23 août 2024, 10:13
 PNJ  Cap sur l'Angleterre
Dublin, Avril 2049
Temple Bar, 22 heures


Installé dans son box attitré de manière non officielle, Niall attendait, encore, son meilleur ami. Ce n'était pas tant qu'il s'impatientait - il avait plutôt l'habitude - mais il venait de terminer sa première pinte, et par convenance, il n'aimait pas commencer la suivante sans Dave. Jetant quelques regards par la fenêtre, il surveillait les silhouettes trempées du mois d'avril, espérant y reconnaître celui qu'il attendait. Les passants nocturnes se battaient encore contre les intempéries et à plusieurs reprises, l'Irlandais aurait aimé sortir sa baguette pour les aider. Arrêter la pluie quelques instants ou encore offrir un parapluie plus décent à ce pauvre moldu, mais il se ravisa et revint à la serveuse qui lui proposait un autre verre. D'un petit geste de la main et d'un sourire polis, il refusa. Elle le connaissait pourtant bien et savait que d'ici quelques minutes, il lui faudrait revenir à sa table pour le servir, mais elle joua le jeu et reprit sa place derrière le comptoir.

La petite clochette de l'entrée retentit lorsque Niall venait de sortir sa montre à gousset pour la quatrième fois. Le meilleur ami venait d'arriver, secouant ses boucles blondes pour faire partir les gouttes d'eau qui l'alourdissaient, et brandit un journal qu'il sortit de son duffle-coat. L'Irlandais, quelque peu curieux mais toutefois amusé par cette entrée qui le caractérisait si bien, offrit un air interrogateur comme simple réponse.

– Non, Monsieur O'Barden, je n'ai aucune excuse pour mon retard mais, j'apporte avec moi un Graal !

Le Canadien savait s'y prendre pour les discours et les entrées en matière. Son parcours en politique n'avait rien de surprenant et lui seyait parfaitement ; ce qui plaisait beaucoup à leur serveuse. Alertée par l'entrée en fanfare du bientôt trentenaire, elle avait apporté deux pintes sans attendre la commande, espérant ainsi, peut-être, recevoir un regard du blond. Niall, à qui rien n'échappait, faisait de son mieux pour lui offrir des sourires de remerciement, trouvant la situation toujours plus inconfortable à mesure que les soirées passaient, mais ce n'étaient pas les siens qu'elle cherchait.

– Tu pourrais la remercier !, fit-il remarquer en chuchotant, alors qu'elle partait.
– Quoi ? Mais je l'ai remerciée !
– En la regardant !

Dave tourna alors à la tête, comme s'il venait de découvrir une nouvelle forme de politesse et tomba sur le regard de la jeune serveuse qui n'avait cessé de le fixer depuis le bar. S'en suivirent des regards gênés des deux côtés et un Irlandais bien satisfait.

– Pourquoi tu me fais faire ça ?, râla-t-il.
– Parce que c'est toujours moi qui essaye de faire en sorte qu'elles n'aient pas toutes le cœur brisé !
– Mais je ne t'ai rien demandé !
– C'est vrai,admit Niall en riant. Il attrapa la pinte et en but une gorgée, avant d'essuyer la mousse encore fraiche sur sa lèvre supérieure. Bon.. Ce Graal, qu'est-ce que c'est ?

...

23 août 2024, 15:31
 PNJ  Cap sur l'Angleterre
Lorsque la question fut posée, Dave avait jeté quelques regards autour de lui afin de s'assurer que personne ne les écoutait. On n'était jamais trop prudent dans un bar moldu. Le corps penché au-dessus de la table pour se rapprocher de son ami qui protégeait les pintes de toute chute, il chuchota.

– Fleury & Bott. Poste. Employé. Août 2049 !, lâcha-t-il en frappant sa paume contre la table en bois.

Habitué aux extravagances de son ami, Niall se mit à rire et prit quelques minutes pour assembler les informations données comme on les donne dans un télégramme. Le message était toutefois clair, un poste se libérait dans une librairie et son meilleur ami avait pensé à lui.

