Brighton-Angleterre Solo L'insouciance

21-22 juin 2049


Elijah n'eut guère d'autre choix que de prendre le train, comme le reste de ses camarades. Il se sentait tiraillé entre sa volonté de rester au château pour ne pas affronter la terrible absence de son père, et celle de retrouver sa mère et ses amis moldus. Pourtant, dès qu'il vit sa mère l'attendre à la gare, il se rendit compte d'à quel point il avait besoin de la voir. La valise fut subitement délaissée au sol afin de courir vers elle pour la serrer dans ses bras avec une force qui ne lui ressemblait pas. Il en avait presque envie de pleurer.

- Bonjour M'man... lâcha-t-il d'une voix à moitié étouffée par son étreinte. Evidemment, Marjory ne s'était guère fait prier pour la lui rendre, caressant de ses doigts les boucles de son fils.

- Bonjour Eli' ! Tu m'as manqué, mon chéri. lui répondit-elle avec douceur. Elle ajouta quelques mots, pensive. Bon sang, comme ils sont longs...

C'était une joyeuse bataille qui se déroulait toujours entre Elijah et sa mère. Cette dernière tenait à ce qu'il garde ses cheveux coupés courts, à défaut de pouvoir les coiffer correctement. Le garçon, lui, préférait amplement laisser ses boucles folles pousser : il trouvait que ça lui donnait un air au moins tout aussi cool que ses bretelles et ses baskets colorées. Ils se serrèrent donc dans leurs bras un long moment avant que le garçon ne retournât en arrière pour retrouver sa valise, et suivre sa mère à travers la gare afin de retrouver la voiture familiale. Ils dormirent à l'hôtel à Londres pour la nuit avant de reprendre la route pour Brighton le lendemain matin.

Evidemment, les discussions allaient bon train, à propos de tout et n'importe quoi : les cours, les nouveaux voisins, la météo prévue - pour le surf évidemment -, la reprise des leçons de piano, les derniers achats ménagers, les potins du quartier et du château... Bref, tout sauf Gregory Cooper qui brillait de par son absence totale. Ni Elijah ni sa mère n'eurent le coeur à aborder le sujet si sensible, et, lorsqu'au bout du trajet qui sembla interminable à Elijah, ils se garèrent enfin dans l'allée du garage de la maisonnette de banlieue, il sauta en dehors de la voiture pour aller récupérer sa valise dans le coffre, visiblement très pressé de retrouver sa véritable chambre.

Il ne vit pas que Marjory n'eut pas à déverrouiller la porte d'entrée pour le laisser entrer. Que la maison était étrangement silencieuse : pas même une machine qui tournait, ni même la radio que Marjory n'éteignait jamais en fond. Rien du tout. Jusqu'à ce qu'un tas de gamins déchaînés débarquent de partout en hurlant "SURPRIIIIIIIIISE !", et qu'Elijah lâchât sa valise pour la deuxième fois de la journée, cette fois pour recevoir un câlin groupé de tous ses amis de Brighton qui s'étaient réunis pour fêter son retour, et son anniversaire, avec un peu de retard.

- Eli' ! Joyeux anniversaire !
- Ça fait trop plaisir de te revoir !
- Faudra qu'on aille surfer !
- On a ton cadeau Eli' ! C'est une...
- CHHHHHT TAIS-TOI C'EST UNE SURPRISE !
- Mais c'est toi qui gâche tout là !
- T'as failli lui dire ce que c'est !
- Mais non c'est...
- Du calme les enfants, laissez-nous entrer pour commencer, on verra la suite après
, les coupa Marjory avec une autorité douce qui mit tout le monde d'accord.

Elijah, lui, n'avait pas bougé. Il était ravi de voir que tous ses amis avaient attendu tout ce temps qu'il rentrât de Poudlard pour fêter dignement son anniversaire. Cela le touchait plus qu'il ne pourrait jamais l'exprimer. D'ailleurs, il était également resté silencieux, sous le choc de la surprise. C'est uniquement lorsque Wine le tira par le bras vers le salon qu'il sembla reprendre ses esprits - ce qui ne l'empêcha pas de laisser sa valise au sol, ayant totalement oublié son existence.

