27 août 2024, 15:00
La maison des pavés lumineux
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Juillet 2049
Loutry Ste Chaspoule, 13h


Une heure avant son rendez-vous avec l'agent immobilier, Niall avait commencé sa quête du village. Il avait pris le petit bus de campagne numéro 310 qui partait de Tiverton, et avait contemplé les paysages à travers les fenêtres légèrement salies par les intempéries anglaises. En descendant à l'arrêt Terrier, l'Irlandais s'était émerveillé comme un enfant du simple arrêt de bus, des meules de foin qui trônaient dans les champs, ou encore des enfants qui faisaient la course à vélo pour remonter la pente. Ces derniers avaient observé avec curiosité ce nouveau et seul visiteur qui venait d'entamer la montée de la petite route centrale et se jetaient mutuellement quelques regards, se demandant qui parlerait le premier. L'Irlandais, bien conscient de ces regards d'enfants qui pesaient sur lui, souriait, amusé par leur curiosité, et attendait qu'on l'interroge. Il avait le temps et ne souhaitait rien presser. Si on le questionnait, il répondrait volontiers, sinon, il poursuivrait son chemin dans sa découverte du village.

– Vous venez voir quelqu'un, Monsieur ?, s'était enfin osé à demander le plus grand, dont la curiosité le démangeait.

Sur son vélo tout terrain, il faisait des allers retours pour rester à la hauteur de l'Irlandais et ne pas le dépasser, tout en gardant une certaine distance. Il semblait anticiper une absence de réponse, car il fixait davantage son ami que le visiteur en question. Peut-être avait-il l'habitude qu'un adulte ne prête pas attention à ses questions indiscrètes, peut-être était-il en plein combat interne avec sa conscience qui lui dirait de ne pas déranger les inconnus avec l'impertinence de ses questions. Mais l'Irlandais avait tourné la tête, trouvant là bien impoli de ne pas offrir une réponse.

– Exact.

L'enfant dont la curiosité bouillonnait avait aussitôt surenchéri, ne contrôlant plus aucun raisonnement que la bienséance lui aurait demandé d'avoir.

– Qui ça ?

Son ami l'avait repris en lui sifflant de se taire, mais il ne semblait pas vouloir l'écouter.

– Monsieur Brown.
– Ah, l'agent immobilier ? Vous venez visiter une maison ?
– C'est ça.

Niall, qui ne souhaitait pas s'étaler davantage, sans toutefois paraître impoli, avait souhaité aux deux garçons une bonne journée, et avait repris sa montée, toujours le dos bien droit.

Les enfants avaient compris qu'insister aurait été mal vu, et l'avaient regardé quelques instants poursuivre sa route avant de reprendre leur course en pariant sur celui qui arriverait en bas le premier. Le visiteur avait passé le test et Niall reprenait l'observation des paysages et des maisons bien typiques du canton de Devon.

..

29 août 2024, 12:19
La maison des pavés lumineux
Enfin arrivé en haut de la première route, Niall s'orientait à l'aide des panneaux légèrement usés par le temps. Certains n'étaient plus très droits, d'autres auraient bien bénéficié d'un petit coup de peinture, mais celui qui intéressait le sorcier était, fort heureusement, intacte. Direction la place centrale. Il plongea sa main dans la poche de sa veste pour en sortir le petit morceau de parchemin du vieux sorcier de Dublin et se confirma qu'il était dans la bonne direction. La vieille écriture penchée lui indiquait qu'il n'avait pas à aller jusqu'à la place, mais que les quelques maisons vides se trouvaient dans la rue juste avant.

L'heure qu'il s'était offerte en arrivant plus tôt lui permettait de profiter des lieux sans devoir se précipiter. L'ambiance, l'atmosphère, les odeurs et les couleurs jouaient un rôle important dans sa décision d'habiter dans ce village ; après tout, c'était comme pour le choix d'un livre. Il ne pouvait pas simplement se fier au résumé, il devait observer la couverture, le dos, la garde de couleur, de quoi était fait le signet s'il y en avait un et même si la gouttière du livre était courbée ou droite. Tous ces éléments entraient en compte dans sa décision finale et il en était de même pour son futur foyer. Alors lorsqu'il avait découvert, avec plaisir, que la petite rue qu'il empruntait était faite de pavés bruns, il avait ajouté un point à sa liste mentale. Ces pavés allaient l'aider à signer le contrat s'il venait à hésiter.