L'Angleterre. Un retour aux sources de ses étés à déambuler dans les boutiques du Chemin de Traverse pour y dénicher le livre de la rentrée, la tenue de l'année ou le nouveau balai. Ses rêveries l'emmenèrent jusqu'à la boutique d'Ollivander et il se prit à se demander ce que cela lui ferait de côtoyer le gérant durant ses pauses déjeuner. Evidemment, le Graal, c'était la boutique. Combien d'heures avait-il pu passer dans les rayons, apprenant par cœur le nom de chaque catégorie pour les reporter le jour où il aurait sa propre boutique. Combien d'heures avait-il passé à retenir le nom de chaque maison d'édition ou le nom des auteurs qui lui étaient inconnus. Fleury & Bott. Rien que le nom l'attirait et lui donnait envie de bondir sur sa plume préférée et d'écrire sa meilleure candidature.

– Alors ?!, s'impatientait le Canadien. T'en dis quoi ?
– J'en dis qu'il faut que j'y réfléchisse. Fleury & Bott, ça veut dire quitter Dublin, mon studio, mon poste aux archives, mes parents..

Le dernier point n'en était pas vraiment un. Il fallait avouer que s'en débarrasser était une aubaine. Quoique, pouvait-il réellement s'en débarrasser en partant vivre vers Londres ? En somme, des arguments légers que son meilleur ami n'hésita pas à démolir, tout en soupirant face à ce manque d'enthousiasme.

Bon, petit un, commença-t-il en brandissant son pouce. Dublin, c'est sympa, mais James Joyce t'en voudra pas si tu quittes sa maison. Je suis sûr que les auteurs londoniens ont de quoi t'attirer. Petit deux, ton studio ressemble à un studio d'ado, il est temps que tu changes.

A cette remarque, l'Irlandais voulut rétorquer, plaider en sa faveur d'homme de peu de moyens, mais il en fut empêché par l'index de son ami.

Petit trois, le poste de Fleury & Bott est mieux. Et petit quatre... Ai-je vraiment besoin de commenter ? T'inquiète pas, tu pourras toujours rentrer le dimanche pour présenter ta dissertation sur les runes dans les sociétés norvégiennes ou je ne sais plus où !

Danoises !, rectifia-t-il en riant. Il prit une grande inspiration, comme pour oser penser l'idée, se projeter, voir plus loin. Bon, elle dit quoi exactement cette annonce ? Ils attendent quoi du futur employé ?

Comme si un Lumos venait d'apparaître dans les yeux de Dave, il ne lui en fallut pas plus pour tendre le journal à son ami et héler la serveuse qui n'attendait que cela. Il ordonna deux nouvelles pintes, en prenant soin, cette fois, de remercier la jeune femme dans les yeux et annonça qu'ils avaient enfin quelque chose à fêter ce soir. Comme s'il était évident qu'on l'embaucherait, alors qu'il n'avait encore rien écrit.

25 août 2024, 15:33
 PNJ  Cap sur l'Angleterre
Une fois les pintes déposées, le Canadien en but en grande gorgée, comme pour se donner l'élan d'un grand orateur que l'alcool boosterait. Il expliqua dans les grandes lignes ce qu'un employé classique travaillant dans une librairie se devait de faire : conseiller les clients, vérifier le stock des commandes, ranger les rayons, étiqueter les nouveaux livres... Mais ce qui semblait stimuler l'annonceur de nouvelles, c'étaient les possibilités.

– Travailler sur le Chemin de Traverse, avait-il commencé en chuchotant le mot qu'un moldu n'avait pas le droit d'entendre, c'est pas rien quand même ! Doit y avoir des sorciers méga connus qui passent par là ! Peut-être que tu pourrais rencontrer des membres du Conseil.. Tu leur donneras ma carte ? Pour qu'ils m'embauchent !