- Merci, vous êtes trop géniaux ! Vous attendez depuis longtemps ? C'était l'idée de qui ? s'enquit-il alors, incapable de s'arrêter alors même qu'il saluait enfin dignement chacun des enfants présents.

Les discussions allèrent bon train. Le goûter fut d'ailleurs vite avalé - un gâteau en forme de planche de surf, évidemment. Il fallait dire que les enfants avaient tous prévu de terminer la journée dignement à la plage. Alors toute la petite troupe partit gaiement vers la plage en chahutant et en riant à gorge déployée, accompagnés de Marjory qui n'avait nullement l'intention de les laisser y aller seuls. Elijah était un peu déçu : il n'avait pas eu son fameux cadeau surprise. Il s'était dit qu'ils avaient tous oublié, trop pressés d'aller à la plage, et n'avait pas eu le courage de leur rappeler, se disant que c'était sûrement très malpoli.

Pourtant, lorsqu'ils arrivèrent sur place, sa surprise fut complète. Son entraîneur de surf l'attendait, un immense sourire sur le visage, la planche d'Elijah qu'il gardait soigneusement pendant qu'il était à Poudlard plantée dans le sable. Et ladite planche était remplie de mots et de dessins de tous ses amis présents. D'autres également qui n'avaient pas pu être là. Il décela même l'écriture tremblotante de sa grand-mère, et celle plus tranchante de son grand-père.

Et son coach disparut bientôt dans le club pour revenir avec une planche emballée, entourée d'un ruban. Il eut vite fait d'arracher le papier cadeau pour découvrir une planche de surf toute neuve, bien plus adaptée à la taille qu'il avait désormais. Après de nouvelles accolades et remerciements en tous genre, ils purent enfin tous se jeter à l'eau. Evidemment, les quelques surfeurs du groupe s'étaient un peu éloignés pour prendre quelques vagues tranquilles afin qu'Elijah puisse étrenner sa nouvelle planche après l'avoir soigneusement waxée.

Malgré les rires et le bonheur de cette journée qui avait tout pour être parfaite, le coeur d'Elijah s'était serré à une pensée bien difficile à éloigner de son esprit : son père n'avait pas été là. Il n'avait pas signé la planche. Il ne lui avait toujours pas souhaiter son anniversaire.

4e année RP - Fiche PR - Préfet inRP depuis le 04/11/2050
Reelijah 4ever - Prince des Flammes - Préfubbies soleil

Brighton-Angleterre Solo L'insouciance
18 juillet 2049


Toujours rien. Pas de lettre, pas de carte postale, pas même un fichu SMS ou un mail. Rien d'autre qu'un immense silence qui résonnait absurdement aux oreilles du petit Elijah, malgré le boucan permanent qui l'entourait, entre la musique jouée par sa mère et les rires de ses amis qu'il voyait chaque jour à la plage ou presque. Il n'osait pas poser de questions à sa mère. Il avait peur de lui faire de la peine, et il ne voulait surtout pas qu'elle pensât qu'elle ne lui suffisait pas alors même qu'elle faisait tout un tas d'effort pour revoir à la baisse la sévérité qui la caractérisait habituellement. Il aimait sa mère de tout son coeur. Mais il avait besoin de son père.

Alors en ce morne dimanche, il décida qu'il allait prendre l'éruptif par la corne. Tandis que sa mère avait prévu d'aller faire quelques courses, Elijah ne l'accompagna guère. Il préféra fouiller la remise pour en dégoter sa vieille planche de skate, enfiler un casque qui enfermait bien difficilement son amas de boucles, une paire de genouillères, et partir à toute vitesse en direction de Montpelier Road, sachant pertinemment que le nouvel appartement de son père s'y trouvait. Sa semelle battait le bitume à toute vitesse avant de regagner la planche sur laquelle il paraissait littéralement accroché. Il se fit même le petit plaisir de s'accrocher à l'arrière d'une voiture quelques secondes, avant de se faire soigneusement réprimandé par la conductrice à qui il adressa un immense sourire tout en s'excusant avant de disparaître dans le bruyant roulis des roues.

