Allume ta chandelle. A.H. RPG+

mercredi six janvier
avant l'heure du dîner
avec @Ashley Houston




Le cloître monacale n'était clairement pas aussi peuplé qu'aux périodes les plus douces de l'année. C'était probablement l'hiver qui chassait les élèves à l'intérieur des murs de l'école et la nuit tombée qui n'invitait clairement pas à profiter des dernières heures du jour. Il faisait d'ailleurs déjà nuit noire dans la cour de l'horloge quand Tamsin se décida à y mettre les pieds. Rituellement elle se forçait à sortir prendre l'air, pour recharger ses poumons, les rafraîchir et éveiller un peu son esprit endormi par la chaleur des feux de cheminées du château.

Ses doigts emmitouflés dans des gants, sa longue cape d'hiver et son écharpe de vipère autour du cou, elle serrait fermement le jeu de cartes qui ne quittait plus ses poches depuis quelques semaines. 2049 serait l'année du tarot, voilà ce qu'elle s'était promis. Elle apprendrait, avec force et envie, à se servir de ce jeu pour prédire l'avenir à qui le voudrait. À commencer par elle même, son propre (et sûrement meilleur) cobaye. Se faufilant sous le couloir de pierres qui encerclait la fontaine, elle choisit de se blottir dans une alcôve, ouverte sur la cour. Sur la pierre fraîche, elle déposa une chandelle puis en deux coups de baguette entreprit de la faire léviter et de l'allumer. « Wingardium Leviosa » chuchota-t-elle pour ne pas troubler la quiétude du lieu et le rituel qu'elle était en train d'entreprendre. « Incendio » déclama-t-elle avec un peu plus de vigueur pour être sûre d'allumer sa bougie et non pas autre chose.

La douce lueur de la chandelle de cire se répandit en un cercle chaleureux au dessus du paquet de cartes. Prenant un instant pour se recentrer sur ses pensées et son entreprise, elle le mélangea ensuite habilement de ses mains dont elle venait d'ôter les gants pour être sûre que le flux magique circulerait mieux quand elle choisirait ses futures cartes. Puis dans un geste sûre et maîtrisé, elle les étala devant elle, en arc, les observant avec une attention particulière. Du bout des doigts elle survola le tarot et en choisit trois — les trois qui l'appelaient, ou qui appelaient à être tirées plutôt. Puis avec minutie elle les étala devant elle, alignées. Un tirage simple pour ce mois de janvier, en début d'année. Une pour le passé à gauche, une autre pour le présent au milieu et enfin à droite celle de l'avenir. Une triade. Elle redoutait ce que pourrait lui révéler la voix du tarot, car habituellement c'était sa mère qui lui tirait les cartes le premier janvier. Aujourd'hui elle était seule pour le faire. Seule face à son destin et prête à l'affronter en son âme et conscience.

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6 Janvier 2049
Cour de la tour de l'horloge
2ème année


Mon livre sous un bras, un nuage de buée s'échappant de mes lèvres entrouvertes à chacune de mes respirations, je regarde l'endroit vide où, deux mois plus tôt, j'échangeais mon livre contre une baguette magique. L'endroit où tout n'était sensé être qu'une petite blague pour se venger de l'humiliation subite en cours, mais où tout avait dérapé bien trop vite. Depuis l'incident, je ne suis pas revenue dans la cour, l'évitant le plus possible, quitte à rallonger mes trajets du Château jusqu'au parc. Mais aujourd'hui, Merlins sait pourquoi, voilà que je me tiens devant l'emplacement exact où mon livre aurait dû se trouver. Je ne l'ai d'ailleurs jamais récupéré et il a dû être rapidement volé. Je maudis intérieurement la personne l'ayant trouvé et emmené avec elle, me jurant au passage que si je le vois, je ferai tout pour le récupérer, quitte à réutiliser la même ruse que la dernière fois. Mais plus que tout, je me maudis moi-même de ne jamais être revenue seule sur les lieux, de ne pas en avoir eu le courage, moi qui d'habitude n'ai pas de mal à faire ce que je veux ou dire ce que je pense. Je fronce les sourcils, fusillant inutilement du regard le pavé de la cour qui n'a rien demandé.

Il y a bien eu une fois où je suis retournée ici, à Samain. Mais c'était une toute autre ambiance et l'atmosphère des lieux m'avait fait oublier tous les tourments que la cour me cause. Ce soir est donc la première fois que j'y remets les pieds. Et, par Morgane, que c'en est ridicule. Je soupire, me sentant parfaitement bête à autant penser à quelque chose s'étant déroulé il y a longtemps et n'étant pourtant pas si important que ça.