Niall commençait à se demander si cette offre lui était vraiment destinée, ou s'il n'allait pas devoir céder sa place à un futur conseiller politique sous couverture dans une librairie. Il ria à la remarque de son ami, sans prendre la peine de relever, trop songeur pour continuer la blague.

Il avait saisi le journal laissé sur la table, à côté des pintes à demi entamées, et relisait encore et encore l'annonce. L'emblème de la librairie semblait briller, même en noir et blanc. Il ne pouvait pas le nier, il était irrésistiblement attiré par la perspective de rejoindre une librairie dans laquelle il avait passé des heures, plus jeune. Il replia le journal et le plaça à côté de lui, sur la banquette, afin qu'aucun moldu ne puisse lire le nom de périodique sorcier.

– C'est vrai que je m'y verrais bien, dans cette librairie. Je pourrais mettre en place des nocturnes, des après-midi lecture avec des comédiens qui liraient pour les plus petits..

C'était au tour de Dave de se taire et d'observer son ami partir dans ses idées qu'il savait débordantes. Il était rare que l'Irlandais les fasse sortir de son esprit, guettant toujours d'un peu trop près ce que ses parents auraient eu à redire, mais il le connaissait que trop bien. Alors d'un petit sourire amusé et d'un regard attentif, il le laissa poursuivre l'énumération des activités qui feraient de lui un employé modèle.

– Je pourrais contacter des auteurs et autrices pour organiser des séances de dédicace ! Ca attirerait pas mal, ça ! Et puis quand la popularité serait à son maximum, paf ! Je place discrètement l'idée d'inviter des auteurs moldus et toi tu interviens avec ta politique !

Le système bien rodé s'était mis en place sous l'effet de l'alcool et des rêveries trop grandes des deux amis. Le service des employés du bar avait changé et la serveuse amoureuse avait dû au revoir à son blond préféré.

– Je crois pas qu'il y ait d'appartements sur le Chemin de Traverse ? l'Irlandais faisait moins attention à son débit et à la hauteur de sa voix à mesure que l'alcool fusait et les clients partaient. Je suis pas sûr d'avoir envie de vivre à Londres.

25 août 2024, 16:10
 PNJ  Cap sur l'Angleterre
– Loutry Ste Chaspoule !, lança une voix sur le côté.

Adossé au bar, mais bien vissé sur son tabouret, un vieil homme s'adressait bien aux deux sorciers. Ces deux derniers s'étaient fixés, interdits, attendant de savoir s'il était raisonnable de répondre ou si ces mots mis à bout à bout n'avaient tout simplement aucun sens. Peut-être que lui aussi était trop alcoolisé et lâchaient des phrases sans queue ni tête aux clients les plus proches. Peut-être que si les deux amis ne répondaient rien, l'homme se retournerait vers son verre et l'histoire se terminerait là, mais face à leur silence, il insista et répéta cette même information.

– Loutry Ste Chaspoule. C'est un petit village en Angleterre avec des gens comme vous et moi, et puis quelques moldus évidemment.

Les quatre épaules des buveurs de bière irlandaise s'étaient relâchées d'un coup et à la même seconde. Ils n'avaient pas commis l'irréparable, ils n'avaient pas en face d'eux un moldu prêt à les interroger sur ces termes inconnus qu'ils employaient. Non, et heureusement pour eux, ils n'avaient été entendus que par un vieil homme qu'ils n'auraient pas besoin d'oublietter illégalement. Cette fois, Dave, le plus courageux des deux amis, s'était permis d'intervenir et de répondre à la remarque toutefois non sollicitée mais acceptée, du client.

– Vous y avez habité ?
– Quelques années, oui. Il tourna la tête et fixa le futur libraire. Vous aurez besoin d'un endroit reposant après la cohue d'un lieu comme le Chemin. En voyant les deux amis échangeaient un regard complice, il ajouta. Oui, j'ai plus ou moins entendu toute votre conversation. Je ne vous ferai pas la morale, je pense que vous êtes suffisamment conscients de ce qui pourrait arriver.

