On tourne et on abaisse E.W

La fillette était réellement intéressée par ce que lui racontait son aîné, curieuse d'en apprendre plus à son propos. En réalité, Enola avait toujours une oreille attentive lorsque quelqu'un lui parlait de son histoire ou de choses qui le touchaient, même si elle ne le montrait pas. Elle se mettait bien trop facilement à la place des autres, se sentant presque plus mal qu'eux alors même qu'elle n'était pas directement concernée. Elle s'était déjà surprise à plusieurs reprises à vouloir prendre la douleur des autres, souffrir la dérangeant moins que de voir les autres souffrir. Et cette impression était encore pire lorsqu'elle connaissait les gens, étant particulièrement protectrice envers ceux à qui elle tenait. Enola ne supportait pas de voir les gens qu'elle aimait souffrir.

Ses yeux s'écarquillèrent de surprise en entendant la réponse du garçon. Owen, le bibliothécaire ?! Enola ne l'aurait jamais pensé... Elle n'en connaissait que très peu à propos des familles des profs ou des adultes travaillant au château, mais elle n'avait jamais pensé que ceux-là avaient une famille. Maintenant qu'elle y pensait, c'était tout bonnement absurde, il paraissait logique que les membres du personnel de Poudlard aient des enfants, ou un partenaire, ou une fratrie. La brunette n'en était pas moins étonnée. Comment faisaient-ils donc pour les voir ? Dormaient-ils au château, comme les élèves, ou rentraient-ils chez eux chaque soir ? Ils étaient assez puissants pour se téléporter, après tout. Et puis, ils devaient bien voir leur famille plus que quelques fois par an.

- Mister Locke, c'est ton frère ?! lâcha-t-elle, abasourdie. Elle avait bien du mal à y croire. Mais comment vous avez compris que vous étiez de la même famille ?

La fillette avait bien du mal à se remettre de son étonnement. Le garçon et le bibliothécaire, frères ? Elle ne pouvait s'empêcher de chercher quelques ressemblances à présent, se projetant le souvenir qu'elle avait du visage du bibliothécaire dans son cerveau. Même s'ils n'étaient que demi-frères, ils devaient bien avoir quelques traits communs. Pourtant, les deux avaient un physique plutôt opposés. Le bibliothécaire était plutôt petit, alors que le Serpentard face à elle était immense, ce dernier avait de longs cheveux bruns là où Mister Locke avaient de courts cheveux blonds... Rien n'indiquait qu'ils auraient pu être de la même famille.

Son coeur se serra légèrement à la question du garçon, mais Enola décida de l'ignorer. Il était hors de questions qu'elle donne plus de pouvoir à Jake qu'il n'en avait déjà. Il lui avait fait bien trop de mal ces derniers mois.

- C'est vrai que ça doit être cool
, répondit-elle d'un ton léger pour que sa tristesse ne se voit pas sur son visage. J'ai un frère, il est en troisième année, mais c'est tout.

*Et c'est déjà trop* songea-t-elle, amère, avant de chasser ses pensées de son esprit. Ce n'était plus le moment de penser à ça, ne voulant pas gâcher sa bonne humeur. Elle avait réussi son sortilège, c'était tout ce qui comptait à présent !

La fillette se surprit à s'imaginer la vie qu'elle aurait pu avoir si elle avait pris connaissance de la magie plus tôt. Si son père n'était partie. Enola n'avait pas beaucoup de souvenirs de celui-ci, ni de la relation qu'il entretenait avec sa mère à l'époque. Dans ses rêves, il revenait un beau matin comme si de rien n'était, comme s'il était simplement parti pour un voyage d'affaire, comme sa mère le lui avait laissé croire au début. Il revenait et apprenait tout ce qu'il savait à propos de la magie à ses enfants, et resoudait la famille par la même occasion. Il revenait et Enola ne se sentait plus seule, enfin heureuse. Mais tout ça n'était qu'un rêve, et la brune ne pouvait se laisser aller à y croire. Elle n'en finirait que trop déçue.

- Ça doit être génial, répondit-elle, des étoiles dans les yeux. Tu vis avec lui maintenant ? Des animaux magiques partout... le rêve !

La jeune fille adorait les animaux depuis son plus jeune âge, ayant grandi avec un chien. Alors des animaux magiques ! Qu'est-ce que ça devait être génial... Est-ce qu'il y en avait qui pouvaient parler ? Peut-être que le Serpentard pouvait même leur raconter des histoires ! De nombreuses questions se baladaient dans l'esprit de la première année, dont la curiosité avait été piquée.

- Ça doit être marrant à faire les origamis, fit-elle, songeuse, plus pour elle-même que pour le garçon. J'essayerais de m'imaginer en train de courir la prochaine fois que j'y arrive pas alors... Euh... Oui, j'veux bien.

Enola avait bien conscience que ce serait peu probable qu'ils se recroisent, le château étant bien trop grand. Ils n'étaient ni de la même maison, ni de la même année et ne s'étaient apparemment jamais croisés auparavant. Ça risquait certainement de continuer comme ça. Son aîné l'oublierait probablement au bout de quelques jours, tandis qu'Enola lui serait reconnaissante, repensant à lui quelques fois. Elle ne le connaissait pas assez pour être attachée à lui, mais elle savait déjà qu'elle repenserait au garçon bien plus que lui ne repenserait à elle. C'était toujours comme ça dans ses relations... Si elle aimait, elle aimait trop, si elle détestait, elle détestait trop. Elle ne savait pas faire dans la demi-mesure apparemment, bien incapable de nuancer ses sentiments. Peut-être que c'était ça son problème, finalement.

Troisième année 2050/2051 - Fiche PR
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Il ne put empêcher un grand rire de quitter ses lèvres en voyant la pure surprise sur le visage de l'autre. Son rire, semblable à un aboiement, ricocha quelques secondes dans la salle avant que Edwin ne parvienne à le calmer, essuyant au passage ses yeux mouillés. Bon dieu, c'était la première à avoir une réaction si appuyée. Tout le monde avait juste semblé accepter l'information sans trop de soucis quand il leur en avait parlé, mais Enola semblait avoir vu la vierge en chaire et en os. Edwin oubliait parfois que l'information pouvait être surprenante.

Au début il en avait pas cru ses yeux ni ses oreilles mais avec le temps Owen était juste devenue une constante dans sa vie. Parfois, Edwin avait la sensation que c'était comme s'il avait toujours été là, près de lui. Bien sûr, c'était faux et les deux frères avaient encore énormément de choses à rattraper après toutes ces années loin l'un de l'autre, mais Edwin oubliait souvent cette partie. Il semblait juste naturel pour lui de se présenter comme le petit frère d'Owen. Bien sûr, même si l'information commençait à traverser les couloirs, peu de gens connaissaient vraiment la finalité de leur lien. Edwin ne cachait pas son lien avec le bibliothécaire - même s'il y avait encore quelques rumeurs sur ce que pouvait être ce lien - mais il ne criait pas sur tous les toits que l'adulte était, en plus d'être son frère, son représentant légal.

Enfin, puisqu'il ne cachait pas où il passait ses étés, les gens devaient bien comprendre qu'un truc comme ça se tramait entre eux. Il préférait l'appeler "mon frère" que "mon tuteur". C'était simplement plus personnel, et Edwin ne voulait pas que les gens se trompent sur leur relation. Bien sûr Owen avait prit le rôle d'une figure paternelle pour lui, mais Edwin savait qu'il n'était pas son père et il ne penserait jamais à lui de cette façon. Tuteur ça semblait juste dire "en fait le bibliothécaire a un enfant de 16 ans" et c'était juste... Bizarre. Deux Serpentard y avaient presque cru, cela dit.

Mon demi frère, oui indiqua-t-il. Edwin préférait souvent faire la distinction devant les autres ne serait-ce que pour Owen. Sûrement que son grand frère ne souhaitait pas être relié à une mère qui l'avait abandonné et un père supposé qui avait abandonné son petit frère. Il lui semblait que l'histoire se répétait alors mieux valait laisser à Owen ce qui lui appartenait : lui avait un papa génial. L'adolescent se frotta la nuque, un peu gêné par la question. Il n'aimait pas trop dévoiler cette partie de l'histoire parce qu'elle ne le concernait pas que lui. Il avait de moins en moins de mal à parler de tout ce qui lui était arrivé, mais il ne voulait pas trop partager les quelques traumas de son grand frère sans son autorisation.

En fait, c'est juste grâce à Owen. Je savais même pas que ma mère avait...euh... un ex. A part mon père bien sûr. Owen m'a vu un jour avec maman à la gare et je suppose qu'il a eu un déclic... Il connaissait son visage. Je suppose que ça a dû lui faire un choc à lui aussi de retrouver sa mère... enfin sa génitrice comme ça, totalement random dans une gare bondée. Il fit un nouveau sourire, bien plus timide que les précédents. A chaque fois qu'il en parlait, la même chaleur se déployait dans sa poitrine. Il a été super avec moi. Il s'est renseigné d'abord et puis il est venu me le dire. Ca... c'était vraiment dur avant qu'il arrive, il m'a beaucoup aidé. Il rigole un peu de gêne et grimace Il m'a jamais fait sentir comme un fardeau mais parfois j'ai quand même l'impression de lui en demander beaucoup.