Je me redresse lorsque j'entends du bruit devant moi. Une Serpentard plus âgée que moi vient de s'asseoir dans une alcôve, et je la vois sortir une bougie pour la faire léviter et l'allumer. Drôle d'endroit pour s'installer et vaquer à ses occupations... Personne ne reste volontairement dehors, surtout par le froid qu'il fait. Cependant, lorsque je la vois sortir un paquet de cartes, le mélanger et en piocher trois, j'hausse un sourcil. Voilà qui est inhabituel. Je ne connais aucun jeu nécessitant trois cartes. Intriguée, je fais un pas dans sa direction, puis un autre, avant de franchir en silence la distance nous séparant. Je prends garde à laisser quelques mètres entre nous, pour ne pas la déconcentrer et ne pas la gêner. Je veux simplement l'observer. Je remarque les trois cartes posées en ligne, la face cachée. Cela me rappelle vaguement le tarot que Maman a tendance à tirer une fois par mois. Mais je ne l'ai jamais vraiment vue faire, étant donné qu'elle s'enferme tout le temps dans son bureau, en insistant bien sur les mots Je ne veux pas être dérangée. Je me souviens d'une fois où Valerian avait voulu faire irruption dans sa pièce pour l'embêter... et du savon qu'il s'était pris par la suite. Je n'aurais pas aimé être à sa place. La colère de Maman est aussi terrible qu'un sort lancé par Valerion, si ce n'est plus.

Ce soir, cependant, la Serpentard n'est pas ma mère – bien qu'elles soient de la même Maison –, n'est pas dans un bureau et si elle avait voulu être seule, elle serait allée autre part que dans une cour où tout le monde peut la voir. Même si, en plein mois de Janvier, il n'y a jamais grand monde. Renonçant à toute résolution de rester à l'écart sans poser de questions, je m'approche d'un pas de plus et, ne voulant pas briser l'ambiance mystique s'étant installée, je chuchote :

« Tu fais quoi ? »

Quatrième année | Corneille du Chant | #741b47 | Saumon indépendant | Préfubbies aspirateur

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Trois cartes.
Une chandelle.
L'obscurité.

Et soudain, un visage. Pâle comme la lune qui surmonte le ciel ce soir, encadré d'un carré de cheveux sombres. Une Jeanne d'Arc des Ténèbres. Tamsin sursaute. Elle qui avait réussi par ce froid de canard à faire le vide dans ses pensées et à concentrer son attention sur son premier tirage de l'année, voilà qu'une présence spectrale et non désirée s'installe dans son champ de vision. Cette présence a au moins la décence de chuchoter. Le regard de Tamsin toutefois semble affoler, ses yeux aux pupilles dilatées comme celles d'un chat, observent avec méfiance cette apparition sauvage. Toutefois, au lieu de faire déguerpir l'intruse, soit d'un silence bien placé, soit d'une véritable insulte, elle prend le temps de calmer les battements cardiaques qui sévissent un peu trop fort dans sa poitrine et retourne avec délicatesse la première carte, celle du passé. Elle prend un petit temps et répond, à même hauteur de voix que l'intruse : « Un tirage. »

Alors elle observe. Le nom de l'arcane, le dessin qui l'illustre, son numéro. Il s'agit là d'une mineure, nommée le quatre de denier. Il affirme la sécurité de Tamsin, sans aucune ambiguïté, mais implique une forme de sacrifice pour atteindre certains objectifs. Sentant sur ses doigts fragiles la curiosité de la nouvelle venue, elle décidé d'étaler sa science. Après tout, ce tirage n'a rien de secret, et si elle ne souhaite lui en révéler qu'une partie, au moins elle pourra l'emberlificoter et mentir sur la réelle signification des cartes. « Là tu vois, c'est un quatre de denier. Il est placé en position d'interprétation du passé et il signifie plusieurs choses. » Elle se redresse un peu, la position en tailleur commençant à se faire ressentir dans ses jambes croisées. « Il me dit que désormais je n'ai plus d'obstacles, si jusqu'alors j'en avais, ils sont levés et je peux accomplir ce que je souhaitais. » Que voulait-elle accomplir ? En vérité, elle n'en savait pas grand chose pour le moment. « La carte me conseille également de passer plus de temps avec mes proches. Chose que je n'ai pas faites à Noël, puisque j'ai décidé de rester à Poudlard pour la première fois. »