Bientôt, l'arrêt se fit net alors même qu'il récupérait sa planche d'un geste habituel. Il venait d'atteindre le numéro 17, et après de longues secondes à faire les cent pas devant la porte, il actionna la sonnette et attendit. Une seconde fois. Et une troisième. Une nouvelle fois, le silence qu'il obtint l'assourdit. Il hésita à repartir, tout simplement, mais savait déjà qu'il n'aurait pas le courage de revenir jusqu'ici s'il le faisait. Alors il préféra s'asseoir sur les marches, et commencer une nouvelle attente. Une qui ne finirait que lorsqu'il aurait enfin pu voir son père.

Les secondes passèrent, puis les minutes qui se transformèrent en heures. Sa mère, inquiète, l'avait appelé, et il s'était contenté de dire que Wine et Ed étaient passés afin d'aller surfer sur une plage un peu plus reculée. Elijah ne mentait jamais, alors Marjory le crut sans peine. Il n'eut même pas la force de s'en vouloir d'agir ainsi. Il se sentait fébrile, ses jambes s'agitaient nerveusement, et il n'était pas rare de le voir tenter quelques figures sur sa planche de skate afin de tromper l'ennui et le stress.

Ce ne fut qu'en fin d'après-midi que Gregory apparut au bout de la rue. Elijah reconnut immédiatement sa silhouette. Il n'était pas seul. Une femme l'accompagnait, tout en poussant une poussette. Les yeux d'Elijah s'agrandirent alors même qu'il lâchait sa planche sour la surprise, qui alla rouler sous une voiture. Ce fut alors que Gregory l'aperçut, et il s'arrêta, pour chuchoter quelques mots à celle qui marchait à ses côtés. Le garçon la vit le regarder avec une certaine méfiance, avant qu'elle ne se précipitât vers la porte de l'appartement avec son bébé dans les bras, laissant la poussette et toutes les affaires au père d'Elijah qui semblait tout aussi figé que son fils dans cette étrange scène.

Ce fut bien le jeune adolescent qui brisa le silence en se forçant à avancer vers son père, alors même que ses jambes ne supportaient que difficilement son poids. Arrivé à sa hauteur, il lâcha quelques mots d'une voix blanche.

- B'jour P'pa. J'suis Elijah. T'sais, ton fils. T'as p'têt oublié, depuis l'temps, ironisa-t-il sans le moindre amusement. Le garçon n'avait pas pour habitude de s'adresser ainsi aux adultes. Mais son coeur le faisait tellement souffrir qu'il avait l'impression qu'il pourrait bien en mourir.

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Brighton-Angleterre Solo L'insouciance
Gregory fixa Elijah d'un regard sévère, qui ne lui ressemblait guère. Ses lèvres se pincèrent aux mots assassins de son fils, mais aucune trace de remords ne transparut sur son visage qui restait d'une impassibilité exemplaire. Et lorsqu'il prit la parole, ce fut d'une voix sèche, froide, qui glaça le coeur d'Elijah avec une violence inouïe.

- Difficile d'oublier la pire erreur de ma vie.

C'était comme si le monde du garçon s'effondrait pour de bon, pour l'ensevelir sous des tonnes de gravas.

L'insouciance
C'est une poussière d'étoiles
Un grand bateau à voiles
Que de sombres pirates
Tentent de faire chavirer


Le souffle lui manqua un instant, tandis qu'il regardait son père, estomaqué par les mots qu'il venait de lâcher, et qui se répétaient en boucle dans son esprit, lui faisant l'effet de mille coups de poignard en plein coeur. Il avait toujours mis son père sur un piédestal. Vu en lui un complice de ses farces, un soutien infaillible, envers et contre tous. La chute était plus que vertigineuse. Comment pouvait-il lui dire ça ? L'adolescent fut bien incapable de répondre quoi que ce soit, complètement sous le choc de cette révélation. Et Gregory de continuer.

