5 mars 2024, 14:00
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Samedi 13 février 2049,
Soir de représentation du spectacle Mesmerized.

Avec @Aelle Bristyle et son frère.


April Farrell avait une manière bien à elle de s’immiscer dans les affaires de sa jeune locataire, plus si jeune que ça en réalité – celle-ci ayant entamée sa troisième décennie quelques mois auparavant, qui lui en semblait parfois en être quatre. Morgan n’en était pas plus dérangée que cela au final, commençant à trouver un étrange réconfort dans leurs interactions, mais elle s’en gardait bien de le dire. La jeune Kathleen avait de la chance dans sa malchance d’être loin de ses parents, de vivre avec une grand-mère tel que l’ancienne danseuse de cabaret, dont l’amour de la scène était semblait-il éternel.

La dernière représentation de la Salle de Spectacle, la première de Mesmerized, l’avait époustouflé, peut-être un peu plus que les précédents spectacles. Si bien, qu’elle avait invité Morgan à boire le thé, pour au final lui offrir une place pour le soir même. Par le plus grand des hasards, il s’agissait d’un soir où elle ne travaillait pas à la boutique, laissant le comptoir et les clients à sa collègue Juliette. Alors, sous l’insistance, elle avait fini par accepter le cadeau de dernière minute qui lui était de toutes les façons imposée, et l’en avait remercié.

Un minimum de classe lui avait-t-elle conseillé – ou ordonné, la frontière était assez vague – qui sait si un gentleman vous tapera dans l’œil! Cette remarque l’avait fait bien rire. Mais oui April, bien sur. Optant alors pour une simple robe noire aux manches longues, elle cacha sa baguette dans un étui de bras discret, et se para de quelques bijoux, se métamorphosant en une élégance né-sorcière de Godric’s Hollow, tout ce qu’il y avait de plus banal.

Morgan avait suivi les instructions de l’habituée de la salle de spectacle, et était même arrivée un peu plus à l’avance pour être certaine de trouver sa place sans encombre parmi les divers recoins de l’endroit. Pour éviter la foule également, la sorcière n’ayant pas un bon passif avec celle-ci. Finalement elle s’installa silencieusement dans la zone de parterre, et observa les autres spectateurs prendre place autour d’elle, et contempla la grandeur et l’atmosphère presque intimidante des lieux. La galloise était perplexe quant à cette soirée en solitaire, et encore plus sur la nature du spectacle, mais elle ne pouvait pas décevoir la vieille anglaise et s’en aller avant d’avoir au moins assister à la moitié.

I cast happiness upon y'all — while robbing you of a few Galleons, of course.
InRP, professeure remplaçante de DcFM arrivée le 1er juin 2051.
#BotrucSuprématie #Le M c'est le S #4f246b

5 mars 2024, 17:27
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Samedi 13 février 2049
Godric's Hollow
1ère année à l'AESM



Je transplane sur le Quai des Arts et lève aussitôt ma baguette magique pour me protéger des gouttes qui tombent des lourds nuages amassés dans le ciel obscur. Le vent souffle en une brise glaciale, ce soir. Je resserre l’écharpe que j’ai pris soin d’enrouler autour de mon cou avant de partir. Derrière le parapet, la Towy s’écoule lourdement et bruyamment. Le clapotis des vagues contre la pierre est clairement discernable malgré la pluie. La nuit a déposé son voile obscur sur la ville mais Godric’s Hollow ne dort jamais. Des silhouettes affairées traversent les rues et sont perceptibles quelques notes de musique dans le lointain.

Je longe le fleuve un court moment, perdue dans mes pensées et peu impatiente de retrouver mon frère. Comme le hasard est mal fait : juste avant de quitter ma chambre, j’ai eu le malheur de voir arriver Fehu, le hibou d’un autre de mes frères. Désormais bien habitué, il a déposé le courrier et s’est installé sur le sommet de mon armoire, au grand damn de ma colocataire qui aurait grandement apprécié lui arracher quelques plumes pour le déloger de son drôle de perchoir. Je l’aurais aidé avec plaisir, mais Fehu est aussi buté que son maître : si le premier reste des heures durant dans la chambre dans l’espoir de se voir confier des réponses aux courriers incessants qu’il transporte, le second ne cesse de m’écrire même si jamais je ne prends la peine de donner suite à ses excuses minables. Ils font bien la paire. Et par leur faute, je me sens morose.

