Mes adieux, Knaresborough

Le 27 août 2048


- Mademoiselle Fall .. ? couine le plus doucement qu’elle le peut une voix qui pourrait paraître dérangeante pour la plupart des gens, mais pas pour moi.
Je ne peux m’empêcher de grogner lorsque je sens la couverture glisser doucement le long de mon oreille, m’obligeant à entendre ce qui se passe en dehors de mes rêves.
Les yeux toujours fermés afin d’éviter d’être aveuglée par la lumière du soleil qui inonde ma sombre chambre, j’entends plusieurs voix féminines se disputer dans les couloirs du manoir.
- Mais maman, tu .. tu ne peux pas me demander ça, j’avais prévu de passer l’après-midi avec .. je veux dire, à ..
- À quoi donc, Gladys Marila Fall ? Le jour où tu prévoiras quoi que ce soit de plus important que d’aider ta famille, nos inviterons des moldus à notre table, entends-moi bien !
Mais ça ne suffit pas à calmer les ardeurs de ma soeur, chose plutôt étonnante de sa part, elle qui est toujours si respectueuse de nos ainées et prête à tout pour conserver son titre d’enfant préférée.
- Oui, bien sûr mère, j’aiderais volontiers abuelita à choisir sa robe pour ce soir, ou bien je pourrais venir avec toi en cuisine.
- Je ne me rappelle pas d’avoir élevé une hija si effrontée ! Carmen te demande de faire quelque chose, Gladdyssè, tu le fais sans rechigner. Nous deux n’avons pas besoin de ton aide, alors que ta soeur si. Que tu t’entendes avec elle ou non, ce ne sont pas nos affaires. Et ce n’est pas parce que tu viens tout juste de passer la majorité sorcière que ta mère doit subir les discutailles futiles de sa progéniture mal élevée ! tranche définitivement ma grand-mère de sa voix de corbeau aux sonorités latines.


Une brève hésitation, puis des pas rapides et lourds qui transpirent l’énervement se dirigent vers ma chambre. La porte s’ouvre à la volée et se referme aussitôt.
- Pichi, dis-moi donc, tu ne te considères pas assez payée, c’est bien ce que tu souhaites nous signifier ? lui demande Gladys d’un ton pleins de menace, ses yeux cristallins transperçant notre elfe de maison.
- Mademoiselle Fall .. commence l’elfe d’un ton affolé, les yeux - déjà énormes - agrandis par la culpabilité. Pichi est très satisfaite de son salaire. Pichi n’a jamais, pas un instant, pas un jour de sa vie, remis en cause les généreux honoraires que Monsieur et Madame Fall lui remettent, Pichi le ju-..
- Eh bien, dans ce cas, qu’est-ce que cette morveuse fait encore dans son lit, tu peux peut-être me le dire ?
- Oh, mais c’est que Pichi essayait justem-..

Mais ma soeur ne lui prête déjà plus aucune attention. En fait, cette phrase est inexacte, elle n’a jamais prêté attention à notre pauvre elfe. Elle ne l’utilise que comme souffre douleur lorsqu’elle ne m’a pas sous la main, jouant avec son esprit fragile dont personne ne prend jamais soin, pas même moi, mes parents me l’interdisant formellement. Leurs yeux et leurs oreilles sont partout, je ne m’y risque donc pas. Ainsi, en général, j’offre à notre elfe le même traitement qu’au reste de cette maisonnée, voire du monde entier, c’est-à-dire une indifférence, un mutisme même lorsque je le peux. Ni plus ni moins. J’imagine que cela convient davantage à Pichi que les intimidations de ma grande soeur ou les mauvais traitements de mon petit frère Stolas qui malgré six années passées sur cette Terre, peine à comprendre qu’il s’agit d’une créature vivante et non d’un jouet automatisé.

Gladys tire pour de bon la fine couverture de satin violacé qui recouvrait jusque là mon corps. Elle commence à rire à pleines dents.
- Bella la brindille, j’avais oublié ce surnom. me raille-t-elle de sa voix aiguë. Mais, dis-moi .. c’est qu’il semble toujours au goût du jour ! Ca fait longtemps que je ne t’avais plus vue dans ton plus simple appareil .. Moi qui pensais qu’à cet âge, tu commencerais doucement à devenir une femme, il semble que je me sois lourdement trompée.
Ma soeur, le sourire aux lèvres, visiblement assez fière de son attaque, me dévisage avec défi et sournoiserie. Quant à moi, je la regarde simplement, sans laisser transparaitre ni colère ni tristesse, car je sais que l’impassibilité, c’est ce qui l’énerve le plus.
Quand j’étais plus jeune, je ne pouvais m’empêcher de protester, de pleurer ou tout du moins de m’exprimer, mais j’ai rapidement compris qu’elle trouverait toujours un moyen de retourner mes réactions contre moi. Exploitant mes faiblesses lorsque je m’y attendais le moins ou inventant carrément toutes sortes de mensonges à mes parents, qui, bien entendu, la croyaient. C’est la plus âgée de nous deux et chez les Fall, c’est un avantage non négligeable. Le respect des traditions, les aînés qui dominent, ce genre de choses, c’est probablement ce qui prime le plus, après l’argent peut-être.
De plus, je pense sincèrement que mes parents ne se doutent pas un instant des côtés noirs de Gladys. Ils la voient, ou du moins souhaitent de tout leur coeur la voir, comme une petite fille parfaite, taillée à leur image. Ils savent qu’à ce sujet, c’est peine perdue pour Stolas et moi. Ils se rabattent donc sur le seul enfant qui semble prendre plaisir à jouer à leur petit jeu.
Voila pourquoi aujourd’hui, aussi souvent que Gladys s’en prend à moi, je m’en prends à elle à ma façon. Je me tais, je la laisse seule devant les caméras. Elle ne sait alors plus à quoi ni à qui s’en prendre. En faisant cela, je l'abandonne face à elle-même, ce qui sans aucun doute, ne doit pas être des plus agréables. Les secondes défilent dans le silence et je vois qu’elle devient peu à peu mal à l’aise. Il semble qu’avec les années de pratique, je sois devenue plutôt forte au jeu que j’ai créé.