- Ecoute-moi bien, Eli', et l'utilisation du surnom lui fit l'effet d'une gifle, J'ai refait ma vie ici. Le divorce a été signé, ta mère a ta garde complète, je lui donne de l'argent. Et c'est tout ce que vous obtiendrez de moi. J'ai une amie, j'ai un fils. Je n'ai pas besoin que tu viennes les mettre en danger. Suis-je bien clair ?

J'ai un fils. Et il ne parlait pas de lui.

L'insouciance
C'est une larme bienheureuse
C'est une chanson nomade
Une hirondelle nacrée
Que de sombres nuages
Menacent la nuit tombée


Les poings d'Elijah se serrèrent subitement tandis qu'il continuait de fixer son père. Il pouvait sentir sa tristesse se muer en une colère sourde, tandis que l'envie de lui abattre son poing dans la figure le prenait soudainement. Mais il n'en fit rien. Parce qu'il n'était pas comme ça. Les larmes lui montèrent aux yeux, et ses poings se relâchèrent presque immédiatement. Il secoua la tête de gauche à droite, tentant tant bien que mal de sortir de son étrange torpeur.

- Comment tu peux dire ça ? J'suis quoi, moi, hein ? C'est moi ton fils ! Eli', tu m'as appris tout ce que je sais sur... Sur tout ! P'pa ! T'es pas sérieux, pas vrai ? s'écria-t-il avec force, le désespoir hurlant dans la voix, les larmes dévalant ses joues sans qu'il n'y prêtât la moindre attention.

- Rentre chez toi. Et ne reviens plus jamais. Laisse-nous en paix, je n'ai rien à voir avec tes histoires, répondit simplement Gregory, visiblement bien peu enclin à montrer la moindre empathie envers le garçon.

- Mes histoires ? MES HISTOIRES ? Mais t'es qu'un gros lâche ! Comment tu peux nous lâcher comme ça, M'man et moi ? On t'a rien fait ! C'était quoi, pour toi, nos après-midi d'surf ? Nos randos ? Les concerts d'M'man ? Tout...

Mais Gregory ne le laissa pas finir sa phrase. Il coupa net la parole à son fils d'une voix tranchante.

- Je te l'ai dit. Une erreur. Fiche le camp, et il récupéra la poussette délaissée par sa compagne pour l'amener vers l'entrée de l'appartement, non sans entreprendre de la plier auparavant, sans accorder le moindre regard supplémentaire à Elijah qui restait à le regarder, incapable de prononcer un mot de plus tandis que les sanglots le secouaient.

Et il resta là, bien longtemps après que Gregory fut rentré. Jusqu'à parvenir à sécher ses larmes.

L'insouciance
C'est ton unique saphir
Protège-le comme tu peux
Ne le laisse pas s'enfuir
Tu n'en auras pas deux


Et lorsque son père baissa un des volets de l'appartement, il ramassa un caillou pour le balancer en direction de la fenêtre avec un cri de rage, avant de récupérer sa planche là où elle avait roulé pour partir à toute vitesse en direction du skatepark, bien décidé à se délester de cette colère qu'il sentait peser en lui, et qu'il ne parvenait pas à accepter.

Ce soir-là, pour la première fois, Elijah ne rentra pas à l'heure. Ce soir-là, pour la première fois, il se retrouva pris dans une bagarre. Ce soir-là, pour la première fois, Marjory mit des pansements à son fils, sans que ça ne suffise à soigner ses blessures.

J'aimerais trouver le temps
De t'en faire un poème
Mais vois-tu mon enfant
Moi j'ai perdu la mienne*



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