Moi et ma morosité, sans oublier Zikomo, petite tâche bleue roulée en boule sur mon épaule, bifurquons dans la première rue qui s’offre à nous. Déjà, nous croisons quelques sorcières et sorciers bien habillés, affublés de chapeaux tendances et de longues capes agrémentées de belles parures. Le talon de mes éternelles bottines claquent sur les pavés humides ; la lumière des lampadaires se reflète sur le sol, j’avance en me perdant dans leur observation, ruminant les erreurs de mon grand-frère et la folie d’un autre frère, moins grand celui-ci, qui a lourdement insisté pour que je l’accompagne voir cette représentation « absolument fabuleuse ! J’ai eu d’excellents retours, s’il-te-plaît, viens avec moi, s’il-te-plaît Aelle, allez ! ». Puisque je ne vois plus Narym, j’ai du temps pour Aodren — j’ai accepté pour avoir la paix. Et peut-être également parce que mon cœur supporte tant bien que mal l’ouverture béante qui s’est ouverte en lui depuis la trahison de Narym et que voir Aodren me permet d’apaiser, très légèrement, la colère que m’inspire le trentenaire.

Je tourne dans une nouvelle rue. J’ai pris soin de prendre un chemin m’éloignant de la Nouvelle-Sainte-Mangouste — manquerait plus que je croise ma mère. La salle de spectacle se dévoile enfin à moi, avec tout ce qu’il faut de lumière, de publicité et de public impatient et bruyant devant les portes. Et là, bien en vu (il ne faudrait pas que je le manque, n’est-ce pas), un jeune homme au sourire réjoui et à la chevelure brune et fournie comme un nid d’oiseau. Je ravale un soupir et me dirige vers Aodren au moment où celui-ci, me remarquant, me salue d’un grand geste excessif destiné à attirer mon attention.

« Aelle, tu t’es mise sur ton trente-et-un ! Salut Zikomo ! » s’exclame-t-il en guise d’accueil — au moins a-t-il l’intelligence de ne pas chercher à m’enlacer ou à m’embrasser.

Je le considère silencieusement avant de baisser les yeux sur ma tenue. Une cape noire d’hiver, épaisse et confortable ; une robe de sorcière d’un joli violet sombre qui, certes, me fait paraître plus habillée que je ne le suis en général ; un pantalon sombre tout ce qu’il y a de plus simple.

« Je suis habillée comme d’habitude. »

Il fait une moue dubitative que j’ignore aisément. Lui, par contre, s’est habillé pour l’occasion. Il a sorti le beau chapeau, la cape tape-à-l’oeil et a enfilé un costume que je ne lui ai jamais vu sur le dos. Il fait adulte, responsable ; s’il est adulte, je doute pourtant qu’il soit très responsable.

« Le spectacle va être magnifique, tu vas voir, tu vas pas regretter ! Enfin vous. Toi aussi tu vas adorer, Zik. C’est trop génial que tu sois venue, c’est la première fois ! s’excite-t-il. La première fois qu’on va voir un spectacle comme ça ensemble ! Sans la famille, je veux dire. D’ailleurs, papa va bien. Il m’a dit de te passer le bonjour, tu sais. Et maman… »

Je décroche à ce moment-là, trop épuisée pour écouter ce qu’il a à me dire sur notre mère que je n’ai pas revue depuis notre déplorable entrevue à la Nouvelle-Sainte-Mangouste. Mon frère entreprend de me faire un état des lieux complet de la famille tandis que nous nous approchons de l’entrée. Ses doigts gantés sont serrés autour des tickets qu’il a absolument tenu à m’offrir — je n’ai pas rechigné longtemps, n’ayant aucune envie de débourser mon argent pour un spectacle que je me fiche de voir. Je laisse le jeune homme babiller. Il est trop habitué pour s’en vexer ; il fait la conversation à lui seul et je feins l’écouter tout en songeant aux recherches que j’ai laissées en pause pour venir ici.