Était-ce une forme de fierté qui perlait dans sa voix ? Impossible à dire, car si durant les deux semaines passer à l'école pour les fêtes, elle avait parfois regretté ce choix, elle sentait grandir en elle les premiers symptômes de l'adolescence, d'une rébellion qui grondait et d'une envie de liberté et d'émancipation de sa famille poindre. Si les cartes pouvaient parler, elles auraient aussi mentionné l'appui récent de son frère, son retour dans sa vie, après trois ans d'isolement, de guerre froide. Mais ça, elle n'avait pas besoin de le révéler à la première inconnue qui passait par là. Ses doigts survolèrent la seconde carte — celle du présent — prête à la retourner pour l'interpréter.

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Dans la pénombre, la lueur de la chandelle éclaire comme une étoile tombée du ciel le visage de la Verte qui sursaute à mes paroles. Cette lumière, ajoutée au léger éclat de la Lune, enveloppe l'inconnue d'un étrange halo doré et argenté, amplifiant l'ambiance mystique s'étant installée dans la cour de la tour de l'horloge et attirant le regard sur ses cheveux d'un blond presque blanc, à l'image de la lumière du Soleil en hiver ; éclatante et aveuglante. Elle sursaute à mon arrivée, et un instant le charme est brisé. Son visage redevient terne, ses cheveux paraissent moins clairs. La cour devient plus froide, plus sombre, plus hostile, et le cri lointain d'un corbeau résonne tandis que je me recule légèrement, mes yeux fixés dans les siens qui semblent s'affoler face à moi, comme si mon apparition avait été si soudaine qu'elle avait cru à un fantôme.

Peu étrange, ce fantôme, car ce soir je me sens étonnamment calme. J'ai la sensation de n'être plus qu'une ombre, à l'image des spectres qui ne peuplent plus les murs du Château. Cela est sûrement dû au cadre qui m'entoure. À l'inconnue, à la nuit et à la magie. Le chuchotement de la blonde me confirme ce que je savais déjà – c'est bien un tirage de tarot qu'elle est en train d'effectuer. Curieuse, et jugeant que ma présence ne gêne pas, je me rapproche et m'assieds sur le muret, face à elle, de sorte à pouvoir voir son visage plus en détails, mais surtout voir les cartes qu'elle s'apprête à retourner. Je ne patiente pas longtemps et la première est mise à découvert. Un quatre de denier, m'explique-t-elle. Avec Maman, je n'ai appris que les arcanes majeures, aussi suis-je ravie lorsque la Verte m'explique sa signification. Je l'écoute en silence, ramenant mes jambes contre moi pour me réchauffer. Le tissu de mon pantalon se collant à ma peau est agréable, et je serre un peu plus fort les bras pour m'imprégner de sa chaleur bienvenue. Même si l'hiver est beau, sa froideur est toujours aussi vive et je n'y échappe pas.

À la mention de Noël, je relève la tête pour regarder ma camarade. Ai-je rêvé, ou une once de fierté pointait dans sa voix lorsqu'elle a dit ne pas l'avoir fêté avec ses proches ? Je fixe son visage, surprise. Chez moi, il est inconcevable de ne pas vivre Noël (ou même n'importe quelle fête) avec sa famille. Cela fait partie de mon éducation, de ma culture, des valeurs qu'on m'a apprises. Toutes les fêtes, sorcières ou non, anciennes ou non, je les ai toujours célébrées à la maison, entourée de mes parents, mes frères, ma sœur et mes grands-parents – parfois même de mes cousins.

« Pourquoi ? » demandé-je dans un souffle gelé, curieuse de connaitre les raisons qui l'avaient poussée à un tel rejet de ses proches.

Abandonnant son visage, je détourne le regard vers sa main suspendue au dessus de la deuxième carte (celle du présent, si je me souviens bien). Sans réfléchir, je détache l'un de mes bras de mes jambes pour saisir sa paume et la décaler loin des cartes. Le temps d'une respiration, d'un cours instant suspendu dans le temps. Juste une seconde, oublier ce tirage pour l'inviter à s'ouvrir et, surtout, avoir une réponse à ma question formulée tout aussi bas qu'au début de la conversation, dans cette alcôve hors du temps.

Mes excuses pour le retard !

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