Il aimait le fait que les maisons s'alignent dans la longueur, qu'aucune n'était similaire et qu'elles semblaient pourtant toutes former un tout. La métaphore derrière plaisait au sorcier et voilà qu'il avait envie d'avancer le temps pour se trouver plus rapidement dans sa future maison. Il ne savait pas comment le sorcier du bar avait pu viser si juste, mais s'il venait à le recroiser un jour, il n'hésiterait pas à le remercier. Le lieu semblait lui correspondre : il n'était ni trop grand, ni trop petit. Il se savait mélangé aux moldus, et il n'aurait pas fait autrement, et il pouvait passer inaperçu. Ou peut-être que les deux centaines d'habitants allaient finalement percevoir qui il était. Peut-être qu'en étant si peu, le libraire acceptait enfin, inconsciemment, de se révéler au grand jour. Mais il n'en savait encore rien.

Alors lorsqu'il arriva face à la maison qu'il devait visiter, il l'observa : ses coins, ses couleurs, ses lignes verticales brunes, son toit rouge défraichi, et sa petite porte en bois brun foncé qui ne devait pas très bien fermé, à en juger son loquet qui était tourné dans le vide. Il sourit face à cette étrange particularité, en sachant que la magie la corrigerait en un rien de temps. Il fit quelques pas en arrière et remarqua que cette maison était directement baignée dans la lumière naturelle du soleil. Les pavés qu'il avait empruntés plus tôt en étaient recouverts également et il apprécia l'image d'autant plus. La maison des pavés lumineux.

Alors pour profiter davantage du spectacle et de la poésie que son esprit créait, il rejoignit le petit banc de la place centrale qu'il avait repéré plus tôt et laissa ses pensées l'envahir, avant de jeter un œil sur sa montre à gousset. Encore une trentaine de minutes et l'agent immobilier arriverait.

31 déc. 2024, 23:55
La maison des pavés lumineux
Quelques minutes étaient passées de l’heure du rendez-vous, mais l’agent avait fini par se montrer, le trousseau déjà en main. Le petit homme trapu s’était confondu en excuses et s’était rué sur la main du libraire pour la lui serrer. Niall lui assura qu’il n’y avait là aucun mal, qu’il attendait sur le banc en profitant du soleil et qu’il n’était pas pressé, ce qui rassura le Moldu bien en peine.

La visite ne devait pas être longue, mais l’Irldandais voulait prendre son temps. Le logement allait être sa maison pour plusieurs années, il l’espérait, alors il se devait de s’y sentir bien. L’appartement était plutôt spacieux pour un appartement de trois pièces. Il pouvait déjà imaginer là où il placerait son bureau, sa machine à écrire magique, ses plumes, ses encriers de collection et son petit salon. Lorsqu’il aperçut la cuisine, il sourit face à son grand défaut qu’il n’avait jamais réussi à dompter : cuisiner. Il ne savait pas faire grand chose et n’avait jamais cherché à apprendre. Il se demandait de toute manière si apprendre était réellement utile, puisqu’il avait l’argent pour manger à l’extérieur à chaque repas, mais voilà que cette idée de riche le gênait. D’un revers de main virtuel, il balaya cette idée et reprit le cours de sa visite.

Après trente minutes de visites et de question, le contrat trônait sur le bar de la cuisine, et le stylo dans la main de l’agent attendait d’être saisi et utilisé. Niall ne s’était pas fait prier. Il s’y sentait bien dans cet appartement et se demandait déjà si la décoration plairait à ses parents qui, de toute évidence, finiraient par critiquer un peu tout le jour où ils le visiteraient. En regardant par la fenêtre ce soir-là, il s’était pris à se demander si quelqu’un l’accompagnerait un jour dans ces pièces qu’il venait d’adopter, s’il finirait par oublier la personne qui l’empêchait d’entamer n’importe quelle relation sérieuse.