Nous arrivons bien vite en vue de nos places. Les discussions vont de bon train dans la salle encore illuminée dont la scène est cachée derrière son épais rideau rouge. Les spectateurs s'amassent en grappe pour discuter et échanger les dernières nouvelles. À croire que tout le monde se connait. Agacée qu'Aodren piétine sur place, trop subjugué par la salle qu'il découvre pour la première fois pour avancer, je le dépasse et prends les devants, sans même surveiller s'il me suit. Je me glisse dans notre rangée jusqu'à arriver aux sièges qui nous sont destinés.

Peu de gens sont installés mais celle qui sera ma voisine est déjà là. Une femme tout ce qu'il y a de plus banal, fort bien habillée, à laquelle je ne jette qu'un regard avant d'ôter ma cape et de m'installer sur mon fauteuil. Zikomo, avec son pelage bleu, détonne sur l'accoudoir rouge entre mon siège et celui de mon frère.

« À quelle heure ça commence ? demandé-je d'une voix traînante à un Aodren surexcité qui s'empresse de sortir ses tickets pour chercher l'information.
Euuh, je t'avais pas dit 19h30 ?
Sérieux ? Pourquoi on est venus aussi tôt, alors ? »

Aodren tourne et retourne les tickets en quête d'une réponse. Ses mouvements sont fébriles, il en fait tomber un et doit se mettre à quatre pattes sur le sol pour le retrouver. Je croise le regard amusé de Zikomo et lui souffle sans chercher à baisser la voix :

« C'est un sorcier et il préfère se mettre par terre. T'as oublié que le sortilège d'attraction existait, Ao ?
Je l'ai ! »

Il brandit fièrement le ticket dans sa main droite, avec sur les lèvres un grand sourire dévoilant ses dents. Je lève les yeux au ciel et me tourne vers la scène en prenant mon mal en patience.

2 avr. 2024, 20:04
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Peut-être avait-elle prévu un peu trop de temps malgré tout, se fit-elle la remarque, tout en commençant à pianoter sur son accoudoir. Néanmoins, il ne fallut que peu de temps avant que ses voisins de rangés s’installent à côté d’elle. Deux jeunes adultes qui n’avaient en soi rien d’ordinaire, si ce n’était qu’ils étaient accompagné d’une étrange créature au pelage bleu. Est-ce un… renard ? Elle ne se rappelait avoir vu un jour une créature de la sorte. Un bien curieux familier qu’est-ce là, se dit la noiraude. Bien qu’intriguée, la galloise n’attarda pas son regard sur ses nouveaux voisins. Elle ne put malgré tout faire autrement que d’entendre leur discussion – et surtout, de voir à peine quelques instants après l’un d’eux se mettre à quatre pattes devant les sièges. Un haussement de sourcil perplexe prit place sur son visage, avant d’être remplacé par un rictus amusé, devant un tel spectacle. Finalement, le drôle de personnage agita avec fierté un bout de papier, qui devait vraisemblablement être son ticket.

« Le spectacle devrait commencer à 19h, et non 19h30 », fit-elle simplement remarquée aux deux individus, tout en regardant passivement le défilé des spectateurs qui continuaient de s’installer. Le châtain n’aurait surement pas tarder à connaitre l’information avec sa trouvaille. Mais la sorcière avait un peu piété de lui et n’avait pas réfléchi plus que cela avant de sortir un instant de son mutisme.

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6 avr. 2024, 09:21
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Aodren prend appui sur ses genoux pour se relever et mieux se laisser dans son fauteuil, plus essoufflé par son excitation que par son voyage sur le plancher des pâquerettes. J'avais déjà complètement oublié cette histoire d'horaire, trop préoccupée par mes propres pensées, lorsque qu'une voix s'élève à côté de moi. Je me tourne pour la regarder ; ma voisine de siège. J'en suis encore à la considérer avec insistance en me demandant pourquoi elle s'est sentie le devoir d'intervenir qu'Aodren se penche en avant, un bras au travers mon buste pour me forcer à me reculer.