La fillette semblait ne pas trop vouloir parler de son frère. C'était bizarre qu'elle n'ai pas connu vraiment Poudlard plus tôt... Son frère ne lui en avait-il pas parlé ? N'avait-il pas partagé avec joie toutes ses expériences en tant que sorcier ? Et... Merde, où était il quand il s'agissait d'aider sa petite sœur à réussir ses examens ? Edwin n'était même pas de sa famille et pourtant il avait décidé avec joie de passer du temps avec elle pour l'aider. Même si son frère était entièrement focalisé sur ses propres examens, il aurait dû faire attention à sa sœur. C'était un peu rageant. S'il avait eu une petite sœur, celle-ci aurait su dans les moindres détails tout ce qui l'attendait à Poudlard et Edwin aurait été fier comme un paon à l'idée d'assister à ses réussites de sortilèges. Enfin, Edwin n'avait pas de petite sœur et n'en aurait jamais alors ce n'était que des pensées en l'air. Il décida de garder ça en tête pour plus tard et se concentra uniquement sur les autres réponses de la fillette.

Ouais, on vit ensemble.. Mais... enfin c'est pas vraiment rempli d'animaux magiques... Disons que y'a mon boursoufflet, la chouette d'Ennis et le serpent d'Owen déjà... Est-ce que les gens savaient que Ennis O'Belt vivait avec le bibliothécaire et son frère ? Il en doutait.... Merde, c'était peut-être une boulette... Enfin, la première année ne connaissait sûrement pas Ennis puisqu'elle n'était plus préfète en cheffe alors ça devrait aller. Mais comme ma mère a jamais voulu d'un animal, pour moi ça fait beaucoup. Et puis elle aurait fait une crise cardiaque si elle avait vu un serpent dans la maison ! Pour les autres créatures magiques j'ai mes cours de soin. Est-ce que ça t'intéresse comme sujet ?

A son arrivée à Poudlard, lui, il avait été horrifié par toutes les créatures magiques. Ce n'est qu'à la fin de sa première année, quand il avait eu l'occasion d'avoir Piou, qu'il avait commencé à changer un peu d'avis. Il s'était rendu compte que toutes les créatures n'étaient pas aussi flippantes que celles du manuel de défenses contre les forces du mal et qu'elles ne risquaient pas toutes de lui picorer les yeux s'il les dérangeait. Il supposait que pour beaucoup d'élèves, voir des créatures magiques comme ça, c'était fascinant. Pour lui ça avait surtout été traumatisant à vrai dire, mais maintenant il adorait absolument ses cours de soins aux créatures magiques.

Il aurait pu laisser la discussion sur les origami en suspens mais la question de son frère le turlupinait vraiment. Sûrement que l'autre n'accepterait pas de lui en parler, mais pourquoi pas essayer. Il se pencha pour fouiller dans sa sacoche à ses pieds et, entre tout son bordel, réussit à trouver quelques feuilles spéciales à origamis. Il les posa sur la table avant d'en prendre une. Tiens, regarde. Tu aimes les cygnes ? il n'attendit pas la réponse avant de commencer avec agilité son pliage. Tout le monde aimait les cygne, enfin jusqu'à ce que ceux-ci vous coursent après avoir été emmerdés, bien sûr. Il en avait fait des dizaines de fois, tellement qu'il aurait pu faire le pliage les yeux fermés et avec des moufles à la place des mains. Il profita des quelques secondes de silence pendant que la fille l'observais pour trouver une manière de tourner sa phrase. Tu n'as pas demandé d'aide à ton frère pour... eh bien, les sortilèges et Poudlard ?

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

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Le garçon semblait trouver sa réaction extrêmement amusante, un long rire s’échappant de ses lèvres. Enola crut même apercevoir une petite larme, bien qu’elle ne fut pas assez proche pour en être sûre. Un sourire amusé, bien que légèrement hésitant, se dessina lentement sur son visage pâle, la brune ne comprenant pas bien ce qu’il y avait de si drôle. C’était quand même étonnant de savoir que le garçon avec qui elle discutait avait un lien de parenté avec le bibliothécaire du château, que la Poufsouffle voyait presque tous les jours, entre deux cours, le week-end pour faire ses devoirs… Les occasions d’aller à la bibliothèque étaient nombreuses à Poudlard, bien que la brunette ne soit pas le plus grande fan de cette pièce.

L’humeur du garçon se calma légèrement, celui-ci expliquant à la fillette le pourquoi du comment il vivait avec son demi-frère. Détail qu’il semblait vouloir souligner d’ailleurs, comme s’il avait peur que la première année pense qu’ils étaient complètement frères. Enola ne connaissait pas vraiment ce genre de situation, bien qu’elle eut probablement des demi-frères ou sœurs quelque part dans le monde, son père étant aux abonnés absents, mais elle se doutait qu’être sœur directement ou demi-sœur avec quelqu’un ne devait pas être la même chose. Naître avec un visage familier, grandir avec une personne, ça créait forcément des liens. Bien plus qu’un demi-frère ou sœur, qu’on ne connaissait surement qu’à partir d’un certain âge. Enfin, elle était peut-être la seule à penser comme ça, certains de ses camarades ne semblant avoir aucun problème à s’attacher et à faire confiance aux autres. Mais la réaction du Serpentard semblait dire qu’il pensait comme elle, ou bien qu’il ne s’entendait pas avec le bibliothécaire, une option qu’elle ne pouvait considérer étant donné qu’ils vivaient ensemble.

À mesure que son aîné racontait son histoire, il laissait traîner certains détails, qui sautaient aux yeux de la brune. Alors comme ça, ses parents étaient séparés ? S’il considérait son père comme l’ex de sa mère, la conclusion était plutôt évidente. Finalement, peut-être que leur situation n’étaient pas si différentes que ça… Il devait bien avoir une raison de déménager chez son demi-frère, ce qui laissait penser Enola qu’il ne s’entendait pas forcément avec ses parents. La curiosité de la fillette était piquée, s’intéresser aux histoires familiales des autres l’empêchant de trop penser à la sienne. Et puis, elle était bien plus apte à comprendre ce que le garçon ressentait s’ils avaient vécu à peu près la même chose…

- Ça a du être génial, dit-elle, le regard dans le vide, légèrement plongée dans ses pensées. De trouver un autre sorcier dans ta famille, j’veux dire. Fin’ c’est sûr que ça a du faire bizarre au début, mais tu dois être content maintenant, non ?

Edwin semblait un peu gêné de partager sa vie, ce que la brune ne pouvait que trop bien comprendre. Si c’était un sujet sensible, il devait probablement être en train de faire des efforts mesurables pour lui en parler. Elle ne voulait pas qu’il se sente obligé de lui parler, s’il n’en avait pas envie, aussi afficha-t-elle un sourire calme, tentant de communiquer sans les mots. Elle n’était pas bien sure que celui-ci comprendrait, mais ça valait toujours la peine d’essayer.

Ennis… Comme Ennis, la Gryffondor ? Enola ne savait pas à quoi elle ressemblait, ni même quel âge elle avait, mais elle était persuadée d’avoir déjà entendu ce nom quelque part. Elle ne pouvait plus mettre la main sur la façon dont elle connaissait ce nom, ni pourquoi elle y associait la maison des rouges et ors, mais une chose était sûre: elle en avait déjà entendu parler. Peut-être que c’était une préfète, ou une amie de ses amies ? Enola n’avait pas énormément d’amies, mais peut-être que l’une d’entre elles connaissait Ennis. Stoppant ses réflexions là, elle se reconcentra sur ce que son aine disait, bien décidée à poser la question ensuite.

- Ennis… elle est au château non ? demanda-t-elle quand son camarade eut fini de parler. C’est déjà beaucoup, trois animaux magiques… Bon c’est sûr que les serpents, ça fait un peu flipper. Oui, j’aime bien les animaux. Magiques ou pas, j’aime bien m’en occuper.

La fillette savait qu’en troisième année, elle aurait des cours de soin aux créatures magiques. Qu’est-ce qu’elle était impatiente ! Elle se demandait bien en quoi ça pouvait consister, mais était bien curieuse de pouvoir le découvrir. Elle adorait s’occuper des animaux moldus, et imaginait que ça allait être la même chose avec les animaux magiques. Ça devait être encore plus intéressant que de s’occuper de son chien moldu, activité qu’elle adorait déjà faire. Jouer avec, aller le promener, lui parler même des fois… Elle se sentait toujours bien quand elle le faisait.

Les sourcils froncés de concentration, la jeune première année observa avec attention le garçon faire un origami à l’aide d’une feuille sortie de son sac. Enola n’avait jamais essayé d’en faire, se considérant comme trop impatiente et pas assez délicate pour faire ce genre d’activités manuelles. À vrai dire, la fillette n’avait jamais été très douée de ses mains. Mais elle avait toujours admiré ceux qui y arrivaient bien, les résultats étant toujours magnifiques. Nul doute que ce serait aussi le cas du Serpentatd, qui semblait savoir exactement ce qu’il faisait.