- Pourquoi tu me regardes comme ça toi ? crache-t-elle, non pas dans ma direction - ce que je pense d’abord - mais dans celle de Pichi. Tu te sens concernée ? Vexée peut-être ? Tant la ressemblance entre vos morphologies est frappante ? Va lui chercher sa tenue, elfe !
La petite créature sursaute et s’en va en courant aussi vite que ses jambes menues le lui permettent. Elle marmonne d’un ton fébrile « Pichi devrait être plus réactive lorsqu’elle sert les demoiselles Fall, c’est certain.. ». Gladys lève les yeux au ciel et me prend hargneusement par le bras, me sortant de mon lit pour me conduire jusqu’à la salle de bain rattachée à ma chambre. Je me fais la réflexion qu’elle semble particulièrement agacée, comme si elle m’en voulait encore plus que d’habitude, puis je laisse cette pensée s’échapper. En plus de ne plus réagir à ses offensives, cela fait également longtemps que j’ai cessé d’y chercher une raison.
- Enlève ta robe de nuit, elle sent la caille marinée et je n’ai pas envie que tout le monde me voit en ville en compagnie d'une sauvage.
- En ville ?
je marmonne d’une voix encore teintée de sommeil.
- Ah, Mademoiselle daigne enfin adresser la parole à sa soeur aînée ? Que j’en ai de la chance !


Silence.


- Oui, soupire-t-elle finalement. En ville. Apparemment, maman a décidé qu’il était temps que tu aies acheter tes fournitures scolaires et ta baguette, dit-elle sur un ton pleins de reproches.
- Tu m’accompagnes, je constate sombrement.
- Tu ne croyais quand-même pas que maman allait user de son temps pour emmener une petite insolente comme toi faire du shopping ? Tu es tellement égocentrique Bella. Tu sais bien qu’elle a beaucoup à faire aujourd’hui et tu vas voir, je te parie que Serafina n'attendra même pas la tombée de la nuit pour se pointer avec son morveux de fils.
- Notre cousin,
je la reprends.
- Appelle ça comme tu veux. Moi, en tout cas, je refuse de m’affilier d’une quelconque façon à cet homme des bois.
Le visage de Gustav apparaît dans mon esprit et je ne peux m’empêcher de sourire doucement. Même si sans aucun doute, elle l’a qualifié ainsi pour l’insulter : je reconnais qu’elle n’a pas totalement tord. Comme moi, il adore passer du temps dehors. Que ce soit chez lui, sur la côte de Cordoue, ou chez moi, dans les forêts environnantes de Knaresborough, on passe toujours un bon moment ensemble. Malgré nos quelques années de différence, il est ce qui s’apparente le plus à un ami pour moi. Si spontané, libre, sans peur. Moi, une sauvage et lui, un homme des bois.
Les qualificatifs dont nous a dotés Gladys sont loins de me déplaire, il semble que nous formons une belle paire. En fait, mon cousin est probablement le seul membre de ma famille auquel il me plaît sincèrement d’être associée. L’idée de le revoir me ragaillardit un peu pour la suite de cette journée.
- Tu es vraiment bizarre, me jauge ma soeur tout en me savonnant le bras.


Une fois mon corps lavé et parfumé, mes cheveux finement tressés, mon visage hydraté et ma robe enfilée, Gladys me prend bras dessus bras dessous sans ménagement et me fait sortir de ma chambre, descendre les escaliers puis arriver au salon, là où chaque membre de ma famille - sauf mon père, toujours très occupé dans son atelier - vaque à ses occupations d’un bout à l’autre de la pièce. Gladys me désigne de la main, m’exhibant comme une poupée qu’elle aurait stylisée.
- C’est fait, maman, dit-elle de sa petite voix polie, il semble qu’elle a repris son calme et sa miellerie habituelle depuis leur altercation de ce matin.
- Ah, et bien, tu vois quand tu veux .. croasse ma grand-mère en me reluquant d’un oeil qui reste tout de même critique depuis son fauteuil.
- Je me demande toujours comment tu parviens à discipliner ses cheveux de serpent, dit ma mère avec admiration tout en se rapprochant de nous.
Elle embrasse ma grande soeur sur le front, cette dernière rougit, puis elle me demande de tourner sur moi-même d’un geste éloquent. Observant le travail de ma soeur, ma mère sourit une dernière fois avant de nous quitter pour se rendre dans la cuisine, d’où d’agréables effluves s’échappent.

- Je vous ai laissé de l’argent sur l’âtre, inutile donc de passer à Gringotts. Soyez rentrées avant seize heures pour accueillir votre tante et votre cousin. Passez une merveilleuse journée mes filles et surtout, tentez de nous représenter dignement ! crie-t-elle de loin. Stolas, par Merlin ! Je t’ai déjà dit que ce n’était pas comestible !



La suite, demain.
Je suis toute nouvelle, c'est mon premier post ici en fait.
Je recherche donc des partenaires pour m'aider à écrire la première année d'Arabella.
Toi qui me lis peut-être, si ça te dit, ma volière est plus qu'ouverte ! ^^