« Oh oui, c'est écrit là ! » s'exclame-t-il en brandissant le ticket devant moi pour le montrer à la jeune femme, comme si elle avait besoin de regarder l'horaire inscrite dessus alors qu'elle possède elle-même un ticket ! On est pas si en avance que ça ! ajoute-t-il avec un grand sourire à mon attention.
Mh. »

Pour ce que ça peut me faire. Je pose le menton dans le creux de ma paume, le coude sagement appuyé sur l'accoudoir me séparant de la jeune femme qu'Aodren continue encore de regarder.

« Merci beaucoup, lui dit-il chaleureusement, heureusement qu'on s'est pas pointés à 19h pour être en avance pour 19h30, hein ? »

Il ricane de sa propre bêtise en secouant la tête, sans voir que je lève les yeux au ciel ; moi, je ne trouve pas cela amusant du tout. S'il m'avait fait le coup de m'arracher à ma tranquillité pour un spectacle auquel il n'est même pas fichu de nous amener à l'heure, je le lui aurais fait payer.

Maintenant le regard vert de mon frère oscille entre la scène, les différentes entrées de la salle de spectacle et la femme, comme s'il hésitait à prendre de nouveau la parole. Il est encore penché en avant, trop près de moi. Un côté de sa cape glisse sur son épaule et s'avachi sur l'accoudoir où lui-même est accoudé. Le pauvre Zikomo est pratiquement enseveli sous le tissu. Je le récupère d'un geste habile de la main en repoussant mon frère qui a à peine un regard d'excuse, parce que son regard est encore braqué sur ma voisine et qu'il reprend la parole :

« Ça aurait été dommage, le spectacle a l'air splendide ! s'extasie-t-il, les yeux brillants. On m'en a dit que du bien, je vous assure que ça va être génial. » Comme s'il se rappelait soudainement de sa présence, il penche la tête vers mes genoux où j'ai installé Zikomo, à l'abri des bêtises de mon frère. « 'Scuse-moi, Zik ! »

Le Mngwi remue les moustaches, plus amusé qu'agacé par le comportement du jeune homme. Contrairement à moi qui résiste à l'envie de le repousser dans son siège. Je suis à la fois gênée qu'il me colle en se penchant ainsi devant moi et agacée qu'il parle à ma voisine, ce qui va entraîner une réponse de sa part, puis de la sienne, puis encore de la femme, et ainsi de suite jusqu'à ce que les lumières s'éteignent. Je peux dire adieu à ma tranquillité.

1 sept. 2024, 18:40
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Elle ne pensait pas que sa simple intervention au sujet de l’heure allait lui attirer l’attention du sorcier maladroit. Alors qu'il réagissait avec une excitation presque exagérée, elle ressentit un soupçon d'amusement mêlé à une pointe de lassitude. La jeunesse, pensa-t-elle en retenant un soupir, cette énergie débordante et ces réactions si intenses pour des choses si simples. Pourtant, elle se surprit à sourire en réalisant l'ironie de cette réflexion. April avait probablement raison de lui répéter qu’elle devait cesser de se prétendre plus vieille qu’elle ne l’était réellement. À force, elle risquait de finir comme l’un de ces vieux sorciers qu’elle voyait régulièrement dans les pubs, grognons et désabusés.

« C’est ce que l’on m’a dit également, lui accorda-t-elle avec un sourire poli, nous verrons bien si ces avis ont été exagérés ou non, d’ici quelques minutes. »

Morgan ne se sentait pas particulièrement à l’aise de poursuivre une conversation. Surtout dans ces conditions, alors la galloise ne voyait que trop bien l’inconfort qui transpirait de sa voisine, une gêne que l’homme à côté d'elle semblait totalement ignorer. À en juger par leur dynamique, la noiraude devina qu'ils devaient être liés par le sang – un frère ou un cousin, sans doute. Ou simplement, le pire des petits amis. Elle pouvait néanmoins deviner que ce ‘Ao’ devait être d’une agréable compagnie, pour celles et ceux qui en cherchaient.