- Oui, ça va, fit-elle, n’ayant en réalité aucun opinion à propos des cygnes.

La brune sentit son cœur s’emballer à la mention de son frère, ne sachant pas vraiment comment expliquer les choses. Elle le devait bien au garçon, après tout ce qu’il lui avait raconté, mais n’avait pas non plus envie de trop s’étendre sur le sujet.

La vérité était qu’elle avait demandé de l’aide à son frère. À de nombreuses reprises. Elle n’avait jamais eu de problème à avouer qu’elle n’arrivait pas à faire quelque chose, surtout avec son frère. Et auparavant, ce dernier était toujours partant pour l’aider. Mais quelque chose avait changé en septembre, quelque chose s’était brisé dans leur relation. Enola l’avait cherché les premiers mois, tentant de lui parler, de lui raconter ses journées, mais le garçon l’avait repoussée encore et encore. Elle s’était d’abord dit que ce n’était qu’une phase, les deux enfants ayant toujours été complémentaires, mais ça avait duré. Même pendant les vacances, il ne restait plus autant avec elle et semblait ne plus vouloir la voir. Au fil des mois, Enola n’avait pas eu d’autres choix que de se rendre à l’évidence: son frère ne voulait plus lui parler. Aussi douloureux que ça ait été, la fillette avait peu à peu arrêter de le solliciter, de le chercher et les deux avaient fini par ne plus se parler.

- Il voulait que je découvre le château par moi-même, j’crois, finit-elle par répondre après un léger silence, un silence trop long pour que son camarade ne se rende compte de rien. Et puis, on se parle pas beaucoup, on est plus très proches. J’crois que ça le saoule de m’aider.

La fillette avait été honnête, à sa manière. En tout cas, elle n’avait pas menti en répondant.

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Il lui semblait qu'à mesure qu'il racontait ses bêtises, l'autre tombait de plus en plus dans ses pensées. Edwin ne savait pas déterminer si c'était une bonne ou une mauvaise chose. Enfin, il finirait par s'en rendre compte... Sûrement. En tout cas, si elle se mettait à pleurer sans raison, il comprendrait qu'il avait dit quelque chose de mal. Oh, bien sûr, il ne comprendrait jamais quoi mais il saurait se faire pardonner. A force de demander pardon pour tout, Edwin était devenu un vrai pro. Malheureusement, il ne pouvait pas vraiment montrer ce talent au monde à moins de passer pour un abruti et un misérable. Que pourrait-il dire ? "En fait je connais tellement de manières de m'excuser depuis que ma mère me blâme pour toute sa vie de merde" ? Ce serait juste terriblement pathétique. Et puis, personne ne lui demanderait jamais comment il avait apprit à être si diplomate au moment d'avouer ses torts. En fait, il était bien conscient que tout le monde n'en avait rien à foutre et ça lui convenait parfaitement.

Au début de sa relation avec Owen... il s'en fichait bien de savoir si l'autre était un sorcier ou un vers de terre. Il aurait pu même être un cailloux avec des yeux en plastique collés sur la tronche que Edwin l'aurait aimé tout aussi fort. Il se serait attaché tout aussi vite, comme un noyé à une bouée. Honnêtement je... il baisse les yeux sur ses mains, stoppant son pliage quelques secondes J'ai même pas pensé à ça quand je l'ai vu. Sorcier ou pas, frère ou pas c'était... Ouais, juste quelqu'un qui me voulait. Vraiment. Ca changeait alors.... Franchement ça aurait pu être un moldu, même un clochard, j'aurais tout prit. Il se mordille les lèvres quelques secondes Et puis après je me suis senti un peu... Très perdu. J'imaginais pas ma mère avoir eu un enfant avant, et je comprenais pas pourquoi elle avait décidé d'en avoir un autre alors que... qu'elle avait été ignoble avec le premier déjà. Et puis je me suis senti un peu jaloux aussi. Le père d'Owen est vraiment super, et il a une vie... tellement cool. Il est bien entouré, et je crois que je l'ai jamais vraiment vu triste.

A partir du moment où il avouait un truc si intime à une personne inconnu - honnêtement, il ne devait en avoir parlé qu'à Antonn, alors pourquoi ça sortait naturellement comme ça - il pourrait tout dire. Un petit côté de lui, cependant, espérait qu'en s'ouvrant il pourrait pousser l'autre à lui faire suffisamment confiance pour lui parler d'elle. Elle commençait à l'intriguer. Et puis, si elle décidait de se servir de tout ça contre lui... il n'aurait aucun mal à lui faire peur, même s'il avait la nausée rien qu'à l'idée de briser le peu de confiance en elle que l'autre fille semblait avoir. Il essaie de reprendre contenance, agitant la main comme pour dégager les mauvais souvenirs. Mais ouais, maintenant je suis heureux ! Vraiment. Il essaya de camoufler un tic nerveux de la paupière quand l'autre mentionna à nouveau Ennis. Bordel, mais pourquoi la Gryffondor était aussi connue ? Bien sûr elle était belle, sûre d'elle, ancienne préfète en cheffe et probablement pleins d'autres postes super cool aussi mais... même les premières années la connaissaient ? Ceux de Poufsouffle en plus ? C'était irréel. Ils ne vivaient pas dans le même monde avec Ennis, et c'était pas la première fois qu'il s'en rendait compte.

Il hocha rapidement la tête à sa question sans ajouter plus d'informations. C'était pas à lui de raconter la vie de sa.. eh bien, sœur par procuration si on pouvait appeler ça comme ça. Et puis il avait aussi peur de faire une gaffe et de révéler un secret d'Owen encore plus important. Son serpent est adorable...Et puis quand tu vis à Serpentard, faut bien s'y faire, aux serpents. Sinon tu étouffe vite en salle commune et puis beaucoup d'élèves en ont alors... Il reprit la construction de son cygne, en profitant au passage de quelques secondes pour se reprendre un peu Tu as déjà été près des cours de soins aux créatures magiques ? Y'a des enclos là bas. Je te les montrerais à l'occasion, si tu as envie. Et puis t'inquiète pas, les créatures peuvent rien te faire. C'est juste dommage, tu pourras pas voir les niffleurs je pense, l'entrée est verrouillée. Je crois bien que y'a que une partie des vivariums qu'on peut aller voir, mais peut-être que si tu demandes au professeur Dawson il pourrait faire une exception et te montrer quelques trucs en plus.

Finissant le dernier pli - qui consistait à marquer le bec du cygne - il déposa le petit animal parfaitement réalisé au milieu de la table. Tu peux le prendre si tu veux, je te le donne. Il avait profité des derniers pliages pour mesurer ses prochaines paroles mais, comme d'habitude, Edwin était trop explosif pour véritablement faire attention à ce qu'il disait. Il m'a l'air d'un gros con dit-il abruptement Il devrait être content de pouvoir aider une jeune sorcière pleine de talents. Vous êtes dans des maisons différentes ? C'était peut-être pour ça qu'ils s'étaient éloignés ? Edwin connaissait certains élèves qui ne se parlaient plus juste à cause d'un truc aussi futile qu'une couleur de cravate. Même si, pour être honnête, ça lui donnait envie à chaque fois d'en prendre un pour taper l'autre. La famille c'était sacré. Enfin, il ne pouvait plus vraiment dire ça depuis qu'il avait abandonné sa mère.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

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La brune commençait à réaliser que le garçon en avait vécu bien plus qu’il ne le laissait paraître. Il parlait d’un air détaché, confiant son histoire avec une facilité déconcertante, mais Enola pouvait voir dans ses yeux que ça le touchait. Comment aurait-ce pu ne pas le toucher, en même temps ? La brune n'était que trop bien placée pour le savoir, ayant conscience que son enfance avait eu un impact important sur la personne qu'elle était devenue. La façon dont on était élevé, les valeurs qui étaient transmises, tout ça était la base même de la façon dont une personne se comportait. Et tout cas, ça s'apprenait pendant les premières années de sa vie. En vérité, ils apprenaient tout pendant les premiers années de leur vie. C'est pour ça qu'elles étaient si marquantes, que ce soit en bien ou en mal. Certains avaient plus de chance que d'autre, c'était tout.

Les paroles du jeune homme s'inscrivait lentement dans l'esprit de la fillette. D'une façon ou d'une autre, il avait réussi à exprimer ce qu'Enola souhaitait depuis des années. Elle était probablement trop fière pour l'avouer, ou trop bornée, mais la brune voulait juste être aimée en réalité. Être entourée et acceptée, sans qu'elle n'ait sans cesse peur d'être abandonnée. La seule personne sur qui elle comptait vraiment, de qui elle n'aurait jamais pensé être déçue, l'avait lâchée à son tour. Comment était-elle censée refaire confiance à quiconque, à présent ?

