et ouvre la porte de l'armoire qui s'agite encore plus.
    — Non, j'ai peur !
    J'ai beau m'exclamer, personne n'empêche madame Richard qui continue de rigoler à gorge déployée.
    Mais contre attente, ce n'est pas une vilaine créature qui apparaît. C'est Suzanne, ma meilleure amie, qui sort de l'armoire. Elle était donc là depuis le début ? Je suis contente de la trouver, je me sens un peu plus rassurée maintenant. Jusqu'à ce que madame Richard me crie :
    — Mets le feu, maintenant !
    Elle termine son ordre par un rire machiavélique effrayant.
    — Lina, mets le feuuu !
    — Non ! Mǎ !
    Je me jette alors sur ma meilleure amie. Je ne veux pas lui faire du mal. Au contraire, je suis ravie de la revoir. J'ai envie de lui dire qu'elle m'a manqué. J'arrive vers elle, mais elle me repousse.
    — Mǎ ?
    — Non, Lina, ne t'approche pas, tu me fais peur !
    Je ne comprends pas. Comment je peux lui faire peur ? Je me recule, un pincement au cœur vient me faire monter les larmes aux yeux.
    — Mais, Suzy, c'est moi ?
    — Non, tu n'es pas Lina, tu es comme eux. Elle pointe du doigt le reste des élèves ricanants avec leur chapeaux pointus et leurs verrues affreuses. Tu es une sorcière.
    Madame Richard se met alors à rire encore plus. J'ai l'impression que mon monde s'écroule.



    Je me réveille dans mon lit. Décidément, ce rêve était tous sauf un rêve.
    Suis-je vraiment comme ces sorcières, avec un chapeau pointu et une verrue sur le nez ?
    La question me paraît un peu stupide. Je sais à quoi je ressemble, quand même. Mais pourtant, je ressens le besoin de vérifier. Je veux m'assurer que je ne suis pas encore devenue une méchante et moche sorcière.
    Je me lève et me dirige donc vers ma salle de bain. Je regarde dans le miroir ; et...

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    Je me réveille en sursaut, presque en pleurs. C'est la première fois que je fais deux cauchemars d'affilée. Et encore, je ne suis pas sûre d'être vraiment éveillée. Comme dans les dessins animés, je me pince le bras pour vérifier. J'ai bien mal, je ne dors plus. Je cherche à tâtons dans la pénombre mon dragon en peluche. J'arrive finalement à mettre la main dessus. Je l'attrape et le serre très fort.
    — Xinlian...
    Des larmes coulent de mes joues. J'ai encore peur. J'ai peur que dans le noir de ma chambre se cache madame Richard en version sorcière. Alors je me lève avec mon dragon et me dirige vers la chambre de mes parents.
    — Papa... Maman...
    J'entends les grognements de Chef-Papa et la voix encore endormie de ma mère.
    — Qu'est-ce-qu'il y a, Lina ?
    — J'ai fait un cauchemar... Je peux dormir avec vous ?
    Ma voix chevrotante témoigne encore de ma terreur. Ma mère est compatissante, moins que mon père qui semble déjà s'être rendormi.
    — Allez, viens.
    Je monte sur le lit et me fais une place entre mes deux parents, serrant contre moi mon dragon rouge. Je me sens un peu mieux auprès de toute ma famille. J'ai mes deux parents, et à travers Xinlian, c'est comme si j'avais mes grand-parents. Je le serre encore plus fort. La seule personne qu'il me manque, c'est Mǎ, et ça me rend très triste encore. Une larme coule le long de mes tempes, mais je finis malgré tout par m'endormir.

2è année RP