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23 sept. 2024, 12:33
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Je m'enfonce dans mon fauteuil, gênée par la proximité d'Aodren et la position inconfortable dans laquelle il me place ; puisque je suis au milieu des deux, j'ai le choix entre prendre mon mal en patience ou participer à la conversation. Évidemment, je n'ai pas la moindre envie de prendre la parole — et pour dire quoi ? parler d'un spectacle que nous n'avons pas encore vu ? Si encore cette conversation avait lieu une fois celui-ci terminé, j'aurais peut-être pu prendre la parole (et encore), mais là ça me semble inutile. Pour ne pas dire idiot.

À mon plus grand plaisir, la réponse de la femme n'est pas aussi complète et enjouée que je le craignais. Elle se contente d'une phrase polie, sans plus. Impossible de répondre à une telle phrase. Aodren lui offrira un sourire, tout au mieux. C'est clairement une invitation à se tair...

« Oh, j'pense pas qu'ils l'aient été, s'exclame Aodren avant de baisser subitement le ton en remarquant que la salle s'est remplie. Mes sources sont sûres... » Il essaie de croiser mon regard pour me confier dans un sourire : « C'est Jace qui m'en a parlé.
Tes sources ne sont donc pas "sûres", répliqué-je froidement, mon menton s'enfonçant toujours plus dans la paume de ma main, en songeant au meilleur ami de mon frère qui n'a jamais fait preuve d'une vive intelligence.
Eh ! C'est pas gentil de dire ça. »

Je ne réponds rien, mais nul besoin de le faire : le regard vert de mon frère, nullement assombri par mes critiques, a déjà retrouvé le chemin vers l'inconnue vers laquelle il se penche (n'oublions pas que je suis au milieu et que je dois donc subir l'odeur de son shampoing en plus de supporter son inarrêtable débit de parole). Un bruit discret dans le fond de la salle me prévient que les portes ont été fermées. Si rien n'a changé depuis ma dernière visite, les chandelles s'éteindront bientôt pour permettre au spectacle de démarrer.

« Apparemment dans le spectacle il va y avoir...
Merlin, Aodren, soufflé-je en barrant son torse de mon bras pour le forcer à se renfoncer dans son siège. Tu veux peut-être aussi tout nous raconter, comme ça on aura même plus besoin de regarder ?
C'était sarcastique, hein ? » s'amuse mon frère à destination de Zikomo, non sans me jeter au passage une œillade moqueuse qui, il y a une éternité, m'aurait vexé.

Maintenant, elle me laisse de marbre. Je sais qu'il cherche à m'embêter. Et je préfère mourir que lui montrer que ça fonctionne. Zikomo remue les moustaches en fermant les yeux.

« Me semble-t-il, oui, commente-t-il sur ce ton joueur qui le caractérise si bien.
C'est bien ce que je pensais, » ricane Aodren.

Je ne réagis pas. J'ai toujours préféré opposer aux bêtises de mes frères — et plus largement à leurs moqueries — un silence beaucoup plus frustrant pour eux, habitués aux échanges de mots d'humour et aux gentilles (quoi ça reste à voir) taquineries. Qui plus est, je n'ai aucune envie de donner de la matière à ma voisine qui, en fonction de son caractère, pourrait à l'image d'Aodren ne plus être retenue par les faibles barrières de la politesse. Je me contente donc de regarder devant moi, dans l'attente molle mais non moins impatiente que le spectacle démarre enfin.

16 nov. 2024, 17:23
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
C’est définitivement une fratrie. A la manière dont ils interagissaient, la sorcière n’avait plus de doute sur la question. Et puis surtout, ce qu’elle remarqua c’était que la créature parlait également. Que pouvait-il donc être, ce renard ? Sa curiosité était définitivement piquée. Pour l’heure, cependant, elle détourna les yeux pour se plonger dans la scène.

Le spectacle commença enfin.