Un petit sourire se dessina sur les lèvres de la fillette en entendant la suite des paroles du garçon. *Mais ouais, maintenant je suis heureux ! Vraiment* Enola n'arrivait pas bien à savoir si c'était la vérité ou si c'était juste sa façon à lui de détendre l'atmosphère après pareilles confessions, mais en tout cas, le garçon jouait bien le jeu. Il semblait rayonner de joie, ou du moins il avait semblé au début de leur conversation, si bien que la fillette n'aurait jamais pensé qu'il aurait pu avoir une enfance compliquée. À mesure qu'il parlait, elle tentait d'accorder les différentes pièces du puzzle, commençant à se faire une petite idée de l'environnement dans lequel le Serpentard avait évolué. Des parents divorcés. Une mère ignoble. Un père... absent ? Le garçon n'avait pas mentionné beaucoup de fois ce dernier, si bien qu'elle ne savait pas vraiment quoi en penser. Est-ce que c'était une bonne personne ? Est-ce qu'il avait tout simplement déserté après le divorce ? Est-ce qu'Edwin le voyait encore ? Enola se surprenait à se poser autant de questions, sincèrement curieuse.

- J'comprends, répondit-elle après une brève hésitation, ne sachant pas vraiment quoi dire après une telle déclaration. T'sais, j'suis sure que y a plein de gens qui te veulent, dans le monde. Faut juste rencontrer les bonnes personnes... Ta mère... Tu t'entends pas avec elle ? C'est pour ça que tu vis plus avec elle ? En vrai ça doit être chiant à la longue d'être tout le temps heureux, c'est tout le temps la même chose.

La première année ne le pensait pas, évidemment, ayant terminé sa phrase sur le ton de la plaisanterie. La vérité c'était que si elle pouvait être tout le temps heureuse, elle n'hésiterait pas une seconde avant d'accepter. Rien que l'idée d'enlever toutes les émotions néfastes qui l'envahissaient par moment la rendait de meilleure humeur. La tristesse, la peur, la colère... Si rien de tout cas n'existait, la vie serait définitivement plus belle.

Edwin se contenta d'hocher la tête avant de reprendre la parole à la mention d'Ennis, l'air mal à l'aise. Il ne semblait pas avoir envie d'en parler, aussi la fillette n'insista pas, respectant son choix. De toute façon, la conversation s'était déjà engagée sur un autre sujet.

Un serpent ? Adorable ? La fillette avait bien du mal à y croire. Si elle aimait une grande partie des animaux, les serpents n'y rentraient définitivement pas. Que ce soit de la leur ou juste du dégoût, elle ne comprenait pas bien ce que les gens pouvaient leur trouver. Alors en avoir un comme animal de compagnie... Il en était hors de question ! Enola se demandait bien ce qui passait dans la tête de ceux qui en achetaient. Ce n'était ni mignon, ni doux, ni affectif. Ça ne servait pas à grand chose, à vrai dire. Alors pourquoi en avoir un à soi ? C'était un mystère non résolu pour la Poufsouffle.

- J'aime pas trop les serpents, avoua-t-elle. Heureusement que j'suis à Poufsouffle alors, y en a pas trop dans la salle commune.

Si la brune avait été légèrement déçue en étant placée chez les Poufsouffle, ce sentiment s'était rapidement estompé au fil des mois. Elle n'avait pas d'idées précises de là où elle allait être placée avant son arrivée au château mais, allez savoir pourquoi, elle n'avait même pas envisagé pouvoir être placée chez les jaunes et noirs. Ça lui semblait tellement improbable... Et pourtant, elle y était depuis bientôt neuf mois. Comme quoi, la vie était pleine de surprises !

La fillette fut ravie en entendant les propos du garçon, l'informant qu'elle pouvait aller voir les créatures magiques quand bon lui semblait. Elle n'y avait même pas pensé au cours de l'année, déduisant que c'était interdit aux première année puisqu'ils n'y avaient aucun cours. Mais si elle avait eu tord, c'était génial ! Enola sentait déjà l'excitation se répandre dans ses veines rien qu'en y pensant, rêvant depuis un bon moment maintenant de voir ses créatures magiques.

- Euh... Non, je pensais qu'on avait pas le droit, déclara-t-elle. Mais ce serait trop cool ! Les vivariums c'est déjà bien, je le connais pas le prof, il voudra pas me montrer plus...

Elle n'avait absolument pas peur de se faire attaquer, l'idée ne lui ayant même pas traverser l'esprit avant que son aîné ne l'expose. À ses yeux, les animaux étaient tous ses amis et ne pouvaient lui faire de mal. Enfin, à part quelques exceptions.

- Merci, fit-elle timidement en s'emparant délicatement du cygne que son camarade venait de confectionner. C'est beau.

Elle le rangea délicatement dans son sac, avant de continuer, s'engageant sur la pente dangereuse qu'était de parler de Jake.

- Mmh, fit-elle après un gloussement à la fois d'amusement et d'étonnement, ne s'étant pas attendu à une franchise aussi brute de la part du garçon. Oui, il est à Gryffondor.

Peut-être bien que c'était un con. Ou alors, peut-être que c'était elle la conne. Tant qu'elle ne saurait pas pourquoi il agissait comme ça, la brune ne pourrait pas vraiment le déterminer. Est-ce que c'était elle qui avait quelque chose de mal ? Qui lui avait retiré l'envie de passer ne serait-ce qu'un peu de temps avec elle ? Ou bien, est-ce qu'il avait juste grandi et changer ? Qu'il n'avait simplement plus le temps de la voir ? Enola ne comprenait pas, et ne comprendrait probablement jamais. Ça faisait quelques mois maintenant qu'elle avait cessé d'essayer d'arranger les choses.

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Il eu une grimace presque douloureuse aux paroles de la plus jeune. Objectivement, il savait qu'elle disait la vérité. C'était juste encore difficile de vraiment y croire malgré tous les progrès qu'il avait pu faire ces dernières années. Evidemment que beaucoup de gens le voulaient dans ce monde, c'était juste dommage qu'ils ne soient pas ceux qui étaient censés le vouloir. Sa mère, son père. Ils avaient décidé d'avoir un enfant. Enfin, pas vraiment mais sa mère n'avait pas décidé d'avorter alors elle devait bien l'avoir voulu à un moment donné où à un autre.

Des parents... leur but premier c'était de vouloir leurs enfants. Ils étaient écrits pour le faire. Et pourtant, ça n'avait pas suffit. Il se demandait encore parfois si tout ça n'était pas de sa faute. On lui avait dit des dizaines de fois que non, qu'il n'avait juste pas eu de chance et Edwin voulait vraiment y croire. La plupart du temps, il y arrivait maintenant. Ca avait été dur, mais se persuader des choses avait fini par fonctionner un minimum. Cependant, dans la pénombre de son dortoir, quand Antonn ronflait doucement dans le lit d'à côté et que personne ne pouvait voir son visage se crisper, Edwin se demandait si toutes les épreuves qu'il avait subit étaient vraiment arrivées par hasard. N'aurait-il pas pu faire quelque chose pour changer tout ça ? N'avait-il simplement pas été un bon fils ? Aurait-il pu faire changer les choses juste par sa volonté ? N'avait-il pas essayé assez fort ?

Toi aussi finit il par dire Même si ton frère est un con, c'est pas une finalité dans la vie. Y'aura d'autres personnes, y'en a sûrement déjà. Il ne lui ferait pas l'affront de s'imaginer connaitre toute sa vie, mais il était certain que quelque part dans le monde, quelqu'un la voulait, elle aussi. Et puis même s'il avait voulu tout savoir de sa vie, pour le moment c'était surtout la sienne qui était en train d'être mise à nue. D'un côté ça ne le dérangeait pas tellement : il avait prit l'habitude de parler avec légèreté de tout ça. Si ses expériences pouvaient aider les autres ou les faire se sentir plus à l'aise, alors il les raconterait. Ca ne faisait plus aussi mal une fois que des mots étaient posés dessus. Ca n'était plus vraiment des souvenirs à partir de là, simplement des vérités. On ne pouvait pas changer ce qui s'était passé, alors pourquoi ne pas essayer d'en tirer du bon ? Pour Edwin, le bon c'était de montrer aux gens qu'ils n'étaient pas seuls, ou au minimum que leur vie n'était pas si merdique.

Avoir été torturé dans une cave, ostracisé par sa famille et par les sorciers et avoir failli cramer comme une dinde au four, au moins ça avait le mérite de faire relativiser les gens qui se plaignaient d'avoir des parents chiants. En fait, Edwin détestait vraiment quand on venait se plaindre à lui de ses parents pour des choses si futiles, mais il ne le montrait pas et donnait amicalement des tapes sur les épaules. Un bon ami faisait ça.

Il secoue la tête pour essayer encore une fois d'effacer le regard préoccupé qui lui prend toujours quand il commence à trop réfléchir. Parfois Edwin manque l'époque où tout ce qu'il faisait de ses journées c'était fumer et se battre. A cette époque il ne pensait à rien, il prenait les choses comme elles venaient. C'est dingue comment l'anxiété et l'angoisse pouvaient changer en profondeur les hommes et leurs habitudes. Elle me déteste dit-il tranquillement. Pourquoi enjoliver la réalité alors que de toute façon, même avec des fleurs elle continuerait à craindre ? Enfin, elle déteste le fait que je sois un sorcier. Je lui en veux pas. Je sais qu'elle a essayé de m'aimer, et qu'elle la fait à un moment donné. C'est juste qu'un truc s'est brisé quand elle est devenue malade et elle est devenue une de ces personnes qui ne savent pas aimer, qu'importe combien elles essaient. Edwin avait parfois peur de devenir une personne comme ça. Il avait peur que son affection se transforme en douleur pour les gens autour de lui.