Même à l'approche de la trentaine , avec quelques pintes au compteur, les deux adultes perdaient de leur vigilance et s'étaient d'ailleurs promis ce soir-là de faire plus attention.

– Pardon, merci, Monsieur !, s'était excusé Niall, reprenant au gallot ses bonnes manières. C'est bien aimable à vous, et nous ferons attention. J'oserais vous demander de me noter le nom de ce village ?

Le vieil homme s'était exécuté en griffonnant quelques éléments supplémentaires sur ses petits post it moldus. Sa bonne action de la soirée faite, il s'était levé, replacé son chapeau et avait salué les deux amis, comme on saluerait son public après une représentation théâtrale. Ces derniers s'étaient regardés en riant, amusés de cette intervention qui n'était pas allée plus loin et l'Irlandais avait haussé les épaules. Il n'y avait pas là un quelconque soucis à se faire, ils ne reverrait sûrement plus le sorcier et voilà que ce petit bout de papier scellait son avenir. Il avait désormais un lieu où habiter, une librairie dans laquelle travailler, tout en ayant pas encore postulé.

27 août 2024, 13:36
 PNJ  Cap sur l'Angleterre
Bien que le sujet semblait plaire au Canadien, l'idée de partir habiter en Angleterre avec Niall n'était pas une option pour lui. Il avait toujours cette aura de jeune adulte qui se voulait mouvante. Partir s'installer quelque part était signe d'enracinement et il craignait de ne plus pouvoir partir. L'Irlandais, en revanche, avait besoin de cette stabilité, d'un travail où il pouvait se voir progresser durant des années, tout en habitant une petite maison bien à lui. Dave savait ce qui était bon pour son meilleur ami et c'était l'opposé du train de vie qu'il s'imposait à lui même.

Niall avait d'abord protesté face à cette nouvelle, se voyant déjà perdre pied sans l'épaule de son acolyte de toujours, mais avait dû admettre que ce plan, c'était le sien. Le forcer à le suivre n'aurait été que mauvais pour la relation des deux hommes et il voyait là une envol qu'il était temps de prendre. Alors il avait accepté de partir seul, de tout reconstruire sur ce Chemin de Traverse et à Loutry Sainte Chaspoule qu'il ne connaissait même pas. Il voyait également dans cette nouvelle perspective, un moyen de se détacher, enfin, de l'emprise de ses parents. Peut-être y aurait-il moins de règles, moins de bourgeoisie, moins de mentions de sangs purs, et plus d'ouverture. Il savait au moins que ce poste lui serait validé. Fleury & Bott, ce n'était pas n'importe quoi.

Tout en se faisant glisser du banc sur lequel il était assis depuis déjà quatre heures, Niall attrapa sa veste suspendue au petit crochet métallique que le box en bois offrait. Il plongea sa main dans la poche intérieure gauche et en retira quelques livres, de quoi payer la totalité des pintes consommées et des fishs and chips partagés. Il ajouta un billet supplémentaire comme pourboire et plia les billets bien soigneusement avant de les glisser sur son verre vide.

- Tu m'as trouvé ce poste, je peux bien t'inviter, avait-il répondu en anticipant la plainte de son meilleur ami.

A la sortie du bar, l'Irlandais prit une grande inspiration de l'air frais et déjà brumeux d'un soir d'avril et sourit en fermant les yeux. Il aimait toujours la différence d'odeurs qu'il y avait entre le bar et l'extérieur ; il passait d'une atmosphère lourde remplie d'arômes de houblon à celle d'une pluie fraiche et légère collée aux pavés noirs de Dublin. Ce soir, cette odeur était presque différente. Elle signait un changement : l'odeur de la prise de décision.

Dave qui l'observait, avait placé un bras autour de son épaule pour le sortir de sa rêverie.

- Tu verras, tu seras bien là-bas !, déclara le Canadien avec certitude.

Fin