« Bon spectacle à vous, murmura-t-elle simplement. »

***

La salle était plongée dans une semi-obscurité. Dès les premières vocalises du chœur, Morgan perçut l’atmosphère immersive du lieu. Les harmonies semblaient émaner de toutes parts, créant une sensation enveloppante. Les chanteurs, dissimulés sous des voiles translucides, se fondaient dans le décor, tandis que l’odeur saline, l’eau couvrant légèrement le sol et le mouvement ondulant des rideaux évoquaient la mer. Chaque élément contribuait à renforcer l’illusion d’une île mystérieuse. April n’avait pas menti, ils semblaient avoir fait un sacré travail de mise en scène.

L’apparition de Circée marqua un point culminant visuel. Drapée dans une robe ample et fluide, elle donnait l’impression de flotter. Son entrée avait une force indéniable, captant tous les regards par sa présence imposante. Pourtant, Morgan ressentit un léger malaise. La figure de Circée n’était pas présentée comme un cliché de cruauté ou de mépris envers les hommes, comme cela était souvent le cas. Ce qui ressortait, c’était une profonde solitude, celle d’une femme accablée par l’isolement imposé par son propre pouvoir.

Le spectacle se poursuivit, les marins cédant peu à peu au pouvoir de Circée. Les métamorphoses, dissimulées par la fumée et éclairées d’une lumière verte et bleutée, étaient un moment saisissant. Pourtant, quelque chose semblait faire défaut. L’expression du désespoir, de la fascination aveugle de ses hommes, manquaient d’une réelle profondeur profondeur. Était-ce réellement leur propre détresse qui les consumait, ou bien étaient-ils les reflets involontaires de la solitude de Circée ?

Puis, un mouvement dans les lumières attira son attention. La scène changeait. Un radeau, fragile et incertain, semblait émerger du brouillard. Une figure seule, encore indistincte, glissait lentement vers l’île. Elle ne put s’empêcher de glisser un regard furtif vers ses voisins, dont Aelle et Aodren – ainsi que la créature qui les accompagnait. Puis elle reporta son attention sur la scène, plus captivée qu’elle ne voulait l’admettre.

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20 nov. 2024, 10:52
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Les mots aimables de notre voisine précèdent la levée du rideau. Aodren lui souhaite gaiement la même chose tandis que de mon côté, je murmure un vague quelque chose que l'on ne pourrait pas qualifier de phrase. Je m'enfonce dans mon fauteuil, contente que le début du spectacle force mon frère à se calmer et à garder le silence. Malgré tout du coin de l’œil je le vois qui s'agite, un grand sourire sur les lèvres, déjà happé par la pièce qui n'a pas encore commencé.

Le coude posé sur l'accoudoir et le menton dans le creux de la main, je me concentre sur la scène encore plongée dans le noir. La musique s'élève d'abord, subtile et envoutante, avant que ne les rejoignent les acteurs tous affublés de costumes destinés à nous plonger dans l'ambiance du spectacle. J'ai souvent vu des spectacles de ce genre lorsque j'étais enfant et que nos parents nous amenaient voir des représentations en tout genre pour « parfaire notre culture artistique ». Je me souviens des longues heures passées assise dans des sièges du même genre, entourée de ma famille et parfois de quelques gourmandises à grignoter. Petite, j'aimais ces sorties qui avaient des allures d'expéditions pour l'enfant que j'étais. J'appréciais sortir de la maison et surtout passer des moments privilégiés avec mes plus grands frères que je voyais plus rarement que les autres. Souvent, Narym et Zakary exigeaient que je m'assieds près d'eux et j'aimais les voir se disputer ma présence. J'aimais moins lorsqu'ils accordaient leur attention à Aodren ou Natanaël. Malheureusement ils ont toujours eu à cœur de ne pas faire de favoritisme.

Aujourd'hui, je ne suis qu'en compagnie d'un frère qui n'a pas eu à se battre pour être près de moi et qui ne l'aurait de toute manière pas fait. Et quelques minutes après le début du spectacle, je sens que mon intérêt pour la culture artiste commence déjà à s'effilocher. Ce n'est pas tant que le spectacle est inintéressant ou que le thème ne me plait pas : j'aime la musique et je trouve intéressante la mise en scène du mythe de Circée. Mais au-delà de cette scène il y a le monde, et dans le monde il y a ma vie. Mes pensées déjà se tournent du côté de mon golem de pierre et des modifications que je ne cesse de vouloir lui imposer — cela fait sept ans que je travaille sur ce procédé magique, pourquoi arrêterais-je maintenant ? Sans que j'en ai conscience, je perds totalement le fil du spectacle et au lieu de voir les acteurs, je vois mes notes ; au lieu d'entendre la musique, j'écoute ma propre voix qui fait des hypothèses.