Il essaie de forcer un petit sourire Mais j'ai Owen maintenant. Et... j'ai fait la paix avec ça. Vraiment. Ce n'était pas vrai à 100%, mais la plupart du temps ça allait. Et il le pensait vraiment quand il disait qu'il n'en voulait pas à sa mère. Enfin, "plus" c'était mieux. Il lui en avait voulu, vraiment, avant de se rendre compte que se déchirer le cœur à haïr les gens, ça n'aidait pas. Ca donnait l'impression de pouvoir ressentir quelque chose, d'être légitime dans ses sentiments mais au final rien de plus. A un moment donné il avait voulu que les gens souffrent comme lui avait souffert. Depuis il avait mieux apprit : agir comme ça ne le ferait que devenir comme eux. Et Edwin refusait ce destin qu'il se creusait lui-même.

Il observa l'autre sérieusement. L'idée d'être heureux tout le temps, c'était le rêve de tout le monde, mais c'était impossible. Personne n'est heureux pour toujours et à jamais. Sans connaître la douleur, comment tu veux apprécier aussi bien les moments de bonheur ? Il n'y a pas de bonheur sans descentes de moral, ça fonctionne comme ça. Le mieux qu'on puisse faire c'est de se concentrer sur le bon pour que le mauvais prenne moins de place et revienne le moins souvent possible. Il fredonne tranquillement C'est pas parce que quelqu'un sourit tout le temps qu'il n'est jamais triste, c'est juste qu'il a apprit à apprécier même les coups bas, parce que tout permet d'apprendre et de grandir. Il ne voulait pas trop parler des gens qui se forçaient à sourire parce qu'ils pensaient que personne ne les écouteraient s'ils pleuraient. Il en avait fait partie pendant longtemps et c'était sûrement encore un peu le cas aujourd'hui, et il ne voulait pas que l'autre trouve ça normal. C'est avant l'aube qu'il fait le plus sombre : pour que le soleil se lève, il faut accepter que la nuit tombe, c'est comme ça.

Il parlait beaucoup. Sûrement trop, réalisa-t-il trop tard. Il fit un sourire d'excuse à l'autre Je dis parfois des bêtises, désolé. Il rebondi rapidement sur un autre sujet de conversation Ils font souvent peur, mais ce sont des animaux très agréables à côtoyer, et très sensibles aussi. Si tu es à Pousouffle tu dois déjà avoir vu Narcisse Brando. Il a un Boursouflet, comme moi, mais à choisir je préfèrerais faire face à un basilic plutôt qu'à son espèce de petit monstre. Il ne faut pas s'arrêter à l'apparence des animaux Klee était un monstre, un loup déguisé en mouton. Edwin trouvait ça marrant même s'il n'osait pas trop le dire. Enfin, il ne trouverait sûrement plus ça marrant s'il avait fait partie des victimes de Klee, alors bon. Les vivariums et aquariums sont ouverts la journée. Je me renseignerais sur les horaires pour que tu puisses venir et puis... Tu sais, les profs vont pas te manger. Peut-être qu'il dira non, mais il pourrait aussi dire oui, ça vaut le coup d'essayer. Dawson est plutôt sympa en plus.

Un nouveau sourire sincère étira ses traits en voyant l'autre ranger l'origami précieusement dans son sac. Il se demandait où sa création finirait. Observerait-elle la jeune fille dormir, perchée sur sa table de nuit ou serait-elle oubliée au fond d'un manuel ? Il ne savait pas, mais il supposait que ce n'était plus ses affaires. Maintenant le petit cygne de papier avait une nouvelle maîtresse, il n'avait plus besoin que son créateur ne s'inquiète. J'ai parfois vu des fratries se casser à cause des Maisons, mais généralement c'est parce que l'un d'eux et à Serpentard... Il me semble jamais avoir entendu parler de difficultés entre Poufsouffle et Gryffondor. Tu veux que je lui parle ? Ca lui faisait de la peine d'imaginer une fratrie avec de mauvaises relations. Ou pas, en fait juste une famille brisée ça lui faisait mal au cœur. Peut-être qu'il pourrait aider un peu ? Ou peut-être juste mettre un peu la pression à l'autre pour qu'il se tienne un minimum à carreaux ?

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

On tourne et on abaisse E.W
La fillette esquissa un léger sourire, ayant bien du mal à croire son aîné. Même si ce qu'elle disait pour lui, elle le pensait, ça ne signifiait pas qu'elle pensait la même chose pour elle. Depuis qu'elle était toute petite, tout ceux qu'elle avait un jour aimés avaient fini par partir. L'abandonner. La laisser seule. D'abord son père, dont elle n'avait pas eu de nouvelle depuis ses cinq ans. Ensuite sa mère qui, même si elle la voyait régulièrement, se montrait odieuse et désagréable avec elle. Son frère aussi, qui avait été son confident pendant des années mais qui du jour au lendemain avait cessé de lui parler. Même sa seule amie moldue ne lui avait pas donné une seule nouvelle depuis qu'elle était à Poudlard et qu'elle ne la voyait plus. Le seul point commun entre toutes ces personnes, c'était elle. La brune avait bien du se rendre à l'évidence, le problème venait d'elle. À quoi bon s'attacher à des gens, s'ils finissaient de toute façon tous par s'en aller ?

D'autres personnes, probablement pas. Enola s'était faite quelques amies au château, son début d'année s'étant passé bien mieux qu'elle ne l'avait espéré. Mais Kenna et Minh, elles aussi elles finiraient par partir. Elles réaliseraient qu'elles en auraient marre et laisseraient Enola, comme de nombreuses personnes avant elles. Ce n'était plus qu'une question de temps malheureusement, au plus grand désarroi de la brunette.

Enooa ne répondit pas, ayant peur de trahir son peu de conviction, et se contenta d'hocher la tête d'un air qui se voulait enthousiaste. Elle ne voulait pas montrer au Serpentard qu'elle n'y croyait pas une seule seconde, mais si elle en était persuadée pour lui. Elle ne voulait pas que lui-même en doute, ressente la même chose qu'elle. Il avait l'air d'être quelqu'un d'extraordinaire, qui méritait d'être heureux. Et qui ne méritait certainement pas tout ce qui lui était arrivé.

Après un léger mouvement de tête, le garçon se remit à parler. Ses premiers firent l'effet d'un poignard à la fillette, qui refusait tout simplement que quelqu'un puisse se sentir comme ça. Aucun enfant n'aurait du savoir, ou du moins avoir l'impression, que ses parents le détestaient. En vérité, Enola ne comprenait pas. Chaque parent faisait le choix d'avoir un enfant, de se reproduire. À quoi bon en décider ainsi si c'était pour détester celui-ci et lui mener la vie dure ? Ça ne rimait à rien, ça n'avait aucun sens. S'ils ne voulaient pas d'enfant, ils n'avait qu'à pas en faire. Ce n'était pas bien compliqué, si ? Bien sûr, il existait des accidents, mais dans ces cas-là, l'avortement était toujours possible. La brune n'était pas forcément favorable à cet acte, mais elle se rendait bien compte que parfois, c'était la meilleure solution.

- J'suis sûre qu'elle t'aime, au fond, murmura-t-elle. Elle aime pas les sorciers ? Et ton père... Il a réagi comment ?

La Poufsouffle ne savait pas si c'était une bonne idée de parler du père du garçon, hésitante. Mais sa curiosité l'avait emportée sur ses réflexions, la fillette ne pouvant s'empêcher de se demander où il était pendant tout ce temps. Edwin l'avait à peine mentionné pendant son histoire, ce qui était curieux. Dans les familles normales, donc pas dans la sienne, les pères étaient en général présent pour leurs enfants. Pour les aider, les réconforter... Donc même si sa mère avait mal réagi, son père aurait dû tempérer ça, non ? Enfin, s'il avait été là, ce qui ne semblait pas être le cas.

D'après les dires du garçon, le bibliothécaire avait l'air d'être vraiment quelqu'un de bien. Ou en tout cas, de le rendre heureux. C'était le principale, s'il se sentait à sa place chez lui et qu'il pouvait être lui-même.

Encore une fois, la première année ne répondit pas, hochant juste la tête d'un air compréhensif. Elle n'avait pas grand chose à dire, et trouvait que les mots ne valaient pas grand chose. Dans une conversation aussi sérieuse que là, c'était encore plus le cas. Elle avait l'impression de ne rien dire et de tout dire en même temps, bien qu'elle ne parle pas beaucoup. Ça faisait longtemps qu'elle ne s'était pas confiée autant, bien qu'il restait un certain nombre de choses qu'elle n'avait pas partagées avec son aîné, et elle espérait juste que celui-ci n'utiliserait pas ça contre elle. Il avait l'air d'être vrai, honnête, mais la fillette avait appris à ses dépends que l'habit 'e faisait pas le moine. Le brun pouvait tout aussi bien être le diable en personne qu'elle n'en saurait rien.

