12 août 2024, 20:07
 OS   RP++  Une vraie baguette
    La veille
    Aux Vapeurs de Hangzhou


    Eileen m'a dit que pour faire de la magie, il fallait une baguette. Je n'avais jamais pensé à ça. D'après moi, pour faire de la magie, il suffisait de le vouloir, éventuellement dire à l'oral ce que l'on voulait comme « fais voler Xinlian » ou « remplis la pièce de bonbons ! ». J'ai essayé ces deux sorts, mais ça n'a pas marché. J'ai eu beau me concentrer, répéter mon souhait en ne clignant pas des yeux, ça ne marchait pas. Et je comprends aujourd'hui pourquoi : je n'ai pas de baguette.

    Le soir, j'ai donc eu l'idée de réessayer de faire mes sortilèges. Mais cette fois, avec une baguette. Pourquoi attendre d'aller acheter une baguette quand on en a plein dans les tiroirs de la cuisine ? Oui, j'ai pris une baguette chinoise pour faire de la magie. Après tout, elles sont aussi en bois, fines et longues, je ne vois pas en quoi elles sont différentes des baguettes de magiciens.
    J'ai donc pointé l'une de mes peluches, et j'ai ordonné « vole ! », mais ça n'a pas fonctionné. J'ai eu beau me concentrer, éviter de cligner des yeux, rien n'y a fait. Cela semblait impossible avec une baguette pour manger.

    Finalement, je comprends mieux pourquoi il faut aller en acheter dans un magasin sorcier. Leurs baguettes sont magiques. Je me demande d'ailleurs bien comment ils font pour les rendre magiques. Il faudrait que je demande à Eileen demain.

魔杖


    Le 3 août
    Chez Ollivander


    Je devrais peut-être ressortir. Je ne me sens pas très à l'aise dans cette pièce un peu sombre et poussiéreuse. La boutique ne semble pourtant pas petite, mais l'espace occupé par les immenses étagères remplies d'étuis rend le tout très étroit. Je manque à plusieurs reprises d'éternuer. Cela n'a rien à voir avec les boutiques que je connais, illuminées de néons et aux affiches commerciales placardées sur les murs qui nous agressent les yeux. On est même sur l'extrême opposé : tout semble être fait pour nous dissuader de rester. Puis tout d'un coup, un homme apparaît des rayons à la vitesse d'un éclair, transporté par une échelle roulant le long des grandes étagères. Je sursaute, il me salue. Timidement, je le salue à mon tour.
    — Euh, bonjour monsieur. Je viens chercher...
    — Votre première baguette. Complète-t-il.
    Je reste coi, les yeux grands ouverts. Outre la perspicacité-éclair de l'homme, il est le premier adulte que je rencontre qui me vouvoie. D'habitude, c'est moi qui vouvoie les adultes tandis qu'eux, ils me tutoient. Est-ce que ça veut dire que je dois le tutoyer ?
    Hm non, Lina, ne sois pas aussi bête.
    En guise de réponse, je me contente d'hocher la tête de bas en haut. Il repart alors avec son échelle. Laissée seule, j'examine la pièce à nouveau. Pourquoi est-il parti ? Il ne veut rien me vendre ? Je dois partir ? Ou je dois rester ? Les vendeurs sont d'habitude plus loquaces que lui. Tout d'un coup, il revient avec un étui. Il m'invite à le rejoindre et ouvre la boîte, laissant apparaître un joli bâton taillé, avec quelques gravures. Cela n'avait vraiment rien à voir avec les baguettes chinoises du restaurant.
    L'homme m'invite alors à essayer la baguette.
    L'essayer ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
    J'imagine que je dois faire un sort, comme je faisais à la maison pour m'entraîner. Cette fois, avec une vraie baguette, cela marcherait forcément. Je pointe alors l'étui, et dis « Transforme la boîte en souris ». L'homme a l'air amusé. Rien ne s'est passé, alors je me demande s'il ne m'a pas fait une blague en me donnant une baguette factice. Il m'indique :
    — Ne dîtes rien pour l'instant. Faites juste un geste.
    Je fais donc ce que l'homme me dit. J'applique un léger coup de baguette en face de l'étui. À vrai dire, je ne sais pas trop à quoi j'ai pensé à ce moment-là, mais ce qui se produit est loin de toute intention que je voulais y mettre : la boîte s'élance derrière le comptoir, et derrière, une rangée d'étuis tombe de l'étagère. Surprise, pensant avoir fait une bêtise, je repose vite fait la baguette sur le comptoir.
    Je ne suis peut-être pas faite pour être une sorcière.
    Cependant, le vendeur ne semble pas être plus surpris que cela. Il se contente de grommeler un « Non, ce ne sera pas celle-là. » et repart pour me chercher une nouvelle baguette.

    Ça va être la quatrième baguette que j'essaie. Je commence à désespérer et me dire que je n'ai rien à faire. Ma magie semble totalement destructrice et je m'en veux de plus en plus de rendre le magasin de ce pauvre homme dans un état de ruine. Je me demande même pourquoi il insiste tant à ce que je continue de faire des essais. Si tous les clients étaient comme moi, je ne vois pas comment j'aurais pu trouver la boutique dans un aussi bon état à mon arrivée.
    Je prends l'énième bout de bois, pensant en mon for intérieur que si ça ne me convenait toujours pas, j'irais rejoindre Eileen sans baguette. Mais alors que je saisis l'artefact, je sens comme une énergie forte. Comparé aux autres baguettes, une synergie est présente, et je n'en doute pas : celle-là est la bonne. D'ailleurs, le vendeur semble l'avoir remarqué. Il me dit :
    — Aucun doute, c'est celle-là qu'il vous faut. 24,1 cm en bois de cerisier et plume d’oiseau tonnerre. Une baguette très flexible, idéale pour le duel, qui aime les sorciers rapides, à l’esprit vif et adaptable.
    J'examine la baguette comme si ce que l'homme venait de m'expliquer y était gravé quelque part. Cela veut dire que je serai forte en duel ? Je ne sais pas si j'ai vraiment un esprit vif et adaptable. Et lui, il ne me connaît pas, comment il le sait ?
    L'homme me fait signe de lui rendre la baguette. Je la lui tends. Une fois remise dans son étui, le vieil homme prend un petit ruban pour clore le réceptacle d'un nœud. Je règle mon achat et pars rejoindre Eileen.

2è année RP