Cela fait peut-être vingt minutes que le spectacle a commencé lorsque je me tortille sur mon siège pour réussir à atteindre la poche intérieure de la jolie cape brodée que j'ai enfilée tout à l'heure. Zikomo qui a sauté sur mon épaule lorsque les lumières se sont éteintes afin de mieux y voir enfonce ses petites griffes dans mon vêtement pour ne pas tomber. J'extirpe tant bien que mal mon carnet et la petite plume qui ne le quitte jamais de ma poche. Je sens peser sur moi le regard circonspect d'Aodren qui, je le sais, se retient de me faire une réflexion. Je l'ignore comme j'ignore tout le reste et ouvre le carnet afin de me plonger dans mes notes. Le plus dur est évidemment de réussir à y lire quelque chose ; je suis encore trop polie pour allumer ma baguette magique en plein spectacle. J'approche les pages de mes yeux pour essayer d'y lire au mieux et je parviens à déchiffrer quelques lignes.

Je pourrais presque entendre les sourcils d'Aodren se froncer lorsque j'installe ma plume entre mes doigts et que je griffonne quelques mots dans un coin de page, l'esprit désormais toutes à mes recherches et plus du tout à la beauté qui se déroule pourtant sur la scène.

Je laisse les jolies choses aux contemplateurs — à moi les découvertes et les grandes choses !

8 janv. 2025, 12:15
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Pendant cet instant où son attention s’était tournée vers ses voisins, Morgan avait observé la jeune femme fouiller dans sa cape avec une précision silencieuse, visiblement à la recherche de quelque chose. Elle avait rapidement deviné la suite : Aelle avait extirpé un carnet et une plume, avant de plonger imperceptiblement dans ses notes, au grand désarroi, semblait-il, de son frère.

Morgan esquissa un sourire, un sourire qu’elle dissimula en reportant son regard sur le spectacle. Respectueuse, elle ne chercha ni à juger ni à comprendre davantage. Après tout, combien de fois avait-elle elle-même cédé à cette impulsion irrépressible de gribouiller une idée au beau milieu d’un moment censé accaparer toute son attention ? Sans le cadeau d’April et sans l’étrange sensibilité qu’elle ressentait pour ce spectacle, elle aurait sûrement agi de même.

Le spectacle se poursuivait. Un nouvel élément était apparu avec le radeau sur scène : une jeune femme. Morgan fronça légèrement les sourcils. Elle ne se souvenait pas d’un tel détail dans le mythe, mais n’était-ce pas là tout l’intérêt du théâtre, d’offrir une interprétation créative qui enrichissait l’histoire d’origine ?

Elle soupira doucement, sentant peu à peu se dévoiler une partie de la véritable intention d’April derrière ce cadeau alors que l’on pouvait percevoir le changement de dynamique. Trop rusée, son amie, pour que ce soit une simple coïncidence. Les échos entre cette représentation et des segments de sa propre histoire étaient troublants. Pourtant, Morgan savait qu’elle n’était pas Circée, pas cette femme souffrant de solitude malgré sa puissance. Elle n’était pas non plus cette nouvelle figure qui, sans aucun doute, allait capturer le cœur de l’enchanteresse.

Non, Morgan aimait sa forteresse solitaire telle qu’elle était : habitée uniquement par Silv et elle-même. C’était un choix, un équilibre qu’elle chérissait. Mais elle ne pouvait en vouloir à April. Après tout, son amie connaissait l’existence, ô combien irritante, du soi-disant chevalier blanc.