La fillette écoutait ce que disait son camarade avec attention, curieuse de ce qu'il avait à dire. Elle était bien d'accord avec ce qu'il disait au début, personne n'était heureux tout le temps, bien que certains l'étaient plus que d'autres, mais ne pensait pas tout à fait la même chose sur la deuxième partie de son discours. Pour elle, les gens qui souriaient tout le temps voulaient juste cacher leur souffrance. Leur tristesse. Ce n'était pas forcément parce qu'il appréciait tout ce que la vie avait à leur offrir, c'était plus pour cacher toutes les faiblesses. Faire comme s'ils ne ressentaient rien. Enola ne faisait pas partie de cette catégorie, ne souriant que très peu, mais elle avait elle aussi appris à cacher ses sentiments. Avec un visage de marbre la plupart du temps, il était bien compliqué de comprendre ce qu'elle ressentait.

- T'as raison, finit-elle par dire, ne voulant pas s'enfoncer dans des explications loufoques. Mais des fois, y a des nuits qui sont plus longues que d'autres.

La conversation passait d'un sujet profond à un sujet bien plus léger en quelques secondes à peine, ce qui soulageait la sorcière. Elle n'aimait pas se prolonger sur ses sentiments.

- Ah ouais ? fit-elle, peu convaincue. Pour elle, les serpents resteraient encore et toujours des créatures étranges et dangereuses. Oui, j'vois qui c'est, il est mignon son boursouflet j'trouve. J'l'ai jamais trop approché, mais il avait l'air gentil. La brune ne put retenir un éclat de rire en entendant la suite de la phrase du garçon. Un monstre, un boursouflet ? Un monstre ?!

La jeune fille connaissait aussi bien le boursouflet que le garçon, c'est-à-dire très peu. Elle n'avait jamais eu l'occasion de discuter avec le brun, ni même de s'approcher de sa petite créature magique. Mais de loin, celle-ci avait l'air plutôt mignonne. Enola adorait ces petites boules de poils, qu'elle n'avait jamais vues avant son arrivée au château. Elle espérait qu'elle pourrait en avoir un, un jour, ou bien un chat... Son chien lui manquait atrocement au château, et elle n'aurait pas refusé un animal magique pour l'accompagner au quotidien.

La brune hocha la tête, reconnaissante. Si elle pouvait aller voir les animaux magiques, ce serait tout simplement genial ! Même sans l'aide du prof, que la Poufsouffle n'avait pas particulièrement envie d'aller voir. Elle n'aimait pas déranger, encore plus quand c'était quelqu'un qui avait le pouvoir de lui mettre de mauvaises notes par l suite.

- Ce serait vraiment cool, répéta-t-elle, ne trouvant pas de mots meilleurs pour exprimer l'excitation qu'elle ressentait à cette idée. T'as raison, j'irai demander alors quand je le verrai.

Même sans l'aide de son camarade, la fillette n'aurait aucun mal à trouver le prof, voyant bien à quoi celui-ci ressemblait. Il lui suffirait d'aller voir dans la partie des soins aux créatures magiques, et d'attendre qu'un cours se finisse. Ce n'était pas bien sorcier.

La jeune fille haussa les épaules, l'air désinvolte. Elle ne voulait pas que le serpentard voit à quel point cette histoire l'affectait, et encore moins qu'il aille parler avec son frère. Ça ne ferait qu'empirer les choses, Enola le savait. Elle avait déjà essayé de parler avec Jake à se nombreuses reprises et ça s'était terminé de la même façon à chaque fois. Ce dernier criait, alors qu'elle avait envie d'éclater en sanglots. Heureusement pour elle, Jake était un grand blond, qui ne lui ressemblait en rien, et Edwin ne pourrait jamais deviner que c'était lui son frère. Même s'il décidait de ne pas l'écouter, il ne devinerait probablement jamais qui était son frère.

- Non, non, surtout pas, lâcha-t-elle, sentant son coeur s'affoler. J'ai déjà essayé, ça sert à rien.

Sa réaction la trahissait elle-même, mais elle préférait toujours ça à que son aîné aille discuter avec son frère. Ça ne ferait qu'empirer les choses, énervant encore plus le blond.

Troisième année 2050/2051 - Fiche PR
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On tourne et on abaisse E.W
Edwin tourna son visage vers la vitre à l'autre bout de la salle, ne parvenant à voir que le ciel avec l'angle. Silencieux pendant quelques instants, il se permit de réfléchir un peu plus à ce qu'il avait dit. Il en était certain : sa mère ne savait pas aimer. Elle pouvait essayer, mais quelque chose s'était brisé en elle, peut-être même bien avant qu'elle ne lui donne naissance. Son amour faisait mal, il empoisonnait tout ce qu'il touchait. Alors à quoi bon vouloir encore se faire aimer d'elle ? Il avait essayé pendant des années. Avant Poudlard, il s'imaginait que s'il l'aimait assez fort, elle l'aimerait en retour suffisamment pour guérir. Après Poudlard, il n'avait plus vraiment essayé de la guérir, il avait simplement voulu qu'elle l'accepte. Il était prêt à accepter sa douleur, à la prendre pour lui encore et encore comme il avait fait toute son enfance. Si elle l'avait accepté, ne serait-ce qu'un peu, peut-être qu'il n'aurait jamais choisi de revenir à Poudlard. Il serait resté avec elle, à veiller sur elle quand elle s'endormait ivre ou qu'elle prenait un médicament de trop.

Mais ce qu'aimait sa mère, c'était avant toute chose le contrôle. Toute son enfance, elle avait été d'une douceur infinie tant qu'il rentrait dans les codes, qu'il faisait ce qu'elle voulait. Il avait été ce qu'elle voulait qu'il soit, en tout cas tant qu'elle pouvait le voir. Quand il avait commencé à sortir du chemin qu'elle avait tracé pour lui, il s'était rendu compte qu'elle ne savait pas aimer correctement. Elle n'aimait que ce qu'elle pouvait contrôler, elle n'aimait que ce qui lui apportait du bonheur. Dès lors que son fils avait tourné le dos à l'image parfaite qu'elle se faisait de lui, tout son monde s'était effondré et elle avait balancé les gravas sur son fils pour ne pas se faire ensevelir. Parfois, Edwin avait l'impression d'avoir toujours été la porte de sortie. Comme si sa mère voulait vivre à travers lui et, qu'un jour, elle avait décidé qu'il n'était plus assez méritant pour ça. Il était devenu une pièce de rechange, une décharge émotionnelle et physique. Mais, en y repensant bien, sa présence aux côtés de sa mère l'avait toujours servi elle.

Elle aime une version de moi, qu'elle s'est imaginé toute seule et que j'ai été trop bête de suivre pendant longtemps confesse-t-il doucement sans quitter le ciel des yeux. Combien de fois avait-il voulu pouvoir se faire pousser des ailes simplement pour retrouver une liberté qu'on lui avait retiré avant même qu'il ne puisse en profiter ? Quand j'ai arrêté d'être parfait pour elle, même en essayant, elle est... Je suis sûr qu'elle est persuadée de m'aimer, et qu'elle le fait à sa manière. Mais son amour fait mal, elle ne sait pas aimer correctement. En tout cas, elle est incapable d'aimer convenablement ses enfants.

Il savait qu'elle était capable d'aimer. Il l'avait vu de ses yeux, elle avait aimé son père, et sûrement son ex compagnon. Pas aussi longtemps qu'il aurait fallu, mais elle avait eu l'air d'être heureuse à cette époque. Elle n'avait simplement jamais su porter une véritable affection à ses enfants. Elle lui vouait un amour cruel, comme si elle y avait été obligée. Peut-être qu'il se trompait et qu'elle avait toujours rêvé d'avoir des enfants, mais alors personne n'aurait dû lui en donner. Elle déteste les sorciers. Enfin... c'est même pas assez fort je pense. Il se remet à observer l'autre. Je ne sais pas si tu le sais, mais il y a quelques années le secret des sorciers s'est brisé, et à ce moment là... Eh bien, je pense qu'elle s'est encore plus perdue dans sa haine. Je sais pas si elle en reviendra un jour Il espérait encore, au fond de lui, se tromper. Parfois il s'imaginait retrouver sa maman, qu'elle l'accueille avec les bras grands ouverts. Cependant, il ne savait pas s'il se jetterait dans ses bras. Probablement pas. Ca avait été dur à comprendre, mais il était mieux sans elle dans sa vie. Si un jour elle revenait, Edwin n'était même pas sûr de pouvoir l'observer à nouveau avec tendresse. Elle était devenue une parfaite inconnue, une femme qu'il aurait pu croiser dans la rue sans jamais se retourner.

Il haussa les épaules, comme si tout ceci n'avait plus aucune importance. J'ai pas vu mon père depuis longtemps. La dernière fois je devais avoir huit ans je crois ? Peut-être moins. Il a refait sa vie, avec des enfants et une femme. Je suppose qu'il a pas voulu s'encombrer. Il a arrêté assez vite de m'envoyer des lettres à part pour Noël et mon anniversaire et puis une année j'ai rien reçu, et j'ai plus de nouvelles depuis. Il soupire Je sais même pas s'il sait que je suis un sorcier, et honnêtement je m'en fiche. Ca n'a jamais été que maman et moi d'aussi loin que je puisse m'en souvenir, j'ai compris que ça servait à rien de lui courir après. Il a fait son choix, il avait sûrement de bonnes raisons.

Au début, le sentiment d'abandon et de trahison avait été étouffant. Et puis, au fil des années, il s'était tut petit à petit. Maintenant, c'était comme s'il n'avait jamais été là. Etrangement, il avait compris directement que son père ne serait jamais un vrai parent pour lui, alors que pour sa mère il avait mis des années avant d'avaler la pilule. C'était sûrement parce que sa mère avait fait attention à ce qu'il haïsse son père au début. Ca n'avait jamais marché, mais Edwin avait toujours compris qu'il ne serait jamais le fils préféré de son père.

Au lieu de répondre concernant Klee et Narcisse, il tendit à nouveau la main par dessus la table pour recouvrir celle de la fillette. Elle était bien trop jeune pour une conversation comme ça. La majorité des premières années étaient trop jeunes, trop immatures pour suivre tout ça. Il s'imaginait qu'elle devait savoir ce qu'elle disait à propos des nuits interminables, parce qu'elle avait sur le visage, un air qu'il ne voyait pas chez les plus jeunes. Il ne savait pas pourquoi il racontait spontanément sa vie comme ça à une enfant - objectivement, elle était encore si jeune - mais il en apprenait beaucoup sur l'autre juste en lui parlant de lui. Eh, au bout de la terre dans des pays de glace, le soleil ne brille pas pendant des mois. Et pourtant, les gens savent qu'il va revenir, c'est pour ça qu'ils ne lâchent pas. Tu as sept années ici, je peux t'assurer que le soleil y brillera fort, même si les débuts sont difficiles.

Il serre plus fort la main de la petite fille, conscient que ce qu'il compte dire est important, et ignorant consciemment la possible gêne qu'elle pourrait ressentir face à une telle discussion Ne t'intéresse pas à ceux qui veulent éteindre la lumière, même si je sais qu'à ton âge c'est compliqué à concevoir. Ces gens là, ils ne resteront pas. Si ton entourage essaie de souffler la bougie pour te laisser dans le noir, alors tu dois quitter la pièce. Le monde est si lumineux, ne t'enferme pas dans le noir juste pour le plaisir de quelques connards. Ce qu'il essayait de dire, c'était "entoure toi bien". Merlin savait que c'était le plus important. La famille, les amis, tout ça ça ne valait rien s'ils faisaient partie des choses qui vous donnaient du mal. C'était dur de lâcher des relations pour lesquelles on avait tant sacrifié et tant donné, mais c'était le seul moyen d'avancer. C'est le jeu avec les relations, il faut s'attendre à ce qu'un jour, elles pourrissent. Toutes ne le feront pas, et c'est pour celles qui marcheront bien qu'il faut continuer d'essayer. En tout cas, pour le moment son frère avait l'air de faire partie des relations pourries, mais il n'osait pas trop lui dire comme ça. Il ne savait pas si la fillette comprendrait de qui il voulait vraiment parler mais, en tout cas, il espérait que ça lui ferait du bien.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)

On tourne et on abaisse E.W
Son aîné avait le visage tourné vers la fenêtre, l’air plongé dans ses pensées. Quelques secondes passèrent avant qu’il reprenne la parole, si bien que la brune se demanda si elle avait dit quelque chose de mal. Elle s’était tellement habituée à retenir ses mots en compagnie d’inconnus, qu’elle se sentait soulagée quand elle pouvait parler sans réfléchir, Ce qu’elle avait fait quelques secondes auparavant, en demandant autant de détails au garçon. Pas qu’elle ne mâchait ses mots quand on lui demandait son avis ou qu’elle était agacée, mais elle disait rarement le fond de sa pensée quand ça touchait ses sentiments ou ceux des autres. Et puis, elle ne voulait pas se montrer intrusive. La brune se mordilla la lèvre pendant quelques secondes, hésitante, jusqu’à ce que son camarade ait fini de parler. Il ne semblait pas mal à l’aise ou agacé, ce qui la rassurait.

La première année se recouvrait étrangement dans les mots de son aîné, s’imprégnant peu à peu de ce qu’il disait. Elle aussi s’efforçait d’être quelqu’un d’autre, pour plaire à sa mère. Celle-ci l’avait déçue un nombre incalculable de fois, avec ses mensonges à propos de son père, à propos de sa magie… Une immense rancoeur à son écart régnait dans le cœur de la Poufsouffle, mais même si elle le voulait de tout son cœur, elle ne pouvait s’empêcher de vouloir la rendre fière. Éléna avait toujours un éclat de fierté, d’amour quand elle posait ses yeux sur Jake, ce qui disparaissait bien rapidement quand elle regardait Enola. Bien qu’une pointe de jalousie apparaissait parfois quand elle voyait ça, la fillette n’en avait jamais laissé rien paraître, et tentait tout son possible pour elle aussi mériter ce regard. Mais elle avait beau faire de son mieux, ce n’était jamais arrivé. Et la brune commençait à se dire que ça n’arriverait probablement jamais.

- Ca doit être dur, marmonna-t-elle, dans ses pensées. Et Mister Locke, il parle avec ta mère maintenant ? Ou c’est pareil que toi ?

Oui, elle le savait. À cette époque-là, Enola ignorait qu’elle était une sorcière, tout comme elle ignorait que son frère en était un, et avait été complètement choquée en apprenant que la magie existait. Elle avait eu peur, durant les premiers mois, et sa mère n’avait même pas pensé utile de la prévenir que son père avait de la magie dans le sang. Qu’elle avait de la magie dans le sang. Ça avait été le chaos pendant cette période, la famille Smith n’habitant pas très loin de Londres, et encore plus quand elle avait appris qu’elle était une sorcière l’année suivante. Elle s’était sentie anéantie, trahie. La sorcière avait eu bien du mal à croire que sa mère avait pu lui mentir droit dans les yeux lors de la découverte du secret magique. Cette période ne quitterait probablement jamais son esprit, l’ayant changée à jamais.

Au moins, sa mère ne détestait pas les sorciers. Elle s’était même mise en couple avec un d’entre eux. Et semblait idolâtrer son fils, qui en était un lui-même. Malheureusement pour le petit cœur d’Enola, ce n’était pas une excuse utilisable pour expliquer le fait que sa mère la déteste. La méprise. Ça faisait mal, bien plus que la première année ne l’avouerait jamais.

- J’me souviens, mentit-elle comme si cette période n’avait pas compté pour elle. C’était le chaos à ce moment-là… Mais j’comprends pas bien pourquoi ta mère hait encore plus les sorciers depuis.

Mon dieu, qu’est-ce que ça faisait mal ! Le garçon parlait de son père avec une certaine désinvolture, comme si rien de tout ça ne comptait. Enola en était presque jalouse, rêvant de pouvoir penser à son père avec ce détachement un jour. Son souvenir la hantait jour et nuit, tel un fantôme. Il lui arrivait même parfois encore de pleurer en y pensant, quand elle se retrouvait seule et qu’elle était trop fatiguée pour gérer ce qu’elle ressentait. Elle en avait marre de se sentir nulle tout le temps. Marre de savoir que personne ne tenait vraiment à elle. Marre de savoir que les personnes à qui elle tenait le plus avaient fini par partir à leur tour. Marre de bien trop de choses pour une petite fille de onze ans.

La fillette se demandait comment le garçon pouvait avoir l’air aussi heureux, être aussi souriant après tout ce qu’il avait vécu. Leur histoire étaient assez semblables, ou du moins leur côté familial, mais leur comportement étaient si différents. Alors qu’Enola se protégeait de tout le monde, tentant de ne faire rentrer personne dans sa vie, Edwin semblait apte à accepter toutes les personnes qui se présentaient, les bras grands ouverts. Peut-être que c’était son mécanisme de défense ou peut-être pas, mais en tout cas il jouait exceptionnellement bien le jeu. La brunette ne pouvait s’empêcher de l’admirer. Il fallait être sacrément fort pour se comporter comme ça après tout ses histoires.

La main du garçon revint se poser sur la sienne, rassurante. Si la jeune fille ne s’était pas retenue, elle aurait probablement exploser en sanglots, Ça faisait bien longtemps qu’elle n’avait pas eu un contact aussi réconfortant.

- T’as raison, fit-elle avec un sourire qui se voulait convaincant. Tout le monde a ses moments.

Certains plus que d’autres, c’était évident. Mais ça, la brune se garda bien de l’ajouter.

La jeune fille voulait vraiment croire ce que son ainé lui disait. Leur conversation avait pris un tournant bien plus sérieux à présent, et la fillette avait bien l’impression que le Serpentard ne parlait plus vraiment de lui. Quelque part dans leur conversation, Enola avait du lâcher quelque informations. Ou peut-être pas. Elle se posait certainement trop de questions, après tout.