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29 janv. 2025, 11:18
 PNJ   PV  Le mythe d'une enchanteresse... ou de deux
Parfois, je daigne lever les yeux de mon carnet sombre sur lequel je ne discerne pas grand chose. Alors il me faut papillonner des paupières tant la lumière qui règne sur scène m'éblouit. Pourtant, elle n'est pas très forte, plutôt mystique comme il sied au sujet de la pièce. Des globes diffusant de la lumière verdâtre illuminent les acteurs perdus dans un nuage de fumée. Je m'arrête sur leur costume, considère les métamorphoses qu'ils subissent pour le bien de l'histoire. Je m'interroge sur les sortilèges utilisés, émets des hypothèses, jette un regard au personnage principal enveloppé dans des couches de vêtement vaporeux, puis je baisse de nouveau les yeux sur mon carnet.

Il m'est alors difficile de voir quoi que ce soit la page recouverte d'encre de mon carnet. Je dois plisser les yeux et l'approcher exagérément de mon visage pour décrypter les mots. Bientôt, je parviens à lire "visualisation" ou encore "forme dépend de la grandeur" et avec un sourire, je peux repartir à mes notes sur le golem de pierre. Je griffonne avec ardeur, bercée par un léger bruit de plume qui ne me dérange pas, consciente de mal écrire à cause du manque de lumière mais je suis prête à tout remettre au propre une fois à l'Académie. De nouveau je me coupe du monde qui m'entoure, des violons et des voix qui se mêlent parfaitement.

Jusqu'au moment où ma concentration vole en éclat : Aodren enfonce violemment son coude dans mes cotes. Je glapis un peu trop bruyamment et le martèle d'un regard noir.

« Mais t'es malade ! chuchoté-je furieusement avant d'ajouter pour moi-même, bien plus bas, le nez baissé sur mon carnet : ça m'a fait faire un long trait... »

Le jeune homme se penche vers moi. Dans le noir je discerne mal son visage, mais je parviens à voir qu'il a un air furieux.

« Arrête ça, par Merlin ! J'entends ta pu... J'entends ta foutue plume ! » siffle-t-il.

Je reste pantelante, figée par sa colère qui est si rare depuis quelques années. Je ne me rappelle même plus de la dernière fois où je l'ai vu aussi en colère. Ce devait certainement être à l’issue de l'une de nos disputes, mais il y en a eu tellement. Je fronce les sourcils pour me donner une contenance et marmonne quelque chose comme :

« C'est bon, je vais faire gaffe. »

Impossible de lui reprocher son ton ou sa colère, je suis en tort dans cette histoire, même si j'estime que j'ai le droit de venir à un spectacle et de ne pas le regarder si je ne le désire pas. Aodren ne semble pas de mon avis car il a un regard halluciné. Si nous n'avions pas été dans une salle plongée dans le noir et un silence seulement traversé par les répliques des acteurs et le son de la musique, il aurait éclaté d'un rire nerveux, j'en suis certaine.

« Arrête juste, c'est tout ! »

Il me jette cette dernière phrase en l'accompagnant d'un regard meurtrier. Puis il se renfonce brutalement dans son siège, rebondissant très légèrement sur le dossier, et croise les bras sur son torse. Son regard ne se détourne plus de la scène, même si je sais qu'il sent mes yeux posés sur moi. Je soupire doucement en penchant le visage vers le carnet, captant au passage le regard réprobateur mais amusé d'un petit Zikomo vieux d'un siècle qui a dû en voir, des disputes entre frère et sœur.

Embêtée, je me demande comment je vais pouvoir faire désormais pour prendre mes notes puisque le bruit de ma plume le dérange si fort. Je coule un regard oblique vers ma voisine de droite. Et elle, l'ai-je dérangée ? Je dois bien avouer que je ne me sentirai pas tellement coupable même si c'était le cas. Un nouveau soupir silencieux traverse mes lèvres. J'ai la tête qui déborde de pensées et l'esprit bouillant d'idées ; et je suis coincée dans cette salle obscure sans ne rien pouvoir faire pour noter tous ces mots qui grouillent ! Mon regard tristement tourné vers la scène, je me demande pourquoi j'ai accepté de venir et ne parviens pas à retrouver la réponse.

Mes excuses pour ce retard !
Si tu veux nous pourrons considérer que l'entracte arrive à ton prochain post.