Alors pourquoi toutes ses relations semblaient pourrir ? Combien de temps allait-elle devoir attendre avant d’avoir quelqu’un sur qui comptait ? Elle avait beau essayé de tout son cœur, Enola n’arrivait pas à croire que ce n’était pas de sa faute. Peut-être qu’elle détruisait toutes ses relations de la même manière, sans le vouloir ? Sinon, il y aurait bien quelques unes de se relations qui auraient tenu. Pour l’instant, les amitiés qu’elle avait créés au château semblaient tenir, mais la brune ne pouvait s’empêcher d’avoir peur qu’elles disparaissent. Elle s’attachait un peu plus à ses camarades de jour en jour, sans le vouloir. Et de jour en jour, elle leur donnait un peu plus le pouvoir de la détruire si elles le voulaient.

- T’es bien sage, fit-elle avec un petit rire pour détendre l’atmosphère avant de reprendre son sérieux. Mais tu sais pas si ça va durer, avant de t’attacher, pas vrai ? Et ça fait mal après…

La dernière phrase de la brunette n’était pas une question, mais bien une affirmation. Elle l’avait vécu elle-même à de trop nombreuses reprises pour avoir besoin d’une confirmation. Et clairement, elle n’avait pas besoin de le cacher, son aîné ayant l’air de lire en elle comme dans un livre ouvert.

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On tourne et on abaisse E.W
C'était dur... Oui, et bien pire que ça. Aujourd'hui c'était plus facile, il arrivait à passer à travers tout ça mais pendant longtemps toute sa vie avait tourné autour du fait de faire plaisir à sa mère. Il se serait coupé en deux pour lui plaire, si seulement ça avait servi à quelque chose. Quand il avait commencé Poudlard, il avait commencé à comprendre que ça ne servirait à rien de faire des efforts. Il avait commencé à faire des choses pour lui déplaire spécifiquement. Pour qu'elle s'énerve sur lui pour une bonne raison pour une fois. Il se disait, bêtement, que s'il faisait des mauvaises choses et qu'ensuite il arrêtait, elle arrêterait elle aussi d'être méchante. Peut-être qu'en faisant quelque chose d'assez grave, elle oublierait qu'il était un sorcier et ne serait plus en colère que pour ses conneries. Ensuite, il suffirait de régler ses bêtises et elle l'aimerait à nouveau. Ca n'avait pas fonctionné et, avec le temps, il avait abandonné l'idée d'être parfait pour elle. Il était sorti plus souvent, il s'était mis à lui tenir tête. Il avait laissé ses cheveux pousser parce que ça lui plaisait et qu'elle n'aimait pas ça. Résultat, ils lui arrivaient au bas du dos et rendraient sûrement jalouses quelques filles.

Après avoir essayé d'être parfait par tous les moyens, il avait fait tout pour qu'elle le déteste. C'était presque plaisant à un moment de voir à quel point il pouvait lui faire mal, lui aussi. Il voulait qu'elle souffre autant qu'elle le faisait souffrir. Au bout d'un moment, les deux se tapaient régulièrement dessus. Edwin rendait les coups, ou du moins la repoussait plus violement qu'il aurait dû. Il n'avait pas été un bon fils à cette époque, mais elle n'avait jamais été une bonne mère. Il en avait juste eu marre de faire des efforts pour deux, de penser que s'il essayait assez fort elle guérirait. Ce n'était pas à lui de l'aider, de la soigner. Elle devait trouver des professionnels et faire des efforts d'elle-même. Il l'avait compris avec Owen. Il n'était pas le médecin de sa mère, il n'avait pas à supporter ses excès de colère, ses moments dépressifs ou toutes ses déceptions. Finalement il avait compris que la seule preuve d'amour qu'elle pouvait lui donner maintenant, c'était de se soigner et de le laisser tranquille. Il n'attendait plus rien d'autre, même si son cœur souffrait encore parfois de ce manque. Peut-être qu'une partie de lui ne guérirait jamais des abandons à volonté de son entourage.

Maman a quitté Owen quand il était bébé. Il l'a jamais connu, il a sa propre mère à lui. Je crois que la seule fois où il lui a vraiment parlé c'est quand on est allés récupérer mes affaires pour déménager. Il n'allait pas trop en dire sur Owen, ce n'était pas son rôle et son frère aimait sa vie privée. Mais il pouvait au moins répondre à cette petite question qui se concentrait plus sur leur mère que sur son grand frère. D'un côté, Edwin enviait un peu Owen. Lui, il avait eu de la chance que Either parte et laisse sa place à une bonne mère. Evidemment ils avaient eu des clash, surtout quand Owen lui avait annoncé sa relation avec Domhall de ce qu'il savait, mais ça avait l'air d'aller mieux. Il ne pensait pas que ça pourrait un jour aller mieux avec sa propre mère. Elle ne s'était pas arrêtée assez tôt et il n'y avait pas eu des années d'amour pour tamponner la haine.

Edwin haussa les épaules. Pourquoi sa mère s'était-elle mise à les haïr encore plus après la chute du secret magique ? Euh... Je suppose qu'elle a juste été entrainée par la haine à l'époque, comme beaucoup dit-il maladroitement. Pour la première fois depuis le début de la conversation, il n'était pas sûr de ce qu'il disait. Elle les aimait déjà pas avant parce qu'elle pensait qu'ils me mettaient en danger donc je suppose que... euh... Voir un moldu à moitié démembré à la télé ça n'a pas dû aider.

Edwin n'en était pas certain, mais la fille en face de lui semblait se détendre petit à petit. Il crut même qu'elle allait pleurer quand il lui prit la main. Les yeux brillants, elle semblait faire comme si de rien n'était et Edwin n'était pas certain de ce qu'il voyait. Il n'était pas très doué pour lire les gens, et l'autre semblait très douée pour jouer à la poupée sans émotion. Le tout rendait la chose très difficile.

Le seul truc qu'il savait, c'était qu'elle aussi semblait bien sage pour son Age. Ou du moins, elle semblait avoir déjà pas mal été blessée. Serait-ce encore à cause de son frère ? Il y avait un truc bizarre avec ce garçon, Edwin en était sûr. Enola n'avait pas donné beaucoup d'informations mais un frère absent c'était bizarre, surtout qu'ils étaient tous les deux à Poudlard. Son instinct lui criait de creuser là dessus mais la fillette semblait sur la défensive. Il n'avait pas envie de la forcer à parler. Il lui avait raconté son histoire : peut-être que ça suffirait à lui donner confiance et envie de raconter la sienne. Edwin l'écouterait. Ils n'étaient pas proches, pas encore en tout cas et il ne savait pas s'ils deviendraient vraiment proches un jour, mais si la plus jeune avait besoin de parler, il lui prêterait une oreille. Il était comme ça Edwin, et puis... L'autre était juste minuscule. Minuscule et adorable, comme un petit animal. Edwin avait envie de lui faire un câlin mais il se retenait avec mal. Sûrement que s'il avait parlé avec un garçon de 15 ans, il aurait été moins empathique mais la jeune fille avait juste l'air perdue, et sacrément seule.

Ouais, on sait jamais si ça va durer. Il en avait parlé un peu avec Owen quand ils avaient eu LA discussion. Ils avaient parlé de l'amour et de la difficulté à faire confiance à une relation. Edwin était incroyablement romantique mais avait aussi peur de se donner dans une relation comme celle-ci. Il n'avait eu pendant une grande majorité de sa vie que des mauvais exemples. Il apprenait à observer Owen et Domhall pour comprendre ce qu'était un vrai amour : un amour qui durait et qui ne faisait pas mal. Que lui avait dit l'autre quand il avait parlé de ça ? Du fait que les relations, ça faisait mal ? Il ne s'en souvenait plus vraiment. C'est un peu comme une pinata dit-il très sérieusement, comme si la comparaison était évidente. Il faut faire beaucoup d'efforts pour atteindre l'intérieur, et on sait jamais si les bonbons qu'elle renferme vont nous plaire ou pas. Pourtant, si on essaie pas de la briser, on saura jamais. Et si y'a de bonnes sucreries à l'intérieur et qu'on essaie pas, on pourra jamais prendre de plaisir à les manger.

Il lui fit un petit sourire encourageant et prit sa main en coupe dans les siennes, au lieu de simplement poser la sienne par dessus. T'es encore jeune, moi aussi d'ailleurs. Faut pas abandonner maintenant, sinon tu trouveras jamais les jolis bijoux qui t'attendent. Evidemment tu trouveras aussi de la camelote, mais ça vaut le coup d'essayer. Il fredonne tranquillement Et je suis sûr qu'avec le temps on arrive à comprendre plus ou moins directement si une relation va mener à quelque chose de bien ou pas. Après, faut juste apprendre à arrêter les relations avant qu'elles ne nous prennent trop d'efforts pour rien. Même si on aimerait les garder, parfois faut s'en débarrasser. Comme moi avec ma mère.

Edwin prit quelques secondes pour réfléchir avant de simplement hocher la tête, satisfait de son explication. Les relations c'était une roulette russe, mais on ne pouvait pas éviter de jouer. Eviter de jouer ça voulait dire passer sa vie seul, et l'être humain était pas fait pour ça. Souffrir un peu ça valait le coup si c'était pour ne pas finir seul toute sa vie.

"T'a Smaug sur son tas d'or et t'as Edwin sur son tas de rédacteurs" - Isaac Powell
Edwin Wellhister (17 ans, cinquième année)